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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 09:23

NOUS   AVONS   VU   L'ÉTOILE…       

L'histoire des Mages, que nous rappelle la fête de l'Épiphanie, cette histoire exotique qui a enchanté nos enfances avec ses caravanes et ses rois enturbannés, doit être pour nous l'occasion de réflexions utiles à notre vie chrétienne. Aussi sou­vent que nous songeons à l'aventure de ces hom­mes traversant le désert pour adorer le Dieu de Bethléem, ce qui nous étonne le plus, c'est que leur aventure ait abouti, c'est qu'ils soient arrivés au Christ. N'est-il pas vrai que toutes les difficultés se coalisaient pour les faire échouer : la distance, l'in­certitude de la route, les rôdeurs prêts à les atta­quer, leur dépaysement en terre étrangère, les intri­gues des politiques au palais d'Hérode, la fatigue conseillère de découragement ? Cependant, contre toute vraisemblance, ils sont arrivés au but ; et la joie qu'ils ressentirent en trouvant Jésus dans les bras de la Vierge leur fit oublier lassitude et sacri­fices et leur montra à l'évidence combien ils avaient eu raison d'obéir à l'appel secret et de suivre l'étoile mystérieuse.

Car ce qu'il y a de plus magnifique dans cette extraordinaire équipée,  c'est la  raison  même  qui la fit réussir : « Nous avons vu l'étoile et nous som­mes venus. » Ce qui affermissait leur marche, ce qui tendait leurs énergies, ce qui, aux heures mau­vaises, relevait leur courage, c'est la lueur amie, mais en apparence si précaire et si peu efficace de l'étoile. Franchement, il y avait là une belle occa­sion d'ironiser pour ceux qui se croient raisonna­bles : « Une étoile, auraient-ils dit, c'est peut-être très joli pour des poètes, des rêveurs, des roman­tiques, autant dire des hurluberlus. Mais ce n'est pas une étoile qui peut diminuer les distances, amé­liorer la piste, rendre le désert confortable. Une carte exacte et une boussole auraient été autrement précieuses pour les guider ; et quant à nous, en pareil cas, nous préférerions certainement à toutes les étoiles une bonne voiture tous terrains et les moyens de la technique moderne. »

Or, ce langage même suffit à montrer que sou­vent les réalistes ne comprennent rien aux problè­mes réels. Car il est bien vrai que l'étoile n'a dis­pensé les Mages d'aucun effort, qu'elle ne leur a épargné aucune fatigue, que, dans leur marche noc­turne, l'étoile ne les empêchait point de heurter contre les pierres, d'enfoncer dans le sable, de pei­ner durement. Et néanmoins, c'est parce qu'ils voyaient devant eux l'étoile qu'ils persévéraient dans leur entreprise : elle était pour eux un signe, le signe que Dieu les appelait et par conséquent le signe que Dieu était avec eux, compagnon invisible de leur route. C'est l'étoile qui excitait en eux la foi et l'espérance. Or, pour ce voyage, il y avait quel­que chose de plus indispensable que les moyens de transports rapides, les provisions, les tentes iso thermiques et le matériel de campement; ce qui était indispensable, c'était la foi et l'espérance.

Telles sont également les grandes forces indispen­sables pour ce voyage qu'est notre vie. Et il est bienfaisant de nous le redire, en méditant l'histoire des Mages, au début de cette nouvelle année. Car l'étape qui commence peut nous paraître redoutable et le cheminement fort incertain. N'y a-t-il pas bien des dangers, bien des malheurs qui nous guettent dans l'ombre, d'autant plus à craindre qu'ils sont imprévisibles et que contre eux nous n'avons aucune parade ? Même si les grandes catastrophes nous sont épargnées et si la paix du monde peut être maintenue tant bien que mal, nous sommes sûrs que les épreuves viendront nous toucher. Mais en ce début d'année il ne faut pas laisser travailler nos imaginations sur les malheurs possibles; nous devons nous interdire sévèrement les peurs anti­datées et les angoisses préalables : ces paniques, ces affolements prématurés seraient indignes d'un homme, plus encore indignes d'un chrétien. Car nous avons, nous aussi, sur nos chemins les plus difficiles ou les plus hasardeux, une étoile qui rayonne. Nous avons, de par notre foi et notre espé­rance, la certitude que Dieu reste Dieu, qu'il est le Tout-Puissant, qu'il demeure notre Père, que rien n'arrivera, rien absolument, qu'il ne le sache, qu'il ne le veuille ou ne le permette. Nous sommes assu­rés qu'il fait tout servir à notre bonheur, y compris l'épreuve, les tentatives de ceux qui nous en veulent ou la souffrance antipathique. Et nous savons, de par notre foi et notre espérance, que le chemin de notre vie qui se déroulera jour après jour, ce chemin ardu peut-être et sinueux jusqu'à en être incompré­hensible, nous mène par la voie la plus directe à ce bonheur que Dieu nous prépare. Nous avons enfin la certitude que le Christ Jésus n'est pas seulement le but, très assuré sans doute mais lointain, vers lequel avançaient les Mages, mais que ce Jésus est notre compagnon, à côté de nous, toujours fidèle sur la route. A la différence de l'étoile de l'Épiphanie, qui à un moment disparut, il dépend de nous seuls que l'étoile de notre foi et de notre espé­rance ne subisse pas d'éclipsé.

Demandons à Dieu cette grâce capitale d'une confiance absolue ; et que cette étoile, à travers les jours de joie ou d'épreuve, nous accompagne de son rayonnement discret et fidèle.

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 02:51

DIEU   SUR   LA   PAILLE…           

L’enseignement majeur de Bethléem est celui de la pauvreté, la leçon que saint Paul a résumée en cette phrase paradoxale, qui peut sembler un jeu de mots, mais contient une vérité profonde : « De riche qu'il était, il s'est fait pauvre, afin de vous faire riches par sa pauvreté. »

Oui, c'est par sa pauvreté qu'il nous a sauvés.

Cette leçon, il l'a voulue sensationnelle jusqu'à paraître provocante, puisqu'il est né dans une écurie, sur la paille et puisqu'il avait lui-même soi­gneusement tout disposé pour en arriver là. Car il ne faut pas nous y tromper. Lorsque, dans l'Évan­gile, nous lisons le récit sans éclat de voix et la suite des petits phrases calmes, tout paraît s'en­chaîner d'une manière on ne peut plus naturelle : Joseph et Marie vinrent à Bethléem, bien sûr, puis­qu'ils étaient convoqués par le recensement; or il se trouvait que c'était le temps où Marie devait enfan­ter ; puisqu'ils étaient pauvres, naturellement, il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie ; et par conséquent, ils durent se réfugier dans une éta-ble. Tout cela se tient et paraît aller de soi. Mais non, décidément, rien de tout cela ne va de soi, rien de tout cela n'est naturel. Il faut nous rappeler que c'est le Christ lui-même qui, étant Dieu, mène tout silencieusement ; que c'est lui, le Maître du monde et de l'histoire, qui a voulu ce recensement ordonné par l'empereur, ce grand branle-bas administratif et les déplacements inconfortables qui s'ensuivront, afin d'arriver à ce résultat de naître lui-même, non pas dans le berceau modeste et cependant préparé avec amour par sa Mère dans la maison de Nazareth, mais en plein vent, dans la nuit froide, sur la paille, dans le dénuement absolu des réfugiés. Et après cette entrée dans le monde il a voulu con­tinuer sa vie humaine en travaillant comme un ouvrier ; plus tard, à l'époque de ses prédications, il n'avait même pas une pierre où reposer sa tête ; il a voulu enfin terminer sa carrière de pauvre en mourant dans la nudité et le dépouillement absolu de la Croix.

Fallait-il, Seigneur, que cette leçon fût néces­saire et difficile à comprendre, pour que vous ayez tenu à la donner d'une manière si retentissante et si prolongée, pour que votre premier sermon muet de Bethléem ait été continué par le Sermon sur la montagne : « Bienheureux les pauvres... » et tant d'autres enseignements aux formules inoubliables, et pour que vous ayez poursuivi cet enseignement par l'exemple depuis l'aube de la crèche jusqu'au crépuscule du vendredi saint !

Oui, en vérité, leçon d'extrême urgence, car, en tout temps, le grand mal de l'homme a été l'atta­chement forcené à l'argent ; la tentation la plus dangereuse pour l'homme a toujours été de s'ins­taller sur la terre, d'y organiser une sorte de paradis au rabais, dont il se contente ; toujours le grand péril a été, pour l'homme, de se laisser annexer, naturaliser, confisquer par la vie présente. Et qui ne verrait que l'argent décuple et centuple la puissance de cette tentation ? De même que les Hébreux, sortis d'Égypte et en marche vers la Palestine à travers les granits rouges du Sinaï, dès qu'ils apercevaient une touffe de palmiers, ne songeaient qu'à s'arrêter là pour toujours, oublieux de la Terre promise, de même les hommes qui possèdent l'argent et se lais­sent posséder par lui oublient la cité future dont ils sont les citoyens et ne pensent qu'à devenir des sédentaires ici-bas. Sainte Thérèse d'Avila disait que notre vie n'est qu'une nuit à passer dans une mauvaise hôtellerie. Il est clair que, dans la mesure où cette mauvaise hôtellerie espagnole, comme en avait connu la sainte, devient un hôtel tout confort ou un palace, on est moins pressé d'en sortir. Combien de chrétiens seraient disposés, d'un cœur léger, à vendre leur ciel contre une assurance en bonne et due forme de rester sur terre quelques dizaines d'années de plus! Combien de chrétiens sont en réalité des sans-Dieu ou des idolâtres, des adorateurs de l'argent ! Car le Dieu réel, pour un homme, est celui qu'il traite en Dieu, à qui il pense, pour qui il travaille, auquel il consent des sacrifices. Si ce Dieu s'appelle l'argent, les affaires, la for­tune, alors le vrai Dieu, qui réclame le cœur tout entier et veut régner en Maître dans la vie, n'a plus qu'à s'en aller. « Impossible, dit Nôtre-Seigneur, de servir Dieu et l'argent. »

Voilà pourquoi  nous  devons nous pénétrer  des leçons de  la  Crèche et  réfléchir,  à  l'occasion  du mystère de Noël, sur les grandes idées chrétiennes fondamentales : que la terre est dominée par le ciel, que le temps est commandé par l'éternité, que la vie d'aujourd'hui n'est que la préparation de la vraie vie, qu'il existe d'autres valeurs que les valeurs cotées en bourse et l'or, le caoutchouc, le pétrole, que les chrétiens doivent être libres et détachés, étant essentiellement les hommes de l'avenir.

Sans doute Nôtre-Seigneur n'a pas maudit l'ar­gent en lui-même, mais seulement le mauvais usage qu'on en fait. L'argent est une force, comme l'élec­tricité ou l'énergie atomique, capable de beaucoup de bien et de beaucoup de mal. L'argent peut lutter contre les fléaux qui ravagent l'humanité, dépister la tuberculose et traquer le cancer; l'argent peut se mettre au service de la famille et créer du bonheur ; l'argent peut être un auxiliaire du Christ, bâtir des églises, aider les missionnaires, devenir de l'apos­tolat. Nôtre-Seigneur n'a pas interdit aux chrétiens d'en posséder : vous avez une famille, un budget à équilibrer et vous n'avez pas le droit d'être des paresseux ou des écervelés. Le Christ ne demande pas à ses disciples de devenir des va-nu-pieds ou des nomades. Mais à tous, quelle que soit leur situa­tion de fortune, il réclame le détachement. Il nous demande, si nous sommes riches, d'user de l'argent en chrétiens, de ne pas oublier Dieu, de ne pas nous laisser durcir le cœur ; il nous interdit toute collusion avec l'injustice, il nous demande de ne pas prendre notre parti tranquillement de ces inégalités contre nature entre des riches qui mènent une existence super-luxueuse et des miséreux qui litté­ralement meurent de faim et de froid. Et si ce qui est probablement le cas, nous avons une vie modeste, peut-être difficile et resserrée, le Christ nous demande de ne pas jalouser ceux qui gagnent beaucoup et trop et trop vite ; il nous invite à mettre à profit nos privations pour conquérir l'esprit chré­tien, le désintéressement, la liberté du cœur. Fina­lement, c'est de cela qu'il s'agit : avoir le cœur libre pour aimer Dieu.

Car Dieu, qui est la grande richesse et même la seule valeur, ne se prend pas, ne s'achète pas, mais se donne à qui il veut et ne se donne qu'aux déta­chés.

Retournons à cette Crèche et, constatant que nous n'y trouvons que les bergers qui n'ont rien et les Mages qui ne tiennent à rien, essayons de deve­nir les amis du Roi des pauvres en nous faisant des cœurs évangéliques.

O Sauveur sur la paille, donnez-nous le désir et le goût de cette pauvreté qui est une liberté et un amour. Faites que nous vivions plus près de vous ; faites que nous donnions au monde l'exemple de chrétiens vraiment détachés, afin d'amener ce monde au salut qu'il ne peut trouver qu'en vous, le Sauveur de Bethléem!

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 01:31

NOËL   AUJOURD'HUI…           

A la fin des semaines de l'Avent, l'Église, dans la liturgie, semble compter impatiemment les jours qui nous séparent de Noël : « N'ayez pas peur, dans quatre jours le Seigneur viendra. » Un peu plus tard : « Voici que se réalise l'annonce faite à Marie. » Et la veille de la fête : « Aujourd'hui, le Seigneur va venir, demain vous verrez sa gloire. » L'Église voudrait que nous soyons comme suspen­dus dans l'attente du grand événement. Mais, en réalité, de quel événement s'agit-il? Lorsqu'on nous dit : « Noël va recommencer pour vous », quelle est la portée de cette phrase ? Et y a-t-il là autre chose qu'une phrase?

Car il apparaît bien que Noël ne peut pas recom­mencer, qu'il appartient au passé irrémédiablement. Noël a eu lieu une fois à Bethléem, en Palestine, il y a plus de 2.000 ans; le grand événement a eu comme témoins les bergers et les Mages, ces hom­mes qui avaient la chance inestimable de vivre à cette heure unique de l'histoire. Et puisque l'histoire ne peut pas recommencer, dans sa marche irré­versible, puisqu'on n'a pas inventé de machine qui nous permette de remonter le cours des siècles, il semble bien qu'on ne puisse célébrer qu'un anni­versaire, un centenaire de Noël, comme nous le faisons pour les autres événements historiques.

Les crèches les plus belles, qui feront la joie des petits et qui nous rendent à tous des âmes d'enfant, n'y peuvent rien. Faut-il dire alors que cette fête de Noël n'est qu'une mise en scène? Nous demande-t-on cette attitude un peu artificielle qui consiste à nous échauffer l'imagination, à faire « comme si » nous avions été nous-mêmes présents là-bas, à nous suggestionner en nous disant : « Noël va recom­mencer » ?

Eh bien, non ! La vraie piété ne doit jamais reposer sur l'illusion. La religion chrétienne n'est pas un effort laborieux pour reconstituer un passé mort; les fêtes liturgiques ne sont pas des mises en scène ni de simples souvenirs. Et il est très vrai, en un sens profond, que Noël va recommen­cer. Car l'histoire de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas seulement une suite de faits et d'épisodes qui ont passé, mais un mystère de salut qui ne passe pas.

Parlant plusieurs centaines d'années après les événements de Bethléem, saint Léon déclarait aux fidèles de Rome : « Ce n'est pas parce que ce jour est éloigné dans le temps que la vertu du mystère est passée, comme si on nous parlait d'un événement que nous pourrions seulement accueillir par la foi, célébrer par le souvenir. Le don de Dieu se prolonge ; et c'est pourquoi à notre époque, aujour­d'hui encore, nous expérimentons ces merveilles qui furent inaugurées jadis. »

Sans doute, le Christ, qui est un homme véritable, a été l'homme d'un temps, que nous pouvons dater au calendrier de l'histoire, l'homme d'un pays que nous pouvons déterminer sur la carte du monde ; il a été ce Jésus de Nazareth, qui est né au temps d'Hérode et qui est mort sous Ponce Pilate. Mais parce qu'il est le Dieu fait homme, il reste, comme Dieu, Celui qui domine l'univers et l'histoire. Parce qu'il est le Chef de l'humanité, il est Celui qui porte mystérieusement en lui-même cette humanité. Parce qu'il est le Sauveur du monde entier, il est Celui qui est proche de tous les hommes, aussi proche des hommes d'aujourd'hui que des hommes du Ier siècle, aussi proche des habitants de l'Alaska et de l'Afrique du Sud que de ses compatriotes palestiniens. Car s'il est devenu l'un d'entre nous, ici-bas, ce n'était pas seulement pour rencontrer, au hasard des chemins, quelques Juifs de Galilée ou de Judée ; c'était, finalement, pour rencontrer tous les hommes, pour s'unir à toutes les âmes.

Dans cette crèche de Bethléem, le Sauveur uni­versel pensait à l'humanité entière; il nous aimait tous ; il priait pour nous tous ; il souffrait pour nous tous ; il nous méritait alors les grâces dont nous aurions besoin dans notre vie d'aujourd'hui ; de sorte que chacun de nous peut et doit répéter la parole de saint Paul : « Il m'a aimé, moi, et il s'est livré pour moi. » Bethléem était pour moi, comme plus tard Nazareth sera pour moi et la Croix du Calvaire pour moi. J'étais présent là-bas, parce que j'étais présent à son cœur; et il dépend de mon cœur de le rejoindre aujourd'hui.

Car c'est bien la seule rencontre véritable, celle qui s'opère non pas dans un contact matériel, mais dans un cœur à cœur. La rencontre avec le Sauveur ne se fait que par la grâce qu'il nous apporte et la bonne volonté que nous lui offrons. Combien de gens l'ont vu, entendu et touché à Bethléem, à Nazareth, dans le Temple ou sur la voie doulou­reuse et qui en réalité ne l'ont pas rencontré, qui réellement étaient plus loin de lui que nous ne le sommes du pôle nord ou des antipodes ! C'est que leur cœur et leur bonne volonté n'y étaient pas.

En revanche, si éloignés que nous paraissions être de lui par les siècles révolus, nous pouvons le rencontrer dans cette fête de Noël. A la vérité, c'est tous les jours et à toutes les heures qu'il vient à nous ; mais il existe cependant des heures privilé­giées; car, à l'occasion des grandes fêtes et spécia­lement de cette fête touchante de Noël, l'effort de prière que nous faisons plus intense, la confession par laquelle nous nous purifions, la communion plus attentive et plus fervente nous apportent des grâces précieuses et peuvent être une rencontre décisive avec le Sauveur.

En ce moment, préparons-nous à le recevoir. O Sauveur, nous vous désirons et nous appelons par nos misères mêmes et notre besoin de salut cruel­lement ressenti. Notre foi est obscure et trop faible : venez, ô Lumière ! Nous sommes impurs et dégra­dés : venez, ô Pureté ! Nous sommes égoïstes et durs : venez, Amour infini !

Ouvrons nos cœurs pour l'accueillir d'un grand accueil. Alors cette fête de Noël ne sera pas pour nous une occasion de distractions et de joie super­ficielle ; elle ne sera pas seulement une belle fête familiale ; elle sera la fête de nos âmes, la fête qui resserrera notre amitié avec Dieu.

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 12:25

Mystère de l’Incarnation, deuxième partie…           

Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous racheter de l'esclavage du péché, des peines de l'enfer et pour nous mériter la vie éternelle, à laquelle nous n'avions plus droit, tant à cause de nos propres prévarications qu'à cause du péché originel. Nous avions offensé un Dieu d'une majesté infinie et sa justice ne pouvait être satisfaite que par une réparation proportionnée à l'injure que le péché lui avait faite.    

L'homme ne pouvait donc pas par lui-même offrir à Dieu cette   satisfaction suffisante, ni mériter le pardon.  Il n'y avait que le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme, qui pût offrir cette satisfaction en souffrant comme homme et en donnant comme Dieu un prix infini à ses souffrances.   

Par ce mystère admirable de la sagesse divine, le péché est puni et le pécheur est sauvé ; ainsi en Jésus-Christ la justice et la miséricorde se concilient ; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée et Dieu est honoré comme il doit l'être.

Jésus-Christ s'est donc rendu notre médiateur.   C'est un médiateur parfait, qui tient à Dieu par sa divinité et à nous  par  son  humanité,  qui peut souffrir  comme nous, parce qu'il a une nature semblable à la nôtre et nous  ré­concilier avec Dieu par ses souffrances,  étant Dieu  lui-même ; médiateur qui, par sa parfaite sainteté, est infini­ment agréable à Celui auprès de qui il s'est entremis pour la réconciliation des pécheurs.  Une comparaison fera en­core mieux sentir cette vérité : qu'un roi ait été insulté, outragé par le dernier de ses sujets ; ni le coupable,  ni aucun autre sujet du roi ne peut offrir à la majesté royale une satisfaction égale à l'offense ; tout ce que le coupable pourrait faire serait  toujours beaucoup au-dessous de la grièveté de l'injure ; mais si le fils du  roi lui-même, héritier présomptif de sa couronne et déjà assis sur son trône, quitte ses ornements royaux, se couvre la tête de cendre et le corps d'un sac, et qu'en cet état, prosterné devant son père, il s'offre à subir le supplice dû au coupable pour ob­tenir sa grâce, on conçoit qu'une si profonde  humiliation est une satisfaction proportionnée à la grandeur de la per­sonne offensée, que l'injure est pleinement réparée et que le roi, sans blesser la justice peut faire miséricorde au cri­minel.    Eh bien ! C'est l'image de la grâce que l'homme pécheur a reçue de Dieu par l'Incarnation de son Fils. Que Dieu est admirable dans toutes ses œuvres et surtout dans ce grand ouvrage de son amour ! Quel bienfait que celui de nous avoir donné son Fils unique pour nous  sau­ver !

Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ce  Sau­veur généreux qui s'est dépouillé de la gloire pour se re­vêtir de notre nature, s'assujettir à nos infirmités, paraître et être en tout semblable à nous !

histoire : Nestorius, patriarche de Constantinople, loin d'apaiser le grand scandale d'un prêtre nommé Athanase avait excité en prêchant qu'on ne devait point appeler Marie mère de Dieu, loua publiquement le prédicateur, et soutint qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ aussi bien que deux natures, et que la sainte Vierge ne devait point Être appelée mère de Dieu, mais seulement mère de Jésus-Christ.  

Saint-Cyrille d'Alexandrie combattit et réfuta ces er­reurs.  Le pape  saint-Célestin les condamna dans un concile qu'il tint à Rome en 430. Ce fut l'année suivante qu'on rassem­bla contre Nestorius le concile général d'Éphèse.  Ce fameux hérésiarque, qui était en horreur à tout le peuple à cause de son impiété, fut condamné et déposé de son patriarcat. Les Pères du concile lui firent signifier la sentence de son  excom­munication qui était conçue en ces termes :  

« Le saint concile  assemblé par la grâce de Dieu en la ville d'Éphèse, a Nestorius  nouveau Judas.

—Sache que, pour la doctrine impie que tu as prêchée  et  pour  ton  obstination à la soutenir, tu  as été  déposé de tout grade, de toute dignité ecclésiastique, par le  saint concile et selon les lois et les règles de l'Eglise. »

Nes­torius fut envoyé   en exil    dans   l'Afrique par l'empereur Théodose-le-Jeune.  Il se forma sur la langue de cet hérésiar­que un ulcère affreux, où se mirent bientôt des vers qui la rongèrent jusqu'à la racine.   Après avoir erré de tous coté, il mourut dans une grande misère, dans de vives douleurs et dans l'impénitence

Merault.

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860) 

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 09:43

Mystère de l'Incarnation, première partie…   

Le Fils unique de Dieu, le Verbe, qui est de toute éter­nité dans le sein de son Père, s'est abaissé jusqu'à prendre un corps et une âme semblables aux nôtres.

Ce n'est pas le Père qui s'est fait homme, ce n'est pas non plus le Saint-Esprit, c'est le Fils, la seconde personne de la très sainte Trinité.

La manière dont ce mystère a été accompli ne peut ni être conçue par l'esprit humain, ni s'exprimer par les paroles ; mais voici ce que l'Évangile nous apprend. Lorsque le temps arrêté dans les conseils divins fut arrivé, un ange se présenta devant la très sainte Vierge ; il la salua pleine de grâces, lui annonça qu'elle serait mère sans cesser d'être vierge et que Celui qui naîtrait en elle serait le Fils du Très-Haut et l'ouvrage du Saint Esprit. La très sainte Vierge crut à la parole de l’envoyé céleste et elle y donna son consentement. Dès ce moment le mystère de l'Incarnation s'accomplit ; le Saint-Esprit forma en elle le corps de Jésus-Christ, il y mit une âme et en même temps se fit cette union indissoluble de la nature divine avec la nature humaine en la personne du Fils de Dieu. Ainsi le Fils unique de Dieu devint homme sans cesser d'être Dieu.

D'où il suit que la très sainte Vierge est véritablement Mère de Dieu ayant conçu et enfanté un homme-Dieu.

Marie, en devenant mère, n'a pas cessé d'être vierge, Jésus-Christ, son fils, ayant été conçu par l'opération du Saint-Esprit.

Ainsi Jésus-Christ, comme homme, n'a pas de père et Dieu n'a voulu que saint Joseph fût l'époux de Marie qu'afin de cacher ce mystère sous le voile d'un chaste mariage ; mais, comme Dieu, Jésus-Christ a un Père, qui l'a engendré de toute éternité et auquel il est égal.

Il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule personne, mais il y a deux natures distinctes : la nature divine, par laquelle il est Dieu comme son père, et la nature humaine par laquelle il est homme comme nous, possédant toutes les qualités propres à notre nature.

Quoique ce mystère surpasse infiniment la portée de l'esprit humain, nous devons cependant le croire fermement parce que Dieu, qui est la vérité souveraine, l'a révélé. D'ailleurs, il n'est nullement contraire à la raison et nous en avons en nous-mêmes une image qui, quoiqu’imparfaite, peut aider notre foi. En effet, notre âme, qui est d'une nature spirituelle et incorruptible, est unie à un corps matériel et corruptible, et l'union de ces deux substances si différentes ne fait qu'un seul homme, qui est tout à la fois esprit et corps, incorruptible, intelligent et matériel. De même, la divinité du Verbe et la nature de l'homme, unies sans être confondues, forment un seul Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, engendré du Père dans l'éternité et né d'une Vierge dans le temps, tout puissant comme Dieu et environné de faiblesse comme homme ; car, excepté le péché et les suites inséparables du péché, telles que sont l'ignorance et la concupiscence, Nôtre-Seigneur s'est assujetti à toutes nos misères. Il a eu faim, il a eu soif, il a été sujet à la fatigue, au sommeil et à toutes les infirmités de notre nature, avec cette seule différence qu'il ne souffrait, que parce qu'il le voulait, au lieu que nous les éprouvons malgré nous.

Mais gardons-nous de croire que la nature divine ait été altérée dans l'Incarnation ; Dieu, sans cesser d'être tout ce qu'il est par lui-même, a daigné s'unir à la nature humai­ne ; il n'a rien perdu par cette union : ses abaissements et ses souffrances ne tombent que sur l'humanité : c'est comme homme que Jésus-Christ a souffert et c'est comme Dieu qu'il a donné un prix infini à ses souffrances ; c'est comme homme qu'il a été petit enfant, pour être le modèle de tous les âges, et c'est comme Dieu-Homme qu'il a été le Sauveur du genre humain.

histoire : Un hérétique, sectateur d'Eutychès, s'étant trou­vé dans une société où était un enfant qui avait été instruit avec soin, voulut faire dire à cet enfant qu'il n'y avait qu'une seule nature en Jésus-Christ.   Pour l'en convaincre, il prit deux morceaux de fer, il les fit rougir au feu et les joignit ensuite l'un à l'autre pour n'en faire qu'un seul morceau.     "C'est ainsi,  lui dit-il, que la nature divine et la nature humaine, unies ensem­ble dans Jésus-Christ, ne font plus qu'une seule nature dans sa personne.

Mais, répondit l'enfant, mettez un petit lingot d'or a la place de ce petit morceau de fer, faites-les rougir tous deux et n'en faites qu'un seul morceau.   

Je vous le demande alors, ce morceau sera-t-il tout or ou tout fer ? Chaque morceau ne restera-t-il pas ce qu'il était auparavant ? C'est-à-dire l'un ne sera-t-il pas toujours un lingot d'or et l'autre un morceau de fer quoiqu'ils soient unis ensemble ? Oui, sans doute, vous n'en pouvez disconvenir. Voilà donc deux morceaux, l'un d'or, l'au­tre de fer, qui, tout distingués qu'ils sont l'un de l'autre, ne fe­ront plus cependant qu'un morceau. C'est ainsi, conclut l'enfant, que la nature divine et la nature humaine, quoique distinguées l'une de l'autre, ne font néanmoins qu'une seule personne en Jésus-Christ."

Lettres édifiantes, Mission du Levant,

exercices.

1. Par quel mystère Dieu a-t-il exécuté la promesse faite à Adam après sa chute ?

2. Quelle est des trois personnes divines celle qui s'est incarnée ?

3. Qu'est-ce que l'Évangile nous apprend sur la manière dont s'est accompli le mystère de l'incarnation?

4. Combien y a-t-il de natures en Jésus-Christ ?

5. N'a­vons-nous pas en nous-mêmes une image du mystère de l'Incarnation ?

6. La na­ture divine est-elle altérée dans ce mystère ?

Extrait de : Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860) 

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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 01:46

Naissance de Jésus-Christ…                   

Auguste César ayant ordonné un dénombrement de tous les habitants de l'empire, Joseph et Marie se rendirent de Nazareth à Bethléem, d'où leur famille était originaire. C'est là que, l'an de la création 4,004, le Fils de Dieu vint, au monde, au milieu de la nuit, dans une pauvre étable, la pauvreté de Joseph ne lui ayant pas permis do trouver place dans les hôtelleries.    Sa naissance fut aussitôt an­noncée par des anges à des bergers qui veillaient tour à tour sur leurs troupeaux.  Gloire à Dieu, disaient  ces esprits célestes en annonçant cette heureuse  nouvelle, gloire à Dieu au plus haut   des   deux   et   paix   sur la terre aux hommes de bonne volonté !

Huit jours  après sa  naissance, il  fut   circoncis   et  ce même jour la très sainte  Vierge et saint Joseph, selon l’ordre qu’ils avaient reçu de  Dieu par  un ange, lui donnèrent le nom de Jésus, qui signifie Sauveur, parce qu'il était venu pour sauver tous les hommes et les délivrer du péché et de l'enfer.

On a ajouté au nom de jésus celui de christ, qui signifie oint ou sacré, non pas qu'il ait été sacré d'une manière sensible, mais à cause de son union hypostatique avec la nature divine.

Nous nommons aussi Jésus-Christ notre-seigneur, parce qu'il a un droit particulier sur tous les chrétiens, qu'il a rachetés par le prix de son sang.

Peu de jours après que Jésus eût été circoncis, il fut re­connu pour Dieu et pour roi par trois mages qui, conduits par une étoile, vinrent de l'Orient pour l'adorer. Arrivés à Jérusalem et ne voyant plus d'étoile, ils demandèrent en quel lieu était né le roi des Juifs ; les docteurs de la loi, interrogés par Hérode, roi de la Judée, répondirent que le Messie de­vait naître à Bethléem. Hérode, alarmé et méditant déjà la mort de ce Dieu enfant, engagea les mages à lui donner avis du lieu où ils le trouveraient, feignant de vouloir l'ado­rer. Les mages, continuant leur course, trouvèrent l'enfant et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe ; mais, avertis par un ange qu'Hérode voulait faire mourir l'enfant, ils s'en retournèrent par un autre chemin.

Quarante jours après la naissance de Jésus, la très sainte Vierge et saint Joseph le portèrent au Temple pour le pré­senter à Dieu, selon qu'il était ordonné par la loi des Juifs, parce qu'il était un premier-né. La sainte Vierge accomplit en même temps la loi de la purification et offrit, suivant cette loi, deux tourterelles : c'étaient les présents que les pauvres offraient en pareille occasion. Quel exemple d'hu­milité et de fidélité à la loi.

Hérode, voyant que les mages ne revenaient pas, conçut le dessein de faire mourir tous les enfants au-dessous de deux ans qu'il pourrait trouver à Bethléem et aux environs, afin d'envelopper le Sauveur dans ce massacre ; mais saint Joseph averti de tout par un ange, s'était enfui en Egypte avec Jésus et Marie, où il y demeura jusqu'après la mort de ce prince barbare. Alors il revint en Judée et alla demeurer à Nazareth, en Galilée.

L'Evangile nous apprend qu'à l'âge de douze ans Jésus-Christ fut mené à Jérusalem pour célébrer la fête de Pâques, selon la coutume des Juifs, et qu'il demeura dans le Temple sans que ses parents s'en aperçussent ; voyant en­suite qu'il n'était pas avec eux, ils le cherchèrent pendant tout le jour, mais inutilement, ce qui fut cause qu'ils re­tournèrent à Jérusalem où ils le trouvèrent dans le Temple assis au milieu des docteurs, les écoutant et leur proposant, des questions d'une manière si étonnante, que tous ceux qui l'entendaient étaient surpris de sa sagesse et de ses réponses.

A l'âge de trente ans, Jésus-Christ fut baptisé au fleuve du Jourdain par saint Jean-Baptiste ; en même temps le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d'une colombe et le Père éternel déclara du haut des cieux que : « Jésus-Christ était son fils bien-aimé.»

Aussitôt après, le Saint-Esprit conduisit Jésus au désert, où il jeûna pendant quarante jours, sans boire ni manger. C'est sur ce modèle que l'église a établi le jeûne du carême.

Jésus-Christ permit ensuite au démon de le tenter, pour nous apprendre à ne pas craindre les tentations et pour nous enseigner la manière d'y résister et nous en mériter la grâce.

histoire : —Une mère aussi pieuse qu'éclairée dans la foi, re­commandait à ses enfants de ne passer aucun jour sans deman­der à Jésus enfant sa bénédiction.  "Aussitôt que vous avez, fait votre prière du matin et du soir, leur disait-elle, imaginez-vous que la très sainte Vierge paraît devant vous portant, le saint enfant Jésus dans ses bras ; inclinez-vous avec respect et dites avec ferveur : O Marie, daignez étendre sur moi la main de votre divin Fils, afin que béni par lui, j'évite le mal qui lui dé­plaît et que je fasse le bien qui lui est agréable ; que je l'invite dans son obéissance et ses autres vertus et qu'enfin je me rende digne de le posséder avec vous dans le ciel !"

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860) 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 03:06

Noël est la grande révolution bienfaisante…       

Noël, c’est la date qui a coupé en deux la série des événements : le calendrier même qui semble si neutre et l'histoire la plus laïque en témoi­gnent : on répartit le cours des siècles entre les an­nées avant et les années après Jésus-Christ.

C'est que dans toute cette histoire humaine où les véritables révolutions sont plus rares qu'on vou­drait nous le faire croire, Noël est la grande révo­lution, il faudrait dire la seule Révolution ; et à la différence de tant d'autres qui furent brutales et peu fécondes, elle est la grande révolution bienfaisante. Aujourd'hui on parle beaucoup de promotions : promotion de l'ouvrier, promotion de la femme, pro­motion des races sous-développées et des peuples de couleur. Mais Noël marque la vraie promotion de l'humanité, car du moment que Dieu lui-même entre dans cette humanité pour en faire réellement partie, il lui confère un sacre plus que royal.

Déjà l'homme est un être sacré, en dépit de ses faiblesses et de ses tares, par le fait qu'il est créé « à l'image et à la ressemblance de Dieu », c'est-à-dire avec une intelligence, un cœur, une liberté.

Déjà l'homme est un être digne de tout respect parce qu'il est le fils très aimé du Père céleste.

Mais à Noël, il s'agit de bien autre chose ; ou plutôt c'est grâce à l'Incarnation et à Noël que l'homme devient pleinement et dans un sens tout nouveau à l'image et à la ressemblance de Dieu; c'est grâce à l'Incar­nation et à Noël qu'il est vraiment et qu'il se sent lui-même le fils très aimé du Père.

Car à Bethléem, suivant l'expression du prophète qu'il faut prendre dans toute sa signification litté­rale, « un petit enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Comme on l'a dit, il est arrivé à notre terre cette chose extraordinaire qu'elle a germé Dieu. Dieu en personne vient prendre rang au milieu de la foule humaine ; dès lors il est de notre famille, de notre parenté : un homme et une femme de notre race sont ses grands-parents, une femme de notre race nommée Marie est sa maman et lui dit « mon petit ». On parle souvent de l'abaissement, de l'a­néantissement accepté par le Fils de Dieu devenu homme : on a raison, on ne fait que répéter saint Paul. Mais il ne faut pas oublier l'aspect complé­mentaire du dogme, la promotion inouïe, l'exalta­tion invraisemblable de l'humanité. D'ailleurs, la divinité en elle-même n'est jamais abaissée ni humi­liée. Un Dieu qui s'abaisse jusqu'à l'homme, c'est un Dieu qui élève l'homme jusqu'à lui. L'Incarna­tion, qui de la part de Dieu est une condescendance inimaginable, est aussi pour l'humanité une ascen­sion vertigineuse.

D'autant qu'à Noël, Dieu ne vient pas seulement « honorer la terre de sa présence », tel un chef d'État qui, selon l'expression consacrée, honore de sa présence la région où il se rend en visite officielle. Dieu ne vient pas ici-bas pour être seulement à côté de nous, pour mener une vie humaine qui ne serait que semblable à la nôtre, voisine de la nôtre. Il n'y a pas seulement un Homme-Dieu venant habiter parmi nous; il y a un Homme-Dieu venant divi­niser les hommes. Suivant la formule chère aux saints docteurs de l'Église ancienne, « il s'est fait homme pour nous faire dieux ». Il est bien réelle­ment un homme déterminé, Jésus de Nazareth, avec ce corps humain et cette âme humaine et avec cet état civil et dans ce milieu social ; mais il est aussi, d'une manière mystérieuse, tous les hommes, puis­qu'il vient ici-bas pour que tous les hommes devien­nent ses membres. « Eux c'est moi », fait dire au Christ saint Augustin. Et voilà qui projette sur l'hu­manité une lumière toute neuve.

Ceux qui n'admettent d'autre réalité que la ma­tière ne peuvent considérer l'homme que comme un animal : et c'est une insulte à l'homme. Les philo­sophes qui affirment l'existence de l'esprit ensei­gnent que l'homme est un animal raisonnable; et c'est lui reconnaître une noblesse authentique. Mais la foi va plus loin et nous permet de découvrir une définition de l'homme singulièrement plus haute : dans le Christ et par lui, l'humanité est divinisable ; 1''homme se définit comme un être capable de Dieu. Bossuet dit en un énergique raccourci qui accuse le contraste prodigieux : l'homme est un animal divin.

Nous entrevoyons les conséquences de cette vérité extraordinaire. L'humanité est sacrée; l'homme a une valeur, l'homme est sacré.

Qu'on n'ironise plus désormais sur cet être chétif perdu dans l'immensité de l'univers, car l'homme étant frère du Christ créateur de l'univers est lui-même plus grand que cet univers. Qu'on cesse de plaisanter sur l'occupation humaine ridiculement petite et vaine comme l'agitation d'un insecte : l'existence d'un être divinisé n'est jamais petite ni jamais inutile. Qu'on renonce au jeu facile, cher aux satiriques et aux faiseurs de maximes, d'énumérer complaisamment les défauts risibles de l'homme, ses tares, ses insuffisances : un être qui a la vocation d'être frère du Dieu fait homme et membre du Christ n'est jamais méprisable, en dépit de toutes ses faiblesses.

Et voilà qui va fort loin. Si l'humanité elle-même est sacrée, tout homme a une valeur, même celui qui n'a aucune valeur humaine, comme le tout-petit, même celui qui semble avoir perdu toute valeur, comme le dégénéré ; tout homme commande le res­pect, même celui que la société est portée à consi­dérer comme un déchet, un débris ou un parasite sans utilité sociale : le va-nu-pieds, le malade ingué­rissable, le client des maisons de santé ; tout homme a une dignité, même celui qui au point de vue de la civilisation paraît un retardataire : l'être sans éducation, l'homme d'une race primitive. Oui ou non, tous ces êtres font-ils partie de l'humanité? Oui ou non, est-ce l'humanité tout entière que le Christ a consacrée, qu'il a appelée à être divinisée?

Dans le christianisme, aucun dogme ne reste théo­rique et l'Incarnation moins que tout autre. Croire au Dieu fait homme est la condition de notre estime pour l'humanité et de notre amour pour les hommes.

Condition suffisante et d'ailleurs nécessaire. Si l'hu­manisme athée, malgré ses prétentions, devient un antihumanisme, si en adorant cette humanité qu'il a substituée à Dieu, il en arrive à traiter les hom­mes, dans les jours paisibles, comme des bêtes à l'engrais, dans les guerres déchaînées, comme des bêtes à l'abattoir, c'est justement que l'humanisme athée, rejetant Dieu et par le fait même la doctrine du Dieu fait homme, ne peut admettre l'idée de l'homme vraiment et personnellement divinisé. Et si, malgré tout, le monde moderne est plus respec­tueux ou veut être plus respectueux que le paganisme ancien, du tout-petit, de la femme, de l'être sous-évolué, c'est dans la mesure où le monde baptisé, mais en grande partie apostat, a gardé quelque chose de son baptême : grâce à des survivances obscures, une maman et son bébé lui font penser à Marie et à l'Enfant de Bethléem, un pauvre évoque plus ou moins consciemment le grand Pauvre, un blessé et un malade sont pour lui comme l'Ecce homo du vendredi saint.

Puisque le dogme de l'Incarnation n'est pas pour nous une survivance confuse, mais une vérité lumi­neuse pleinement admise par notre foi, que cette vérité soit en nous pleinement efficace et qu'elle nous inspire une belle attitude chrétienne ! En pré­sence de l'homme, nous sommes souvent portés au pessimisme et au mépris, pour des raisons qui nous semblent justes. Mais un certain pessimisme n'est-il pas comme une critique et une condamnation du Créateur, qui décidément semblerait avoir manqué son œuvre ? Une certaine sévérité pour l'homme n'en vient-elle pas à déprécier la valeur de l'Incarnation, à minimiser son efficacité; n'est-elle pas comme une atteinte au Dieu fait homme ?

Ne soyons pas pour l'humanité plus difficile que ne l'est Dieu lui-même. Et si nous éprouvons des répugnances à aimer les hommes à cause de défauts trop réels, souvenons-nous que malgré tous les défauts, Dieu les aime et nous aime.

Que Noël nous inspire assez de perspicacité pour voir en tous les hommes ceux qui sont ou doivent devenir les frères du Christ. Que Noël nous rappelle la parole à la fois pleine de promesses et de mena­ces : « Tout ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi que vous le faites. »

En présence de la crèche, comment ne pas vouloir trouver le moyen de remercier le Dieu fait homme pour le don inestimable qu'il nous a fait en se don­nant lui-même? Mais comment ne pas sentir l'insuf­fisance de notre merci et de tous les dons que nous pouvons lui présenter, que ce soient les agneaux des bergers ou  même les trésors encore bien pauvres des mages?

Nous avons le moyen de remercier le Christ. Estimer l'homme est peut-être le plus bel acte de foi à l'Incarnation, au Dieu fait homme. Aimer l'homme et regarder tous les hommes d'un regard fraternel est l'acte d'amour le plus authentique que nous puis­sions offrir à l'Enfant de Bethléem.

Joyeux Noël

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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