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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:55
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 12:42

RÉPONSE A QUELQUES OBJEC­TIONS, CONCERNANT LA SOUFFRANCE...

CHAPITRE IV (B)

" Mais, dira-t-on, quel plaisir Dieu peut-il prendre en nos souffrances, quel bien en tire-t-il pour nos âmes, quelle gloire pour son saint nom?

Dieu n'est que bonté; il avait créé l'homme pour lui faire mener une vie bienheureuse en ce monde et en l'autre. Mais l'homme s'est perdu par son péché, il s'est de lui-même engagé sur le chemin des peines né­cessaires à l'expiation de ses fautes. En lui imposant ces peines, Dieu agit à l'instar d'un père très aimant qui fait prendre une médecine amère à son enfant malade. Il serait bien plus heu­reux de n'être pas obligé à s'attrister lui-même en faisant souffrir son enfant, mais supposée la maladie de ce­lui-ci, serait-il aimant s'il ne prenait pas, quelque durs qu'ils soient, les moyens de le guérir?

Quant  au  bien  des  âmes  et  à  la gloire du nom de  Dieu,  rien ne  les procure  aussi puissamment que la souffrance,  puisqu'elle  fait les élus. « Qui ne sait, dit un saint évêque, que les arbres plus battus des vents jet­tent de plus  profondes  racines ;  que l'encens  ne  répand son  parfum que lorsqu'il  est  brûlé;   que  la  vigne  ne profite que lorsqu'elle est taillée?

«  Pourquoi tant de fléaux, tant de pauvretés,  de pestes,  de famines,  de guerres et d'autres misères, si ce n'est pour  le  bien des élus?   Le Fils de Dieu n'a-t-il pas mis la consommation de notre salut dans la consommation de ses souffrances et le délaissement du  Père  céleste?   »

On dira : les souffrances ne sont pas  des  états  spirituels,   il  est  inad­missible que souffrir soit une fin.

Ce n'est pas une fin, mais c'est un moyen et moyen nécessaire. Si quel­qu'un veut aller à Rome, il doit passer par bien des villes et villages, et il y doit passer nécessairement, il n'ar­riverait jamais au but de son voyage autrement.

Or, tant que nous sommes en cette vie, nous sommes comme des voya­geurs; ce n'est qu'après la mort que nous arriverons au terme de notre course. Ici-bas, il y a toujours à combattre; cela ne se fait pas saris peine.

On repartira que, dès cette vie même, les états les plus crucifiant conduisent à la jouissance de Dieu.

Sans doute, dans la souffrance, il peut y avoir des joies, mais elles ne sont pas pleines. Tout, en ce monde, est mélangé d'une amertume nécessaire pour nous purifier, nous per­fectionner de plus en plus.

Il y a des croix qui ne durent pas toujours,  il en est  qu'on porte avec une telle vaillance qu'on les sent à peine, c'est le secret de la Providence. Soyons dans les voies divines, de la manière que Dieu veut. Recevons nos croix de sa main, comme il les a faites grandes ou petites, lourdes ou légères. Prenons garde, seulement, aux illusions dans lesquelles pourrait nous faire tomber certaine doctrine spiri­tuelle qui, sous prétexte de jouissance de Dieu, prétendrait nous introduire, dès cette vie, dans un état tout de consolations et de joies, ne parlant de la souffrance que comme d'un état transitoire. La règle générale, c'est qu'il faut toujours  rester sous le poids de la Croix, les exceptions à cette règle ne l'infirment pas.

Il en est, évidemment, que Dieu conduit par des alternatives de peines et de consolations. Cela fait écrire à un grand serviteur de Dieu : « Comme l'orfèvre retire de temps en temps son ouvrage du feu, le travaille et regarde s'il est parfait, puis, s'il ne le trouve pas .comme il le désire, le rejette en la fournaise; de même, quelquefois, Dieu retire l'âme de ses travaux, lui donne quelques consolations; mais comme elle n'est pas encore assez pu­rifiée, elle est de nouveau rejetée en ses peines. »

Dieu est toujours infiniment adora­ble et aimable en ses desseins; maître souverain, il fait bien tout ce qu'il fait; nous n'avons pas à le juger, nous n'avons qu'à nous soumettre en aveugles, avec grand amour.

Il n'en demeure pas moins constant que la Croix nous est bonne, en quel­que état que nous soyons.

Premièrement,  pour satisfaire à la justice divine en union avec les expia­tions de notre bon Sauveur. Hélas ! Par nos péchés, nous avons mérité de souffrir à jamais en enfer, d'être privé pour toujours de la présence de Dieu et  de  toute  consolation.   Avons-nous le droit de  nous étonner et de  nous plaindre, si, au cours d'une existence qui  passe  rapidement,  nous avons  à supporter quelques peines et priva­tions ?

Secondement, nous en avons tou­jours besoin pour être purifiés de nos imperfections. Nous l'avons déjà dit, les saints eux-mêmes peuvent, ici-bas, avoir des défaillances et la plus petite est un obstacle à l'entrée du ciel. « Toute notre vie, disait saint Fran­çois de Sales, n'est qu'un noviciat. Nous ne ferons profession définitive qu'après la mort. »

Troisièmement,  les croix  sont né­cessaires pour nous maintenir dans l'humilité. C'est le sentiment de saint Grégoire, qui enseigne que celui qui est le plus ravi en contemplation est le plus travaillé de tentations. L'exem­ple de saint Paul est un frappant té­moignage de cette vérité. Il écrit, en effet, aux Corinthiens : « De crainte que l'excellence de mes révélations ne vînt à m'enfler d'orgueil, il a été mis une écharde en ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. »

Quatrièmement, les croix sont tou­jours avantageuses, parce qu'elles ser­vent à l'augmentation de la grâce, de l'amour de Dieu, du mérite et de la gloire. De là vient que Nôtre-Seigneur s'en montre prodigue aux âmes sur lesquelles il a de grands desseins.

Cinquièmement, la conformité des membres avec leur chef demande qu'ils soient crucifiés avec lui qui n'a pas été un seul moment sans douleur, qui, dans le moment même de sa glorification au Thabor, avait l'esprit oc­cupé  de  sa  douloureuse   Passion    et s'en entretenait. Saint Ignace était si pénétré   de   cette   vérité,   qu'il   disait que,  si pour une âme, la gloire pro­curée  à Dieu  était  égale  dans la consolation ou dans la souffrance,  et qu'elle  put  choisir,  elle  devrait  don­ner la préférence à la souffrance, afin d'avoir plus de traits de ressemblance  avec   le   divin   Modèle.

On pourra objecter que notre Sauveur parle lui-même de consola­tions quand il dit : « Venez tous à moi, vous qui travaillez et qui êtes chargés, je vous soulagerai. »

Fidèle en ses promesses, Dieu sou­lagera ses enfants, mais comment ? Toute la question est là, et la réponse que nous y devons donner ne laisse pas subsister l'objection.

Dieu soulagera ceux qui peinent par le repos éternel qu'il leur donnera en l'autre vie; il les soulage dès le temps présent par la force dont il les revêt pour les aider à porter leurs croix. Ainsi fait-il pour toutes les âmes cru­cifiées; sans doute, il ne donne pas à chacune le même don de force, mais pour toutes, sa grâce est abondante.

Parfois, il soulage par des conso­lations sensibles, par la délivrance de certaines peines. Cependant, ce n'est pas sa manière habituelle, et ce qui est plutôt d'une expérience constante, c'est la souffrance continuelle chez les saints.

On objectera encore les paroles de saint Paul : « Réjouissez-vous tous dans le Seigneur », et l'on en con­clura que le bonheur est dans la joie.

Si l'apôtre entendait parler d'une joie sensible, il se contredirait toi-même : il a passé sa vie à souffrir extraordinairement, en son corps, en son esprit, en son âme, à tel point qu'il avoue  que  la vie,  à certaines  heures, lui était à charge. Aussi bien, parle-t-il d'une joie qui réside en la cime  de l'âmejoie  qui vient de la paix abondante procurée par la par­faite conformité avec la   volonté   de Dieu;  ne  voulant  que ce  que  Dieu veut, l'âme est toujours contente de ce qui lui arrive. Or, cette paix est si souvent cachée que, non seulement les sens n'y ont aucune part, mais pas davantage la partie   inférieure de  l’âme.

L’exemple de Jésus à Gethsémani  jette un grand jour sur ce point. Son âme y était affligée d'une tristesse mortelle, et pourtant elle jouissait, en même temps de la gloire. Écoutons Saint François de Sales nous explique ce mystère : « Sa tristesse ayant porté notre bon Sauveur à demander à son Père que ce calice amer passât loin de lui, s'il était possible, et ayant ensuite ajouté qu'il  n'en allât pas comme  il  voulait, mais  selon  la  vo­lonté de son Père, il est évident que Nôtre-Seigneur n'était pas seulement affligé dans sa partie sensitive qui n'a point de volonté, mais encore dans la partie   inférieure    raisonnable.  Jésus jouissait donc  d'une  joie  inénarrable dans la suprême partie de son  âme, en  même  temps   qu'il souffrait   des tourments les plus grands qui furent jamais.   Ce  qui  marque  bien   que  la joie de la cime de l'âme peut s'allier avec tous les états intérieurs les plus pénibles. Et, dans le même temps que notre bon Maître était si délaissé de son Père, qu'il s'en plaignit publique­ment, n'est-il  pas  vrai  que la gloire de son âme était égale,  et   qu'elle possédait la   joie de la  vision béatifique. »

Nous pouvons maintenant compren­dre de quelle façon saint Paul exhorte à une joie continuelle. Il parle du bonheur qui résulte d'une entière con­formité à la volonté de Dieu, bon­heur qui se comprend plus qu'il ne s'éprouve, bonheur qui réside en l'âme simultanément avec ses désolations, bonheur que l'apôtre exprimait alors qu'il écrivait : « Je surabonde de joie en mes tribulations. »

On ajoutera que les consolations sont bonnes, que les lumières sensibles sont des dons de Dieu.

Cela est vrai, mais il est des dons de Dieu que Nôtre-Seigneur lui-même qualifie de dangereux. Les richesses de la vie présente, par exemple, sont un bienfait de la Providence, et le Maître a dit : « Malheur à ceux qui sont riches !» Il a mis le bonheur dans la pauvreté, parce que son con­traire est plein de dangers.

Appliquons son jugement aux con­solations spirituelles qui sont les richesses dont l'amour-propre s'entre­tient. Sans doute, elles sont utiles à cer­taines âmes, nécessaires même parfois à leur faiblesse; sans doute, encore, Dieu les accorde, de temps en temps, à de très grands saints ; ceux qui en bénéficient doivent les recevoir avec actions de grâces, comme les riches leurs biens temporels, et en faire un saint usage, sans s'y attacher.

Il n'en demeure pas moins constant qu'il vaut mieux en être privé. D'abord, à cause de l'amour-propre qui s'y glisse facilement, comme nous venons de le dire.

Puis, on peut s'y tromper et, sous couleur de consolations saintes, être victime d'illusions diaboliques.

Ensuite, c'est un retard au chemin de la perfection. Il en est de ceux qui sont ainsi consolés, comme d'un voyageur qui, ayant long chemin à faire, au lieu d'aller droit devant lui, s'arrête à regarder les jolies maisons, les beaux jardins qu'il rencontre.

Enfin, il y a, généralement parlant, plus d'amour de Dieu dans les priva­tions spirituelles que dans les conso­lations, parce qu'il y a moins de part pour les créatures. « Ce qui me plaît le mieux, disait sainte Catherine de Gènes, c'est que Dieu donne à l'homme peine et affliction d'esprit; car l'amour-propre, ne pouvant se nourrir, meurt nécessairement. Dans les consolations, les créatures se met­tent entre Dieu et nous; dans les afflictions, Dieu se met entre nous et les créatures pour nous en séparer. »

L'Évangile nous dit bien que saint Pierre ne savait pas ce qu'il disait, alors qu'il demandait à rester au Thabor. Et pourtant, rien d'excellent comme les lumières dont il jouissait, que les douceurs qu'il goûtait, puisque c'était un rejaillissement des clartés célestes, un effluve de la gloire du Sauveur lui-même.

La contemplation de cet ado­rable Maître jette sur la question un jour sans ombre et résout toutes les difficultés opposées à cette proposition que le bonheur du chrétien consiste à souffrir dans ce monde.

Nous ne voyons en lui que croix : croix extérieures effrayantes, croix intérieures extrêmes. Toute sa vie s'est passée dans la douleur. Saint Paul a pu écrire de lui « qu'il ne s'est complu en rien ». Il a refusé toute satisfaction à ses sens, à ses facultés, à son âme même.

Son amour pour la croix ne meurt pas avec lui ; son Cœur est percé par un coup de lance, son Eucharistie est une représentation de sa Passion, et parce que le sacrifice ne doit finir qu'avec le monde, il garde ses plaies pour l'éternité où saint Jean l'a aperçu comme un agneau tué, immolé. Il faut bien que la voie douloureuse soit la meilleure puisqu'il l'a adoptée pour lui, alors que la moindre de ses souf­frances eût surabondamment suffi pour sauver le monde; puisqu'il l'a imposée à la très sainte Vierge qui était plus pure que les anges et qui n'avait rien à expier.

Quand il dit « Si quelqu'un veut venir après moi qu'il se renonce, porte sa croix tous les jours et me suive », il n'exclut personne, il ne marque aucune limite de temps, la loi est universelle et absolue. S'il y avait eu une façon plus sage de vivre qu'en souffrant, il nous l'eût ensei­gnée.

Rappelons-nous donc, pour conclure, ce qu'il a dit à sainte Thérèse : « Le bien de ce monde ne consiste pas à jouir de moi, mais à me servir, à travailler pour ma gloire, et à souf­frir à mon imitation. »

Il n'est pas étonnant que la fon­datrice du Carmel ait pris comme maxime : « Ou souffrir, ou mourir. » C'est comme si elle avait dit : dès que l'on ne souffre plus en ce monde, il faut le quitter, parce que la croix y est notre grande, notre unique affaire.

Extrait de : CHAPITRE IV (B), Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 11:43

LE BONHEUR DES CHRÉTIENS CONSISTE A SOUFFRIR DANS CE MONDE.

Chapitre IV (a)

Voie qui conduit nécessairement au salut, voie suivie par Jésus et ses saints, puisque tel est le chemin de la Croix; le suivre est, à la fois, bon­heur et honneur. Bien que cela semble étrange d'affirmer que souffrir c'est jouir, une réflexion attentive peut nous prouver qu'il en est ainsi. La Croix est la véritable marque la prédestination. Jésus, le chef, a souffert, ses membres sont sauvés par leur conformité avec sa vie.

La Croix est le moyen sûr qui, par la séparation qu'il nous impose des créatures, nous unit à Dieu. Cette union est le bien des biens, le sou­verain bien, la réalisation d'une ineffable amitié entre Jésus et l'âme.

Sainte Thérèse assure que c'est une rêverie de penser que Nôtre-Seigneur reçoive qui que ce soit en son amitié, sans le mettre à l'épreuve. Son grand directeur, Balthazar Alvarez, disait : « Si le supérieur d'une maison était le premier à l'oraison du matin et aux autres exercices, alors que tous les autres demeureraient dans leurs lits, il en serait certainement mécontent. A plus forte raison, Nôtre-Seigneur, étant ce qu'il est et se voyant le pre­mier à la Croix, ne sera pas satisfait, si l'on ne veut lui tenir compagnie. »

La Croix est un extrême bonheur, parce que, par elle, on possède tout. Elle purifie et expie; elle délivre et sauve; elle embellit et orne; elle en­richit et ennoblit; elle fait avancer les bons en vertu, elle obtient aux mau­vais le pardon de leurs fautes.

Il faut répéter à satiété que ceux qui sont sauvés ne sont sanctifiés que par la même grâce qui est en Jésus, au­trement l'esprit de Jésus serait con­traire à lui-même. Or la grâce de Jésus est une grâce qui cloue et qui attache à la croix. L'esprit de la croix est l'esprit de notre esprit, il est la vie de notre vie.

Sainte Thérèse assurait que ceux auxquels Nôtre-Seigneur envoie le plus de croix sont ceux qu'il aime le plus; elle l'avait appris de lui-même : « Mon Père, lui avait-il dit, envoie de plus grands travaux à ceux qu'il aime davantage. »

Nous avons une preuve de cette affirmation en notre bon Sauveur et en sa divine Mère. Qui a été plus aimé du Père éternel, parmi les enfants des hommes, que Jésus, et jamais per­sonne n'a autant souffert.  La très Sainte Vierge    surpasse toutes les créatures en grâces, et en  même temps,  elle les surpasse toutes  en peines.

La  mesure  de  notre  bonheur  doit donc se prendre à la mesure de nos croix. C'est une vérité de foi: « Bien­heureux ceux qui pleurent! » Par les larmes,  il faut entendre tous les su­jets d'afflictions qui peuvent nous ar­river, tout ce qui  est cause  de  nos pleurs.   Le  divin   Maître,   en  voulant dire  quelque  chose  de  plus  précis  à ses apôtres, leur déclare qu'Ils seront bienheureux lorsqu'ils seront maudits, lorsqu'on dira faussement contre eux toute sorte de mal,  lorsqu'ils  seront haïs, rebutés, chassés et que leur ré­putation sera perdue.

Extrait de : CHAPITRE IV (A), Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 08:19

Mes frères.

Dans toute société bien ordonnée, des lois écrites règlent la vie de ses membres. Ces lois se complètent au cours des âges par suite des divers besoins, de telle sorte que la jurisprudence des peuples subit parfois de profonds changements.

Il y a cependant un tout petit code qui reste inalté­rable depuis mille ans qu'il est gravé sur la pierre, depuis les milliers d'années qu'il est inscrit au cœur des hommes: ce sont les commandements de Dieu (Ex. XX, 1-17; Deut., V, 6-21).

Ces dix commandements très courts règlent la vie de chacun des hommes en particulier. De la même manière, Dieu ayant donné au mont Sinaï ces lois pour code à tout un peuple assemblé, il sert de règle à tous les autres peuples et assure la sécurité et le bonheur de toutes les sociétés.

Mais l'observance des dix commandements n'est pas une chose légère et facile. Des obstacles, des difficultés, des tentations innombrables en rendent la pratique plus difficile et poussent les hommes à les trangresser. Aussi bien est-il difficile de surmonter tous ces obstacles, si nous n'avons pas une vue très claire des conséquences que le respect ou la trangression de ces comman­dements peuvent avoir pour notre existence ici-bas et pour notre destinée éternelle.

Nous nous demanderons donc aujourd'hui quelle est la valeur des dix commandements pour la vie présente, et dimanche prochain nous verrons quelle est leur valeur au point de vue de notre bonheur éternel.

Il y a à Paris, mes frères, un prêtre éminent qui sous le pseudonyme de Pierre l'Ermite est connu comme l'un des écrivains les plus remarquables de ce temps. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Quelques-uns de ses livres ont été traduits en allemand et en hongrois. Dans le premier des journaux catholiques français, La Croix, cet écrivain rapportait un jour en quelques lignes une fort piquante conversation qu'il venait d'avoir avec une dame, une dame d'un certain âge, n'ayant rien toutefois de l'amabilité charmante d'une bonne grand'mère dont la distinction mêlée de modestie impose le respect. Sur sa personne, les fards et la poudre ne parvenaient pas à dissimuler les ravages des ans. Cette dame appartenait à la paroisse de Pierre l'Ermite et ne se montrait jamais à l'église.

Cependant, rencontrant son curé dans la rue, elle ne manquait jamais de le saluer d'une profonde révérence. Elle l'aurait volontiers accueilli sur le coup de cinq heures pour le thé, pensant que, par cet accueil, elle aurait amplement satisfait à ses obligations religieuses, mais M. le Curé ne répondait jusqu'ici à aucune de ses invitations.

Un jour donc qu'elle rencontrait Pierre l'Ermite dans la rue, tremblante de colère et sur un ton qu'elle n'avait jamais pris encore jusqu'ici, elle lui jeta ces mots: « Regardez ça... Monsieur le Curé!... »

Surpris, Pierre l'Ermite regarda dans la direction indiquée. Ça... c'était en effet un spectacle inattendu. Au milieu de la rue, dans des autobus bondés, s'agitaient des groupes de gamins coiffés de bérets rouges, avec des drapeaux rouges dans les mains. Ils braillaient l’Interna­tionale à tue-tête; on eut dit des hurlements de fauves échappés.

— « Mais voyons! C'est épouvantable! » Disait la vieille dame, toute cramoisie sous son fard. « C'est quelque chose d'ignoble! »

Le prêtre, qui éprouvait une profonde pitié à ce spectacle, lui répondit, très calme: « Madame... C'est très logique!... »

— « Comment?...    Logique! » Fit la dame interloquée.

— « Malheureusement oui. Madame... C'est très logique. S'il n'y a pas de Dieu, pas de vie surnaturelle, s'il n'y a plus de distinction entre le bien et le mal, les communistes n'ont vraiment aucune raison de prendre des ménagements avec la société bourgeoise. »

— « Cependant, M. le Curé, répliqua la dame irritée, il y a bien un Dieu?... »

— « Vraiment, Madame? Mais je ne vous ai encore jamais vue à l'église...! »

— « Moi, j'ai mon Dieu à moi... »

— « Un   Dieu  personnel?... »

— « Parfaitement. Un Dieu personnel, c'est bien plus commode... »

À ce moment le prêtre, jusque là si aimable et si calme, finit par perdre patience, et disant alors ce qu'il gardait depuis longtemps sur le cœur:

— « Sachez, Madame, que vous, et vous seule, êtes responsable de ces égarements et de ces révoltes. »

— « Comment!... Moi?... balbutiait la dame en secouant la tête.

— « Oui, Madame. Vous et vos pareils. Vous qui faites partie de la classe dirigeante, vous avez le devoir de donner ouvertement l'exemple. Et que faites-vous? Au contraire, devant vos voisins, votre entourage, vos amis, vous affichez toute l'année la plus complète indifférence pour la religion. Pourquoi voulez-vous que le peuple croit à quelque chose quand vous ne faites rien. Le peuple suit vos exemples. Et si, pour vous et les vôtres, il n'y a rien de sacré, pourquoi le peuple — la masse comme vous dites — tiendrait-il pour sacré votre porte-monnaie, vos bijoux et même votre vie? Vous êtes responsables devant Dieu de tout cela; oui, de tout cela. »

La dame, vexée, toisa l'abbé de la tête aux pieds, pinça les lèvres, et, se détournant avec dédain, lâcha ces mots sèchement:

— « M. le Curé, quand je voudrai entendre un ser­mon, j'irai à l'église... » et elle s'éloigna en maugréant...

Je n'affirmerai pas, mes frères, que M. le Curé ait été d'une amabilité parfaite... Peut-être n'avait-il pas tout à fait raison... Mais que la dame se soit mise dans son tort j'en suis bien certain. Car enfin, que deviendrait la vie ici-bas, que deviendrait la société et la vie de chacun de nous, si, vivant chacun pour soi, on peut se faire son Dieu personnel et son propre code de morale?

A (Section)

Dimanche dernier j'esquissais devant vous le tableau idyllique du calme et de la paix sur la terre si les hommes respectaient dans toute leur rigueur les dix comman­dements.

Considérez aujourd'hui le revers de la médaille, l'envers du tableau: ce que l'humanité doit attendre le jour où elle abandonnera définitivement les dix commandements. Quelle sombre et lamentable chute!

Effacez tout d'abord le premier commandement, et autorisez chacun à se confectionner son propre Dieu! Nous voici revenus au Panthéon de la Rome païenne avec ses trente mille dieux, ou bien nous tombons plus bas que les animaux, dans une immoralité sans fond. Car il est plus facile, entendez bien, il est plus facile à un oiseau de vivre sans air, ou à un poisson de nager sans eau qu'à l'âme de l'homme de rester sans Dieu.

Effacez ensuite le deuxième et le quatrième comman­dements, et permettez aux enfants de la rue de lever le poing en proférant des blasphèmes contre Dieu. Est-ce que l'autorité des hommes gardera son prestige et sa valeur quand les droits de Dieu seront méconnus ? Et là où les parents et les lois humaines auront perdu leur autorité, là où le commandement n'aura plus d'effet, parlez-vous encore de civilisation ? Ce ne sera plus qu'une horde, qu'un troupeau, qui n'attend pour marcher que le fouet d'un tyran.

Rayez le troisième commandement qui ordonne avec la sanctification du dimanche le repos dominical. En avant! Cette fois on travaille sans arrêt, partout on entend le mugissement des sirènes. On a déjà tenté en certains endroits d'étouffer le son des cloches par le grondement des machines. Dites-moi ? En sommes-nous plus heureux, plus libres ? Le fardeau n'est-il pas au contraire plus pesant, la vie plus lourde même que l'esclavage des ilotes Spartiates? Ah! Sans doute, il n'y a pas de vie sans progrès, sans perfectionnements, mais y eut-il jamais dans l'histoire du monde une oppression plus écrasante, plus de poings tendus et menaçants, plus de regards de haine ? Jamais on n'avait vu de pauvres gosses avec des bérets et des drapeaux rouges comme aujourd'hui, au siècle de la machine, à notre époque qui ne peut plus tolérer le repos du dimanche.

Les médecins et les économistes réclament le repos du dimanche; c'est l'enseignement de l'Église qui rap­pelle aux riches l'obligation du travail, et réclame pour les pauvres le droit aux repos. Quel bonheur pour l'homme de pouvoir fêter le dimanche en servant Dieu, de pouvoir oublier quelques instants la lutte qu'il mène pour l'existence et s'élever, à certaines heures bénies, jusqu'à son Dieu!

Retranchez encore le cinquième commandement, et vous ne pouvez plus sortir en sécurité dans la rue.

Supprimez le sixième commandement, en prônant l'amour libre, et dans quelques années vous ne verrez plus de visages humains, mais des êtres rabougris, décharnés, les joues creuses, les yeux décavés, le sang avarié.

Retirez les septième et dixième commandements, et les hommes s'entre-dévoreront comme les fauves à la ruée des richesses et de l'or.

Abrogez enfin le huitième commandement, et le mari n'aura plus confiance en la parole de sa femme, la mère ne pourra plus se fier à son enfant.

Ainsi, vous le voyez, mes frères : la foi en la parole donnée, le respect des lois, l'estime des supérieurs, l'amour du travail, le bonheur ou le malheur d'une famille ou d'une nation dépendent de l'observation ou du mépris des commandements.

Si nous considérons le trouble de la société actuelle, en pensant à son avenir, un profond découragement nous envahit; partout c'est l'incertitude, les tâtonne­ments dans les ténèbres, la haine brutale, les mouve­ments révolutionnaires, la recherche de nouvelles formes de vie.

Regardez par ailleurs les crises surmontées par l'humanité dans le passé, il n'y a pas de motif de déses­pérer. La société chrétienne a passé par de dures épreuves, il suffit de rappeler la ruine de Rome, les dévas­tations des Vandales et des Turcs, les ravages de la guerre de Trente ans. Or, toutes ces calamités, l'Europe chrétienne les a surmontées, soutenue par une seule force : une inébranlable confiance en Dieu.

Quand nous observons l'instabilité générale et les bouleversements sociaux de notre temps, sachons recon­naître que notre inquiétude n'a qu'une seule cause, le manque de foi en Dieu qui peut soutenir notre existence. Cette foi, par quoi l'a-t-on remplacée ? Par l'indécision et le désespoir qui ont amené une véritable épidémie de suicides, par une débauche effrénée, un luxe inouï et un relâchement des mœurs inconnu jusqu'ici.

Sociologues, savants et écrivains enquêtent sur la cause première de l'effondrement qui menace d'engloutir la société. Il n'est pas difficile de connaître l'origine de ces désordres et, sans être aussi tranchant que Pierre l'Ermite, je dirai nettement que les coupables ce sont tous ces éléments de haine qui ont arraché à l'âme humaine sa croyance en Dieu et qui ont voulu briser en éclats les tables des Dix commandements.

Il n'est pas facile, de notre temps, d'élever l'homme, limité par l'horizon de la vie matérielle, jusqu'aux sereines hauteurs des commandements divins, et cepen­dant nous devons le faire.

La masse repousse avec mépris tout ce qui regarde la vie spirituelle, semblable aux volatiles de nos basses-cours qui, les pattes sur le fumier qu'elles grattent, suivent des yeux avec indifférence l'aigle royal qui tour­noie dans le ciel bleu.

Aigle insensé! Pourquoi planer dans l'air libre où il n'y a pas de fumier à gratter! Pour la masse vulgaire et sensuelle, la morale de l'Église paraît un travail de géants, pour se tenir sur les hauteurs il faut être un aigle de race royale.

Quel est le but de ces dix commandements ? Faire de nous de vrais catholiques, des hommes pensant et agissant d'après des principes catholiques. Voulons-nous vivre ? Voulons-nous surtout vivre dans la paix ? Il n'y a pas d'autre chemin que celui que nous montre notre Seigneur et notre Dieu : l'observation intégrale des Commandements divins.

Malheur! Oui, malheur au peuple qui s'efforce de briser les Tables de la Loi!

Extrait de : LES DIX COMMANDEMENTS DE DIEU  - Mgr Tihamer Toth (1933)

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 08:12

Celui qui prétendrait à vivre sans peine, se leurrerait d'une vaine espé­rance. Qu'il cueille, au passage, des rosés à chaque pas, il ne peut les empêcher d'avoir des épines. Les médail­les les plus belles ont un revers. Les joies les plus pures ne sont jamais pleines et, en tout cas, elles ne sont jamais durables, ce qui les rend im­puissantes à remplir notre cœur selon ses désirs.

D'ailleurs, il n'y a pas à hésiter de­vant la parole de Dieu, tout s'y brise ou tout s'y soumet. Or, c'est un oracle du Saint-Esprit  « qu'il  nous faut par  beaucoup  de  tribulations  entrer dans le royaume de Dieu ». Il ne dit pas que c'est utile,  qu'il vaut mieux souffrir, il dit qu'il le faut. Nulle dis­cussion n'est possible.

Nous pouvons, aussi bien, saisir quelques raisons de cette obligation péremptoire en notre état de pécheurs, en notre qualité de chrétiens.

A l'exception de la Vierge Imma­culée, tous les hommes ont péché. Dieu qui est infiniment juste ne peut laisser le crime impuni; il le châtie, soit en cette vie soit en l'autre. Mais comme la béatitude est réservée pour l'autre vie à ses bons serviteurs, il est nécessaire que leurs fautes soient châ­tiées en ce monde.

Chrétiens, nous sommes, comme tels, membres d'un corps mystique dont Jésus est la tête. Il a souffert, donc nous devons souffrir. Dans le corps naturel, si la tête fait mal, tous les organes s'en ressentent. Il est évi­dent que le Roi des rois n'entrant dans son royaume, qui lui appartient de droit, qu'en en payant l'entrée au prix de son sang douloureusement ré­pandu, les esclaves vendus au démon ne peuvent pas le suivre sans qu'il leur en coûte beaucoup.

Notre bon Sauveur tenait lui-même ce raisonnement à sainte Thérèse, lui rappelant sa parole : « Le serviteur n'est pas plus que le Maître. »

Parole que nous pouvons rapprocher de cette autre : « Où je suis, mon ser­viteur sera. » Puisqu'il est dans le labeur, la peine, l'amertume, vouloir être ailleurs, c'est vouloir l'impossible et oublier l'affirmation catégorique : « Celui qui ne porte pas sa croix après moi, ne peut pas être mon disciple. » Pesons le mot ne peut pas être; il ne s'agit pas seulement de grande dif­ficulté, il s'agit d'impossibilité.

Voilà ce que Nôtre-Seigneur prê­chait à tout le monde. Il ne décou­vrait pas à tous les mystères du royaume de Dieu; il n'en donnait con­naissance qu'à ses disciples, et encore, dans la mesure où ils étaient capables de comprendre. Quant à la doctrine de la croix, il l'enseignait ouvertement et hautement.

Il semble qu'il l'eût plus habilement remise, comme d'autres enseigne­ments, pour le temps qui devait suivre  la venue du Saint-Esprit. Car, ceux qui l'entouraient n'étaient guère aptes à accepter de tels principes, heurtés qu'ils en étaient en leurs préjugés, en leur matérialisme grossier et jouis­seur. Pour les gagner, le Maître n'eût-il pas les ménager, atténuer la ri­gueur de ses exigences? Ainsi pen­sons-nous en nos petites vues humai­nes.

Parce qu'il s'agissait d'une donnée très grave et absolue de sa morale di­vine, il a autrement jugé et il impose, sans phrase, la loi suivante : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce, qu'il porte sa croix. » Et il l'impose à tous, sans distinction : à ses disciples, aux gens grossiers qui l'entourent et, par-dessus ceux-ci et ceux-là, à tous les hommes. Que vous soyez riche ou pauvre, savant ou igno­rant, grand ou petit; fussiez-vous gé­néral d'armée, prince, roi ou empereur : de quelque, qualité et condition que vous puissiez être, de quelque âge, de quelque sexe, de quelque état; si quelqu'un d'entre vous veut venir après moi, qu'il porte sa croix. Il faut se résoudre à la souffrance.

Aussi, quand ses miracles faisaient grand éclat, remplissaient ceux qui les voyaient d'étonnement et d'admi­ration, il en détournait l'esprit de ses disciples, les entretenant de sa passion et de sa mort, leur signifiant ainsi que ce qui doit nous arrêter en cette vie, ce ne sont pas les joies, les consolations, mais bien les peines et les travaux.

Ne nous plaignons donc plus d'avoir à souffrir. Réfléchissons qu'être chré­tien et être crucifié, c'est la même chose; que renoncer à la souffrance, c'est renoncer au christianisme.

Souvenons-nous plutôt de ce que l'Eglise chante, que la Croix est notre unique espérance et qu'il n'y a rien à attendre que par elle.

Extrait de : CHAPITRE III, Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 08:55

CHAPITRE II

LA VOIE  DE LA BIENHEUREUSE ÉTERNITÉ.

Le grand chemin, c'est la voie par où sont passés tous les saints; le chemin royal, c'est la voie par où passa le Roi des rois lui-même. Or telle est la voie de la croix. On le constate facilement si l'on jette un regard rapide sur l'histoire du monde. L'Ancien Testament, pas moins que le Nouveau, nous offre de convain­cants exemples.   

A côté d'Abel, agréable à Dieu, nous voyons Caïn qui le persécute. Abraham subit la plus dure des épreu­ves, en recevant l'ordre d'immoler son

Fils unique. Job est réduit, sur un fumier, à la plus extrême misère, mé­prisé de ses amis, insulté par sa propre femme, dépouillé de tous ses biens, privé de ses enfants. Moïse a Pha­raon pour l'exercer; David, son fils Absalon"; le prophète Elie, Jézabel; Tobie perd la vue et risque de perdre la vie.

Jean-Baptiste sert comme de trait d'union entre la loi ancienne et la loi nouvelle, il est martyr de l'immoralité d'un roi ignoble.

Dès que s'inaugure l'ère nouvelle, par la venue de Jésus, le sang coule. Les saints Innocents préludent au cantique de la souffrance dont le motif est donné par le Maître. De celui-ci, toute la vie fut croix et martyre. Aussi bien, ceux qui tiennent à lui de plus près s'harmonisent sur le ton du sacrifice. Tous ses apôtres furent mar­tyrisés: la Vierge sainte, sa Mère, par  les  brisements  de   son   âme,   fut la  reine des martyrs; l'Eglise chante que tous les saints ont beaucoup souf­fert; ils sont passés, écrit saint Paul, par   toutes   sortes   de   tribulations   et d'épreuves.   «   Les uns ont péri dans les   tortures...   d'autres   ont   souffert les moqueries et les verges,  de plus, les chaînes et les cachots; ils ont été lapidés, sciés, éprouvés; ils sont morts par le tranchant de l'épée; ils ont erré ça et là, couverts de peaux de brebis et de chèvres, dénués de tout, persé­cutés,   maltraités,   —    eux    dont    le monde  n'était  pas  digne;  —  ils  ont été   errants   dans   les   déserts   et   les montagnes, dans les cavernes et dans les antres de la terre (Heb., xi, 35 et suivants! »

Quelle peinture exacte des condi­tions primitives de la sainteté héroï­que des premiers chrétiens, des conditions dans lesquelles se forment les héros de tous les siècles!

Si donc nous sommes éprouvés, n'en soyons ni attristés, ni découragés; bien plutôt réconfortons-nous, réjouissons-nous même, par la pensée que nous sommes dans une voie ab­solument sûre, exempte de surprises et de dangers. Nous allons à la vie avec certitude, au vrai bonheur avec sécurité. Ayons devant les yeux la vision des saints. Tous sont marqués du stigmate de la douleur. Il y a bien sujet de joie, à constater que la Providence nous gratifie du même signe, le signe de ses élus.

Ayons, au contraire, de l'inquié­tude, si nous marchons au milieu des consolations, de quelque ordre que ce soit. Les bonheurs temporels alour­dissent fatalement l'âme; ils ouvrent la porte aux illusions de la sensualité, illusions astucieuses et dangereuses

Icontre lesquelles une vie de privations et d'austérités est une garantie sûre. Les  joies  spirituelles,  à leur tour, ne   sont  pas   sans  danger.   Ce  sont, sans  doute  parfois,   des fruits  de  la grâce, douceurs pieuses,  satisfactions surnaturelles   :  avec  elles,   on  va  au ciel,   mais  comme   par   des    sentiers écartés  de  la grande   route,   passant au   travers  des  terres;  de  temps  en temps, on a de la peine à les décou­vrir, quelquefois ils manquent tout à fait, on ne sait plus où aller, on fait mille détours, on cherche quelqu'un à consulter pour se tirer d'embarras; on a perdu bien du temps.

Sans compter que ces suavités ris­quent de donner prise aux illusions de la sentimentalité ou aux illusions de la personnalité; celles-ci comme celles-là sont une forme déguisée de l'or­gueil de l'esprit, de l'orgueil du cœur et pervertissent la dévotion, lui enlevant sa vérité, donc sa valeur et son mérite.  

Combien il vaut mieux aller par la voie de la souffrance! On y est en sé­curité. Comme il n'y a que les saints qui la suivent, on peut y avancer sans crainte,  sans ne rien demander à per­sonne, les yeux fermés; quelle joie si on les ouvre, on voit à chaque pas que l'on suit les vestiges de ceux du bon Maître!   

Extrait de : Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 11:21

CHAPITRE PREMIER (Livre premier)

L'apôtre saint Paul écrivant aux Corinthiens (î, I, 63) leur dit : « Nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Gen­tils. » Voilà une affirmation bien étrange, que la Rédemption, la croix, chef-d'œuvre de la bonté et de la sa­gesse de Dieu, produise une telle impression sur des intelligences raison­nables. C'est pourtant un fait indé­niable; le monde rit et se moque des principes austères de la morale chré­tienne, des hommes de génie même se sont heurtés contre eux et ont tra­vaillé à 'les combattre. Il n'y a en cela qu'une preuve de la faiblesse de l'esprit humain laissé à lui-même; il est incapable de s'adapter aux pen­sées divines, soit parce que l'orgueil l'aveugle, soit parce que la sensua­lité le déprime. Motif de nous humi­lier et d'avoir conscience de notre petitesse, petitesse trop visible en l'attitude des apôtres. A l'école du di­vin Maître lui-même, au moment où ils reçoivent de lui l'enseignement du grand secret de ses souffrances, l'Évangile nous apprend qu'ils étaient préoccupés de savoir qui serait le plus grand parmi eux. Ils étaient han­tés par une pensée de sot orgueil.

Hélas! On peut être si près de la lumière et rester dans les ténèbres!

Il en est ainsi lorsqu'on se laisse conduire par ce que l'apôtre appelle, « la prudence de la chair ». C'est l'humaine sagesse, qu'il déclare : ennemie de Dieu, et de laquelle il faut se défier, voire même qu'il faut mé­priser. Aussi bien, donne-t-il ce con­seil étrange : « Que personne ne se trompe; si quelqu'un d'entre vous pa­raît sage, qu'il devienne fou. » Pour être sage aux yeux de Dieu, il faut consentir à être tenu pour insensé par les gens du monde dont les pensées ne sont que vanité, dont les sentiments ne sont qu'illusion, dont l'estime n'est que mensonge, dont le jugement n'est qu'erreur.

A ceux-ci est impossible l'intelligence du mystère de la croix.

On ne peut, en effet, comprendre le prix de l'humiliation lorsqu'on ne songe qu'à se faire valoir, à passer pour ce que l'on n'est pas, à briguer tous les honneurs. On ne peut appré­cier la douceur de souffrir au milieu du luxe de la table et des vêtements, dans la recherche de tout ce qui flatte la sensualité.

Le Bréviaire romain, en la leçon du 14 septembre, rapporte que l'empereur Héraclius ayant repris aux Perses la vraie Croix du Sauveur tombée entre leurs mains lors du siège de Jérusalem par Chosroès, il en fit un transfert solennel en la ville sainte. Il marchait, portant lui-même la di­vine relique, ayant à ses côtés Zacharie le patriarche. Arrivé aux portes de la cité, il se sent paralysé par une force mystérieuse, ses pieds sont comme cloués à la terre.

« Pourquoi cela? » demande-t-il, ef­frayé, à Zacharie.

« Parce que, répondit celui-ci, vous êtes recouvert d'un royal vêtement là où Jésus était vêtu misérablement; parce que vous portez une couronne d'or et de pierreries étincelantes, là où il était couronné d'épines; parce que vous avez de riches chaussures, là où il allait pieds nus. »

Héraclius aussitôt se dépouille de son manteau écarlate et emprunte le surtout d'un pauvre; il ôte ses chaus­sures rouges brodées d'aigles d'or, il rejette sa couronne sertie de pierres précieuses, et plus rien ne l'arrête, il marche librement jusqu'à la Basilique, au milieu des acclamations du peuple.

Il y a,  en ce trait, un symbole tou­chant des dispositions nécessaires pour comprendre l'ineffable mystère de  la  croix.   Nous  avons  saisi  qu'il  demeure caché aux âmes orgueilleuses et sensuelles dont le monde est rempli, mais il n'est pas moins inaccessible aux personnes pieuses qui n'inclinent pas nettement leurs volontés vers les austères vertus qui en nous humiliant nous élèvent, qui en nous détachant nous affranchissent.

Le bon Maître, en voyant, un jour, les effets de ses prédications sur ceux qui l'entendaient, effets désastreux sur les pharisiens orgueilleux et hy­pocrites, effets pénétrants sur les apô­tres et les disciples, s'écria en levant les yeux au ciel, comme en extase : « Je vous rends grâces, ô mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux superbes, et que vous les avez révélées aux simples! »

Détachons-nous des créatures et de nous-mêmes, et nous pourrons un peu comprendre la science des sciences, celle de la croix.

Extrait de : Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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