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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 09:23

NOUS   AVONS   VU   L'ÉTOILE…       

L'histoire des Mages, que nous rappelle la fête de l'Épiphanie, cette histoire exotique qui a enchanté nos enfances avec ses caravanes et ses rois enturbannés, doit être pour nous l'occasion de réflexions utiles à notre vie chrétienne. Aussi sou­vent que nous songeons à l'aventure de ces hom­mes traversant le désert pour adorer le Dieu de Bethléem, ce qui nous étonne le plus, c'est que leur aventure ait abouti, c'est qu'ils soient arrivés au Christ. N'est-il pas vrai que toutes les difficultés se coalisaient pour les faire échouer : la distance, l'in­certitude de la route, les rôdeurs prêts à les atta­quer, leur dépaysement en terre étrangère, les intri­gues des politiques au palais d'Hérode, la fatigue conseillère de découragement ? Cependant, contre toute vraisemblance, ils sont arrivés au but ; et la joie qu'ils ressentirent en trouvant Jésus dans les bras de la Vierge leur fit oublier lassitude et sacri­fices et leur montra à l'évidence combien ils avaient eu raison d'obéir à l'appel secret et de suivre l'étoile mystérieuse.

Car ce qu'il y a de plus magnifique dans cette extraordinaire équipée,  c'est la  raison  même  qui la fit réussir : « Nous avons vu l'étoile et nous som­mes venus. » Ce qui affermissait leur marche, ce qui tendait leurs énergies, ce qui, aux heures mau­vaises, relevait leur courage, c'est la lueur amie, mais en apparence si précaire et si peu efficace de l'étoile. Franchement, il y avait là une belle occa­sion d'ironiser pour ceux qui se croient raisonna­bles : « Une étoile, auraient-ils dit, c'est peut-être très joli pour des poètes, des rêveurs, des roman­tiques, autant dire des hurluberlus. Mais ce n'est pas une étoile qui peut diminuer les distances, amé­liorer la piste, rendre le désert confortable. Une carte exacte et une boussole auraient été autrement précieuses pour les guider ; et quant à nous, en pareil cas, nous préférerions certainement à toutes les étoiles une bonne voiture tous terrains et les moyens de la technique moderne. »

Or, ce langage même suffit à montrer que sou­vent les réalistes ne comprennent rien aux problè­mes réels. Car il est bien vrai que l'étoile n'a dis­pensé les Mages d'aucun effort, qu'elle ne leur a épargné aucune fatigue, que, dans leur marche noc­turne, l'étoile ne les empêchait point de heurter contre les pierres, d'enfoncer dans le sable, de pei­ner durement. Et néanmoins, c'est parce qu'ils voyaient devant eux l'étoile qu'ils persévéraient dans leur entreprise : elle était pour eux un signe, le signe que Dieu les appelait et par conséquent le signe que Dieu était avec eux, compagnon invisible de leur route. C'est l'étoile qui excitait en eux la foi et l'espérance. Or, pour ce voyage, il y avait quel­que chose de plus indispensable que les moyens de transports rapides, les provisions, les tentes iso thermiques et le matériel de campement; ce qui était indispensable, c'était la foi et l'espérance.

Telles sont également les grandes forces indispen­sables pour ce voyage qu'est notre vie. Et il est bienfaisant de nous le redire, en méditant l'histoire des Mages, au début de cette nouvelle année. Car l'étape qui commence peut nous paraître redoutable et le cheminement fort incertain. N'y a-t-il pas bien des dangers, bien des malheurs qui nous guettent dans l'ombre, d'autant plus à craindre qu'ils sont imprévisibles et que contre eux nous n'avons aucune parade ? Même si les grandes catastrophes nous sont épargnées et si la paix du monde peut être maintenue tant bien que mal, nous sommes sûrs que les épreuves viendront nous toucher. Mais en ce début d'année il ne faut pas laisser travailler nos imaginations sur les malheurs possibles; nous devons nous interdire sévèrement les peurs anti­datées et les angoisses préalables : ces paniques, ces affolements prématurés seraient indignes d'un homme, plus encore indignes d'un chrétien. Car nous avons, nous aussi, sur nos chemins les plus difficiles ou les plus hasardeux, une étoile qui rayonne. Nous avons, de par notre foi et notre espé­rance, la certitude que Dieu reste Dieu, qu'il est le Tout-Puissant, qu'il demeure notre Père, que rien n'arrivera, rien absolument, qu'il ne le sache, qu'il ne le veuille ou ne le permette. Nous sommes assu­rés qu'il fait tout servir à notre bonheur, y compris l'épreuve, les tentatives de ceux qui nous en veulent ou la souffrance antipathique. Et nous savons, de par notre foi et notre espérance, que le chemin de notre vie qui se déroulera jour après jour, ce chemin ardu peut-être et sinueux jusqu'à en être incompré­hensible, nous mène par la voie la plus directe à ce bonheur que Dieu nous prépare. Nous avons enfin la certitude que le Christ Jésus n'est pas seulement le but, très assuré sans doute mais lointain, vers lequel avançaient les Mages, mais que ce Jésus est notre compagnon, à côté de nous, toujours fidèle sur la route. A la différence de l'étoile de l'Épiphanie, qui à un moment disparut, il dépend de nous seuls que l'étoile de notre foi et de notre espé­rance ne subisse pas d'éclipsé.

Demandons à Dieu cette grâce capitale d'une confiance absolue ; et que cette étoile, à travers les jours de joie ou d'épreuve, nous accompagne de son rayonnement discret et fidèle.

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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