Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 09:27

 

AUTOUR   DU   CHRIST   ENFANT…  

Les jours qui suivent l'Épiphanie nous invitent à réfléchir sur une idée que nous suggère l'his­toire des Mages, que nous rappellent d'autres mys­tères de l'enfance du Christ et que nous retrouvons vérifiée aussi dans nos existences. Il semble que Dieu, bien souvent, se complaise à désorganiser nos plans les plus raisonnables, à déranger le bel ordre des vies humaines.

Dès que Jésus apparaît sur la terre, on dirait que c'est pour mettre tout sens dessus dessous.

Voici que l'étoile se montre aux Mages; et c'est pour leur dire mystérieusement, mais d'une manière impérative : « Quittez vos palais confortables et votre existence méthodique ; sellez vos chameaux pour les caravanes interminables et les grandes éten­dues de sable : partez sur l'heure pour aller adorer ce Roi lointain et inconnu. »

Mais Dieu, qui venait déranger ces vies jusque-là tranquilles, avait déjà bouleversé la vie de Marie et Joseph, en se servant de l'édit impérial pour leur signifier un ordre sans réplique : « Quittez Nazareth, où vous aviez tout préparé pour recevoir l'enfant. Allez à Bethléem, à ses privations, à ses incertitudes... »

Et bientôt Dieu bouleverse de nouveau cette existence qui commençait à aménager la pauvreté de Bethléem : un ange viendra dire à Joseph : « Vite ! Fuyez en Égypte, cette nuit même ! » Comme plus tard, lorsque la Sainte Famille s'orga­nisait peu à peu dans son exil, Dieu fera dire encore à Joseph : « C'est le moment maintenant de retour­ner en Palestine. »

Il aurait été pourtant si facile à Dieu de disposer autrement les choses : il lui aurait été si facile, à lui, le Maître de l'espace et du temps, de faire vivre les Mages un peu moins loin du Christ Enfant ; il lui aurait été si facile, à lui qui fait la loi même aux empereurs, d'exempter Marie et Joseph des forma­lités du recensement ; il lui aurait été si facile, à lui le Tout-Puissant, de protéger son Fils des persécu­tions d'Hérode autrement que par cette fuite préci­pitée ; il lui aurait été si facile de faire l'économie pour Marie et Joseph de ces allées et venues épui­santes !

Mais non ! Décidément, c'est pour Dieu un parti pris et une méthode. Comme le dit Bossuet en des expressions audacieuses : « Jésus, cet enfant incom­mode, ne leur permet pas le repos, il ne vient au monde que pour les troubler. »

Et nous serions tentés de dire : « Ce Dieu incom­mode, dès qu'il intervient, nous rend impossible la tranquillité. » De fait, Dieu ne respecte guère nos projets les mieux étudiés, même ceux qui nous sem­blent parfaitement judicieux. Dieu n'a qu'un mé­diocre souci, ou même n'a pas le moindre souci de notre quiétude. Sa Toute-Puissance ne fait pas de miracles pour empêcher la folie des hommes de dé­clencher les guerres avec leurs conséquences illimi­tées. Et ses fidèles ne bénéficient alors d'aucune protection merveilleuse : ils fuient comme les autres, sur les routes, dans les convois de réfugiés et, après les bombardements, comme les autres, ils trouvent, à la place de leur maison autrefois heureuse, un tas de pierres désespérant. Et en dehors même de ces grands cataclysmes collectifs, que de fois Dieu, à travers le jeu des circonstances, Dieu anonyme et caché, est venu déranger brusquement, brutalement nos exis­tences : ce revers de fortune qui du jour au lende­main modifie notre situation et nous déclasse ; ce deuil qui anéantit notre bonheur familial; cette maladie qui, pour un jeune homme, vient au plus mauvais moment interrompre la préparation indis­pensable d'une carrière et l'immobilise dans un sana ; ce mariage manqué, qui semble briser un ave­nir... Seigneur, il vous était pourtant si facile de tout arranger ! Comme vous avez une manière étrange d'aimer ceux que vous aimez et qui vous aiment ! Et comme ces procédés nous semblent dé­concertants et rigoureux !

Et pourtant, Marie, Joseph, les Mages ne s'y trom­pèrent point : c'est leur vrai bien, ils le savaient, que Dieu poursuivait paternellement. Les Mages ne regrettèrent pas leurs déplacements et leurs fati­gues ; leur visite à Bethléem, loin de les décevoir, les combla; l'étoile qui paraissait avoir désorienté leur existence l'avait orientée pour toujours vers la joie du Sauveur. De même Joseph et Marie, dans leurs marches et contremarches, trouvèrent Dieu et aimèrent Jésus plus qu'ils ne l'auraient fait dans une vie de tout repos, cette vie que nous appelons heureuse. Et certainement la Vierge, avec son âme méditative et profonde dont nous parle l'Évangile, faisant retour sur les événements, y lisait un plan de Sagesse divine infiniment plus beau que toutes les combinaisons de la prudence humaine.

Avec la grâce nous arriverons aussi à reconnaître dans nos vies, au moins rétrospectivement, que tout est providentiel et par conséquent, comme disait Léon Bloy, que « tout est adorable ». Si Dieu bien souvent désorganise nos arrangements et déroute nos prévoyances, c'est peut-être qu'il veut nous aider à triompher de cette tentation redoutable dont nous parlions, la tentation de nous installer sur terre. En tout cas, il veut certainement nous don­ner une occasion de pratiquer la confiance. Oui, en vérité, c'est la question de confiance qui nous est posée par Dieu lui-même. En tout temps elle est posée à l'homme par la condition de sa vie humaine, qui ne lui est donnée que minute par minute et dont l'avenir le plus immédiat est toujours imprévisible. Mais elle nous est posée à nous, actuellement, d'une manière plus pressante, à notre époque de tumultes, d'alertes et d'inquiétudes.

Accordons largement à Dieu cette confiance qu'il nous demande et qu'il mérite si bien. Et au lieu de chercher fiévreusement ce que renferme l'avenir impénétrable, fixons notre regard sur le Tout-Puis­sant qui, dans cet avenir, par les méthodes même les plus étranges, dirige tout au bonheur de ceux qui l'aiment; et sachons répéter du fond du cœur, avec l'Apôtre, la parole d'abandon total : « Je sais en qui je me suis confié. »

 

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0

commentaires