JÉSUS, FILS DU DIEU VIVANT… (Première partie)
1° S'il n'est pas Dieu
Qu'elle est touchante et sublime, cette scène de l'Évangile ! Jésus, seul avec ses disciples, cause familièrement avec eux. II les interroge : « Qui dit-on qu'est le Fils de l'homme ? ». Ils lui répondirent : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, d'autres Elie, d'autres Jérémie ou quelqu'un des prophètes. » — « Mais vous, leur dit-Il, qui dites-vous que je suis ? »
C'est alors que Pierre, prenant la parole, s'écria, le regard transfiguré : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Jamais pareille parole n'avait retenti sur la terre ! Depuis la venue du Christ, le monde, à son sujet, est divisé en deux camps : ceux qui reconnaissent et ceux qui nient sa divinité. La question est grave. De la solution qu'on lui donne, découlent des conséquences incalculables et qu'on ne peut pas éluder. Étudions-la.
Supposons donc que le Christ ne soit qu'un homme, un philosophe, un mythe, un héros fabuleux enfanté par l'imagination populaire, un « doux rêveur » apparu un jour sur la terre et aujourd'hui totalement disparu. Voyons ce qu'on en devrait conclure.
S'il n'est pas Dieu, comment expliquer la survivance de l'ère chrétienne qui date de sa naissance, du nom chrétien estimé en 1939 à 733 millions d'hommes, et de ces fêtes religieuses que les impies eux-mêmes sont heureux d'adopter...
S'il n'est qu'un mythe, comment a-t-il pu se faire annoncer, deux mille ans avant sa naissance, et indiquer d'avance, par les prophètes, son histoire détaillée : son origine, sa tribu, la ville, l'époque où Il doit naître, le massacre des Innocents, l'adoration des Mages, sa vie à Nazareth, la prédication de l'Évangile, sa mort et sa résurrection après trois jours ?
Cette préhistoire, écrite des centaines, des milliers d'années avant son apparition, se trouve encore, non seulement dans nos Livres sacrés, mais dans toutes les synagogues qui conservent leur Bible avec un soin jaloux. Cette preuve est si claire, qu'elle a fait dire à Pascal : « Dieu a suscité des prophètes pendant 1600 ans. Jésus est venu conformément à ces prophéties. Cela est d'une force infinie ! »
S'il n'est pas Dieu, où a-t-il puisé la merveilleuse doctrine dont nos mœurs sont encore imprégnées ? Or cette doctrine s'adresse, non pas à une École, mais à l'univers entier ; elle est si simple, qu'un enfant peut la comprendre, et si profonde qu'on a beau la creuser, on y trouve du nouveau chaque jour ; elle est si accentuée, qu'elle saccage sans pitié toutes les exigences de l'orgueil qui se cabre, et toutes les convoitises des passions qui s'insurgent ; elle est pleine de contrastes violents et d'insondables mystères ; mystères dont on saisit la cohésion et l'harmonie à mesure qu'on les contemple, et contrastes qui se résolvent tous en beauté. Et cette doctrine colossale, vaste comme le monde, riche comme le cœur, compliquée comme la vie. Jésus la confie à douze pauvres bateliers incultes, grossiers, sans art, avec l'ordre de la semer à travers le monde. Est-ce humain, cela ?
S'il n'est pas Dieu, comment expliquer cet amour et cette haine qui, aujourd'hui encore, L'accompagnent partout ? Nous sommes ainsi faits : pour nous, l'amour ou la haine s'arrêtent au tombeau. Or Jésus, deux mille ans après sa mort, est encore aimé d'un amour pur, noble, désintéressé, passionnément tendre, qui ne recule pas devant les plus grands sacrifices ni même devant la mort. Il est aimé par tout ce que l'univers a compté de plus pur, de plus beau, de plus grand ! Aimé par des petits enfants, par des faibles femmes, par des artisans, par des soldats, par des savants, par des génies !
Corollaire de l'amour, voici la haine. Elle non plus ne Le lâche pas. Pourquoi ces hécatombes de martyrs qui ont fait de l'Eglise naissante comme un lac de sang ? Pourquoi Voltaire répétait-il : « Écrasons l'infâme ! » (Lui) ? Pourquoi ce mot de J.-J. Rousseau : « O Dieu, je te remercie de m'avoir créé libre, car, au moins, j'ai la liberté de te haïr ? » Pourquoi le Christ est-Il toujours poursuivi dans l’âme de l'enfant, du pauvre et de la femme, ces faiblesses sacrées ? Pourquoi, sur certaines figures humaines, ce masque, ce rictus imprimés par la haine ? Or si deux mille ans après sa mort, Jésus est encore aimé, est encore haï, c'est qu'il est encore vivant, c'est donc qu'il est Dieu.
S'il n'est pas Dieu, comment a-t-il pu se ressusciter Lui-même ? Là, les faits historiques sont trop clairs pour être mis en doute. Jésus était véritablement mort ; si la crucifixion n'avait pas suffi, les cent livres d'aromates L'auraient asphyxié ; mais au matin du troisième jour, son corps avait disparu. Les apôtres n'ont pas pu l'enlever : peureux, découragés, abattus, tous s'étaient enfuis, et des soldats montaient la garde. Si les Juifs l'avaient enlevé, ils n'eussent pas manqué de montrer son cadavre pour l'opposer aux Apôtres clamant sa résurrection. La conclusion s'impose.
S'il n'est pas Dieu, qui donc pourra comprendre qu'il ait réussi à établir sa religion dans le monde entier et malgré d'inimaginables obstacles : la haine farouche des Juifs, l'état du monde païen d'alors, un dogme étourdissant, une morale sévère, surtout la pauvreté morale des instruments par Lui choisis ? Confier ce formidable programme à douze pauvres pêcheurs ramassés dans la plèbe, leur inculquer sa doctrine, leur mettre une croix à la main, et les lancer ainsi à travers le monde avec la seule assurance de souffrir et de mourir pour Lui... il y a là de quoi renverser tous les plans de la sagesse humaine. Et Jésus a réussi. C'est Bayle, l'impie, qui écrit : « La propagation du christianisme, c'est l'ouvrage d'un Dieu ! »
S'il n'est pas Dieu, d'où vient cet enthousiasme avec lequel des millions de martyrs sont morts pour Lui, souvent d'une mort affreuse ? Devant cette légion de héros, on ne peut crier au fanatisme ; ils étaient calmes, réfléchis, sans aucune surexcitation. Et puis, le fanatisme qui les aurait poussés à la mort sanglante, n'est pas une maladie contagieuse que vingt siècles ont pu se transmettre. Et voilà vingt siècles que cela dure... Et le flot de sang chrétien n'est pas encore tari. N'est-ce pas le cas de répéter le mot fameux : « II faut croire des témoins qui se font égorger ! »
S'il n'est pas Dieu, qu'on explique encore la survivance miraculeuse de cette Eglise qu'il a fondée, et contre laquelle tant d'incroyables et de formidables obstacles se sont dressés et se dressent encore aujourd'hui ? Cent fois, au cours des siècles, l'Eglise a réussi de prodigieux redressements. En face de cette « tourbillonnante aventure », comme disait Chesterton, on comprend l'aveu du prisonnier de Sainte-Hélène : « Les peuples passent, les trônes s'écroulent, l'Église demeure ! » Il y a là l'estampille divine.
Enfin, car on ne peut pas tout dire, s'il n'est pas Dieu, pourquoi, depuis vingt siècles, des milliards d'hommes ont-ils pu adorer un petit morceau de pain ? …Pourquoi 45.000 missionnaires sont-ils allés prêcher au loin, au prix de renoncements et de fatigues inouïs, la religion de Jésus ? On peut, à la rigueur, taxer quelques individus d'exaltés, de fanatiques !... Mais qui donc oserait appliquer de telles épithètes à ces immenses armées du zèle et de l'amour, dont le recrutement ne tarit jamais ?
S'il n'est pas Dieu, une dernière expérience s'impose. Qu'on efface par la pensée toutes les traces que Jésus-Christ a laissées sur la terre : églises, chapelles, cathédrales, hôpitaux, hôtel-Dieu, œuvres de bienfaisance, etc... Qu'on supprime les prêtres, les missionnaires, les religieux, les religieuses avec toutes leurs œuvres !... Qu'on abatte toutes les croix, qu'on fasse partout taire les cloches, qu'on abolisse toutes les fêtes qui nous parlent de Lui... Si, alors, on se retourne, on sera épouvanté par les ruines que laisserait ce seul nom manquant soudain dans le monde. (A suivre)
Extrait de : Plus près de Toi mon Christ. J. Beateman. C.M. (1939)
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