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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 09:35

    LA  PHILOSOPHIE DU  PLAISIR

Nous recherchons tous le bonheur. Et si nous étions raisonnables, nous prendrions la peine d'étu­dier les trois lois qui gouvernent le plaisir et qui, si l'on s'y conforme, rendent la conquête du bonheur incomparablement plus facile.

Première loi. — Si vous voulez vous amuser, il vous faut organiser votre existence de telle manière qu'elle ne comporte pas uniquement des amusements. Le plaisir est comme la beauté. Il est conditionné par le contraste. Une femme qui désire mettre en valeur une robe de velours noir, ne la présentera pas, si elle est avisée, devant une tenture noire, mais devant une tenture blanche. Les feux d'artifice ne nous enchanteraient pas si on les faisait jaillir dans l'éclat du soleil de midi : ils ont besoin d'obscurité pour produire tout leur effet. Les nénuphars nous donnent un plaisir esthétique tout particulier parce que leurs pétales émergent, de façon surprenante, des eaux souillées des étangs. Le contraste est nécessaire pour nous aider à découvrir dans chaque chose sa valeur propre.

Selon le même principe, le plaisir est d'autant plus délectable qu'il se présente comme une aubaine contrastant avec des expériences beaucoup moins agréables. Nous commettons une grave erreur si nous essayons de faire des nuits de fête de toutes nos nuits. Le Thanksgiving Day serait sans saveur si nous mangions tous les jours de la dinde. Et nous ne serions pas dans l'allégresse pour le réveillon du jour de l'an si les sirènes retentissaient tous les jours à minuit.

L'amusement dépend d'un contraste. Il en est de même du plaisir que provoque en nous une situation comique. Si la mitre d'un évêque a été placée de tra­vers par un maître des cérémonies négligent, cela nous fait rire ; cela ne serait pas drôle du tout si les évêques portaient toujours leur mitre sur l'oreille.

Le plaisir de vivre se trouve singulièrement accru si nous suivons les préceptes spirituels qui nous enjoignent de pratiquer la mortification et le renon­cement. Cette pratique nous préserve de la lassitude ; elle sauvegarde la joie de vivre.

L'autodiscipline ranime en nous les enthousiasmes de notre enfance, de ce temps où nos plaisirs étaient rationnés, où nous mangions notre dessert à la fin du repas, jamais au début.

Deuxième loi.Le plaisir devient plus profond et plus intense lorsqu'il survit à une période d'ennui ou de douleur. Cette loi nous aide à faire durer toute la vie les plaisirs auxquels nous accordons le plus d'importance. Pour y parvenir, il nous faut persévérer dans ce que nous avons entrepris jusqu'à ce que nous ayons trouvé notre deuxième souffle. On jouit beau­coup mieux d'une ascension en montagne après être passé par les premiers moments de fatigue et de décou­ragement. On s'intéresse beaucoup plus à son métier après avoir surmonté l'envie d'y renoncer.

De même, le mariage ne devient stable qu'après les déceptions qui mettent un terme à la lune de miel. Ce qui donne toute leur valeur aux vœux conjugaux, c'est qu'ils préservent l'union du couple au cours de la première querelle ; ils lient le mari et la femme pendant la période des premiers ressentiments, jus­qu'à ce que les conjoints trouvent leur deuxième souffle et connaissent un bonheur véritable dans leur union. Comme toutes les grandes joies, les joies du mariage s'enfantent plus ou moins dans la douleur. Il nous faut casser la coquille pour manger la noix, de même, dans la vie spirituelle, la croix doit précéder la couronne.

Troisième loi.Le plaisir est un sous-produit et non un but. Le bonheur doit être notre demoiselle d'honneur et non notre épouse. Beaucoup de gens commettent la grave erreur de se préoccuper unique­ment du plaisir ; ils oublient que le plaisir ne découle que de l'accomplissement d'un devoir ou de l'obéis­sance à une loi, car l'homme est fait pour obéir aux lois de sa propre nature auxquelles on ne peut pas plus échapper qu'aux lois de la gravitation. Lorsqu'il mange de la crème glacée, un enfant y trouve du plaisir, car il se conforme à l'un des impératifs de la nature humaine : manger. Mais s'il mange plus de crème glacée que les lois de son corps n'autorisent, il cesse de trou­ver le plaisir qu'il recherche et il finit par avoir mal au cœur. Rechercher le plaisir sans se soucier de la loi, c'est le manquer à coup sûr.

Devons-nous commencer par le plaisir ou finir par le plaisir ? Il y a deux réponses à cette question, la chrétienne et la païenne. Le chrétien dit : « Commence par le jeûne et termine par le banquet ; alors tu le savoureras vraiment. » Le païen dit : « Commence par le banquet et termine par la gueule de bois... »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 08:39

L’AMOUR EST INFINI

Il y a une profonde différence de qualité entre les biens dont nous avons besoin, que nous utilisons, dont nous jouissons effectivement, et l'accumulation des choses inutiles dont nous faisons l'acquisition par vanité, par cupidité, ou pour humilier autrui. Les biens de la première catégorie sont une extension légitime de notre personnalité : nous enrichissons par notre amour quelque objet déjà fort usagé, et, de ce fait, il devient pour nous un objet précieux. Ces deux manières d'entendre la propriété, n'importe quelle garderie nous en fournit une illustration : l'enfant qui n'a qu'un seul jouet l'enrichit de son amour. En revanche, l'enfant gâté, saturé de divertissements multiples, ne tarde pas à se blaser et cesse d'y prendre le moindre plaisir. La qualité de son amour diminue en proportion du nombre des objets qui sont proposés à son amour. De même, moins une rivière est pro­fonde, plus ses eaux s'éparpillent dans la plaine.

Lorsque nous pénétrons dans une vaste demeure qui n'est habitée que par deux personnes, nous éprou­vons une sensation de froid, car une telle maison est trop grande pour que l'amour humain en fasse un véri­table « gite ». N'importe lequel d'entre nous est capable d'ennoblir par sa présence quelques mètres carrés... mais pas plus. Plus les gens possèdent de biens qu'il leur est impossible d'imprégner de leur personnalité et de leur amour, plus ils sont accablés de lassitude, d'ennui et de satiété.

Et pourtant les hommes et les femmes s'efforcent perpétuellement d'accroître leurs possessions, bien au-delà des limites de ce dont ils peuvent jouir. Et il en est ainsi parce qu'ils s'imaginent à tort que leur faim d'Infini peut être satisfaite par une multiplicité de biens matériels : ce à quoi ils aspirent, en réalité, c'est à l'Infini de l'Amour divin.

Dès que nous commençons à désirer la « richesse », notre imagination peut très aisément être amenée à désirer un faux infini. Car la « richesse » et l'« argent » sont des choses qui stimulent l'imagination et l'ima­gination est insatiable dans ses désirs. Les biens véri­tables, ceux par exemple dont notre corps à besoin, ne sont pas de cette sorte. La quantité de nourriture que notre estomac peut contenir tient dans d'étroites limites, et lorsque ces limites sont atteintes nous n'en désirons pas plus. Nôtre-Seigneur a nourri, dans le désert, cinq mille personnes en leur distribuant du poisson et du pain, et tout le monde a été rassasié. Mais si, au lieu de cela, il avait distribué des bons du trésor de  mille dollars, nul n'eût dit : « Un seul me suffit. »

La richesse à crédit, les actions, les obligations, les comptes en banque... tout cela n'a pas de limites déterminées qui nous contraignent à dire : « C'est assez. » Il y a dans ces choses une caricature d'infini qui incite les hommes à s'en faire de fausses religions, à les utiliser comme des produits de remplacement qui se substituent au véritable infini de Dieu. Comme l'argent, l'amour et la puissance peuvent devenir des religions: ceux qui sont à la poursuite de ces choses et qui les considèrent comme «des fins en soi», ne parviendront jamais à se satisfaire. Ces hommes sont à la recherche de Dieu, mais ils ignorent son nom et ils ne savent où le trouver.

Étant donné que tout accroissement de la quantité des choses que nous aimons entraîne une diminution de la qualité de notre amour, il existe deux procédés grâce auxquels on peut espérer que se préservera la pureté de notre amour. Le premier consiste à donner en proportion de ce que nous recevons ; et cela per­met de nous remettre en mémoire que nous ne sommes que les simples gérants des richesses du Seigneur et non leurs légitimes propriétaires. Pourtant, bien peu de gens se risquent à agir de la sorte : ils ont peur d'entamer leur « capital » et chaque centime qu'ils y ajoutent devient une partie inhérente de la pile sacrée dont on ne doit pas rompre l'harmonie. Ils finissent par s'identifier à ce qu'ils aiment ; s'il s'agit de la richesse, ils ne peuvent supporter de se séparer de la moindre parcelle du fardeau qu'ils ont accumulé.

Le deuxième moyen de nous préserver d'une cupi­dité malsaine est un moyen héroïque : le détachement complet des richesses de ce monde tel qu'il fut pra­tiqué par saint François d'Assise, tel que le pratiquent tous ceux qui font vœu de pauvreté. Pareille renon­ciation a quelque chose de paradoxal, car l'homme qui a abandonné jusqu'à l'espoir d'assurer sa « sécurité » est l'homme le plus riche du monde : c'est lui qui jouit de la plus grande sécurité, car il ne désire rien et aucun milliardaire ne peut en dire autant. Notre aptitude au renoncement est autrement grande que notre apti­tude à la possession : nul ne peut posséder le monde, mais n'importe qui peut y renoncer.

Les avares peuvent bien emplir leurs portefeuilles, en aucun cas ils ne peuvent emplir leurs cœurs, car il leur est impossible d'acquérir les richesses qu'ils sont aptes à imaginer et à désirer. Par contre, ceux qui sont pauvres du fond du cœur sont riches en bonheur. Dieu nous a dotés d'assez d'amour pour que nous soyons en mesure de le trouver et de trouver en lui l'infini ; mais il ne nous a pas dotés d'assez d'amour pour thésauriser les biens matériels.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 09:35

LA  JOIE INTÉRIEURE

Chacun de nous fait lui-même sa pluie et son beau temps et détermine la couleur du ciel dans l'univers émotionnel qu'il habite. Grâce à un effort créateur, nous pouvons inonder nos âmes de tant de rayons de soleil qu'ils rendent radieux les événements de quel­que nature qu'ils soient. Il nous est possible, d'un autre côté, de nous laisser glisser dans un état de dépression interne si profond, si rempli de tristesse que seules les stimulations extérieures les plus intenses de notre système sensoriel soient capables de nous arracher à l'apathie.

Chacun de nous doit trouver du plaisir, nous disent les philosophes. L'homme qui a développé sa person­nalité en conformité avec sa nature et orienté sa vie vers Dieu, celui-là connaît le plaisir intense et indes­tructible que les saints appellent joie. Aucun événe­ment extérieur ne peut le mettre en péril ou ternir son bonheur. Mais il y a beaucoup d'hommes qui attendent leur plaisir de l'extérieur et comptent sur les accidents de l'existence pour leur procurer du bonheur. Comme personne ne peut faire de l'univers son esclave, quiconque cherche le plaisir à l'extérieur est voué aux déceptions. Les distractions aboutissent à la satiété et nous ennuient; une ambition réalisée devient fastidieuse ; un amour qui nous promettait des satisfactions complètes perd son éclat et son enivrement. Un bonheur durable ne peut jamais nous venir du monde. La joie ne découle pas des choses que nous obtenons ou des gens que nous ren­controns ; elle est fabriquée par l'âme elle-même, dans la mesure où l'âme parvient à s'oublier elle-même.

Le secret d'une vie heureuse tient dans la modéra­tion de nos plaisirs en échange d'un accroissement de notre joie. Mais certaines pratiques contempo­raines nous rendent cette opération difficile. L'une d'elles est celle qui s'efforce d'accroître nos besoins afin que nous achetions plus de marchandises. Il faut y ajouter la psychologie d'enfant gâté de l'homme moderne qui l'incite à estimer qu'il a droit à tout ce qu'il désire, que le monde lui doit la satisfaction de toutes ses fantaisies. Nous devenons vulnérables dès que le moi constitue le centre de l'univers : notre paix peut être détruite par le courant d'air d'une fenêtre ouverte ; par notre incapacité à acheter un manteau de fourrure, si rare que seulement vingt femmes au monde peuvent le porter ; parce que nous n'avons pas été invités à un déjeuner, parce que nous ne sommes pas celui qui paie le plus d'impôts de tout le pays. Le moi est toujours insatiable si on ne le refrène pas ; il n'est de jouissances ou d'honneurs capables de calmer sa boulimie, son besoin fréné­tique de « musiques plus folles et de vins plus entê­tants », de réceptions flatteuses et de gros titres dans les journaux.

Les hommes qui sont centrés sur leur moi consi­dèrent comme des calamités qu'on leur refuse la moindre de leurs fantaisies : ils veulent dominer leur propre univers, tirer les ficelles de ses marionnettes et contraindre ceux qui les entourent à se soumettre à leur volonté. Si une des aspirations de leur moi est contrecarrée et contrariée par le moi d'autrui, ils sont au désespoir. Les occasions de découragement et de tristesse se trouvent ainsi multipliées, car il est fatal qu'on refuse à chacun d'entre nous un certain nombre de choses que nous désirons. Il dépend de nous que ces refus soient acceptés avec une allègre bonne humeur ou pris comme des affronts.

De nos jours, des millions d'hommes et de femmes considèrent que leur bonheur est détruit s'il leur faut se priver de choses dont leurs grands-parents n'avaient jamais rêvé. Les objets de luxe sont devenus pour eux une nécessité ; et plus un individu a besoin de choses pour être heureux, plus il augmente ses chances de désappointement et de désespoir. Il est devenu l'esclave de ses lubies, il subit la tyrannie des objets les plus futiles ; il ne se possède plus, il est possédé par des objets extérieurs, par des jouets trompeurs.

Dans sa République, Platon a parlé de l'homme dont la vie est dominée par ses lubies et ses fantaisies ; ses remarques datent de 2,300 ans, mais elles sont toujours d'une brûlante actualité : « Souvent, il peut lui arriver de s'engouer pour la politique, d'y sauter à pieds joints et de faire ou de dire tout ce qui lui passe par la tête ; ou bien il conçoit de l'admiration pour un général et son intérêt se concentre sur la guerre ; ou encore pour un homme d'affaires et séance tenante il en fait sa ligne personnelle. Il ne connaît dans la vie ni ordre ni obligation ; il refusera d'écouter quiconque lui expliquera qu'il est des plaisirs qui découlent de la satisfaction des désirs bons et nobles, d'autres de la satisfaction des désirs mauvais, et que les premiers doivent être étayés et encouragés, et les seconds refrénés et muselés. En réponse à de tels propos, il hoche la tête et déclare que tous les enthou­siasmes se valent et sont dignes d'une égale atten­tion. »

Si nous voulons jouir de la vie au maximum, il est indispensable que nous établissions une hiérarchie dans nos plaisirs. Les joies les plus intenses et les plus durables n'échoient qu'à ceux qui consentent à s'im­poser certaines restrictions volontaires, qui acceptent les contraintes d'une discipline préalable. C'est du sommet de la montagne qu'on a le plus beau point de vue, mais il peut être ardu d'atteindre la cime. Si l'on veut prendre plaisir à lire Horace dans le texte, il faut d'abord se contraindre à apprendre les décli­naisons de la grammaire latine. Seuls accèdent à la plénitude du bonheur ceux qui se sont privés eux-mêmes de plaisirs légitimes afin d'obtenir des joies différées. Les gens qui se « laissent aller » s'avachissent ou deviennent fous.

Le Sauveur de ce monde nous a enseigné lui-même que les plus belles joies ne peuvent nous être dévolues que si nous les achetons par la prière et le jeûne : il nous faut, avant tout, nous déles­ter, par amour pour lui, de nos pièces de cuivre, et il nous remboursera en pièces d'or, en joie et en extase.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 09:16

NÉCESSITÉ D'UNE RÉVOLUTION

Le philosophe du dix-neuvième siècle, a tenté d'exprimer l'état d'esprit de son époque en affir­mant : « Dieu est mort. » Il voulait dire par là que ses contemporains étaient en train de perdre la foi.

Il a également jeté un regard prophétique sur l'ave­nir et prédit que le vingtième siècle serait un siècle de guerres et de révolutions. Ses deux affirmations étaient liées l'une à l'autre par une logique beaucoup plus profonde que l'inventeur de la philosophie du « surhomme » ne le supposait : l'homme qui a cessé d'aimer Dieu ne continue pas bien longtemps à aimer son prochain, et il considère comme particuliè­rement ardu de tenter d'aimer un prochain d'une catégorie spéciale : son ennemi.

Nous sommes bien, en effet, dans un siècle de révo­lutions. Mais il n'est nullement fatal que ce siècle s'inscrive dans l'histoire comme celui de révolutions strictement économiques et politiques. La possibilité nous demeure toujours ouverte de faire de notre époque celle des révolutions glorieuses, celle des révo­lutions contre nous-mêmes. Il y a révolution chaque fois qu'une âme détrône le moi qui l'opprime et se soumet au principe d'amour. Une révolution se produit chaque fois que l'humilité remplace l'orgueil dans nos cœurs et que nous abandonnons la folle poursuite du « succès » et de la notoriété.

Ce type de révolution domestique trouve son modèle dans l'action de Nôtre-Seigneur lui-même. La nuit qui précéda sa mort pour la rédemption du monde, il s'agenouilla devant ses disciples comme s'il était moins que chacun d'eux. Auparavant, lorsqu'il les enseignait, il leur avait souvent dit de ne pas recher­cher à table les meilleures places ni d'essayer d'être célèbres parmi les hommes. Lorsque les apôtres s'étaient disputés entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il les avait adjurés de procéder à une révolution de leurs valeurs. Il leur avait dit : « Les rois des nations les maîtrisent et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Naguère, Nôtre-Seigneur avait formulé la révolu­tion de l'humilité ; après la Cène, il la mettait en pratique : « Il ôta ses vêtements et prit un linge dont il se ceignit. Ensuite, il versa de l'eau dans un bassin et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » En ce temps-là, seuls des esclaves étaient chargés de besognes aussi serviles. Et c'était un formidable renversement des valeurs que le Maître des Maîtres, le Roi des Rois s'agenouillât devant vingt-quatre pieds calleux et suants pour les laver... exactement comme son abso­lution continue à laver nos cœurs calleux et nos âmes souillées. Toutes les valeurs humaines se trouvaient effondrées pour toujours par cette stupéfiante révo­lution que le Christ formula en ces termes : « Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. »

A compter du jour où ces paroles furent prononcées, César perdit son trône. Le principe de l'exploitation était aboli, l'arrogance et l'orgueil étaient bannis... Depuis lors, tous les chrétiens ont été mis en garde contre la tentation de juger selon les jugements du monde et de rechercher pour eux-mêmes les récom­penses que le monde peut accorder. En même temps que l'eau coulait des mains divines, cette nuit-là, les vieux systèmes de morale se démodaient et les plus nobles conquêtes des anciens cessaient d'être à l'échelle de l'homme. A partir de ce moment-là, les pires désordres possibles de l'âme étaient connus : c'étaient le refus de servir autrui et la prétention de mériter des privilèges spéciaux. Une nouvelle loi était née : elle affir­mait l'égalité de tous les hommes devant Dieu et proclamait ensuite la beauté de l'humilité. Celui qui s'était abaissé en devenant un homme multi­pliait maintenant les bienfaits et soulignait la leçon en réduisant son infini au service de ses serviteurs.

La révolution à l'intérieur de l'âme, c'est l'aventure chrétienne. Elle ne requiert aucune haine, elle ne revendique aucun droit individuel, elle ne réclame aucun titre ambitieux, elle ne dit aucun mensonge. Dans une révolution de cette sorte, c'est l'amour qui opère de l'intérieur, un peu comme une cinquième colonne, fidèle à Dieu, au sein de nos personnes déchi­rées. Pareille révolution détruit l'orgueil et l’égoïsme, l'envie et la jalousie, et ce besoin d'être « le premier » qui nous empêche de respecter les droits d'autrui. L'épée qu'elle brandit ne menace pas le prochain, elle ne menace que la surestimation absurde de nos personnes. Dans les autres révolutions, il est aisé de se battre, car c'est contre un « méchant ennemi » que nous sommes en guerre. La révolution chrétienne, en revanche, est difficile, car l'ennemi auquel il nous faut donner l'assaut est une partie de nous-mêmes. Et pourtant, c'est là la seule révolution qui aboutit à la véritable paix : les autres rébellions ne s'achèvent jamais, car elles manquent toujours leur but : elles laissent de la haine bouillonner dans l'âme des hommes.

La pensée contemporaine se concentre sur les révo­lutions du monde extérieur, des nations et des classes, des races, des partis et des clans. Notre divin Seigneur, lui, n'a pas pris comme premier objectif la révolution sociale. Il a d'abord refait l'individu, grâce à sa Résur­rection ; ensuite, il a envoyé son esprit dans l'homme et régénéré le monde antique.

Saint Augustin a dit : « Ceux qui troublent la paix dans laquelle ils vivent, ne le font pas par haine de cette paix, mais pour montrer qu'ils ont le pouvoir de l'altérer. » Les guerres éclatent lorsque les hommes projettent leurs conflits intérieurs dans le monde extérieur ; la paix viendra lorsque de nombreux hommes auront accompli leur révolution intérieure, brisé leur orgueil et détruit leurs ambitions égoïstes.

La paix qui découle de pareilles hostilités spirituelles peut exercer une heureuse contagion d'âme en âme, et apporter la paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:26

    LES SOUTERRAINS

le monde moderne a un curieux amour des sou­terrains, il aime les caves sombres et profondes des existences humaines, il aime à plonger dans les zones subhumaines de nos vies et à les analyser. Cette attraction est, partiellement, une réaction contre un excès exactement contraire.  Il y a un siècle, les hommes étaient persuadés qu'ils avaient atteint de nouveaux sommets  d'existence.  Ils  parlaient  du  progrès inévitable, du triomphe sur la mort, de la transformation des hommes en dieux et de la terre en paradis.

Aujourd'hui, la présomption de nos grands-parents a cédé la place au désespoir de nos contemporains. Pris de vertige à des altitudes artificielles, l'homme a chu au fond des profondeurs, dans le plus terrible désespoir. Son enthousiasme délirant s'est transformé en dégoût, ses perspectives de plaisirs accrus ont abouti à la satiété, et ses espoirs extravagants de succès temporels ont tourné à la nausée.

Deux catégories de spécialistes des choses souter­raines ont surgi dans les temps modernes : les uns analysent les travailleurs considérés en tant que « masses » ; les autres étudient l'inconscient dans l'âme des individus. Les peuples sont devenus des « masses » qui ne peuvent être manipulées par un dictateur que lorsqu'elles ont perdu le sens de leurs responsabilités et de leur dignité. Lorsqu'elles sont réduites à cette condition, elles offrent une proie facile aux forces étrangères et extérieures ; telles sont les premières conditions de l'établissement de l'état totalitaire. Les communistes et les fascistes le savent bien.

Les spécialistes de la deuxième catégorie sont les gens qui prennent pour terrain de recherches la partie subrationnelle, involontaire, subhumaine de l'intel­ligence de l'homme : son inconscient dans lequel l'esprit refoule des fragments de pensée. Le sub­conscient a, en fait, une influence sur le comportement humain ; mais ce n'est pas là le seul facteur ni celui qui, en définitive, est déterminant. Une éraflure sur le gland dont il est issu peut expliquer, dans une cer­taine mesure, la forme du chêne arrivé à maturité ; mais la lumière, la chaleur et les forces invisibles de la vie sont également responsables de son état présent.

Ces groupes jumeaux de chercheurs « souterrains » nous donnent la clef de notre époque. En effet, comme Virgile, les hommes ont toujours eu tendance à se représenter l'enfer au fond des abîmes, et bien que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la géographie de l'enfer, l'imagination populaire le situe sous la terre. Il en résulte que lorsque l'intérêt public se concentre sur ce qui est « sous » quelque chose, il y a psychologiquement des chances pour que la question de l'enfer soit l'idée de derrière la tête de toute une génération de penseurs et de lecteurs.

Ceux qui braquent leur attention sur l'inconscient, ceux qui en étudiant la libido et les instincts sexuels espèrent résoudre les problèmes de l'existence, ces gens-là cherchent le bonheur dans les «sous-régions» où on ne le rencontre jamais. C'est seulement grâce à la raison et à la volonté (qui sont des phénomènes d'essence divine) que les êtres humains peuvent atteindre à la paix. La tragédie de notre temps, c'est le désespoir de ceux qui ont réussi : leur misère n'a point pour origine la faillite de leurs plans, mais le fait que, les ayant réalisés, ils ne trouvent pas le bonheur.

Ce Tout auquel ils aspirent (profits matériels et triomphes temporels) se métamorphose en Rien dès qu'on en a la possession. Et Rien, c'est le pôle opposé à celui de Dieu et de sa création. L'enfer, c'est le moi gorgé de ses concupiscences satisfaites, contraint de se consumer pour toujours sans espoir de délivrance.

Le monde d'aujourd'hui attend une résurrection. Les masses qui sont submergées par des pouvoirs dictatoriaux attendent qu'on casse les reins du ser­pent afin d'être libres d'agir de leur propre autorité, comme elles le firent lorsque notre constitution fut écrite. Car cette constitution précisait : « Nous, le peuple ordonnons et établissons un gouvernement... »

De même les âmes qui sont individuellement cadenassées dans la misère de leur moi inconscient, qui opèrent au niveau subhumain du comportement animal et instinctif, ces âmes ont besoin d'une résurrection pour les arracher à la tombe où leur satiété les a placées. Elles aussi, elles aspirent à la lumière.

Il y a de la vie dans l'œuf, mais pour que cette vie en jaillisse, il faut briser la coquille. Il y a aussi de la vie dans les masses dépossédées et dans les âmes individuelles ensevelies et frustrées. Mais dans l'un et l'autre cas, la coquille doit être brisée, et brisée de l'extérieur. Il faut pour cela une Puissance qui ne soit pas humaine, qui soit divine.

Ce que chaque âme, doit se demander, est ceci : Est-ce que je veux continuer à vivre dans la coquille ou est-ce que je désire être portée à un point d'incuba­tion spirituelle ? Ceux qui se trouvent à l'intérieur des coquilles peuvent en sortir s'ils permettent à Dieu de les libérer en écrasant la carapace d'égoïsme qui les prive de sa lumière.

C'est là une question grave. Et ceux qui refusent de prendre au sérieux les questions morales ou spiri­tuelles finissent par prendre au sérieux ce néant qui est le domaine de l'éternel souterrain. Par contre, si nous prenons l'âme au sérieux, nous devenons capables de prendre toutes les autres choses plutôt à la légère. C'est là le commencement du bonheur, dans ce monde et dans le suivant.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 08:40

    RETOUR  AU NÉANT

Dieu nous a faits de rien, d'absolument rien, et il est bon, à l'occasion, de se le rappeler. Parce que Dieu nous a créés, nous sommes des êtres précieux, mais parce que nous venons d'un néant total, il nous est impossible de nous vanter de notre indépendance. Et comme nous venons de Dieu, nous avons le désir lancinant d'en revenir à une union avec sa Vie, avec sa Vérité, avec son Amour. Mais comme nous sommes également les enfants du néant, nous dépendons autant de lui que les rayons du soleil dépendent du soleil.

Lorsque saint Jean-Baptiste vit Nôtre-Seigneur pour la première fois, cette conscience du néant l'amena à dire : « Je dois m'abaisser ; il doit gran­dir. » Ceci n'implique nullement que saint Jean manifestait une fausse humilité, qu'il prétendait sans aucun réalisme que lui et son œuvre étaient sans valeur. Il s'agissait de cette simple constatation : même la plus brillante des étoiles perd son lustre devant la gloire du soleil levant.

Saint Jean s'est abaissé en face de Dieu ; nous pourrions faire de même en nous rappelant de temps à autre que notre origine, c'est le néant. Nous le pouvons par la pratique de l'humilité et, ce faisant, nous renouvelons notre création. Il nous est possible de retourner, psychologiquement, dans les entrailles du néant originel, en nous dépouillant de tout ce qui n'est pas Dieu et en retrouvant ainsi l'inexistence nue d'où il nous a tirés.

Lorsque nous regardons en face les faits réels de notre existence, nous ne pouvons que nous rendre compte qu'il est tout et que nous ne possédons rien qui ne vienne de lui. Nous nous apercevons alors que c'est lui qui nous maintient en vie, de minute en minute. Nous comprenons que sans lui, nous ne pouvons rien faire. Notre divin Sauveur a rappelé ;\ ses disciples leur néant relatif lorsqu'il a décrit le comportement que le Chrétien doit adopter à un banquet : il lui faut éviter de prendre la place 'd'hon-lieur, de s'imposer comme une vedette, il lui faut agir comme s'il était un individu sans importance plutôt que d'essayer de passer pour « quelqu'un ». Un peu plus tard, au cours de son ministère, il est retourné à ce thème, il a fait l'éloge du Publicain qui, conscient de son insignifiance, entrait dans le temple par la porte dérobée, alors que le Pharisien se poussait au premier rang. Nôtre-Seigneur a fait connaître le verdict du Ciel : « Celui qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé. »

Cette exhortation à l'humilité ne signifie pas tou­tefois que nous devons traverser la vie avec un « complexe d'infériorité ». Il ne faut pas rechercher la vallée de l'humilité pour y trembler dans les ténèbres, mais bien au contraire pour que, de cette vallée, nous puissions apercevoir les montagnes de Dieu et y trouver notre exaltation. Le bond en alti­tude qu'on fait en partant de la conscience de sa petitesse pour accéder à la joie de la grandeur du Seigneur est magnifiquement exprimé par Marie, la Mère de Jésus : « II a jeté un regard gracieux sur la bassesse de sa servante. » En admettant ainsi qu'elle n'était que néant en dehors de Dieu, Marie s'est placée plus bas qu'aucun être vivant ne l'a jamais fait ; son ascension n'en est ensuite que plus sublime.

Plus nous pensons vraiment à nous-mêmes et plus nous pensons à Dieu ; tous les égotistes sont anti­religieux. Le préalable spirituel indispensable pour voir Dieu exige qu'on ne soit pas aveuglé par son propre moi et par tout ce qu'il contient d'orgueil, de vanité et de déification de l'individu. Seul le récipient vide peut être rempli ; seul le récipient débarrassé de son égotisme peut être divinisé. L'eau du puits ne peut rien ajouter à une coupe déjà emplie de boue jusqu'aux bords ; et c'est seulement l'âme humble et vidée qui peut recevoir les Eaux de la Vie Eternelle. Bien souvent, au cours de notre existence, nous emplissons nos coupes avec la boue et les galets de l’égoïsme. Cette boue, ce faux orgueil, ce prix extravagant qu'on accorde au moi, en dehors de Dieu, voilà ce qui complique la vie et empêche l'âme de s'unir à ce pour quoi elle a été faite. De même que le brouillard empêche les rayons- du soleil de resplendir sur la terre, de même en niant la réalité de son néant, le moi nous sépare de Dieu. Mais de même qu'il arrive que la chaleur du soleil dissipe le brouillard, Dieu, lui aussi, peut chasser notre orgueil et atteindre l'âme.

Dieu lui-même nous a montré le chemin de l'humi­lité. Il est descendu jusqu'au néant lorsqu'il s'est humilié au point de mourir ignominieusement sur la Croix, mais c'était pour ressusciter dans toute sa gloire, poussé par la force irrésistible du Pouvoir divin. Pour nous aussi, la seule avenue qui mène à Dieu passe par la Crucifixion du moi. L'homme qui se fait lui-même bâtit sur son propre moi, et générale­ment il se révèle un piètre architecte. Par contre, l'homme fait par Dieu méprise trop son moi pour on faire une pierre angulaire et laisse Dieu ériger l'édifice de sa vie. Il est comme saint Paul : « Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu », et il est heureux dans sa franche humilité.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 11:04

L'Annonciation.

Le 25 mars, c’est en ce jour que le Ciel annonça à tous les hommes, dans la personne de Marie, la paix et le salut. Dieu, de toute éternité, avait résolu de sauver les hommes en revê­tant leur humanité, et avait désigné, dès le commencement, Marie pour être sa mère.

Lors donc que l'heure de la miséri­corde eut sonné, Dieu envoya son ange Gabriel à l'humble Vierge de Nazareth pour lui donner ce salut élogieux que la terre se plaît à répéter chaque jour : « Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ! »

Puis, à genoux devant la Vierge troublée de ces paroles, l'Archange la pria, au nom du Très-Haut, de consentir à devenir la mère du Rédemp­teur promis, la mère du Fils de Dieu.

Marie hésitait ; elle avait consacré à Dieu sa virginité ; elle la préférait à la digni­té même qui lui était offerte. Mais, assurée que la maternité divine ajouterait à sa virginité un nouvel éclat, bien loin de lui porter préjudice, Marie prononça ce fiât que Gabriel porta dans les Cieux et qui fit descendre du sein de l'Éter­nel le Verbe divin...

Remercions notre Père céleste de tous les biens qui nous ont été prodigués depuis ce jour, heureux et béni entre tous ! Que les femmes surtout comprennent à quelle dignité leur sexe est élevé aujourd'hui.

Depuis qua­tre mille ans la femme était réduite à un état d'abaisse­ment qui à ses yeux était irrémédiable : grâce à la sainte Vierge, la voilà à jamais réhabilitée : Oh ! Combien elles doivent l'aimer et la bénir !

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES, (1933)

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