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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 06:19

Donnez à Dieu les prémices de votre jour­née …              

La prière du matin est le baptême de la journée, celle du soir, l'adieu filial avant le repos, est le baptême de la nuit. Il n'est pas d'heure plus favorable pour la prière que celle du matin. La première pensée n'est-elle pas pour ce que l'on aime ? Le mondain pense à ses plaisirs, l'homme d'affaire à ses intérêts, l'ambitieux aux honneurs et le chrétien pense à Dieu. Le cœur monte naturellement vers les objets chéris comme la plante au soleil. Aussi dire de quelqu'un qu'il est notre première pensée, c'est dire qu'il est notre premier amour. Or qui le mérite plus que Dieu ? Si le péché originel n'avait pas égaré la direction de nos facultés, ce mouvement serait chez nous instinctif, irrésis­tible, comme celui de l'enfant qui le matin se précipite dans les bras de son bon père. Et puis ce père est là qui sollicite de nous le premier élan de l'âme. Il se compare dans l'Écriture à un voyageur matinal qui se tient debout à la porte et y frappe pour qu'on lui ouvre : " Que notre pre­mière parole soit pour lui dire d'entrer. "

C'est justice que Dieu soit servi le premier et qu'aussitôt introduits dans ce beau palais, nous commencions par saluer le maître de la maison avant de nous occuper ou de ce qui le rem­plit ou de ceux qui l'habitent.

Milton, dans son poème du Paradis perdu, montre le premier

homme transporté et ravi dès qu'il ouvre les yeux et qu’il voit le fir­mament étendu sur sa tête et il fait dire à Adam: "Je m'élançai, je bondis vers le ciel comme pour l'atteindre. " Voilà quel doit être l'élan spontané de notre cœur impatient de s'élever vers Dieu dès que notre lever nous introduit près de lui.

Et quand est-ce que nous prierons si nous ne prions pas le matin ? La création tout entière semble nous adresser l'invitation : " Venez, adorons Dieu qui nous a donné tous cela." L'univers s'anime comme un temple qui vient de s'ouvrir : les plantes don-nent leur encens, le soleil rallume ses feux comme un flambeau sacré ; les oiseaux, avant de chercher leur pâture, envoient dans les airs leurs premiers chants ; toutes les créatures vivantes font entendre leurs premiers cris, et ces millions de voix qui montent de partout, ce sont des voix de prière, d'adoration, d'action de grâces qui ensemble, à leur manière, composent l'hymne de la nature à la gloire de Dieu. Et l'homme pourrait-il rester muet lorsque tous les êtres de la création bénissent le Seigneur ? A ce concert général de toutes les créatures, une seule voix ferait défaut et ce serait la voix de l'âme intelligente qui seule peut lui donner sa signification et son prix ! " Car, dit saint Augustin, cet hymne inconscient de la création est comme une musique très harmonieuse sous laquelle il n'y aurait pas de paroles et qui ne rendrait en conséquence que des sons presque vides de sens. Qui donc, sous cette vague har­monie des choses, va mettre un langage et lui prêter une âme ? Ce sera l'homme qui fera ce solo dont la voix du monde entier n'est que l'accompagnement. A lui de traduire, en un langage humai­n, cette langue universelle de la terre et des cieux. Voilà ce que le monde entier lui demande de dire pour lui. "

Que notre première pensée, notre premier acte, quand nous nous levons le matin soit pour renouveler nos sentiments reli­gieux qui ont été interrompus par le sommeil de la nuit, pour ado­rer Dieu, le remercier de la nouvelle journée qu'il nous accorde, lui demander les grâces nécessaires afin de la passer saintement.

N'oublions pas que de la prière du matin dépend ordinaire­ment la journée tout entière ; car c'est elle qui ouvre la voie aux actions qui la suivent. Elle donne à nos œuvres une impulsion salutaire, un bon mouvement qu'il est facile ensuite de suivre avec la grâce de Dieu. " Donnez à Dieu les prémices de la jour­née, disait saint Jean Climaque ; car la journée tout entière appartiendra à celui qui en a pris possession le premier. "

On dit qu'autrefois, quand les premiers rayons du soleil avaient touché la célèbre statue de Memnon, dans la journée, elle rendait des sons harmonieux. Et nous, quand, dès le matin, nous nous serons placés en face du divin soleil de justice, qui est Jésus-Christ, quand nous aurons laissé pénétrer dans notre âme ses rayons lumineux, pendant la journée, nous rendrons des sons harmonieux, nous ferons bien et nous ferons du bien.

La prière du matin est le baptême de la journée ; celle du soir, l'adieu filial avant le repos, est le baptême de la nuit. Dès le matin, notre premier regard s'est élevé vers Dieu ; que notre dernière pensée soit encore pour lui. Remercions-le des faveurs qu'il nous a accordées ; demandons-lui pardon des fautes que nous aurions pu avoir commises. " Quel homme ne rougirait pas de terminer le jour sans louer Dieu, dit saint Ambroise, lorsque les petits oiseaux célèbrent le commencement du jour et de la nuit avec des chants suaves et harmonieux ! "

Bien que le bon Dieu écoute toujours favorablement celui qui prie avec de bonnes dispositions, la prière faite en commun a néanmoins pour lui un attrait tout particulier ; tellement que Jésus-Christ a promis de se trouver en personne avec ceux qui s'assemblent pour prier en son nom : " En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, dit-il, je me trouve au milieu d'elles et je prie pour elles " (math. 18). Combien ce motif doit encourager les familles à se réunir pour prier ! Malheureusement cet usage, autrefois si généralement répandu, se perd chaque jour, même parmi les familles les plus chrétiennes. Les prêtres dans le ministère ne sauraient trop tra­vailler à la faire revivre. C'est un si puissant moyen de réveiller la foi et la piété dans les paroisses.

Une famille est une personne morale qui a dans son existence ses besoins et ses épreuves, ses satisfactions et ses joies. Il est donc de son devoir de s'adresser à Dieu, comme telle, pour le re­mercier des bienfaits qu'il lui accorde et lui demander ses grâces.

Ah ! Si on comprenait bien toutes les bénédictions que la prière en commun attire sur les maisons, avec quel empressement on y aurait recours !

Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina   (1925)

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