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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 10:45

Que devons nous faire ici-bas …                       

Pour allez à Dieu, nous devons mes Frères, faire passer  cette vérité qui a été démontrée précédemment, par la pratique et la gou­verne de votre vie ?

Il en résultera naturellement ceci, car vous devrez ordonner à cette fin toutes vos opérations, tous vos actes; plus simplement, que vous devrez vous appliquer à connaître, à aimer, à servir ce Dieu à qui vous devez tout.

1° Vous devez connaître Dieu,

Le premier besoin de notre âme est de connaître. Le premier objet qu'elle poursuit, est donc la vérité. Ce besoin se manifeste dès le moment où nos yeux commencent à s'ouvrir à la lumière et durant tout le cours de notre vie, nous en subissons l'influence.

L'ignorance nous pèse, le doute nous tourmente. Nous cherchons la vérité avec non moins d'avidité que les aliments destinés à nourrir notre corps; et, pour y parvenir, nous devrions nous livrer à des recherches et à de longues méditations.

Mais s'il est une vérité que nous devons nous ap­pliquer à connaître de toute la force de notre intel­ligence, c'est celle qui a pour objet Dieu lui-même. Il faut connaître Dieu ! J'entends des voix qui me disent: « Mais non, je n'ai pas besoin de connaître Dieu! Je m'occupe de mes affaires. Je vois ce qui m'est utile; je fais le tour de ma maison et de ma petite existence, mais je ne me demande point et je ne veux même pas me demander si Dieu est, ni ce qu'il peut être... Oui, il y a des âmes qui ont cette allure et qui vivent dans cet état. Eh bien! Si lé­thargique que soit leur sommeil, si complet que soit leur enivrement, je m'adresse à elles et je leur dis : Il faut connaître Dieu. Dieu n'est pas un étranger. Il est le maître et nous sommes ses serviteurs, il faut songer à lui. Il faut... comprenez bien ce mot, c'est vous dire que c'est une véritable nécessité.

Il n'est pas nécessaire que vous ayez des talents, de la fortune, des plaisirs, une position honorable dans la société... il n'est pas nécessaire que vous ayez une longue vie... il n'est pas nécessaire que vous soyez au monde, mais supposé que vous exis­tiez il est nécessaire que d'abord vous connaissiez Dieu! C'est votre devoir le plus élémentaire et le plus essentiel.

Quoi ! Dira aurait été prodigue de ses dons. Il vous aurait octroyé la vie avec tous les biens qui la constituent. Pour vous Jésus-Christ serait né dans une crèche, pour vous il aurait grandi dans la pau­vreté, pour vous il aurait vécu, pour vous il serait mort, mort dans l'opprobre et dans les ignominies du dernier supplice, pour vous il aurait bâti l'Eglise, mis son Évangile sur les lèvres des Apôtres et l'amour de vos âmes dans leur coeur, pour vous il aurait dressé l'autel du sacrifice et la table eucha­ristique, et vous vous en iriez traversant le monde, légers, distraits, insouciants, jetant à peine un re­gard sur la croix, donnant à peine vu souvenir à votre Sauveur, refusant à votre Dieu une minute de réflexion. Vous feriez cela, et vous croiriez que tout serait fini! Non, on ne joue pas avec l'amour d'un Dieu.  Il faut connaître Dieu, c'est un devoir.

Et vous, chrétiens fidèles, où en est votre foi ? Avez-vous une foi en rapport avec votre âge et avec l'ensemble de votre instruction ? Ou bien ne vous en êtes-vous pas tenus au petit bagage de vos premières leçons de catéchisme ? Remplissez-vous vos devoirs intellectuels vis-à-vis de la religion : l'étude, la réflexion, le jugement, la culture ?

Questions bien importantes que vous devez vous poser…

2° Vous devez aimer Dieu.

Un homme illustre qui fut pair de France et aca­démicien, Montalembert, se promenait un soir, triste et préoccupé, dans le parc de son château de la Roche-en-Brény; il rencontra l'une de ses filles, âgée de cinq ans, accompagnée de sa gouvernante : « Mon enfant, lui demanda-t-il gravement, pourquoi êtes-vous en ce monde ?

Pour vous aimer ! » Ré­pondit-elle en se jetant dans ses bras.

Oh! La charmante réponse, qui fut un baume pour le cœur angoissé et souffrant du père! Oh! La gra­cieuse et profonde leçon que nous donne cette jeune enfant ! Pourquoi nous avez-vous mis en ce monde, ô mon Dieu ?  Pour vous aimer !

On peut aimer Dieu d'un amour intéressé, par reconnaissance de ses bienfaits passés, par espérance de ses bienfaits à venir; cet amour est bon, quoiqu’imparfait, il est dû à notre suprême bienfaiteur et nous ne saurions trop en multiplier les actes. Penser aux bontés de Dieu pour l'en remercier ou les lui demander, y a-t-il rien de plus saint et de plus sanc­tifiant?

Penser à la bonté de Dieu en lui-même, à ses per­fections, pour l'aimer d'un amour pur et désinté­ressé, c'est la charité, et l'état de grâce qui n'est que l'état de charité nous donne la force et nous met en état d'en produire les actes. C'est le vrai amour filial: quel est le cœur du fils qui calcule exactement les bienfaits d'un père pour en faire la juste mesure de sa tendresse ? C'est l'amour proprement dit : car n'aimer le don ou le donateur qu'à cause du don, ce n'est plus aimer ou c'est alors n'aimer que soi. Pour accomplir le précepte qui nous oblige à ai­mer Dieu, il n'est pas nécessaire d'avoir de grands talents, de grandes lumières : témoin le fait suivant. Un religieux occupé aux plus humbles travaux du monastère, vint un jour trouver saint Bonaventure et lui dit : « Que faut-il faire pour être sauvé ? — Il faut être en état de grâce. » — « Quoi !  reprit le re­ligieux, un homme ignorant peut aimer Dieu aussi parfaitement que le plus grand docteur ?» — « Oui, répliqua saint Bonaventure, et même il y a plus : une pauvre femme du peuple peut aimer Dieu plus qu'un théologien célèbre. » A ces mots, le religieux transporté de joie va dans le jardin et se tenant à la porte qui était sur le grand chemin : « Venez, dit-il, gens simples et sans lettres, venez tous aimer Nôtre-Seigneur; vous pouvez l'aimer autant et plus que le Père Bonaventure et les plus habiles doc­teurs. »

(A suivre avec : Comment devons nous servir Dieu…)

Extrait de : Retraite sur les Grandes Vérités. Père J. Millot. (1922)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 10:23

Où allez-vous … est-ce une course à la mort…              

1° Demandez à la plupart des hommes où ils vont ?

Avez-vous déjà considéré d'un regard réfléchi cette multitude d'hommes qui compose l'humanité ? Voyez comme ils s'agitent sur la terre. Ils vont et viennent, courent dans toutes les directions, tou­jours pressés, poussés par une activité fiévreuse qui ne leur laisse pas un instant de repos.

Chacun d'eux paraît sur la terre à un moment bien précis, prend part à cette course échevelée qui s'ap­pelle la vie, puis disparaît emporté par la mort. On le met en terre, un autre le remplace jusqu'au mo­ment où il tombe lui-même dans le même sépulcre. Il y a un milliard quatre cents millions d'hommes qui prennent part à chaque instant à cette course à la mort. Interrogez ces agités. Demandez-leur ce qu'ils font? Ils vous répondront que la vie, que leur vie est dans le mouvement. Et après, demandez-leur quel est le but qu'ils se proposent d'atteindre ? Combien vous répondront loyalement : Ils n'ont pas le temps de penser à ce qui les attend après.

Après ? Pour eux, c'est la jouissance de demain. De leur fin, ils ne savent rien ou ils ne veulent pas s'en tourmenter. Ils vont au hasard, recherchant droit devant eux les chemins où la marche sera plus facile et plus douce. Ils sont emportés comme les feuilles mortes quand le vent tourne et retourne à l'au­tomne, ils marchent au hasard jusqu'à l'effondre­ment final et la chute dans le vide béant de l'in­connu...

Ils tombent alors avec le grand cri de  suprême épouvante : « Ah ! Mourir, mou­rir...! Est-ce que je dois mourir, moi ? » En vérité, on dirait qu'ils ne savent pas qu'on doit tous mourir !

O foule insensée! Tu viens de Dieu, tu retournes à Dieu et tu ne t'en doutes pas!... Le monde ressem­ble, sous ce rapport, aux eaux des fleuves. Sorties de l'Océan, elles roulent vers lui leurs flots plus ou moins rapides, mais fatalement, elles y aboutissent. Que vous le vouliez ou non, sortis de Dieu vous devez re­tourner à Dieu.

 

2° Vous devez retourner  à Dieu.

C'est un principe, que tout être a sa fin là où il a pris son commencement.

Suivant le mot de Joseph de Maistre, « l'homme décrit une courbe fermée, qui s'achève au point même où elle a commencé ». Sorti des mains de Dieu, il doit donc retourner à Dieu.

Son corps, tiré de la poussière, sera rendu à la poussière. Mais son âme, créée par Dieu, reviendra à Dieu.

Vous êtes donc, ô mon Dieu, mon inévitable fin. Bon gré mal gré, après une course rapide sur cette terre d'exil, je rentrerai en vous. Vous m'avez fait, pour vous-même et vous ne permettez pas que je vous échappe. Même si je suis infidèle et si j'abuse de vos dons, je finirai à vos pieds, mais ce sera pour mon éternel malheur. Faites donc, Seigneur, que je vous sois fidèle, afin que lorsque j'arriverai en vous comme la pierre qui tombe vers son centre, j'y trouve un éternel repos.

Je le reconnais, ô mon Dieu, il serait aussi injuste que vain de prétendre fuir loin de vous. Si j'étais assez fou pour le tenter, une force invisible me ra­mènerait infailliblement vers vous. Puissé-je accom­plir de bon cœur, avec l'élan d'une âme aimante, cette loi, au fond bien douce, que m'impose la na­ture d'aller à Vous ! Je suis votre œuvre, je vous ap­partiens; dès maintenant je veux tout vous rendre par  ma  reconnaissance.   Vous  êtes  mon  père,  de vous je tiens la vie; je veux vous en faire don par un filial amour. Vous êtes mon rémunérateur, de vous seul j'attends le fruit de mes labeurs et la compen­sation de mes souffrances; je ne veux plus rien cher­cher hors de vous. Vous êtes mon héritage, et vous me comblerez de vos biens; je veux traverser l'exis­tence présente comme un étranger qui marche vers sa patrie.

 

3° Ne soyez donc pas des insensés en vous attachant uniquement aux biens de ce monde.

Vous n'êtes pas créés uniquement pour les plaisirs. Ces plai­sirs, les jours où vous en jouissez sont si rares, mes Frères; les impressions qu'ils laisseront en vous seront si fugitives; les suites qu'ils entraîneront après eux seront si amères !

Vous, pauvres humains, créés pour les plaisirs ? Ah! Il faudrait plutôt dire que vous êtes voués à la tristesse et aux larmes, tant elles sont le fréquent partage, le lot ordinaire de l'humanité !

Vous n'êtes pas créés pour la richesse. Il y en a si peu qui arrivent à s'emparer de la fortune ! Le plus grand nombre ne la connaîtra jamais. Et puis les quelques biens que vous possédez, à la mort, il faudra les laisser, sans pouvoir en emporter la moin­dre parcelle. Et ce serait pour cela que Dieu vous aurait donné l'intelligence et une âme immortelle ? Non, non, vous êtes nés pour de plus grandes choses.

Vous n'êtes pas créés pour les honneurs, la gloire, pour les positions plus ou moins brillantes. Tout cela est encore plus rare et plus fragile que la for­tune. Les honneurs, la gloire, les positions bril­lantes, mais ce ne sont pas toujours les plus méri­tants, les plus vertueux qui les obtiennent. Dieu n'a pu vous assigner pour destinée un but auquel on ne parvient trop souvent que par la bassesse, la ruse ou l'intrigue.

Grande vérité, sur laquelle reposent toutes les autres vérités !

Vous n'êtes point ici, laboureurs, pour remuer la glèbe et préparer une moisson; vous n'êtes pas ici, négociants, pour échanger des mar­chandises et de l'argent; vous n'êtes pas ici, magis­trats, pour vous occuper uniquement des procès de la terre; vous n'êtes pas ici, parents, pour veiller à la garde d'une famille.

Sans doute, tout cela est nécessaire, les quelques années de notre pèlerinage le demandent, mais tout cela n'est que l'accessoire : la fin principale de l'homme, c'est de servir Dieu.

Oui, mes Frères, voilà notre fin;

Dieu, voilà le but vers lequel nous tendons. Dieu seul est la vraie fin de notre esprit parce qu'il est la vérité même, la vraie fin de notre cœur parce qu'il est la beauté même, la vraie fin de tous nos actes parce qu'il est le bien même.

Où allez-vous?  Ne l’oubliez jamais, vous allez à Dieu.

(A suivre  avec : Que devons nous faire ici-bas.)

Extrait de : Retraite sur les Grandes Vérités. Père J. Millot. (1922)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 09:24

Qui êtes-vous et d’où venez-vous…                 

1° Vous venez de Dieu.

Il y  a  quelques dizaines d’années, vous n'existiez pas, mes Frères, personne encore ne pensait à vous. Et pourtant le monde existait avec ses villes et ses vil­lages; les hommes allaient à leurs affaires et à leurs plaisirs comme aujourd'hui ; les astres roulaient dans le firmament, le soleil se levait et se couchait, les saisons succédaient aux saisons : tout se passait dans l’univers comme à cette heure. Vous auriez pu ne pas voir le jour, et la terre aurait continué sa course, le monde la sienne, personne ne se serait aperçu de votre absence.

Qu'étiez-vous ? Rien, absolument rien : ni un moucheron, ni un brin d'herbe, ni un grain de sa­ble, ni un atome quelconque.

Où étiez-vous ? Je cherche votre place sous le toit qui vous abrite. Elle est vide. Je parcours les rues de cette ville ou de ce village que vous habitez. Je ne vous rencontre nulle part.

Qui pensait à vous? Personne, pas même les pa­rents qui vous ont donné la vie; de vous, de votre personne, de votre caractère, de vos vertus, de vos qualités, de vos défauts, de vous, tel que vous êtes avec votre individualité caractéristique, il  n'était nullement question.

Je me trompe, je l’avoue bien humblement…

Quelqu'un pensait à vous : Dieu. Lorsque le moment fixé par lui de toute éternité fut arrivé, il vous créa.

C'est Lui qui vous donna ce corps, admirable ma­chine, aux mille rouages merveilleux que l'homme ne saurait fabriquer. C'est Dieu qui vous a fait l'in­comparable présent d'une âme intelligente et libre, souffle immortel tombé de ses lèvres et sur laquelle il laissa une ineffaçable empreinte de son image. En vous créant, Dieu fit de vous, selon la parole d'un grand orateur (Lacordaire), « la plus belle de toutes les créa­tures visibles, le chef-d'œuvre de l'amour et de la toute-puissance divine, le roi du monde; plus que cela, l'image vivante de lui-même ». Se peut-il origine plus noble, plus grande, plus belle? Vous ve­nez de Dieu.

 

2° Vous venez de Dieu seul.

Revendiquez, si vous voulez, une part à tous les biens acquis depuis votre naissance : attribuez votre conservation à la prudence et à la sagesse de vos parents, votre science à la sagacité de votre esprit, votre vertu à la correspondance de votre volonté, votre fortune à la ténacité de vos efforts : jamais il n'en sera ainsi de votre existence.

Vous direz peut-être : Je tiens l'existence de mes parents. Mais eux-mêmes, de qui l'ont-ils reçue ? De leurs parents également... Et la même question re­cevant toujours la même réponse à mesure que

nous remontons la longue chaîne des générations humaines, nous arrivons à un premier homme, père-de tous les autres, qui doit nécessairement tenir son existence d'un autre être, d'un être qui lui est supé­rieur, souverainement grand et puissant, qui a voulu et pu le tirer du néant. Il faut admettre un créa­teur.

Vous venez de Dieu non pas seulement à cause de l'acte initial auquel vous devez votre existence, mais à cause de l'acte par lequel Dieu vous conserve la vie.

Lorsque l'artiste a achevé son travail, l'œuvre sortie de ses mains n'a point besoin de lui pour subsister. Il vivra, lui, quelques heures à peine, et son œuvre pourra braver les âges.

Il n'en est pas de même pour les ouvrages de Dieu; sans lui ils ne pourraient vivre, et s'il retirait son action créatrice, ils retomberaient dans le néant.

Vous êtes de Dieu à tous les moments. Autant de secondes dans le temps qui mesure votre vie, autant de fois il vous fait présent de l'existence. Vous de­meurez attachés à lui comme la plante à la racine, le ruisseau à la source, la maison au fondement qui la soutient. Qu'il retire son bras, vous ne serez plus.

Que Dieu vous abandonne cette parcelle de temps, que vous imaginez à peine, voilà aussitôt la source de la vie tarie dans votre cœur. Vous voilà dans 1e néant.

 

3° Par conséquent, vous appartenez à Dieu.

L'arbre appartient à celui qui l'a planté et arrosa de ses sueurs, le tableau au peintre qui l'a dessiné, la statue à l'artiste qui l'a ciselée. Dieu vous ayant créés et vous conservant à chaque instant, vous lui appartenez totalement comme la propriété appar­tient au propriétaire.

Dieu a sur vous un droit de propriété absolue. Le propriétaire dans ses biens peut remuer, changer, bouleverser. A toutes les questions qui lui seront faites, il sera en droit de répondre : Que vous im­porte, je suis le maître.

Dieu a sur vous un droit de juridiction absolue. À lui de commander, à vous d'obéir. Quand vos mauvais instincts se trouveront en contradiction avec sa volonté clairement exprimée, vous devez imposer silence à vos passions.

 

Dieu a sur vous un droit de propriété essentiel.

Ayant tout donné, il est seul vrai propriétaire. Mais que Dieu cesse un seul instant d'être le pro­priétaire de votre être, vous devez ne plus le recon­naître pour votre Dieu. Qu'est-ce que Dieu? C'est le souverain Seigneur de toutes choses : or s'il cessait d'être le propriétaire de votre vie, il y aurait une chose, — vous, — séparé de son domaine : par con­séquent il ne serait pas Dieu, propriétaire suprême.

Dieu a sur vous un droit de propriété irrésistible. Il vous est impossible de vous soustraire à la pro­priété divine. On peut se soustraire à la propriété, aux droits d'un homme, par l'indépendance, par la fuite peut-être : mais comment se soustraire à la propriété de Dieu ?

Un apologue vous fera bien comprendre cette vé­rité.

Un grand seigneur possédait une propriété magni­fique. C'était un parc immense, avec des fourrés épais, des arbres au feuillage touffu, des plantes à la sève vigoureuse, en même temps de vastes pe­louses d'un aspect ravissant. Dans ce domaine pre­nait ses ébats un gibier nombreux et varié. On le voyait tour à tour courir, fuir, se cacher dans les bosquets ou disparaître encore. Le gibier était heureux, s'imaginant posséder sa liberté complète.

Un jour le propriétaire convie ses amis à une grande chasse. Enchantés, ils accourent au rendez-vous. On commence par traquer les animaux qui tout effarés s'enfuient au plus vite, se cachent, se blottissent dans les broussailles, et tout d'abord échappent aux chasseurs. Bientôt il leur faut quitter ces asiles périlleux et courir encore cherchant d'au­tres abris. Ceux-ci n'offrant pas davantage de sûreté, les pauvres animaux essaient par de nouveaux dé­tours de se dérober aux regards. Mais voici que tout à coup cerfs, daims, chevreuils aperçoivent le mur d'enceinte, ce mur qu'ils n'avaient Jamais vu!...

Ils se croyaient libres, ils étaient esclaves!... Que faire devant cet obstacle infranchissable? Retourner en arrière? Mais les chasseurs sont là. Se cacher ? Hélas ! Les bosquets sont loin ; les traqueurs arrivent, et resserrent sans pitié le cercle dans lequel ils empri­sonnent le malheureux gibier. C'est fini; la lutte est impossible, il faut se rendre et tomber sous la balle meurtrière du chasseur. Ce mur, avez- vous bien compris, ce que c’est…

 

Mes Frères, ce parc immense, c'est le monde; le prisonnier, c'est vous, c'est moi, c'est nous tous. L'homme sur la terre peut oublier pendant un temps qu'il est la propriété de Dieu et qu'il dépend de lui; il peut se cacher et fuir les regards du proprié­taire, du moins il s'aveugle au point de se persua­der que le Maître ne le verra pas.

Mais il y a des bornes au domaine : il y a un mur que nul ne sau­rait franchir. Un jour arrive où le Seigneur envoie la mort.

Alors le pécheur est contraint de recon­naître son Maître et son Juge.

A suivre : Où allez-vous ?

Extrait de : Retraite sur les Grandes Vérités. Père J. Millot. (1922)

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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 10:45

VIVRE SA FOI,  Cultiver sa foi …                 

Nous cultiverons notre foi si chaque jour nous le demandons à Dieu avec humilité, si, dans les tentations d'une âme brisée par la souffrance, dans les terreurs que peuvent inspirer la vue du passé ou les incertitudes de l'avenir, dans les doutes que soulève le contact du monde et de ses incroyances, nous nous écrions avec le pauvre juif de l’Évangile : Je crois Seigneur, mais aider mon incrédulité (Marc IX, 28). La prière ne suffit pas il faut encore l’action (Rom. X, 28). Au milieu des dissipations, des joies malsaines et des plaisirs fascinateurs de la vie, laissons-nous guider par la foi, et suivons avec empressement ses salutaires enseigne­ments, qu'elle soit notre consolation dans nos tristesses, notre force dans nos défaillances, notre appui le plus ferme dans ces milles rencontres difficiles et dangereuses dont est semée notre course ici-bas.

 

Confesser sa foi

Confesser sa foi, c'est dire tout haut ce que le cœur pense tout bas, conformer sa conduite extérieure à ses convictions et à ses croyances religieuses, reconnaître publiquement le souverain do­maine de Jésus-Christ sur les âmes, et se soumettre sans respect humain à sa loi sainte. Confesser sa foi, c'est admettre sans ré­serve l'origine divine de l'Eglise, la légitimité de ses pouvoirs, l'infaillibilité de ses enseignements, la prudence et la sagesse de sa direction. Confesser sa foi, c'est en remplir noblement les de­voirs malgré les murmures, les insultes, les sarcasmes et les er­reurs, subtiles ou grossières, par lesquelles on cherche quelque­fois à dénaturer les plus vénérables de ses dogmes, ou les points les plus sacrés de sa morale et de sa discipline. Confesser sa foi, c'est lui demeurer fidèle alors même qu'on sent qu'elle est trahie et lâchement abandonnée.

Enfin, confesser sa foi, c'est recevoir et soutenir les persécu­tions, de quelque nature qu'elles soient, sans scandale, sans mur­mure, sans haine et sans crainte.

 

Défendre sa foi

Notre troisième devoir envers la foi consiste à la défendre et à la préserver.

Il en est de la foi comme de la grâce, elle peut se perdre. L'amour déréglé des honneurs, des richesses et des plaisirs, le dé­goût de la piété et des choses saintes, l’éloignement des sacre­ments, l'orgueil de l'esprit qui aspire à la pleine intelligence de toute vérité, la faiblesse de la volonté incapable de briser une idole, de rompre un lien, de s'imposer un sacrifice que réclame le devoir, les préjugés, les rancunes, l'intérêt personnel, sont autant de causes du dépérissement de la foi dans une âme.

A ces dangers que la foi rencontre en nous-mêmes de la part de nos passions, de notre tempérament et des dispositions de notre caractère, s'ajoutent les dangers extérieurs. De tout temps, l'ennemi de Dieu et de l'homme a cherché à semer l'ivraie dans le champ du Père de famille.

Ses ruses sont diverses et ses em­bûches multiples. Ses attaques, tantôt ouvertes, sont presque tou­jours cachées et perfides. Ici, il profère le blasphème et vomit l'impiété, là, il répand l'immoralité par tout ce qui enflamme les passions, ôte l'horreur du vice, inspire du dégoût pour la vertu. Aujourd'hui c'est l'Eglise dont il se moque dans ses croyances, qu'il outrage dans sa morale ou qu'il combat dans sa discipline, demain il frappera les pasteurs, afin de disperser les brebis (Zach. XIII, 7).

Tâchons donc de découvrir le démon partout où il se trouve, de connaître les instruments, même inconscients, dont il se sert, de déjouer ses ruses, et de préserver ainsi notre foi des pièges qu'il lui dresse.

Unis dans une soumission parfaite au même chef véritable, qui est le Pape, dans la participation aux mêmes sacrements, dans l'emploi des mêmes moyens de salut, travaillons et luttons cons­tamment, afin de conserver, dans sa pureté et son intégrité, la foi de nos pères, de l'affermir et de la développer au milieu de nous.

Mgr Edouard-Charles Fabre, arch.

(Souvenez-vous que Paul VI est toujours bien vivant en  janvier 2018)  Remercions la Sainte Vierge Marie de si bien le protéger.  UDP

Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956

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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 10:32

LA LUMIÈRE DE LA FOI…          

Des dieux-greffés, tels nous sommes !

Sur notre nature humaine une nature divine est entée.

La substance de l'âme est divinisée par la grâce sanctifiante et nos facultés par les vertus théologales; l'intelligence par la foi, la volonté par l'espérance et la charité.

 

Une intelligence divine

Considérons comment la foi nous gratifie d'une intelligence vraiment divine. Par la foi nous participons à l'intelligence de notre Père. En promenade avec son père qu'il questionne sur tout ce qu'il rencontre, le petit enfant participe à la science de son père. La foi, ce sont les renseignements que notre Père nous don­ne sur le monde surnaturel : sur lui-même, l'âme, le ciel, et tous les moyens de mener une vie divine. Sur tous ces points, impé­nétrables à notre intelligence humaine, nous voilà, moyennant la foi, renseignés comme notre Père : chez-lui et chez-nous même certitude sinon même profondeur.

Par la foi, nous participons à la sagesse de Dieu. Ce qui dis­tingue la foi de toute autre connaissance, ce qui lui est essentiel c'est la base ou le motif sur lequel elle s'appuie. Son motif formel c'est l'autorité de Dieu. Or l'autorité de Dieu est faite de deux attributs : sa science infinie et sa véracité absolue : Dieu sait tout et parle toujours dans la vérité. Voilà pourquoi croire c'est con­naître avec une certitude absolue tout ce que Dieu veut bien nous apprendre : croire c'est participer à la science et à la sagesse divine...

 

La foi est avant tout notre lumière. Sans doute pâle — lampe qui brille dans les ténèbres jusqu'à la pointe du jour (II Petr. I, 10), — elle peut cependant guider nos pas et suppléer à l'insuf­fisance manifeste de nos vues humaines. Même le monde matériel est rempli de mystères, que dire du monde spirituel où il nous faut évoluer ? Situation parfaitement illustrée par Nicodème, docteur en Israël, étonné des premières leçons de Jésus. Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jean III, 12).

 

L'esprit de foi

La foi, c'est l'intelligence de Jésus transposée en nous. Nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu, proclame Jésus... Nul n'est monté au ciel si ce n'est celui qui en est descendu, le Fils de l'homme (Jean III, 11-13).

La foi, c'est l'éducation, la formation de l'intelligence chrétienne. C'est la science de Jésus, ce sont ses vues, ses convictions participées par nous. A la science humaine qui guide dans les affaires hu­maines, correspond, pour guider dans la vie chrétienne la science des saints, nommée encore l'esprit de foi, les vues de foi, etc.

Pas de vie raisonnable sans intelligence; sans esprit de foi, pas de vie chrétienne ou surnaturelle. La foi est à la charité ce qu'est l'intelligence à la volonté c'est-à-dire la base; « La foi est le fon­dement de ce qu'on espère ». (Hébr. XI, 1).

Pourquoi l'intransigeance de l'Eglise en matière de foi, sinon pour cette raison suprême, semble-t-il, que l'amour vit de vérité comme l'œil de lumière ?

La foi, c'est la vérité possédée et aussi pratiquée. Notre Père nous fait connaître le monde surnaturel, non pas seulement pour nous ravir d'admiration, mais pour nous le faire conquérir et nous le donner. Tout le monde connaît le dilemme de saint Jac­ques : foi vivante ou foi morte ! A quoi sert la foi sans les œu­vres ? Montre-moi la foi que tu prétends avoir sans avoir les œuvres ? Pour moi, c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi (Jac. II, 18). Les œuvres de la foi, c'est la logique d'une vie conforme à la vérité, c'est-à-dire une vie pareille à celle de Jésus et des saints, toute commandée par les réalités substantielles du monde surnaturel, la gloire de Dieu et le salut des âmes. Autre­ment la foi ne serait qu'un aveuglement...

Là où l'esprit humain est compétent, la foi ne le contredit jamais. N'oublions pas cependant combien courte est la vue humaine. Il est évident que Pilate a été injuste en condamnant Jésus; la foi n'obligera personne à nier cette injustice; mais elle nous apprend — ce que l'esprit humain ignore — que Jésus portait volontairement la responsabilité de nos crimes et que Dieu s'est vengé sur lui se servant de l'injustice de Pilate.

Mais si l'esprit humain aveuglé par la passion ou séduit par un sophisme se trompe, il ne faut pas s'étonner que la foi, tou­jours infaillible, le contredise. C’est la loi : la lumière et les té­nèbres se fuient. Quiconque fait le mal hait la lumière et ne va pas à la lumière, pour que ses œuvres ne soient pas condamnées. Mais celui qui fait la vérité va à la lumière, pour manifester que ses œuvres sont faites en Dieu (Jean III, 20s.).

Haute sagesse alors que de se soumettre. Il peut en coûter à l'orgueil naturel, mais la vraie conception de la foi, à savoir, l'in­faillible autorité de Dieu, facilite admirablement cette soumis­sion. Ce n'est pas un geste aveugle qui est demandé, c'est un acte de confiance, héroïque souvent, mais simplement digne de l'ab­solue autorité de Notre Père...

En définitive, la foi c'est la méditation et la contemplation; c'est le silence et le recueillement; c'est la germination et la crois­sance en l'âme de la parole de Dieu. Une âme intérieure ou de foi s'exerce, à longueur de vie, à agir comme si elle voyait Dieu et ses grands biens, ceux dont il la comble déjà et ceux qu'il ré­serve dans l'éternité.

A cette règle se jugent les âmes : les mortes qui nient Dieu dans leurs actes, les médiocres qui le connaissent si peu et les saintes.

Nérée-M. Beaudet, o.f.m.

Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 13:00

DIEU AVEC VOUS ;  Dieu se fait homme…           

Tout rendait là, Adam, les prophètes et la maison royale de David, les siècles, les empires et l'unité romaine, l'espérance, d'Israël et l'attente des nations — vers cette mère penchée sur cet enfant. Désormais rien ne fera que Dieu n'ait été « le petit Jésus » qui sourit et qui pleure et qui dort gorgé de lait...

Agenouillons-nous un instant.

Si étonnante que la chose puisse paraître à ce siècle dur, concret, réaliste, « né du croisement de l'homme et de la machine », c'est l'humanité du Sauveur que les premiers hérésiarques ont niée, et non sa divinité. Attirés par la nuit de l'invisible, déroutés par le mystère du mal, ils ont dans leurs vastes élaborations gnostiques, nié qu'il y avait un sens divin à la matière, cachot de l'esprit, objet de honte, principe du mal, anathème. Le Christ, s'il est Dieu, ne saurait avoir de corps réel.

O vérité de la chair du Christ, je vous adore, fait d'une femme, dit saint Paul, Marie, sa mère, précise saint Matthieu, Verbe de vie que nous avons entendu, vu de nos yeux, touché de nos mains, insiste saint Jean. Mais le paradoxe est trop énorme, folie pour tous les diocètes honteux de leur corps.

Deux évangiles, ceux de Matthieu et de Luc, donnent des généalogies qui établissent, quelles que soient les différences d'exégèse, l'appartenance de Jésus à une lignée humaine, voire pécheresse. Marcion les rejette : dans saint Marc, Jésus apparaît brusquement « en ces jours-là », sans qu'il soit né et sans qu'il ait grandi. Valentin soutient que le corps du Christ est d'une autre nature qu'humaine, né par Marie, non de Marie, le sein de la Vierge n'ayant servi que de lieu de passage. Et ainsi de suite ...

Il ne faut pas sourire; l'Eglise ne l'a pas pris si à la légère. Elle a maintenu, avec toute l'énergie d'une épouse indignée, la réalité des faits historiques. Sans vrai corps, Jésus n'a pas eu vrai­ment sommeil dans la barque, vraiment faim au désert, vraiment soif sur la croix. Sans vrai corps, pas d'agonie, pas de mains clouées, pas de côté percé. Pas de rédemption. Bien plus, la chair assumée par le Verbe, le Verbe ne l'a jamais abandonnée même dans la mort : ce corps, enseigne l'Eglise, au risque de faire sou­rire la sagesse de ce siècle, n'est pas un cadavre, mais le corps d'un homme mort; au ciel, revêtu de lumière et de gloire et de majesté, il jouit de toutes les prérogatives qui lui revenaient de droit ici sur terre. Pour toute l'éternité, la seconde Personne de la Sainte Trinité, Dieu de Dieu, est vraiment l'un des nôtres.

Oui, l'un des nôtres. Et pleinement. Si l'incroyable audace de langage le Verbe s'est fait chair a donné le terme dogmatique d'incarnation, c'est pour mieux souligner la profondeur des ané­antissements du Christ, non pour nier que le Christ soit un hom­me complet. Tel est cependant le scandale de l'Incarnation que, la vérité de la chair du Christ une fois affermie, c'est dorénavant la perfection de son humanité que rejetteront les hérétiques.

Apollinaire divise l'homme en trois parties, le corps, l'âme, l'esprit, et refuse de donner au Christ un « intellect humain ». Nestorius veut deux personnes dans le Christ. Ne possède-t-il pas deux natures ? Et comment penser à « un Dieu de deux ou trois mois » ? Eutychès raisonne en sens inverse : puisque le concile d'Éphèse définit que, dans le Christ, seule subsiste la personne du Verbe, il ne saurait y avoir en lui qu'une seule nature, mélange de chair et de divinité, « chose monstrueuse », dira le concile de Chalcédoine. Au fond, c'est toujours la même erreur et le même refus de l'Incarnation totale. Mais qu'on ne se fasse pas d'illusions sur la grandeur de ces luttes : voilà cinq siècles que l'Eglise ba­taille, définit, excommunie.

 

Pour que l'homme devienne dieu

Et pourtant, le vieux rêve de l'humanité, celui qui séduisit nos premiers parents et qui séduisit même les anges, innombra­bles comme leurs essences : Vous serez comme Dieu, le voici réa­lisé par le Verbe incarné.

Cet enfant qui voit le jour d'une vierge et qui s'insère dans l'histoire — puisqu'il naît sous l'empereur César Auguste, pendant que Quirinus commandait la Syrie — déborde l'histoire — puisqu'il était au commencement et qu'en lui était la vie. Il est la vie. L'histoire hors de lui n'est que l'écume des faits. Il est l'océan infini. Il vient pour faire couler dans nos âmes des fleu­ves... la vie en abondance.

L'abîme est franchi, le double abîme de notre indignité com­me créature et comme pécheur. Unique en son indépendance, im­pénétrable en son mystère, incomparable en son bras, roi des siècles devant qui toutes les créatures sont comme n'étant pas, Dieu naît de sa créature, grandit, aime sa mère en enfant qui demande d'être aimé. Dieu ne peut rien faire de plus, pour se montrer dans le temps, que de s'anéantir ainsi.

Par la création de l'homme, il a comblé merveilleusement 1’écart entre la matière et l'esprit; par son Incarnation il a comblé plus merveilleusement encore l'écart insondable entre le Créateur et la créature. Il a résumé la création dans l'homme; il la récapi­tule tout entière, visible et invisible, matière et esprit, corps et âme, dans l'unité de la Personne du Verbe incarné. Du même coup, l'œuvre de Dieu reçoit son accomplissement suprême, et le péché sa réparation. Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.

La vie de Dieu ! La religion comporte plusieurs aspects : dogme, morale, législation, liturgie. Sacrifier une seule de ces valeurs serait impiété; en exagérer une serait pharisaïsme; les dépasser toutes en les orientant vers ce nouvel Être, cette réalité de la vie divine en nous, est christianisme authentique. La re­ligion est plus que dogme, morale, législation, liturgie; elle est Quelqu'un, Quelqu'un d'ineffable que Jean a vu, entendu, touché, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, par qui et en qui nous recevons la vie en abondance dans le baptême qui prolonge sa naissance, en qui et par qui nous sommes nourris et assimilés à la Table de communion qui prolonge la crèche, en qui et par qui sans abolir notre destinée personnelle, il n'y a plus, pour employer le langage si sûr de saint Augustin, qu'un Homme uni­que qui dure jusqu'à la fin des temps. Dieu devient homme pour que l'homme devienne Dieu.

Tout tendait là. Au printemps, à l'Annonciation, la Colombe a frémi des ailes et couvert de son ombre la Rosé toute belle de Saron; l'Amour a veillé sur le lit virginal de son sein où le Verbe s'est uni à une chair d'homme. Voici Noël : au cœur de la nuit, la Lumière du monde naît de l'étoile de Jacob, et au cœur de l'hiver, la tige de Jessé donne sa fleur unique...

Mais que cessent les figures ! Au fond de la grotte, une mère est penchée sur son enfant qu'elle adore. Adorons avec elle la Bonne Nouvelle, l'Em­manuel, Dieu avec nous.

Luigi d'Apollonia, s.j.

Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 10:33

BÉNI SOIT LE NOM DE JÉSUS…            

Cet enfant, victime d'amour descendue du ciel pour relever l'homme déchu, comment se nommera-t-il ? Saint Joseph se sou­vint alors du message céleste et lui imposa ce doux nom choisi par Dieu et murmuré à son oreille par des lèvres angéliques : Tu l'appelleras Jésus, lui avait dit l'archange Gabriel. Jésus, c'est-à-dire, la bonté, la douceur, la force, la miséricorde; Jésus, c'est-à-dire, Sauveur !

Il s'attache aux noms que la célébrité a consacrés, une sorte de prestige. A les entendre prononcer, ou à les lire dans les pages de l'histoire, on éprouve un sentiment irrésistible de respect et d'admiration. Derrière le nom, on voit se dresser dans le rayon­nement de sa gloire, le personnage illustre qui l'a porté. Passons en revue tous les noms dont on a gardé le souvenir; nous n'en trouverons pas de plus universellement connu, de plus noble, de plus glorieux que celui de Jésus.

 

Le nom de Jésus

Qu'il est beau et riche de souvenirs, ce grand nom ! Méditons-le pieusement, car il évoque Jésus lui-même et il est pour nous le mémorial de tous ses bienfaits. Il revient sans cesse dans nos priè­res et nos yeux le rencontrent à chaque page de nos livres d'heu­res. Mais si notre prière le redit, est-ce toujours avec cette véné­ration et cette attention qui lui sont dues ? Nous qui avons pro­fondément chéri un père, une mère, un ami intime et qui ne pouvons entendre leur nom sans un sourire ou une larme, com­prenons-nous ce que doit être pour une âme pieuse le nom sacré de Jésus ?

Jésus ! Ce nom me dit toute la laideur du péché, l'horreur que Dieu en a conçue et tout le sang versé pour effacer la tache hi­deuse.

Jésus ! Ce nom me rappelle qu'un jour, victime de mes erreurs et des ruses de Satan, j'ai été arraché par pur dévouement des flammes de l'enfer.

Jésus ! Cela veut dire l'amitié de Dieu recouvrée, le secours assuré et au soir de la vie le bonheur sans fin.

Jésus signifie donc Sauveur, libérateur. Oui, mais ce rôle sup­pose le sacrifice, la souffrance, l'héroïsme. Est-il quelqu'un qui ait souffert plus que Jésus ? Trente-trois ans d'une vie pauvre, humiliée avec l'agonie, le mépris, l'abandon, la croix et la mort désolée. Voilà tout ce que me rappelle le nom de Jésus.

Ah ! Si un jour voguant sur les flots, le vent faisait soudain chavirer ma barque, quelle reconnaissance et quel amour ne té­moignerais-je pas à cet ami dont la main m'aurait sauvé de l'abî­me. Son seul nom serait pour moi en vénération.

De ce nom de Jésus, ne doit-il pas s'échapper comme un par­fum d'amour qui ouvre à ma reconnaissance une source intaris­sable, capable de provoquer la plus grande générosité et le dé­vouement le plus saint. Ce nom est grand au ciel, sur la terre et dans les enfers. Le Christ, nous disent les saintes Écritures, possédant la substance divine, égal en tout à son Père, s'est ané­anti, prenant la condition de l'esclave et se faisant semblable à nous. C'est pourquoi Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms et devant lequel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers.

 

Le culte qui lui est dû

Sous les voûtes splendides du ciel, il est chanté par les anges; il forme la note la plus harmonieuse de leur concert et les bien­heureux l'écoutent dans le ravissement et l'extase. Sur la terre, c'est le sanglot de l'âme repentante; c'est l'hymne des âmes pures, des apôtres, des martyrs et des vierges. Aux enfers, c'est le re­mords et le tremblement des damnés.

Quiconque invoquera le nom de Jésus sera sauvé... Quiconque... il n'exclut personne, il n'excepte aucun cas. Nous pourrons nous éloigner; nous pourrons commettre, hélas ! Des fautes; mais nous revien­drons : ce nom béni nous éclairera et nous ramènera dans le bon chemin.

Jésus est donc un nom d'espérance, il nous dit que la terre n'est qu'un lieu d'exil et qu'au delà du temps il est une vie qui demeure et une patrie où le bonheur est sans fin.

Voilà pourquoi il était toujours sur les lèvres des saints et des âmes pieuses.

Ce beau nom est tout pour moi, disait une âme aimante du Christ. Oh ! Oui, ce nom c'est ma vie. Quand je mis seul, il est sans cesse sur mes lèvres et ma plume est comme forcée de répé­ter : Jésus, Jésus, Jésus ! Toujours Jésus ! À la vie, Jésus ! À la mort, Jésus ! Au ciel, Jésus !

Ah ! Qu'il est consolant de se dire qu'à côté des ingrats qui le blasphèment, Jésus trouve en grand nombre, et dans le cloître et dans le monde, des cœurs délicats, ardents, vaillants, immolés, qui le bénissent, le chantent, l'aiment et n'aspirent qu'à le faire aimer, des cœurs qui vivent et meurent pour lui.

Soyons de ces âmes. Ne prononçons jamais le nom de Jésus avec indifférence. Inclinons la tête et découvrons nos fronts, com­me marque extérieure des sentiments qui nous animent, chaque fois que nous l'entendons.

Que notre cœur surtout en comprenne bien le sens et que, pénétré de respect et d'amour, il s'humilie et adore. Ayons un culte spécial pour le nom de Jésus. L'Eglise a institué une fête en son honneur; célébrons-la dignement pour réparer les blas­phèmes des méchants.

L'aimer et le vénérer, cela ne suffit pas; il faut l'honorer par la dignité de notre vie. Quel outrage de le chanter, de le saluer en courbant le front, si nous crucifions de nouveau Jésus par le péché ! Ne serait-ce pas le baiser de Judas ?

Faisons-le connaître comme un nom révélateur d'amour et de salut. Portez ce nom jusqu'aux confins de la terre, disait un jour Jésus à ses Apôtres. Cette mission n'est pas exclusivement celle du prêtre, elle appartient à toute âme chrétienne; elle peut s'exer­cer par l'exemple aussi bien que par la parole.

Charles Charron, c.s.c.

Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956

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