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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 09:12

A Capharnaum Nôtre-Seigneur enseigne dans la syna­gogue. La sympathie confiante de ses auditeurs l'incline à faire un miracle ; il délivre un possédé. Sortant de là, il se rend chez Simon dont il guérit la belle-mère, prise d'une forte fièvre. Ces deux prodiges incitent tous ceux qui avaient des malades à les lui amener. 1° II faut aller à Jésus, 2° II faut demeurer près de Jésus.

1° Aller à Jésus. — Nous nous représentons facilement la scène : « Tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenaient. » (Luc., 4, 40). Sur n'importe quelle affliction de l'esprit ou du corps, il impose les mains, et il rend la santé.

De multiples maladies sont atteintes nos âmes ; nos péchés passés ont laissé des traces, nos fautes présentes alimentent nos défauts. Il nous est plus qu'utile d'obtenir pleine purification, vigueur de vie, force de progrès. Ce n'est que près du Christ que nous trouverons ces biens. Lui, l'offensé, a seul le pouvoir des pardons ; lui, le Sauveur possède seul le trésor de sa rédemption ; lui, l'ami, a seul puissance de vie rayonnante. En pensant à nos misères, nous sommes exposés à nous replier sur nous-mêmes, moins humbles qu'humiliés, plus défiants de la grâce que de notre faiblesse, estimant que nous pourrons la dominer par nos propres efforts. Entendons le Maître nous dire : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Joan., 15, 5). Allons à lui, confus et repentants, mais pleins de confiance en sa bonté, de foi en sa bienveillance, d'abandon à sa misé­ricorde. C'est un grand mal pour nos âmes que de les garder sous une impression de crainte, loin de Celui qui, pourtant nous invite à recourir à sa bienfaisance : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. » (Matt., 11, 28). Vivons donc effec­tivement nos convictions ; nous connaissons le Sacré-Cœur de Jésus, jetons-nous en Lui.

Seigneur, j'irai à vous comme sainte Marguerite-Marie : « Je vous prends comme le remède de ma fragilité et de mon inconstance, le réparateur de tous les défauts de ma vie... Soyez ma justification envers Dieu votre Père, et détournez de moi les traits de s’ajuste colère... Je crains tout de ma malice et de ma faiblesse, mais j'espère tout de votre bonté. »

2° Demeurer près de Jésus. — Voyant les merveilles qu'il opérait : « Là foule voulait le retenir pour qu'il ne s'en aille point. » (Luc., 4, 42).

Guéris de nos misères, craignons d'y retomber ; ce à quoi nous sommes très exposés. Nous conservons, en effet, notre nature, et nous sommes toujours l'objet des astuces du démon. Restons donc près de Celui qui le met en fuite, et qui est notre réconfort assuré : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » (Phili., 4, 13). Restons près de lui par un regard de foi, qui nous mette fréquemment en sa présence : « Je mets le Seigneur constamment sous mes yeux. » (Ps., 15, 8). Restons près de lui par un mou­vement délicat et généreux du cœur attentif à lui faire plaisir': « Je fais toujours ce qui lui plaît. » (Joan., 13, 29). Restons près de lui par un abandon confiant de la volonté toujours prête à reprendre, avec lui, les mêmes efforts. Il n'a pas cédé aux instances des Capharnaïtes, mais pour nous, il désire qu'il n'y ait pas de séparation : «Demeurez dans mon amour ». Aux âmes généreuses sont garantis des adjuvants spéciaux pour qu'elles vivent d'intimité avec lui. Travailler dans ce sens, c'est aller au-devant de sa volonté ; nous avons donc l'assurance d'y réussir. Ainsi, nous aurons une belle santé d'âme, ne comportant pas seulement une purification négative, allât-elle s'ac­centuant, mais encore cette pureté positive qui consiste dans un enrichissement progressif en vertus.

Mon Jésus, gardez-moi près de vous toujours. Vous êtes lumière et chaleur, éclairez-moi, embrasez-moi. Je veux répondre à votre vœu : « Vous en moi et moi en vous. » (Joan., 19, 20).

Extrait de :  Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 08:14

Entre le  Christ et les  pharisiens  les   discussions ne cessent jamais ; ceux-ci voudraient tant le trouver en défaut. Les voici qui lui reprochent de mépriser la cou­tume de ne pas manger sans s'être au préalable lavé les mains. Il leur répond victorieusement et, citant une parole d'Isaïe, du moins pour le sens, il les accuse à son tour et leur ferme la bouche. 1° Minime importance de l'extérieur, 2° Importance de l'intérieur.

1° L'extérieur. — Le Maître débusque l'hypocrisie des Scribes qui se souciaient exagérément du dehors sans se préoccuper de la pureté du cœur. Toutes leurs pratiques tarissaient la vie intérieure et étaient plutôt un obstacle à la religion. «En esprit et en vérité. » (Joan., 4, 24).

Ainsi pour la prière, faut-il veiller à ne regarder la forme que comme une discipline utile à la dévotion et à l'expression du sentiment, comme un don réalisant l'oblation de tout l'être, corps et esprit, mais non comme la prière elle-même.

Au cours d'une journée nous récitons un certain nombre de formules : le matin et le soir, à la messe, les prières usuelles. Sans doute, importe-t-il de nous étudier à une bonne prononciation, au respect de l'intégrité, à une tenue religieuse, mais, concentrer sur ces points toute notre attention, sans nous appliquer à penser ce que nous disons, est une pure perte de temps ; le psittacisme, le machinal, ou la pose, la mise en scène, n'honorent pas Dieu. Avec lui, on ne joue pas la comédie ; lui dire qu'on l'aime et, en fait, ne point lui consacrer toutes les fibres du cœur, est une jonglerie irrespectueuse et dangereuse. Prenons-y garde ; il pourrait arriver qu'un bon chrétien récite correctement ses prières, et ne prie jamais. Mettons dans nos oraisons vocales le soin qu'on met à avoir un vêtement convenable pour se présenter devant un grand de la terre, mais pas davantage, et n'estimons pas avoir rempli notre devoir s'il n'y a que cela. "

Mon Jésus, je vous fais la demande de vos apôtres : « Enseignez-nous à prier ». (Luc, 11, 1) ; je serai fidèle à dire mes prières en temps voulu, avec une dévotion extérieure attentive, mais surtout pour aider à ma piété intime.

2° L'intérieur. — C'est dans l'intérieur qu'est la vie, le souffle animateur ; aussi bien, tout acte religieux pour être vivant et vivifiant doit être un cri du cœur : « Dieu pénètre le cœur. » (1 Reg., 16, 7). La formule préparatoire à la récitation de l'office renferme un vœu pour l'extérieur : dignement, deux pour l'intérieur : avec attention et dévo­tion. Notons-les avec soin.

Il y a la part de l'intelligence : l'attention ; que l'on réfléchisse en parlant, que l'on sache ce que l'on dit : l'irréflexion est à combattre, les distractions sont à chasser ; mettons-nous vraiment, consciemment, en pré­sence de Dieu.

Il y a la part du cœur : dévotement c'est lui qui prie, car c'est lui qui réalise la pensée, c'est lui qui donne, c'est lui qui aime. Que, dès lors, il soit pur, dégagé de tout ce qui pourrait l'alourdir, l'enlaidir, ne pas le rendre attirant pour les yeux du Père qui est aux cieux.

Le grand moyen pour assurer ceci et cela, c'est évidem­ment de s'unir profondément à Celui qui nous a promis que prier en son nom, c'est assurer le succès de nos supplications. Voilà pourquoi nous mettrons un soin parti­culier à dire : « Seigneur, en union à cette divine intention avec laquelle, sur la terre, vous adressiez à Dieu vos louanges, je vais vous adresser cette prière. »

Mon Dieu, je veux être une âme de prière ; je mettrai-ma foi   à   l'être en vérité, redoutant la sentence prophétique : « Maudit soit celui qui fait mollement l'œuvre du Seigneur. »   (Jer.,   48,   10).   Mon  âme  est  devant  vous; Seigneur !

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 08:42

 

Dans la page que nous lirons aujourd'hui, Notre-Seigneur nous expose les conditions d'une prière efficace : « Si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, quelque chose qu'ils demandent. Ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les Cieux. » (Matt., 18, 19). C'est la charité unissant les cœurs, qui attire le sourire d'en-haut ; elle crée l'unité et exige : 1° La correction fraternelle, 2° Le pardon des injures.

1° Correction fraternelle. — On peut s'unir dans le mal, et parmi les ennemis de l'Eglise, il n'y en a que trop qui n'ont que ce centre d'unité. Ils s'entendent tou­jours pour l'attaquer, alors que, par ailleurs, ils s'entre-déchirent. Les enfants du Père ne fusionnent que dans la vertu, aussi, ont-ils à cœur de la posséder, de la pro­mouvoir, de la défendre. C'est un devoir de reprendre ceux qui s'en écartent. Voir quelqu'un suivre une route mauvaise, dangereuse, et ne point chercher à l'en détourner, dénote une blâmable déficience de bonté.

Un chrétien qui ne se soucie pas des défauts de son prochain, n'a pas compris le : « Dieu donna à chacun une mission à remplir près de son prochain. » (Eccli., 17, 12). Il n'est pas question de se poser en mentor suffisant, mais en ami compréhensif, en fils de Dieu, jaloux de la gloire de la famille et du bien de ses membres.

Un disciple du Christ, certes, ne remplirait pas son devoir, s'il ne prenait soin d'avertir délicatement, ' de conseiller opportunément, parfois, de reprendre énergi-quement. Relativement à ceux qui lui sont confiés, la justice le lui impose gravement. A l'égard de ses amis, c'est l'amour de Dieu qui intervient. Il est arrivé qu'on a laissé tel pu tel se compromettre, parce qu'on n'a rien dit, par timidité, par manque de cœur, ou — n'en faisons pas la supposition—par un sentiment mauvais; la jalousie est une affreuse conseillère, elle se réjouit de voir quel­qu'un s'enferrer, alors qu'on aurait pu lui crier gare au moment voulu.

Mon Dieu, je veux avoir souci de ma perfection, mais aussi de celle des autres. Je n'hésiterai donc pas à donner les avertissements nécessaires, en y mettant les conditions de discrétion, de doigté, de suavité, que me dicte votre Évangile.

2° Pardon des injures. — c'est une seconde condition de l'union qui attire Dieu. Nous ne sommes pas parfaits, chacun de nous a ses défauts, et des froissements, des discussions se produisent entre les gens les meilleurs. L'amour-propre entre en jeu, la sensibilité du tempé­rament apporte un élément d'exagération fatale, et la blessure, qui aurait dû n'être qu'une égratignure insi­gnifiante, s'envenime, s'approfondit, se croit, se dit ingué­rissable. L'un veut s'expliquer, l'autre ne le veut pas ; parfois même, plus on discute, moins- on s'entend, et au lieu de combler le fossé, on l'a creusé davantage. Il est bien plus intelligent, plus large, d'oublier, de passer l'éponge et d'agir comme si de rien n'était. C'est, en tous cas, plus chrétien, et donc, béni par le ciel. Nôtre-Seigneur n'a pas discuté avec ceux qui l'ont injustement condamné. L'imiter dans ce pardon des torts qu'on a eus à notre égard, est un signe de salut : « De la même mesure dont vous aurez mesuré on vous mesurera. » (Matt., 7, 2). Par­donnons, encore et toujours « Jusqu'à soixante dix fois sept fois. » (Matt., 18, 22). Nous garantirons ainsi, pour le moment suprême, un bon accueil du Souverain Juge, «t pour l'heure, son bienveillant regard sur notre prière.

O Jésus, vous m'-avez vous-même pardonné trop sou­vent pour que je raidisse mon cœur devant ceux qui, sciemment ou inconsciemment, ont pu me faire de la peine. Je veux, par amour pour vous, aller plus loin que le pardon et obéir à saint Paul quand il me dit : « Triom­phe du mal par le bien. » (Rom., 12, 21) ; je ferai du bien, ne serait-ce qu'en priant pour eux, à ceux qui me feront du mal.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 07:29

Réflexions pour ce temps du carême 2016…        (1)

Passant au milieu d'eux, il s'en alla. — Exaspérés, les auditeurs du Christ veulent le tuer. Ils le poussent vers un roc abrupt avec l'intention de le précipiter dans l'abîme. Mais lui, très calme, lentement, passe au milieu d'eux, déconcertés par sa majesté tranquille, qui arrête les mains prêtes à le frapper.

Échapper aux critiques malveillantes, aux morsures de la médisance et de la calomnie, n'est guère possible. Il faut donc se garer des coups dont quelques-uns pourraient être dangereux. Répondre du tic au tac, se défendre par la parole ou par la plume, réagir ouvertement contre l'injus­tice, le mensonge, l'imbécillité ou la méchanceté : mauvaise tactique. Ne nous mettons pas sur le même plan que ceux qui nous attaquent, ce serait nous abaisser à leur niveau. Appuyés sur l'intégrité de notre existence, la paix de notre conscience, la dignité de notre tenue, ne discutons pas, gardons le silence, sachons attendre : « Bienheureux les doux parce qu'ils posséderont la terre. » (Matt., 5, 4). Nous avons devant les yeux le divin modèle : « Or, Jésus se taisait. » (Matt., 26, 63).

On n'a jamais le dernier mot avec les gens de mauvaise foi ; les ergoteurs ne  veulent pas être convaincus. Mais, devant une vie impeccable, tout finit par se taire et se tasser. On n'a pas meurtri personne, on n'a pas fermé aucune porte, et il faut bien qu'un jour ou l'autre on passe par toutes celles qui donneront accès aux âmes.

O Jésus, gardez-moi sur la ligne droite, enveloppez-moi de la lumière de votre regard, et que je m'avance sans peur au milieu des hommes, parce que, sans reproches.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 08:03

   LES OISIFS SUR LA PLACE DU MARCHÉ

Un psychologue illustre et distingué a dit un jour que ce qui fait la tragédie de l'homme contemporain, c'est qu'il ne croit plus qu'il a une âme à sauver. C'est à des gens de cette sorte que Nôtre-Seigneur a adressé sa magnifique parabole des ouvriers de la onzième heure. Vers la fin du jour, le maître de la vigne se rendit sur la place du marché et dit : « Pour­quoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? » Dans certaines régions de l'Orient, cette coutume se perpétue encore, des hommes s'assemblent devant les mosquées et dans les lieux publics, la pelle à la main, attendant d'être embauchés.

Cette   anecdote   comporte   des   applications  spiri­tuelles et concerne différentes sortes d'oisifs. En plus des gens qui sont oisifs au sens littéral du terme, il y  a pas  mal  d'individus  que l'on  peut considérer comme des oisifs, encore qu'ils soient d'industrieux touche-à-tout,   parce   qu'ils   s'absorbent   dans   des travaux qui n'ont en réalité aucune utilité. Beaucoup sont oisifs par suite d'une perpétuelle indécision et d'autres deviennent frustrés et préoccupés parce qu'ils ignorent le sens de la vie. Pour un œil humain, il n'y a sans doute pas énormément d'oisifs, mais lorsque l'œil divin s'arrête sur la terre, elle doit lui apparaître comme une vaste place de marché où l'on ne travaille guère. Aux regards de Dieu, toutes les activités telles que   l'accumulation   des   richesses,   le   mariage,   les achats et les ventes, l'étude et la peinture, ne sont que des moyens qui concourent au but suprême et final qui est le salut de l'âme. Chaque dépense d'éner­gie humaine qui transforme en fin ce qui n'est qu'un moyen, qui isole la vie du but de la vie, n'est qu'une oisi­veté besogneuse, tristement, déplorablement irréelle. En dépit de la nouvelle et  sévère définition que notre divin Seigneur donne de l'oisiveté, il y a toute- . fois beaucoup  d'espérance dans cette parabole,  car certains sont embauchés à la onzième heure et ils reçoivent exactement autant que ceux qui ont peiné tout le jour. Il n'est jamais trop tard pour la grâce de Dieu. Notons cette particularité psychologique : ceux qui se tournent vers Dieu tard dans la vie consi­dèrent généralement que toute leur existence anté­rieure  a  été  gâchée.   Se  penchant  sur sa  jeunesse gâchée, saint Augustin s'écria : « 0 Beauté ancienne, je t'ai aimée trop tard. » II n'existe pas de cas déses­pérés ; aucune existence n'est trop avancée pour la rédemption ; il n'est pas d'oisiveté, eût-elle duré toute une vie, qui s'oppose à quelques minutes de travail utile dans la vigne du Seigneur, même s'il s'agit des derniers instants, comme ce fut le cas pour le bon larron.

Lorsque, à la fin du jour, le Seigneur donna à chacun les mêmes gages, ceux qui avaient dû sup­porter les ardeurs du soleil se plaignirent de ce que ceux qui étaient arrivés à la onzième heure recevaient exactement autant qu'eux. Ce à quoi notre divin Seigneur répliqua : « Pourquoi vois-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? » Le souci d'être rémunéré n'a rien à voir avec le Service divin. Ceux qui mènent une existence édifiante pendant quarante années et protestent ensuite contre le salut des derniers venus ont une âme de mercenaires. Tous les actes sincères du spiritualiste sont inspirés par l'amour et non par le désir d'une récompense. En matière de mariage, on ne peut parler des « récompenses » de l'amour véritable sans insulter à la fois le mari et la femme. Impossible d'associer la notion de rémunération à l'affection qui noue les bras d'un petit enfant autour du cou de sa mère, ou qui maintient la mère au chevet de son enfant au-delà des forces humaines. Impossible d'associer la notion de rémunération à l'héroïsme de l'homme qui risque sa vie pour sauver celle d'autrui. D'une manière identique, ceux qui se font dans la vie quotidienne les pieux serviteurs de la religion sont tout aussi pénétrés du charme, de la fascination et de la gloire de la dévotion désintéressée que ceux que nous venons d'évoquer.

L'oisiveté physique dégrade l'esprit ; l'oisiveté spirituelle dégrade le cœur. L'action conjuguée de l'air et de l'eau peut transformer en rouille une barre de fer. A chaque heure du jour, sur la place du marché, l'homme doit donc se demander : « Pourquoi est-ce que je reste ici à ne rien faire ? »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)  (1957)

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 08:19

   LE REPOS

Jamais les hommes n'ont bénéficié d'autant d'in­ventions qui permettent de gagner du temps. Mais jamais ils n'ont eu aussi peu de temps pour le loisir et le repos. Pourtant, bien peu d'entre eux sont conscients de ceci : la publicité a donné naissance dans les esprits contemporains à cette idée erronée que les loisirs et le fait de ne pas travailler sont une seule et même chose, que plus nous sommes environnés de commutateurs, d'engrenages, de leviers et de boutons, plus nous gagnons de temps pour notre bénéfice propre.

Mais cette division de nos journées en heures de travail et en heures de non-travail est trop simple ; pratiquement, pour la plupart des hommes, elle élimine la possibilité même de loisirs véritables. Hors de leur travail, les hommes perdent des heures précieuses à bretter sans but ou à attendre négativement que quelque chose d'intéressant se produise.

Le véritable repos n'est point un simple entracte entre des heures de vie laborieuse. Il comporte une activité intense, mais d'une autre sorte. De même que le sommeil n'est pas un arrêt de la vie, mais une vie qui se distingue de l'état de veille, de même le repos est une activité qui n'est pas moins créatrice que celle de nos heures de labeur.

On ne peut jouir du repos, c'est-à-dire du loisir véritable, si l'on n'a pas quelque notion du monde spirituel. Le premier objectif du repos, en effet, est la contemplation du bien et son but essentiel est de voir les menus incidents de la vie quotidienne sous leur jour véritable, en fonction du bien pris dans son acception la plus large. La Genèse nous enseigne qu'après la création du monde, «Dieu vit tout ce qu'il avait fait et trouva que c'était bon ». Pareille contem­plation de son travail est naturelle chez l'homme lorsqu'il se consacre à des tâches créatrices. Le peintre se recule pour observer sa toile et voir si les détails du paysage sont convenablement agencés. Le véri­table repos consiste ainsi à prendre du recul pour embrasser les activités qui remplissent nos journées. Impossible de tirer de notre travail une satisfaction authentique, si nous ne nous interrompons pas fré­quemment, pour nous demander pourquoi nous fai­sons ce travail et si nous approuvons du fond du cœur ses objectifs. Une des raisons pour lesquelles tant de nos entreprises économiques et politiques avortent est peut-être qu'elles sont entre les mains d'hommes, dont les yeux sont si étroitement rivés sur leur tâche qu'ils ne s'arrêtent jamais pour se demander si elle en vaut vraiment la peine.

Se conten­ter de travailler, se contenter de gagner son salaire, cela ne peut jamais satisfaire le besoin qu'a l'homme de faire œuvre créatrice.

N'importe quelle besogne peut être magnifiée et servir à des fins divines, si on l'envisage dans la perspective de l'Éternité. Balayer le plancher, conduire un camion d'ordures ou vérifier des numéros de wagons de marchandises, ces humbles tâches peuvent être rendues « bonnes » par une simple opération de la volonté qui les consacre au service de Dieu. La besogne la plus ingrate peut recevoir une signifi­cation spirituelle et être divinisée.

Si nous consacrons notre travail à Dieu, nous tra­vaillerons mieux que nous ne l'espérions. Le repos nous est nécessaire pour prendre conscience de ce fait. Une fois par semaine, l'homme se doit de se confron­ter avec Dieu pour reconnaître ce qui revient au Créa­teur dans la somme de travail qu'il a fournie au cours de la semaine ; il peut alors se rappeler que les maté­riaux sur lesquels il a œuvré viennent d'autres mains, que les idées qu'il a utilisées sont venues d'une source plus haute, que l'énergie même qu'il a déployée est un don de Dieu.

Dans un pareil état d'esprit, participant du repos véritable, le savant verra qu'il n'est pas l'auteur du livre de recherche sur les lois de la nature, qu'il en est seulement le correcteur. Le livre, c'est Dieu qui l'a écrit. Au cours d'un repos de cette sorte, le pro­fesseur avouera que chacune des vérités qu'il a dispensées à ses élèves n'était qu'un rayon du soleil de la divine Sagesse. Et la cuisinière, en pelant ses pommes de terre, les manipulera comme d'humbles dons venant de Dieu lui-même.

Le repos nous permet d'examiner les petites choses que nous faisons dans leurs rapports avec les grandes qui leur donnent seules une valeur et une signification. Il nous rappelle que toute action tire sa valeur de Dieu. Admettre ces évidences, c'est adorer Dieu. Et adorer Dieu, c'est rendre à notre vie quotidienne sa véritable valeur, en rétablissant ses rapports réels avec Dieu qui est sa propre fin et la nôtre.

Pareille adoration est une forme du repos, d'un repos qui est une contemplation des choses divines active et créatrice d'où l'on sort tout réconforté. Car la promesse de l'Évangile selon saint Matthieu est toujours valable pour ceux qui consentent à l'en­tendre : « Venez à moi, vous qui peinez et qui êtes las; je vous apporte le repos. »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen) (1957)

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:30

   LE  TRAVAIL

De nos jours, bien peu de gens exercent une pro­fession qui soit de leur goût. Au lieu de choisir un métier par vocation, ils sont contraints par les néces­sités économiques d'accomplir des besognes qui leur donnent peu de satisfactions. Beaucoup d'entre eux estiment qu'ils devraient avoir des fonctions plus importantes. D'autres disent : « Mon emploi n'a d'in­térêt que parce qu'il me permet de gagner ma vie. » Cette manière de voir explique la fréquence du travail inachevé ou mal fait. Seul l'homme qui choisit un métier dont les fins ont son approbation se grandit en travaillant. Seul il a le droit de dire, lorsque la besogne est achevée : « Voilà qui est bien fait ! »

A notre époque le sens de la vocation fait cruelle­ment défaut. La faute n'en incombe pas seulement à la complexité de notre système économique, mais surtout à l'effondrement de nos valeurs spirituelles. N'importe quel travail, pourvu qu'on le situe dans sa véritable perspective, peut contribuer à nous ennoblir. Mais avant d'accéder à cette évidence, il convient de comprendre la philosophie du travail.

Toute tâche a deux aspects : l'idée que nous nous en faisons, et le travail en soi, considéré indépendam­ment des buts que nous poursuivons. Nous jouons au tennis pour prendre de l'exercice, mais nous nous efforçons de jouer ce jeu aussi bien que possible, sim­plement pour le plaisir de réussir. L'homme qui prétendrait prendre tout autant d'exercice en adoptant sur le court une technique extravagante, méconnaîtrait le second aspect de toute activité : l'accomplissement d'une tâche en se confor­mant à ses propres normes d'excellence. De même, un homme qui travaille dans une usine d'automobiles peut avoir son salaire comme but principal ; mais le but du travail est la perfection d’en son exé­cution. L'ouvrier doit en être perpétuellement cons­cient, comme l'artiste est conscient d'être à la recherche de la beauté dans son œuvre, la ménagère à la recherche de la propreté lorsqu'elle essuie la poussière.

Aujourd'hui, le premier aspect du travail est devenu primordial et nous avons tendance à ignorer le second, de sorte que beaucoup d'ouvriers vivent une vie diminuée pendant leurs heures de travail. Ils sont comme des jardiniers auxquels on aurait ordonné de faire pousser des choux pour fabriquer de la choucroute et qui ne se préoccuperaient pas de savoir si leurs carrés sont envahis par les mauvaises herbes, si leurs choux sont ou non des légumes sains. C'est là une attitude erronée. Dieu lui-même a tra­vaillé lorsqu'il a créé le monde, et ensuite, en contem­plant son œuvre, il a estimé «qu' elle était bonne ». La fierté légitime que l'on éprouve en faisant du bon travail nous paie d'une grande partie de nos peines. Certaines gens qui ont conservé cette mentalité artisanale trouvent du plaisir à accomplir n'importe quelle sorte de besogne. Qu'il s'agisse de reparer une chaise, de nettoyer une écurie ou de sculpter une statue pour une cathédrale, ils connaissent la satisfaction du « travail bien fait ».

Leur honneur et leur dignité sont rehaussés par les disciplines du travail exécuté avec soin. Ils ont sauvegardé le vieil état d'esprit du Moyen Age, époque où le travail était un événement sacré, une cérémonie, une source de mérite spirituel.

Le travail, on ne l'entreprenait pas alors par souci de gain matériel, on y était poussé par une sorte d'élan intérieur, par le désir de projeter la puissance créatrice de Dieu dans nos propres efforts humains.

Aucune tâche ne doit être entreprise sans qu'on se soit bien pénétré de ces deux aspects essentiels du travail. Pour lier les deux choses — la joie, par exemple, de fabriquer une table et la nécessité de la fabriquer pour gagner sa vie — il convient d'avoir présents à l'esprit les principes suivants :

Le travail est un devoir moral et non, comme beaucoup de gens l'imaginent, une simple nécessité physique. Saint Paul a dit : « Celui qui refuse de tra­vailler, il faut le laisser mourir de faim. » A partir du moment où l'on considère le travail comme un devoir moral, il devient clair qu'il ne contribue pas seulement au bien social, mais qu'il rend également d'autres services au travailleur : il le préserve de l'oisiveté d'où tant de maux peuvent découler, et il maintient le corps en état de soumission à une volonté raisonnée.

Travailler, c'est prier. Une vie bien réglée ne limite pas la prière aux seules heures de loisir : elle transforme le travail lui-même en prière. C'est ce qui se passe lorsque nous nous tournons vers Dieu au commencement et à la fin de chacune de nos tâches et que nous lui offrons notre travail par amour pour lui. Alors, qu'il s'agisse de soigner un enfant ou de fabriquer des carburateurs, d'actionner un tour ou de faire marcher un ascenseur, notre besogne est sanc­tifiée. Il n'y a pas de dévotion pendant les heures de loisir qui puisse compenser les négligences des heures de travail. En revanche, n'importe quelle besogne honnête peut être transformée en prière.

Un économiste médiéval, Antonio de Florence, a résumé dans une formule heureuse les rapports du travail et de la vie : « L'objet que nous poursuivons en gagnant de l'argent est de subvenir à nos besoins et aux besoins de ceux qui dépendent de nous. En subve­nant à nos besoins et à ceux des autres, nous avons pour objet de vivre vertueusement. En vivant vertueusement, nous avons pour objet de sauver nos âmes et d'accéder au bonheur éternel. »

En bonne justice, le travail devrait recevoir deux sortes de rétribution, car ce n'est pas seulement un phénomène individuel, c'est un phénomène social. John Jones qui travaille dans une mine est fatigué à la fin de la journée : c'est là son sacrifice individuel. C'est pour cela qu'il reçoit son salaire. Mais au cours de sa journée de travail, John Jones a également contribué socialement au bien-être économique de son pays et du monde…

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen) (1957)

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