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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 21:21

RELATIVITÉ ET COMPENSATION DE NOS ÉTATS D'ÂME

CHAPITRE II (LA LOI DES COMPENSATIONS)    (Suite)

III. — En une société normalement constituée, l'homme a la possibilité de compenser la vie exté­rieure par la vie intérieure. Déploiement, replie­ment. Expiration, inspiration. Tel est le rythme que peut assurer l'équilibre de l'âme. Son énergie spirituelle constitue, dans ce cas, un milieu qui résiste à l'ambiance où elle est plongée. Condi­tion essentielle de son autonomie.

 

Or, aujourd'hui, la raréfaction de ce milieu interne a provoqué le déséquilibre des âmes en faisant pulluler des sentiments qui montrent d'excellentes dispositions dévastatrices...

 

On a vu dans le progrès matériel une source de perfection. Or, n'étant pas compensé par un progrès spirituel, il est aujourd'hui principe de mort : Marthe sans Marie, dans la même âme, se dissipe, se fourvoie et se perd.

 

Regardons les choses de plus près. Comment le progrès matériel, fait pour libérer l'homme de sa servitude envers la nature, est-il devenu ins­trument de convoitise et de haine ? Comment ces sentiments qui produisent une déperdition de forces morales et physiques ont-ils étouffé la joie de vivre qui est riche en énergie (La joie de vivre se manifeste corporellement par une vasodilatation, un flot de sang qui se déverse géné­reusement et active toutes les fonctions ; les sentiments d'envie et de haine, par une vasoconstriction et donc, toutes sortes de troubles organiques (dyspepsies, hépa­tites, ulcères, etc.), de sorte que les acquisitions ne compensent plus les pertes ? (J'ai fait remarquer au début de ce chapitre que la loi des compensations — comme l'ordre même de la nature humaine — peut être troublée.)

 

Les objets fétiches devaient assurer le bon­heur. (Que le lecteur prenne garde : loin de mépriser l'ordre matériel, je trouve inadmissible que le matéria­lisme ne se soit pas justifié en atteignant au moins son but : la disparition de la misère. Or il a engendré une double misère, physique et morale. En réduisant les « pro­létaires » à leurs besoins les plus élémentaires, en élimi­nant leurs besoins profonds, il les a rendus pauvres en dehors et pauvres en dedans. Et ce malheur total, en soi et hors de soi, cet abandon physique et moral, c'est l'Occi­dent matérialiste qui l'a engendré.).  Par conséquent, tout le monde devait les posséder. Le principe d'égalité matérielle a ruiné l'équilibre humain. Les hommes sont restés inégaux. Mais l'inégalité fut ressentie dou­loureusement en s'exprimant par l'envie et la haine. En faisant de l'égalité matérielle un idéal on a mis le poison de l'inégalité partout. S'il n'y a plus de lien interne qui égalise les hommes, ils ne sont pas égalisés mais écrasés. Les doc­trines sociales, négligeant les conditions internes, tendent à aplanir les hommes par le dehors. Elles arrivent finalement, comme toute doctrine faus­sement idéaliste, à des résultats diamétralement opposés. Elles séparent les classes et creusent encore plus les inégalités entre elles, en Russie comme ailleurs...

 

La tendance à l'égalité matérielle n'a donc pu engendrer qu'une seule chose : « l'envie sociale », psychose de notre civilisation, agent de décom­position des âmes qui ruine toute joie de vivre.

 

La bête se déguise souvent en ange pur : la « justice sociale » cache aujourd'hui un appétit de revendication et de vengeance, lequel fait naître la toxine dans les âmes et dans le corps dont nous faisons partie. Il existe dans le monde un problème d'une immense portée : l'esprit révolutionnaire des masses — de toutes couleurs, blanche, jaune et noire ! — fruit venimeux du Credo laïco démocratique. Si on leur enseigne que Dieu n'existe pas, que la morale n'a qu'une utilité sociale, on prive les peuples de tout élan spirituel et on les pousse à renverser les obstacles s'opposant à atteindre l'unique but qu'on leur propose : la puissance matérielle. Il serait vain de croire que les « améliorations » puissent faire disparaître un mal aussi profond : l'envie accouplée à la haine. Les peuples conti­nueront à désirer s'emparer des « fétiches », pour en jouir aussi longtemps que dure cette vie ! A n'importe quel prix ! Par n'importe quel moyen ! Voilà l'esprit qui bouillonne sur notre planète ! Après avoir dévasté l'Europe, il gagne l'Afrique et l'Asie !

 

                                                               ***

 

L'envie contient un jugement par lequel on mesure l'état réel d'un individu par son état apparent, jugement qui n'avait jamais existé comme psychose collective et comme fondement d'une civilisation. L'homme d'aujourd'hui est traqué, partout, par les pestes de l'envie. C'est donc le microbe de cette maladie qu'il faudrait d'abord détruire : il provoque l'agitation, l'ins­tabilité, le tourbillonnement chaotique dont nous souffrons. Par les chocs multiples qu'il engendre, entre les individus comme entre les nations, la somme des souffrances augmente. Les acquisitions ne compensent plus les pertes : comptabilité frauduleuse ! Banqueroute des âmes !

 

Il faudra donc regarder au microscope ce puis­sant virus qui paralyse un des effets de la grande loi de stabilisation universelle : cette loi de com­pensation qui demande qu'un équilibre soit sauvé ; qui exige une identité entre action et réaction.

 

Figurons-nous un individu en possession de tous les avantages que notre civilisation peut offrir. Ce « sommet » devient pour lui le point de départ de ses plaisirs. Le « zéro » est donc déplacé à ce sommet (revoir LA RELATIVITÉ INTÉRIEURE 9/16). Ce qui se trouve au-dessous devient négatif. Le fait qui pourrait provoquer un certain plaisir, à ceux dont le palier est plus bas, n'existe plus pour lui. Il lui faut aller de l'avant pour acquérir un nou­vel apport.

 

Prenons un autre individu qui, au point de vue de ces « avantages de notre civilisation » se trouve à l'extrême opposé : le « damné de la terre ». Son état devient le niveau par rapport auquel il perçoit les changements. Les moindres améliorations deviennent de réels plaisirs qui n'existent plus pour l'autre.

 

Or voici la fausse estimation qui intervient. Admettons que le premier, « le roi du savon à barbe », éprouve un changement de vie agréable. Le second, le « damné de la terre », l'estime de sa place à lui, et lui attribue ainsi son propre sentiment, tellement plus intense, ayant parcouru toute la distance entre leurs deux paliers. Or ce plaisir n'existe que dans son imagination. L'autre, placé au sommet, n'a éprouvé qu'un plai­sir négligeable : en changeant sa voiture, il ne ressent pas plus que le second qui se revêt d'une nouvelle chemise. L'émotion forte que ce dernier ressent à la vue de la nouvelle et scintillante voiture, et qu'il confère au possédant, se trans­forme en envie et en haine de la manière sui­vante : l'émotion puissante devient désir violent de l'objet qui l'a provoqué — ah ! Si je pouvais me balader dans cette voiture ! — et par sa vio­lence et son impuissance à le satisfaire, le désir devient douloureux, il devient poison, humilia­tion : voilà l'envie. Et cette souffrance que l'on croit pouvoir arrêter par la possession de l'objet, devient haine de celui qui le possède parce qu'il ne souffre pas lui, bien au contraire, il jouit — O INJUSTICE ! — tellement plus ! (On peut citer à ce propos l'aphorisme si juste et si spirituel de Catulle Mendès : « Ce qu'il y a d'admirable dans le bonheur des autres, c'est qu'on y croit ! ».)

 

Par conséquent, notre individu, en attribuant à l'autre l'émotion qu'il a ressentie se croit malheureux. Finies la bonne humeur et la joie de vivre, — grâce à cette fausse estimation qui crée des grandeurs imaginaires ! Voilà pourquoi le pauvre souffre du luxe qui s'étale à ses côtés. Voilà comment le fiel devient Roi, comment la haine se noie dans la mare de la sottise ! Le venin de l'aspic, l'envie, le plus dangereux des vices, lutte contre des chimères : il les a créées de toutes pièces et projetées dans le monde !

 

Annihilées, attirées par la seule et unique fin proposée par cette basse époque, les masses se sentent vraiment misérables : la réussite et la défaite étant en fonction de l'expansion maté­rielle — la seule dont s'accommode le bas niveau démocratique — la pauvreté devait fatalement apparaître effrayante, là où cette réussite maté­rielle est le signe unique de supériorité.

 

A partir de ce stade le salpêtre inoffensif prend la forme d'un mélange détonant !

 

                                                              ***

 

Pour reconnaître cette vérité on n'a qu'à aller en Espagne, au Portugal ou en Italie, peuples qui n'ont pas encore été déchristianisés ; où l'élan spirituel joue un rôle important : on y retrouve la joie de vivre, la bonne humeur : on y retrouve le chemin béni du travail allègre, dès que l'on passe leurs frontières ; on y retrouve la sympathie entre les classes ; elles ne sont pas séparées : la démocratie n'a pas passé par là... (J'ai vu des princes travaillant à la restauration de leur château près de Volturno, à côté des ouvriers, en riant et en se tutoyant...).

 

Dans ces pays, les ouvriers gagnent beaucoup moins qu'en France, mais ils sont gais et tra­vaillent en chantant ; les « flamenco » en Espagne, les « fado » au Portugal, les « canzonetti » en Italie, s'élancent de toutes les fe­nêtres... (La chanson en France est une industrie : un éditeur qui accepte une chanson s'assure le concours d'une vedette, puis il passe contrat avec les postes radiophoniques, les­quels par la répétition l'imposent au public ; alors l'énorme machine se met en branle : des millions de disques sont vendus. Le Français ne sait plus chanter de lui-même...)

 

Ces peuples ne demandent pas, en ce monde, de posséder, mais d'être joyeux et travailler sous le soleil de Dieu parce qu'ils pressentent que c'est là une condition naturelle très propice à la recherche du royaume de Dieu. Et du bonheur...

 

L'Italien, le Portugais et l'Espagnol n'ont pas besoin de plaisirs « standard » — et si coûteux — dont le peuple français ne peut plus se pas­ser : le cinéma, la radio, la télévision, etc... (C'est bien pire en Amérique, en Angleterre, en Nor­vège, en Suède, en Suisse, etc.).

 

Ils possèdent en eux-mêmes une joie créatrice qui ne dépend de rien ni de personne ; elle éclate de la plénitude de leur vie intérieure : point d'envie et d'esprit de revendication haineuse. L'Italien, l'Espagnol et le Portugais ne voient pas dans leur voisin un privilégié jouissant de la vie plus qu'eux-mêmes parce qu'il a un frigi­daire laqué et une voiture nickelée... Pourquoi ? Parce que leur vie intérieure et leur foi exaltées par le milieu où ils vivent, les rendent réfractaires aux mots d'ordre de « la justice revendicatrice » qui infectent les démocraties occidentales ; parce qu'ils ne sont pas victimes des mirages d'un monde qui croit que le bonheur peut venir du dehors et non du dedans, de cette alchimie qui change la peine en joie ; alchimie qui ne dépend pas des voitures et des frigidaires, et que l'on peut trouver à n'importe quel niveau de la société !

 

Cette doctrine du véritable bonheur est dis­parue en France avec le sens du sacré. D'où l'atonie grincheuse du peuple français actuel, sa mauvaise humeur et sa raillerie qui frappent les étrangers qui traversent le pays.

 

                                                              ***

 

L'homme dégradé par l'idéal démocratique n'est pas capable de comprendre l'homme, de se mettre à la place de son prochain, d'entrer dans son destin. La perspective déformante des pauvres qui regardent les riches, engendre la vraie misère ; la convoitise hargneuse, aigrie, ulcérée du plus grand nombre des hommes de ce siècle. Elle est dans leur chair comme un cancer qui les ronge : il leur faut à tout prix le grand luxe (les sortilèges à cent kilomètres-heure, les hautes priapées) qui leur assurera le bonheur intégral ! Les grands remous de rancune des masses actuelles trahissent l'idéal que leur impose notre civilisation, le sommet de la réus­site vers lequel elles tendent toutes fascinées : le dieu milliardaire ! (Pauvre dieu ! J'ai connu en Amérique un de ces milliardaires. Il portait quelques heures par jour des chaussures inférieures à sa pointure et qui lui causaient de vives douleurs ; en les retirant il éprouvait une joie qu'aucune chose ne pouvait plus lui donner.)

 

Oh ! Piège des apparences... Prestige des images creuses ! On les anime artificiellement d'ombres et de lumières chatoyantes, d'états d'âme mirifiques ! Et l'on passe — sans la voir — à côté de la réalité vivante des humains.

 

En somme, les toxines qui putréfient l'âme de nos contemporains sont engendrées par l'idolâ­trie de la technique et la croyance que le bonheur dépend du monde.

 

Et l'on industrialise à tour de bras le monde !

 

On a cru que l'homme s'affine à mesure que son travail s'allège. La Technique promettait un paradis où les hommes connaîtraient de longs loisirs contre seulement quelques heures de besogne productrice. Erreur grossière ! La Technique engendre l'ennui, la platitude, le dégoût... Quelle autonomie peut-il connaître l'in­dividu qui a abdiqué à l'usine et au bureau sa dignité pour se résigner à n'être plus qu'un élé­ment dans l'énorme outillage de l'industrie moderne ? Peut-il l'oublier au cours de ses loi­sirs ? Peut-il connaître encore la joie de s'appar­tenir, d'être un monde en lui-même ?

 

Eh non, la disparition de tout effort personnel n'apporta pas l'allégresse qu'on attendait : c'est un encrassement que l'on obtint.

 

Le travail technique est devenu à ce point rebu­tant qu'il ne vaut que par le gain qu'il rapporte et non par la joie que l'on y trouve. Il ne reste plus qu'à se jeter dans les plaisirs monnayables, à s'enliser dans la banalité et le sommeil du con­fort...

 

La société n'est plus considérée comme une hiérarchie qualitative de fonctions et digni­tés, mais comme une échelle de salaires et traitements : on en vient à tout évaluer en argent ; la valeur d'un homme d'après sa capa­cité d'en gagner, celle d'une œuvre d'art d'après son cours sur le marché, etc.  En un pareil monde, toute joie véritablement humaine, dis­paraît.

 

En acceptant le progrès matériel comme con­dition suffisante du bonheur humain, le monde moderne repose sur le principe barbare que plus on satisfait ses besoins en un minimum de temps — besoins qui, d'ailleurs, se compliquent et augmentent sans cesse — et plus on est en droit de se prétendre heureux. Or, c'est le contraire qui arrive : l'homme projeté vers le monde est harcelé de mille désirs, — vite satisfaits et aussi vite décevants !

 

La vie chrétienne avait tout fait pour libérer l'homme intérieur et fonder son autonomie morale ; le progrès matériel a tout fait pour le rendre esclave de ses convoitises illimitées.

 

Et des convoitises à l'envie de ceux qui les satisfont, il n'y a qu'un pas...

 

La notion de l'inutilité est très utile ; c'est le plus grand secret dont dépend le bonheur humain. On a cru que la religion, la poésie, les arts, sont un luxe inutile ; point rentable ; sans aucun but pratique... Or il se trouve que ces manifestations contemplatives qui exaltent les âmes sont plus utiles à l'équilibre humain que les activités pratiques. Sans elles, les « activités pratiques » mènent l'homme à la dépression et aux névroses. Sans elles, c'est la Babylone de la Terre, la Synagogue de Satan, où les hommes sont rivés au si bien nommé « travail à la chaîne »...

 

Il se trouve que l'inutile est plus utile que l'utile...

 

La disparition de la vie contemplative a détruit l'équilibre humain : impossibilité d'aller au delà des apparences et de ne pas haïr et envier. Alors les joies ne compensent plus les souf­frances. Elles diminuent en quantité et en qua­lité.

 

La composante destructrice devient le poids qui emporte la balance. En vérité, des accumu­lations croissantes de charges affectives méphi­tiques sont à l'origine des dégorgements de haine entre individus et entre nations (les nations « prolétaires » ! les nations « sous-développées » !) ; elles sont à l'origine des carnages et des révolutions, ces coliques du Nombre ! Tel est l'élan qui précipite notre monde vers sa déca­dence et dans les gouffres du Malheur...

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 15:33

RELATIVITÉ ET COMPENSATION DE NOS ÉTATS D'ÂME

CHAPITRE II LA LOI DES COMPENSATIONS

La vie de l'âme est comparable aux mouve­ments d'une balance dont les plateaux ont la ten­dance de s'équilibrer.

 

Le corps compense la phase de désassimilation par la phase d'assimilation. Analogique­ment, la vie de l'âme consiste à maintenir une somme d'énergie spirituelle à peu près constante en compensant les peines par les joies. Dans l'âme comme dans le corps, il existe un mysté­rieux pouvoir de régulation. Certes, ce pouvoir peut être déréglé ; et ce qui entraînera la ruine des deux, et de l'âme et du corps.

 

I. — Si l'on envisage le désir et son assouvisse­ment à la lumière de la loi de compensation, on constate que la peine et la joie entrent dans la composition du désir autant que dans celle de l'assouvissement. En effet, le désir rend l'âme aveugle par la passion, l’ignorance etc. Il vaut en soi et par soi. Il possède en esprit. Il développe la vie de l'esprit et joue un rôle pré­pondérant dans l'équilibre humain, car ce qui est désir d'un objet, c'est-à-dire possible pour le corps, est un fait réel pour l'âme. L'objet s'épa­nouit dans l'âme, sous toutes ses formes, que la satisfaction supprimera, — sauf une : l'apport sensible. Le désir se meut librement, excite l'imagination et donne l'impression d'une énergie déployée, — ce qui n'est pas une illusion ! Tout cela, c'est le côté positif du désir.

 

Mais le désir est fait aussi d'une impression de « manque», en tant qu'il n'est pas « satisfait » : les sensations sont absentes. La présence sensi­ble d'un objet semble donner plus que son absence parce que, pour l'homme charnel, la sensation est la valeur suprême ; d'où l'impres­sion d'insatisfaction. Ce qui constitue son côté négatif.

 

L'assouvissement est fait de la disparition du « manque », l'impression d'une plénitude, ce qui constitue son côté positif. Il est fait aussi de la détente de l'imagination ; la vie intérieure s'ef­face devant l'action. La victoire est un point mort pour l'âme. Elle s'aperçoit que la peine qu'elle a prise pour arriver à la satisfaction était plus sti­mulante que la satisfaction elle-même. Et ceci constitue son côté négatif. Il est juste le vers de Soulary : « Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve », à condition d'ajouter que le bonheur que la main atteint est moins qu'un rêve...

 

Ce qui est certain, c'est que, dans les deux cas (désir et satisfaction) le plaisir enveloppe la peine et la peine enveloppe le plaisir : il y a com­pensation.

 

La satisfaction, à partir d'un certain degré, devient satiété. Le désir, à partir d'un certain de­gré, devient souffrance. Et on peut dire qu'ils se compensent dans l'espace et dans le temps : si le désir se prolonge et son côté besoin et souffrance augmente, la jouissance de, la satisfaction aug­mentera dans la même mesure. Si donc le côté négatif a dominé le désir, le côté positif domi­nera la satisfaction. Plus la résistance sera forte et plus le plaisir sera grand : compensation.

 

Sans la notion de résistance le désir ne pour­rait même pas se formuler. En un monde abso­lument passif et maniable il n'y aurait ni désir ni, par conséquent, satisfaction. Nous agissons et nous jouissons dans la mesure où le monde nous résiste. C'est bien cette résistance qui provoque en nous la joie du triomphe. Bénissons les obsta­cles ! Plus ils sont grands et plus elle est grande, la satisfaction d'atteindre le but poursuivi. Bien sûr, les deux phases se compensent, mais au moins on se sent vivre intensément : la con­science s'arrache au sommeil !

 

Si la pente des désirs de l'homme suivait le cours des choses, sa conscience ne se serait pas réveillée.

 

L'esprit ne s'élève que contraint de toutes parts, comme le projectile dans la gueule du canon.

 

Les hommes d'aujourd'hui qui désirent arri­ver le plus vite possible et au plus bas prix à une situation qui permette toutes les joies, ne con­naissent aucune joie véritable et aucune réalisa­tion profonde d'eux-mêmes. Dans la mesure où ils réduisent leurs peines, ils réduisent aussi leurs joies, — et ils s'endorment !... La vitesse et la facilité sont causes de notre médiocrité.

 

Le désir auquel on ne donne pas le temps de mûrir nous a rendus mous, lâches et sots, sans défail­lance... Êtres de grisaille. Meurtriers du jour ayant étranglé la nuit (compensation).

 

La recherche du plaisir immédiat se fonde sur une grave erreur, — en ignorant la loi de com­pensation : en voulant éviter tout ce qui restreint le plaisir, elle tue le plaisir.

 

Mais l'hédonisme, en général, ne peut consti­tuer un idéal ; même dans « le vivre dangereuse­ment » : si l'on étend la gamme des joies, on étend, dans la même mesure, la gamme des, ris­ques et des peines. De toutes manières, l'hédo­nisme — médiocre ou intense — n'est pas une montée, mais un cercle.

 

Chemin de ronde sur le bord d'une tour aux pierres glissantes. Tout s'annule. La passion de jouissance engendre chaque fois et automatique­ment son négatif. Un battement fait osciller la vie affective entre deux pôles compensateurs. Équilibre de l'âme. Comme celui du corps. Les pertes sont compensées par des gains et les gains par d'autres pertes, indéfiniment...

 

C'est de la confusion entre l'hédonisme circu­laire et la perfection verticale que meurent toutes les civilisations.

 

Le cercle devient vite un tourbillon descen­dant...

 

                                                                ***

II. — Nous allons observer la même loi de compensation à un autre point de vue. Il existe, entre les hommes, une égalité invisible. Elle est d'ordre affectif. C'est la seule ; car elle n'existe, et n'existera jamais ni sur le plan matériel ni sur le plan spirituel.

 

L'homme peut déplacer son centre d'intérêt, dans sa sensibilité, son émotivité, sa spiritualité. On distingue ainsi trois types d'hommes à ten­dances sensuelles, passionnelles et spirituelles. Ce que l'on gagne dans l'une on le perd dans les deux autres. On ne peut jouer sa vie — et avec la même intensité — dans toutes les directions à la fois.

 

a) La tendance à vivre en surface diminue les deux autres. Nous l'avons vu, elle domine aujourd'hui : impressions sans lien, trépidation, déroulement hallucinant. Exaspération des sens sollicités, affolés. Baisse inexorable de l'émotivité et de la spiritualité. Le moi quitte sa zone centrale, se relâche, se cristallise en des perles qui s'éparpillent. Les impressions sensibles qui se succèdent rapidement se neutralisent les unes les autres, ne peuvent se prolonger en retentisse­ments profonds. Les émotions sont faibles. Quant à la spiritualité, elle s'assoupit. Ce que l'on donne au corps on le retire à l'âme. Personne n'obtient quelque chose pour rien : point de gains sans pertes. Prospérité sensuelle va de pair avec disette spirituelle. D'où la torpeur des mas­ses contemporaines. Certes, cette attitude dimi­nue l'aptitude à la souffrance : plus de déses­poirs romantiques, ni de drames de conscience.

 

Mais elle réduit dans la même mesure, sa puis­sance affective du côté de la joie   (Ceux qui ont connu les explosions de joie de la jeunesse du Quartier Latin, avant la guerre de 1914 et retrouvent dans le même Quartier les visages atones de la jeunesse actuelle se rendent compte de cette vérité. Et en allant plus loin dans le passé on s'imagine ce que devait être la vie du « second Paris », en son sous-sol : le déchaînement des passions, les jouissances vives, la franche gaîté des truands !).

b) L'attitude passionnelle (âmes tropicales : journées chaudes et nuits glacées) s'élève à des sommets que les autres ne peuvent atteindre. Mais la hauteur de leur exaltation est l'exacte mesure de leur désolation : on ne peut se faire du mal en tombant que si l'on est monté très haut : compensation. Le besoin d'absolu dirigé vers la créature débouche dans la nuit. Les inef­fables transports vont au devant des réveils désespérés : cathédrales qui s'enfoncent à me­sure qu'on les bâtit.

 

Nous avons affaire ici à une attitude anxieuse parce que aucune chose ni aucun être ne peut la satisfaire. On ne peut posséder une passion, elle vous possède ; elle ne saurait être une esclave ; elle est un maître. Adieu notre liberté !

 

Cependant les éblouissements de la vie pas­sionnelle valent toute une vie en veilleuse. Les vies s'équivalent, non en longueur, mais en intensité.

 

Celui qui cherche la sécurité vit médiocre­ment. Celui qui cherche la vie intense vit sans sécurité : compensation.

 

Les âmes passionnelles assistent parfois impuissantes à la ruine de leurs mirages. Elles ont assisté avec des yeux émerveillés à leur échafaudage : leurs probabilités de joies et de peines se compensent.

 

c) Du point de vue affectif l'attitude spiri­tuelle ne vaut pas plus que les autres. Trois degrés : l'artiste, le sage, le saint.

 

Celui qui se donne entièrement à son art con­naît les affres de l'enfantement. Mais quelle joie exultante après la délivrance ! Douceur sans pareil, « de source sur la mousse »... Il réussit sa vie en un sens que l'homme qui fait de son art son serviteur, ignore. Celui-là s'est vidé de lui-même, à mesure qu'il a rempli son coffre : compensation...

 

Pour le sage, ce que la vie affective gagne en durée, elle le perd en violence. Fini le brasier des passions ! Comme les voiles de navires gon­flées et fouettées par le vent du large et qui lais­sent tomber leurs ailes en entrant dans le port. Le sage « change en marche les sauts brusques de la vie ». Il sait que le plaisir est ascension entre deux chutes et que les chutes mesurent l'ascension. Et la vie se venge de tant de ma­nières d'être ainsi dévoilée ! Elle sent le besoin de persécuter et maltraiter même ceux qui — comme un Socrate — se suffisent à eux-mêmes et qui connaissent par là des joies qu'elle ignore. Persécution, ou inadaptation à la vie qui l'en­toure, — largement compensées chez le Sage par sa vie intérieure.

 

Pour atteindre la joie stable, la joie si diffi­cile au commun des mortels, pour parvenir à la racine même du Réel, les Saints subissent les terribles « nuits obscures », le lent et pénible dépouillement de tout ce qui n'est pas le Moi profond. Les trois détachements. Les trois lourdes ancres jetées dans la chair : l'argent, le sexe et l'âpre goût de conquêtes.

 

Pour parvenir à l'extase béatifique, le Saint doit balayer en son âme tout ce qui vient de ses sens, de ses affections, de ses pensées. Travail titanesque ! Donc, compensation.

 

Il y a donc une admirable loi de compensation grâce à laquelle on ne peut accéder à la plus haute béatitude sans passer par la porte étroite de l'ascèse et de l'humilité ; ce qui semble rebu­tant à nos intellectuels du type Sartre lesquels, ayant choisi la porte large de la facilité, ne peuvent aboutir qu'à l'angoisse : inéluctable compensation...

 

Par conséquent, pour l'homme qui attend tout du dehors autant que pour celui qui se replie sur lui-même et dont les nuances constituent les trois types d'existence (sensuelle, passionnelle et spirituelle) les probabilités de joies ne sont pas plus grandes que celles des peines. Au point de vue affectif, les êtres ne sont pas différenciés : chaque état d'âme a son compensateur. Dès que le battant de la cloche se met en marche, il atteint inexorablement les deux parois. Il n'y a pas de supériorité d'ordre euphorique : l'envie est un sentiment absurde !

 

Le vieux dicton « il n'y a pas de rosés sans épines » prend ici des proportions universelles...

 

Si l'homme est convaincu que des profits dans une direction entraînent des pertes dans d'autres, qu'il n'obtient jamais rien si ce n'est moyennant quelque chose, il parvient à l'« equa anima », à «l'indifférence sacrée» ( L'expression est de Saint François de Saies.), envers le succès temporel.

 

Il échappe à l'irréel, à la recherche d'une situation qui éviterait toutes les peines ; à la fuite perpétuelle vers l'avenir, en s'instal­lant dans la place qu'il occupe, en évaluant avec justesse les joies qu'elles comporte. Il s'éva­dera ainsi du tourbillon des mirages renaissants et pourra enfin s'interroger sur la valeur spiri­tuelle de ses actes.

 

Alors il pourra remplacer l'illusion du mieux-être par la recherche du plus être.

 

Il comprendra que les moyens de vivre sont moins importants que les raisons de vivre.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

Message important  pour ceux qui se servent de mes articles pour alimenter leur blog. Je leur demande d’avoir l’honnêteté d’en indiquer la provenance, soit mon blog. Elogofioupiou.over-blog.com 

 

J’ai choisi se nom spécialement pour avoir un nom UNIQUE, pour une cause aussi spéciale que celle de la survie du Pape Paul VI. 

 

Le pape Paul VI est le véritable successeur légitime de N.S J.-Christ. Il a 117 ans et puis après, Dieu a tous le temps pour exaucer nos prières. 

 

Il doit bientôt sortir de son exil, pour dénoncer les imposteurs qui dirigent cette fausse église depuis le 29 juin 1972.

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 08:27

RELATIVITÉ ET COMPENSATION DE NOS ÉTATS D'ÂME

Chapitre I. —  LA RELATIVITÉ INTÉRIEURE

 

L'humanité, à force d'être projetée vers le monde, ignore aujourd'hui les lois les plus élé­mentaires qui régissent les âmes. La psycho­logie moderne, nous l'avons déjà noté, ignore Psyché.

 

Rappelons d'abord quelques lois qui concer­nent la liaison des faits corporels aux faits de conscience.

 

La sensation ne suit pas l'excitation. Si celle-ci ne varie pas, la sensation diminue, puis elle dis­paraît.

 

La sensation n'exprime donc pas fidèle­ment le monde extérieur. Elle a tendance à s'en libérer. Si l'adaptation du système nerveux à l'excitation et celle de l'âme au fait de cons­cience se sont accomplies, ni l'un ni l'autre n'ont plus besoin d'intervenir. D'où le phénomène que l'on appelle l'habitude. Et qui explique les désillusions d'origine sensible.

 

La cause corporelle de l'habitude réside dans la structure même du système nerveux qui, en peu de temps, ne suit pas l'excitation. (Les expériences de M. E. Gley sur le comportement des nerfs moteurs excités par un courant électrique, nous apprennent que les nerfs subissent une secousse muscu­laire à l'ouverture et à la fermeture du courant. Pendant qu'il continue, s'il est constant, le muscle reste en repos comme s'il n'y avait pas de courant ; l'état neutre peut se maintenir pendant que le nerf est parcouru par un courant électrique très fort. En outre, l'importance de la réaction dépend de l'état d'hyper ou d'hypotension du système nerveux : des excitations égales peuvent donner des réactions inégales, suivant l'excitabilité de ce sys­tème : ce n'est pas la valeur absolue de l'intensité du courant qui détermine la réaction. Cela pour le système nerveux. Nous observerons plus loin les réactions de l'âme.

 

La cause psychologique réside dans le fait que l'attention se réveille dans la mesure où elle se trouve en face d'un fait nouveau ; puis elle relâche son lien avec le monde extérieur, le détend et le coupe même : le désir assouvi détruit son objet.

 

Conclusion : il ne faut pas trop se presser à satisfaire ses désirs...

 

Ce n'est pas la valeur absolue de l'intensité d'une excitation qui détermine le fait de cons­cience. L'indifférence ou un plaisir plus ou moins intense peuvent répondre à la même exci­tation.

 

Le docteur Dumas constate que des hommes qui éprouvent la même sensation, peuvent avoir des réactions fort différentes. Les variations du pouls, de la température, de la respiration, des glandes, des nerfs vaso moteurs, changent selon la mentalité et les images qui dominent dans l'esprit. Or, ce sont, précisément, ces faits corporels, diminués ou intensifiés par l'âme qui se traduisent en états affectifs. Le monde extérieur est donc relatif au milieu intérieur qu'il rencontre. Les mêmes sensations peuvent don­ner la joie ou la peine selon l'état psychique de l'individu ; on verra, par conséquent, le même effort devenir dans le « hard labour », souf­france intolérable autant que lié à l'idée d'effort imposé, et joie réconfortante pour les skieurs qui montent cent fois par jour une colline. La même blessure qui peut faire souffrir atroce­ment un piéton écrasé par une voiture est à peine ressentie par le soldat dans le feu de la bataille. Et les fakirs qui se tailladent et ne ressentent aucune douleur ? Et les martyrs qui, au milieu de leurs tortures, éprouvent un « état de ravisse­ment »? Et ces Saints bégayant de joie avec leur bouche dévorée par la lèpre ! Par contre, nous connaissons les névroses, accompagnées de mani­festations douloureuses, de ceux qui cherchent, uniquement et frénétiquement, les agréments ; de ceux qui croient que l'on ne peut trouver la joie qu'en courant après elle ; nous connaissons, enfin, la ruine morale et physique de ces gens désœuvrés et... tellement enviés !

 

Le monde extérieur compte donc peu en ce qui concerne le bien-être de l'âme. Car elle con­naît le secret d'une alchimie intérieure qui peut changer tout métal en or, ou, inversement, l'or en vils métaux.  Cette alchimie intérieure prouve le pouvoir de l'esprit sur la chair ; pouvoir qui, nous le ver­rons plus loin, est exalté au maximum par une doctrine, la doctrine surnaturelle des Béatitudes. Mais n'anticipons pas, et constatons ici le rôle minime que joue l'apport des sens par rapport à l'âme, c'est-à-dire l'autonomie congénitale et naturelle de l'âme à l'égard du monde.

 

On voit déjà, par ces quelques faits, l'égare­ment de notre civilisation : assurer l'équilibre de l'âme, uniquement par le bien-être corporel.

 

                                                            ***

Les états d'âme, en plus de leur aspect quali­tatif, possèdent une force variable de laquelle dépend l'équilibre humain. Nous donnerons au plaisir le plus intense le chiffre 90, à la dou­leur — 90 ; le zéro signifiant l'état neutre ; et nous montrerons le caractère relatif de cette force qui ne dépend nullement des facteurs ex­térieurs.

 

(I). Si l'intensité d'un plaisir est de quatre, il faut qu'elle croisse rapidement pour obte­nir le plaisir cinq. Entre quatre et cinq, la cons­cience, non seulement n'enregistre aucune aug­mentation, mais tend à devenir neutre, se rapproche du palier zéro. Ce zéro affectif se place à n'importe quelle hauteur. Au niveau du plus riche comme au niveau du plus pauvre des hommes. Tout plafond convoité, une fois atteint, devient un plancher banal. Nous ne pensons que par hasard aux faits matériels permanents de notre vie. Bons ou mauvais, ils deviennent la page blanche que nous colorons. Par conséquent, si, comme on dit, « l'usage seulement fait la possession », au point de vue affectif, c'est bien pire : on en « use » seulement au moment de l'acquisi­tion et de la perte. Entre ces moments elle devient, à peu près, chose morte. On ne la pos­sède plus comme on ne « possède » la santé qu'au moment de son amélioration ou de sa dégrada­tion. On peut alléguer que les choses habituelles jouent un grand rôle dans l'équilibre humain.

 

 Bien sûr, un rôle aussi grand que la santé. Mais l'homme a besoin d'un équilibre positif qui s'appelle le bonheur, tandis que celui-là est négatif. Il s'agit d'analyser l'illusion du progrès matériel, sur laquelle se fonde notre civilisation, le mirage de l'hédonisme. Car s'il est vrai que « la nature a donné un droit égal à la jouis­sance de tous les biens» (Babeuf), il est faux de croire que cette « jouissance » dépend en premier lieu de ces « biens ».

 

On a oublié que la jouissance est relative : « Si l'ouvrier de Moscou avait le standard de vie de l'ouvrier parisien d'avant la guerre de 1914, il se sentirait comblé outre mesure ; pourtant l'ouvrier parisien avait l'impression d'être un pauvre exploité ; et s'il avait cette impression, bien qu'il vécût mieux que certains seigneurs féodaux, c'est parce qu'une minorité avait de beaux équipages » (Kronstadt) (Relativité des notions richesse et pauvreté : au moyen âge, quelques privilégiés s'offraient le luxe de s'éclairer aux bougies ; ce qui passerait aujourd'hui pour une effroyable « misère »... Remarquez que le monde moderne a la nostalgie de cette « misère » ; d'où le succès croissant du camping.)

 

Le fait qu'il aura dans l'avenir son aspirateur, sa télévision, son vide-ordure, son scooter, ne changera rien à son équilibre intérieur (« Les pauvres auront cessé d'être pauvres ; le frigi­daire, la télévision et la 4 CV pour chaque foyer, voilà l'idéal », écrivait dernièrement un prêtre progressiste. Mais est-il assuré qu'une fois ce stade atteint, d'autres mécaniques ne seront pas considérées comme indispen­sables au bonheur ? Que certaines conditions matérielles soient nécessaires pour sauvegarder la vie des corps, cela est certain. Mais que le bonheur humain ne soit pas en fonction de ces conditions, cela est encore plus certain ! En créant chaque jour de nouveaux besoins, la Technique place l'homme dans l'instabilité permanente. En les satis­faisant par la vente à crédit, elle engendre l'inquiétude des traites à payer, et donc, un déséquilibre moral.). Les marxistes le savent bien, alors que nos chrétiens progressistes ignorent cette vérité. Ce dont il s'agit en premier lieu, c'est de changer l'état d'âme de l'individu, le rendre capable de muer la peine en joie.

 

La supériorité de la propagande communiste sur l'apostolat actuel tient à ce qu'elle donne peu d'importance à la pauvreté ; elle lui demande même des sacrifices au nom d'un idéal, alors que les catholiques ne pensent qu'à toujours améliorer les conditions matérielles ! N'a-t-on pas vu des prêtres-ouvriers défiler avec les « tra­vailleurs » pour exiger des augmentations de salaires ?

 

Le communisme qui mobilise le sentiment religieux en demandant au monde ouvrier, le renoncement, l'oubli de soi et « le travail héroïque », se trouve en face d'un Occident qui promet aux ouvriers de jouir des biens de ce monde : d'une part, on exploite les plus hauts élans de la nature humaine — et ils réus­sissent ! — de l'autre, les instincts les plus bas — et ils échouent !

 

Et c'est pourquoi l'Occident est constamment refoulé par l'Orient : il n'a plus à offrir aucun élan, aucun idéal...

 

Rien n'est plus éloigné de la mentalité mar­xiste qu'une entreprise philanthropique : la misère ne l'intéresse pas. Elle sait bien que l'homme a moins besoin de pain que de foi. Et cette foi — mauvaise ! — soulève le monde actuel.

 

Le peuple français est un des peuples les plus riches, et il compte un quart d'électeurs commu­nistes... Les milliards de l'aide Marchall n'ont pas détourné du communisme un seul Européen, un seul Asiatique, un seul Africain... Mais on con­tinue à croire qu'il suffit d'élever le niveau de vie des individus pour les détourner du communisme. O aveuglement inouï ! On continue à croire que le communisme est un phénomène économique, — et non religieux !

 

A la foi communiste, il faut opposer une autre foi encore plus forte, encore plus exaltante, qui puisse changer toute peine en joie ! Et seule l'Église peut aujourd'hui la donner.

 

                                                             ***

(II). Si nous répétons l'excitation qui corres­pond au plaisir trois, le plaisir obtenu n'est pas aussi fort que le premier. Mais on associe le plai­sir avec l'objet et l'on est déçu de trouver l'objet et non pas le plaisir ; car, pour retrouver le même plaisir, il faut augmenter la « dose » et pour l'accroître, il faut l'augmenter plus encore. Ce qui, selon les circonstances et l'objet, devient difficile ou même impossible. D'où le névropathe moderne qui suit le seul « principe de plaisir » : la ligne du moindre effort.

 

Si nous avons un plaisir trois, l'objet qui nous donne quatre est un objet de plaisir. Si nous sommes au degré dix, il est un objet de douleur. Pour un individu, par ex., qui avait un château, le fait de se réduire à vivre dans un appartement de trois pièces est un fait désagréable ; pour un couple de jeunes mariés qui cherche depuis long­temps un pareil appartement, le fait de le trouver est exultant ! (Je vais vous raconter, cher lecteur, une vieille histoire juive : Un juif vient un jour voir son Rabbin : « Je suis malheureux, nous vivons, ma femme Rebecca, moi et nos six enfants, en une chambre ; ils font un bruit infernal, ils crient, ils hurlent, je ne peux pas dor­mir ni me recueillir. » — « Tu as, je crois, trois porcs, dit le Rabbin, emmène-les dans la chambre, vis avec eux pendant une semaine et reviens me voir. » Le juif revient : « Je suis encore plus malheureux, le bruit est le même et il s'est ajouté la puanteur. » — « Bon, dit le Rabbin, tu as aussi trois chèvres, emmène-les aussi dans la chambre et reviens me voir dans une semaine. » — Le juif revient : « C'est affreux, je vais me tuer ! » — « C'est parfait, dit le Rabbin, mets-les dehors, tes bêtes, et reviens me voir. » — Le juif revient : « Ah, Rabbin, je n'ai jamais été plus heureux avec mes enfants ! »)

 

 

Or, l'homme moderne croit à un rapport constant entre certains états d'âme et certains objets (une auto objet de plaisir etc...). (Une auto peut être plaisir mais aussi, souffrance, ennui, mort, crime, indifférence ou même absence, selon les circonstances et l'état d'âme du possesseur.)

 

Il attache à chaque objet un état affectif, comme s'il était la cause, et l'état affectif l'effet. En réalité, il n'y a pas de relation de cause à effet entre ces deux termes. Un état affectif ne dépend que d'un autre état affectif : celui qui le précède. LA CONSCIENCE NE PERÇOIT QUE DES DIFFERENCES ET NON DES ETATS: LEUR RAPPORT EST INTERIEUR. L'intensité de ce rapport ne dépend nullement du monde extérieur : il n'est pas la cause, mais l'occasion. Il n'a aucune valeur en lui-même, mais celle que l'âme lui donne.

 

La joie est comme une oasis dans le désert : que vaut-elle l'oasis, s'il n'y a pas le désert ? Que vaut une flaque d'eau dans l'Île-de-France ? Il faut souffrir de soif dans le désert pour con­naître le bonheur ineffable de boire un peu d'eau...

 

Voilà ce que notre civilisation ignore totalement : il nous faut des zones désertiques, des privations, des efforts pour éprouver la joie de vivre.

 

En chassant la peine et l'effort on a cru échap­per au danger d'éprouver la lassitude et la tris­tesse. Or, sur notre globe, plus on monte vers le Nord — aux U.S.A., en Angleterre, en Suède, en Norvège — où les peuples se prélassent dans le confort et plus le mal de vivre augmente.

 

L'abusive mécanique a aplani les difficul­tés : un bouton, et hop ! La lumière ; un bou­ton, et hop ! La chaleur ; un bouton, et hop ! La musique... Aucun motif de s'arrêter : on appuiera bientôt sur un bouton pour se moucher, se laver, se gratter...

 

Et pourquoi avoir des bras et des jambes ? C'est ridicule !

 

Supprimer les abus de la Technique pour retrouver la joie de vivre ? Ah ça, jamais ! Que deviendraient-ils les grands Trusts, les intérêts de la Haute Finance vagabonde ?...

 

« L'argent fait le bonheur »... Non ! Le bonheur ne dépend ni de la fortune ni de la gloire, mais des dispositions du cœur.

 

Il est vain de concevoir le plaisir sans peine, la paix sans lutte et la joie sans la croix.

 

Une jeunesse qui ne sait se priver est bien près de se perdre. (Un prêtre, que je ne veux point nommer, a écrit ces lignes : « Il faudrait offrir aux jeunes gens autre chose qu'une vie de renoncement et d'austérités ; ces concep­tions sont aujourd'hui périmées. » — Eh bien, si le renon­cement et l'austérité sont périmés, nous allons vers un monde désemparé, désespéré ! Car le plaisir est l'ennemi du bonheur...

 

Le monde moderne, en voulant épargner l'ef­fort, a rencontré l'ennui, l'accablement et, enfin, l'angoisse...

 

                                                                ***

 

Weber, constate qu'il faut ajouter 33 % de l'excitation initiale pour obte­nir une sensation plus forte. Ainsi, si l'on éprouve un plaisir dix il faut que le plaisir augmente de trois pour provoquer un changement. Pour un plaisir quatre-vingt-dix, l'augmentation trois qui fut dans le cas précédent un plaisir, n'apporte rien. Le degré trente est nécessaire pour provoquer une augmentation sensible. Au­trement dit, le même objet qui, pour le « dés­hérité du sort » est une vraie source de plaisir, devient une chose décolorée pour « l'élu de la fortune ». C'est lui le pauvre : il s'est à jamais appauvri des choses qu'il possède, elles consti­tuent son palier, le point de départ de ses plai­sirs. Or la vie est faite en moyenne de plaisirs simples, « plaisirs humbles » : humbles pour l'« élu », bien vivaces pour le « déshérité »... (La tristesse et la joie. Alcan, p.345 : ainsi que les travaux de Feckner, Gley et Weber.)

 

Nous voyons que, de toutes manières, le niveau des plaisirs n'est pas fixe : il se déplace selon l'état d'âme de l'individu. Pour les faits physiques (une saveur forte enlève le goût des nuances délicates) comme pour les faits psychi­ques (qui a connu le bonheur ne peut se conten­ter de plaisirs médiocres), ce niveau varie indé­finiment. Cela prouve qu'il existe une loi de rela­tivité intérieure : nos états d'âme se déterminent réciproquement et non par rapport aux condi­tions externes, ces « points d'appui » qu'on veut, à l'heure présente, consolider ! Les jugements qui attribuent des valeurs fixes aux situations sont à réviser.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 13:08

 

CHAPITRE II RÈGNE DE LA RAISON   (Deuxième partie)

 

On ne se méfie jamais assez de ces intellec­tuels qui ressemblent aux pierres d'un moulin qui tourne à vide, ne moulant plus les graines du réel, ayant perdu tout contact avec le réel : le naturel et le surnaturel !

 

La « Réaction » contre laquelle démocrates et communistes fulminent, c'est la défense de la nature humaine et divine. Atteinte dans son ordre. Et qui se soulève. Le véritable ennemi des deux régimes est à l'intérieur de l'homme. Plus ou moins tard il prendra sa revanche.

 

On n'est présent au réel qu'en le surnaturali­sant, qu'en le ramenant à sa source, au Réel des réels.

 

Intellectuels modernes : vessies flottant au gré des vents... Règne des songe-creux, des rhéteurs et des technocrates, qui désole et accable le monde où nous vivons.

 

La raison, charnière entre le naturel et le sur­naturel, s'adore elle-même. Or, il ne suffit pas que la raison s'accorde avec elle-même : elle peut être d'une logique impeccable. Parfaite­ment en accord avec elle-même. Mais parfaite­ment en désaccord avec le réel ! Onanisme intel­lectuel qui, depuis J.-J. Rousseau, sème les malheurs sur les nations.

 

La raison est devenue opaque à la vie et à l'esprit : plus de pont entre le Verbe et la chair, entre le ciel et la terre !

 

Cette rupture déchira la robe sans couture du moyen âge, décomposant son unité en deux parts antagonistes. Comme un bateau ivre, le monde moderne va à la dérive, cognant tantôt à droite, tantôt à gauche, sous la tempête. II est en train de sombrer et coule à pic en lançant des signaux de détresse... (Que l'on ne m'accuse pas de « passéisme » ou d'avoir, comme disent nos progressistes, une « mentalité nostalgique » : les vérités que j'affirme n'appartiennent pas au passé, ce sont des vérités hors du temps, des véri­tés éternelles dont dépend le bonheur humain.)

 

Nos raisonneurs athées, en effaçant de leur visage les traces de Dieu, ont effacé leurs propres visages. Non seulement ils ont défiguré l'homme, mais ils l'ont profané. Non seulement ils ont rendu Dieu étranger à l'homme, ils rendent l'homme étranger à lui-même. Et les hommes étrangers entre eux.

 

La déchéance de l'intelligence a atteint un tel point que penser selon le réel et le bon sens est considéré comme une extravagance !

 

L'intellectuel sait tout et ne comprend rien. L'homme de cœur ne sait rien et comprend tout.

 

L'homme n'est grand que dans la mesure où il avoue sa misère. Et il n'est petit que dans la mesure où il prend sa misère pour un sommet.

 

Le rationalisme moderne est comme un brouil­lard qui obscurcit le ciel et fait écran à la lumière du Soleil.

La soumission au Soleil de la grâce est rai­sonnable, car l'homme ne peut se prendre raison­nablement pour le plafond de l'univers.

 

La foi est une adhésion de la raison à une réalité qui la dépasse sous l'influx de la grâce et la motion de la volonté. Si nous sommes con­vaincus de l'insuffisance congénitale de la rai­son, nous nous ouvrons à l'inspiration de l'Esprit-Saint ; sinon, nous lui résistons, — c'est le malheur contemporain !

 

Certes, les vérités de la foi sont un scandale pour la chair et le sang. Elles ne peuvent pas être de plein pied avec la raison humaine... Heureusement ! Si elles l'étaient, c'est qu'elles seraient de l'homme et non de Dieu. Et elles nous sauvent parce que, loin de s'abaisser jus­qu'à nous, elles nous tirent à elles en réclamant notre conversion.

 

Si la grâce construit sur la nature, elle n’à plus sur quoi se fonder quand on ruine la nature.

 

Société naturelle et religieuse : l'une ne va pas sans l'autre. Si elle n'est pas religieuse, elle ne peut pas être naturelle, elle finit pas anéantir toutes les structures voulues par Dieu.

 

Le prolétariat reflète la cruauté, la lâcheté d'une civilisation anti-chrétienne qui se trans­forme sans référence aux lois de la nature et de la grâce, d'un monde qui se dégrade en se trans­formant.

 

Il ne faut pas perdre de vue le but « surna­turel » de l'entreprise rationaliste : elle veut éliminer le Christ et son Église ; pour y parvenir on les attaque au plan de la nature ; on dénature les institutions : familles, communes, provinces, métiers... Quand cette œuvre satanique est accom­plie, ce n'est plus qu'un jeu d'enfant de s'en prendre aux âmes.

 

Point d'autre choix pour la raison : elle est un moule creux fait pour recevoir Dieu ; s'il ne le remplit pas, Satan s'y engouffre...

 

Point de neutralité pour elle. Et c'est pourquoi le laïcisme est l'ennemi farouche de l'Église, — même s'il sait qu'il travaille ainsi pour le malheur du plus grand nombre...

 

                                                           ***

 

La déesse Raison est quantitative, elle ne verra jamais la qualité ; et c'est pourquoi elle défend le suffrage universel, cette loi quanti­tative qui a l'éminent avantage d'organiser pério­diquement la guerre civile. Mais le suffrage ne sera vraiment universel que lorsque les marmots éliront leurs mères, les élèves leurs professeurs et les soldats leurs généraux...

 

Alors je croirai à son universalité... au règne parfait du régime de la « tête en bas » où ceux qui gouvernent sont à la merci des gouvernés !

 

Quand la République fera-t-elle voter les Fran­çais pour savoir s'ils veulent rester français ? Car, enfin, pourquoi s'accrochent-ils impudem­ment à l'hexagone ? Quand finiront-ils par se sacrifier définitivement aux hauts intérêts de la Finance vagabonde et du marxisme ? Eh bien, c'est simple : on les fera voter, et revoter, jus­qu'à ce que l'on obtienne une majorité qui désire s'y sacrifier.

La meilleure arme des arabes et des nègres contre la France ? La culture laïco égalitaire acquise en France : l'orthodoxie socialiste, fille aînée de l'église marxiste !

 

La déesse Raison ayant rejeté l'autorité de Dieu en déclarant qu'elle ne connaît que celle du peuple, a frappé à mort l'être même de la France ; si la fascination qu'elle exerce sur les catholiques ne cesse pas, les Français seront submergés par une cascade de malheurs et leur pays sera perdu...

 

« Ou les institutions redeviendront chrétiennes ou le monde ne se relèvera pas » (paroles de Léon XIII, répétées par saint Pie X, Pie XI et Pie XII). La Cinquième  Apostasie : « Le suffrage univer­sel est la source de tout pouvoir »... La France ne se relèvera donc pas.

 

Aimer - connaître - sentir. Détruisons le terme suprême et nous voilà oscillant entre les deux derniers : de l'ivresse d'être des dieux à la brute sanguinaire. Tel est le sort du monde moderne : il oscille entre l'orgueil de l'esprit et l'avidité de la chair.

 

Tout est lié et semble dériver d'une savante orchestration : de la philosophie à la littérature, de celle-ci aux arts plastiques. Tout est fait pour renforcer le désarroi et la consternation parmi les hommes.

 

A mesure que le monde se hâte vers sa fin, Satan perfectionne et organise savamment son immense contre Église sous ses deux aspects.

 

La lutte apocalyptique est devenue manifeste entre l'Église et le Dragon à deux têtes.

 

« La franc-maçonnerie et le communisme pour­suivent parallèlement le même but ; c'est pourquoi il faut s'efforcer à accorder leur action sans qu'apparaisse publiquement leur alliance. » (Déclaration de la FM. en septembre 1958 à Santiago du Chili).

 

La franc-maçonnerie réalisa au cours des deux derniers siècles le plan exposé par Voltaire dans la loge des « Illuminés » : « Pour conduire les âmes à la sujétion les Illuminâti doivent mentir comme le démon lui-même, pas timidement et pour un temps, mais hardiment et toujours... nous devons leur faire d'extravagantes promesses et nous servir de mots enjôleurs : liberté, éga­lité, etc..., le contraire de ce que nous promettons peut être fait ensuite... Cela n'a pas d'impor­tance ». Cette belle tradition de l'imposture est maintenue et exaltée par le marxisme.

 

D'une époque à l'autre l'intolérance a changé d'objet ; hier, elle défendait la Vérité ; aujour­d'hui, le Mensonge ; en Orient, par la balle dans la nuque, le camp de travail forcé et les prisons ; en Occident on y emploie en moyenne, des procédés plus perfides : l'étouffement de toute manifestation (6 février 1934, 10 mai 1958, etc...), de toute publication (Il ne faut pas croire que ce livre, qui va à contre-courant,  tirera   à  un  million  d'exemplaires,  comme  les livres de Françoise Sagan ! La publicité n'est, aujourd'hui, que pour égarer les foules ; et pour cette littérature de malheureux névrosés qui prêchent l'écœurement, la chiennerie, la veulerie...) qui ne vont pas dans le sens du Mensonge ; et aussi la calomnie, le poison (Le général Mangin, Maginot, etc.) et les attentats préfabriqués...

Le Mensonge est aujourd'hui une vocation, un art, une carrière. Au mensonge individuel est venu s'ajouter au sommet des nations le DOGME du mensonge, le plus dangereux, le plus capable de corrompre les mœurs d'un pays, de pourrir les âmes et de tuer une civilisation.

 

Résultats appréciables pour un monde dont la tête a étouffé le cœur...

 

Un monde de désordre, de crime et de folie où la vérité ne peut plus s'exprimer, voilà notre civilisation maçonnico communiste !

 

Que le sang se répande, que des millions de cadavres empestent la terre, que les univers con­centrationnaires se propagent, pourvu que TERREUR règne sur la terre !

 

C'est normal : le bonheur ne peut naître de l'infidélité au vrai, de la compromission avec l'erreur. La paix — du dehors et du dedans — est le fruit de la Vérité qui est le Christ vivant en son Église :

 

Lui seul peut nous la donner, et non le monde ! « Mais cette paix, ce bonheur, tandis que nous accomplissons le voyage de cette terre d'exil, demeurent imparfaits. Ce n'est pas une paix tout à fait tranquille, tout à fait sereine ; c'est une paix active et non pas oisive et inerte ; c'est surtout une paix qui doit com­battre toutes les erreurs, même masquées et fallacieuses» (Jean XXIII; Ad Pétri Cathe-dram).

 

Je vais me permettre d'ébaucher ici une nou­velle définition du bonheur et du malheur, en rapport avec ce chapitre.

 

Le monde de l'Erreur va de pair avec le monde du Malheur.

 

Si être heureux c'est pouvoir être soi-même complètement, jamais nous ne serons heureux comme le poisson dans l'eau que si nos âmes baignent dans l'océan du Réel. Or, aujourd'hui, nous étouffons, rejetés sur les rochers de l'Uto­pie.

 

Il n'y a de Bonheur que dans et par la pléni­tude de la Vérité.

 

Cette condition nécessaire est cependant insuf­fisante : il y faut aussi l'Amour.

Mais qu'est-elle une vérité sans amour ? Cela fera le sujet de la dernière partie de ce livre.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 21:05

CHAPITRE II RÈGNE DE LA RAISON   (Première partie)

En un monde où le cœur n'est pas plus gros que la tête, on peut s'attendre à toutes les catas­trophes.

 

Le malheur s'est installé solidement sur la terre depuis que la raison a pris la place du cœur dans la hiérarchie naturelle « aimer connaître sentir ». Horrible torsion ! Le milieu, le trait d'union, s'est hissé au sommet ! La raison divinisée ! Qu'a-t-elle donné, cette déesse Rai­son, l'idole de la Révolution ?

 

Dès le départ elle fut destructive parce que, dans son orgueil, elle se refusa à s'incliner devant le cœur qui a des raisons qui la dépassent infiniment.

 

L'intelligence a tant de couches, de la plus pro­fonde, au delà du physique — le cœur — jus­qu'à la couche en contact avec le physique — la raison —; confondre les deux, ce serait con­fondre l'océan avec le sel que déposent ses vagues sur les grèves. Or, c'est précisément ce que l'on fait depuis Descartes, père de la déesse Rai­son : on confond l'océan avec ce qu'il jette à la côte !

 

En fait, l'esprit moderne est fondé sur cette énorme confusion entre l'intelligence vive et la pensée incarnée, entre l'esprit et la lettre, entre le vivant et le mort.

 

Assurément, l'intelligence change de nature dès qu'elle va de son centre à sa périphérie. Par celle-ci, elle est en contact avec les sens. Elle est raison. Elle découvre la matière que les sens, sous tant de formes, lui livrent. Là, elle est donc, par définition, « matérialiste ». Si elle s'y fige, si elle ne remonte pas à son centre, la raison sera athée, sceptique, et prête à profaner ce centre même qui est sa source ! Elle se retourne ainsi contre elle-même et se noie dans le doute.

 

Hélas, les intellectuels modernes se maintiennent dans cette zone superficielle de l'intelligence. Où, nécessairement, il n'y a rien d'absolu ni de sacré. Où il ne peut y avoir du sacré !

 

Or, dans sa zone centrale, l'intelligence échappe au règne du « sensible », et donc au pro­fane et au relatif. Là, par son contact avec sa Source, elle touche au sacré, à l'absolu : là, l'in­telligence quitte le multiple et le temporel pour s'approcher de l'un et de l'éternel.

 

Malheur à l'intelligence qui reste à sa péri­phérie ! Elle deviendra la servante de l'action ! Et cela donnera une raison « fabricatrice » et « activiste ».

 

Agir, c'est choisir. On ferme une porte où on l'ouvre. On ne peut pas la fermer et l'ouvrir à la fois. Et pourquoi donc les actes s'excluent-ils réciproquement ? Eh bien, parce qu'ils ne peuvent faire autrement que de se soumettre à la « chair » ; à l'œuvre d'exclusion de cet ordre que nous livrent les sens et que nous nommons matière. Mais c'est parfait ! Seulement, si l'on impose cet ordre d'exclusion à l'intelligence, c'est alors la catastrophe ! Au lieu de mettre l'action au service de la pensée, elle mettra la pensée au service de l'action. Elle ne comprendra plus rien ! Elle dégradera et pervertira la vie des hommes !

 

Cette néfaste soumission à l'action fera naître la «. DIALECTIQUE ». Ainsi naît cette logique que j'ai appelée dans mes autres ouvrages, la logique à une dimension. Parce qu'elle choisit toujours l'un des termes des dilemmes humains et rejette l'autre dans les ténèbres. Ainsi elle choisira, par exemple, l'individu et rejettera la société dans les ténèbres ; ou, inversement, elle choisira la société et rejettera l'individu dans les ténèbres ! L'individu infini et l'État zéro ! Ou l'individu zéro et l'État infini !...

 

Cette logique d'exclusion engendre la guerre des idées. Chaque idée, jouant à l'absolu, veut dévorer son opposée. Logique de l'homme mo­derne qui organise l'antagonisme. Logique qui n'est point la sienne : il l'a empruntée. Au royaume de la matière morte. Au Prince de ce monde. Au roi de la Discorde qui mène ce monde ! Depuis trois siècles en particulier. Depuis qu'il a quitté la logique chrétienne.

 

Car pour le chrétien, en vérité, l'union des deux termes se fait à l'aide d'un troisième, à l'aide d'une étincelle, comme l'oxygène et l'hydro­gène deviennent de l'eau par une étincelle élec­trique. Cette étincelle, c'est l'amour. Cette union amoureuse des extrêmes, c'est bien elle qui engendre chez l'individu, la paix de l'âme ; et dans la société, des institutions saines, des « corps intermédiaires » qui unissent l'individu à l'État,

 

Le fait incroyable pour la raison : l'Incarna­tion. Elle ne peut admettre l'impensable union du fini et de l'infini, la négation absolue des contraires qui s'excluent.

 

Logique qui favorise la rencontre et l'union des extrêmes. Logique chrétienne qui seule, peut trouver la solution des problèmes rationnelle­ment sans solution. Logique de la Croix qui réside dans la rencontre de ses deux directions perpendiculaires : l'union des contraires ! Qui se tient au-dessus des alternatives et de toutes les dialectiques ! Qui réconcilie tout par un troi­sième terme, le MEDIATEUR : « Celui qui fait des deux un » (saint Paul) il unit l'éternel et le temporel, l'esprit et la chair, le social et l'indivi­duel, le libre et le déterminé, la cité de Dieu et la cité de César !

 

Logique trinaire des Évangiles. Seule logique qui peut nous faire retrouver l'harmonie et le bonheur de vivre !

 

                                                                 ***

 

Loi générale : toutes les doctrines qui rompent avec la logique chrétienne se retournent contre leur propre but, puisqu'un extrême appelle l'autre extrême.

 

Doctrines qui prennent la Souffrance par les cheveux et la lancent d'un mur à l'autre à tra­vers deux cents ans !

 

Catastrophe de l'Occident déchristianisé : parti en un « élan sublime » pour la liberté, l'éga­lité et la fraternité, il trébuche et se casse le nez sur l'esclavage, l'inégalité et la haine. « En séparant la fraternité de la charité chré­tienne, la démocratie, loin d'être un progrès, constitue un recul effarant pour la civilisation » (saint Pie X, Lettre sur le Sillon).

 

L'homme sur qui pourrait briller encore un reflet de la lumière divine est disparu : ce n'est plus l'homme personnel en chair et en os, c'est l'homme collectif sans âme et sans visage... C'est la masse, c'est le nombre ! Dont on proclame les « Droits » — aussitôt méprisés ! Dont on pro­clame la « liberté » — aussitôt foulée aux pieds ! Quel enchantement d'assurer ainsi le bonheur des gens, de les faire vivre des jours filés d'or et de soie !

 

Culte de la Raison : « Notre Mère qui êtes sur la Terre ! » Que nous a-t-elle donné ? Elle nous offre à présent le matérialisme dialectique du marxisme, châtiment inéluctable du capita­lisme : « Réalisation parfaite de tout ce que la démocratie et le capitalisme contiennent en puis­sance bien que pas encore en acte » (Malynsky). Gog et Magog ! Père et fils ! Malheur sur malheur !

 

Et c'est, à l'heure présente, en effet, le double malheur des hommes : écrasés par une poignée de potentats hypocrites en Occident, cyniques en Orient.

 

 « La dictature n'est qu'une démocratie en­ragée... »

 

Pour rendre aux peuples la joie de vivre, on ne peut donc lutter sous la bannière des démo­craties ; et encore moins sous la bannière de la nouvelle religion d'Orient : elle est née de l'accouplement de la Raison Laïque et du Veau d'Or. Joli couple...

 

Elle exalte même les vices de ses parents : la Raison méprise ici tout amour comme une fai­blesse ; et le Veau d'Or, peint en rouge, devient capital d'État, maître sanguinaire, dieu honoré par des millions de fidèles avilis, dévalués, sacri­fiés !

 

Le marxisme : la doctrine du Malheur absolu et total.

 

On ne supprime pas l'absolu, on le déplace ; hier, c'était « les droits de l'Homme », aujour­d'hui, « les droits de l'État »... tous ces « abso­lus » dans lesquels les partis politiques vivent depuis cent ans et qui ont causé tant de ravages !

 

Car si le pouvoir ne vient pas de Dieu mais des hommes, on arrive au cri de Danton : « Nous ne pouvons gouverner qu'en faisant peur ! » D'où la Terreur et les effroyables massacres de toutes les révolutions.

 

La déesse Raison prend un caractère de plus en plus sinistre à mesure qu'elle s'enfonce vers l'Est. La Russie de 1917 fut l'exaltation de la France de 1793, et la Chine actuelle dépasse en horreur tout ce qui s'est passé en Russie.

 

Comment expliquer que les promesses de 1793 vivent encore dans l'esprit du peuple français, lorsque chaque fois qu'elles furent mises à l'épreuve, elles se révélèrent toujours décevantes et se changèrent même rythmiquement en un enfer insupportable ? (De l'affermissement des Bourbons à la Révolution, le territoire fut inviolé. A partir de la Révolution, incur­sions de plus en plus graves : 1792, 1814, 1815, 1870, 1914, 1940, 1945... L'Invasion prochaine sera définitive si aucune rénovation n'intervient. Cela est voulu par un régime que la France a reçu de son Ennemi, la maçon­nique Angleterre, qui lui a imposé le culte de la déesse Raison, la violation la plus grave de la nature humaine.).

 

Pourquoi après quinze Constitutions invi­vables, la République laïque, proclamée une fois de plus en 1958, menace ruine en si peu de temps ? Pourquoi le peuple français ne voit rien, ne comprend rien à cette ruine ?

 

Parce que le culte de la Raison, s'en prenant à l'Église et à la Monarchie, à cause de son intime union avec elle, a ruiné l'intelligence vive de ce peuple, de ce pauvre peuple de France qui s'y est laissé envoûter et priver de cette logique chré­tienne à trois dimensions qui fit ses institutions, sa force et son rayonnement dans le monde.

 

Il faut bien croire que les Français, en reniant la Croix, ont perdu leur faculté de raisonner, de relier les causes à leurs effets : n'ont-ils pas reçu avec de pieuses acclamations — et deux fois en quinze ans ! — le régime qui fut la cause des désastres de leur pays ? Ne continuent-ils pas à se laisser mener vers d'autres désastres par les trois Internationales, la maçonnique et ses succursales, la socialiste et la marxiste ?

 

On mesure le degré d'hébétude du Français moyen à son incapacité de voir l'ombre de Luci­fer se profiler derrière les princes qui le gou­vernent.

 

La haine du Christ, et donc de la Fille aînée de l'Église, reste quel que soit le matricule de la République.

 

L'anticatholicisme est le fond véritable de l'esprit jacobin : extirper à long terme la Croix en faisant de la religion chose privée, en deçà de la société, hors de l'État ! Tel est le plan, aussi certain, mais moins avoué que celui de l'État soviétique en face du christianisme...

 

Dieu de poche : on le sort à la maison, on le rentre honteusement au forum.

 

Les hommes de la Révolution tiennent captive l'âme chrétienne de la France et la plongent dans une puante correction et une incertitude perpétuelle.

(Depuis le scandale de Panama, l'histoire des Répu­bliques n'est qu'une chaîne ininterrompue de scandales qui éclatent comme des abcès.)

 

« Écartant Dieu, l'État s'érige en source des droits de l'homme. C'est un renversement de l'ordre voulu de Dieu, qui conduit au désordre et à la guerre.» (Pie XII, 28 août 1947). Cela est vrai pour la France à partir de 1789 et encore plus depuis qu'elle a introduit le mot « laïque » dans la Constitution du 27 octobre 1946 : elle n'a pas cessé d'être en guerre, de perdre par lambeaux son Empire et de se diriger vers de nouveaux malheurs.

 

Coups de sonde dans l'abîme : pêche aux monstres qui enlacent sous les eaux glauques, la Fille aînée du Christ, la Bergère des nations...

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 19:04

DÉRÈGLEMENTS CATASTROPHIQUES DE LA NATURE HUMAINE

CHAPITRE I   RÈGNE DE LA CHAIR     (Deuxième Partie)

 

L'homme qui se recueille paraîtra bientôt si fabuleux qu'on doutera qu'il ait jamais existé !...

 

Le but secret de notre civilisation luciférienne est de détruire les âmes en les lançant et en les éparpillant sur leur périphérie. Et pourquoi donc ? Parce que le Christ vit en chacune, au centre de l'âme de chacun ! Il faut à tout prix les empêcher de l'atteindre et de connaître la sérénité et le bonheur.

 

Nous avons affaire  avec  un  monde  angoissé d'avoir bu le philtre de la Bête.

 

Il paraît que « le mal dont nous souffrons con­siste dans les difficultés d'un monde matériel­lement injuste ». Pour le rendre juste et faire disparaître le mal dont nous souffrons, on peut faire confiance à nos « guides rayonnants », aux Malraux et aux Sartre, et, bien sûr, pour rien au monde, à l'école où l'on parle de Dieu...

 

Qui nous débarrassera des dangereuses niaise­ries des athées, de leurs préjugés puérils, de leur orgueilleuse ignorance ? Quand compren­dront-ils que l'esprit qu'ils nient est, non seule­ment une réalité, mais la réalité par excellence dont dépendent l'équilibre et le bonheur des humains !

 

Un monde qui rejette Dieu se condamne au malheur. Il ne peut résister à Dieu et avoir la paix de l'âme. Il peut s'étourdir, mais pas longtemps ; la « belle époque » ne s'est-elle pas noyée dans des flots de sang ? Et depuis, cela continue.

 

Il est plus que temps d'affirmer l'erreur de notre civilisation : séparer l'éternel et le tempo­rel, le moi et l'âme, la plus perfide des entrepri­ses à laquelle les chrétiens se soient prêtés depuis l'Incarnation qui, précisément, unit l'éternel au temporel, le moi à l'âme. (Elle s'est exprimée par la séparation de l'Église et de l'État.)

 

Cette séparation, qui est à peu près univer­selle, fut provoquée, et l'est encore, par l'igno­rance de la nature humaine et de son origine sur­naturelle ; elle devait faire naître un monde très dur, très âpre et très amer.

 

                                                           ***

Concevoir aujourd'hui une action désintéres­sée pour une cause qui dépasse la vie humaine... quel scandale ! Des hommes qui ne se pourvoi­raient pas d'un « job » dans le but unique de gagner de l'argent... inouï ! Écrire un livre qui prône la joie que donnent l'abnégation et le ser­vice... mais vous mènerez votre éditeur à la fail­lite ! Exalter encore la mission du soldat et du prêtre, leur rôle civilisateur, les affinités de dévouement et de sacrifice de ces deux épouvantails : « le sabre et le goupillon », convenir qu'ils sont les derniers survivants d'une époque où des hommes vivaient dans la joie en contact avec ce qui les dépasse, la patrie et la foi... mais vous serez considéré comme un « pauvre arriéré », un « intégriste », un « ultra » !

 

Nous sommes dans une époque de régression et de sauvagerie singulières, où la force et la ruse cruelle s'émancipent de plus en plus des mœurs adoucies par le christianisme. La violence joue à plein, joue à cru, sur l'homme « libéré des vieilles entraves »... Pauvre homme qui se croit libre et qui est enchaîné par les fers des pires instincts viscéraux... Fatum inexorable qui fait de l'homme un jouet !... Voilà une belle émanci­pation de l'esprit humain !... Et les milieux « catholiques » démangés par un snobisme effer­vescent d'« être dans le mouvement » tombent dans tous ces panneaux !

 

L'amour de Dieu et l'amour de la chair sont comme deux poids dans les plateaux d'une balance : l'un ne peut monter sans que l'autre descende.

 

Et où mène-t-il l'amour de la chair ? Regardez l'homme contemporain : écrasé par l'idole qu'il adore, il est devenu serf en Orient, il s'est enlisé dans le « standard » et a perdu toute joie de vivre en Occident.

 

Faut-il s'étonner que dans une telle vie sans horizon, l'alcool, les drogues et toutes les fausses évasions attirent les foules ?

 

Il est aisé de comprendre que l'Anxiété court les rues, car l'homme, aussi avili qu'il soit, sent que sa destinée n'est pas toute entière de pro­duire, de consommer et de s'étourdir.

                                                          ***

 

La tâche d'un véritable médecin des âmes est de ramener le centre de gravité vers l'intérieur, de montrer aux anxieux ce qu'il y a de vain et d'infantile dans l'agitation et cet espoir de trou­ver un appui dans le monde de la périphérie, et de les guérir de la tarentule de la Chair.

 

Hélas, nous en sommes loin ! Abêtis par le matérialisme de la Faculté, nos psychiatres igno­rent Psyché ! Ils sourient même au seul mot « âme ». Ils pensent qu'elle n'existe pas ou, si elle existe, elle n'est qu'un « épiphénomène »... Le corps : seule réalité qui existe...

 

Cette fidélité aux préjugés puérils du XIXe siècle est curieuse et ne peut s'expliquer que par un tenace délire collectif, organisé et sys­tématisé de main de maître...

 

La psychologie actuelle nous déçoit rarement sous le rapport de sa parfaite ignorance de l'âme humaine ; et nos contemporains, marchant plus que jamais sur la tête, avalent sans broncher ses renversantes contre vérités.

 

M. le médecin-chef du Centre psychiatrique de Sainte-Anne (Pauvre sainte ! Que cherche-t-elle dans cette galère ?), n'écrivait-il pas récemment : « La psychologie, simple portion de la biolo­gie » (Dr Paul Guiraud : «Psychiatrie générale». Ed. Le François, p. 305. Remarquez que ce livre fut écrit en 1950 ; donc, après les livres de Bergson et les admi­rables- travaux d'Alexis Carrel !). Ne s'élève-t-il pas avec vigueur contre M. Baruk qui prétend que « la conscience morale est l'élément le plus profond de la nature humai­ne ». « Cette attitude, écrivait-il aussi,  a la page 539, est anthropologique et moraliste, mais non biologique ».

 

Point de morale pour soigner le moral ! Du bio­logique ! Du Charnel ! Tout nu ! Tout pur ! Sans mélange ! Montrer et démontrer son importance capitale ! Et, grands dieux, pas de théologiens ni de moralistes en psychiatrie ! « Il s'agit là d'un mode de pensée assez archaïque mais solide­ment inscrit dans le système nerveux et qui peut ressurgir dans certaines circonstances pathologiques » (Op. cit. p. 540.).

 

Voilà nos guides ! Monu­mental ! Le sens moral n'apparaît plus que « dans certaines circonstances pathologiques » ! Voulez-vous qu'il n'y ait plus d'anxieux ? Détrui­sons le sens moral ! Retournons à l'état animal.

 

Ce sens pénible, qui trouble tant les humains, apparaît encore Intolérable ! Certaines âmes peuvent encore découvrir la cause de leur anxiété : le sens moral insatisfait, — et tout compromettre ! Pensez un peu : si l'anxieux aboutissait au repentir ? S'il guérissait ? Voilà le danger à éviter ! Si les âmes éprouvaient la nécessité de la confession et — chose affreuse ! — de la communion ! Redoutable déci­sion ! Il faut en prendre des précautions...

 

C'est Freud, en premier, qui a tiré le signal d'alarme : remplaçons la confession !

 

Toute la tambouille de la mystique du Charnel vient à la rescousse pour défendre les anxieux contre ceux qui peuvent les guérir...

 

Il faut, avant tout, engourdir les âmes et veiller à ne pas réveiller le sens moral, ce rayon divin qui est en nous et qui remue au plus intime de l'âme pour la rappeler à l'ordre ; qui surgit et murmure sa désapprobation : reproche vivant qui s'adresse à l'existence aberrante, à l'âme qui a rompu avec son moi profond et qui, sans raci­nes, est à la merci de toutes les tempêtes, de tous les déchirements ; une âme malheureuse...

 

Et c'est, sans doute, pourquoi les médecins modernes de l'âme nous conseillent de ne jamais parler de Dieu ou de religion... Car si ces âmes guérissaient, à quoi s'emploieraient nos psychanalystes ? Si les milliers de maisons de santé se vidaient ! Diantre ! Rien qu'à l'idée on est pétrifié !

 

Il vaut mieux en rire que d'en pleurer, les larmes n'arrangent pas grande chose. Mais com­ment ose-t-on parler, en ce monde, de bonheur ?

 

Faisons-le quand même :

Le sens moral se signale par le sentiment péni­ble de sa violation et par le sentiment de paix radieuse de son affirmation.

 

Le sens moral peut, certes, disparaître de la pensée consciente, mais sa permanence est cause des anxiétés. D'ailleurs, le nombre croissant d'anxieux prouve qu'il est toujours là, dans les profondeurs de l'âme. Il prouve que le moi humain, Dieu en nous, bien que refoulé, conti­nue à nous envoyer des signaux.

 

Avant de finir ce chapitre où il s'agit du règne de la chair, c'est-à-dire, d'un renversement et de la violation de la nature humaine (il y en a d'autres) je donnerai, en première ébauche, une définition du bonheur.

 

Le bonheur consiste à conformer son existence à l'essence. L’essence est au sommet de l'âme de chacun et ne l'abandonne jamais : si on ne abandonnais pas, elle ne laisserais jamais l'âme en paix.

 

Le bonheur ne consiste pas à jouir à tout prix, mais à s'élever jusqu'à la pointe de son âme, là où l'on connaît la joie qui ne dépend plus du monde mais de soi.

 

Quand il y a accord entre ce que l'homme est et ce qu'il doit être pour l'éternité, il y a bonheur. Et il y a malheur quand les deux réalités ne s'ac­cordent pas.

 

Il ne s'agit nullement, comme le pensait Freud, de se mettre en accord avec la bête qui est en nous et non plus avec l'ange, comme le pensait Bouddha, et repousser le monde comme une pure illusion ; il s'agit de les hiérarchiser et d'en faire un tout harmonieux.

 

L'Europe, jusqu'à la Révolution, a tendu à réa­liser le canon humain : aimer connaître sentir. A partir de la Révolution, la ruine du canon humain, son inversion radicale (sentir connaître aimer !) se poursuivit dans tous les domaines.

 

Cela a donné la primauté de l'économique, puis la recherche scientifique appliquée à la vie pratique   et, au plus bas, les questions religieuses et morales.

 

Il y a deux sortes de révoltes : une mauvaise, celle du libertaire, négateur de l'ordre de l'uni­vers ; en fait, une révolte de l'homme contre lui-même, contre l'ordre immanent de sa propre nature ; elle a conduit au déséquilibre contempo­rain. Il y a aussi une bonne révolte, celle de l'homme qui se voit contraint d'affronter un milieu qui renverse l'ordre humain : il doit tout faire pour restaurer la hiérarchie naturelle — esprit, âme, corps — et qui doit correspondre à la hiérarchie des institutions : la vie religieuse en premier lieu, la vie morale et intellectuelle en second, et enfin, la vie économique : seul et unique moyen pour rendre possible le bonheur des humains.

 

Ce qui marque notre époque, ce n'est pas tant le dérèglement des mœurs que le désordre provo­qué par les institutions et les lois de la cité.

 

La bonne révolte : désobéir aux hommes en obéissant à Dieu ! ! !

 

Qui veut la fin veut les moyens : qui connaît la fin surnaturelle de l'homme ne peut accepter une société qui s'y oppose.

 

(Note) « L'Antéchrist, pour nous, c'est tons ceux — quels qu'ils soient — qui en tiennent pour une société contre Dieu ou même simplement sans Dieu. Et celui qui s'allie à eux ou leur tend la main, obéit à l'Antéchrist et sans le savoir lui prépare la voie » (Card. Ottaviani, Fête de 1« conversion de saint Paul, 1959. — Cf. Pensée Catholique, n? 59, p. 23-p. 26).

 

Homme : avoir la tête au ciel et les pieds sur terre : si l'un des appuis manque, il bascule. Mais la fuite par en haut est plus grave que la chute. C'est pourquoi on peut plus facilement sauver une brute qu'un ratiocineur. Les peaux épaisses sont moins dangereuses que les cer­velles enfumées. Nous verrons ça dans le prochain chapitre.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 22:55

DÉRÈGLEMENTS CATASTROPHIQUES DE LA NATURE HUMAINE

CHAPITRE I   RÈGNE DE LA CHAIR     (Première Partie)

Dans le chapitre précédent, j'ai signalé que l'âme qui a refoulé son centre, mettra l'accent sur le « sentir » ou sur le « connaître ». Je m'in­téresserai ici au premier cas.

 

L'âme, coupée de ses racines célestes, devait fatalement s'attacher à ses racines terrestres. Attachement qui engendrera des glissades, des éboulements, des retournements...

 

L'irréligion a altéré profondément la structure de la Psyché humaine : la « chair » (dans le sens paulinien) a tout envahi, elle fait vivre la pau­vre Psyché «cul par-dessus tête», — et ce n'est pas une position bien commode... (Ah mon Dieu ! Comme c'est vulgaire ! Comme j'écris mal ! Je sais, je ne suis pas un styliste, j'aime mieux dire la vérité à 1'emporte-pièce ! Et tant pis pour le style !)

 

Marx, n'a-t-il pas défini l'homme par le ventre et Freud, par le bas-ventre ?

( Ce n'est pas en vain que Dieu a laissé dans le monde, comme témoin de l'infidélité, le peuple juif ; et qu'il lui permet, dans la mesure de nos crimes, de nous entraî­ner dans le sillon de ses mirages catastrophiques, mirages d'ordre scientifique, politique ou psychologique : Darwin, Marx, Freud...)

 

Et font-ils autre chose, nos fameux psychia­tres, quand ils confondent psychologique et bio­logique ?

 

Pour ces gens-là, le moral n'est-il pas devenu de l'humoral ?

 

Certes, ils constatent un état actuel, mais con­fondre l'anormal avec le normal, l'ériger en loi universelle, faire de l'âme une simple émanation du corps... il me semble qu'ils exagèrent un petit peu... Où si l'on veut, pour parler en argot philo­sophique, ils « extrapolent ».

 

Le malaise contemporain provient d'une chute de l'énergie spécifiquement religieuse qui fut portée sur le dernier palier de la nature humai­ne : le «sentir». Si elle était maintenue à sa place, en hauteur, elle rayonnerait sur l'âme entière et la rassemblerait dans l'unité et l'har­monie. Mais quand cette énergie est arrachée à son foyer et projetée au plus bas des paliers de l'âme, elle fait naître des incubes et des succubes, des « dadas », des utopies, des engouements vio­lents. Tous ces faux dieux — le Sexe, l'Argent, l'Économique, etc. — détournent, pillent, spo­lient l'énergie religieuse... Et, ce faisant, ils engendrent les dérèglements catastrophiques des temps présents.

 

Les faux absolus attirent l'âme d'où l'on a chassé Dieu, comme le vide attire l'air. Et ce n'est pas l'air des montagnes, c'est l'air croupis­sant des souterrains qui s'y engouffre...

 

Je fais observer, dès maintenant, que la primauté du « sentir » est une inversion aux réso­nances incalculables, en faisant naître une vision du monde, des hommes et des choses à l'envers. Les bas-fonds deviennent des sommets et les sommets s'enfoncent dans la boue. Les âmes, vivant dans les pénombres de la « chair », sont annihilées : elles tourbillonnent en un immense manège fouetté par le Prince de toutes les âmes déboussolées....

Et voici l'homme occidental : succession de pensées sans liens ; adhésions superficielles et momentanées ; une âme qui croit et ne croit pas, se caresse et se bat, accueillant les impulsions, ne s'attachant à rien, demandant toujours du nouveau...

 

Qu'en sortira-t-il de cette âme privée de son centre stable et sans Dieu ? Un fait divers — entre mille — va nous répondre : un « blouson noir » tue un de ses camarades. Sans émotion ni regret, il reconnaît avoir tué son ami : « Marcel était un chic copain, il ne m'avait jamais rien fait de mal, je ne sais pas ce qui m'a pris »... Beau fruit de l'école laïque : âme sans centre, âme prête à accueillir les impulsions les plus mor­bides sans pouvoir les contrôler... Et, je le répète, ce n'est pas une exception : ces jeunes hommes, vous les rencontrerez partout aujourd'hui, en Angleterre, en France, en Suède, en Norvège, en Allemagne, en Amérique... Vous les rencontrerez dans la rue, dans le métro, chez vous-même, dans votre maison : votre enfant sorti de l'école sans Dieu est atteint : il subit le même déséquilibre et connaîtra donc le même malheur...

 

Et cette école sans Dieu qui désarçonne les âmes ne suffit pas : le rut, le vice, l'assassinat, ne sont-ils pas joliment caressés dans les livres, les revues, la radio, les cinémas ?

 

Le problème des « tricheurs », ce n'est pas tant leur amoralisme, lequel n'est qu'un effet ; la cause, c'est le vide de leur cœur que n'arrive à combler aucune foi ; c'est bien ce vide qu'ils vou­draient combler et qui les pousse aux pires excès.

 

La société surveille les dents, les yeux, les pou­mons de l'enfant, enfin tout son corps ; on l'oblige à l'aérer, à faire du sport, mais elle ne cherche pas à savoir si son milieu moral et spiri­tuel est ce qu'il doit être ; il faudra pour cela une totale contre-révolution.

 

Car il ne s'agit même plus de meurtres pas­sionnels, c'est pire : il s'agit d'un vertige d'in­conscience. On n'est plus « le père de ses actes » comme disait Aristote. A notre époque où l'on ne parle que de « prise de conscience », on voit s'épaissir de plus en plus l'obscurcissement des consciences ! Il s'agit du règne aveugle des instincts déréglés, de la primauté de la périphé­rie de l'âme où il n'y a pas — ne peut pas y avoir ! — de bien et de mal : sans le centre de l'âme, le seul qui embrasse la succession, on ne peut ni juger ni comparer : le crime est nor­mal. (Voilà le conseil qui mène au crime : « Soyez bon ou mauvais, c'est égal, mais avec franchise ! » Non, soyez bon, même si cela vous coûte ! Aujourd'hui la SINCE­RITE justifie tout ! Or, il faut dire le juste et le vrai, même si l'on se ment à soi-même ! Voyez saint Paul : « Fais ce que je dis et non ce que je fais ! ! ! ».

Ah je sais ! J'ai le tort de m'exprimer rudement, mais la charité ne consiste pas à faire plaisir, mais à faire le bien ; et faire le bien c'est d'abord dénoncer le mal : n'est-il pas charitable de cautériser au fer rouge un membre pour sauver le corps ? Mais on ose à peine aujourd'hui réclamer pour la vérité les mêmes droits que l'on accorde à l'erreur !)

 

Il s'agit de l'indulgence envers le meurtre ; du bon marché de la vie humaine et, en effet, que vaut-elle si Dieu n'est pas en elle ? Aboutisse­ment logique des « droits de l'homme » sans les « Droits de Dieu »... L'anthropophagie laïque, gratuite et obligatoire !

 

Ce n'est plus Jésus, c'est Satan qui dit : « Lais­sez venir à moi les petits enfants... Venez dans mes bras, laissez-vous attirer par mon abîme. Vous tous, enfants du monde, soyez élevés dans mon culte ! Amen ! »

 

Et surtout que Dieu vous garde de rappeler les paroles de Pie XI : « Faute d'être un temple, l'école laïque devient une tanière ». Eh oui, une pondeuse de gens de sac et de corde !

 

Et pourquoi punirait-on les crimes ? Ne fau­drait-il pas fonder « La société de protection des criminels » ? Un film célèbre ne proclame-t-il pas que « Nous sommes tous des assassins » ! Et alors, pourquoi se gêner de tuer ? Et pourquoi interner les assassins, je vous le demande ?

 

Un monde qui a oublié de « s'interner » lui-même, de creuser son âme et d'atteindre Dieu, ne faudrait-il pas qu'il aboutisse à l'inter­nement forcé du marxisme, qu'il vive en une société devenue une immense prison et qu'il soit enfin écrasé par le règne total de la «. CHAIR » !

 

                                                              ***

 

J'ai indiqué, dans la première partie de ce livre, que l'essence humaine se développe au cours de l'existence en sens inverse, en commen­çant par le plus bas de ses paliers. En ce cha­pitre où il s'agit du règne de la chair, je dois approfondir cette question.

 

En vérité, l'âme qui naît s'adapte aux lois de la chair : elle se morcelle et s'abîme en naissant... L'enfant pleure et rit, craint et désire, aime et hait, sans la moindre continuité. État de flotte­ment et de ruptures. L'âme vit dans l'instanta­néité ; elle ne se rappelle pas l'état précédent : le moi n'est pas encore incorporé, aucune force n'est là pour embrasser la succession. Ce qui explique qu'il ne faut pas chercher des phéno­mènes de continuité et de liberté dans les âmes de nos contemporains, mais de perpétuelles amnésies, (Cela explique aussi le mépris actuel pour tout ce qui est passé et tradition. Or, plus une nation plonge ses racines dans le passé et plus elle s'élance avec force vers l'avenir. Et le peuple français est un peuple privé de son histoire ! Son vrai patrimoine moral, l'histoire de ses saints, de ses rois, de ses héros, l'expansion spirituelle de la France du moyen âge est ignorée par les manuels scolaires. Ce peuple, maintenu à l'écart de son passé, subit en outre, des passes magnétiques destinées à l'en­dormir ; de temps en temps, il se réveille (dernièrement hors de la métropole) mais les passes redoublent et le voilà rendormi... Mais je ne le suis pas et je ne peux donc mettre en balance dix-huit siècles de sagesse qui firent la France avec deux siècles de folies qui l'ont démolie.), âmes qui virent et qui chavirent...

 

On verra le politicien oublier ce qu'il a dit la veille, des hommes d'État proclamant, par exem­ple, que « l'Algérie est française à jamais »... et la mettre au vote peu après... On verra des savants oubliant l'expérience d'Hiroshima, des religieux oubliant le Dogme et «témoigner chré­tiennement» pour le marxisme ; on verra des Prix Nobel dédicacer leurs livres aux ennemis de leur patrie et ensuite affirmer qu'ils ont toujours « résisté » aux mêmes ennemis ; on verra des écrivains chanter la gloire d'un chef d'État et, peu après, en faire autant, pour celui qui l'a laissé mourir en prison... Ce sont là des baga­telles, de petits exemples — nous en verrons d'autres dans cet ouvrage — il s'agit de com­prendre pourquoi il n'y a plus de caractères en ce monde dominé par ce qu'il y a de plus super­ficiel dans l'âme humaine : le sensible ; pourquoi il n'y a plus d'êtres capables de se déterminer eux-mêmes et non par les « conjonctures » ; pourquoi il n'y a plus d'hommes qui connaissent la joie profonde d'être en paix avec eux-mêmes, d'être fidèles à eux-mêmes !

 

Les volte-face de l'élite actuelle sont la marque d'une déliquescence de l'humain envahi par la « Chair » (Je rappelle encore que je comprends par ce terme le plan sensible, tout ce qui vient du monde extérieur.). Plus de force qui puisse résister au milieu ambiant. Quand le Divin rayon s'éteint dans les âmes, elles suivent « le sens de l'histoire » comme de légères bar­ques sans gouvernail, au gré des vents de leurs petits intérêts momentanés... Âmes sur le qui-vive qui sont loin de connaître la sérénité qui pré­lude au bonheur.

 

La stabilité est une notion qui dépasse l'enten­dement actuel.

 

Un autre aspect du monde contemporain est la soif de sensations ; la soif du « cirque », si bien connue des romains de la décadence, et qui a accaparé presque toute la vie moderne : spec­tacles, cinémas, courses de chevaux, d'automo­biles, de motos; fêtes, salons, expositions, journaux, revues où les photos dévorent les textes... Tout cela, c'est du sensoriel, du charnel !

 

L'homme qui se recueille paraîtra bientôt si fabuleux qu'on doutera qu'il ait jamais existé !

 

Le but secret de notre civilisation luciférienne est de détruire les âmes en les lançant et en les éparpillant sur leur périphérie. Et pourquoi donc ? Parce que le Christ vit en chacune, au centre de l'âme de chacun ! Il faut à tout prix les empêcher de l'atteindre et de connaître la sérénité et le bonheur.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

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