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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 08:47

L'ordre n'est pas, à proprement parler, une vertu, mais il contribue puissamment à l'entretien des vertus, à leur pratique soutenue,  ainsi qu'à l'accomplissement de tous les devoirs. Il est l'auxiliaire indispensable de la ré­gularité. N'avoir pas d'ordre, c'est un défaut, et un grave défaut.

 

Cependant le nombre de ceux qui ont de l'ordre est petit ! En avez-vous ? Toute votre conduite est-elle réglée ? Agissez-vous toujours selon les principes et selon l'ordre ? Ne suivez-vous pas trop habituellement vos im­pressions, vos caprices ?

 

Il faut avoir de l'ordre, il faut en avoir beaucoup. On y gagne de toutes les façons, et notamment pour la piété.

 

En quoi devez-vous mettre de l'ordre ?

Vous devez en mettre dans votre intérieur et dans votre extérieur, c'est-à-dire que vous devez régler tout ce qui re­garde votre âme et tout ce qui regarde votre corps.

 

L'âme a des pensées, des affections, des désirs. Quelles sont vos pensées ? Vous en avez beaucoup ? Sont-elles toujours selon l'ordre moral, c'est-à-dire selon Dieu ? Quel chaos que celui d'un esprit dont les pensées n'ont aucune règle ! Jusqu'où ne peut-on pas aller quand on ne met pas d'ordre dans ses pensées ?

 

Et à quoi donc faut-il penser ? Il faut penser à Dieu d'abord ; après Dieu vient la famille ; après la famille, les relations honnêtes et légitimes, et enfin toutes les occupations de la vie. Voilà l'ordre des pensées.

 

Malheur à qui trouble cet ordre: il s'expose à tous les écarts de l'esprit! Réglez bien votre imagination, cher lecteur ou chère lectrice, réglez-la dès maintenant, car, en la laissant se développer sans retenue, il arrive un jour où elle devient la maîtresse et où il n'est plus possible de la dominer.

 

Quelles sont vos affections ? C'est-à-dire, où en est votre cœur ?

Le cœur est tout ce qu'il y a de plus difficile à régler. Si vous n'y faites pas une sérieuse attention, votre cœur deviendra pour vous la  source  des plus  amers  chagrins.

 

Quel est l'ordre  des  affections  du  cœur ? Le cœur doit suivre l'esprit ; où vont les pensées, là doi­vent aller les affections. Ainsi Dieu est au premier rang, à lui le suprême amour. En second lieu, il faut aimer les siens, son père et sa mère, ses frères et ses sœurs ; nos amies, si intimes qu'elles soient, ne peuvent prendre place dans notre cœur qu'après la famille. Toute affection qui ne suit pas cette marche est une affection désordonnée.

 

Ah ! Si vous saviez, ce qu'il en a coûté à une foule de jeunes filles pour n'avoir pas su donner à leur cœur cette direction ! Elles ont laissé grandir des sen­timents qui sont devenus des passions, qui ont arraché à leurs mères des torrents de larmes, et qui leur ont apporté à elles-mêmes les plus cruels regrets.

 

Mettez de l'ordre, et le plus d'ordre possible, dans les affections de votre cœur. Il faut en mettre aussi dans vos désirs.

 

On rencontre des personnes dont toute la vie se consume en désirs. Elles rêvent mille chimères ; elles se bercent de mille espérances. Oh ! Si elles avaient ceci, si elles avaient cela, que ne feraient-elles pas ? Et elles soupirent ; elles demandent, elles cherchent. Leurs désirs les poursuivent partout, jus­que dans leur sommeil.

 

Voyez-vous cette jeune personne qui vous paraît toujours si sombre et si triste ? Qu'a-t-elle donc qui la tourmente ? Elle est en proie à la maladie des désirs. Elle ne sait pas les régler ; elle se livre à leur entraînement, à leur folie. Et, comme jamais elle n'arrive à en réaliser un seul, elle se la­mente, elle se trouve la plus malheureuse des créatures. Ne lui ressemblez pas !

 

Que faut-il donc désirer ? Il faut désirer ce que Dieu veut, ce qui peut être utile pour notre bien et pour le bien des autres. Tout autre désir est insensé.

 

Qu'une femme serait heureuse si elle mettait ainsi tout en ordre dans son âme ! Ccomme elle serait plus calme ! Comme elle se posséderait davantage ! Qu'elle éviterait de fautes et de déceptions !

 

Mais il faut aussi régler les choses extérieures. On doit avoir de l'ordre dans ses regards, dans ses paroles, dans ses actions.

 

Tous vos regards sont-ils réglés ? Il y a des choses mau­vaises à voir, il y en a de dangereuses, il y en a d'indifférentes ; et enfin il y en a de bonnes et d'honnêtes. Ici l'ordre a une importance capitale. Détournez-vous toujours les yeux des choses qu'il ne faut pas voir ? Prenez-vous des précau­tions pour celles qui offrent un certain danger ? Et, par rapport aux autres, y mettez-vous encore de la réserve et de la mortification ? Un regard suffît pour ébranler l'âme et pour la perdre.

Toutes vos paroles sont-elles aussi dans l'ordre ? On a dit que celui qui ne pèche pas par la langue est parfait. Pouvez-vous vous rendre le témoignage de régler toujours votre langue ?

 

On parle avec légèreté, avec entraînement, et on se repent ensuite de ce que l'on a dit : on a offensé Dieu, on a blessé le prochain, on a semé la division, on a peut-être allumé la colère et la haine.

 

Que de mal on peut faire par ses paroles si on ne les rè­gle pas !

Veillez sur les vôtres, soyez attentive, soyez prudente. Ne dites pas tout ce qui vous vient à l'es­prit ; mais pesez auparavant la valeur et l'importance de vos paroles.

 

On estime, par-dessus tout, une personne dont toutes les conversations sont dignes et convenables.

 

Enfin, toutes les actions de vos journées sont-elles faites avec ordre et selon Dieu ?

 

Vous levez-vous et  vous couchez-vous à une heure fixe ? Travaillez-vous, priez-vous, sortez-vous, faites-vous toutes choses à des moments déterminés, et non quand cela vous plaît, quand vous en avez l'idée, selon votre goût, selon votre fantaisie ?

 

Vous ne sauriez imaginer tout ce que l'on peut réaliser quand on sait parfaitement régler sa vie.

 

Mais il faudrait tout un livre pour traiter convenablement un tel sujet, pour énumérer les abus d'une vie mal réglée et démontrer les immenses avantages de celle qui est soumise exactement à une règle !

( L'abbé chevojon.)

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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