Jésus est par excellence celui qui a aimé en souffrant. Après avoir épuisé le contenu douloureux d'un cœur d'homme, il a voulu que la lance nous ouvrît ce cœur uni à la Divinité, pour que le fond infini nous apparût, après les manifestations finies de sa tendresse.
Catherine de Sienne ne peut se lasser de ruminer ce thème : l'amour, le sang, l'homme et Dieu formant un mélange où l'âme se perd de confusion et d'extase. « La douleur fut faite divine, dit-elle, quand le sang du Fils unique fut pétri et comme mêlé avec la nature divine par le feu de la divine charité, qui fut le lien qui le tint attaché et cloué à la croix. »
Oh! La croix! La croix chargée d'amour, ruisselante du sang glorieux et inondée de lumière céleste, quel talisman des douleurs, et quel appui pour les forces humaines qui déclinent! Quelle gloire pour notre humanité! La petite terre est plus grande que tous les astres, si en elle seule a été planté ce que Paul Claudel appelle « l'Eden de la croix », si sur elle seule se dressent l'hostie et le calice, où l'amour et le sang chantent encore et toujours la Divinité.
Anatole France écrivait : « La terre n'est qu'un grain de sable dans le désert infini des mondes, mais si on ne souffre que sur la terre, elle est plus grande que tout le reste du monde. » C'est vrai. Ce n'est vrai cependant que par la croix; car cela seul est grand que Dieu estime et que Dieu aime, et Dieu n'aime les corps souffrants, les âmes douloureuses, les familles en deuil ou les patries qui saignent qu'à travers son Église, à travers la Sainte Famille, à travers l'âme et le corps du Premier-né humain.
Rien ne vaut, en la souffrance, que ce qu'elle a de divin dans sa source, dans ses motifs, dans son inspiration chrétienne, dans sa fin. C'est la leçon de tout homme éprouvé, alors qu'il serait tenté d'orgueil stoïque, ou surtout de découragement et de rancœur.
Quand vous souffrez, faites une croix; approchez, plutôt, la croix du Christ, la croix fraternelle. Couchez-y pieusement vos membres; reposez là votre cœur, ou votre esprit troublé, ou votre conscience inquiète.
Tenez-vous proche du cœur divin aux indicibles battements. Prenez le rythme. Écoutez le commentaire et la sublime suggestion qui apaise : « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains. » Il dit cela pour la mort; dites-le aussi pour la vie. Je te remets mon esprit, Père. A toi le jugement; à toi le gouvernement; à moi la soumission confiante. Je ne comprends pas : je n'ai pas besoin de comprendre; mon cœur soupçonne et cela me suffit. Tu aimes : je me livre à l'amour. Tu es le maître de l'œuvre; je suis l'ouvrier, l'imagier qui sculpte, et aussi la pierre qu'on sculpte. Je collabore par mon seul consentement. Je sais! Il s'agit de m'établir « en la forme de Dieu »; j'accepte les conditions, la morsure de l'outil, le choc du marteau, et je goûte par avance la beauté heureuse. Amen.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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