Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:53

Comprendre est toujours le résultat d'une victoire. Se comprendre, soi, et prendre une pleine conscience de son cas, de sa situation et de son être, c'est nécessairement s'être vaincu.

 

Qu'appelle-t-on se vaincre ? Ce n'est nullement se diminuer, ni à plus forte raison s'abolir. L'anéantissement de notre caractère et sa réduc­tion à une moyenne grise ne profiterait à rien ni à personne. Il nous faut être nous, pour réa­liser ce qui est attendu de nous et que nul à notre place ne peut fournir à la Providence. Nous vaincre, c'est au contraire nous hausser, par l'éli­mination de ce qui nous abaisse, par le redres­sement de ce qui incline nos facultés hors de leurs vrais objets. Nous vaincre, c'est nous retrouver. Notre ennemi abattu — le mal — nous entrons par le bien en la vraie possession de nous-mêmes. Une chose en bon état, n'est-ce pas purement et simplement cette chose, à la place de sa falsifi­cation ou de son rebut ?

 

Or, on ne peut assez l'observer et s'en pénétrer, c'est ce moi véritable et victorieux qui est en nous le clairvoyant. L'autre, faussé, est toujours plus ou moins aveugle; c'est à lui qu'appartiennent les fraudes et les hypocrisies que nous avons dénoncées, le refus des jugements droits, la partialité en faveur de notre amour-propre et de nos passions pécheresses.

 

Mais alors, ne s'ensuit-il pas que pour voir clair et être pleinement sincères avec nous-mêmes, il faudrait être parfaits ? Et en retour, pour devenir parfaits, pouvons-nous bien nous passer de sincérité envers nous-mêmes ? Étrange cercle vicieux! On nous demande d'acquérir ce qui est une condition préalable d'acquisition; on veut qu'il fasse jour en nous pour que le soleil intérieur se lève!

 

C'est vrai. On ne peut nier qu'il y ait là une de ces causalités réciproques comme il y en a beaucoup dans la vie. Mais précisément la vie y est experte. Elle franchit le cercle. La nutrition exige un estomac fort, et la force de l'estomac exige une nutrition heureuse.

 

Que fait la vie ? Elle part d'une petite force d'assimilation : celle du germe: elle l'accroît par la nutrition, et elle accroît ainsi la nutrition même. D'étape en étape, le vivant se nourrit mieux et le vivant est plus fort.

 

Ainsi notre âme dans sa vision intérieure. Un peu de vertu et de sincérité au départ; un effort continu et progressif dans les deux sens : effort pour voir, effort pour se dégager de ce qui empêche de voir, et l'on rompt le cercle, ou pour mieux dire on le fait passer de l'état « vicieux » à l’état triomphant; c'est lui-même qui est agent de victoire.

 

Dieu s'est chargé de nous fournir le commen­cement; avec nous il collabore à la suite et il attend la fin. C'est lui qui voit en nous par nous.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:47

 

On entend des pécheurs dire parfois: jamais un damné n'est revenu pour nous dire s'il y en a un. D'abord nous avons mieux que cela, nous avons le témoignage de celui qui l'a créé et qui a déjà précipité les mauvais anges dans ce gouffre infernal. Il fait parler le mauvais riche exactement comme s'il était revenu sur terre; cela devrait nous suffire. Jésus fait dire par Abraham au mauvais riche qui voudrait que Lazare aille avertir ses frères de ne pas venir avec lui en enfer: S'ils ne croient pas à Moïse et aux prophètes, ils ne croiront pas plus à un damné qui reviendra de l'enfer. Celui qui ne croit pas à J.C. parlant de la sorte mérite d'aller en faire l'expérience par lui-même dans l'autre monde.

 

En plus Jésus donne plusieurs paraboles où il affirme l'existence de l'enfer. Dans celle de l'ivraie, Mt.13, il la finit en disant: "De même qu'on rassemble l'ivraie et qu'on la brûle au feu, ainsi fera-t-on à la consommation des siècles: Le Fils de l'homme enverra ses anges, ils ramasseront de son royaume tous les scandales et tous les ouvriers d'iniquité et ils les précipiteront dans la fournaise du feu; là il y aura des pleurs et des grincements de dents."

 

Il y a la parabole du filet, Mt.13, des vierges folles ex­clues du royaume céleste, des talents, où la justice de Dieu s'ex­ercera...

Les Apôtres. St Pierre, 11,2-9; 11,2-4, indique que les anges qui ont prévariqué sont en enfer et il donne plusieurs ex­emples de la justice de Dieu pour avertir les pécheurs que le même sort les attend.

St Jude affirme que les anges sont dans des chaînes éternelles et de profondes ténèbres"; que les gens de Sodome et Gomorrhe "souffrent la peine du feu éternel." Aux méchants "un tourbillon de ténèbres est réservé pour l'éternité."

S Jacques 3-6, dit que la langue des méchants "est enflammée du feu de l'enfer."

St Paul, Heb.X, 26-31, dit qu'aux pécheurs "il reste une attente terrible du jugement et le feu vengeur qui doit dévorer les ennemis de Dieu !"

St Jean, dans l'Apoc., parle de l'enfer en différents en­droits. En parlant du jugement il dit: "Quiconque ne se trouve pas écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu."20-15. Aussi, 14-10: "Celui qui adore la bête boira un vin de la colère de

-301-

Dieu, vin tout pur préparé dans le calice de sa colère, et il sera tourmenté dans le feu et dans le gouffre en présence des saints anges et en présence de l'Agneau, et la fumée de leurs tourments montera dans les siècles des siècles et il n'y aura pas de repos ni jour ni nuit pour ceux qui auront adoré la bête et son image.

 

A la fin des temps, 20-9, "le feu de Dieu descendit du ciel et les dévora et le diable qui les séduisait fut précipité dans l'étang de feu où la bête et le faux prophète seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles."

Avec toutes ces affirmations de l'Écriture sur l'existence de l'enfer, il est inutile d'apporter des témoignages des Pères de l'Église qui ont développé ces affirmations des écrivains ins­pirés.

 

La conclusion est que tous les prêtres du monde devraient les imiter en parlant assez souvent de l'enfer pour ins­pirer une crainte salutaire à tous les fidèles afin qu'ils ne pèchent plus jamais. Rien de plus efficace que cette pensée pour préserver du péché.

Par exemple, à ceux qui pensent que l'amour de Dieu peut suffire, voici l'exemple des martyrs. Tous sûrement aimaient Dieu et même plus que leur propre vie, donc d'une façon merveilleuse. Cependant au moment critique et sur le point d'apostasier pour éviter les tourments, ce n'est pas la pensée de leur amour pour Dieu qui les déterminait, mais bien l'enfer. Tous se disaient à quoi bon vouloir éviter ces tortures passagères pour tomber dans les tourments éternels de l’enfer? Ils aimaient mieux brûler quelques instants sur terre que d'aller brûler éternellement en enfer.

Par conséquent nous devons les imiter en nous mettant bien profondément dans l'esprit et le coeur le dogme de l'enfer, car c'est le même plan de Dieu de nous éprouver comme les martyrs d'une façon ou d'une autre. Préparons-nous donc en méditant sérieusement sur l'enfer.

Une bonne preuve que le souvenir de l'enfer est nécessaire au salut, c'est qu'il est le seul souvent qui reste dans les grandes épreuves que Dieu envoie à ses amis. Le sentiment de son amour peut disparaître, les consolations disparaissent, la foi semble enténébrée et l'espérance sombre apparemment; on serait porté à tout jeter par-dessus bord dans les grandes sécheresses de la vie spirituelle, dans les grandes tentations contre la chasteté, tout secours semble disparu; seule la crainte de l'enfer viendra retenir l'âme sur le bord du précipice. Même St Paul, qui a été ravi au 3e Ciel avoue qu'il est tellement persécuté et éprouvé qu'il est tenté d'abandonner la prédication de l'Évangile, s'il n'avait pas peur d'être lui-même réprouvé. La pensée de l'enfer est donc des plus salutaires; gardons-la et donnons-la! Parlons-en souvent !

 

De nos jours de plus en plus les philosophes offrent aux fidèles la confession évidemment avec la miséricorde de Dieu pour les préserver du péché. Comme ils la présentent ce n'est pas étonnant que les fidèles comptent sur elle pour pécher tant qu'ils voudront et en même temps espérer arriver au ciel. On voit qu'un grand nombre de chrétiens sur le point de pécher n'aient pour les retenir que l'embarras de confesser ce péché, ce qui n'est pas efficace, comme l'expérience du ministère le prou­ve bien. Il est si facile de trouver des confesseurs inconnus, de nos jours surtout. Aussi les gens se confessent pour calmer leur conscience dans le moment présent, mais très rarement avec l'idée de cesser de pécher. La preuve est que si le confesseur prend les moyens pour les empêcher de succomber, ils cessent de se confesser à lui comme trop sévère et ils vont à ceux qui les laisseront continuer.

 

Aux premiers siècles quand il y avait des martyrs, c'est l'enfer qu'on leur présentait comme moyen d'éviter le péché mortel d'apostasie. Eh bien! La fornication, l'adultère et toutes les formes d'impureté sont aussi des péchés mortels qui dam­nent en enfer comme l'apostasie. Si les prêtres présentaient à ces tentés l'épouvantail de l'enfer, ils en sauveraient un grand nombre de ces péchés mortels. Tandis qu'avec leurs confes­sions rendues faciles, ils ne détournent pas les pécheurs de leurs péchés. Cette mentalité du clergé qui facilite tous les péchés peut-elle venir du Saint Esprit ? Pourquoi ne l'a-t-il pas révélée aux prêtres des premiers siècles; ils auraient sauvé des millions de chrétiens du martyre ! Ils auraient pu faire comme nos impudiques: pécher, puis aller ensuite se confesser et tout est fini ! Faire de même chaque fois qu'ils étaient amenés devant les païens au tribunal et mis en demeure d'apostasier, comme nos impudiques font chaque fois qu'ils sont fortement tentés. Quelle responsabilité pour les prêtres de parler si peu de l'enfer et de ses tourments !

 

Maintenant essayons de nous pénétrer nous-mêmes de la réalité de ce feu éternel. N.S. n'a pas détaillé les souffrances de chaque sens, de chaque faculté en enfer; mais, enfin, après notre résurrection, nous serons là si nous avons eu le malheur de nous perdre, comme nous sommes sur terre avec notre corps et notre âme. Puis il enseigne que le feu sera le principal agent de la colère de Dieu. Comme sur terre, on ne peut rien imaginer de plus douloureux que le feu, de même en enfer, ce sera le tour­ment qui dominera tous les autres, selon ce que nous pouvons nous les représenter actuellement. La peine du dam sera en soit plus grande, sans doute, mais qui peut s'en faire une idée ac­tuellement? Pour nous donc c'est le feu qui nous effraie le plus. Eh bien! Servons-nous donc de nos sens et de nos facultés pour méditer sur l'enfer.

 

A la méthode de St Ignace, qui veut qu'on fasse l'ap­plication des sens, nous ajouterons cette idée que nous avons développée dans notre méditation sur les Échantillons. Là nous avons surtout insisté sur les échantillons de la bonté de Dieu; ici, nous insisterons sur ceux de sa justice. Cela ne nuira en rien à ce qui a été dit. Comme Dieu mélange notre vie des deux sortes d'échantillons, nous pouvons nous servir des uns et des autres à mesure qu'ils se présentent.

 

Commençons par... Les SENS.

D'abord, la VUE. N'ayons pas peur de regarder dans cet étang de feu, comme l'Écriture nous dit, pour y voir les damnés, et les anges et les hommes. Plusieurs prédicateurs blâment ceux qui font des descriptions épouvan­tables de ce qu'on voit en enfer; mais pourquoi? Peut-on ex­agérer l'horreur de ce lieu? Voir des milliers et des millions de pauvres êtres se tordent là comme un homme tombé dans le feu sur terre en criant et en se débattant terriblement pour échapper à son supplice...

 

Nous-mêmes nous avons été dans les flammes quelques secondes dans l'incendie du collège de St-Boniface; quel sup­plice affreux! Nous avons vu des écoliers entourés de flammes et leurs cris étaient entendus à Winnipeg. Quelle angoisse dans l'âme à cette vue! Je vois encore ces pauvres élèves sur le toit embrasé qui s'effondra avec ses pauvres enfants engloutis dans ce brasier. Pourtant ce feu n'était pas celui de l'enfer et ces enfants n'étaient pas des damnés enragés de la haine contre Dieu.

 

Oui, regardons en esprit cet océan de flammes où nagent ces démons et ces damnés, rougis d'un travers à l'autre par ce feu infernal. Voyons-les se tordre en hurlant leurs blasphèmes contre Dieu, grinçant et se roulant dans toutes sortes de contenions pour essayer en vain de sortir de ces flam­mes qui les poursuivent et les enveloppent complètement.

 

A suivre

Extrait de : MES RETRAITES.  Père Onésime Lacouture. S.J.  (1978)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 09:48

Nous sommes pour le prochain un objet et un spectacle extérieurs; pour nous-mêmes, nous sommes un objet et un spectacle aussi, mais éprouvés, goûtés, et dont la saveur toujours ini­mitable, à jamais incommunicable à autrui, nous obsède.

 

Nous sommes tout pour nous-mêmes quand nous nous touchons au dedans; vus du dehors, fût-ce par nous, il arrive que nous soyons petits, peu estimables, à certaines heures mépri­sables et même monstrueux. Ce regard ne nous plaît point, et nous avons trouvé dans ce déplaisir la raison de notre peu de sincérité envers nous-mêmes.

 

C'est si vrai, qu'on croit vraiment s'être grandi et s'être dépassé quand on a travaillé fallacieusement à soigner son apparence, à se créer une fausse grandeur, dont on se rend dupe afin de pouvoir mieux duper les autres. Pour ce cas, on veut bien traiter autrui comme soi-même; on fait de soi-même un autrui, dont le privilège sera d'être trompé en premier, chef de file de ces aveugles de l'Évangile qui s'en vont à la queue leu leu dans la direction de la fosse.

 

Il est plus facile de modifier son apparence que sa réalité. Aussi tentons-nous, au premier degré, de composer notre être astucieusement, à toutes fins utiles. Après cela, satisfaits de cette image, nous l'adoptons pour notre propre compte aussi bien que pour l'usage extérieur, heureux de nous dire : je suis ainsi.

 

Notre être intérieur, le vrai, circule dans la société de nos semblables à la mode des dieux d'Homère, enveloppé d'un nuage qui le dérobe aux regards. Mais Homère ne dit pas que ses dieux eussent un nuage intérieur qui les dérobât à leurs propres yeux. Nous sommes plus que des dieux!

 

Quand on se figure qu'il suffit d'être spontané pour être vrai, on se fait une grave illusion. Notre spontanéité est un faux moi; il porte un masque, et pour lui arracher ce masque, il faut une main de héros.

 

Quand quelqu’un essaie de savoir ce qui se passe en nous, nous jugeons qu'on nous offense. Pourquoi ? Nous aimerions nous justifier en disant : on viole mes secrets. Mais c'est bien plus profond : on nous viole nous-mêmes, en nous forçant à pren­dre conscience de ce qui; nous ne voulons pas voir, et qu'un autre voit.

 

C'est un des bénéfices de la confession, et qui accuse l'erreur protestante. Me confesser « à Dieu », c'est encore me confesser à moi, et je ne m'écoute pas.

 

Quand un tiers intervient, il faut bien que je m'écoute; j'ai beau faire, je ne puis étouffer, comme au dedans, le bruit de ma propre voix. Et c'est ce qui, d'ordinaire, me froisse, comme c'est ici ce qui me guérit.

 

Oh! Que nous sommes esclaves du mensonge, du Mensonge premier! Et que Satan est bien appelé, en lui-même et dans ses suppôts en nous, le père du Mensonge!

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 09:44

"Allez, maudits, au feu éternel de l'enfer qui a été préparé pour Satan et ses anges... et ils iront au supplice éternel." Mt.25. Alors pourquoi cette répugnance à méditer sur l'enfer ?

 

La souffrance répugne tellement à la nature humaine que l'esprit se détourne instinctivement de la pensée de brûler éternellement dans ces flammes allumées par la colère de Dieu. Il faut une bonne dose de volonté aidée de la grâce pour appli­quer l'esprit à ce sujet terrible. Les passions se révoltent contre ce dogme de notre religion: les viveurs et les mondains ne veulent pas en entendre parler, non plus que les catholiques à mentalité païenne plus ou moins. Ainsi aux Etats-Unis et en France, on ne veut plus prêcher l'enfer. A les entendre parler, Dieu n'est que miséricorde; il est trop bon pour punir en enfer. A mesure que la foi s'en va d'un pays, ses prêtres évitent de menacer les pécheurs de l'enfer.

 

Mais que gagne-t-on à ne pas vouloir y penser? C'est aussi insensé que l'autruche qui se cache la tête dans le sable pour se protéger contre le lion. Mieux vaut contempler cet abîme en esprit afin de se décider à prendre les moyens de l'éviter que d'y descendre corps et âme pour l'éternité. Cette méditation n'est pas seulement pour les pécheurs endurcis, mais pour les bons catholiques aussi. Tous nous pouvons être si fortement tentés qu'il n'y ait que la pensée de l'enfer pour nous faire éviter le péché mortel. C'est elle qui a donné le courage aux martyrs d'endurer leurs tourments atroces. Tous se disaient: mieux vaut souffrir ces tortures un instant que d'aller brûler en enfer éternellement, si nous renions J.C. Ainsi parmi les fidèles de nos jours il y aurait moins de péchés mortels com­mis, si tous étaient bien pénétrés de l'horrible supplice de l'enfer éternel.

 

Au Canada aussi les prédicateurs de la seule miséricorde se multiplient avec les mêmes résultats qu'aux États-Unis et en France:   on   pèche   de   plus  en   plus  et  on   s'éloigne   des sacrements, en se disant qu'il est si facile de se sauver d'après tant de prêtres. Une bonne pensée, un Ave, un clin d'oeil au bon Dieu et c'est fait, sauvé! C'est moins embarrassant que de traîner avec soi cette pensée affreuse d'un feu éternel. Mais qui peut être sûr de son salut avec ces paroles magiques? Quel ris­que épouvantable on prend pour son salut! Dieu peut le faire sans doute mais le fera-t-il? Il peut aussi bien convertir ces pécheurs en un clin d'oeil dès maintenant; le fait-il? Que d'Ave ces pécheurs disent et ils ne sont pas convertis actuellement; qu'est-ce qui prouve que cet Ave sera si efficace à l'heure de la mort? C'est possible, c'est tout ce qu'on peut dire !

 

Tous ceux qui éliminent la justice de Dieu la détruisent dans la même proportion; est-ce un moyen pour se le concilier à l'heure de la mort? La justice lui est aussi essentielle que la miséricorde; il faut donc en méditer les effets dans l'éternité où il doit punir les pécheurs qui ne se sont pas convertis avant de mourir. Nous pouvons tous être du nombre de ces malheureux et nous le serons si nous refusons de bien nous convaincre de l'existence de ce feu éternel. Car nous serons tous fortement tentés si nous ne l'avons pas déjà été, et alors ce sera la pensée de l'enfer qui nous préservera du péché.

 

Tous les catholiques sont obligés d'y croire sous peine de cesser de l'être, car ce dogme a été défini par le Cône, de Latran. On ne peut donc pas se laisser influencer par aucun argument contre ce dogme quelque fort qu'il puisse paraître à la raison. Il faut y adhérer de toute sa volonté et de tout son juge­ment. D'ailleurs est-ce plus difficile que de croire aux autres dogmes de notre foi? Que Dieu s'est fait homme et à vécu sur terre comme n'importe quel autre homme et cependant il régnait en même temps dans le ciel. Que dans la communion il donne sa chair à manger et son vrai sang à boire? Absolument tout dans notre religion dépasse l'humain. C'est insensé d'ac­cepter quelques dogmes et d'en rejeter d'autres. Tous se tien­nent: celui qui en rejette un les rejette tous par le fait même. Par conséquent il faut croire à l'enfer et en faire entrer les consé­quences dans notre vie pratique, surtout pour souffrir n'importe quelle tentation plutôt que de mériter l'enfer par un péché mortel.

 

Ajoutons quelques considérations non pas comme base de notre foi, en l'enfer, mais simplement pour aider notre croyance, par exemple:

La croyance universelle indique quelque révélation primitive parce que les hommes ne seraient pas portés à in­venter un châtiment éternel qui répugne tant à la raison hu­maine. Puisque l'on trouve cette croyance chez la plupart des nations, c'est donc qu'elles l'ont reçue d'en haut d'une façon ou d'une autre. On la trouve dans quelques textes de...

L’Ancien Testament. Jud.16-20: "Malheur à la nation qui s'élève contre mon peuple, car le Seigneur le Tout Puissant se vengera d'elle, il la visitera au jour du jugement. Il livrera leur chair au feu et aux vers afin qu'ils brûlent et qu'ils éprouvent ce supplice éternellement."

Isaïe, 33-14: "Les pécheurs ont tremblé en Sion, et l'ef­froi a saisi les impies: qui de nous séjournera dans le feu dévorant? Qui de nous séjournera dans les flammes éternelles?"

Isaïe, 66-24: "Et quand ils sortiront, ils verront les cadavres des hommes qui se sont révoltés contre moi; car leur ver ne mourra point, et leur feu ne s'éteindra point, et ils seront en horreur à toute chair".

 

Dan. 12-2 : "Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre, pour une infamie éternelle."

S.J. Baptiste, Luc, 3-18 fait le trait d'union entre les 2 Testaments; il est bien catégorique et doit résumer ce que les prophètes avaient déjà dit de l'enfer. Son témoignage est très fort puisque Jésus a approuvé sa prédication. Ce n'est pas seulement en passant qu'il en parle, mais c'était le fond de toute sa prédication: faire pénitence pour éviter l'enfer: "Moi je vous baptise dans l'eau, mais il vient celui qui est plus puissant que moi et dont je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure; lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Sa main tient le van et il nettoiera son aire et il amassera le froment dans son grenier et IL BRÛLERA LA PAILLE DANS LE FEU QUI NE S'ÉTEINT POINT." Avant J.C. le monde croyait donc à l'enfer.

 

Enseignée par J.C.: Mt.9-42: "Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer dans la vie mutilé que d'aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu inextinguible, là où le ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point."

 

Luc, 16-19: "Dans l'enfer le mauvais riche leva les yeux et tandis qu'il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein et il s'écria: Abraham notre père, aie pitié de moi, et envoie Lazare pour qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt et me rafraîchisse la langue, car je souffre cruellement dans ces flammes."

 

C'est Jésus lui-même qui affirme qu'une seule goutte d'eau est refusé aux damnés; c'est donc qu'il n'y a absolument aucun soulagement dans l'enfer. Mais le texte le plus terrible est celui du jugement général dans la sentence que J.C. pro­noncera contre les méchants: Mt.25: "Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour Satan et ses anges... et ils s'en iront au supplice éternel !" C'est le même mot: éternel pour les méchants comme pour les élus. Or le bonheur du ciel durera éternellement; donc le feu de l'enfer aussi.

 

Que tous les prédicateurs de la seule miséricorde de Dieu prennent note que d'après Jésus il y en aura un bon nombre à sa gauche pour recevoir cette épouvantable sentence... et que ceux qui n'ont jamais prêché la justice de Dieu pourraient bien en sentir les effets dans l'autre monde !

 

A suivre

Extrait de : MES RETRAITES.  Père Onésime Lacouture. S.J.  (1978)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 10:13

Nous ne laissons pas à autrui le bénéfice de ses intentions, disions-nous; mais nous cherchons à lui imposer l'admiration des nôtres. Nous le jugeons sur des faits : nous prétendons qu'il nous juge sur notre idéal, comme nous faisons nous-mêmes, et nous étendons le silence sur les faits.

 

Tout le monde est ainsi plus ou moins trompé, y compris le trompeur, et notre humanité vit plongée dans un bain de mensonge dont émer­gent seulement quelques héros.

 

Notre âme n'est transparente qu'à Dieu, dont le regard est pareil à ces « rayons pénétrants » qui ne connaissent pas d'obstacle. Pour nous, elle est opaque et colorée de toutes les nuances désirées par notre amour-propre. Pour le dehors, elle est « camouflée ».

 

On ne trouve souvent pas les mots de ses idées ou de ses sentiments; mais combien n'est-il pas plus fréquent et plus grave de ne pas trouver les idées ou les sentiments de ses paroles, de ses attitudes, de la place qu'on occupe dans la vie! Et qui peut se flatter d'échapper tout à fait à ce désaccord hypocrite ?

 

Ceux qui se croient les meilleurs, voire, tout court, les « bons » s'appellent ainsi parce qu'ils ont la faculté et le goût de juger les méchants. Mais à leur tour ne s'appelleraient-ils pas mé­chants, s'ils avaient la faculté et le goût vertueux de se juger eux-mêmes ? A plus d'un égard, ce sont eux les vrais méchants, en ce qu'ils laissent à d'autres le soin d'appliquer — souvent de tra­vers, hélas! — leur programme. Ainsi le pharisaïsme triomphe, ou bien règne à demi, ou bien s'insinue, suivant le degré du mal.

 

Nous voulons exister en autrui, grâce à la connaissance avantageuse qu'il aura de nous. C'est légitime, et ce que nous appelons le Juge­ment dernier sera chargé d'établir cette diffusion générale des consciences les unes dans les autres, par la mutuelle appréciation de leurs valeurs. Mais il y a une condition que précisément réali­sera tout d'abord ce jugement suprême, c'est que la vérité en soit d'accord; c'est que notre exis­tence flatteuse en autrui se fonde sur une exis­tence vertueuse en nous-mêmes.

 

Alors, tout est dans l'ordre : le bien est; nous en avons l'heu­reux sentiment; ce sentiment se répand par soli­darité fraternelle, et dans le tout le Père des cieux se complaît.

 

Ce qu'on décrit ainsi est une sorte de ciel. Mais l'hypocrisie est un attribut de l'enfer. Quand elle est désavouée, subsistante quand même au tréfonds de notre chair de péché, elle est un malheur dont tout enfant de Dieu doit souhaiter ardemment de guérir. Et il convient alors de crier à qui l'entreprend : Bonne chance ! Ou plutôt, bon courage ! Car il en aura besoin.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 18:22

Marc-Aurèle écrivait : « Regarde au dedans, au dedans est la source du bien, et toujours elle peut jaillir, si toujours tu creuses. » C'est vrai. Dès qu'on pénètre un peu à fond dans l'âme du plus dépourvu, on découvre ses relations éternelles, ses instincts supérieurs, sa parenté avec l'idéal moral : si lui-même exerçait cette exploration, ne ferait-il pas la même découverte ? Socrate le pensait et trouvait suffisant, pour travailler au bien, de se faire éveilleur d'âmes.

 

Mais l'obstacle est ici dans un enchevêtrement de faits intérieurs qui paralysent le moi éternel, et qu'on ne pourrait débrouiller qu'en le regar­dant d'abord bien en face. Or nous ne le faisons pas. Nous ne sommes pas seulement incohérents, nous sommes inconscients; nous ne sommes pas seulement inconscients, nous sommes aveuglés, et aveuglés de notre propre consentement plus ou moins secret, ce qui veut dire que nous ne sommes pas sincères.

 

On paraît offenser l'homme en parlant ainsi. Hélas! L'homme offensé serait ici le moins auto­risé à parler d'offense, car c'est en lui que se ferait voir l'aveuglement le plus profond. C'est bien de nous tous, et surtout de ceux qui l'igno­rent, et plus encore de ceux qui le nient, qu'est vraie cette constatation paradoxale seulement dans les mots : notre esprit se cache pour nous tromper, et nous le laissons faire dans l'ombre.

 

Parmi les étrangers, assure Marcel Proust, « il faut toujours compter celui à qui nous men­tons le plus, parce que c'est lui par qui il nous serait le plus pénible d'être méprisé : nous-même ». Aussi n'y a-t-il pas, dans la littérature connue, de Confessions véritables; il n'y a que des clameurs vertueuses — chez les saints — et, chez les autres, de subtiles complaisances en soi-même.

 

Nous en savons le motif. Le regard intérieur ne nous satisfait pas; il n'est jamais flatteur pour notre propre idéal; parfois il le bafoue : alors nous préférons nous juger sur l'idéal ; nous écartons le fait. Empressés à juger les autres d'après leurs actes, nous aimons à nous juger d'après nos désirs. Oh ! Que nous sommes prompts à nous donner le bénéfice d'une droite intention ! Pour autrui, cela ne compte pas; pour nous c'est l'essentiel apparent, et nous nous flattons de cette apparence, qui est notre œuvre.

 

Ajoutez à ce penchant habituel tant d'états passionnés que les circonstances provoquent, tant de vapeurs dont un seul jet suffit parfois à tisser autour de nous une ombre épaisse comme la nuit.

 

Le remède ? Il faudra y songer de plus près; mais c'en est déjà un que de constater ce mal, au sujet duquel la plupart de nos esprits font silence. « Nous sommes près de nous réveiller, observe Novalis, quand nous rêvons que nous rêvons » : ainsi nous sommes près d'échapper à notre aveuglement volontaire quand nous en prenons un commencement de conscience qui est déjà un rejet partiel de nos ténèbres.

 

La con­science pleine serait notre réveil par le retour à la vérité.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 13:40

Le chaos intérieur est fait d'une multiplicité extrêmement complexe, mais qui ne laisse pas de présenter deux aspects distincts. André Gide écrivait : « Il y a en tout homme, à tout instant, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. » Elles sont simultanées, et c'est le tragique. En raison de quoi Kant a pu penser que nul au monde n'a jamais posé une action absolument pure, sauf le Christ, sa sainte Mère et Saint Jean Baptiste.

 

Quand on parle de Satan, il faut se souvenir que le Maudit n'a de lui-même et sans nous aucun pouvoir. Ce qu'on lui attribue s'adjoint donc à un autre élément qui est en nous, qui est nous, et qui s'appelle, dans le langage mystique, « la chair », « l'homme charnel » ou, par opposition à l'homme régénéré que nous sommes aussi, « le vieil homme ».

 

La conscience,  comme la surface miroitante de la mer, est aux confins de deux mondes : celui de l'esprit, qui lui demeure conjoint; celui de la chair, qui appartient au monde inférieur et participe de ses troubles.

 

Nos tendances fonda­mentales   révèlent   toutes   ces   deux   pouvoirs. D'une part, Dieu s'y fait jour, travaillant par nos droits penchants à réaliser sa pensée créa­trice :   idée   de  l'espèce   et  idée  de  l'individu adapté à telle situation, voué à tel effort, en vue de tel résultat. Les instincts de cette sorte ex­priment notre filiation céleste et notre fraternité avec toute créature. Ils sont éminemment constructifs, agents de notre propre déploiement et de l’édification d'autrui, homme ou groupe, au sens ancien de ce mot édifier que l'usure sécu­laire a rendu si faible.

 

D'autre part, la vie de la chair, qui est accapareuse, qui est jouisseuse, qui est à la fois impérialiste et anarchique, parce que toute vie est une conquête sur le milieu, et parce que toute vie particulière d'une fonction, d'un organe, d'un élément quelconque a même tendance et tire à soi aux dépens de l'ensemble — la vie de la chair, dis-je, conspire contre l'es­prit et oppose à sa loi ce que saint Paul appelle la loi des membres.

 

Cela est simultané et constitue le double moi de la tradition morale ; c'est le monstre de Pascal. On peut concevoir combien un tel partage, dure­ment éprouvé, jamais aboli, est douloureux pour les hautes consciences. « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort! » (Romains, VII, 24.)

 

L'effort de ces êtres est de remonter à tout moment un centre de gravité intérieur qui tend sans cesse à descendre. Ils s'y épuisent héroï­quement.

 

En face, la plupart des hommes con­sentent à la chute. Tel est le partage des saints et des pécheurs, et telle est notre propre option.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0