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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 10:25

On prouve qu'on est homme spirituel quand on sait découvrir un as­pect divin dans le plus mince objet.  Gœthe écrivait : « On prouve qu'on est poète quand on sait découvrir un aspect intéressant dans un vulgaire objet ».

 

Une fois Dieu trouvé, se peut-il qu'on manque de le trouver partout ? C'est une méprise que de Le réduire à ce qu'on appelle grand, Lui qui est étranger à nos mesures et n'apprécie en tout que Sa gloire même, qui y rayonne toujours.

 

Rien n'est petit, quand l'infini y est en germe, et c'est le cas de toute action faite en vue de Dieu.

 

Dans la nature déjà, nous avons observé que l'événement commun est celui qui contient la plus haute dose de mystère : notre vie retrouve cette loi, quand il s'agit d'accéder au mystère vivant. Les grandes actions sont trop spéciales et trop rares pour nous relier aussi efficacement à notre principe; elles reflètent trop l'homme; elles dé­pendent trop du temps, et elles semblent ainsi plus loin de l'éternel.

 

C'est en donnant sa valeur de fond à chaque moment, et non en faisant briller, fût-ce du meilleur éclat, l'heure exceptionnelle, qu'on prépare le mieux son progrès et son aboutissement.

 

Dans l'unité de nos sentiments dominants, tous nos jours vagabonds se ressemblent : où trouver une supériorité qui ne soit issue de ces mêmes sentiments, abstraction faite de leurs objets?

 

Prenez un saint : aucune réalité ne le fait pen­ser qu'à Dieu et ne l'amène qu'à Dieu; une âme vulgaire : aucune réalité ne l'y accorde. Heureux qui sait lever les voiles de la réalité quotidienne et y découvrir Dieu!

 

« Presque tout provient de presque rien », écrit Amiel. La médecine moderne tend à établir que notre vie tient moins au fonctionnement de très gros organes qu'à la sécrétion régulière de certaines glandes, parfois minuscules. Ainsi la vie morale et la vie spirituelle dépendent d'élé­ments secrets et en apparence minimes, plutôt que des actions importantes et extérieures.

 

Du reste, au sujet de ces dernières, il faudrait encore savoir ce qu'elles pèsent à l'égard des grandes fins du monde, et ce que Dieu en dit dans l'éternité.

 

La vie morale est une architecture dont les évé­nements quotidiens sont les matériaux : avec les mêmes matériaux on peut bâtir une bicoque, une taverne ou un temple.

 

La vie morale est un geste d'ensemble où s'in­cluent des mouvements utiles, petits, grands, quelconques, et de vaines agitations tapageuses.

 

On est l'ouvrier qui pousse une pièce de préci­sion, ou un bloc, ou bien l'on ressemble à ces singes « qui font toujours quelque chose et qui n'ont jamais rien fait » (Abel Bonnard).

 

O éternité vers laquelle nous allons! Nous ne marchons point vers toi, à l'ordinaire, par bonds, ou par enjambées héroïques, mais par de tout petits pas qu'agrandissent nos espoirs.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 10:00

Socrate disait avoir un génie qui le gardait des fausses démarches. Le chrétien a en lui beaucoup mieux, il a un génie de l'Être, un génie universel, qui peut harmoniser son action relative à lui-même, a tous et à tant, sans déviation funeste.

 

Nous avons reconnu en nous un autrui divin; mais c'est ici une   influence  plus  vaste,  bien qu'elle coïncide partiellement avec l'autre et se rapporte au même sujet éternel.

 

Gœthe a remarqué que rarement nous adop­tons les moyens de nos fins, que nous prenons rarement la bonne route. Le but nous est tracé par l'instinct; mais la raison et la passion se disputent la marche. Que faudrait-il pour que la raison triomphât ? Que la passion voulût bien céder ? Mais cela ne se peut toujours pas. Il y a donc lieu de se souvenir que le résultat dépend aussi de l'autre extrême. La passion subsistant, l'effet sera redressée si l'instinct est le plus fort. Mais notre instinct ne pourrait s'arrêter là que si nous étions seulement des indi­vidus et des hommes.

 

Nous sommes des fils de Dieu, frères de toutes créatures, et des élus de Dieu,   appelés   à   son   amitié   jusqu'au   partage intime de ses biens.  Comme tels, nous devons nous sentir entraînés   dans une voie où nulle passion   individuelle   on   commune   ne   devrait pouvoir arrêter nos pas ou  faire dévier notre marche.  Bhagavad-Gîtâ dit : « Dans le cœur de tout vivant, réside un maître qui le fait mouvoir par sa magie comme par un mécanisme caché. » Disons plutôt des ailes, car il s'agit de survoler le réel immédiat en faveur de ces îles lointaines : le « parfait » et l'universel, dont nous sommes les croyants.

 

Pour que notre conduite égale notre appel, il faut et il suffit que notre moi profond, empreint de la Divinité et scellé de son chiffre, excite le moi inférieur et le contraigne. L' « obligation » est une auto obligation, d'origine céleste, mais sise en nous et qui se complète d'invitations au progrès, voire à l'héroïsme. En nous est le règne de Dieu. L'Esprit universel nous habite. L'uni­vers prend conscience en nous, avec son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu, dans la com­munauté de tous nos frères les êtres pensants. Une telle vision, si nous savions la « réaliser », ne serait-elle pas un stimulant tout-puissant ? La lumière qui en émane ne suffirait-elle pas à tout ? Ne ferait-elle pas naître un désir emportant tout, et n'y trouverions-nous pas une source de joie inépuisable ?

 

Mais qui donc écoute son cœur ? Notre vie consciente est une petite clarté entre deux nuits : nuit du mystère et nuit du dedans, où nous ne faisons aussi que quelques pas. Rentrer en soi-même, prendre conscience de soi jusqu'au delà de soi, jusqu'au tout et au Père de tout, jusqu'à la Trinité éternelle, et suivre l'indication qui nous vient de ce moi élargi, de ce moi-Dieu.

 

C'est obéir au vrai génie humain, à l'Esprit qui crie en nous : « Père! Père! » (Epître aux Romains VIII, 15.)

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 09:17

La possession de soi-même, y compris Dieu et tout ce qui est de Dieu exige la solitude. C'est en soi-même seulement qu'on trouve ses objets; dans le dehors seul, on n'en trouve que les fan­tômes.

 

Une vraie présence n'est-elle pas une pré­sence en esprit, éprouvée par l'esprit ? La solitude la permet donc dans ce qu'elle a de meilleur, auprès de quoi pèse peu la sensation de présence.

 

Dans la solitude, la vie se concentre, et pour cette même raison elle s'accroît; elle s'univer­salise; elle se déploie en hauteur et en profon­deur.   A travers la fragile cloison du moi, si transparente quand elle n'est pas encrassée de nos poussières,   on perçoit la  nature générale, l'humanité   fraternelle   et   maternelle,   et   l'on pressent Dieu.

 

Quand je me livre au dehors, je me disperse; je ne puis donc posséder ni moi-même ni rien. Solitaire, je me retrouve avec ma vacuité beso­gneuse et avide, ma sympathie essentielle d'être associé à tous les êtres, associé a l’Être Suprême, et je puis appeler tout en moi.

 

Solitaire, dis-je : mais au milieu des hommes et dans le pire fracas extérieur je puis être seul. Il s'agit d'un esprit. Dans les deux cas, l'état profond de l'âme est identique, et c'est lui qui rend paisible et féconde la solitude ou la société.

 

Toutefois, une cure de solitude effective est de temps à autre nécessaire. Nous l'avons re­connu en ce qui concerne le début de nos jour­nées ; en d'autres temps encore il y faut pourvoir. Dans toute vie, si active qu'elle soit, l'office de Marie complète celui de Marthe. A défaut de nous ressaisir, nous risquons de nous perdre dans le brouhaha des gens et des choses. Une nappe d'indifférence doit tomber sur des objets admis hâtivement et reconnus sans grandeur. A l'égard des meilleurs, la façon de les aborder, de les juger ou d'en disposer exige le même recueille­ment, car l'esprit de nos œuvres a besoin de venir de haut, et cet esprit vaut mieux que nos œuvres mêmes.

 

Léonard de Vinci écrivait : « La chambre d'une petite habitation rajuste l’esprit et grande, elle l'égare. » « On se refait dans la solitude, on s'use avec les hommes », disait un contemporain.

 

Ici, toutes les expériences concordent. L'Évangile les confirme en conseillant à son fidèle de fermer la porte de sa chambre.  Claudel ajoutait : « car les ténèbres sont extérieures, la lumière est au dedans ».

 

Se quitter c'est mourir un peu, dit-on : à plus forte raison, tout quitter momentanément pour la solitude. Mais ici et là une lumière luit, notre horizon s'éclaircit; notre âme, à « mourir un peu », s'épure et s'allège, et l'on retrouve d'au­tant mieux, dégagées du sensible, la pure essence et la loi de ce qu'on a quitté.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:46

Il est à peine besoin de méditer sur la pos­session de soi, après la connaissance de soi : c'est pour ainsi dire une même chose. Je ne finis de me posséder que si je m'ignore. Qui voudrait abandonner pour toujours son vrai moi? C'est parce que je me confonds momentanément avec de vains objets que je m'y précipite. Je crois me retrouver dans le rien parce que je m'égale au rien. Me sachant grand, je ne pourrais être en quête que de grandes choses, et me jugeant divin, aussitôt j'accourrais vers Dieu.

 

Ce Dieu, en moi, voudrait bien entrer dans ma conscience claire, se faire reconnaître et mener le jeu de ma vie; mais il n'y a personne pour lui ouvrir. Il parle, appelle, insiste; mais les passions, nos passions à tous nous font du bruit, et nous n'entendons rien. Nous nous lais­sons accaparer par le dehors. Le cri des réalités tapageuses couvre la voix de l'Esprit qui au dehors aussi pourrait se faire entendre. Nous voilà tiraillés et « divertis ». L'objet le plus fort nous mène. Appartenant ainsi à tout venant, comment nous appartiendrions-nous à nous-mêmes?

 

Nos plus grandes décisions se prennent à pro­pos d'états qui ne sont pas destinés à durer. Nous semons, dans le désarroi de ce perpétuel im­promptu, ce que nous ne voudrions pas mois­sonner et mettre en grange. C'est notre volonté persistante, qui réussit, allant toujours dans le même sens tout d'abord jugé, et forçant, pour une large part, la fortune. Mais une volonté per­sistante est l'effet d'un regard clair et obstiné­ment attentif. Ignorant ma destinée vraie parce que je m'ignore moi-même, ou perdant de vue ma destinée vraie parce que je perds conscience de moi-même, je coupe ma vie en petites destinées successives, insuffisantes, coupables ou absurdes, et je suis un dévoyé et un esclave du hasard.

 

La valeur d'un homme se reconnaît à ce qu'il peut se demander quelque chose, sûr de l'obtenir, étant supposé qu'il ne se demande que de bonnes choses. Être capable d'un devoir, au besoin d'une corvée, c'est être adapté déjà à une destinée, ce qui suppose une pleine conscience de soi-même.

 

Eckermann dit de Gœthe : « On voyait qu'il a en lui-même son point d'appui et qu'il est au dessus de l'éloge et du blâme, » Si le chrétien était ainsi! Avoir en soi-même son point d'appui; trouver là Dieu, dont la lumière éclaire nos voies en éclairant notre être, en manifestant nos liens, en décelant nos ressources, en démasquant nos pièges : ne serait-ce pas le salut décisif ?

 

Une vie, c'est une âme que Dieu conduit au moyen d'elle-même, grâce à l'évidence de sa vocation éternelle, dans la fidélité attentive, dans le patient et constant effort en la possession de soi.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:30

La volonté: c'est la part de l'amour qui sera changée en haine en enfer. Pour nous en faire une idée, il faut prendre des exemples d'amour parmi les humains. Un mari qui aimait ardemment sa femme se voit abandonné d'elle; quelle peine quand il sait qu'il n'y a plus d'espoir qu'elle revienne avec lui! Ce n'est qu'un faible échantillon de la peine du damné qui se voit abandonné pour l'éternité de Celui qui devait être tout son amour et la source de biens éternels. Mais est-ce que tous les soucis, les angoisses, les querelles et la plupart des maux de la terre ne viennent pas de la peine qu'on éprouve dans la perte de quelque bien créé ?

 

Un autre exemple: une personne s'amourache d'un homme qui la repousse absolument, qui ne lui montre que du mépris; comme son coeur va se changer en haine terrible! Eh bien! Voici que Dieu s'est amouraché de nous et d'une façon illimitée jusqu'à nous donner son propre Fils comme victime de nos péchés. Mais voilà que les pécheurs se moquent de son amour, le méprise pour n'aimer que des échantillons éphémères. On peut se faire une idée de cet amour infini changé en haine infinie et éternelle. Tous ses bienfaits seront changés en instruments de supplice pour ceux qui les ont méprisés.

 

Dans son immense bonté Dieu ne précipite pas les pécheurs sans avertissements en enfer. Toutes les épreuves, toutes les misères et les souffrances qu'il envoie chaque jour sont autant d'avertissements à changer de vie pour éviter l'enfer et à faire pénitence pour nos péchés. Si nous prenons ces échantillons d'enfer, nous n'aurons pas l'enfer. Habituons-nous donc à accepter en esprit de foi les contrariétés de la vie que Dieu met sur notre chemin pour nous faire éviter le châtiment éternel par ces châtiments temporels.

 

Convenance de son éternité.

Les objections contre l'enfer viennent surtout de ceux qui ont intérêt à ce qu'il n'y en ait pas. D'autres viennent du fait qu'on ne considère que les peines des damnés et pas assez les exigences de la justice divine, surtout après qu'elle a tout fait pour nous sauver. Ils sont allés là MALGRÉ DIEU; ils n'ont pas voulu de son bonheur éternel ! Ils ont préféré les jouissances passagères de ses échantillons; qu'ils paient leur sottise !

 

Pourquoi punir pendant une éternité un péché qui n'a duré qu'un instant ? D'abord est-ce que les hommes ne font pas cela ? On ne mesure pas une offense au temps qu'elle prend, mais au tort qu'elle fait. Un meurtrier tue un homme d'un coup de revolver; son crime ne prend qu'une seconde, mais il prive l'homme de sa vie pour toujours.

 

Un pécheur prend peu de temps pour son péché, mais il préfère un rien à Dieu pour toujours, car si son plaisir durait un jour, une semaine, une année, une éternité, il le prendrait; donc il doit être puni selon son amour qui est éternel dans son désir ou dans sa volonté.

 

Enfin peu importe les objections de la raison, l'enfer nous est révélé par Dieu lui-même et bien clairement, par conséquent qu'on le veuille ou non, il faut se soumettre à Dieu. Quelle folie que de ne vouloir accepter que ce que la raison comprend quand il s'agit de Dieu ! Serait-il Dieu si des insignifiants comme nous nous pouvions tout comprendre ce qu'il fait ? Quel orgueil sot que de vouloir mesurer la sagesse de Dieu à la nôtre ! Cessons donc nos objections sottes devant la sagesse infinie ! Obéissons-lui dans toutes ses lois afin de mériter d'éviter l'enfer qui nous effraie tant et avec raison.

 

Comme nous l'avons dit, le meilleur moyen d'éviter l'enfer, ce n'est pas de compter sur la confession, mais sur l'ascétisme, sur la pratique des vertus de foi, d'espérance et de charité, et SURTOUT de nous exercer tous les jours à résister aux échantillons d'enfer que Dieu envoie sur terre précisément pour nous habituer à lutter contre les causes du péché mortel qui nous entraînerait en enfer.

 

Mettons-nous bien dans la tête que pour aller au ciel il faut préférer Dieu à tout au monde sans exception. Voilà le prix du ciel. Or Dieu comme un bon maître d'école, nous donne des leçons de cette préférence. Il commence par nous demander le sacrifice de petits plaisirs pour lesquels il nous donne une vraie passion afin que nous ayons plus de mérite à le préférer à ce plaisir attrayant. Puis il augmente le ou les sacrifices jusqu'à ce que nous disions: je donnerais l'univers pour me contenter dans ce plaisir, mais puisque Dieu ne le veut pas, je préfère Dieu à ce plaisir et donc à l'univers. C'est alors qu'on mérite le ciel pour tout de bon.

 

En d'autres termes c'est un véritable martyre que Dieu exige de nous en général pour mériter ce bonheur immense de la vision béatifique. Après tout est-ce exorbitant de nous demander d'acheter le bonheur éternel du ciel par un plaisir si passager, comme tous ceux de la terre ? Le ciel souffre violence et seuls, dit Jésus, les violents l'emportent. Dans la parabole de la perle précieuse et du trésor caché dans un champ, il enseigne qu'il faut tout sacrifier ce qu'on a pour s'assurer le ciel. Est-ce trop demander ? Jésus dit que si on aime une chose au monde plus que lui on n'est pas digne de lui. Voilà ce que les prêtres devraient prêcher sur les toits !... au lieu de tant vanter ce que la confession peut faire du côté de Dieu sans jamais parler de ce qu'elle exige de changements dans les pénitents.

 

Tous les prêtres et tous les parents catholiques devraient préparer tous les enfants et tous les fidèles à ce martyre qui s'en vient pour tous d'une façon ou d'une autre.

 

Qu'on habitue les enfants aux petits sacrifices pour qu'ils évitent absolument tout péché véniel délibéré. Un enfant qui vole une pomme devrait être puni par ses parents comme il devrait être puni quand il commettra l'impureté plus tard. Un petit voleur deviendra sûrement un impudique; s'il suit sa pas­sion pour un fruit, il la suivra pour les plaisirs impurs encore bien plus attrayants. Alors les parents qui ne veulent pas que leur en­fant aille en enfer, le surveillent tout de suite quand il fait ses premiers pas vers l'enfer, comme le voleur de pommes ou de gâteaux, etc. Cet enfant prend la direction de l'enfer et les parents devraient le savoir... et les prêtres devraient prêcher en conséquence.

 

Donnons quelques cas comme exemple de ce qui arrive si souvent. Prenons ceux qui ne sont pas encore mariés et qui sont fortement tentés comme la plupart le sont. Quel martyre que de résister constamment à cette passion qui se fait sentir pour ainsi dire nuit et jour et avec tant d'occasions de la satisfaire partout ! Combien pour plusieurs raisons ne trouvent pas à se marier ou ne peuvent pas et la tentation dure des années et toute la vie ! Comme il faut du courage et surtout de la grâce pour rester pur si longtemps ! Or Dieu l'exige absolument pour donner son ciel, et celui ou celle qui pèche mortellement s'expose à l'enfer. Comme nous l'avons dit: bien fous ceux qui comptent sur la confession pour continuer de pécher tant qu'ils seront tentés. Quel affreux risque ils prennent avec ce sacrement !

 

Chez les gens mariés, que d'épreuves pour ceux qui veulent faire la volonté de Dieu à tout prix afin d'éviter l'enfer ! Combien se voient frustrés de leurs jouissances de cinquante façons différentes et qui sont tentés d'aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas chez eux. Dieu mettra sur leur chemin justement l'idéal de ce qui leur manque à la maison. Ils devront préférer Dieu à ce bien qu'ils désirent tant.

 

Voici un mari qui devient veuf ou qui est abandonné par sa femme; il est encore relativement jeune et les circonstances sont telles qu'il ne peut pas se remarier ou sa femme ne veut pas revenir avec lui. Voilà ce que Dieu exige de lui: qu'il préfère Dieu et les joies du paradis à toutes celles qu'il aimerait tant et qu'il pourrait prendre autour de lui. Quel martyre pour lui s'il reste fidèle à Dieu !

 

Encore un exemple: une mère de famille est pauvre, sou­vent malade; ses enfants négligés et elle a pour mari un homme qui exige son droit impitoyablement, qui est paresseux, ivrogne et sans-coeur; quel martyre pour cette femme de faire ce que Dieu veut d'elle pour éviter l'enfer !

 

Ou une veuve chargée d'enfants, dans la misère et qui ne trouve pas à se remarier. Voilà qu'un jour elle rencontre un homme qui semble avoir toutes les qualités: joli, riche, affec­tueux, etc., mais il est séparé de sa femme. Il lui offre tout ce qui lui manque si elle veut vivre avec lui en état de péché mortel. Quel martyre encore pour elle ! Elle doit rejeter cette offre pour éviter l'enfer et préférer Dieu à ces échantillons passagers.

 

Que d'autres exemples on pourrait donner ! Il n'y a que la pensée de l'enfer pour retenir ces chrétiens sur le bord du précipice. Eh bien ! Que tous les parents fassent une guerre acharnée à tous les petits péchés des enfants en leur montrant qu'ils prennent le chemin de l'enfer. Évidemment il ne faut pas fausser leur conscience en leur faisant croire que voler une pomme est péché mortel. Mais qu'ils leur donnent une véritable horreur pour le moindre péché. Que ferait-on à un enfant qui délibérément donnerait un coup de poing à sa mère ? Est-ce que cet enfant ne serait pas puni sévèrement par son père, s'il a une once de cœur ? Eh bien ! Qu’on punisse ainsi les péchés véniels des enfants, en sachant qu'ils commettront aussi facile­ment des péchés mortels plus tard, si on les laisse faire mainte­nant.

 

La prédication des prêtres devrait aussi donner cette mentalité à tous les fidèles. Qu'ils sachent donc que la confes­sion ne remplace pas la formation ascétique des chrétiens. C'est absurde de compter sur elle pour corriger les enfants et même les adultes. Il faut tout faire avant de compter sur la confession. Surtout il faut revenir à la prédication de l'enfer aux ENFANTS comme aux autres. Si des parents voyaient des enfants avaler des microbes contagieux, ils les en défendraient tout de suite, quand même ces microbes n'ont pas commencé à faire leurs ravages. Eh bien! Les petits péchés mignons des enfants sont des microbes qui vont empoisonner leur vie et les conduire en enfer un jour; qu'on les arrête tout de suite. S'ils ne font pas ces premiers faux pas, ils éviteront l'enfer; c'est le seul moyen de les en préserver.    Fin de la série

 

 

Extrait de : MES RETRAITES.  Père Onésime Lacouture. S.J.  (1978)

 

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 09:23

              

Il fallait bien y venir. Il n'y a, pour voir dans leur vérité les œuvres de Dieu, que le regard de Dieu.    C'est lui  qui   «  nomme  » les  êtres,  et Adam ou les fils d'Adam ne les nomment qu'avec lui.

 

On ne peut voir un être tel qu'il est sans voir en lui la pensée de Dieu, sans voir Dieu en ce reflet de lui-même : ainsi ne peut^on se voir soi-même sans voir Dieu en soi, Bossuet a eu raison de traiter « De la connaissance de Dieu et de soi-même » : cela ne se sépare point.

 

Plonger en Dieu par la méditation et le déta­chement des sens, c'est revenir à sa source et apprendre à se connaître avec son Créateur.

 

Nous ne pouvons nous juger qu'en nous tenant pour ainsi dire infiniment loin de nous-mêmes, et c'est-à-dire au plus près, puisque notre vérité est là, au sein de l'Esprit infini. Notre être est comme son Nom en l'une de ses syllabes, une idée réelle de lui, un « aperçu substantiel sur lui », dit Claudel : il faut bien prendre l'idée et l'aperçu où ils se trouvent.

 

Qui voit de loin voit bien; Qui voit de haut voit juste, note Victor Hugo. Dans l'éloignement des pas­sions et des distractions, et dans l'élévation vers Dieu est réalisée au maximum cette condition de vérité et de justesse. De là nous jugeons bien et de nous et de tout. De là nous prenons une juste conscience de nos liens, de nos moyens d'action et de nos obstacles. Ayant alors reconnu que nous sommes liés à toutes choses en Dieu, appelés à posséder toutes choses en possédant Dieu, nous nous touchons dans notre réalité pro­fonde et totale. C'est un magnifique et fécond élargissement. Mais si moi, chétif, je vois ainsi par éclairs et m'égale par ce regard à la fois à moi-même et à la réalité universelle, c'est que je me suis éloigné tellement du moi passager et égoïste, du moi qu'entraînent tous les courants de ce monde, que j'ai emprunté pour me voir le regard même de Dieu.

 

C'est Dieu, en moi, qui vois par moi.

 

Oh! Qu'il faut bien qu'il en soit ainsi! Si je nie voyais, sans Dieu, avec l'œil de Dieu, quel saisissement devant ma terrible nudité! Mais avec lui, quel autre et quel heureux saisissement en face de mes immenses possibilités et de mes ressources! Dieu m'apporte sa force avec son regard, et son cœur, son cœur bienveillant et indulgent, fait que sa vérité me délivre.

 

Un de ses bienfaits seconds, sans prix encore, c'est qu'en son nom quelqu'un, grâce à un amour réciproque, incarnant en quelque sorte son regard et son cœur, me présente une image de moi où je puisse me reconnaître, dans une image de Dieu.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 09:09

 

Disons-nous que nous avons déjà mérité d'être là avec eux. Qui peut être sûr d'avoir été pardonné? Plus nous entrerons en esprit dans l'enfer et plus nous avons des chances de concevoir un repentir sérieux qui nous obtienne pardon de Dieu. Défions-nous comme du diable de cette religion faite de mots et d'idées seulement que tant de prêtres philosophes sèment dans le monde. Ainsi je pèche tant que je veux et je tiens | comme en réserve ma contrition; en cas d'accident ou de : danger de mort, au bon moment voulu, je récite un acte de con­trition et... l'enfer est évité !

 

Défions-nous de ces trucs magi­ques pour éviter l'enfer tout en nous permettant de pécher facilement. Les philosophes font une religion simplement de tête où tout marche vite comme la pensée. Mais la religion de J.C. est amour et l'amour ne change pas vite comme la pensée. Or Dieu ne juge pas selon la pensée, mais selon le coeur et les actes dans le concret.

 

Donc ne nous contentons pas de PENSER seulement à l'enfer, mais méditons-le assez longtemps et assez sérieuse­ment pour que toute l'âme, tout le coeur en soient pénétrés jus­qu'à nous donner une très grande peur d'y aller.

 

Il ne suffit pas de méditer parfois sur l'enfer, il faut y penser aussi souvent que le péché se présente à nous et que de fois cela arrive chaque jour? Eh bien! Voici, à notre avis, le meilleur moyen d'y penser souvent. C'est de nous servir de la doctrine des échantillons. Car si Dieu a mis des échantillons de sa bonté, il en a mis aussi de sa justice. Tout ce qui est de nature à nous faire souffrir est un échantillon de la justice de Dieu ou de l'enfer. Dieu a créé ces choses pénibles précisément pour nous donner une idée de ce qu'il réserve en enfer à ceux qui l'offensent mortellement.

 

Cette idée nous aidera à mieux méditer sur l'enfer, com­me dans le point actuel: la vue. Servons-nous de ce que nous voyons de repoussant sur la terre pour mieux comprendre l'enfer. Chaque fois qu'on voit du feu, qu'on se dise: ce n'est qu'un faible échantillon de l'enfer. Quand on voit quelqu'un souffrir, pleurer, gémir, se plaindre, etc., ce n'est qu'un échan­tillon d'enfer! Servons-nous donc de la vue pour aller voir sou­vent en enfer ce qui s'y passe chez les damnés.

-305-

Au lieu de nous détourner de toutes les horreurs que nous voyons sur terre, regardons-les les yeux grands ouverts et remplissons notre âme de ces échantillons d'enfer. Avis à ceux qui disputent contre la saleté, qui ne visitent pas les malades parce qu'ils ont horreur de leurs grimaces de douleur, de leurs plaintes, de leur odeur désagréable, etc. etc. Tous ces effets, viennent des péchés d'une façon ou d'une autre, sont de faibles échantillons des souffrances de l'enfer.

 

Mortifions la vue: c'est par les yeux qu'entrent les tenta­tions en général, qui nous séduisent ensuite au péché. Plus on les ferme aux beautés terrestres et plus nous fermons l'enfer pour nous-mêmes !

 

Le toucher est le sens qui souffrira peut-être le plus dans le feu répandu dans tout le corps et d'un travers à l'autre et non seulement la peau; il sortira des yeux, des oreilles, des narines et de la bouche: tout l'être et même l'âme sera tout rouge dans ce feu allumé par la colère divine.

 

On remarque que Dieu a mis du feu ou mieux la sensa­tion du feu dans presque toutes les souffrances corporelles; on se gèle les oreilles et l'on dit qu'elles nous brûlent; on se coupe un doigt et on ressent une brûlure; on parle des "brûlements" d'estomac, etc. Dieu veut donc nous faire savoir que la douleur du feu pénétrera tout l'être en enfer.

 

Dans toutes ces comparaisons, on va toujours trop vite; on se contente d'y penser. Cela ne suffit pas; il faut, comme dit St Ignace, prendre le temps de GOÛTER intimement ces souf­frances. Pour cela il faut du temps, car les sens et l'imagination sont plus lents que la pensée, surtout pour des choses que nous n'avons jamais vues. Il faut attendre qu'on éprouve les mêmes sensations que si nous étions vraiment là.

 

Le goût. Comme on mange au moins trois fois par jour que d'occasions de se mortifier et de comparer les mets qu'on n'aime pas avec toutes les choses amères de l'enfer! Si un mets n'est pas contraire à la santé mangeons-le quand même il est un peu désagréable au goût; ce n'est qu'un échantillon d'enfer que Dieu nous présente. Qu'on fasse ainsi pour l’ouïe et l'odorat.

 

Si on est porté à dire que cela n'a pas de bon sens de tant souffrir, c'est bien vrai. Mais le damné a-t-il mis du bon sens dans sa vie? Avait-il du bon sens quand il préférait un plaisir d'un instant aux joies éternelles du ciel? Avait-il du bon sens en suivant son animal au lieu de suivre sa raison? Avait-il du bon sens quand il suivait sa raison au lieu de suivre la lumière divine de la foi? Avait-il du bon sens quand il continuait de pécher sachant qu'il serait condamné à l'enfer? Eh bien! Qu’il souffre maintenant sans "bon sens"!

 

Souffrance de l'intelligence, ce sera le désespoir. C'est un point très difficile à se représenter pour nous qui sommes tant aux choses sensibles de la terre. Tout de même, il est bon d’essayer avec la grâce de Dieu de s'en faire une idée. La Sagesse a un beau passage sur ce désespoir des damnés, Ch.5.

 

 "Les méchants seront agités d'une horrible épouvante; ils seront dans la stupeur devant la révélation du salut. Ils se diront pleins de regrets et gémissant dans le serrement de leur coeur: Nous avons donc erré loin du chemin de la vérité; la lumière de la justice n'a pas brillé sur nous et sur nous ne s'est pas levé le soleil. Nous nous sommes rassasiés dans la voie de l'iniquité et de la perdition, nous avons marché dans des déserts sans chemins et nous n'avons pas connu la voie du Seigneur. A quoi nous a servi l'orgueil? Et que nous a rapporté la richesse avec la jactance? Toutes ces choses ont passé comme l'ombre, comme une rumeur qui s'enfuit, comme le navire qui fend l'onde  agitée  sans  qu'on   puisse  trouver  la  trace  de  son passage..."

 

Le mal de l'intelligence sera d'avoir eu les moyens de se sauver et d'en avoir abusé; ce sera sa sottise d'avoir mis son bonheur dans les échantillons au lieu de le mettre dans les perfections divines et d'avoir suivi les démons au lieu de suivre J.C. Elle comprendra que c'est elle qui a opéré sa condamna­tion et qui a choisi le chemin de l'enfer malgré les aver­tissements fréquents de sa conscience et des bons prêtres et des bonnes personnes que Dieu a mises à côté d'elle.

 

Quand elle pensera au bonheur ineffable du ciel qu'elle aurait pu avoir et qu'elle se verra dans le feu et torturée par les démons pour toute l'éternité, voilà ce qui fera son désespoir. Pourquoi ne pas faire tout de suite cette comparaison qui pour­rait nous être si utile en ce monde au lieu d'aller la faire en enfer? Mais ceux qui sont pris par l'ensorcellement des plaisirs ter­restres ne sont pas capables de s'arrêter assez longtemps dans le silence et la solitude pour comparer les deux éternités. Elle sait qu'il n'y a pas l'ombre d'un soulagement à ses souffrances en perspective, son malheur est inexorable et irrévocable et tout est sa faute.

 

On peut se faire une idée de ce tourment en essayant de voir l'angoisse de Judas et des suicidés qu'on peut avoir con­nus. Ils souffrent tellement qu'ils ne se sentent pas la force d'endurer leur malheur plus longtemps. Or en enfer, il n'y aura pas de suicide possible.

 

A suivre

Extrait de : MES RETRAITES.  Père Onésime Lacouture. S.J.  (1978)

 

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