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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 21:49

CHAPITRE II AIMER - CONNAITRE – SENTIR  (Deuxième partie)

« Respecter la liberté »... Eh oui, ce sommet de l'âme qui n'est pas de ce monde, par l'union de notre nature à la nature divine, c'est de lui que procède notre liberté. Et ce pouvoir de déranger l'ordre naturel, c'est bien lui qui nous fait des hommes ! Or, il engendre la souffrance ! Certes, mais un Dieu d'amour n'aurait pas voulu imposer son amour. Un Dieu d'Amour n'aurait pas créé des pantins dont il tirerait les ficelles, il aurait été, en somme, en face de lui-même : un monde absolument dépendant serait encore Lui-même ! Abîmes de solitude pour un Dieu qui aurait créé un monde sans trace de liberté. Il nous donne le pouvoir de nous opposer à sa Volonté pour nous donner le mérite de l'accepter, pour être glorifiés par notre volonté plus que nous ne le serions par une soumission aveugle et instinc­tive. Homme : l'être créé le moins possible afin qu'il se crée lui-même.

 

Le silence de l'amour est la réponse la plus digne au mystère du mal. C'est pourquoi je crains de pénétrer, ne serait-ce qu'un petit peu, à l'in­térieur de ce mystère avec les gros sabots de la pensée discursive. Mais la raison menée par la foi, comme l'aveugle de la fable, dirigé par le paralytique qui voit, peut éviter les embûches...

 

En vérité, si Dieu ne crée pas des créateurs, il n'est pas Dieu, mais fabricateur d'automates ! Il donne l'être ; et l'être répond librement à ce don. Il refuse ou accepte le don. La liberté, c'est l'épreuve de l'être qui se fait. L'étincelle créa­trice est, ici-bas, dans l'homme seul : il est libre de l'éteindre ou de l'allumer. S'il l'éteint, comme aujourd'hui, qu'il n'accuse pas Dieu des ténèbres qui l'entourent !

 

« Si Dieu existait, il ne permettrait pas cela ! »... Dieu existe, mais pour que «cela» n'existât pas, il aurait fallu que l'homme n'exis­tât point ! Car il ne peut exister sans liberté ; il doit choisir et il a choisi : qu'il ne se plaigne pas de vivre, en faisant un monde sans Dieu, au milieu de toutes les calamités que j'ai men­tionnées au début de ce livre. Le malheur ? C'est son choix. Dieu n'abandonne que ceux qui l'abandonnent. Il ne retire ses dons qu'à ceux qui les repoussent.

 

J'ai, bien entendu, toute liberté de refuser l'union au Christ, mais, pour autant, je serai infi­dèle à mon être même : source de mon malheur...

 

La grâce divine est comme l'eau d'une source intarissable : elle ne demande qu'à se déverser et fertiliser les plaines ; ce qui l'en empêche, c'est le barrage de notre libre volonté... Tragique barrage !

 

Ainsi Dieu attire par les touches ineffables de la grâce : il ne violente pas notre liberté, mais il l'éveille ; et c'est à nous d'y consentir, en évi­tant les barrages...

 

O Amour infini et incompréhensible ! Tu as consenti au pouvoir de te nier !

 

Dieu est pour l'homme l'être le plus effacé, le plus impuissant, en lui donnant sa puissance afin qu'il s'achève lui-même. L'effacement de Dieu en nous est le témoignage du parfait amour. Mais cet effacement n'est pas total : Dieu nous envoie, au sommet de notre âme, des signaux : la souffrance et la joie. La première, pour nous indiquer la voie qui mène aux abîmes ; la seconde, pour celle qui monte vers le bonheur qui ne meurt pas.

 

Le feu de l'amour divin demeure toujours au sommet de l'âme ; même s'il est couvert par la cendre il n'est jamais éteint, — et il « brûle » quand l'ordre de la nature est menacé !

 

Le minéral, le végétal et l'animal ne peuvent intervenir dans l'ordre de la nature. Leur exis­tence réalise leur essence. Et c'est pourquoi, en ce qui les concerne, on peut à peine parler de souffrance et de joie. (On peut parler de plaisir et de douleur, signale­ments du corps ; et ceux-là mêmes sont moins intenses que chez l'homme dont le système nerveux est plus déve­loppé. Je reprendrai plus loin cette question pour réfuter certaines objections.)

 

Seul l'être humain, je le répète, en disposant librement de son essence, éprouve dans son âme et sa chair, ces signaux puissants. Il refait sa nature à ses risques et périls ; et ce sera la joie ou la souf­france, son salut ou son dam, selon l'agence­ment fidèle ou infidèle à son essence. Mais aban­donnons cette question pour le moment.

 

                                                            ***

 

Regardons d'un peu plus près le palier suprême de l'humain, celui qui, précisément, a le pouvoir de parfaire ou de défaire l'ordre naturel : le seul où nous nous sentons vraiment actifs, — libre­ment actifs...

 

C'est un pouvoir qui se présente, à son tour, sous trois aspects : l'amour, la lumière intuitive de l'intelligence et la volonté. (C'est ce que Pascal appelait « l'esprit de finesse » en le distinguant de « l'esprit de géométrie » : le premier engendre le second qui ne fait que figer dans la durée et l'étendue ce que l'autre a découvert. C'est la connais­sance transmissible.)

 

Le premier nous donne le pouvoir d'adhérer au réel ; la seconde de le saisir en un instant en reliant les choses les plus lointaines entre elles ; la troi­sième, d'agir et transformer le réel : tous les réels ! Ceux qui sont en nous et hors de nous : trois pouvoirs unificateurs.

 

Et d'abord, cette puissance trinaire est fragile dans l'homme (Il ne faut pas la confondre avec l'ensemble de l'âme humaine : aimer, connaître, sentir, dont elle n'est que le premier terme et où elle est désignée par ce qui la caractérise le plus : « aimer ».)  (Il ne faut pas oublier qu'elle est blessée par la chute originelle ; cette chute qui a, précisément, culbuté la hiérarchie de la nature humaine.)

 

Elle est à éclipses : veille sommeil. En outre, même à l'état de veille, son pouvoir unificateur varie : il va en dimi­nuant de l'attention active et amoureuse à la distraction, de la distraction aux fariboles et impulsions de la rêvasserie, au sommeil aux yeux ouverts. Et ce dernier état (où nous nous sentons passifs) peut même empiéter complè­tement sur l'état de veille ; et alors, plus d'unité ! Et le manque d'unité, c'est le chaos, le tirail­lement intérieur, c'est l'inquiétude, c'est la tour­mente, c'est le malheur ! Le pire malheur, celui qui vient du dedans.

 

Ce qu'on appelle l'aliénation — qui court les rues aujourd'hui — n'est donc autre chose que l'affaiblissement, puis la disparition du triple pouvoir unificateur.

 

Quelle en est la cause ? Pour y répondre, il faut se rappeler que l'âme possède, en plus de son centre unificateur, une périphérie agissante composée d'idées, de sentiments, de sensations et souvenirs, tout un monde tur­bulent ; car si le premier unit amoureusement, le second disperse anarchiquement. Voici la cause première de nos malheurs : le refoulement du moi et de son pouvoir de dominer la périphérie de l'âme. La rupture entre l'âme et son moi !

 

Si l'homme normal était réduit, uniquement, à une foule anarchique d'éléments, il ne pourrait pas se diriger, vraiment, du dedans, il serait incapable d'agir véritablement : d'où viendrait-il, son pouvoir de brider son âme, de corriger ses défauts, de remédier à ses déficiences ? Ce pouvoir qui réduit au silence « la folle du logis », qui impose de nouvelles disciplines, qui nous rend « maîtres à bord » et nous donne, en un mot, la paix de l'âme...

 

Eh bien, c'est sa ruine actuelle, du haut en bas de la société, qui engen­dre nos malheurs et le monde chaotique où nous vivons. Quand on pense à la faiblesse de nos hommes d'État, aux lamentables « Guides » des nations modernes, on ne peut plus en douter : impossibilité d'agir véritablement, de se diriger du dedans ; impossibilité de résister aux événements, de ne pas être porté, comme feuille au vent, dans « le sens de l'histoire »... ( Un Roosevelt « défenseur de l'Occident », qui offre à l'ennemi de l'Occident la moitié de l'Europe ; un Eisenhower qui reçoit triomphalement le représentant d'un pouvoir qui veut la mort de l'Amérique ; un Libérateur qui « libère » en particulier l'Empire français et s'apprête à céder enfin ses derniers bastions. Et l'on trouve tout cela parfaitement normal... Et si l'on proteste, on est considéré comme un pauvre écervelé, un extrémiste, un toqué !)

 

                                                          ***

 

Mais revenons aux vérités éternelles. Le moi est à l'âme ce que l'âme est au corps. Pour l'âme autant que pour le corps, l'unité ne consiste pas dans l'activité de leurs éléments qui, au con­traire, tendent à échapper à cette unité, à la dis­perser et à la ramener à leur niveau. Pour l'âme comme pour le corps, il existe une force qui orga­nise les éléments. Quant elle disparaît pour le corps, c'est la mort ; et pour l'âme, c'est la ruine. Cette ruine est à l'âme ce que la mort est au corps. Sur les deux plans, la force qui unit s'éva­nouit : double malheur.

 

L'âme a une forme mobile, analogue à la forme corporelle, mais la dépassant infiniment ; le corps a une forme donnée d'avance, son existence développant fidèlement son essence ; tan­dis que l'âme est susceptible de prodigieuses et imprévisibles modifications. Elle est informée par un apport venu du dehors (sensations) et du dedans (intuitions) ; l'âme les «digère» et forme les « cellules » du corps spirituel. Ces « cellules » sont vivantes si elles sont soumises à une activité unificatrice et directrice. L'âme entre en décomposition si cette activité est refoulée. Les « cellules » se séparent, s'anarchisent, se « cancérisent »... et ce sera la débâcle intérieure : le malheur !

 

Voici une définition qui paraîtra étrange au­jourd'hui : Le malheur est une rupture avec la trinité en nous :    amour - intelligence - volonté.   Le   moi humain a ses racines en une réalité divine : Une-Trine. En chaque âme elle est en germe : « Le royaume   des   cieux   est   au-dedans   de vous ». L'âme qui  a rompu  avec elle  renverse,  d'une façon ou d'une autre, l'ensemble de la hiérarchie humaine : aimer-connaître-sentir ; ce sera ou le « sentir » ou le « connaître » qui prendront le dessus. (Par « connaître », j'entends bien la raison discur­sive et non sa source, la perception intuitive de l'intel­ligence.)

 

L'âme qui a rompu avec elle s'affole et tourne sur sa périphérie. Ame instantanée qui ne pourra plus aimer, l'amour étant continuité ; âme mouvante et changeante... qui finira par se fixer   sur   un   point   de   sa   périphérie,   et   ce sera une âme possédée par des idoles. De toute manière, elle se rétrécit. Inversement, une âme enracinée en son centre stable peut s'identifier à toutes choses, et sans se perdre, reculer ses fron­tières indéfiniment. Et cet épanouissement de l'âme, cette harmonie intérieure qui s'amplifie, c'est cela le bonheur !

 

Figurez-vous une sphère qui s'amenuise jus­qu'à devenir un point ou s'élargit jusqu'à devenir aussi grande que l'univers : tel est le corps spirituel de l'âme humaine. (Comme   un    atome   fermé ;    c'est   cela l'enfer : l'âme enfermée.)

 

Le malheur est sur le chemin de la réduction qui tend vers le néant;  (Sartre l'a encore bien compris, mais ne peut pas voir l'autre chemin : celui de l'expansion de l'âme.) le bonheur est sur le chemin de l'épanouissement. Il tend vers sa source d'ori­gine : l'Un-Trine.

 

Or on ne peut pas se tromper. C'est trop clair, c'est trop net : le monde moderne suit, carré­ment, aveuglément, le premier chemin, — et non point le second !

 

Il talonne le Malheur. Et non point le Bonheur...

 

 

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 09:19

CHAPITRE II AIMER - CONNAITRE – SENTIR  (Première partie)

Le plus grand reproche que l'on puisse faire à notre époque, c'est d'assombrir la vie des hom­mes. Or, hélas, ce sont eux-mêmes qui, de toutes pièces, l'ont faite telle qu'elle est, cette époque : ils ont fabriqué leur malheur, ne voulant plus vivre en accord avec leur propre nature.

 

Je vais essayer de mettre en lumière la struc­ture hiérarchique de la nature humaine : aimer d'abord, connaître ensuite, sentir enfin. Tels sont les paliers de la nature humaine : ils ne se trouvent pas au même niveau mais, comme les marches d'un escalier, en hauteur. La nature humaine est verticale : à son sommet, la faculté d'aimer ; elle se manifeste, en sa pureté, par la vie religieuse, la faculté de « relier » l'homme à sa Source et les hommes entre eux. Puis la faculté intellectuelle, qui a son bas niveau incar­né, est la raison discursive : faculté qui tient le milieu. Et enfin, à la base, la faculté de s'émou­voir et sentir, la vie animalo  végétative.

 

Mais, comme il ne s'agit pas de choses maté­rielles qui s'excluent les unes les autres, ces paliers ne sont pas séparés, ils s'entre pénètrent : on ne saurait aimer sans connaître ni connaître sans avoir d'abord senti. Mais ce « d'abord » ne confère pas à la faculté de sentir — comme Condillac, Hume et tant d'autres l'ont cru — la pre­mière place : elle n'est qu'une condition et non une cause. La « cause » est dans la prodigieuse faculté d'aimer, dans le pouvoir de s'identifier en esprit à autre chose que soi. Échelonnés dans l'ordre de leurs valeurs hiérarchiques, il y a donc d'abord l'amour, puis la connaissance et enfin la sensibilité : triple essence de la nature humaine.

 

Réalité objective. Il ne dépend pas de notre volonté qu'elle soit ou ne soit pas. Ce que notre volonté peut faire, c'est de déranger la hiérarchie naturelle ou de s'y conformer.

 

Cette structure est commune à tous les hom­mes. Mais elle s'accomplit dans l'existence de chaque homme de manières différentes.

 

L'aberration de l'existentialisme est de croire que l'homme crée son essence, lorsque, en fait, elle est donnée d'avance. Il ne la crée pas plus que la violette ne crée sa forme : elle est en son germe et ne fait que l'épanouir. La seule diffé­rence c'est que l'homme peut modifier l'agence­ment intérieur de son essence. Par sa libre volonté.

 

Par conséquent, si sur le plan de l'essence — réalité immuable — il ne saurait s'agir de varia­tions, sur le plan de l'existence les hommes ne présentent pas la même stabilité.

 

La hiérarchie aimer connaître sentir varie donc dans l'existence, non seulement d'un homme à l'autre, mais dans le même homme au cours de sa vie. Mobilité effarante due à la liberté des humains...

 

                                                            ***

 

En premier lieu, la hiérarchie de la nature humaine se développe au cours de l'existence en sens inverse.  (Selon l'adage scolastique, seul valable pour tontes les évolutions dans le temps : « Le premier dans l'inten­tion est le dernier dans l'exécution ».)

 

L'enfance est dominée par la sensibilité et la vie animalo végétative ; la jeu­nesse, par les acquisitions de la connaissance ; la maturité, par l'amour, la possession de soi et le don de soi : l'une, d'ailleurs, ne va pas sans l'autre.

 

A l'époque où nous vivons, le grand nombre s'arrête à l'état de l'enfance. Il s'arrête donc à l'état où la hiérarchie est renversée. Ne fait-on pas tout pour surexciter l'infantilisme sensuel ? Ne nie-t-on pas le palier suprême de l'humain ? Dans le monde actuel neuf hommes sur dix n'arrivent pas à la vraie maturité, c'est-à-dire à réaliser leur essence de haut en bas avec sa hiérarchie naturelle.

 

A ce point de vue, les hommes ont perdu en qualité ce qu'ils ont gagné en quantité : ils vivent plus longtemps (50.ans de moyenne ; au moyen âge : 30 ans), mais ils arrivent plus difficilement à l'épanouissement complet de leurs âmes. D'où la raréfaction des génies, des Pascal, des Dante, des Shakespeare Humanité larvaire dont l'aspect technique n'est qu'un leurre et le progrès moral une illusion. (C'est sans doute pourquoi on ne parle aujourd'hui que « d'humanité adulte », de « peuples devenus ma­jeurs », etc...)

 

Autrefois, en effet, on vivait moins, mais on mûrissait plus vite : à quinze ans on était un homme. (Cela parce que le christianisme avait le goût de la virilité et n'aimait pas la facilité ; il conseillait « la porte étroite ». Le Christ n'hésitait pas à demander de l'héroïsme : « Qui perd sa vie à cause de moi la sauve »... « Abandonne tout et suis-moi », etc... L'ancien régime avait du nerf, l'actuel a des nerfs...)

 

C'est à trente ans que la civilisation moderne permet à l'homme de s'approcher de l'âge viril, — et encore ! On sait, par exemple, que les Américains restent toujours de grands enfants. Et les Français laïcisés qui raffolent du ballon ? Le stade n'est-il pas la cathédrale du monde moderne ? Les foules puériles ne commu­nient-elles pas en leurs dieux adorés : les vedettes du Muscle ?

 

On sait aussi que le désir se lève bien avant que l'amour apparaisse. C'est l'âge de la puberté. D'où la sexolâtrie d'une humanité arrêtée dans son développement.  (Cette sexolâtrie s'est développée selon un plan arrêté : « Popularisons le vice dans les multitudes ; qu'elles le respirent par les cinq sens... Faites des cœurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques».) (L'Église Romaine face à la Révolution, p. 148. Ouvrage que Pie IX demanda à Crétineau-Joly).

 

Et l'art moderne ? Une diarrhée infantile. Un art de pouponnière. N'est-il pas vrai pour le faux primitivisme et les balbutiements ridicules de la peinture abstraite, pour les cacophonies vagissantes de la musique, pour les caricatures de marmots de la sculpture, pour les obscénités inconscientes de la littérature ? Et que l'on n'y cherche point, bien sûr, la pureté de l'innocence, mais ce qu'il y a dans l'« âge ingrat » de bêtichon, de maladroit, d'animal, de barbare et de cruel...

 

Les peuples sont comme on les fait : si les peuples occidentaux ne se préoccupent que de bien boire, bien manger et se distraire — à nous les « week-end », les « cocktails », les cinémas ! — c'est parce qu'ils sont stoppés au stade animalo- végétatif par une société qui a renversé la hiérarchie de la nature humaine et empêche l'homme d'acquérir sa véritable taille. Le ventre et le bas-ventre, d'abord. L'âme, l'esprit, Dieu ? Des « superstructures » illusoires et dépassées ! C'est là une première ébauche, je ne cherche pas ici à traiter complètement cette question d'une humanité « demeurée ».

 

Ce n'est pas que les hommes aient changé ; qu'ils soient devenus plus mauvais ; mais leurs bas instincts sont encouragés par l'idéologie laïco démocratique, laquelle a détruit l'armature qui jadis les soutenait, les aidait à lutter et à s'élever. Au moyen âge il y avait des tares, des abus et des vices, mais rien n'était perdu parce que la Croix restait debout, l'ordre de la nature humaine respecté. On pouvait toujours retrouver la paix de l'âme parce que la société n'avait pas quitté le Vrai. Ce qui est grave aujourd'hui, c'est la perversion des principes, la proclamation solennelle de l'Erreur. Les tares, les abus et les vices trouvent leur vigueur dans les doctrines officielles.

 

« De la forme donnée à la société découle le bien ou le mal des âmes », disait Pie XII... En vérité, la société, en freinant le mal, vise le bien.

 

Le mal d'une époque ne m'indigne pas. Ce qui me navre aujourd'hui c'est qu'il n'a plus de poids compensateur ; le monde est le même, mais en un monde sans religion le mal fait basculer la cité.

 

La civilisation chrétienne invitait la liberté humaine à collaborer à l'ordre du monde ; la Révolution ne l'incite qu'à le détruire ; et il ne s'agit pas de ruiner un quelconque « ordre éta­bli», mais tout l'ordre de la création, et la mis­sion de l'homme dans la création !

 

Si l'on crevait le paravent d'hypocrisie der­rière lequel se cache la démocratie, on verrait son visage grimaçant qui doit ressembler, comme deux gouttes d'eau, à celui de l'Ennemi de l'homme.

 

Ce n'est pas là une crise passagère. C'est l'effondrement définitif d'une doctrine qui a dégradé la nature humaine, qui a changé le sang en boue. Tout est boue aujourd'hui, des fonda­tions au faîte ! Tout s'embourbe ! Nous voyons s'effondrer dans la fange l'inversion de la nature humaine — sentir, connaître, aimer ! — qui, partie de la Renaissance, reçut sa consécration à la Révolution. Un fleuve empoisonné à sa source, qui a infecté tout sur son parcours !

 

Il faut chercher le mal à sa racine. Sans cela on ne comprend rien à la disparition de la joie de vivre sur cette terre.

 

Mais alors il existe une relation entre l'er­reur (Je retarde : il n'y a pas d'erreur et de vérité ni de bien et de mal ; la fleur ne se distingue pas de la feuille, ni la feuille de la racine, ni la racine du fumier qui la nourrit : le fumier vaut la fleur... tout se vaut, tout est indifférent !... je m'excuse...) et le malheur ; et une autre entre la vérité et le bonheur.

 

Nous le verrons mieux tout à l'heure ; il me suffit de dire ici que la route des hommes, qui grimpe sur une mon­tagne, est semée de signaux. (Le but de cette route est le salut des âmes — « jusqu'à ce que le nombre des élus soit complet » — et non pas, comme on le croit aujourd'hui, l'achèvement d'un régime économique parfait ! En réduisant le sens de l'histoire au temporel, on annihile le temporel lui-même, on l'aplatit et on le vide de sa substance. La Jé­rusalem terrestre n'est pas l'achèvement de l'histoire, mais son retour à la Jérusalem céleste. La Technique, quand elle est poursuivie comme but unique ruine à la fois l'existence même, ici-bas, et l'éternité de là-haut.)

 

Ces signaux rouges et verts — souffrances et joies — ce ne sont pas les hommes qui les ont fabriqués ! Ils indiquent les précipices de la montagne ou la voie ouverte pour monter toujours plus haut...

 

L'expérience prouve — et ce sera le sujet du chapitre suivant — que toutes les positions aberrantes, infidèles à l'ordre de l'essence humaine, entraînent un état de malaise qui peut aller jusqu'aux souffrances indicibles du déses­poir.

 

Les philosophes modernes en font grand cas : ils ne parlent que d'« angoisse » et de « nausée ». Bien sûr, ils ne savent pas ce qu'ils représentent, ces signaux, — et s'ils sont même des signaux !

 

Car ils le sont, ces avertissements qui nous arrivent du tréfonds de la conscience (de l'Essence même qu'ils nient !) et qui nous dit : « Qu'as-tu fait de moi ? » Dans le langage mystérieux de la Souffrance — car elle respecte notre liberté — elle insiste : « Qu'as-tu fait de ton bonheur ? »

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 22:08

LA STRUCTURE DE LA NATURE HUMAINE      CHAPITRE I

L'EXPÉRIENCE TOTALE DE L'HUMAIN       (Deuxième partie)

 

C'est « l'Homicide dès le commencement » qui se déchaîne en particulier depuis la Révolution ! C'est lui qui assassine l'homme, avec le concours de l'homme ! — et engendre le malheur sur la terre... Car il faut le dire : sans le « je », sans ce « capax infiniti », l'homme n'est rien. Sans « le Verbe de Dieu qui éclaire tout homme venant au monde». (Prologue de saint Jean), quel anéantisse­ment de l'homme ! Et comme il prend vite, en effet, le goût du néant !

 

Or, à l'heure où nous vivons, tous les philoso­phes, tous les psychologues ignorent ce « rayon divin de liberté », ce « sceau de Dieu » en nous, ce pouvoir de devenir « filii in Filio » !

 

Si l'homme n'avait rien en lui du divin il ne l'aurait jamais conçu.

 

Pour autant que nous appartenons à la nature, nous ne sommes pas des hommes : c'est Dieu dans l'homme qui le fait homme.

 

                                                            ***

Cependant, pour celui qui échappe à l'hypnose collective actuelle, la réalité du moi humain est certaine puisqu'elle se révèle en s'unissant avec tout ce qui lui est étranger. Ce don d'amour inouï ! Ce pouvoir de prendre intérêt à autre chose que soi au point d'oublier l'existence de soi ! Ce phare lumineux de l'attention qui adhère librement à la chose éclairée ! Qui l'épouse et devient cette chose ! (Attention au miracle et à la grandeur de l'esprit ! Il devient l'autre sans devenir autre. Il est le même et autre !). Eh bien oui ! C'est l'esprit libre qui est le pouvoir essentiel de l'homme, qui donne pour lui le caractère de réa­lité à l'objet aimé, qui lui confère librement une valeur, cette valeur qui a pour lui le maximum d'importance.

 

Mais que va-t-il « valoriser » ? Car l'homme peut s'identifier à tout. Il peut s'attacher à sa maison ou à son magot au point qu'il pourrait avoir l'envie de se supprimer en les perdant. Il peut s'attacher à sa peau, se confondre avec son corps et ne vivre que par son corps, au point de croire que sa disparition entraîne la sienne ! Il peut lier son sort à l'une de ses pensées ou à l'un de ses sentiments au point de donner sa vie pour eux. Si tout ceci — qu'il peut être — n'est que son avoir, par quelle mystérieuse appartenance, à certains moments de détachement, l'homme a la certitude de quelque chose qui est lui, qui cesse d'être son avoir ? Certes, à l'époque actuelle on a rendu impossible ce détachement. Car il faudrait savoir encore plonger dans le silence ses sens, ses sentiments et ses pensées, c'est-à-dire, tourner l'amour, non vers le monde, mais vers sa source, vers soi-même, au plus profond de soi-même ! Et là, on ne serait pas devant le néant, au contraire ! On se trouverait au point même où la nature adhère à la surnature, au centre qui ne bouge pas, pendant que tout tourne autour de lui, au moi humain qui est hors du temps, on saisirait le rayon qui jaillit du Centre de tous les centres... On verrait Dieu en soi ! La Cause de son pouvoir d'aimer ! Sa ressemblance divine...

 

Et voici la preuve vivante de l'existence du Dieu vivant. On trouve en soi-même, au plus pro­fond de soi-même une réalité qui transcende la nature ! Et de laquelle on peut s'élancer toujours plus loin, toujours plus haut ! Vers Dieu même !

 

                                                              ***

 

Eh oui, je sais, pour la majorité des hommes qui n'ont pas fait cette expérience, tout ce que je dis là est extravagant... Cela s'explique claire­ment : comment tout cela ne semblerait-il  pas aujourd'hui  extravagant,  puisque  l'homme   ne fait plus attention à lui-même depuis trois siè­cles ! Comment  ce  centre  sacré  que   possède « tout homme venant en ce monde » ne serait-il pas obturé ? L'homme n'est-il pas atteint à la racine même de son être ? Car voici trois siècles qu'il projette le faisceau lumineux de son amour vers   le   monde.

 

Le   développement   inouï   des sciences physiques ne fut possible que grâce à une   attention   vigoureuse   dirigée   uniquement vers ce monde que nous appelons extérieur, — le plus extérieur à l'homme... Le crime perpétré depuis trois siècles, c'est d'avoir mis en haut de l'échelle des valeurs, ce qui est le plus étranger à nous-mêmes : la MATIERE ! Tout le reste est passé dans l'ombre, sauf la zone superficielle de l'intelligence en contact avec les sens : la rai­son (« Il n'y a rien dans cette zone qui n'ait été d'abord dans le sens. » (Cf. saint Thomas). De sorte que l'homme s'est amputé de tout ce qui n'est pas sens et raison. Sensua­lisme et rationalisme mènent le monde contem­porain. Tout le reste est refoulé. L'homme, le véritable, est refoulé ! Et dire que les freudistes nous conseillent de ne pas refouler la bête en nous ! Il y a longtemps qu'elle règne sur nous ! Peut-on s'étonner du « mal de vivre » de notre temps ? Toutes nos amertumes, ne provien­nent-elles pas de l'attachement exagéré à ce qui passe, à ce qui meurt : la bête en nous ?

 

La société actuelle est prise en flagrant délit d'homicide. Ce mélange de sensualisme et de rationalisme qui s'appelle le laïcisme a pénétré partout, dans le sang et la chair de nos contem­porains : il corrompt aujourd'hui les intelli­gences et les mœurs.

 

On a fait souvent la critique de notre civilisa­tion ; elle a semblé singulièrement fragile et me­nacée et elle l'est, en vérité, parce qu'elle n'est plus qu'une coquille vide : pas la moindre intério­rité. Or, on sait que tout ce qui s'est fait de valable en ce monde a été le fruit de l'épa­nouissement de la vie intérieure, cette vie qui n'est possible que dans le calme, le silence et la lenteur. Peut-on encore dans ce siècle d'agitation, de vacarme et de vitesse, retrouver cet épanouis­sement ? Tel est le drame de notre temps : les conditions dans lesquelles l'homme fait sa vie sont telles que rien ne lui permet d'atteindre sa vraie taille, de déployer sa propre nature, — cette nature qui va le rappeler à l'ordre doulou­reusement, — et vainement ! Parce qu'il a perdu le modèle éternel de sa nature : le Christ !

 

Ainsi la vie humaine s'étiole. Elle agonise depuis trois siècles et enfin, rend dans nos bras son dernier soupir...

 

Il ne reste que l'écorce de l'humain. Une coquille vide qui s'effrite et retourne en poussière. Et c'est à cette coquille qui s'effrite que l'homme mo­derne s'accroche comme à son unique réalité ! Homme dont la raison momifiée — parce que coupée de l'Intelligence vive — a cessé de vivre... Comment cet homme ne serait-il pas mort puisqu'il adhère totalement à ce qu'il ap­pelle, précisément, matière morte ? Puisqu'il fait vraiment corps avec elle, puisque son amour la divinise, puisqu'il l'épouse et s'identifie à elle...

 

Comment croirait-il à son immortalité, puis­qu'il s'est enchaîné à ce qui change, se fane et meurt ! Il y a belle lurette qu'il n'a plus rien d'humain, ayant tué ce qui le rendait humain, ce qui le distinguait des bêtes des plantes, des cailloux : son moi immortel, Dieu en lui... Et puisqu'il l'a tué, comment ne le nierait-il pas ? Et se niant lui-même, il ne peut aimer que ce qui est contre lui-même. Frénésie de suicide ! Sa vie ? Une mort perpétuelle.

 

Comment vous voulez que cet homme sache encore ce que c'est que le bonheur ?

 

                                                        ***

 

Le zèle déicide qui a mis à mort le Christ en nous est toujours à l'œuvre en son Corps Mys­tique. Il faut être bien myope pour ne pas le voir agir partout dans le monde qu'il arrose d'une tor­nade de malheurs !...

 

Les régimes que l'homme moderne se donne sont constitutivement hostiles à l'homme dont ils proclament la primauté pour le duper ; et, ensuite, le dissoudre et l'annihiler !

 

Les nations qui n'ont pas Dieu à leur Sommet décapitent en même temps leurs sujets : déicide homicide...

 

Et quelle est donc la nation dont le crime est expié par le monde actuel ?

 

Depuis que la France, tête du corps des nations, se trancha la tête, le monde pourrit de la mort de la France. Et il n'a pas fini de pour­rir...

 

L'Occident sans tête devait ressentir aussitôt les conséquences de ce crime effroyable — et ce n'est pas fini avec les malheurs qu'il attire sur le monde...

 

Autrefois le vent du ciel poussait doucement le beau navire de France qui ouvrait, dans son sillage, la voie des autres navires aux multiples pavillons ; depuis la Révolution, la bourrasque des passions humaines fait se briser le convoi contre les rochers... ET CE N'EN EST PAS FINI DES NAUFRAGES !

 

On paie l'orgueil d'une civilisation qui refuse de porter la croix de Jésus au sommet des nations : elle la porte en saignant sur ses épaules !

 

L'immense désordre de notre temps et les car­nages, toujours plus amples, sont les consé­quences de la condition aberrante que l'huma­nité s'est faite, par vanité, sottise et ignorance de sa vraie nature, de ses vraies valeurs !

 

Alors, je vous le demande encore : quelle sorte de bonheur pourrait-il connaître, l'homme con­temporain ?

 

En fait de bonheur il connaîtra, le malheur d'un monde qui, substituant une partie au tout de l'homme, la partie la moins humaine, déclen­cha un rétrécissement croissant et monstrueux des valeurs humaines.

 

Il y a en Occident beaucoup plus de prison­niers (Sartre le sent mais ne voit pas le remède : Il ne s'agit dans ses pièces que d'âmes emprisonnées : «Huis Clos >, «Les séquestre! d'Altona », « Les mains sales », etc...) Que dans les camps de concentration de l'Orient. Ils sont libres en apparence, mais prisonniers d'eux-mêmes, ayant fermé les portes et les fenêtres qui donnent sur le grand large, sur le divin qu'ils portent en eux-mêmes. Et c'est bien cette prison invisible qui s'est incarnée dans les prisons — douloureusement visibles — d'Orient.

 

Nous vivons à l'époque où les erreurs se chan­gent en faits, où elles reviennent à l'assaut, de plus en plus menaçantes... Réjouissez-vous, ô athées, ô matérialistes, ce monde où l'homme est sans Dieu, et ne vaut pas plus qu'un caillou, ce sont vos erreurs parachevées, entrées dans la chair du monde !

 

La foi catholique nous enseigne que l'homme est à l'image de Dieu, et que le péché a brouillé cette image mais qu'elle n'est pas perdue à jamais : elle est restituée au tréfonds de notre âme par la figure du Verbe incarné. Figure ca­pable de rendre à l'image humaine son origi­nelle pureté. Et c'est ici que nous pouvons saisir le crime effroyable du laïcisme : il arrache l'image intérieure de l'être humain, la marque de son origine, l'appel incessant vers son terme et à sa place il le marquera au fer rouge de la Bête : estampille de tous les malheurs contemporains !

 

Les démocrates athées parlent toujours de « la dignité de la personne humaine sacrée »... Pour­quoi cette dignité ? Pourquoi est-il sacré ce « singe évolué » ? On ne le sait plus ! De toute manière, c'est un singe déconfit et consterné...

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 20:34

TU ES NÉ POUR LE BONHEUR…             1/16

TABLE DES MATIÈRES

première partie

LA  STRUCTURE   DE   LA  NATURE HUMAINE

Chapitre I. — L'expérience totale de l'hu­main    9

Chapitre II. — Aimer, connaître, sentir              25

 

deuxième partie

DÉRÈGLEMENTS CATASTROPHIQUES DE LA NATURE HUMAINE

Chapitre I. — Règne de la Chair ........       43

Chapitre II. — Règne de la Raison ......      61

 

troisieme partie

RELATIVITÉ ET COMPENSATION DE NOS ÉTATS D'AME

Chapitre I. — La relativité intérieure ....             81

Chapitre II. — La loi des compensations….       93

 

quatrième partie CONDITIONS DU BONHEUR HUMAIN

Chapitre I. — L'instinct d'agression et l'ins­tinct d'amour   115

Chapitre II. — Les Béatitudes ..........                                 131

 

PREMIÈRE PARTIE

LA STRUCTURE DE LA NATURE HUMAINE

CHAPITRE I

L'EXPÉRIENCE TOTALE DE L'HUMAIN       (Première partie)

 

Des amis m'ont gentiment conseillé de ne pas écrire ce livre... Le bonheur ? Un livre, à moins d'exalter les plaies de ce temps, est con­damné d'avance... Enfin, si vous vous entêtez à écrire, m'ont-ils dit, ne riez pas des idées qui ont cours ni des goûts morbides de cette basse époque, vous seriez accusé de mettre des bâtons dans les roues du char de l'histoire... Allez ! Faites comme tout le monde, mettez-vous au garde-à-vous devant les idoles du moment qui répandent à profusion le mal de vivre et sur­tout, n'ayez pas l'insolence de rappeler les véri­tés éternelles, vous effaroucheriez les pauvres têtes pleines de mensonges qui prospèrent, à souhait, en ce moment...

 

Vous verrez, cher lecteur, j'ai suivi fidèlement ces conseils...

Et j'ai encore jeté une bouteille à la mer. La voici...

 

Mines soucieuses, propos pessimistes, amer­tume et inquiétude sur les visages, voilà ce que l'on rencontre à l'époque où nous vivons. La jeunesse même est écœurée, désaxée, désemparée. Ne voit-on partout les « houligans », les « teddy boys », les « blousons noirs » se déchaîner et se lancer dans l'agression, le vol, l'assassinat ?

 

Pourquoi la joie de vivre a-t-elle abandonné la terre ? Pourquoi le bonheur s'est-il fait si rare dans ce monde du xx siècle ?

 

Mais en quoi consiste le bonheur ? Expri­merait-il une intime harmonie ? Et la détresse, la perte de cette harmonie ?

 

Comment se manifeste cette musique intérieure qui épanouit l'âme, et dont l'exécutant est invisible ? Cette musique que l'homme recherche toujours et partout... Quand et com­ment peut-il l'entendre ? On ne peut répondre à ces questions et savoir de quoi dépend le bonheur de l'homme, sans savoir d'abord ce qu'est l'homme.

Les systèmes philosophiques, éthiques et poli­tiques qui règnent sur le monde contemporain reposent sur l'homme. Or, ils ne savent plus, ou ne veulent plus savoir, ce qu'est l'homme ou même simplement s'il est. L'idée, que l'on se fait de l'homme et de son destin, décide de son bonheur ou de son malheur. L'idée fausse pro­voque des catastrophes. C'est ainsi que l'huma­nité traverse aujourd'hui une crise d'une am­pleur universelle. D'où vient cette crise ?

 

Depuis la Renaissance un élan toujours plus éperdu porta l'homme à vouloir dominer le monde et à s'approprier ses richesses. Il triomphe de nos jours : l'emprise de l'homme sur la nature est plus forte que jamais. Mais au moment même où il acquiert cette puissance, il en est écrasé. Les monstres d'acier le broient, — en temps de guerre et de paix ! Il obéit sans sourciller à une mécanisation démentielle qui le vide de lui-même en lui imposant son « train d'enfer » : vie fébrile, haletante et bruyante où il ne peut plus entendre la moindre musique inté­rieure !... Et l'esclavage industriel qui augmente de jour en jour ! Et ce ciel de plomb qui étouffe les citadins en les aplatissant contre terre, en les faisant vivre de plus en plus à ras du sol ! Et ils vivent, ces malheureux peuples, comme sous la menace d'un danger imminent... et ils sentent bien que la menace ne vient pas seulement de cette bombe atomique qui peut leur tomber, d'un moment à l'autre, sur la tête... il y a aussi la pol­lution de l'air, de l'eau, du pain et du vin... Et la dégradation des sols, le déboisement ? Et le can­cer des radiations ? Et les vieilles nations écrasées au cœur de l'Europe ! Et les peuples déplacés pour être fourrés dans les usi­nes ; ces foules déracinées, à peine nourries, à peine vêtues, dormant sur le sol, travaillant dans un vertige de fatigue et de terreur, mourant d'hé­bétude et d'épuisement ! Et la prostitution du haut en bas de la société ! Et la traite des fem­mes, et ce monde des bistrots et des taudis ! Et les formidables montagnes de cadavres dont le sang fume devant le temple de la déesse Vitesse !

 

Pourquoi toutes ces calamités ?

Pourquoi la moitié de l'univers est-elle dans les fers tandis que l'autre moitié les attend dans l'hébétude ?

Pourquoi cette expérience la plus décevante et la plus tragique de l'histoire de l'humanité ?

Il doit y avoir, sans doute, en cette civilisation, une erreur sur l'homme et ses valeurs réelles.

                                                        

                                                         ***

 

Il faut se demander si les doctrines actuelles et les manières de vivre qu'elles proposent sont valables. Mais réviser les valeurs actuelles sans aspirer à l'évidence n'est rien. Tâchons d'y parvenir en laissant de côté tous les systèmes. Saisissons directement l'expérience vécue de l'homme dans sa forme la plus concrète. Faisons de simples constatations à la portée de cha­cun.

 

 

I. — L'homme n'est pas son avoir. Il peut s'attacher à lui, par exemple à la maison qu'il habite. Mais sa maison peut disparaître et il garde l'identité de son moi. Il pourrait dire un jour tristement : je n'ai plus cette maison... Là, personne ne peut me contredire... mais attendez !

 

II. — L'homme n'est pas son corps : il change ; et il garde l'identité de son moi. Son corps s'avilit, se détériore. Il peut même être amputé, disparaître en partie. Et il pourra dire un jour : j'ai perdu mon bras droit, mais c'est encore et toujours le même moi !

 

D'ailleurs, comment pourrais-je me confondre avec mon corps ! Il me résiste de tant de ma­nières... Je peux beaucoup, bien sûr, sur mes bras et mes jambes, mais je ne peux rien sur mon cœur et mon ventre : comment se pren­nent-ils, pendant que je pense, j'agis ou je dors, à maintenir la vie de mon corps ? Je n'en sais rien, ma volonté n'y peut rien... Mon corps m'est donc extérieur ; certes, beaucoup moins que la maison où j'habite mais il fait encore partie du monde, il n'est pas moi !

 

III. — L'homme n'est pas ses sensations et ses sentiments : ils changent continuellement et il garde l'identité de son moi. Il constatera le chan­gement en disant : j'ai été amoureux, je ne le suis plus. Ces sentiments, ces sensations m'en­vahissent, me pénètrent et s'en vont... C'est encore un monde extérieur à moi, ce n'est pas moi !... Et mes pensées ? Ne défilent-elles pas sans cesse ? Et n'ai-je pas l'impression d'une résistance en voulant les comprendre, les assimi­ler, ou en cherchant un souvenir ou un mot ? Je me saisis comme distinct de la pensée dans l'ac­tion même où je saisis ma pensée. Par consé­quent les pensées les plus intimes me donnent donc encore l'impression de constituer un monde extérieur à moi-même...

 

Cette impression d'extériorité va donc en s'ac­centuant de mes pensées à mes sentiments, de mes sentiments à mon corps et de mon corps à ma maison, à ce que j'appelle uniquement le monde extérieur.

 

Il y a donc en moi, jusqu'au plus intime de mon moi, des mondes avec lesquels je dois comp­ter, des mondes qui m'assaillent et que je dois dompter. Tout cela est donc mon avoir ; le MONDE, mon CORPS et mon AME, c'est mon avoir... je peux les perdre... je peux perdre aussi mon âme — ou la gagner...

 

IV. — Mais alors, que suis-je ? Qui est-ce « MOI » ? N'est-il pas une illusion ? Et s'il ne l'est pas, quelle est cette réalité, la plus intime de toutes ? Ce témoin permanent, immobile et actif à la fois, que je ne peux saisir que dans ses acti­vités ? Quelle est cette réalité hors du temps par rapport à laquelle j'ai l'impression de l'écoule­ment du temps, cette réalité qui me fait dire : j'ai eu cinq ans, j'ai eu quinze ans, j'ai eu trente ans ? Toujours le même « je » qui assiste au changement !

Eh oui, toutes les résistances que je trouve en moi-même, dans mon corps et dans le monde, impliquent l'existence d'une réalité qui engendre en agissant ces résistances. Nier cette réalité qui est la source de nos états où nous nous sentons actifs, c'est en fait, accepter l'inexistence de l'Homme.

 

                                                              ***

Voici donc quatre modes du réel : matière, vie, âme, esprit (Ce quaternaire n'exclut pas le dualisme classique, corps et âme ; le corps étant fait d'une matière organisée par la vie et l'âme étant informée par une zone périphé­rique que dirige et contrôle un centre actif. En ce cha­pitre, je distingue sans séparer et sans renier la profonde unité de l'ensemble humain, corps et âme ; aussi loin que possible de la séparation cartésienne entre l'âme et le corps !) ou, si l'on veut : minéral, végé­tal, animal, humain. Il n'y aurait pas d'ailleurs deux fois quatre mots s'il n'y avait pas quatre modes du réel : la langue est souvent plus sage que les plus sages qui la parlent...

 

Les philosophes modernes me font béer d'ad­miration lorsqu'ils confondent la vie avec la ma­tière, l'âme avec la vie, et l'esprit avec l'âme ! La réalité est ce qu'elle est : quadruple dans ses manifestations qui ne s'engendrent pas les unes les autres, mais s'englobent les unes dans les autres jusqu'à l'homme qui les contient toutes les quatre.

 

Mais encore quel est ce dernier mode du réel, l'esprit ? Il ne peut se confondre avec les autres : il n'est ni sens, ni sentiment, ni raison, ni une quelconque réalité du monde ; mode d'être qui dépasse toute catégorie logique, qui n'est pas irrationnel, qui est sur rationnel ! Il habite une lumière aveuglante qui n'est que nuit pour la raison. (C'est pourquoi le rationalisme ne peut que le renier.)

 

Mais dans cette nuit apparente toute lumière prend naissance. Ce quelque chose qui résiste à la raison humaine, c'est cela seul qui est vraiment humain !

 

Je vois que je vais parler un langage incompréhensible : qu'est-elle, pour les hommes actuels, une réalité qu'on ne voit pas, qu'on ne touche pas ? Dans ce siècle qui parle toujours de révolutions, il est grandement ridicule de parler d'une révolution qui consisterait à faire attention à soi, au vrai Soi !

 

Pauvres mots qui essaient d'exprimer l'inex­primable ! Pauvres paroles tremblantes en face de l'indicible « toi » ! En face du seul fait essen­tiellement humain ! C'est cela, toi, cher lecteur, ce foyer qui éclaire mais ne s'éclaire pas lui-même... Eh oui ! Tu vois les choses que ta lumière éclaire mais tu ne vois pas la lumière !

 

Or, voilà : c'est bien cette « fine pointe de l'âme », expression de Saint Jean de la Croix, que l'on attaque, c'est ce qu'il y a d'humain en l'homme que l'on ruine depuis trois siècles ! (Opération préparée de longue date. L'Ennemi de l'homme a réussi enfin à détruire l'image de Dieu dans l'homme ! Il est possible d'annihiler le moi humain. Un technicien marxiste peut le refouler et ramener l'homme à son psychisme passif : aux sinistres procès soviétiques, la volonté est supprimée : il n'en reste qu'une bête tra­quée. Mais il y a eu encore des révoltés ; alors les marxistes ont trouvé mieux : ils sont en train de fabri­quer une nouvelle race d'humains en Sibérie où il existe des centres d'élevage d'enfants robots nés par insémina­tion artificielle et que l'on rend totalement passifs. Le beau travail commencé en Occident est fignolé en Orient...)

 

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 02:24

III —EN QUOI FAUT-IL SURTOUT DONNER   L'EXEMPLE ?

Le chrétien doit évidemment don­ner l'exemple de toutes les vertus: foi, espérance, charité envers Dieu; tempé­rance, justice, prudence, force; patience, douceur, humilité, indulgence, miséri­corde, support mutuel, etc... Personne n'est dispensé de pratiquer telle ou telle vertu. Il faut nous efforcer de les pra­tiquer toutes et le plus parfaitement possible.

 

Mais il y a une vertu qui devrait émerger chez tout chrétien, précisément parce que Nôtre Seigneur a voulu en faire le signe distinctif de ses disciples : LA CHARITE FRATERNELLE. Le divin Maître revient sans cesse sur l'importance de ce précepte. C'est SON commandement. "Ceci est mon comman­dement: que vous vous aimiez les uns les autres." C'est le renouvellement qu'il apporte à l'humanité régénérée en lui et par lui : "Je vous donne un comman­dement nouveau." Il apporte cette loi d'amour universel, non seulement en paroles, mais en actes, et pour ainsi dire par tout lui-même : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." (Jean, XIV, 34)

 

De par la volonté même de son Fon­dateur, l'Église (Ici, il est question de la véritable Église) est une communauté de charité. Son but, son objet, sa mission pas de dette envers personne, sinon celle de l'amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. Et plus loin il ajoute: "La charité est donc la loi dans sa plénitude" (Rom., XIII, 8-10).

 

"Mais si le Christ, après les pro­phètes, insiste si fortement, en actes et en paroles, en commandements et en paraboles, sur la nécessité d'aimer effec­tivement le prochain, c'est qu'il sait bien que cela reste toujours pour nous le plus difficile. Il faut toujours y insister, car cela a toujours besoin de progresser. L'amour fraternel, condition de notre vie de fils de Dieu, est à la fois le point de départ de tout, puisque sans lui il n'y a pas de grâce, et le sommet de tout, car la perfection de la charité, c'est la perfection même et l'achèvement de la vie dans le Christ. Il n'y a pas de voie mystique plus haute que celle-là" (Lochet, Fils de Dieu, pp. 252-253).

 

Ceux qu'intéressé la rénovation spirituelle de notre temps devraient méditer davantage cette vérité fonda­mentale du christianisme.

 

Puisse chacun d'entre nous prati­quer cet apostolat du bon exemple dans son milieu et mettre l'accent sur l'exer­cice de la charité fraternelle sous toutes ses formes. Le salut du monde est à ce prix.    Fin

 

Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chrysostome)

 

 

Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur:   André Bilodeau, o.m.i.

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:14

II —SON   EXCELLENCE

1 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   GÉNÉRAL

 

On prêche beaucoup aux chrétiens d'aujourd'hui la nécessité d'être apô­tres. Voilà une obligation qui ressort directement de leur titre de baptisés. Mais tous ne peuvent exercer tous les genres d'apostolat à la fois et réussir dans toutes les formes du zèle.

 

La diversité des talents, des con­ditions de vie, des circonstances de mi­lieu, des devoirs d'état de chacun: autant d'éléments qui font varier à l'in­fini les formes de zèle et d'apostolat. Certains n'ont ni le temps ni les capa­cités d'adhérer à tel ou tel mouvement apostolique.

 

Mais il y a une forme d'apostolat très simple, facile, et à la portée de tous: c'est le bon exemple. C'est le moyen le plus général et dont personne n'est dispensé. Tous n'ont pas le talent d'écrire des ouvrages ou de simples articles de journaux pour faire rayonner la foi catholique; de prononcer des dis­cours et des conférences sur la religion. Mais tout chrétien peut et doit donner le bon exemple. Il le doit à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Eglise, à son prochain.

 

Par le seul fait de sa vie irrépro­chable, de ses vertus, de sa tendance à la perfection, le vrai chrétien exerce, à son insu, une grande influence autour de lui. Il donne l'exemple de la pureté, de la charité, de la miséricorde, de la patience, de la justice, de la tempérance. Ainsi non seulement il prouve par sa conduite que la pratique de ces vertus est possible, mais il contribue à les faire aimer et désirer par son entourage.

 

On raconte que les soldats romains chargés d'arrêter Sainte Cécile furent si édifiés par l'exemple de la jeune vierge que l'un d'eux ne put s'empêcher de s'écrier: "Vive le Christ qui a une telle servante!" L'exemple de notre vie porte-t-il les ennemis de la religion et tant d'autres témoins de nos actes à s'écrier en nous voyant: "Vive le Christ qui a un tel disciple!"

 

2 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   PERMANENT

 

Le bon exemple a un avantage sur d'autres formes d'apostolat: celui d'être permanent. Nous sommes des êtres limités. Nous ne pouvons guère être en continuelle activité apostolique. Notre bon exemple peut prêcher et, de fait, prêche continuellement. Soit que nous travaillions, soit que nous priions, soit que nous nous reposions, soit que nous soyons malades ou bien portants, nous exerçons constamment cet apostolat du bon exemple. Quelque chose de surna­turel se dégage de notre vie et révèle Dieu. Le bon exemple est un parfum surnaturel, parfois insaisissable, mais qui a une grande force de pénétration, et cela d'une façon permanente. Il est "cette bonne odeur du Christ" dont parle saint Paul.

 

Qu'il est consolant de penser que, souvent même à notre insu, par le seul fait que nous vivons le plus chrétienne­ment possible et que nous cherchons à devenir de plus en plus semblables à Jésus, nous faisons du bien, nous rayon­nons autour de nous et nous exerçons cet apostolat du bon exemple. L'Évan­gile nous dit "qu'une vertu sortait de Jésus-Christ". Il en est ainsi pour le chrétien qui donne l'exemple. Une vertu sort de lui et révèle le Christ. Et cela toujours et partout.

 

3 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   EFFICACE

Pour nous prouver d'une façon élo­quente l'efficacité de cet apostolat, Nôtre Seigneur ne pouvait mieux faire que de passer la plus grande partie de sa vie, soit trente ans, à donner l'exemple, Il ne s'en est réservé que trois pour les œuvres extérieures. Dans les Actes des Apôtres, il est dit de Lui : "Il a commencé par faire avant d'enseigner".

 

Saint Grégoire nous dit à son tour : "Le moyen le plus sûr de gagner des âmes à Dieu, c'est de les attirer par l'exemple". Et saint Bernard: "Les hommes suivent plus qu'ils n'agissent. Ils ne sont menés ni par la raison, ni par la réflexion, mais par l'exemple".

 

On peut même affirmer que toutes les autres formes d'activité apostolique n'ont d'efficacité que si elles sont sou­tenues par le bon exemple de celui qui les exerce: "L'apôtre n'est pas seule­ment un homme qui enseigne la religion par la parole, disait Lacordaire, c'est un homme qui prêche l'Évangile par tout son être et dont la présence seule est déjà comme une bienfaisante apparition de Jésus-Christ".

 

En lisant les Confessions de Saint Augustin, on voit quelle lutte il eut à soutenir pour changer de vie. Au mi­lieu de toutes ses hésitations, il se disait, en voyant autour de lui tant de belles âmes demeurées vierges et pures : "Ce que sont celles-ci, pourquoi ne le serais-je pas?" Ce fut là le début de sa conversion.

 

Dans un discours aux représentants du 4e Congrès International de la Jeu­nesse catholique, S.S. Pie XI, après avoir énuméré les principales formes d'apostolat: la prière, la parole, la pro­pagande des œuvres, la charité indivi­duelle, domestique, sociale, universelle, termine en insistant sur l'apostolat si efficace que l'on peut exercer par une vie pleinement catholique:

 

"...Le grand apostolat de votre vie, toujours exposée au grand jour, sans ostentation, mais aussi sans crainte, sans timidité, aux yeux de tous ceux qui verront votre vie chrétienne, catho­lique, mais solidement, généreusement et ouvertement telle. Pourrait-il y avoir un autre apostolat qui eût plus d'effica­cité que celui dont le grand Évêque et martyr saint Cyprien parlait aux per­sécuteurs de son temps, quand il disait aux païens: " Nous ne perdons pas notre temps à discourir, mais nous vivons. Et voyez comment nous vivons. Tel est votre apostolat de toutes les heures" (Pie XI, 19-9-25).

 

Pie X insiste sur la même vérité: "Si l'esprit n'est pas réglé d'après une conduite vraiment chrétienne et sainte, il sera difficile de promouvoir les autres au bien". Et il ajoute: "Tous ceux qui sont appelés aux œuvres catholiques, doivent être des hommes d'une vie tellement exempte de tache, qu'ils servent à tous d'exemple efficace".

 

Il nous faut, à l'heure actuelle, des laïcs, des prêtres qui, par l'exemple d'une vie sainte et apostolique, apporte­ront à notre monde un regain de vie, de ferveur, et lui donneront un élan nou­veau. Trop de bons prêtres, trop de bonnes religieuses, trop de bons chré­tiens, pas assez de saints et de saintes. Si la science est nécessaire pour faire du bien aux âmes, la sainteté l'est davantage. "Un homme saint, parfait et vertueux, dit sainte Thérèse, fait en effet plus de bien aux âmes qu'un grand nombre d'autres qui ne sont qu'instruits et mieux doués".

 

Mais à quelle condition surtout ce bon exemple aura-t-il sa pleine effica­cité?

 

A la condition d'émerger, de sortir de l'ordinaire. On fait du bien non pas tant par ce qu'on dit ou par ce qu'on fait que par ce qu'on est. Plus cet exemple sera attirant, captivant, plus il entraînera et influencera l'entourage. Un bon exemple ordinaire ne suffit pas aujourd'hui, il faut un bon exemple extraordinaire, héroïque.

 

D'où vient que Jean-Baptiste s'est attiré tant d'adeptes? C'est qu'il était, selon le mot de l'évangile, "une lampe ardente". Voilà pourquoi "beaucoup ont tressailli à sa clarté".

 

Cela est plus vrai encore pour Nôtre Seigneur: bien plus encore que son enseignement, c'est la sainteté de sa vie, son exemple: 

Un exemple héroïque qui entraînait: sa pauvreté, de la crèche au Calvaire:

Hé­roïque ! Son obéissance jusqu'à la mort de la croix :

Héroïque ! Son humilité de­vant tant d'accusateurs:

Héroïque ! Sa patience dans la formation de ses apô­tres:

Héroïque ! Son audace devant les pharisiens :

Héroïque ! Sa bonté, sa misé­ricorde à l'égard des pauvres pécheurs:

Héroïque ! Sa douceur tout au long de sa passion :

Héroïque ! Son acceptation de la souffrance:

Héroïque ! Son amour pour les hommes, même pour ses ennemis 

Héroïque ! Toute sa vie provoque l'ad­miration, séduit, inspire le désir de l'imiter.

 

Le genre humain se laisse conqué­rir par ce qui dépasse la moyenne. Il nous faut plus qu'une honnête vertu et quelques talents naturels pour séduire et entraîner les masses ; il faut émerger, sortir de l'ordinaire. Saint Ignace de­mandait à ses compagnons d'être "in­signes" dans le service de Dieu. Insigne veut dire remarquable, qui frappe, qui sort des sentiers battus. Tout apôtre doit aussi viser à devenir insigne, à l'exemple du Maître, à l'exemple des saints, ses imitateurs.            (A suivre)

 

Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chryssosome)

 

Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur:  André Bilodeau, o.m.i. 

 

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 13:32

Introduction

Le devoir de l'apostolat s'impose à tout chrétien comme une exigence de son baptême. Mais les formes diverses d'activité apostolique ne sont pas pour tous. Un genre particulier d'apostolat convient à l'un et pas à l'autre.

 

Mais il est un apostolat dont ne peut se dispenser aucun chrétien: c'est l'apostolat du bon exemple. Qu'il le veuille ou non, qu'il y pense ou non, le chrétien, par toute sa vie, est toujours un exemple en bien ou en mal.

 

LE BON EXEMPLE: voilà un apostolat auquel nous pensons rarement peut-être, et pourtant, tous sont tenus de l'exercer.

 

Cette nécessité ressort de l'ensei­gnement de Nôtre Seigneur, de saint Pierre et de saint Paul. C'est la meil­leure des prédications et la plus néces­saire pour l'extension du règne de Dieu dans le monde. C'est de tous les genres d'apostolat, le plus général, le plus permanent, le plus efficace. Il aura d'autant plus d'influence qu'il sera transcendant et héroïque.

 

Enfin, la charité fraternelle sera le point prin­cipal sur lequel devront porter nos efforts de chrétien dans l'exercice de cet apostolat.

 

I — SA   NÉCESSITÉ

Cette nécessité du bon exemple est fondée sur l'enseignement des Saintes Ecritures. Ouvrons l'évangile et les épîtres des Apôtres. Nous y verrons exprimé et formulé presque à chaque page ce grand précepte de l'apostolat par le bon exemple.

 

1 — NOTRE-SEIGNEUR

Dans le Sermon sur la montagne, le divin Maître appelle ses apôtres "le sel de la terre" et "la lumière du mon­de". Et cette recommandation, il la fait à tous ses disciples. "Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée quand elle est située sur une montagne. Et on n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la mai­son. Qu'ainsi donc, ajoute le Maître, luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les deux" (Matt. V, 14-17).

 

Nôtre Seigneur tient tellement à ce que le chrétien donne le bon exemple qu'il a prononcé des paroles terribles contre ceux qui, au lieu d'édifier, scan­dalisent le prochain : "Malheur au mon­de à cause de ses scandales! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales; mais malheur à celui par qui le scandale arrive. Mieux vaudrait pour lui avoir une meule d'âne suspendue au cou et être précipité au fond de la mer" (Matt. XVIII, 6-7). Le divin Maître a rarement fulminé des anathèmes aussi terribles. Si Jésus condamne à ce point le scandale, c'est qu'il veut voir chez tous ses disciples, des âmes qui, par toute leur conduite, soient des sujets d'édification.

 

2 — SAINT   PIERRE

Lorsqu'on accusait les premiers chrétiens de crimes dont ils n'étaient aucunement coupables, le chef des apô­tres leur conseillait de n'opposer à tou­tes ces calomnies qu'une conduite sainte, innocente et irréprochable. Il leur di­sait qu'il n'en fallait pas davantage pour désarmer leurs plus ardents persécu­teurs; que la bonne vie est la meilleure des apologies; et que lorsqu'il plairait à Dieu de visiter par sa miséricorde ces ennemis de la religion, il les attirerait à lui par l'exemple des vertus de ses dis­ciples: "Conduisez-vous parmi les gen­tils d'une manière sainte; afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les por­tent à rendre gloire à Dieu au jour de sa visite" (I Pierre, II, 12).

 

3 —SAINT   PAUL

A la suite de son Maître, saint Paul recommande souvent à ses deux disciples, Tite et Timothée, ce devoir du bon exemple.

 

A Tite, il demande de joindre l'exemple à l'enseignement. "En toutes choses, montre-toi un modèle de bonnes œuvres" (Tite, II, 7).

 

A Timothée, il indique les moyens de gagner la confiance des fidèles et d'assurer ainsi la fécondité de son minis­tère. Ce moyen, c'est le bon exemple: "Sois un modèle des fidèles dans les paroles, dans la conduite, dans la cha­rité, dans la foi, dans la chasteté" (I Tim., IV, 12).

 

Lui-même, le grand Apôtre, s'écrie : "Ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le" (Philipp., IV, 9). Ce n'est qu'en donnant l'exemple d'une vie sainte qu'il deviendra "un ouvrier qui n'a point à rougir" (II Tim., II, 15), c'est-à-dire un prédicateur qui ne contredit pas dans sa conduite ce qu'il enseigne.

 

Paul ne cesse de recommander ce devoir à ses premiers chrétiens.

 

Aux Philippiens: "En tout, agissez sans murmure et sans hésitation, afin, d'être irrépréhensibles et purs, des en­fants de Dieu sans reproche au milieu d'une société perverse et dépravée, au sein de laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde; vous êtes porteurs de la parole de vie" (Philipp., II, 14-15).

 

Aux Romains: "Recherchons ce qui contribue à la paix, et observons les uns à l'égard des autres ce qui peut con­tribuer à notre édification mutuelle" (Rom., XIV, 19).

 

Après avoir conseillé de ne pas rechercher nos intérêts personnels, mais ceux des autres, il nous exhorte à leur procurer les biens spirituels et à con­tribuer ainsi à leur édification: "Que chacun de vous plaise à son prochain en ce qui est bien pour l'édification" (Rom., XV, 2). Faisant écho à la parole de son Maître, il dit: "Ayez soin de faire le bien non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes" (Rom., XII, 17).

 

Il demande à ses Corinthiens d'ap­précier les dons divins et les charismes en vue du bien mutuel de la société: "Que tout se fasse pour l'édification" (I Cor., XIV, 26).

 

Il insiste tellement sur ce devoir que, s'ils n'y sont pas fidèles, saint Paul ne pourra se glorifier de leur sa­lut: "il aura couru et travaillé en vain" (Philipp., II, 14-15).

 

(A suivre)

 

SOMMAIRE

Introduction:   Tout chrétien doit être apôtre. S'il existe une grande variété de formes d'apostolat, il est un genre d'apostolat dont personne ne peut se dispenser, c'est celui du bon exemple.

I — Nécessité du bon exemple

      1 - Enseignement de Nôtre Seigneur

      2 - saint Pierre

      3 - saint Paul

II — Excellence de l'apostolat du bon exemple

      1 - c'est l'apostolat le plus général

      2 - le plus permanent

      3 - le plus efficace

III — En quoi faut-il surtout donner l'exemple?

La charité fraternelle.

 

Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chryssosome)

 

Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur:  André Bilodeau, o.m.i.

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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