Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 08:06

Servir Dieu, c'est employer notre existence à faire ce qui lui plaît ; et il y a pour nous une obligation de le servir ainsi. Cette obligation résulte de ce que nous lui appartenons en toute propriété. Lui seul nous a créés, a façonné nos membres, a formé notre corps ; lui seul a animé ce corps en lui unissant une âme douée des facultés de connaître, de vouloir et d'ai­mer. Lui seul par conséquent est notre maître, nous sommes son bien, sa chose, son ouvrage, et nous ne nous appartenons point à nous-mêmes.

 

Or, si le fonds de notre être est à Dieu, tous nos actes doivent également être à lui, pour cette double raison que les revenus d'un fond appartiennent à celui qui en est propriétaire, et que Dieu, en nous créant, n'a pu nous créer pour une autre fin que pour le servir, puisqu'il n'est point d'autre fin digne de lui.

 

Donc nous rechercher nous même ou rechercher la créature en quoi que ce soit, c'est commettre un larcin sur le domaine essentiel de Dieu. Rigoureusement, nous ne devons vivre, agir, parler, penser que pour Dieu ; n'user de nos pieds que pour aller où il veut, de nos mains que pour faire ce qu'il veut, de notre lan­gue que pour dire ce qu'il veut, de nos yeux que pour regarder ce qu'il veut, de notre esprit que pour penser à ce qu'il veut, de notre cœur que pour aimer ce qu'il veut, de notre santé, de nos forces, de notre temps que pour les employer à ce qu'il veut ; car tout cela est à lui et ne doit servir qu'à ce qui lui plaît.

 

Donc, que je sois dans une condition ou dans une autre, dans la souffrance ou la jouissance, dans l'aisance ou la pauvreté, je n'ai pas le droit d'y trouver rien à redire. Dieu est le maître ; il peut faire de son bien ce qui lui convient et je dois toujours le trouver bon.

 

Est-ce que cette vérité me con­fond ! Hélas, je pense à moi plus qu'à Dieu, je travaille pour moi plus que pour Dieu, je m'aime plus que Dieu. J'ou­blie qu'il est ma fin, que je ne dois vivre que pour lui ; et, comme si j'étais moi-même ma propre fin, je rapporte tout à moi, à mes aises, à mes goûts, à mes volontés. En me détour­nant ainsi de ma fin, je compromets mon salut, mon éternité. Il est urgent pour moi de changer ma manière de vivre.

 

Comment Dieu veut-il que nous le servions ?  Dieu veut que nous nous donnions à lui tout entiers, à lui seul, à lui toujours, à lui par estime et par amour.

 

   1° A lui tout entiers : car, puisque nous tenons tout de lui, et l'âme et le corps, et nos facultés avec leurs actes, et notre existence avec tous les moments dont elle se compose, nous devons tout lui donner ; et, en lui donnant tout, nous ne faisons que lui rendre son bien : lui donner un rien de moins ne saurait le contenter.

 

   2° A lui seul : car nul autre n'ayant contribué à notre être, doit se dire chacun de nous, sinon comme instrument de ses volontés, je dois le servir lui seul, c'est-à-dire avoir une intention constante et invariable, droite et pure, de plaire à lui seul, sans égard à personne ni à moi-même. Donner à un autre la moindre partie de mon cœur ou de mon temps, ce se­rait la faute du serviteur qui, ayant sous la main les biens de son maître et la dispensation de ses revenus, en retien­drait une partie pour son propre usage ou pour celui de ses amis ; car les actes de mon corps ou de mon âme ne sont que comme les produits de ma substance qui est toute à Dieu.

 

   3° A lui toujours : car tous mes moments lui appartien­nent essentiellement ; s'il cessait un seul instant de me soute­nir, je tomberais dans le néant ; s'il cessait de concourir avec moi pour l'action, la parole ou la pensée, je ne pourrais ni me mouvoir, ni parler ni agir. Donc, tous les jours et à tous les instants du jour et de la nuit, je dois être à vous, ô mon Dieu, toujours appliquée à vous plaire; et dérober un seul moment pour moi ou pour la créature, ce serait léser vos droits, ce serait usurper ce qui vous appartient.

 

   Je dois être à Dieu par estime et par amour, c'est-à-dire que, quand même je n'attendrais rien de Dieu, je de­vrai s encore être toute à lui, parce qu'il m'a créée et me con­serve par un amour tout gratuit, non seulement sans intérêt, mais souvent même contre les intérêts de sa gloire que j'of­fense. Je dois  donc m'oublier moi-même pour ne chercher en tout que Dieu seul, et ne rien faire que pour son amour. C'est là la première leçon du catéchisme, contenue dans ces paroles : Dieu nous a créés pour le connaître, l'aimer et le ser­vir : telle est la pierre ferme sur laquelle doit s'élever l'édi­fice de toute religion et de toute perfection ; et ce fut dans ces pensées qu'Abraham trouva le courage de quitter son pays, de sacrifier Isaac, de mener une vie parfaite, et que Job trou­va la patience et la résignation parmi les plus grandes cala­mités. C'est à nous à en tirer le même profit. Malheur à nous, si nous ne le faisons pas !

 

Oui, mon Dieu, j'en prends mon parti ; je me détermine franchement, généreusement, entièrement à vous servir : je ne veux que cela au monde et je le veux de toutes mes forces, sans vue intéressée, sans respect humain. Je vous laisse mon cœur et le livre tout à votre amour, je le dévoue à vos desseins, je l'abandonne à votre conduite : j'éviterai avec soin les moindres fautes ; et je ferai tout le bien possible avec toute la perfection dont je suis capable, c'est-à-dire promptement et sans délai, pleinement et sans aucun mélange de ma volonté, purement et sans autre vue que celle de vous plaire, constamment et sans me lasser ni m'ennuyer, ni cesser que je n'aie fini ce que vous voulez de moi.

 

Que ne fait pas Dieu pour une âme qui se donne ainsi pleinement a lui !

Il établit sa demeure en elle ; il l'inonde de sa grâce et de ses consolations. C'est une paix qui surpasse tout sentiment et qu'accompagne une joie délicieuse ; c'est comme une fête continuelle, c'est un avant-goût du paradis.

 

Oh ! Si vous saviez comme on est donc heureuse quand on aime et que l'on sert Dieu de tout son cœur et qu'on est malheureuse au contraire, quand on résiste à ses avances et qu'on met des ré­serves à son service ! On souffre beaucoup, on souffre sans mérite ; et cet enfer anticipé n'est souvent qu'un prélude de l'autre qui durera éternellement.

 

O mon Dieu, qu'il fait donc bon vous servir ! Encourageons-nous par ces considé­rations à tout faire pour Dieu, et à tout faire le mieux possi­ble.

 

Passons en revue tout ce que nous avons à faire aujour­d'hui, et proposons-nous fortement de le faire pour Dieu seul et avec toute la perfection que nous pourrons.     Ainsi soit-il.

 

 

Sainte Thècle, vierge et martyre.

Elle est une des plus anciennes et des plus illustres saintes nommées au martyrologe de l'Église. Avant même sa conversion au christianisme, Thècle jouissait d'une grande réputation littéraire qui fut toutefois dépassée par sa science dans les choses de Dieu.

 

Thècle avait été fiancée à un jeune homme riche, noble et généreux, mais en entendant les pa­roles enflammées de l'apôtre saint Paul, elle renonça aux noces de la terre, et demeura insensible aux sollicitations de ses parents. Dès qu'elle en trouva l'occasion, elle s'enfuit même de leur demeure, pour mettre en sûreté le trésor de sa vertu.

 

La colère de ses parents ne connut plus de bornes, ils la dénoncèrent à l'empereur qui épuisa contre elle tout son pouvoir et toutes ses rigueurs. La vierge de Jésus-Christ de­meura invincible. On la condamna à être brûlée vive, mais s'armant du signe de la croix, elle s'élança d'elle-même dans le bûcher qu'une pluie miraculeuse éteignit aussitôt.

 

Traînée à Antioche, Thècle y fut exposée dans l'amphithéâtre à la fureur de lions affamés et de taureaux furieux qui ne lui firent aucun mal ; jetée dans une fosse remplie de serpents, elle en sortit saine et sauve. Thècle, laissée libre, revint dans sa patrie et se retira dans la solitude des montagnes.

 

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉS (1933)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 10:18

Bien des personnes se récrient au simple mot de méditation parce qu'il leur semble  que c'est là un exercice absolument incompatible avec la vie et les exi­gences du monde moderne.

 

D'autres, plus éclairées et plus sincères, reconnaissent que la méditation est une pratique salutaire à tous les chrétiens et très recommandable pour tous, mais elles s'effraient des prétendues difficultés que présente cette pratique. 

 

Méditer !...  cela leur semble  aussi ardu et surtout aussi difficile que d'apprendre le chinois !... Finalement, il arrive trop souvent que les unes et les autres répudient la méditation, sans même en avoir fait aucun essai.

 

Les griefs que l'on a contre la méditation sont-ils sérieux, ou n'est-ce pas par une déplorable légèreté et par une funeste condescendance aux suggestions du mauvais esprit qu'on se prive d'un secours si précieux, notamment pendant les années de la jeunesse ?

 

Nous devrions d'abord nous pénétrer de l'utilité, de la nécessité de la méditation. Notre répugnance serait bien plus facilement vaincue si nous avions la certitude que ce moyen de persévérance ne peut être suppléé par aucun autre. N'est-il pas vrai qu'on repousse généralement un remè­de qu'on sait être très amer si l'on n'a qu'une demi confiance dans son utilité ? Mais lorsque le médecin déclare et démontre que ce remède est nécessaire pour nous guérir de la maladie qui menace de ruiner notre santé, on n'hésite plus à accepter cette mortification. Eh bien, la méditation est beaucoup moins désagréable qu'une potion pharmaceutique ; elle est même au contraire très douce et très bienfaisante ; et, d'autre part, elle est infiniment plus nécessaire que les remèdes pres­crits par les médecins ; car, si ces remèdes doivent guérir le corps, la méditation doit assurer la santé de l'âme ou la lui rendre lorsqu'elle l'a perdue.

 

Pour s'en convaincre, il suffit de rentrer en soi-même, de réfléchir sur notre faiblesse naturelle et la puissante impres­sion des vérités du salut pour y faire contrepoids ; il suffit de lire la vie des saints ou un de ces excellents ouvrages de saint François de Sales, de saint Alphonse de Liguori, de sainte Thérèse, qui démontrent si victorieusement combien et pour­quoi la méditation est nécessaire.

 

Maintenant, pour savoir si c'est un exercice facile ou diffi­cile, il n'y a qu'à se demander en quoi consiste, bien au juste, la méditation.

 

Certaines personnes l'assimilent à une sorte de gymnasti­que intellectuelle et se figurent qu'on doit s'ingénier à trouver sur la matière proposée des pensées neuves et des aperçus variés.

 

Ce n'est pas là méditer, ou, comme on dit, faire orai­son, et il n'est pas étonnant qu'on trouve cet exercice ainsi compris fatigant, fastidieux et d'une utilité douteuse. La mé­ditation est quelque chose de bien plus modeste et d'infini­ment moins aride. C'est une conversation avec Dieu, conver­sation toute tranquille, et respectueusement familière, un tête-à-tête qui n'exige ni pensées relevées, ni pénibles recher­ches de l'intelligence, mais uniquement de la bonne volonté et du cœur.

 

Pour la méditation, il faut une simple dispo­sition de rentrer en soi-même pour se mieux connaître, corriger ses défauts, pleurer ses fautes. Mieux encore, serait la disposition d'affection pour son père et venant lui confier, avec un parfait abandon, ses difficultés, ses peines, désirs ; lui avouer ses manquements et en lui demander conseil et encouragement tout pour la journée présente ; puis écouter les avis paternels avec une soumission reconnaissante et tout enfantine.

 

Qu'une jeune personne se livre à cette douce conversion avec Dieu pendant un laps de temps plus ou moins long, et elle aura fait une excellente oraison. Chacun conçoit du reste que cette manière de s'occuper lui aura été bien plus agréable que l'autre, tout en étant infiniment plus profitable.

 

Nous disons qu'il n'y a personne qui ne puisse de cette manière, avec un peu de bonne volonté et de cœur. Mais voici précisément l'obstacle. Quoiqu’elles ne s’en rendent pas bien compte, un grand nombre de jeunes chrétiennes n'ont pas cette vraie bonne volonté ; Dieu leur demande des sacrifices qu'elles n'ont pas le courage de faire; à l’une, c’est lecture d'une publication romanesque ; à l’autre, des visites ou des conversations trop prolongées ; à une troisième, une toilette un peu mondaine, etc. ; ces jeunes filles, malgré les exhortations multipliées de Notre-Seigneur, ne peuvent se décider à s'engager dans une voie plus parfaite où de nouveaux sacrifices devront peut-être s'ajouter aux premiers; elles sont régulières, pour le moment du moins, mais elles tiennent à leurs petits plaisirs humains : cette infidélité ne leur permet pas de s'épancher dans le sein de Dieu et de s’entretenir cœur à cœur avec lui ; c'est tout naturel.

 

A plus forte raison la jeune fille déjà mondaine, que la vanité a fascinée, ne saurait-elle faire oraison de la manière que nous venons d'expliquer. S'il n'y a pas encore entre elle et Dieu « le mur de séparation » dont parle le prophète, il y a pourtant une barrière ; les communications sont malaisée.

 

Le point essentiel, c'est donc de se mettre en règle avec sa conscience et de lui donner pleine satisfaction; c’est de dire résolument à Dieu : « Vous êtes mon maître; je ne suis que votre petite servante : tout ce que vous demanderez de moi,  je m'y soumettrai. » Quiconque sera dans cette disposition sincère et sérieuse n'éprouvera aucune peine à faire produire à la volonté les actes, les sentiments que comporte la médi­tation.

 

Quoi de plus naturel à un cœur chrétien que ces senti­ments, si bien en harmonie avec sa condition terrestre : ado­ration, anéantissement, reconnaissance, confiance, abandon ? Mais surtout, qu'il est facile de s'exciter au regret d’avoir offensé Dieu et à un vif désir de la grâce divine ! Si l'on veut y regarder de près, on verra que ces deux sentiments, douleur des fautes commi­ses, désir du secours de Dieu pour ne plus les commettre, re­viennent à chaque instant dans les Psaumes.

 

Or, que sont les psaumes, sinon l'oraison du saint roi David, oraison très par­faite, qui devrait nous servir tout à la fois de modèle et d'auxi­liaire pour la nôtre ? Aussi bien, rien ne saurait être plus sim­ple que de trouver matière à ces regrets et à cette prière : la chrétienne la plus exemplaire ne se sent-elle pas comme écra­sée sous le poids de ses péchés anciens et récents, de ses in­fidélités renouvelées à chaque heure du jour ?

 

N'est-elle pas toute haletante et tout hors d'elle-même jusqu'à ce que la rosée de la grâce vienne rafraîchir son pauvre cœur desséché ? Une méditation dans laquelle on aura « bien pleuré et bien prié » sera immanquablement une bonne méditation ; elle portera des fruits au centuple.

 

Eh bien, direz-vous maintenant, pieuses lectrices, ou pieux lecteurs, que la méditation est une pratique trop difficile ou trop compliquée ? VOILA! S'il s'agissait de réussir dans une affaire temporelle, ou seulement de gagner une grosse somme d’argent, comme on trouve­rait bien vite que la méditation est facile !

 

Pour dire vrai, celui qui prétendrait ne pouvoir méditer se placerait de lui-même dans la catégorie des pauvres d'esprit ; car quel est l'homme qui ne médite pas en ce monde ? Le général combine des plans de guerre ; le commerçant recher­che les meilleurs procédés pour tirer profit de ses marchan­dises ; l'avocat étudie, approfondit les causes qu'on lui con­fie ; et ainsi de suite.

 

Tous ces gens-là savent méditer à leur façon. Et quand il s'agit d'un ciel à gagner, d'un enfer à évi­ter, une personne réellement responsable  prétendrait qu'elle n'a pas assez d'intelligence et de pénétration !

 

Ne cherchons pas ainsi à nous tromper nous-mêmes ! Re­connaissons que la méditation est une pratique parfaitement à notre portée, aussi facile que nécessaire, et soyons-y invaria­blement fidèles !

 

Voici un exemple, celle de Saint   Marin,   martyr.

Il y avait à Césarée, en Palestine, vers l'an 272, un officier nommé Marin, aussi distingué par sa grande probité que par ses richesses. Son tour étant venu de demander une place de centurion qui vaquait, il se présenta un autre candidat, qui dit au gouverneur, nommé Achée, que les lois romaines défen­daient d'élever Marin à ce grade, parce qu'il était chrétien. Le gouverneur fit aussitôt venir le saint, qui confessa géné­reusement sa foi.

 

On ne lui donna que trois heures pour délibérer sur le parti qu'il voulait prendre ; en sorte que, ce temps expiré, il devait mourir ou abjurer sa religion. « Attachez-vous à Dieu, lui dit l’évêque ; il vous fortifiera par sa grâce, et vous mettra en possession de ce que vous aurez choisi. Allez en paix. » Ces paroles enflammèrent le courageux chré­tien d'une nouvelle ardeur pour confesser Jésus-Christ.

 

Ayant donc été cité devant le tribunal du juge pour faire connaître sa dernière résolution, il s'empressa de se rendre à cet appel et fit profession de foi avec un calme héroïque. Le magistrat le condamna à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté un instant après.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES   (1933)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

Partager cet article
Repost0
4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 11:41

Le progrès intérieur ne prouve pas toujours un niveau moral très élevé; c'est le point de dé­part qui en décide. Dans l'absolu, le degré éminent de la valeur spirituelle revendique le nom de sagesse.

 

On appelle un sage celui qui juge de haut et prévoit de loin, qui résorbe les incidents de la vie dans une intention large, qui laisse tomber l'insi­gnifiant en faveur de l'essentiel, qui ne s'agite ni ne se trouble en face des tâches et des obstacles, qui sait envelopper dans une calme activité un grand nombre de cas et d'objets vus d'un seul regard et embrassés d'une simple acceptation paisible.

 

La sagesse est apparentée au grand art; elle l'égale en ampleur, en profondeur et en simpli­cité. Elle applique en matière de vie la définition de Michel-Ange : « Le beau est la purgation de toute superfluité. » A coup sûr, pour elle, cette règle négative d'apparence est un programme de magnanimité. Une grandeur d'âme quotidienne, sans jactance, est ce qui écarte le superflu et amène la plénitude.

 

La vie du sage est une vie en profondeur avec de fortes assises. C'est dire qu'elle ne s'improvise pas. La vertu est le résultat de nos actes, en atten­dant qu'elle les dirige, et la clarté qui la baigne est l'effet concentré de longs recueillements.

 

Le sage est sans haine et sans aigreur pour per­sonne ; il est bon et miséricordieux avec tous, sans égoïsme, sans amour-propre, égal au plaisir et à la peine, joyeux sans éclat, maître de soi et facile aux désirs d'autrui, l'esprit fixé sans contention sur la règle souveraine de ses jugements et de ses actes, qui est l'Esprit divin.

 

Le regard de Dieu enveloppe tout; la volonté de Dieu est la loi des êtres : les rencontrer et les suivre est la sagesse même. Qu'appellerait-on sagesse mieux que cette participation révéren­cieuse au règne éternel?

 

Dans les épreuves qui ne peuvent manquer de survenir, le sage brille d'un éclat nouveau; il est plus beau de tout ce qui marque la supériorité de son regard et le haut domaine où siège son amour.

 

Car c'est l'amour qui est ici le grand mot. Il ne faut pas croire ceux qui dépeignent une sa­gesse froide et impassible, contente de soi et fixée dans un superbe dédain. Une telle sagesse est un renversement qui mériterait plutôt le nom d'or­gueil exécrable. On l'a reprochée aux Stoïciens, et ce ne fut pas toujours avec justice; mais il est sûr que le grief, là où il est fondé, est infiniment grave, car il fausse la destinée autant qu'il vio­lente l'âme et désoriente la vie.

 

L'option qui nous est proposée en ce monde et qui décide de notre sagesse ou de notre folie est une option d'amour : ou tout aimer en liaison avec son divin Principe, dans l'ordre, dans l'as­cension unifiante au long de la pyramide idéale, dans le sens de l'éternité et de la joie; ou bien aimer dans la dissociation, le désordre, l'émiettement par en bas, dans le sens de la matière, de la confusion et de la mort.

 

Le sage est celui qui choisit bien.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 08:10

L'échec partiel est accepté par chacun avec plus ou moins de difficulté; cela dépend du cou­rage, et plus encore de la hauteur des pensées. Mais un échec global et définitif, l'échec de la vie en sa courbe pleine, en son élan qu'un choc brutal ou un progressif enlisement vien­nent briser, c'est la peine par excellence.

 

On peut penser que cette sorte d'échec évite des malheurs, une destinée menée à sa fin ne manquent guère de rencontrer sur la route, une ardente activité. Mais il y a une épreuve souveraine dans l'absence des épreuves normales de la vie. Dans le vide des croix, il y a la croix du vide. La lèvre humaine ignorante du cri peut trouver une amertume plus profonde dans le soupir.

 

Est-ce un motif pour se croire vaincu? « On n'est vaincu qu'après l'avoir été intérieurement », écrit Barrés. Vous avez manqué votre vie ? Il y a, d'abord, la vie des autres. En se consacrant à autrui, on retrouve une raison de vivre, raison plus haute, si on la puise au foyer de l'amour, raison élargie, épurée par le désintéressement, auréolée de sacrifice.

 

Mais personnellement non plus, la défaite ne peut pas être définitive, si on ne le veut. En regardant bien sa plaie, on peut la trouver belle.

 

Il n'est pas de situation qui ne se puisse enno­blir. Du point de vue de l'éternel, on sait que tout a même prix, à égalité de valeur spirituelle et de réponse à la grâce. Qu'importera, au jour de la mort, d'avoir été ici ou là, d'avoir obtenu ceci ou cela de ce que la mort emporte ?

 

En ce temps même, si nous ne prétendons qu'à la joie profonde, à l'honneur vrai, nous les trou­verons toujours là où le sort l’aura mise, j'en­tends le sort divin, qui est paternité attentive et secrète connivence avec le malheur.

 

Oh! Que le malheur est puissant! Qu'il est beau! Et que la ruine humaine peut revêtir de splendeur, ou cachée, ou visible ! Ru­dyard Kipling écrivait : « La perfection n'est pas le fait de la main de l'homme, c'est la mystérieuse collaboration du ciel et des épreuves que son œuvre doit su­bir. »

 

Ce que fait le travail du temps sur des ruines, le reflet seul de l'éternité l'accomplit dans une vie soumise à son ordre, consciente de ses lois et confiante, en dépit de toute apparence, dans la bienveillance de ses fins.

 

Dans toute souffrance on peut trouver le moyen d'une création.

 

Dans la souffrance en quelque sorte totale d'un échec de vie, fût-il de notre faute, une occasion suprême est offerte de reprendre cette vie en ses fondements mêmes, de l'asseoir plus profondé­ment et plus solidement en Dieu, en sa propre humanité et en sa propre personnalité secrète, si souvent ignorées du bonheur.

 

La terre est une « vallée de larmes »; mais combien ignoreraient les sommets qui la bordent et l'océan où son flot s'écoule, s'ils n'avaient point pleuré !

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 11:59

Une jeune fille disait : « Je me sens des ailes; je me sens capable de faire de grandes choses, et même de toutes petites. » Celle-là avait compris que sur toutes choses, petites ou grandes, comme l'oiseau sur la branche, notre âme peut se poser. Mais qu'eût-elle dit, si un coup de foudre avait abattu devant elle toutes les branches, ou si les branches, l'une après l'autre, avaient cassé sous le poids de l'oiseau aggravé de fardeaux trop lourds?

 

Les hommes aiment à choisir librement leurs tâches. Les plus courageux les mènent loin. Mais le courage même subit une épreuve cruelle, quand l'effort qui devait aboutir, en fait n'abou­tit pas, soit en raison de quelque traverse, soit — ce qui est le plus dure de tout — du fait de celui qui en pâtit avec l'ennui de se sentir res­ponsable. Il est précieux alors de posséder le talis­man au moyen duquel l'échec peut se muer en succès, le revers tourner à l'honneur, et la chute même en apothéose.

 

Tout chrétien doit savoir que ce talisman existe. Il suffit de croire à la providence. Dans ce grand courant qui entraîne tout, non fatalement, mais selon des lois de liberté et d'amour, il y a toujours des moyens de relèvement, comme il y a toujours, même dans les plus extrêmes complai­sances du sort, des possibilités de chute.

 

Il y a des échecs qui ne nuisent pas. Il y a des succès qui n'avantagent pas. L'effet décisif dé­pend de l'âme et de la manière dont elle s'adapte à ce qui lui est ainsi proposé. En ce sens, on peut renverser le proverbe, et dire : Dieu propose — par le moyen des événements, — et l'homme dis­pose, avec Dieu il est vrai, mais qui ne refuse jamais son concours.

 

« Les faits ne nous donnent que la chaîne des événements, écrit un homme d'État; c'est la vo­lonté humaine qui doit tisser la trame. » Vraie politiquement, cette maxime l'est aussi en matière de destinée, à condition de joindre à la volonté humaine le bon vouloir divin et la grâce. L'échec n'est jamais qu'une invitation de recourir à Dieu. Une humiliation est le prélude de l'honneur qui se retrouve en Dieu. Une chute est un premier stade pour tomber dans les bras de Dieu. Y au­rait-il là échec au sens vrai du terme ?

 

On n'y change rien en disant : c'est ma faute. Toute faute s'efface par le regret. Ce qui en reste n'est plus alors que fait brut ou que providence; or le fait obéit à l'esprit, et la providence est toute nôtre. De ce qui est, même par notre faute, nous ferons, avec Dieu, ce que nous voudrons, non en la forme désirée peut-être, mais en équivalent su­périeur, et cet accroissement imprévu de nous, divinement préparé, ne le voudrions-nous pas?

 

Hasard, malice d'autrui, erreur ou faute de notre part, tout échec prétendu est au service de l'âme; il répond à un dessein éternel dont il ne dé­pend que de nous de procurer l'aboutissement.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 09:29

Saint François de Sales conseille de se tenir, «comme sous le regard des anges » quand on est seul. Grande leçon pour qui entend sanctifier toute sa vie. Une noblesse n'envahit-elle pas l'existence ainsi érigée jusque dans les moin­dres choses ? N'y voit-on pas la grandeur de Dieu reflétée et son amour présent ? Et quelle délica­tesse, dans des communications si attentives et constantes! Quelle convention muette! Quel se­cret entre nous et le ciel!

 

Il n'y a aucune différence visible entre le hé­ros qui nettoie son fusil et le déserteur ou le niais qui fait la même besogne, et pourtant ils appar­tiennent à trois mondes bien différents.

 

Sous le ciel, un balai à la main, on peut appar­tenir au ciel, à l'enfer et à la poussière.

 

Pascal écrit dans son Mémorial : « Faire les plus petites choses comme grandes,  à cause   de   la majesté de Jésus-Christ qui les fait en nous et qui vit notre vie. » C'est bien là le vrai motif. On ne peut trouver de l'ennui aux petites choses, ou les négliger, que par la méconnaissance de ce qui nous les rend grandes : la majesté du Christ en qui nous les faisons, et qui les tient pour sien­nes.

 

On ne peut s'égaler aux grandes choses que si on les aborde dans cet esprit qui agrandit même les plus petites.

 

Rien n'est indifférent dans notre existence, parce que Dieu nous aime tout entiers, en l'unité de son Christ. Et rien n'est petit de ce que nous offrons, de ce que nous consacrons, parce que, aimant en Jésus-Christ, Dieu nous voit tout entiers et voit aussi son Christ dans cha­cun de nos gestes, vu que l'amour, âme des œuvres, est comme l'âme dans le corps : toute dans le tout et dans la moindre partie.

 

L'amour aime les petites choses, parce que rien ne l'y encombre, et il y peut régner sans heurter de prétendues valeurs qui souvent le gênent et dont aucune ne le remplace. L'amour de Dieu aime spécialement ce qui ne compte pas, afin que Dieu seul compte, et le cœur qui monte à lui, et ce lien mystérieux qu'un prétexte suffit à nouer, parce que son vrai motif est lui-même.

 

J'aime Dieu parce que c'est Dieu; j'aime Dieu parce que c'est moi. Le moindre objet peut porter ce sentiment qui se suffit. Le moindre geste le satisfait. Il n'est besoin ni de cadeaux merveilleux, ni d'actions héroïques.

 

Quelle consolation pour les petites vies ! Quelle leçon pour les grandes ! Rien ne vaut que les sen­timents. Rien ne compte, dans le don, que le do­nateur même.

 

Petites vies, sachez ce que vous êtes. Vous êtes, si vous le voulez, les plus grandes de toutes. Ap­prenez donc la vraie grandeur, et vivifiez par l'amour ce qui, sans l'amour, n'est rien.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 10:36

Pour en savoir plus sur son retour prochain, nous vous recommandons d’écouter l’enregistrement sur : Gloria.tv: Retour de Paul VI au Vatican lors de la Révolution italienne.    http://fr.gloria.tv/?media=570524

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0