Les pessimistes croient que la vie telle que Dieu l'a faite ne peut pas satisfaire leurs désirs. En vérité, ce sont leurs désirs qui ne savent pas s'égaler à la vie. « Misérables qu'ils sont ! Disent des hommes les Vers d'or pythagoriciens, ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d'eux. »
Un chrétien relèvera ici le mot entendre, se souvenant que saint Paul a dit : « La foi vient d'entendre »; car c'est la foi qui nous fait signe, à nous, de regarder aux vrais biens.
Le pessimiste est un homme qui attend de la vie la satisfaction des instincts les plus immédiats et qui en juge au moyen de la raison terrienne. Ayant reconnu que ces instincts ne peuvent être satisfaits, que la constitution de l'univers, de l'homme et de la société y apporte une foule d'obstacles, il renonce. Parfois sa fierté le soutient; parfois il s'abat, ou s'indigne, ou se révolte. Il arrive que l’esthétique se cantonne dans la pure contemplation et prétende se consoler de la vie par son spectacle; mais ce n'est là qu'un but passager; l'ennui vient; la souffrance l'aggrave toujours du dedans ou du dehors. On voudrait fuir; mais on n'arrive qu'à se fuir, pour n'avoir pas su, dès l'abord, se reconnaître.
Il y a en nous, au delà de la zone des instincts dont on relève l'échec, des puissances de désir qu'il faudrait éveiller, pour que nos ambitions fussent égales à notre être. Nous n'échouons que pour n'avoir pas visé assez haut. L'échelle des biens est comme une gamme dont nous ne savons parcourir que les premiers degrés, encore en altérant les notes, faute de ce qu'Amiel appelle un « état musical du cœur ».
Visant à l'éternel, nous sommes sûrs de l'atteindre, et avec lui le temporel en tout ce qu'il a de valable et d'utile pour nous. En aimant l'éternel, nous le possédons déjà mystérieusement, envahis ainsi que tous nos objets soi-disant fuyants, en réalité fidèles à la Loi qui leur est avec nous commune par l'Au-delà immanent de toutes choses, surtout du cœur humain.
« Ce qui m'occupe, disait Émile Faguet, c'est ce qui est à ma mesure; ce qui me préoccupe, c'est ce qui me dépasse. » La préoccupation ne doit-elle pas provoquer le désir ?
Désirons l'infini; car lui seul contente, et notre pauvreté amusée par des riens fera place aussitôt à la richesse. Désirons sous les auspices de l'éternité, et notre caducité sera mise en possession de tous les instants qui existent; car le passé, le présent, l'avenir et tout ce qu'ils véhiculent sont en Dieu, et ils appartiennent à celui qui par l'amour et l'exaltante espérance a amplifié ses désire jusqu'à les égaler à tout.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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