N'arrive-t-il pas à certains chrétiens de se dire : « Je voudrais m'intéresser au sort des âmes du Purgatoire, mais j'ai déjà trop à faire de songer à mon salut ! Charité bien entendue commence par soi-même... ! »
Vous qui voulez avant tout votre salut, et certes avec raison, détrompez-vous. Vous travaillerez encore plus efficacement pour vous-mêmes en vous dévouant aux âmes du Purgatoire.
« Si votre intérêt vous touche, dit un pieux auteur, priez, faites des bonnes œuvres à l'intention des défunts. Assurément, vous ne perdrez jamais ce que vous leur donnerez : Elles vous le rendront au centuple. Comme l'enseignent les docteurs, les âmes saintes ont un grand crédit auprès de Dieu après la mort ; elles ressemblent à ces vieux soldats qui, pour obtenir une grâce de leur prince, lui montrent les nombreuses blessures reçues à son service.
« Or, dit Bellarmin, les âmes souffrantes sont saintes ; elles prient comme les saints, et comme eux elles sont exaucées en vertu de leurs mérites antérieurs. »
Elles ne peuvent plus mériter, mais elles peuvent faire jouir des mérites surabondants de leur vie passée les personnes à qui elles s'intéressent. La pensée d'un échange si avantageux doit donc vous engager à multiplier vos pieux suffrages pour les âmes du Purgatoire, bien loin de refroidir votre zèle.
Non seulement les âmes du Purgatoire nous compensent de nos prières pour elles de la manière que nous venons de dire, mais, lorsqu'elles sont délivrées de leur affreuse prison, elles portent dans le ciel l'amitié qu'elles ont conçue pour nous au milieu de leurs larmes, et elles ne cessent plus de nous combler de bienfaits.
Quel bonheur de penser que nous aurons plus tard des intercesseurs affectueux et sincères auprès du trône de Dieu, des amis qui ne trahiront jamais leurs engagements, et qui, pleins de sollicitude pour nos intérêts, écarteront par leurs prières les pièges que le démon tend chaque jour à notre inexpérience et à notre faiblesse !
Déjà même, dans le Purgatoire, tout semble indiquer que ces bonnes âmes prient pour leurs bienfaiteurs. «Lorsque je souhaite obtenir quelque grâce du Père éternel, disait sainte Catherine de Bologne, j'invite les âmes du Purgatoire à la demander en mon nom, et par leur intercession j'obtiens ce que je désire. » On pourrait citer des exemples innombrables de personnes qui affirment avoir reçu des grâces signalées par l'intercession des âmes du Purgatoire.
Saint Léonard de Port Maurice racontait dans une instruction le trait suivant :
« Devenu orphelin dès son bas âge, saint Pierre Damien fut recueilli par un de ses frères qui le maltraitait et le laissait manquer de tout. Le pauvre enfant trouva un jour sur la route une pièce de monnaie. C'était pour lui un trésor : Il lui venait à l’esprit mille manières de l'employer pour subvenir à ses besoins. Cependant, après mûre réflexion, notre jeune saint, au lieu de dépenser son argent, le donna à un prêtre pour qu'il dît une messe à l'intention des âmes du Purgatoire... Eh bien, à partir de là, son sort changea complètement. Accueilli par un autre de ses frères, meilleur que le premier, il fut vêtu et nourri convenablement, il put faire ses études et il devint ce grand homme, ce grand saint, l'honneur du collège des cardinaux et de la sainte Église. Vous voyez combien sont reconnaissantes les âmes du Purgatoire !... »
Un laïque tout dévoué aux œuvres chrétiennes travaillait à la conversion d'un vieillard dangereusement malade. Ayant épuisé tous les moyens que lui suggérait son zèle sans pouvoir le décider à se confesser, il eut la pensée d'intéresser les âmes du Purgatoire à son salut. Il s'engage donc à faire célébrer un certain nombre de messes pour la délivrance de l'âme la plus délaissée, avec cette condition tacite qu'elle-même se chargerait à son tour d'obtenir au moribond la grâce du repentir. Le même soir, ce pauvre pécheur, qui avait résisté à toutes les sollicitations et qui était sur le point de se perdre pour l'éternité, demanda un prêtre ; il remplit ses devoirs de chrétien et mourut dans les sentiments de la plus sincère pénitence.
Que de traits merveilleux on peut lire à ce même sujet dans la vie de la Mère Marie de la Providence, fondatrice de la Congrégation des Auxiliatrices du Purgatoire ! Vraiment, par les âmes souffrantes, elle demandait des miracles comme nous demandons notre pain quotidien; et tout ce qu'elle demandait, elle l'obtenait.
Pourquoi n'essaierions-nous pas à notre tour ? Dira-t-on : Je ne puis pas ? » Raison fondée ou mensongère que donnent couramment une foule de chrétiens lorsqu'on leur propose une bonne œuvre à faire, un apostolat à exercer, une entreprise qui intéresse la gloire de Dieu, le salut des âmes, le soulagement des malheureux....
Mais qui donc pourra faire valoir cette excuse lorsqu'on lui dira : « Devenez le libérateur, la libératrice des âmes du Purgatoire ?... »
Non, rien n'est plus facile, quoique rien ne soit plus fécond en excellents résultats. Pour remplir une si belle mission, il ne faut ni science, ni génie, ni fortune ; il n'est besoin ni de voyages, ni de démarches, ni de travail. La bonne volonté seule suffit.
Et quels fruits immenses on peut espérer ! Que la simple sagesse humaine, autant que la foi, nous détermine donc à nous intéresser à une aussi belle cause, même dans notre intérêt !
FÊTE du 9 novembre. Saint Théodore, martyr.
Saint Théodore, issu d'une noble famille de l'Orient, s'enrôla très jeune dans les armées impériales. En 306, l'empereur publia un édit qui obligeait tous les chrétiens à sacrifier aux dieux.
Théodore venait précisément d'être incorporé dans une légion et se rendait avec elle dans la province du Pont, lorsqu'il fut mis en demeure de choisir entre l'apostasie et la mort. Il répondit sans trembler à son chef qu'il était prêt à se laisser couper en morceaux, et à offrir chacun de ses membres en sacrifice à son Créateur mort pour lui sur la croix. Cet officier, dans l'espoir de vaincre Théodore par la douceur, ordonna qu'on le laissât en paix pendant quelques jours pour lui donner le temps de réfléchir ; mais le jeune chrétien ne profita de sa liberté que pour incendier le temple de la déesse Isis, action dont il ne fit du reste mystère à personne. Le juge le pressa de nouveau de sauver sa vie en reniant sa foi, mais Théodore, s'armant du signe de la croix, répondit : « Aussi longtemps que j'aurai un souffle de vie, je confesserai le nom de Jésus-Christ. »
Il fut condamné à être brûlé vif, et lorsque les flammes s'élevèrent du bûcher, on vit l'âme du généreux martyr monter vers le ciel.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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