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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 20:17

 

Enseignez-moi Seigneur, à être doux et aimable

dans tous les événe­ments de la vie ;

dans les déceptions ;

dans l'oubli où me tient le prochain ;

dans l’insincérité de ceux en qui j'ai eu con­fiance ;

dans l'infidélité de ceux sur qui j'ai compté.

 

Apprenez-moi à me renoncer pour ne penser qu’au bonheur des autres ;

pour cacher mes petites douleurs  et mes peines morales, si bien que je sois seul à en souffrir.

 

Enseignez-moi   à  tirer  profit  des  souf­frances que je rencontrerai sur ma route ;

faites que j'en use de telle sorte, qu'elles me rendent doux, et non amer, aigre et dur ;

qu'elles m'apprennent à être patient, non irritable ;

généreux dans le pardon, non étroit, hautain et arrogant.

 

Que nul ne soit, moins vertueux pour avoir subi mon influence ;

moins pur, moins vrai, moins bon, moins noble pour avoir été mon compagnon de route vers l'éternelle Vie.

 

En accomplissant mes humbles devoirs quotidiens, et tout en passant de distraction en distraction, permettez-moi de vous mur­murer, de temps à autre, un mot d'amour et de remerciement.

 

Et que ma vie ainsi vécue dans le surna­turel, soit puissante pour le bien et forte dans ses désirs de sainteté.

 

Apprenez moi, Seigneur à aimer d’un amour véritable mes souffrances et mes croix journalières.

 

Je veux que mes souffrances soient unies aux mérites de Votre très Sainte Croix et à toutes les Douleurs que vous avez endurées lors de votre Sainte Passion.

 

Ainsi  soit-t-il.

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 21:10

 

Entré à la Secrétairerie d'État en 1924 en qualité d'adjoint, Mgr Montini y fut successivement rapporteur et secrétaire doyen; à partir de 1931 il enseigna l'Histoire de la Diplo­matie pontificale à l'Académie Ecclésiastique et en 1937 il fut nommé substitut de la Secrétairerie d'État : sa prépara­tion était complète.

 

Écoutons le jugement de l'un de ses amis et confidents : « II était déjà à cette époque ce qu'il est aujourd'hui. Son Style fait de mesure, de pudeur, de discrétion et de respect sacré pour les idées et les hommes, était formé. L'anxiété de comprendre avait rendu plus lente sa diction, dans laquelle ne perce jamais une ombre d'ironie subtile ou piquante. Son respect pour tous est parfaitement exempt de la moindre recherche mesquine de popularité, il n'est que le symbole de son sens religieux. »

 

A partir de 1934, Mgr Montini fut pratiquement absorbé par l'action diplomatique au service du Saint-Siège, sous Pie XI d'abord, puis sous Pie XII.

 

Lorsque le docteur Righetti exprima au Pape l'amertume des organisations catholiques devant l’éloignement de leur assistant, Pie XI lui répondit textuellement : « Mgr Montini possède de tels dons qu'il est appelé à rendre à l'Église des services de plus en plus hauts. »

 

En décembre 1937, Pie XI ayant élevé au cardinalat Mgr Pizzardo, secrétaire de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, Mgr Tardini, alors substitut à la Secrétairerie d'État, lui succéda dans sa charge et fut lui-même remplacé par Mgr Montini. Le secrétaire d'État était, depuis huit ans, le cardinal Eugène Pacelli qui devait, après son élévation au trône pontifical, continuer à recourir à cette intime et précieuse collaboration. Dans son nouvel office, Mgr Montini eut la fortune de servir la personne de Pie XI et de rester en charge pendant le Conclave.

 

Quand le 2 mars 1939, les cardinaux Pacelli et Maglione furent élevés, le premier au trône pontifical et le second à la dignité de Secrétaire d'État, Mgr Montini fut confirmé dans sa charge par le nouveau pontife et la garda même après la mort du cardinal Maglione survenue le 22 août 1944. Le Pape n'ayant pas cru opportun de nommer un successeur, la Secrétairerie d'État resta ainsi confiée à Mgr Tardini et à Mgr Montini et en 1952 ils furent tous deux nommés Pro Secrétaires d'État : Tardini aux affaires ecclésiastiques extra­ordinaires et Montini aux affaires ecclésiastiques ordinaires.

 

Mgr Montini devint ainsi le plus proche collaborateur de Pie XII, celui par qui passaient toutes les nouvelles du monde, catholique ou non, grâce aux rapports qu'il avait avec les ambassadeurs ou les chargés d'affaires des pays en relation avec le Vatican et à ceux qu'il entretenait avec les délégués apostoliques dans les autres pays.

 

On a écrit, de source autorisée, qu'après la conciliation, les compétences de la section des affaires ordinaires se sont notoirement accrues jusqu'à embrasser des matières d'im­portance très diverse, mais toutes devaient être résolues avec le même soin et la même promptitude. Devant Mgr Montini défilaient donc prélats et diplomates, hommes d'étude et hommes d'action, personnalités de grand renom et simples fidèles, qu'il écoutait avec la même attention, sans jamais montrer de précipitation.

 

« II laissait les gens parler longuement, les écoutait atten­tivement et, même si la question était humble au départ, il l'orientait toujours vers des sphères plus élevées. La com­pétence de Montini, formée sous la direction de maîtres augustes et dans l'étude livresque, s'affirma au cours de ces longs entretiens et reçut au contact des hommes un irrem­plaçable complément. »

 

Gageons qu'il ne lui fut pas facile, surtout les premiers temps, de vivre aux prises avec l'étiquette diplomatique et de tenir tête à de rigides ambassadeurs en chapeau de feutré, après avoir défié ses jeunes amis à la course sur le ponton d'Ostie et mis en scène de frondeuses revues estudiantines pour la fête des bizuths. Mais Mgr Montini accepta le chan­gement sans sourciller; et lui qui était habitué à l'action et au mouvement alla s'enfermer dans les sévères palais apos­toliques et en fit même un lieu de claustration volontaire. Pendant de longues années, jusqu'à son départ pour Milan, son existence se déroula presque entièrement dans quelques dizaines de mètres carrés : du bureau de la Terza Loggia à son appartement privé de l'étage inférieur et au bureau du Pape de l'autre côté du corridor. A l'exception d'un séjour dans la région de Brescia et à Chianciano, Montini ne s'ac­corda jamais de vacances, ni même quelques minutes de repos pendant ses journées de travail intense.

 

Aux yeux experts des journalistes spécialistes du Vatican, il s'affirma de plus en plus comme « l'homme clef », 1' « ins­pirateur », « l'animateur n° 1 » de l'activité diplomatique du Saint-Siège, surtout à l'époque dramatique et bouleversée de la seconde guerre mondiale.

Sous Pie XII, dont il avait l'estime inconditionnée et toute la confiance, il travaillait régulièrement dix-huit heures par jour, jour après jour, année après année. « Les deux der­nières fenêtres à s'éteindre la nuit — disait-on alors au Vati­can — sont celles du Pape et de Mgr Montini et c'eSt quel­quefois la clarté de l'aube qui l'emporte sur la lumière de leurs lampes. »

 

Mgr Dell'Acqua (qu'on a plaisamment défini comme étant l'architrave du Vatican alors que Montini en serait la clef de voûte, en raison de la différence de corpulence) nous parle de la journée du Substitut : « Elle semblait n'avoir pas de fin ; après les audiences de la matinée qui se prolongeaient parfois jusqu'à quatorze ou quinze heures et les entrevues avec ses collaborateurs pour l'étude des questions les plus difficiles, il se retirait chez lui pour accomplir ses devoirs sacerdotaux, puis revenait au bureau vers minuit et y restait jusqu'à deux heures du matin. Cet emploi du temps met en lumière l'abnégation, le dévouement et l'exceptionnelle bonté pour lesquels il avait toute notre admiration et notre affection. Si je voulais manier le paradoxe, je pourrais dire que la diplomatie de Mgr Montini fut la non diplomatie; il parlait ouvertement, son regard limpide fixé sur son inter­locuteur, écoutait, notait dans son esprit et répondait sans réticence mais avec ce sens inné de la mesure que sa charité sacerdotale lui inspirait. Il connaissait ainsi les hommes et les choses; les secondes en fonction du jugement des pre­miers plutôt que de leur apparence. »

 

Mais on ne peut dire qu'au Vatican tout le monde fut d'accord sur la personnalité de Montini.

 

Prenons un exemple : les trente années passées par Paul VI dans les bureaux de la Secrétairerie d'État ont contri­bué, sinon à lui créer une nouvelle personnalité, tout au moins à mettre en évidence certains éléments de son carac­tère et à en émousser d'autres : la diplomatie vaticane en somme a été une longue et subtile école de prudence, une prudence qui, si l'on écoute les critiques, confine parfois, nécessairement à l'irrésolution. Montini aurait les qualités et la sûre vision d'un pasteur, mais il lui manquerait la vigueur de la décision immédiate.

 

Ces critiques n'ont probablement pas considéré les éton­nantes réalisations de Montini pendant la guerre ni sa remarquable œuvre pastorale dans le diocèse de Milan, le plus grand d'Italie.

 

D'autre part, on ne peut nier que les années passées par Mgr Montini à la Secrétairerie d'État aient été les plus difficiles de l'histoire de l'Église et du monde, et que par conséquent la prudence était de rigueur. Cette prudence ne l'empêcha d'ailleurs pas d'être respecté de ses adversaires comme de ses amis.

 

Silvio Negro, subtil observateur des affaires vaticanes, a décrit la finesse de son trait, sa précision, dans l'énoncé des problèmes et la clarté avec laquelle il les résolvait. Nous savons, de très bonne source, que ses collaborateurs ou les exécuteurs de ses directives, qui n'avaient ni sa netteté ni sa précision, causèrent bien des amertumes à Mgr Montini par leur travail trop impulsif et quelquefois bâclé.

 

« Les visiteurs qu'il accueille si simplement, écrit Negro, ignorent qu'il a commencé sa journée à sept heures et qu'à quatorze son repas l'attend toujours. Face à ses interlocuteurs il ne s'enferme pas, comme nous le faisons tous, dans le domaine pourtant très vaste de ses compétences; il s'aven­ture volontiers au dehors et s'intéresse sans discrimination à tout ce qui est du domaine de l'information et de la culture; ses jugements sont toujours personnels et motivés, même quand ils ont trait à une matière étrangère à son énorme activité quotidienne. »

 

Pie XII connaissait bien Montini pour l'avoir eu comme collaborateur quand il était le secrétaire d'État Pacelli et chargé avec Mgr Tardini de tout le poids de la Secrétairerie; quand, peu après son élection, il reçut ses parents en audience particulière, il ouvrit la conversation par ces mots : « Vous avez donné à l'Église un homme qui possède toutes les qualités à un degré éminent. »

 

Le « royaume » de Mgr Montini à la Secrétairerie d'État tenait en quelques mètres carrés, mais c'était un tillac sur un navire en pleine tempête ou bien encore une tour de contrôle d'où le fidèle collaborateur de Pie XII pouvait suivre le cours de la chrétienté et de l'humanité tout entière. Il se composait d'un salon d'attente, d'une pièce pour les hôtes, tapissé de rouge, et d'un bureau dont les fenêtres s'ouvraient sur une magnifique perspective de la place Saint-Pierre, que Mgr Montini n'avait guère le temps d'admirer!

 

Tel était son petit monde, le champ de ses batailles paci­fiques. Et dans ce petit monde il accomplit un gigantesque travail, nouant des rapports avec de nouveaux pays, orga­nisant des aides internationales, installant un bureau pour la rédaction du courrier du Pape dans toutes les langues vivantes, établissant l'écoute de toutes les radios étrangères et accordant de surcroît un nombre impressionnant d'entre­vues aux hommes d'État, diplomates, cardinaux, prélats et artistes qui remplissaient continuellement son salon d'at­tente.

Diplomate raffiné, un génie, selon le jugement unanime des passionnés de cette science, il parlait à tous sans diplo­matie, sans jamais la moindre réticence, parce que, disait-il, « les réticences sont déplacées chez un prêtre ».

 

Dans cette activité méthodique mais sans repos, sans solu­tion de continuité, réglée comme un mécanisme de précision et que seuls interrompaient de temps en temps quelque appel imprévu du Pape ou une cérémonie à laquelle il ne pouvait absolument pas se soustraire, Montini était aidé par une extraordinaire réceptivité et par une mémoire formidable. Il se souvenait avec une grande précision dans les détails d'événements de tout genre, pouvait citer des auteurs ita­liens et étrangers et même donner des renseignements sur l'activité et les écrits de nombreux journalistes. Car, mysté­rieusement, il trouvait le temps de lire, et beaucoup! Les employés de la bibliothèque vaticane qui s'occupèrent du transport de ses objets personnels de Rome à Milan purent le constater : plus de quatre-vingt-dix caisses furent néces­saires pour les livres!

 

Une montagne de papiers, tous importants et urgents, s'accumulait sur son bureau, c'était sa croix, mais il plaisantait : « Il me faut jouer aux cartes (papiers, documents) toute la journée !... ».

 

Le téléphone était aussi de la partie et sonnait à chaque instant. L'un des trois appareils était relié à la ligne privée du Pape et sa sonnerie se reconnaissait immédiatement car elle avait un son particulier.

 

Sa modestie était pourtant devenue proverbiale. Lui qui, quotidiennement, parlait avec Pie XII, autour de qui gra­vitaient des centaines de hauts prélats et grâce à qui s'arti­culait l'exécution des directives pontificales, ne haussait jamais la voix.

 

On remarquait partout et sans équivoque son action, son impulsion pressante et discrète, mais sans jamais entendre sa voix. Et l'on disait au Vatican qu'il était la pré­sence de Dieu. Son affabilité avec toute, sa finesse, sa noblesse native est si spontanée que l'on ne tarde pas à en découvrir la source dans une profonde spiritualité évangélique.

 

Un prélat de la Curie des années 30, bon connaisseur d'hommes n'a-t-il pas dit de Montini : « D'autres pourront le surpasser en intelligence ou en habileté, mais personne n'est comme lui habité de l'esprit évangélique. »

 

Un humble balayeur du Vatican nous en donne la confir­mation : « Il traite chacun de nous comme le premier des diplomates. »

 

(A suivre, afin de mieux connaître notre Saint Père en exil.)

 

Extrait du livre Paul VI de G. Scantamburlo   MAME  1964

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 19:23

 

L’influence de Mgr Jean Baptiste Montini se fit sentir comme la semence jetée dans le sillon et qui germe au moment opportun : en l'occurrence, quand se consolida le mouvement des Docteurs de l'Université Catholique et quand, à partir de 1936, commencèrent les « Semaines de Camaldoli » où les dirigeants de la future Démocratie Chrétienne purent se préparer au grand saut dans la liberté. Montini n'avait qu'un mot à la bouche : la sociologie. Et, le 25 juillet, jour de la chute de Mussolini, on jetait à Camaldoli les bases d'une organisation sociale chrétienne. Le « Code de Camaldoli » était né.

 

Mais son action fut peut-être encore plus efficace dans le domaine de la formation morale et de la charité. Partisan enthousiaste de l'idée de saint Vincent de Paul, il favorisa, dans la lignée d'Ozanam, l'activité des « Conférences de Saint-Vincent ». Montini savait bien que, lorsque la spiri­tualité ou la piété ne sont pas mises dans le creuset de la charité et n'approchent ni n'assistent le frère le plus misérable, le plus pauvre, le plus souffrant et le plus sale, elles n'ont pas beaucoup de valeur devant Dieu et pourraient bien n'être qu'une forme élégante et recherchée d'égoïsme intellectuel et pharisaïque.

 

L'une des zones les plus désolées de la misère romaine, celle de la porte Metronia — aujourd'hui disparue grâce aux progrès de la construction dans le quartier Appio Metronio — vit Mgr Montini et ses étudiants remplir chaque semaine, en dépit d'un anticléricalisme aveugle et violent, un lourd programme d'assistance et trouver sur leur chemin l'exaspération de l'indigence la plus désolée.

 

Il plongea dans ces sordides bourgades romaines, parmi le sous-prolétariat local et les misérables des premières migrations internes qui affluaient inconsidérément aux portes de la Capitale, à la recherche désespérée d'un Eldorado italien. C'était une terre de mission et il en fut avec ses étu­diants le premier évangélisateur, le premier apôtre.

 

On trouve dans la charité de Mgr Montini un aspect déli­catement humain qu'il ne faut pas négliger, car il éclaire d'un rayon lumineux sa conception du sacerdoce. Sa charité et son assistance ne se limitaient pas, comme c'est trop souvent le cas, aux malheureux reconnus « bons chrétiens » qui vont à la messe et reçoivent les sacrements; elle n'excluait pas les athées, les irréguliers ou les transfuges du mariage et de la morale. Le simple fait qu'ils en avaient besoin, matériel­lement ou moralement, leur était un titre suffisant pour prétendre à sa bonté et à sa compréhension.

 

C'était même plutôt ceux-là qu'il recherchait, qu'il préférait. Il ne pensait pas le moins du monde que la charité et les secours pouvaient les ancrer dans le mal ou les stabiliser dans le péché et l'irré­gularité morale. Il savait que la charité, quand elle est patiente, délicate, humaine, vient à bout tôt ou tard de la méfiance et de la malveillance et vainc tous les obstacles.

 

En 1933, alors qu'officiellement il n'appartenait plus à la F.U.C.I., ( Fédération Universitaire des Catholiques Italien) il réunit autour de lui des volontaires pris parmi ses anciens étudiants, désormais diplômés, et fonda avec eux un nouveau groupe, inspiré de saint Vincent, qui tint ses réunions à Sainte-Anne au Vatican et choisit comme zone de travail la bourgade Primavalle, alors tristement célèbre pour son état d'indigence et d'abandon sordide. Les très

méritantes sœurs polonaises y menaient déjà une œuvre précieuse et presque ignorée quand elles reçurent, autour de leur petite église et de leur jardin d'enfants, la collaboration solidaire des jeunes docteurs, guidés et animés par Mgr Mon­tini.

 

Pendant cette période mémorable d'activité à la F.U.C.I., se forma « autour de lui, écrit le P. Bevilacqua, une véritable aristocratie de la foi et de la culture et sa parole ne se fit pas moins entendre avec le passage du temps et des événements. Sa voix qui savait employer le langage rigoureux de la vérité était aussi pleine de chaleur et capable de dialoguer avec tous ces drames de la profondeur, dans lesquels Dieu ne cesse d'offrir et où l'homme n'abandonne pas sa folle attitude de refus ».

 

Des générations entières de jeunes universitaires se rappellent encore sa silhouette, le charme qui en émanait et la suggestion idéale qu'il exerçait sur les foules juvéniles. « Son secret était qu'il parlait aux jeunes, affirme encore le P. Bevilacqua, avec sa foi nourrie au trésor de l'Évangile et de la liturgie et cette foi divine se manifesta toujours à travers l'homme tout entier... parce que don Baptiste aime l'esprit créateur de l'homme sous tous ses aspects : art, pensée, culture, technique, sciences. Il voyait tout avec les jeunes et les suivait dans la nouveauté de chaque journée avec une fraîcheur et une imagination intactes. »

 

Et Mgr Pignedoli confirme : « Le grand prestige dont il jouissait auprès des jeunes étudiants qui lui exposaient leurs problèmes spirituels et la totale confiance qu'inspirait sa façon de les résoudre, lui venaient de la vision complète et sûre qu'il avait du christianisme. Il le voyait dans sa valeur accomplie et indivisible et dans la formation intérieure de la conscience plutôt que dans ses conclusions extérieures. »

 

Un fait entre mille prouve cette fascination particulière de Montini sur les jeunes. L'un des congrès de la F.U.C.I. eut lieu à Trieste; chaque soir l'Assistant National parlait aux participants dans l'église Saint-Antoine. Mais l'auditoire augmentait continuellement si bien qu'au dernier jour l'église apparut invraisemblablement comble. Le tranchant oratoire de Mgr Montini était proverbial : concepts précis, vocabulaire concis et concret, une clarté qui abhorre les pompes rhétoriques, un langage épuré et moderne et surtout la limpidité d'une foi vécue et la réalité des choses pour lesquelles on a souffert.

Pour que cette réalité imprégnât toujours plus profon­dément l'âme des jeunes et devînt le suc et le sang de leur activité et de leur future présence chrétienne, Mgr Montini organisa ces « courtes retraites » spirituelles de la basilique Saint-Paul où il eut l'occasion de rencontrer le cardinal Schuster, alors abbé de Saint-Paul.

 

En cette période de la F.U.C.I., il se souvenait peut-être de ce bon curé oratorien de Saint-Jean de Brescia, débordé de travail, qui confiait au petit étudiant Montini la rédac­tion de ses prêches, les leçons de catéchisme aux plus petits et la révision des devoirs de l'étude dirigée. Comme s'il avait eu du temps de reste, il aidait les Oratoriens de l'Église Neuve de Rome à dépêcher dans leurs bureaux les dossiers d'assistance matérielle et dans leur confessionnal l'œuvre la plus précieuse de l'assistance spirituelle. Et tout cela sans pavoiser, dans une silencieuse humilité, selon sa conception toute personnelle du travail et du repos appliquée à chaque heure de sa vie « au nom du Seigneur »!

 

Cette admirable période d'activité prit fin le 12 mars 1933 quand une lettre de l'Assistant Central de l'Action Catho­lique, Mgr Pizzardo, communiqua que le saint-père Pie XI, en considération des charges croissantes de Mgr Montini à la Secrétairerie d'État, avait accepté sa démission du poste d'assistant ecclésiastique de la F.U.C.I., « mission acquittée avec amour et profond dévouement ».

 

C'était une réalité officiellement reconnue.

(A suivre, afin de mieux connaître notre Saint Père en exil.)

 

Extrait du livre Paul VI de G. Scantamburlo   MAME  1964

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 21:07

C'est un lieu commun d'une banalité pitoyable que de parler de la fuite du temps. Mais l'homme ne peut échapper à la fascination, au vertige de cette durée qui s'écoule. Et sans le moindre souci d'originalité, les hommes de chaque génération reprennent cette analyse. « Dans ce siècle, dit saint Augustin, c'est le tournoie­ment des jours : les uns viennent, les autres s'en vont, aucun ne demeure ; les instants où nous parlons se chas­sent l'un l'autre, la première syllabe disparaît pour faire place à la suivante ; depuis le début de ce discours, nous avons vieilli un peu ; et sans nul doute je suis plus vieux maintenant que ce matin : dans le temps, rien n'est fixe, rien n'est stable. »

 

Et saint Augustin fait remarquer que la durée la plus longue est toujours brève, puisqu'elle doit finir : « De la première enfance à la décrépitude du vieillard, le temps est court. Adam a vécu fort longtemps; mais sup­posons qu'il mourût aujourd'hui seulement, à quoi bon? Ce qui a une fin dure-t-il vraiment longtemps ? »

 

Au fond, notre vie qui semble durer, mais qui passe, est-elle autre chose qu'une série de morts partielles? Le mouvement meurt dans le repos ; la parole meurt dans le silence ; la beauté meurt dans le corps fatigué et vieilli... Un être qui change n'existe pas pleinement et réellement.

 

Cette réflexion monotone a inspiré aux hommes de tous les temps un gémissement non moins monotone sur la condition humaine, à moins qu'il n'ait provoqué chez eux le pessimisme ou la révolte.

 

Mais ce qui avive notre tristesse, c'est que ce temps si court entre les limites d'une vie humaine, ce temps que nous sentons dramatiquement s'écouler, paraît bien souvent s'écouler en pure perte. Ici encore nous som­mes dans les constatations banales et quotidiennes; les heures d'attente vaines dans les administrations et les bureaux, les heures, les jours et les mois de clinique, d'hôpital, de sana; les mois ou les années des deux guerres, le danger et le désœuvrement des tranchées, l'attente démoralisante dans les camps de concentration. La pauvre richesse de nos instants, notre avoir si modi­que, chichement mesuré, paraît gaspillé de manière irré­médiable.

 

La réflexion mélancolique de l'homme sur le temps qui passe n'est pas sans grandeur. L'animal vit chaque minute dans une calme hébétude. Ressentir la fuite du temps est le privilège d'un être qui a en lui l'éternel. Mais cette amertume qui semble une conséquence iné­vitable de la réflexion sur la fuite du temps, le chrétien n'a pas le droit de s'y complaire, pareille tristesse serait païenne et la foi nous l'interdit.

 

Car il s'est passé dans l'histoire humaine l'événe­ment capital : que le Dieu fait homme est entré lui-même dans le temps et en a changé toutes les perspecti­ves : « C'est une grande miséricorde, dit encore saint Augustin, que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit venu dans le temps, lui par qui ont été faits les temps. »

 

Et d'abord, en nous montrant au terme de sa vie ter­restre la résurrection et la gloire, le Christ nous a libérés du désespoir inspiré à l'homme par le cours du temps qui semblait mener inexorablement à la destruction totale. Sur le fleuve qui nous emporte, à voir s'enfuir les riva­ges, nous n'avons plus à être pris de vertige, puisque nous savons que cette course nous mène non pas au néant, mais au calme et à la paix de l'éternel.

 

De plus, le Christ Jésus, en vivant une existence hu­maine, a donné au temps une consistance et une valeur. C'est dans ces jours terrestres et par des occupations en apparence minimes qu'il a mérité sa glorification et le salut du monde. Que d'heures il a acceptées, appa­remment gâchées ! Les heures d'apostolat sans résul­tat visible et sans rendement comptable, les heures de tristesse et de lourd ennui, qui semblaient ne devoir jamais finir. Or, tout ce qu'il touche, Jésus le bénit et le transfigure. Et nous profitons de cette bénédiction.

 

Saint Paul, s'adressant à ses fidèles, leur recomman­dait de « racheter le temps », c'est-à-dire sans doute d'exploiter à fond l'occasion favorable. Et nous aurions pu avoir le sentiment que pendant des mois et des années toutes les occasions nous étaient refusées, que ces concours de circonstances qui permettent réussite et vic­toire ne nous étaient jamais offerts, que jamais nos billets n'étaient gagnants...

Tout cela est peut-être vrai au plan humain de la réussite et de l'échec. On peut gémir sur « un passé mort, un présent mourant, un ave­nir mort-né ».

 

Mais au plan des vraies réalités surnatu­relles et définitives, c'est à chaque instant que l'occasion nous est offerte.

 

Et pour reprendre les situations que nous avons évoquées, le malade du sana ou le pri­sonnier derrière les barbelés peut vivre des heures d'effi­cacité véritable et de plénitude : Il suffit qu'il les vive avec le Christ.

 

Un écrivain de notre temps notait dans ses Carnets intimes : « Ne point penser au temps qui passe, mais aux actions qui sont et demeurent à jamais. Vivre comme étant éternel, vivre comme n'ayant qu'un instant à vivre, c'est la même chose. »

 

Disons : « Ne point penser au temps qui passe, mais au Christ qui est et demeure à jamais, au Christ qui peut faire que nous demeurions à jamais. »

 

On a remarqué combien, dans le quatrième Évangile, le Maître affectionne ce mot « demeurer ». Mortel lui-même, parlant à des mortels, homme véritable donc éphémère parlant à des éphémères, Jésus insiste : « Demeurez en moi, demeurez en mon amour, nous viendrons et nous demeurerons... »

 

Quel rêve pour ces errants que nous sommes, pour ces nomades, forcés au nomadisme et qui, dans leurs gîtes inconfortables, cherchent la stabilité !

 

Ce rêve peut être réalisé. Nous pouvons demeurer. Mais la condition est que nous soyons dans le Christ; il faut que dans notre existence voyagère elle-même, il demeure en nous et que nous demeurions en lui.

 

« Pour ne pas passer avec le monde qui passe, passons en Dieu qui demeure. »

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

                   Gaston Salet S.J.  

                   Edition P. Lethielleux. Paris 1967

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 19:54

C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a dit cette terrible parole : « Malheur au monde ! » Et l'apôtre saint Jean cette au­tre : « N'aimez pas le monde, ni rien de ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour de Dieu n'est pas en lui. »

 

Que faut-il entendre par le monde ?

Le monde, celui que Jésus-Christ maudit, celui que l'apô­tre saint Jean nous recommande de ne pas aimer, c'est la multitude de ceux « qui font leur dieu de tout, excepté de Dieu lui-même. »

 

Les mondains n'attachent d'importance qu'à la fortune, à la réputation, au plaisir. Il n'y a rien pour eux en dehors de la terre, au delà de la vie, ou du moins ils ne s'en inquiètent pas. Voici leur doctrine : On doit songer d'a­bord et uniquement à se faire une position, à paraître, à se distinguer, à attirer les regards, à s'amuser, à se divertir. S'oc­cuper de son âme, s'occuper de Dieu, s'occuper de religion, c'est une inutilité ; cela ne rapporte rien : tout au plus faut-il y penser avant de mourir.

 

Voilà ce qu'est le monde, ce qu'il pense et ce qu'il veut.

Hélas! Il n'y a pas seulement des hommes dans ce monde-là; on y rencontre aussi des femmes et des jeunes filles. Beaucoup Sans doute font acte de présence à l'Église le dimanche et au temps pascal, afin de ne pas se singulariser, de ne pas s'expo­ser à un certain discrédit auprès des catholiques pratiquants ; mais ce n'est qu'une démonstration hypocrite.

 

Ces personnes ne rêvent que luxe, toilette et parties de plaisir. Voyez-les ! Journellement elles passent sous vos yeux, à côté de vous. On les reconnaît à leur extérieur, à leur dé­marche. C'est la vanité, c'est l'orgueil, c'est quelque chose de pis encore que révèle leur tenue.

 

Pauvres mondaines !... Sont-elles heureuses ? Le croyez-vous? Peut-on être heureux avec une vie semblable ? Non, je vous l'affirme, cela n'est pas possible.

 

Cependant le monde rit, chante, se glorifie de son prétendu bonheur.

 

Que faut-il en penser ? Le monde s'étourdit, il se fait illu­sion à lui-même ; mais ce n'est que pour un moment, car il suffit d'attendre quelques années. Oh ! alors, que de plaintes amères ! Que de larmes brûlantes ! Que de cris déchirants !

 

On a été trompé dans ses espérances, on a été joué dans ses affections, on s'est épuisé dans les plaisirs. Maintenant, c'est la réalité lamentable. On est dans l'isolement, dans la douleur, dans l'angoisse ; et à qui s'adresser ? Qui viendra apporter seulement une parole d'adoucissement et de consolation ? Qui fera luire seulement un rayon d'espérance ? Vaine at­tente ! Personne ne se présente.

 

On appelle, on éclate en reproches, on maudit... Rien n'y fait : On expire dans la colère, dans le dépit, ou tout au moins dans les plus inutiles regrets.

 

C'est ainsi qu'on arrive devant Dieu. Et comment régler ses comptes avec lui, quand on l'a méconnu et outragé durant toute sa vie ? Qu'attendre à cette heure effroyable qui suit la mort ?

 

Plaignez le monde ! Ne l'aimez pas, ni rien de ce qu'il vous offre. Rien en lui n'est réellement aima­ble ; rien n'y dure. Sa figure passe, et passe avec rapidité.

 

Ce que nous voudrions vous inspirer pour le monde c’est de la pitié, pour ne pas dire du mépris, car c’est ce qu'il mérite ! Si vous le voyez de près, vous devez être épouvantée de ses scandales, de ses hontes, de ses désolations.

 

Même lorsque le monde ne rejette pas la religion, et semble plutôt, jusqu'à un certain degré, la respecter et la pratiquer; mais ses pensées sont tout entières pour la vie présente et ses vanités. Il n'y a chez lui rien de surnaturel, rien de sérieux. Oh ! Que sa religion est suspecte !

 

Ce monde-là ne vous enveloppe-t-il pas ? N’est-ce pas le monde de vos proches, le monde de la société, celui que voit votre famille et que vous devez fréquenter !

 

Comment devez-vous vous y tenir ? Quelles doivent y être vos pensées, vos paroles, votre conduite ? Si vous rentrez sérieusement en vous-même, vous entendrez la réponse.

 

Rien contre votre conscience bien éclairée !

 

Telle doit être votre perpétuelle devise. N'accordez à ce dangereux monde que ce que l'obéissance vous fait un devoir de lui accorder ; et si l'on voulait obtenir de vous certaines concessions qui mettraient votre vertu en péril, sachez résister, modestement sans doute, mais fermement et invinciblement.

 

Dieu avant tout ! Ne faites, ne dites quoi que ce soit que votre conscien­ce condamne.

 

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:13

2 décembre 1972 : Jésus à l'expiatrice américaine Valérie Noble :

"Encore un court espace de temps avant la grande affliction qui couvrira toute la terre. Le pape Paul VI souffre des affres de la mort. Les péchés d'hypocrisie parviennent jusqu'au trône de mon Père pour qu'il laisse sa Justice s'exercer.

Je t'ai déjà dit que le Pape Paul VI sera contraint de quitter Rome pour l'exil. Demande à toutes les âmes fidèles de prier pour leur suprême pasteur.

Vraiment, je te le dis, je ne le connais pas, le contre-pape, et ne veux pas entendre sa voix... (...) Les puissances de l'enfer sont libérées. Ma grâce seule peut encore abréger la catastrophe. Les montagnes vont s'effondrer, les mers vont déborder. La terre tremblera à plusieurs endroits. Beaucoup se tourneront encore vers moi. Je souhaite que ces âmes aillent chercher refuge sous le manteau protecteur de Ma Mère bien aimée. Plusieurs ont peur et sont inquiets parce que le Malin a pénétré dans Mon Église et y a semé la confusion."

Terrible prophétie qui s'est vérifiée ; le Pape Paul VI avait dit en 1972 : "Les fumées de Satan sont entrées dans l'Église" ; c'est aussi à partir de cette année-là qu'il a été remplacé à plusieurs reprises par un sosie pour l'être définitivement fin 1975. Paul VI a dû subir l'exil... et Notre Seigneur (comme il l'a dit à Marie-Julie Jahenny) fera un miracle pour nous ramener le Saint Père....

Aujourd'hui, on découvre malheureusement sur le net, que cette prophétie de Valérie Noble est "tronquée" pour ne laisser que la deuxième partie. La référence au Pape Paul VI a été enlevée sur des sites (dits "spécialisés dans les prophéties") pour appliquer ce "cri du Ciel" à l'antipape-antichrist Benoît XVI !!! Gravissime acte de ces "catholiques modernistes" qui détournent ces voix du Ciel pour éloigner leurs lecteurs de la Vérité !

http://paulvipapemartyr.over-blog.com/article-valerie-noble-expiatrice-americaine-1972-62590759.html

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 21:00

 

Le foyer domestique est un sanctuaire. Dans tout sanc­tuaire, la principale occupation, c'est de prier, et par là de nous unir à Dieu. Quiconque ne prie pas a rompu avec Dieu.

 

Heureusement, il en est beaucoup encore qui prient. Le vrai catholique prie, l'hérétique prie, le schismatique  prie, le Juif prie, le musulman prie. Mais combien prient peu et mal !

 

Il y a à cela beaucoup de causes, et bien des remèdes peuvent être signalés ; un des plus efficaces, c'est la prière en commun, au moins le soir.

 

Aussi bien, à la maison comme à l'église il faut la prière publique. Mères de famille, si vous ne voulez pas que vos enfants ressemblent un jour à ces étourdis, avides d'indépendance, impatients de tout joug, pour qui rien n'est digne de respect, habituez-les à s'incliner avec vous devant la majesté de Celui de qui découle toute autorité ; ayez assez de ténacité dans votre résolution pour établir, à tout prix, chez vous, comme règle fixe, la prière en commun. Vous pourrez à coup sûr compter sur une attention spéciale de la Providence.

 

C'était surtout à la famille priant en com­mun que Notre-Seigneur promettait son assistance lorsqu'il disait : « Quand deux ou trois de mes disciples seront assem­blés en mon nom, je serai au milieu d'eux. » N'est-ce pas, en effet, de ces maisons où se fait la prière commune que sortent les générations les plus chrétiennes ?

 

Rien n'est plus édifiant, rien peut-être ne façonne autant les âmes à la vertu que la prière publique au foyer domesti­que. Voyez-vous cette famille véritablement chrétienne ? Après le repas du soir où a brillé, non pas l'abondance, mais, ce qui vaut mieux, une franche gaîté provenant de l'u­nion des cœurs, avant de se livrer aux douceurs du som­meil qui va réparer les forces et faire oublier les fatigues de la journée, tout le monde s'est mis à genoux ; tous font ré­sonner ensemble le doux murmure de la prière.

 

Contemplez cette scène, bien simple, mais bien digne de toucher le cœur de Dieu. Ici vous voyez un vieillard aux cheveux blancs, dont les mains et les lèvres tremblantes annoncent le patriarche, le chef de la famille ; là, c'est un homme à la fleur de l'âge, le père de tous ces petits enfants agenouillés autour de lui ; plus loin vous voyez une femme, tenant devant elle, sur une chaise, un enfant qui ne sait pas encore prier, mais qui mar­que déjà par son silence un respect instinctif pour la prière de ceux qui l'entourent.

 

Laissez grandir ce petit ange ; et ces prières, qui sont entrées dans son âme enfantine par les yeux et par les oreilles, ne lui paraîtront pas, dans la suite, une tâche difficile. Il a vu prier sa mère, son père, ses frères, ses sœurs ; on n'arrachera jamais de son âme ce souvenir fortifiant des traditions religieuses du foyer domestique.

 

On n'abdique pas facilement son titre de chrétien, on ne descend pas dans l'abîme de l'incrédulité, quand on a ainsi vécu dès e berceau dans une atmosphère de piété qui a nourri, élevé, fortifié l'âme pour les combats ultérieurs de la vie. Et puis, quelle puissance n'a pas la prière d'un enfant sur le cœur de Dieu !

 

La pratique de la prière récitée en commun, introduit dans la famille les habitudes de la vie chrétienne et garantit l'observation des préceptes divins.

 

Ce premier devoir accompli détermine presque toujours la fidélité à tous les autres. En voulez-vous savoir la raison ? C'est que non seulement la prière publique ajoute au mérite de la prière particulière l'autorité de la persuasion du bon exemple ; mais encore et surtout, c'est qu'elle constitue chacun dans une sorte d'heureuse né­cessité de fuir ce qui est mal et de marcher dans la voie du bien.

 

En effet, ce n'est pas solitairement, dans le secret, seuls avec Dieu seul, que le père, la mère, les enfants, les serviteurs professent leur foi, s'accusent de leurs fautes, promettent de garder les commandements de Dieu et de son Église ; c'est publiquement, solennellement, en présence de témoins qui en prennent acte, en quelque sorte, et s'en souviendraient dans l'occasion.

 

Cette personne qui, chaque soir, édifie sa famille par son attention religieuse à la prière commune, ira-t-elle le lendemain, devant les mêmes témoins, tenir des propos contraires à sa religion ? Lui serait-il possible de blasphémer le saint nom de Dieu ?

Par cette considération seule que la prière commune con­tribue puissamment à la connaissance, à l'amour, à la pratique de la religion, il est facile de comprendre tout ce qu'elle ap­porte à la famille d'éléments d'ordre, de bien-être et de sécu­rité. On peut dire qu'elle est à elle seule une grande partie de l'éducation domestique, et comme l'article fondamental de la constitution de la famille.

 

La confiance mutuelle des époux, leur dignité personnelle, la soumission tendre et res­pectueuse des enfants, la justice et la bonté des maîtres, le zèle et la fidélité des serviteurs, voilà les heureux fruits de son influence. Faut-il s'en étonner ? Là où est l'union de prières, là est Jésus-Christ ; et où est Jésus-Christ, là se trouvent la paix, la concorde, le support d'autrui, l'indulgence, l'esprit de sacrifice, la modération dans les joies, la consolation dans les peines, tout ce qui, en un mot, constitue le bonheur de la famille.

 

Si l'on savait quels sont les précieux avantages de la prière commune, il n'est aucune famille chrétienne qui ne voulût en établir chez elle le salutaire usage.

 

Puissent la mère, la jeune fille elle-même user de toute leur influence pour implanter chez elles une si sainte pratique !

 

Pour que la prière en famille porte tous ses fruits, il impor­te que chacun ait sa place à peu près fixe, et se tienne dans une attitude convenable, humblement agenouillé devant l'i­mage du Dieu Sauveur, devant ce Crucifix qui a reçu le der­nier soupir des ancêtres. Que le père de famille prononce lui-même à haute voix les saintes formules et que tous les assistants lui répondent pieusement et posément.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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