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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 03:46

 

Venir en aide à tous les êtres souffrants est un des admi­rables traits du caractère de la femme forte ; il mérite à celles qui suivent ses traces le plus précieux des biens, l'amour de Dieu. Saint Augustin, parlant de la double  au­mône du cœur et de la main, assure qu'il n'y a point de lien plus fort pour nous unir à Dieu, point de coursier plus rapide pour nous porter de la terre au ciel. D'autre part, le précepte de l'aumône est un commandement si rigoureux qu'il suffi­rait de ne l'avoir pas accompli pour être rejeté de Dieu, et pour entendre ce formidable arrêt : « Retirez-vous de moi.... J'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire. »

 

Bourdaloue a tracé de bien sages règles sur la pratique de ce grand précepte. Il établit d'abord, « qu'en ne faisant pas l'au­mône ou en la faisant au dessous de notre condition, nous dé­truisons en quelque sorte la Providence de Dieu, parce que nous la rendons, autant qu'il est en nous, imparfaite et défec­tueuse, et que nous autorisons contre elle les plaintes et les murmures des pauvres. » Mais quelle sera la part des pauvres ? Saint Paul veut que dans le christianisme l'abondance des uns supplée à l'indigence des autres : admirable loi de la Provi­dence, qui établit ce lien entre les hommes, et, selon la pensée d'un pieux auteur, ne les associe dans ce monde à ses desseins que pour les associer dans l'autre à sa félicité. Bourdaloue enseigne ensuite comment on doit faire l'aumône et ce que c'est que l'abondance ou le superflu.

 

Première règle : « Que l'aumône soit faite d'un bien propre et non point du bien d'autrui, non d'un bien injustement ac­quis, car Dieu a l'injustice en horreur, et la déteste jusque dans le sacrifice. Ce sont deux choses essentiellement distinctes que la restitution et l'aumône. »

 

Seconde règle : « Que les actions de justice passent toujours avant les actions de pure charité ; par exemple, payer de pau­vres domestiques, de pauvres artisans, des marchands qui souvent tombent dans la pauvreté parce qu'on les laisse trop longtemps attendre ce qui leur est du, le salaire de l'ouvrier que le Seigneur défend de garder en sa maison. »

 

Troisième règle : « Que les aumônes ne soient pas jetées au hasard, mais données avec mesure et réflexion... »

Quatrième règle : «Qu'une partie des aumônes soient pu­bliques, quand il est constant et public que l'on possède de grands biens et que l'on est dans l'abondance : pourquoi ? Pour satisfaire à l'édification, pour donner l'exemple, pour ac­complir cette parole de Jésus-Christ : « Que votre lumière lui­se devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Celles de vos aumônes, qui seront données dans le secret, satisferont à cet autre précepte qui veut que nombre de bonnes œuvres soient accomplies en esprit d'humilité ; mais n'en faites aucune dont l'amour, la gloire de Dieu et l'obéissan­ce que vous devez à son commandement ne soient l'objet, « II ne récompensera que celles qui seront faites en son nom. » Aucune œuvre extérieure ne sert sans la charité ; mais tout ce qui se fait par la charité, quelque petit et quelque qu'il soit, produit des fruits abondants, car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui nous inspire : « Celui-là fait beaucoup qui aime beaucoup. »

 

Cinquième et dernière règle : « C'est de faire l'aumône dans le temps où elle peut nous être utile pour le salut, sans attendre à la mort et même après la mort... »

 

Enfin, continue Bourdaloue, qu'est-ce que le superflu ? C'est ce qui est, je ne dis pas précisément utile, mais même évidemment préjudiciable, ce qui sert à fomenter les dérè­glements, les excès. J'appelle superflu, ce que vous dépensez, disons mieux, ce que vous prodiguez en mille ajustements frivoles, qui entretiennent votre luxe et qui seront peut-être un jour le sujet de votre réprobation : re­tranchez une partie de ces vanités, celles que n'exige point la convenance de votre condition, et vous aurez du superflu... Mais, dira-t-on, ne peut-on pas se servir de ce superflu pour accroître sa fortune ? Est-ce un désir injuste et criminel que de vouloir agrandir son état ? Je veux, répond le grand doc­teur, qu'il vous soit permis d'agrandir votre fortune, pourvu que vous vous conteniez dans les bornes d'une modestie rai­sonnable et sage, et que ce désir n'aille pas jusqu'à l'infini, jus­qu'à ne jamais dire : « c'est assez, » car il n'y a rien de plus op­posé à l'esprit du christianisme que de vouloir toujours s'éle­ver, et « cela seul, dit saint Bernard, est très coupable devant Dieu. »

 

Oh ! Si nous avions la vraie charité de Jésus-Christ, com­bien nous aurions peu besoin de ces règles ! Combien on de­vrait nous contenir plutôt que nous pousser ! Qu'elle est gé­néreuse et ingénieuse tout à la fois la charité qui nous fait voir dans les pauvres, les membres souffrants de Jésus-Christ.

Une enfant de Marie avait pu, pendant un hiver, entretenir jusqu'à vingt familles pauvres. On lui demanda comment elle s'y prenait. « J'économise sur mes toilettes, dit-elle, je porte quelques vêtements rapiécés. »

 

Le plus grand bonheur, la plus douce jouissance de Victorine Le Segrétain, écrit son biographe, c'était d'être employée au service des malades indigents. Sa désolation était extrême lorsque l’argent venait à lui manquer. « J'aimerais mieux donner mes effets aux pauvres, disait-elle, que de les renvoyer sans les assister. » Son père, charmé du bon usage qu'elle faisait de son argent, et ne voulant pas qu'elle fût complètement pri­vée pour elle-même de toute douceur, augmentait le petit tré­sor : mais Victorine, à peine enrichie, « avisait au moyen de bien placer ses écus, » comme elle disait elle-même. En consé­quence, accompagnée d'une sœur, elle allait faire des achats pour habiller les pauvres, et revenait mille fois plus joyeuse que si elle se fût procurée les bijoux les plus précieux. Lorsqu'on faisait des quêtes publiques, les dames de charité ne manquaient jamais d'aller la trouver et Victorine remettait gaiement son offrande. Une fois, entre autres, il ne lui restait plus qu'une pièce de cent sous; il n'y avait ni choix ni réflexion à faire, et Victorine donna en riant ce qu'elle appelait sa fille unique.

 

Mais, dites-vous peut-être, je n'ai pas de ressources ! Voici ce qu'une chrétienne à l'âme ardente, Amélie Nitot, se trouvant dans la même situation, marquait dans ses notes spirituelles :

 

« Qu'il est pénible, ô Jésus, de voir souffrir et de ne pouvoir apporter qu'un maigre soulagement ! Je me creuse la tête pour trouver le moyen de venir en aide à la pauvre famille de La F***, et je ne trouve pas. Que faire, Seigneur, que faire pour les tirer d'une pareille détresse? Prier, me répondez-vous, mon Dieu. Ah ! Je prie tous les jours, mais je voudrais avoir le bonheur de faire plus encore pour ces braves gens. Ils sont malheureux ; à ce titre ils sont d'autres vous-même. O Jésus si vous étiez réellement à leur place, je ne trouverais pas suffi­sant de vous aider par une prière ; je voudrais encore vous soulager par tous les moyens possibles. Eh bien, il en est de même pour eux, ce sont vos membres souffrants, et comme je me dépouillerais pour vous, je voudrais tout donner pour eux. Je cherche et je ne vois rien d'inutile que je puisse supprimer dans ma vie de tous les jours. Travailler pour vous offrir le fruit de mon travail, vous savez, mon Dieu, que cela a toujours été mon rêve.... de plus en plus irréalisable pour bien des raisons. Vous savez aussi que le peu d'argent mis à ma disposition est uniquement employé à votre service et à celui des  pauvres. Alors je dis : Seigneur, que votre volonté soit faite! Je ne peux donner davantage, donc je prierai beaucoup et je tâcherai de faire donner par ma bonne mère le plus possible...»

 

Voilà les désirs et les industries de la pauvreté charitable !...

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 20:21

 

 « Je n'y ai pas pensé ! » Voila une expression fréquente. Que de choses auxquelles il y a un grave devoir d’y penser !

 

Au point de vue purement humain, que n'y aurait-il pas à dire ! Par ce défaut de penser, on négligera les devoirs de piété filiale ; on se privera d'une partie des joies fraternelles et on perdra la moitié de son bonheur ; quelqu’un peut soumettre le cœur le plus fidèle, par un manque de réflexion, à une épreuve dangereuse. Com­bien de personnes peuvent souffrir de ce manque de réflexion !

 

Dans les relations avec Dieu, il importe da­vantage encore de penser ! Penser, lorsqu'il s'agit des choses de l'âme, c'est acquérir une multitude de mérites, c'est pra­tiquer à chaque instant les petites vertus, c'est éviter de nombreuses fautes. Vous savez ce que disait David après son péché : « Pardonnez-moi, Seigneur, car j'avoue que j'ai agi comme un insensé ! » Et pourquoi cela ? Parce qu'il avait né­gligé de rentrer en lui-même et de réfléchir.

 

Le monde se divise en gens qui pensent et en gens qui ne pensent pas. Eh bien ! Il faut que vous pensiez ; il le faut ab­solument. Si vous prenez cette bonne habitude ne l'ayant pas eue jusqu'ici, vous ne comprendrez bientôt plus comment vous avez été si longtemps à l'acquérir, et si un jour, ce qui serait bien injuste, on vient à vous négliger, votre consolation sera de penser aux autres. Faire plaisir, provoquer le sourire d'un enfant, le remercîment d'un inconnu qu'on ne reverra jamais, par une prévenance, par une parole aimable, par un rien dont l'à-propos fait tout le mérite, n'est-ce pas un acte aussi facile que charitable ?

 

Et que personne ne dise : Plus tard, plus tard ! Eh bien ! Non, ne croyez pas que l'esprit se soumette tout d'un coup à la réflexion. Il faut le plus souvent l'y contraindre. A un cer­tain âge, la réflexion est douce, elle ne laisse pas de trace. Si vous réfléchissez alors, vous réfléchirez toujours.

Donc, ne vous laissez pas prévenir contre la réflexion. C'est une bonne amie, sage, prudente, et dont la gravité n'exclut pas les consolations et les espérances. Sans elle il n'y a ni sé­rieux dans la vie, ni piété possible. Sans elle, le salut lui-même n'est plus en sûreté.

 

Quel regret ce serait pour nous de devoir dire au dernier jour: « Tel devoir m'a échappé : je n'y ai pas pensé ; je me suis laissé entraîner à telle faute : je n'ai pas réfléchi ! » Mais ce regret serait alors stérile et sans fruit.

 

 Corrigeons-nous de notre légèreté tandis qu'il en est temps...

Pour bien réfléchir, il faut vivre dans un certain recueille­ment. Ni la vie intellectuelle ni la vie morale ne sauraient, sans ce recueillement, être ce qu'elles doivent être.

 

Ne soyons donc pas de ces âmes qui sont toujours « hors de chez elles ». Sachons, an contraire, nous faire en nous-mêmes un refuge, un foyer et comme un sanctuaire, où nous nous retrouvons et où les nô­tres sont toujours sûrs de nous retrouver, nous et nos senti­ments les plus chers, nous et nos pensées les plus intimes, nous et notre affection pour eux.

 

Catherine de Sienne rencontrait tous les obstacles imagi­nables à la sainte vie qu'elle désirait mener. Ses parents, la trouvant trop pieuse, voulurent l'occuper aux soins du ména­ge et ne lui laissèrent plus un moment pour aller prier Dieu. La sainte se soumit avec une docilité parfaite ; mais voyant que son cher oratoire lui était fermé, elle se fit un autre ora­toire dans son propre cœur, une cellule où elle s'entretenait affectueusement avec Jésus-Christ. Bien mieux, elle s'appli­qua à voir Jésus-Christ dans la personne de son père, la Sainte Vierge dans celle de sa mère ; et grâce à ces pensées de foi, elle les entoura de la plus profonde vénération, tout en faisant chaque jour elle-même de nouveaux progrès dans le recueil­lement.

 

Vous qui vivez au milieu du monde, faites en votre cœur, un foyer domestique sur lequel le monde n'aura jamais aucun droit.

 

FÊTE DU JOUR: Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque.

 

Saint Grégoire naquit, au commencement du troisième siè­cle, de parents idolâtres, dans la province du Pont. Vers l'an 231, il étudia la philosophie, en Palestine, à l'école du Grand Origène, qui de la recherche de la sagesse humaine ame­na son disciple à Jésus-Christ, la sagesse de Dieu. Peu de temps après sa conversion, Grégoire fut consacré évêque de Néo Césarée, son propre pays. Son humilité le pénétra de crainte en face d'un tel fardeau, et il se retira dans la solitude pour s'ins­truire plus à fond des mystères de la foi. Il reçut alors, par un prodige surnaturel, des lumières d’en haut sur la religion, ainsi qu'un symbole qui renfermait la doctrine la plus com­plète de la Sainte Trinité. Saint Grégoire mit par écrit cette doctrine, en fit la base de son enseignement et la transmit à ses successeurs. Une rare confiance en Dieu lui donna un pou­voir irrésistible sur le démon, et lui découvrit les secrets de l'avenir. Les miracles obtenus à sa prière lui méritèrent le nom de Thaumaturge. Les prédications de saint Grégoire con­vertirent son diocèse, fortifièrent les fidèles dans la persécu­tion, arrêtèrent les développements d'une hérésie naissante. A l'arrivée de saint Grégoire à Néo Césarée, il n'y avait que dix-sept chrétiens ; à sa mort, il ne restait que dix-sept païens. Il construisit pour son peuple la première église dont l'histoire fasse mention.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 21:59

 

 

Quand on y réfléchit un peu sérieusement, on ne peut s'empêcher de faire la remarque suivante : C'est une chose à la fois étonnante et terrifiante que la manière dont on disparaît de ce monde.

 

Voilà un homme bien connu dans la localité qu'il habite. Il a des relations étendues ; beaucoup de personnes dépendent de lui ou même pourraient difficilement se passer de lui. Il est d'une forte constitution, inaccessible à la fatigue, jamais ma­lade, sachant à peine ce que c'est que la souffrance physique. Plein d'activité, il s'occupe avec entrain de ses affaires, et même un peu de celles de la commune, et des intérêts de diffé­rentes sociétés.

 

Son entourage est si mêlé à tout ce qu'il fait qu'il concevrait à peine l'existence sans lui. Un soir, il rentre avec un mal de tête. Quelques moments après, une fièvre typhoïde se déclare.

 

En quarante-huit heu­res il est terrassé, broyé, anéanti par cet ennemi invisible et in­saisissable ; la mort a fait son œuvre.

 

C'est fini : il ne faut plus pour le malheureux ni nourriture ni vêtements, ni feu ni lumière, ni chevaux ni domestiques, ni fêtes ni divertissements, ni même un coin perdu de sa gran­de maison pour l'espace que doit occuper son corps. Rien, rien, rien...

 

Voici pourtant : Un valet réclame le plus vieux drap de la garde-robe pour ce pauvre corps privé de tout ; quatre planches de sapin formant une boîte seront désormais son habitation ; un grand trou creusé dans la terre recevra con­tenant et contenu, puis il sera là enfoui et jamais plus on ne le sortira de cette dernière demeure.

 

Huit jours après, personne ne parlera plus de lui. Des hé­ritiers avides se seront partagé ses dépouilles, mais tout oc­cupés à satisfaire leur cupidité ou leurs plaisirs, ils n'auront même pas, pour celui qui les a enrichis, un souvenir recon­naissant. Les cousins, les amis, les serviteurs, les clients, les obligés, les compatriotes.... tous les hommes qui vivaient dans son intimité, ne vont-ils pas du moins vivre encore avec lui par la pensée, l'affection, les regrets ?...

Allons donc ! Ils ont bien autre chose à faire ! Et puis, penser aux morts, c'est trop triste. Si ces morts se sont tués pour les vivants, tant pis pour eux, se dit-on.

 

Après tout, quand bien même il n'en serait pas ainsi et que les anciens protégés du défunt reconnaîtraient son mérite, il n'en serait pour lui ni plus ni moins.

 

Son âme, l'unique sur­vivante de la suprême catastrophe, n'en saurait rien et n'en éprouverait aucun contentement.

 

Eh bien, n'est-il pas vrai que c'est là, la manière dont nous finissons tous et qu'il y a de quoi être plongé dans la frayeur et la stupeur en y pensant.  Et pourtant il n'y a rien de plus sage que d'y penser, rien de plus stupide que de ne pas vouloir y penser.

 

C'est justement en pensant à la mort, à sa proximité, à sa soudaineté, à l'impitoyable rigueur avec laquelle elle nous prive et nous sépare de tout, que l'on découvre la bonne ma­nière d'user de la vie.

 

« II y a, dit excellemment un pieux auteur, une terrible moissonneuse qui ne se contente pas d'une récolte par an, mais qui fait chaque jour une nouvelle moisson. Cent mille personnes tombent sous sa faux entre la première heure du jour et la dernière. C'est la mort.

 

« Que de chrétiens s'occupent, du matin au soir, de futilités et de bagatelles, s'intéressent à mille détails de la vie des autres, et, tandis que leur propre vie est toujours menacée par la grande moissonneuse, ils n'y songent pas, ils demeurent dans la plus complète imprévoyance !

 

« C'est agir à la façon des enfants et faire preuve d'une effroyable légèreté. »

 

Au lieu de suivre les papillons qui volent, ne pourrions-nous, une fois du moins, suivre par l'imagination la course de la mort à travers le monde et faire ensuite les réflexions que ce spectacle doit inspirer à tout homme sage ?

 

Voyez cette famille : on n'entend de toutes parts que des gémissements et des sanglots. Une pauvre mère va rendre le dernier soupir : elle est inconsolable d'abandonner ses petits enfants, et ceux-ci la supplient de rester au milieu d'eux, pour les vêtir, les nourrir, les aimer. Désirs inutiles : la mort frap­pe, la séparation est consommée.

 

A quelques pas de là, c'est un jeune homme qui se sentait hier plein de vie. Il a commis une imprudence ; un refroi­dissement s'est produit ; une pleurésie s'est déclarée ; les es­pérances des médecins se trouvent déçues : le mal a fait soudain d'épouvantables ravages et la mort a fauché le pauvre jeune homme...

 

Plus loin, c'est un orphelin : qu'il est triste sur sa couche solitaire ! Personne ne vient essuyer la sueur qui baigne son front, ni adresser une parole encourageante à son cœur angois­sé. Aussi dépérit-il rapidement et, dans un morne désespoir, tombe-t-il, lui aussi, sous la faux de la mort.

 

Le même spectacle se reproduit sous tous les climats, dans tous les pays, dans toutes les villes, dans tous les villages. Il y a des variantes dans les circonstances, mais partout c'est le deuil et la douleur : la mort passe et fait chaque jour sa terrible moisson. Nul assureur contre ses coups ; nul docteur capable de l'écarter, ni même de retarder sa marche victorieuse.  L'arrêt est porté : il faut mourir.

 

Puisque la mort peut nous frapper à toute heure, le simple bon sens, d'accord avec la foi, nous fait un devoir d'être prête à toute heure.

 

N'avons-nous donc jamais vu un de ces chré­tiens insouciants surpris par une maladie sans remède et se désespérant de n'avoir que quelques moments pour mettre or­dre à leurs affaires et se préparer à paraître devant Dieu ?

 

Si nous avons un grain de sagesse, nous ne nous exposerons pas à être prise ainsi à l'improviste !

 

Un des plus grands généraux de Louis XIV allait mourir. Le roi, qui l'estimait et qui avait pour lui une sincère affec­tion, lui fit porter en reconnaissance de ses glorieux services le bâton de maréchal de France. Le héros saisit avec joie cet insigne dans ses mains tremblantes, et il le fixa en s'écriant : « C'est bien beau, mais il m'est inutile dans le pays où je vais !... »

 

Lorsque Colbert mourait disgracié, et loin de la cour, le même monarque envoya demander de ses nouvelles. Comme on invitait le grand ministre à écrire au roi pour l'en remer­cier : « Hélas s'écria-t-il, en soupirant, si j'avais fait pour Dieu la moitié de ce que j'ai fait pour cet homme, je me serais sauvé deux fois, et je tremble aujourd'hui, ne sachant ou j'en suis avec mon éternité. »

 

FÊTE DU JOUR: Saint Edmond de Cantorbéry, archevêque.

Il a été dit de saint Edmond que sa bouche ne respirait que paix, innocence et piété, et que son cœur n'était rempli que de Jésus-Christ.

 

Il fut redevable de ces grâces à sa pieuse mère Mabel Rich, qui sut inspirer à son jeune cœur un admi­rable amour de la pureté et une tendre dévotion à la très Sainte Vierge.

 

Tout entier à la contemplation des choses di­vines, Edmond ne tarda pas néanmoins à être appelé à la vie active en qualité de trésorier du diocèse de Salisbury. Il mon­tra tant de charité dans l'exercice de cette charge que le doyen du chapitre disait qu'Edmond était plutôt le trésor que le tré­sorier de son église.

 

En 1234, saint Edmond fut élevé sur le siège archiépiscopal de Cantorbéry, où, malgré sa douceur naturelle et son amour de la solitude, il sut défendre avec in­trépidité les droits de l'Église et de l'État contre l'avarice et la rapacité du roi Henri III.

 

Se jugeant impuissant, après une lutte énergique, à contraindre le roi à restituer les reve­nus des bénéfices qu'il laissait vacants au profit du trésor royal, le saint archevêque préféra s'exiler plutôt que de pa­raître consentir à une injustice si criante. Après deux années passées dans la retraite, saint Edmond reçut la suprême ré­compense à l'abbaye de Pontigny, en France. Les nombreux miracles qui s'opérèrent à son tombeau le firent canoniser.

 

Louis XIV lui-même, dans les derniers moments de sa vie, prononça sur ce grave sujet une parole bien mémorable : « Je vois maintenant, s'écria-t-il, que les rois n'ont, comme les autres hommes, qu'une seule chose à faire, leur salut ; mais on y pense trop tard ! »

 

Puisqu'on ne meurt qu'une fois et que la mort peut nous frapper au moment où nous y penserons le moins, vivons toujours de telle sorte qu'à n'importe quel moment de notre existence nous n'ayons pas à redouter le coup fatal, ni à regretter de n'avoir pas été suffisamment pré­parées !

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:55

Il est encourageant et consolant tout à la fois de voir, dans les Biographies des catholiques contemporains, la sollici­tude que plusieurs d'entre eux ont manifestée pour le sou­lagement des âmes du Purgatoire.

 

Nous citerons quelques-uns de ces édifiants exemples.

Encore enfant, Renaud de la Frégeolière était plein de com­passion pour les âmes du Purgatoire. Doué d'une extrême sensibilité, il n'avait pu entendre sans s'émouvoir les instruc­tions données à l'église ou au catéchisme sur les tourments qu'elles endurent; et il tâchait de les soulager d'une manière efficace. Il s'était dit, avec beaucoup de raison, qu'en souffrant pour elles on diminue graduellement leurs propres souffrances et il faisait passer dans la pratique cette excellente doctrine. Un jour, il reçut un violent coup à la tête. Sa mère voulut es­sayer de calmer la douleur en appliquant un linge sur ses tempes. «Non, non, s'écria Benaud, qui retenait de grosses lar­mes ; ce sera pour les âmes du Purgatoire !... »

 

Maurice du Bourg, officier qui se distingua pendant la guerre de 1870, avait une grande dévotion envers les âmes du Purgatoire. On a retrouvé dans ses papiers un acte en leur faveur, dont le principal article était ainsi conçu : « Espérant de la bonté divine que ces âmes, pour lesquelles je veux me dévouer complètement, me serviront à leur tour de média­trices auprès de Dieu et de sa sain te Mère, pour m'épargner ces longues souffrances que m'auront méritées mes péchés... je dé­sire leur appliquer toutes les indulgences qu'il me sera possi­ble de gagner, » etc. Il avait envoyé à sa mère un petit livre sur cette dévotion, et un chapelet spécial qu'il l'engageait instamment à réciter tous les jours. « II me semble, ajoutait-il, qu'à cause de cette pratique les bonnes âmes du Purgatoire écartent de moi tous les dangers du corps et de l'âme. »

 

Le vicomte Walsh rapporte dans un de ses ouvrages qu'il a connu un luthérien que notre croyance au Purgatoire rendit catholique. Il avait perdu, au milieu d'une fête, un frère au­quel il était très attaché, et il se souvenait sans cesse de ce passage si brusque d'un festin au cercueil. Il savait toute la pureté qu'il faut pour le ciel, et dans sa religion il ne trouvait pas un lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les pro­fondeurs de l'éternel abîme. « Ah! Me dit-il, un jour des Morts, par amour pour mon frère, je veux me faire catholique. Quand je pourrai prier pour lui, je vivrai pour demander chaque jour à Dieu de donner le bonheur du ciel à celui que j'ai tant aimé sur la terre. »

 

Ferdinand Rozat, fervent chrétien, que la mort a frappé au dernier siècle, mettait admirablement en pratique ces deux maximes : « Abrégeons le Purgatoire aux défunts ; tâ­chons de l'éviter pour nous-mêmes. » « A quoi pensez-vous donc ? » Lui demandait un jour un de ses amis, passant avec lui devant un cimetière et le voyant absorbé...» Je récite, ré­pondit-il, un De profundis pour ceux qui dorment à l'ombre de ces croix. Je fais ainsi toutes les fois que j'aperçois de près ou de loin un champ des morts, car il me semble entendre leurs supplications s'élever du milieu de ces tombes. »

 

Rozat priait pour les défunts ; il veillait sur lui-même... et ne perdait ja­mais de vue cette grave inscription qu'il avait lue au-dessous du cadran de l'église de Cambo : L'heure présente, incertaine pour tous, est la der­nière pour plusieurs ! »

 

Le zèle pour la délivrance des âmes du Purgatoire inspire quelquefois des dévouements héroïques. Le P. Blot cite celui d'une Irlandaise, condamnée à subir une opération très douloureuse et qui déploya en cette circonstance un courage surhumain, grâce à la pensée qu'elle soulagerait par ses souffran­ces les pauvres âmes. L'aspect seul des préparatifs du chirur­gien eût fait trembler les plus intrépides. Elle se contenta de sourire. « On va vous chloroformer, lui dit le médecin.  Non, non, repartit-elle vivement, je ne sentirais pas la douleur, et je veux souffrir. » L'opération dura une heure et demie. La pauvre malade fut soumise à un véritable mar­tyre ; devenue raide, froide, presque sans mouvement, elle ne présentait plus que les symptômes de la mort. « Avez-vous beaucoup souffert ? Lui demanda quelqu'un lorsque ce fut terminé.  Dieu seul le sait, répondit-elle ; mais je suis con­tente : c'était pour les âmes du Purgatoire ! »

 

Un capitaine polonais, émigré, a passé à Rome une partie de sa vie (quinze ou vingt ans) a aller d'église en église, par­tout où il savait que se gagnaient des indulgences ; et nul ne le savait si bien que lui. Il appliquait toutes ces indulgences aux âmes du Purgatoire ; et lorsqu'il croyait en avoir déli­vré une, il lui confiait une âme de ce monde, ami, adversaire, quelqu'un qu'il voyait dans une grande peine, et il recom­mandait à cette âme qu'il avait délivrée cette autre qu'il avait vue en souffrance et en péril.

 

 Ce qui peut prouver la solidité d'une telle dévotion, c'est le genre de vie que menait le capi­taine. Il écoulait une partie de ses nuits devant le Saint-Sa­crement... Tout son petit revenu passait aux pauvres ; les bonnes œuvres n'avaient pas de plus zélé protecteur.

 

La R. Mère de la Providence, fondatrice des Dames Auxiliatrices, religieuses spécialement vouées à prier et à souffrir pour les âmes du Purgatoire, a obtenu du ciel par leur inter­cession des faveurs véritablement innombrables. On peut en voir le récit dans sa Biographie.

 

Le saint curé d'Ars fut, toute sa vie, consumé du désir de procurer la gloire de Dieu. Comme saint Dominique, dont il est dit qu'il faisait trois parts de son sang, il faisait dans son cœur trois parts de ses travaux et de ses souffrances, la pre­mière pour ses péchés, la seconde pour les péchés des vivants et la troisième pour les péchés des morts.

 

 Il avait demandé à Dieu de souffrir le jour pour la conversion des pécheurs et la nuit pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Il fut lar­gement exaucé, car la fièvre le brûlait sur son pauvre grabat ; une toux insupportable lui déchirait la poitrine. Rompu de fatigue, il se levait de quart d'heure en quart d'heure pour respirer un peu et trouver hors de son lit quelque soulagement à son martyre. Voilà la générosité qu'inspire à une âme, pour les membres de l'Église souffrante, un ardent amour de Dieu.

 

FÊTE DU JOUR: Sainte Gertrude, vierge.

Gertrude naquit en 1263, d'une noble famille saxonne, et fut confiée dès l'âge de cinq ans, pour son éducation, aux bénédictines de l'abbaye de Rodelsdorf. La rare intelligence de Gertrude fut cultivée avec soin ; elle écrivait le latin avec une élégance et une force remarquables, mais surtout elle se distingua par son humilité, sa mortification, son obéissance et sa fidélité aux observances monastiques. Sa pureté d'in­tention éclairait son âme d'une vive lumière, et lui donnait une grande largeur d'idées et une complète liberté d'esprit. On a pu dire de sainte Gertrude qu'elle n'avait pas une erreur dans l'intelligence, pas un nuage dans le cœur, et que person­ne ne pouvait résister à son ascendant. Le don des miracles imprima comme un sceau divin sur les vertus de cette âme d'élite aux prières de laquelle Jésus ne savait rien refuser. Affable pour tous, elle se montrait particulièrement bonne pour les pécheurs. Pendant quarante ans sainte Gertrude gou­verna son monastère avec autant de sagesse que de douceur. Sa vie cependant ne fut qu'une longue et presque continuelle souffrance.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 22:12

 

«Ne te fie qu'à toi-même », dit un proverbe. Cette défiance est peu chrétienne dans les relations avec le pro­chain ; mais quand il s'agit du Purgatoire, elle est très sage et très louable.

 

Beaucoup de personnes sont portées à se persuader que, si elles venaient à être surprises par la mort, les prières des vivants ne leur manqueraient pas. C'est une grande et bien funeste illusion. Nos amis nous auront vite oublié ; et quant à ceux qui conserveront notre souvenir, il est à craindre qu'ils ne songent que fort peu à nous délivrer du Purgatoire. Dans ce siècle irréligieux, on néglige trop facile­ment les morts pour ne s'occuper que des vivants ; la voix de l'Église est peu écoutée ; la pénitence n'est plus qu'un nom ; la plupart du temps, on se contente de faire célébrer quel­ques messes, sinon moins encore, et tout est fini...

 

Oh ! Qu'il vaut bien mieux prendre le parti le plus sûr et ne compter que sur soi-même ! Tant mieux, si la grande charité de nos pro­ches rend nos prévisions superflues !

 

Mais, tout en nous efforçant d'éviter le Purgatoire par notre action personnelle, avisons aux moyens les plus sûrs, ou plu­tôt les moins incertains, d'obtenir quelques prières après notre mort. En voici plusieurs qui nous semblent pouvoir être utilement suggérés :

 

1° Faire son testament tandis qu'on est en bonne santé, le montrer à un homme compétent, le déposer entre les mains d'une personne de confiance, et y bien préciser le nombre de Messes qu'on exige.

 

2° Se faire agréger à une pieuse Association ou Confrérie dont le but principal soit de prier pour les confrères défunts.

 

3° Faire bon accueil à ceux qui se recommandent à nos prières, mais ne pas négliger de leur demander le même servi­ce pour le temps auquel Dieu nous appellera à lui.

 

4° Recourir à quelque sûr expédient pour nous ménager d'abondants suffrages aussitôt après notre mort. Telle est la convention faite entre plusieurs amies chrétiennes, qu'au dé­cès de l'une d'elles les autres se regarderont comme en­gagées à multiplier leurs oraisons pour le repos de son âme, à ne rien négliger de ce qui peut lui obtenir une prompte dé­livrance.

 

Prier beaucoup pendant notre vie, — comme nous l'a­vons si souvent recommandé déjà — pour les âmes du Purga­toire, afin d'obtenir de la miséricorde divine que d'autres nous rendent le même service après notre mort.

 

6° Ne jamais perdre de vue la grande ressource que nous a ménagée l'Église pour abréger la durée de nos peines, les in­dulgences. — Dans le même but, porter le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel, auquel de si insignes privilèges sont attachés.

 

7° Penser souvent aux fins dernières, à la rigueur de la jus­tice divine, et sous l'impression de ces salutaires souvenirs, nous obliger à vivre dans l'innocence, dans la pratique de la mortification et de la prière.

 

« Qu'est-ce donc que le feu du Purgatoire pourrait avoir à consumer, demande l'auteur de l'Imitation, sinon vos péchés ? »

 

Ne péchez plus, vous abré­gerez votre Purgatoire plus efficacement que partout le reste...

 

Croira-t-on que rien de tout cela soit de trop pour nous adoucir les souffrances du Purgatoire ?

 

Où dira-t-on que c'est minutie de pousser si loin la sollicitude et la prévoyance ?

 

Ah !  Sans doute, ce n'est pas celle qui a lu les écrits des Saints sur le Purgatoire qui sera tentée de  penser ou de dire comme saint Jérôme. «Je n'épouvante les autres qu'a­près avoir tremblé le premier.» Il est bien permis de répéter cette parole après lui.

 

N'oublions pas l'affirmation de saint Augustin et de saint Thomas que : « La plus petite des peines qu'on y endure dépasse tout ce qu'on peut souffrir en ce monde. »

 

Une des saintes qui ont le plus écrit sur le Purgatoire, sain­te Catherine de Gênes, ne pouvait se retenir d'insister sur la nécessité de pourvoir nous-mêmes à nos besoins spirituels, tout spécialement quand il s'agit du Purgatoire. Témoin de la présomption d'une foule de chrétiens qui se rassurent, d'une part, sur leur honnêteté humaine ou sur l'accomplissement des principales pratiques de la religion, d'autre part, sur la mi­séricorde de Dieu « trop bon, comme ils disent, pour damner les hommes », ou enfin sur la grande charité de leurs proches, elle laissait échapper dans ces brûlantes effusions les senti­ments de son âme :

 

« Il me prend envie de crier assez fort pour remplir d'épou­vante tous les hommes qui sont sur la terre, et de leur dire : O malheureux ! Pourquoi vous laissez-vous aveugler par le monde, au point de ne songer en rien à la grande et cruelle nécessité en laquelle vous vous trouverez au moment de la mort ? »

 

Quoi ! Vous vous tenez tous à couvert, sous l'espérance de la miséricorde de Dieu que vous dites être si grande ; Eh ! Ne voyez-vous pas que c'est précisément cette immense bonté de Dieu qui vous jugera et qui vous condamnera ? Il est infiniment bon, mais il est aussi infiniment juste !

 

Sa bonté devrait vous porter à vous soumettre à tous ses commandements, et non à lui désobéir, dans l'espérance du pardon, car la justice aura infailliblement son cours, et il faut que, de manière ou d'autre, elle soit pleinement satisfaite.

 

« Ne vous rassurez pas non plus en disant : Je me confesse­rai, je gagnerai une indulgence plénière, car la contrition né­cessaire pour gagner cette indulgence dans sa totalité est si difficile à acquérir que vous devez bien plutôt craindre de n'y jamais parvenir ! »

 

Donc, soyons désormais mieux avisées, et prenons tous les moyens à notre disposition pour tomber dans le moins de fau­tes possible et multiplier, tant que nous le pouvons, les satis­factions.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 20:04

 

Descendez en esprit, dans les ca­chots ténébreux du Purgatoire ; placez-vous en présen­ce d'une personne de votre âge, de votre pays, de votre condition, et demandez-lui pour quelles fautes elle souffre de si cruels tourments.

 

Voici à peu près ce qu'elle vous répondra :

 

« Pour mes distractions pendant mes prières et ma curiosi­té à l'église. Pour mes impatiences, mes immortifications et mes négligences. Pour mes mensonges, mes jugements témé­raires et quelques légères médisances. Pour ma vanité et mon désir de paraître; puis pour beaucoup d'autres fautes plus graves dont je me suis dûment confessée, mais qui n'ont pas été expiées avant ma mort. »

 

Et vous, que répliquerez-vous à cette pauvre captive du Purgatoire, pour qui il n'est plus temps de se corriger ? Ah ! Vous lui avouerez sans doute que ses fautes ressemblent à celles que vous commettez tous les jours. Mais n'ajouterez-vous pas que vous voulez profiter de son malheur et améliorer votre conduite, pour ne pas par­tager un jour les mêmes supplices ?

 

Oui, certes, c'est le résultat principal que doit avoir pour nous  la méditation du Purgatoire : Nous  obliger à rentrer en nous-même, à nous amender, à embrasser un genre de vie foncièrement conforme à la morale évangélique.

 

De quel œil en effet les souffrances qu'on endure dans la prison du Purgatoire ne doivent-elles pas nous faire envisa­ger la paresse, la tiédeur, l'amour de nos aises ?

 

Quelles ré­flexions ne nous suggèrent-elles pas sur notre façon d'accom­plir nos dévotions comme par manière d'acquit ou par rou­tine ?

 

Quel changement tout cela ne doit-il pas amener dans notre vie? Quel soin dans nos examens, dans nos confessions, dans les communions, et dans nos prières ? Il semble désor­mais que la grâce des grâces, pour laquelle nous ne devrions pas cesser d'importuner Notre-Seigneur, soit de haïr le péché d'une haine semblable à celle dont il le poursuit lui-même.

 

Ah ! Si le Purgatoire est tant à craindre, et si nous ne pou­vons en toute sécurité compter que sur nous pour en abréger la durée, par les prières et les bonnes œuvres de notre vie, ayons toujours présente à la mémoire la pensée des supplices qu'on endure au fond de ces brasiers ardents ; ce sera pour nous un soutien, un aiguillon, en même temps qu'un préservatif des plus salutaires.

 

Pensons au Purgatoire dans la joie, pour nous rappeler que nous expierons plus tard ce qu'elle aurait de désordonné ou de coupable.

 

Pensons-y dans la tristesse, en nous disant que toutes nos douleurs ne sont rien auprès de celles du Purgatoire. Pensons-y le matin, pour nous encourager à passer saintement la journée; pensons-y le soir, afin de renou­veler notre propos de mourir plutôt que d'offenser Dieu, afin aussi de prier pour ces millions d'âmes qui n'ont d'autre lit qu'un feu dévorant. Avant chaque action importante, de­mandons-nous si un jour dans le Purgatoire nous serons con­tente de l'avoir faite.

 

Que de généreuses résolutions nous inspireront ce souvenir, fréquemment renouvelé !

 

Saint François Xavier allait plus loin. Il suggérait, au su­jet du Purgatoire, une réflexion dont tous les chrétiens de­vraient faire leur profit. « Vous pensez, disait-il, à vos frères qui souffrent dans un autre monde ; vous avez la religieuse ambition de les soulager ; c'est très bien, mais pensez d'abord à votre salut. Avant d'entreprendre de soustraire des âmes du Purgatoire, commencez par délivrer la vôtre de l'enfer.

 

«Que ce conseil est sage  et qu'il importe de le suivre ! Or, pour  se préserver de l'enfer, il faut avant tout vivre en état de  grâce.

 

Voilà la première leçon que nous donnent les âmes du  Purgatoire, « Si vous voulez éviter nos tourments, et à plus forte raison, ceux des damnés, gardez-vous de commettre le péché. »

 

Du reste, même pour être utile à ces pauvres âmes, pour gagner les indulgences de l'Église, nous devons nous trouver en état de grâce.

 

Mort au péché ! Telle doit être la devise de tout chrétien...

 

 

FÊTE DU JOUR: 13 novembre, Saint Stanislas Kostka, confesseur.

 

Saint Stanislas appartenait à une noble famille de Pologne. Dès son enfance on vit briller en lui une telle innocence qu'on disait qu'étant déjà un ange, il serait plus tard un saint.

 

Si, à la table du comte de Kostka, quelque parole légère ve­nait à être prononcée, Stanislas pâlissait aussitôt, et il tom­bait en faiblesse si la conversation continuait.

 

A quatorze ans, le saint enfant alla, avec son frère aîné Paul, étudier au col­lège des jésuites à Vienne. La sévérité de sa vie parut à Paul un reproche continuel de ses habitudes trop libres, et malgré sa douceur et son caractère joyeux, Stanislas eut à souffrir de la part de son frère les plus indignes traitements.

 

Ces sé­vices et les mortifications qu'il s'imposait le firent tomber dangereusement malade. Stanislas et son frère logeaient chez un protestant qui n'eût admis la présence d'aucun prêtre catho­lique.

 

Dans cette extrémité, Stanislas se souvint que sainte Barbe, sa patronne, n'avait jamais laissé mourir sans le saint Viatique ceux qui l'imploraient : il l'appela donc dévotement à son aide, et la sainte lui apparut avec deux anges qui le com­munièrent.

 

La Sainte Vierge rendit elle-même la santé à Stanislas, et lui ordonna d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Pour échapper à l'opposition de son père, Stanislas dut s'en­fuir de Vienne, et après avoir prouvé la fermeté de sa résolu­tion, il fut reçu au noviciat à Rome où il s'était rendu à pied depuis Vienne.

 

C'est dans ce pieux asile que Stanislas mourut à dix-sept ans, le jour de l'Assomption, comme il l'avait de­mandé à Marie.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:57

 

Un moyen très efficace, en même temps qu'une condition indispensable, pour obtenir à nos parents ou amis dé­funts le soulagement que désire notre cœur, c'est de faire avec une parfaite générosité le sacrifice de leur présence, de nous résigner sincèrement à l'épreuve que Dieu nous a en­voyée en les retirant de ce monde.

 

Il est vrai que nous ne sommes pas toujours maîtres de nos sensations ; il y a quelque chose de plus fort que nous dans le premier choc d'une grande douleur occasionnée par la perte d'une personne qui nous était chère. Cette croix a des effets d'autant plus sensibles que rarement on s'y est pré­paré.

 

«La tendresse filiale, en particulier, écrit un pieux au­teur, ne comprend pas la possibilité de certaines séparations ; elle s'aveugle sur la tombe ouverte d'une mère ou d'un père, comme la mère s'aveugle sur le berceau d'un enfant. Il sem­ble que les cœurs, enlacés les uns dans les autres par une affec­tion pure, ne puissent ni vivre ni mourir l'un sans l'autre. Au­cun raisonnement, aucune pieuse pensée, pas même la foi chrétienne, n'est capable de détruire cette dernière illusion, tant elle est fondée sur l'éternelle vérité. »

 

Et, quand l'évé­nement est arrivé, mille circonstances concourent à augmen­ter encore les émotions et les regrets. Nous nous rappelons à chaque instant, plus ou moins volontairement, la sollicitude que la personne aimée, et qui n'est plus, eut pour nous, la part qu'elle prit à nos joies et à nos tristesses, les souffrances qu'elle supporta, les larmes qu'elle versa pour nous peut-être; et ces images, en brisant notre âme, nous livrent presque sans défense aux luttes et aux assauts qui ébranlent l'infirmité hu­maine, triste résultat de l'altération de tous nos organes par le péché originel. Mais notre raison n'est point anéantie, sur­tout quand elle est aidée de la foi ; elle attend que l'affliction qui était concentrée en nous ait suivi son cours, et qu'elle soit, sinon épuisée, du moins affaiblie et reposée. Alors, par l'effet de la grâce, si on ne la repousse pas, viennent sans effort se présenter à notre esprit les motifs de résignation.

 

D'abord, toute perte, toute affliction, quelle qu'elle soit, est une croix qui nous vient de la main du meilleur des pères, de notre Père qui est dans les cieux, et qui ne la permet que pour le plus grand bien de ceux qu'il frappe. Puis, quelle est l'heure, dans la vie, où chacune de nous n'a pas mérité d'être frappée à cause de ses offenses envers ce Père si clément ? C'est tout à la fois pour notre utilité et pour la gloire de Dieu ne nous sommes punies ; mais une voix secrète ne cesse point  nous avertir que, si la correction est inévitable, elle est salutaire et toujours accompagnée de quelque adoucissement. Ces pensées dictaient à saint Basile une admirable réponse a tous ceux qui, loin de bénir la main qui les frappe, sont près de se révolter contre elle, et qui demandent comment ils pour­raient faire autrement : « Pourquoi, s'écrie-t-il, en pensant que Dieu avait bien aussi quelque droit de disposer d'un bien qui était à lui, pourquoi donc ne pas laisser à ce Dieu, la sagesse même, la liberté d'appeler à lui ses enfants ?

 

Pourquoi ces murmures, comme si nous étions dépouillés de quelque chose qui fût à nous ? Pourquoi ces plaintes sur les morts, comme s'il y eût quelque injustice commise à leur égard ?

 

Pensez plu­tôt, non pas qu'il soit mort, mais qu'il n'a fait que retourner à son maître ; pensez, non plus que cet ami est perdu pour vous, mais qu'il est allé faire un voyage lointain et vous de­vancer de quelques jours au terme où nous devons tous abou­tir. Dans le grand chemin de la vie humaine, on ne rencontre de compagnon que pour se séparer un jour et se rendre, cha­cun de son côté, au terme inévitable du voyage.... »

 

Entrons courageusement dans ces dispositions, et lorsque Dieu frappe un de nos proches, disons-nous bien que si nous voulons abréger le Purgatoire de ce frère chéri, notre premier soin doit être de courber notre front sous la main de Dieu, de baiser nous-même la verge qui nous a frappée, de nous soumettre finalement à la volonté du Seigneur, sans plainte ni murmure.

 

Si Dieu ne veut pas que notre douleur soit excessive et in­consolable, ni surtout qu'elle prenne un caractère de murmure et de désespoir, il est bien loin de nous interdire le souvenir de ceux que nous pleurons.

 

 Tout au contraire la pensée de nos chers morts » est tout à la fois très utile à eux et à nous. Qu'elle leur soit utile à eux-mêmes, nous n'avons pas à le démontrer : elle provoque des prières à leur intention, des œuvres satisfactoires, des sacrifices qui leur valent de pré­cieux soulagements.

 

Mais ce souvenir ne nous est pas moins utile à nous-mêmes. Il se transforme, par la foi, en un sentiment de piété, de confiance en Dieu, d'encouragement, de chrétienne fermeté.

 

Souvenons-nous donc pieusement et longtemps de toute personne qui nous était chère, et qu'un trépas plus ou moins prévu nous a ravie ; aimons à nous retracer ses qualités, sur­tout ses bonnes actions : que son nom revienne fréquemment sur nos lèvres, et répétons dans les épanchements de notre cœur, avec nos parents ou nos amis, les paroles de saint Jé­rôme, après sa séparation de sainte Paule : « Nous la possé­dons encore auprès de nous ; car tout continue de vivre en Dieu, et celui qui retourne au Seigneur ne cesse pas de faire partie de la famille... »

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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