Extrait du volume :
PAUL VI Maison MAME 1964
G. SCANTAMBURLO
Le lendemain de son arrivée dans le diocèse, Mgr Montini se rendait à la polyclinique pour visiter les malades; le 8 janvier, c'était le tour de l'hôpital de Niguarda et de l'Institut des Rachitiques ; « Monsieur Montini, Monsieur Montini... » criait un petit enfant de l'Hôpital Majeur et le prélat, quittant les autorités, alla à son chevet et se mit à lui parler et à le réconforter. Quand il s'éloigna du petit lit, ses yeux étaient gonflés de larmes.
Si le cardinal avait déclaré à son arrivée qu'il porterait une affection particulière aux humbles et à tous ceux qui souffraient, on peut dire que les malades, prêtres ou laïcs, furent les favoris parmi les favoris.
A l'Institut Palazzolo, il baisa au front un vieux prêtre dont le corps portait de nombreuses plaies; à l'Hospice de la Sainte Famille de Cesano Boscone, un jeune infirme l'attendait dans sa voiture, à son entrée dans l'église; le cardinal Montini quitta le cortège qui le précédait, rejoignit le malheureux, le prit dans ses bras et l'embrassa.
Plusieurs fois on le vit pleurer pendant les visites pastorales, quand des parents lui présentaient leurs enfants atteints de graves infirmités et sans aucun espoir.
Ses paroles de réconfort n'étaient pas une simple formalité, elles sortaient du cœur, spontanément, et apportaient la paix à ces familles, auxquelles parvenait souvent quelque secours plus urgent.
A une fillette qui lui avait écrit après la mort de ses parents, il adressa de sa main une lettre émouvante et y joignit un petit cadeau qui contribua à distraire sa douleur.
Lors de ses visites aux malades, il trouva toujours motif à les inviter à voir au delà de leurs souffrances, à participer avec leurs douleurs à la vie de l'Église et à souffrir avec le Christ pour l'humanité.
Dans son message aux malades, à l'occasion de la Grande Mission, il a écrit : « La mission est venue pour vous faire réciter cette prière, le Pater Noster, avec une pleine compréhension; pour vous rendre la dignité et l'espérance dans la douleur; pour faire de vous des frères exemplaires et coré-dempteurs avec le Christ des misères humaines; pour vous apporter la paix intérieure et la joie de l'esprit; pour vous faire sentir que vous n'êtes ni seuls, ni séparés, ni abandonnés mais que vous êtes les frères préférés, l'image transparente du Christ. »
Nous avons déjà rapporté les mots de don Rossi qui affirme que le cardinal Montini a toujours eu une passion particulière, celle de visiter les infirmes et de s'agenouiller devant leurs lits et nous pensons que cette passion qui devenait compréhension et compassion fraternelle et délicate, lui est venue de son enfance et de sa jeunesse pendant lesquelles sa santé précaire et deux attaques d'une douloureuse maladie ont particulièrement affiné sa sensibilité à la souffrance de son prochain. Montini voyait « l'image transparente du Christ » dans la personne du malade, mais il savait aussi ce que souffrir veut dire.
Il réservait une compassion toute paternelle et délicate aux enfants qui souffrent.
Un journal catholique de Milan a très justement écrit dans la légende d'une photographie qui le montre priant, mains jointes, parmi un groupe d'enfants : « On peut facilement mesurer la grandeur d'une âme à son aptitude à sentir le charme de l'enfance. Les mains des enfants mystérieusement consacrées par le parfum de l'innocence, cherchent le contact des mains consacrées par la grâce divine. L'Évêque, le Pasteur que fut pour tous les milanais le cardinal Montini, prenait véritablement dans le geste délicat dont il effleurait les jeunes visages ou serrait les petites mains, l'aspect radieux et inquiet du Père : « Laissez venir à moi les petits enfants ! »
Une visite du cardinal Montini aux Enfants Mutilés de don Gnocchi, au Foro Italico de Rome, nous éclaire sur tout ce qu'ils ont fait ensemble pour l'enfance douloureuse.
Mgr Montini avait été nommé depuis peu archevêque de Milan et se préparait à célébrer solennellement dans son diocèse son premier Noël d'archevêque, quand don Gnocchi arriva à Milan pour y recevoir la médaille d'or du mérite de la province. La rencontre entre le nouveau Primat du plus grand diocèse du monde et son vieux compagnon d'études et de jeunesse, don Gnocchi, « père de l'enfance mutilée » suggéra à l'archevêque un désir inattendu : celui de célébrer la messe de Noël dans la chapelle du Collège des Enfants Mutilés au Foro Italico à Rome, où don Gnocchi avait déjà fondé le premier Centre pour poliomyélitiques.
De nombreuses années auparavant, quand Mgr Montini était assistant national des universitaires catholiques et que don Gnocchi travaillait parmi les jeunes de l'Action Catholique, leurs routes s'étaient séparées; la Providence avait conduit le premier derrière les bureaux de la Secrétairerie d'État, le second sur les champs de bataille de la guerre et de la douleur, puis auprès des jeunes et des malades. Mais les divergences de destin n'avaient été qu'apparentes : Mgr Montini avait continué à bercer dans son cœur l'idéal de l'apostolat parmi les jeunes et à suivre avec un vif intérêt le nouveau chemin de don Gnocchi en faveur de l'enfance mutilée. Leurs entrevues se déroulaient toujours sous le signe de ces dramatiques instances, que l'explosion d'engins de guerre abandonnés un peu partout renouvelait continuellement; et, par la vertu d'une parfaite osmose d'intelligence et de cœur, un aidait l'autre à réaliser leur commun idéal. Mgr Montini n'apparaissait jamais officiellement, par son expresse volonté, dans cette œuvre de soutien de son ami, voué corps et âme jusqu'à la mort à une cause d'amour sans égal.
Quand le problème des Enfants Mutilés fut en grande partie résolu, il s'en présenta un autre : celui des poliomyélitiques. Il revêtait cette fois le visage toujours égal et toujours nouveau de la vie même, de la douleur inévitable qui ne donne aucune trêve aux générations et qui n'a pas besoin de la guerre et de ses problèmes pour se manifester. C'était Mgr Montini lui-même qui avait poussé don Gnocchi sur cette nouvelle route, après avoir visité en 1952 une colonie pour polios à Ostie.
« J'avais été littéralement assailli par les mères de ces bambins, angoissées de ne pas savoir où emmener leurs enfants, après cette courte parenthèse bienfaisante; » : ce sont ses propres paroles, qu'il m'a lui-même rapportées. « Les enfants poliomyélitiques, rien qu'en Italie, étaient environ soixante mille, et je ne parvenais pas à oublier ces yeux maternels pleins d'imploration, ces membres d'enfants réduits à l'état de fragiles branches sèches. Jamais de ma vie, je ne pourrai les oublier. »
Sur la route du retour d'Ostie vers Rome, la tragique vision continuait à l'obséder et Mgr Montini ne se consola qu'à l'idée d'en parler à son ami don Gnocchi et de faire avec lui et grâce à lui quelque chose de concret.
Il leur suffit de quelques mots pour se mettre d'accord. Les réalisations suivirent aussitôt : le plan général de l'œuvre en faveur des polios n’était pas encore tracé lorsque les premiers enfants atteints de cette maladie furent accueillis dans une section détachée de l'Œuvre Pro Juventute de don Gnocchi, au Foro Italico. Les premiers dons en argent qui parvinrent à l'Œuvre aussitôt après sa fondation arrivèrent de Milan; il était donc naturel que le nouvel archevêque choisît ce lieu pour y célébrer la messe de Noël.
Don Charles Gnocchi qui n'avait pas moins que lui le désir très vif de faire le bien en secret et le plus humblement possible, ne voulut inviter, pour assister à cette messe exceptionnelle, qu'un journaliste qu'il connaissait depuis longtemps et qu'il jugeait incapable de transformer en manifestation mondaine un événement d'un caractère aussi hautement spirituel.
A suivre…
elogofioupiou.com