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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 06:08

Extrait du volume : PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

L'œuvre capitale de Mgr Montini à la Secrétairerie d'État et son influence sur l'action diplomatique de l'Église entre les deux guerres apparaissent clairement à la lumière de l'histoire.

 

La multiplication des dictatures totalitaires et le durcissement de l'extrémisme bolchevique après la première guerre mondiale minèrent les positions du libéralisme et des démo­craties parlementaires. La division du monde en blocs et les menaces que les nouvelles doctrines faisaient peser sur la prééminence de la personne humaine donnèrent naturellement à la papauté le poste de défenseur de la société chrétienne.

 

C'est sous cet angle qu'il faut considérer le développement et l'affirmation du mouvement « pan chrétien » tendant à une union de défense et de conquête de toutes les églises chrétiennes (christianisme œcuménique). Le Saint-Siège, resté officiellement étranger à ce mouvement ne manqua pas d'ap­peler tous les chrétiens à un front unique, dans le sein de l'Église catholique, et de faire siennes certaines initiatives de l'autre bord comme la semaine universelle de prières pour l'union des églises du Pasteur Watson.

 

Devant le péril bolchevique Pie XI ne se cantonna pas au domaine purement confessionnel : à plusieurs reprises et de sa propre initiative, il invita toutes les forces conserva­trices à faire bloc et à lutter jusqu'au bout pour la défense de l'Occident chrétien. En ce sens, son attitude sembla parfois trop bienveillante à l'égard du national-socialisme allemand et surtout du fascisme (les rapports entre autorités ecclésias­tiques et civiles s'étant depuis la Conciliation développés en Italie dans un climat de confiance réciproque). Les réserves de la papauté et les moments de résistance ouverte au totali­tarisme ne firent pourtant pas défaut. Ainsi lorsqu'en 1929, peu après le concordat, Mussolini recommença à réclamer pour son parti la formation intégrale des jeunes générations, le Pape lui répondit par l'encyclique « Représentants sur la terre (31 décembre 1929) qui revendiquait pour l'Église le droit d'éduquer chrétiennement cette même jeunesse. Il publia également, contre les conceptions totalitaires de l'État fasciste, l'encyclique « Nous n'avons pas besoin.» qui défendait l'Action Catholique et réclamait le droit à une action organisée de l'Église influant directement sur la vie sociale du peuple italien. Le différend devait être réglé par l'accord du 2 sep­tembre 1931.

 

Si ces conflits n'eurent pas l'importance épique que l'on a quelquefois cherché à leur donner, il est reconnu que Pie XI sut faire preuve de mesure et d'esprit d'à-propos; et le fascisme s'étant présenté depuis le début comme l'ennemi déclaré du communisme et de la maçonnerie, le désir de favoriser, dans les limites du possible, un allié dans la lutte contre les adversaires de l'Église ne dut pas lui être tout à fait étranger.

 

Les conséquences de la révolution communiste commen­çaient en effet à se manifester de la Russie à la Chine et de l'Espagne républicaine au Mexique dans le déchaînement de la persécution religieuse. Un peu partout, l'éclosion de fronts populaires menaçait de l'intérieur la stabilité de l'ordre. Le 3 mai 1932, le Souverain Pontife dénonça en bloc, dans l'encyclique « les ennemis de tout ordre social, qu'ils s'appellent communistes ou de quelque autre nom ». Et c'est dans ce climat d'opposition entre bloc conservateur et bloc bolchevique qu'il faut situer le fameux concordat signé en 1933 entre le Saint-Siège et l'Allemagne nationale-socialiste et dont Pie XI osa espérer, outre des avantages spirituels pour les catholiques allemands, une contribution de poids dans la lutte idéologique antibolche­vique. Un concordat commun avec toute l'Allemagne, sou­haité depuis longtemps d'un côté comme de l'autre, avait déjà fait naufrage après des années de pourparlers prélimi­naires conduits par Eugène Pacelli. En revanche le Saint-Siège avait mené à bonne fin la Stipulation de concordats régionaux.

 

Quand Hitler s'empara du pouvoir central en janvier 1933, il relança la négociation en vue d'un concordat commun, et très vite le vice-chancelier Von Papen et le secrétaire d'État Pacelli se mirent au travail. On assista alors à une course entre l'Autriche et l'Allemagne, à qui toucherait la première le poteau d'arrivée d'un concordat avec le Saint-Siège. Dollfuss, à qui les négociations berlinoises donnaient de vives appréhensions, arriva, bien que parti en retard, avec un mois et demi d'avance sur Hitler, le 5 juin 1933. Le concordat autrichien acceptait avec générosité les postulats de Rome : l'état confessionnel, la lutte contre le socialisme et le commu­nisme et l'adoption du corporatisme chrétien. Mais sa prise de position contre le racisme et le socialisme entraîna la chute de Dollfuss, l'année suivante, pendant le putsch nazi de Vienne (25 juillet 1934).

 

Plus laborieux, le concordat allemand n'arriva à terme que le 20 juillet 1933. En substance il ne différait guère des habi­tuelles conventions Stipulées après la première guerre mon­diale entre le Saint-Siège et les nations de confession mixte. Von Papen n'en parla pas moins aussitôt après la signature de la large complaisance du Pape envers le Reich, dont il espérait un fort appui dans la lutte antibolchevique. L'accord fut pourtant loin de recevoir un accueil fervent en Allemagne, tant chez les catholiques que du côté nazi. Au lendemain même de la signature, des discussions s'élevèrent sur sa valeur politico morale : le national-socialisme avait tendance à le considérer comme une approbation d'ensemble donnée au régime par le Saint-Siège et les contestations de l’Osservatore Romano ne parvenaient pas à le faire changer d'avis. Au début de 1934, nationaux-socialistes et catholiques alle­mands étaient plus que jamais opposés sur le terrain des écoles confessionnelles, des mouvements de jeunesse et de la presse catholique. Le cardinal de Munich Faulhaber n'hésita pas à ouvrir une vive polémique avec Rosenberg, le théoricien du nazisme et l'organisateur de la religion nor-dico-germanique qui s'implantait toujours plus officielle­ment. De 1934 à 36, le Saint-Siège n'envoya pas moins de trente-quatre notes diplomatiques au gouvernement alle­mand, relevant toute l'énormité du totalitarisme d'état, sans obtenir le moindre résultat.

 

En 1936, les divergences entre le Vatican et le Troi­sième Reich s'accrurent et prirent une tournure exception­nellement dramatique; la furieuse campagne anti bolchevique, déchaînée en Europe Centrale, toucha au paroxysme avec le Congrès de Nuremberg (9-14 septembre 1936), au moment même où la guerre civile espagnole, en s'insérant dans le conflit idéologique européen, semblait assumer l'importance internationale d'une croisade. Des contingents militaires quittèrent l'Italie et l'Allemagne à destination des fronts espa­gnols. Le jour même de la clôture du Congrès de Nurem­berg, Pie XI battait le rappel de toutes les forces conserva­trices pour la défense de la civilisation occidentale sous la direction morale de l'Église et parlait de la persécution religieuse déchaînée en Espagne, en Russie, au Mexique et en Chine par des forces de subversion universelle.

 

Le danger était énorme pour l'Église et la lutte contre les totalitarismes se dessinait désormais sur deux fronts, à droite et à gauche. Ce n'est donc pas par hasard que deux des plus célèbres encycliques de Pie XI furent préparées (pendant une grave maladie) à la fin de 1936 et au début de 1937 : La Mit Brennender Sorge (en allemand) du 14 mars et la Divini Redemptoris du 19 mars.

 

La Divini Redemptoris condamnait explicitement le commu­nisme athée et adressait une nouvelle et pressante invitation à constituer un front unique aux catholiques, aux chrétiens, à tous ceux qui croyaient en Dieu. La Mit Brennender Sorge dénonçait l'abus que l'on faisait en Allemagne du Concor­dat de 1933 ainsi qu'une série d'actions dirigées contre l'Église et condamnait en même temps les tendances pan­théistes du nazisme, visant à la divinisation de la race, du peuple et de l'État avec négation de la morale et du droit naturel et offense au judaïsme.

 

Il y eut ensuite entre Reich et Vatican un échange de rudes notes diplomatiques; mais le Reich n'osa pas en venir à la dénonciation du Concordat. Dans son message de Noël de 1937, Pie XI illustra le conflit idéologique avec l'Alle­magne et parla des persécutions religieuses dans ce pays. Quand, du 3 au 8 mai 1938, Hitler fut l'hôte de Mussolini, le Pontife déplora, depuis sa villégiature anticipée à Castelgandolfo, l'érection à Rome d'une croix « qui n'était pas la croix du Christ » et le chancelier allemand quitta l'Italie sans être reçu.

 

A partir de 1938, on assista en Italie à un renouvellement des vexations et des attaques dirigées contre le Concordat et les Organisations Catholiques, attaques qui s'étaient assou­pies après la crise de 1931. Une première violation fut infligée aux clauses de l'accord de 1929 avec l'adoption par le fas­cisme de la théorie nazie sur la différence de race considérée comme obstacle au mariage (la réapparition d'un Empire Italien depuis 1936 était responsable de cette mesure au même titre que l'influence allemande). Le conflit suscité par cette infatuation raciste (octobre novembre 38) vint profon­dément attrister les derniers mois de la vie de Pie XI.

 

Les propositions et contre propositions échangées entre gouvernement italien et Saint-Siège ne réussirent qu'à alour­dir l'atmosphère. Pie XI agit avec l'Italie fasciste comme il avait fait avec l'Allemagne nazie : pour éviter un conflit ouvert dont les conséquences étaient imprévisibles, il jugea que le mieux était de laisser la responsabilité d'une telle situation à ceux qui l'avaient créée, tout en protestant for­mellement contre la violation du Concordat.  (A SUIVRE)

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 04:10

Voici un résumé des promesses données par Notre Seigneur Jésus-Christ et la Très Sainte Vierge Marie à Élisabeth Kindelmann, sur la dévotion à la 'Flamme d'Amour du Coeur Immaculé de Marie':

Le jeûne

Le Seigneur Jésus:

« Quiconque jeûne le lundi au pain et à l'eau, en se référant à la 'Flamme d'Amour du Coeur Immaculé de Marie', délivre du purgatoire une âme de prêtre. De même, celui qui observe cette prescription recevra la grâce, pendant l'octave suivant sa mort, d'être délivré du purgatoire par ma Mère.

« Ma mère vous a accordé cela en considération de mes cinq Plaies Saintes, et la 'Flamme d'Amour' de son Coeur Immaculé M'oblige aussi. »

 La Sainte Vierge:

« Quand les prêtres observent le jeûne absolu le lundi, ils délivrent au cours de chaque sainte Messe qu'ils célèbrent pendant cette semaine, au moment de la consécration, d'innombrables âmes du purgatoire.

« Quand les consacrés et les laïcs observent le jeûne absolu le lundi, ils délivrent aussi beaucoup de pauvres âmes du purgatoire à chaque sainte Communion pendant cette semaine au moment de recevoir le Saint Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. »

« Pour tous ceux qui observent régulièrement le jeûne absolu le lundi, ils peuvent le cesser à 18h00. Mais en remplacement, ils sont obligés de prier un chapelet avec cinq dizaines pour les âmes du purgatoire, encore le même jour. »

Les mourants

La Sainte Vierge:

« Vois-tu, ma fille, quand la 'Flamme d'Amour' de mon Coeur s'allume sur terre, son action pleine de grâces s'écoule aussi sur les mourants. Satan est aveuglé, et avec l'aide de votre veillée de prières, le combat du mourant avec Satan prendra fin. Lors de l'apparition du doux éclat de ma 'Flamme d'Amour', les pécheurs les plus récalcitrants se convertiront, car je veux qu'aucune âme ne se perde. »

« Partagez le temps entre vous de manière qu'aucune minute de la nuit ne reste sans veillée nocturne! Aussi longtemps que quelqu'un - faisant appel à ma 'Flamme d'Amour' - fait une veillée nocturne, aussi longtemps aucun mourant de son entourage ne sera damné. Je le promets. (Si vous êtes beaucoup d'âmes réparatrices, j'accepte aussi cinq minutes par personne). Plus la prière sera fervente, plus Satan sera aveuglé et le pauvre mourant puisera de nouvelles forces pour pouvoir décider en toute justice de son destin futur. »

Les âmes du Purgatoire

La Sainte Vierge:

« Ma Flamme d'Amour que je désire répandre toujours davantage sur vous, je la répands aussi sur les âmes du purgatoire! »

« Les familles qui font l'heure réparatrice chez elles le jeudi ou le vendredi recevront la grâce spéciale qu'elles délivreront du purgatoire, dans les huit jours, un membre défunt de leur famille après un seul jour de jeûne sévère (au pain et à l'eau). »

« Celui qui - faisant appel à ma 'Flamme d'Amour' - prie trois Ave Maria, délivre une âme du purgatoire. Celui qui - faisant appel à ma 'Flamme d'Amour' - prie un Ave Maria au mois de novembre, délivre dix âmes du purgatoire. »

« Celui qui observe un jeûne sévère au pain et à l'eau, un lundi, délivre une âme de prêtre du lieu d'expiation. »

La sainte Vierge nous promet que les âmes que nous délivrerons du purgatoire par notre prière, nous aident du haut du ciel dans nos efforts pour sauver les âmes.

La sainte Messe

La Sainte Vierge:

« Si vous êtes en état de grâce et assistez à une sainte Messe qui n'est pas une obligation pour vous, alors la 'Flamme d'Amour' de mon Coeur rayonne dans une telle mesure que, pendant ce temps, Satan est aveuglé et la plénitude de mes grâces est transmise à l'âme pour laquelle vous offrez la sainte Messe.

« La participation au Sacrifice de la sainte Messe augmente au plus haut degré l'aveuglement de Satan.

« Satan écume de rage, et mène encore un combat plus acerbe avec ses tourments habituels, depuis qu'il sent l'avènement prochain de son aveuglement! »

 † L'adoration réparatrice au Saint-Sacrement

La Sainte Vierge:

« Quand quelqu'un fait de l'adoration réparatrice ou rend visite au Saint-Sacrement, tant que cela dure, Satan perd sa domination sur les âmes de la paroisse. Du moment qu'il est aveugle, il cesse de régner sur les âmes. »

  L'offrande quotidienne

 La Sainte Vierge:

« Offrez votre travail à la gloire de Dieu aussi durant la journée! Si vous êtes en état de grâce, l'aveuglement de Satan ira en augmentant par cette offrande! Vivez donc dans ma grâce, pour que l'aveuglement de Satan s'étende de plus en plus et gagne un espace toujours plus grand!

« Les nombreuses grâces dont Je vous fais don, si vous en faites un bon usage - et vous devez toujours les utiliser de mieux en mieux -, ont pour résultat qu'un grand nombre d'âmes deviendront meilleures.»

La diffusion de la 'Flamme d'Amour'

La Sainte Vierge:

« Je vous accorde à tous la grâce que vous puissiez constater le succès de votre effort - en ce qui concerne la diffusion de ma 'Flamme d'Amour' - aussi bien dans chaque âme prise individuellement, que dans votre pays et dans le monde entier. Vous qui peinez et faites des sacrifices, vous verrez que ma 'Flamme d'Amour' submergera très bientôt l'humanité entière. »

« Mes enfants, le bras droit de mon divin Fils est sur le point de frapper; je puis à peine le retenir. Aidez-moi! Si vous appelez à l'aide ma 'Flamme d'Amour', nous sauverons ensemble le monde. »

http://laflammedamour.tripod.com/promesses.htm

NDLR: Récitons tous les jours ces prières pour notre Pape Paul VI en exil, et soyez sur que  le Seigneur vous bénira.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 03:57

Je vous salue, Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

 

Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère :

--Hâtez le retour d’exil du pape Paul VI.

--Submergez l’humanité en péril, de l’action pleine grâce de votre flamme d’amour.

--Priez pour nous, pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort.

 

Ainsi soit-il.

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:48

 

«Dieu n'intéresse plus », cette petite phrase du cardinal Suhard, lourde de tristesse et char­gée de reproche, est la constatation d'un fait que nous pouvons vérifier quotidiennement.

 

Ce qui inté­resse et parfois passionne l'homme d'aujourd'hui c'est la science et la technique, ce sont les affaires et le travail, c'est aussi ce que Pascal appelait le diver­tissement : cinéma, nouvelles, sport. Ne disons pas que le monde actuel est sans religion : il pratique la religion de l'argent, la religion du progrès, la religion du stade, les formes variées de la religion du monde humain.

 

Mais la religion du Dieu vivant ne l'intéresse guère. Même dans des pays qui ne font pas profession d'athéisme, souvent la grande niasse est pratiquement athée, pratiquement, tran­quillement et avec bonne conscience. Et parmi ceux qui sont restés fidèles à Dieu, beaucoup regar­dent la religion comme ennuyeuse, un ennui qu'il faut accepter à certaines heures, après quoi on se hâte de revenir à ce qui présente un intérêt réel.

 

Ainsi l'homme, en général, n'aime pas prier. « Il éprouve facilement, a-t-on dit, à l'égard de la prière de l'ennui, de l'embarras, de la répugnance et, à proprement parler, une véritable hostilité. Tout le reste lui semble alors plus attirant et plus important. Il dit qu'il n'a pas le temps... Il vaudrait bien mieux dire franchement : « Je ne veux pas prier. »

 

« Dieu n'intéresse plus », nous dit-on, ce qui im­plique qu'en d'autres temps Dieu intéressait. Il pa­raît en effet incontestable que l'épaisseur, la den­sité de l'atmosphère matérialiste dans le monde actuel favorise et développe le dégoût des choses de Dieu.

 

Mais ce dégoût a toujours existé et a des raisons profondes dans l'homme. Il est à la fois, pourrait-on dire, anormal et naturel. Anormal, puisque tous les êtres créés sont orientés vers Dieu par leur être même et leur désir essentiel. Comme le chantait un poète de l'Eglise ancienne : « Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui sont muets, ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hom­mage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. Tout ce qui est te prie; et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence... »

 

L'homme, plus que toute autre créature, est fait pour Dieu ; il se définit comme une faim et une soif de Dieu ; dans tout ce qu'il recherche et poursuit, plaisir sensible, joie ar­tistique, ivresse de la connaissance et de la décou­verte, satisfaction profonde de l'amour, c'est tou­jours Dieu qu'il cherche consciemment ou sans le savoir. Il semble donc normal que tous nos désirs soient tendus vers ce qui nous conduit à Dieu et que toute notre activité ait pour objet de nous préparer à ce royaume seul capable de nous béatifier.

 

Mais tout cela étant dit, ce dégoût des choses divi­nes, qui semble aberrant et monstrueux, peut, à un autre point de vue, paraître normal. Newman a fait un sermon intitulé : « La religion, un ennui pour l'homme naturel. »

 

Cette formule même nous éclaire sur la question. On peut constater sans irrévérence aucune que Dieu n'intéresse pas l'homme : Cela n'insinue absolument rien contre la perfection divine et son amabilité suprême ; par là on ne fait que souligner l'imperfection de l'homme et sa misère.

 

On peut souvent constater que la vérité n'attire pas l'homme; non point, comme le préten­dait Renan, que la vérité soit triste, mais c'est l'homme qui est encore ténèbres et n'est pas plei­nement accordé à la lumière.

 

On peut constater, par expérience, que la vie de piété semble souvent en­nuyeuse. Ce n'est pas dire que la piété manque d'intérêt en elle-même, mais seulement, comme le dit saint Paul, que « l'homme charnel (c'est-à-dire l'homme psy­chique, l'homme humain) ne perçoit pas la réalité divine » (1Cor., 2, 14).

 

D'une manière plus précise, d'où vient que l'homme s'intéresse peu aux choses de Dieu ?  C'est d'abord que toute la religion repose sur la foi, laquelle demande une abnégation continuelle aux êtres avides de voir, de toucher, de sentir, aux êtres que nous sommes. Dès lors, les vérités les plus éblouissantes nous paraissent des abstrac­tions. Sans doute nous trouvons bien naïve la ré­flexion de cette femme qu'on essayait de consoler de la mort de son fils en la faisant penser au bonheur qu'il avait de voir Dieu : « Voir Dieu, est-ce une occupation pour un jeune de vingt ans? » Mais n'avons-nous pas les mêmes naïvetés? Dési­rons-nous réellement la vision de Dieu ?

 

De plus, toute religion sérieuse exige des efforts qui répugnent singulièrement à « l'homme naturel ». Elle demande une vie intérieure et silencieuse. Or, même à des époques moins bruyantes que la nôtre, mieux garanties du brouhaha où nous vivons, si­lence et recueillement ont toujours été difficiles à l'homme.

 

« Tout le malheur des hommes, remarque Pascal, vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre... De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le re­muement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. »

 

Enfin le service de Dieu demande un contrôle continuel de soi, car il n'y a pas de repos hebdo­madaire ni de congés payés par rapport aux de­voirs et aux commandements essentiels.

 

Cet ef­fort soutenu requiert un genre d'activité qui n'a pas le stimulant ni la récompense d'une activité na­turelle humaine, car les résultats sont acquis lente­ment, en général ne sont pas contrôlables et ne peuvent être chiffrés dans des statistiques encoura­geantes.

 

En face de ce monde surnaturel, le seul vraiment solide, mais qui est impalpable et semble irréel, le monde visible exerce sa séduction ; et nous sommes toujours attirés à lui par les concupiscences qui de­meurent vivaces en nous.

 

Voilà pourquoi il faut, sans doute, approuver hautement toutes les tentatives faites pour persua­der les chrétiens que la religion n'est pas en elle-même ennuyeuse et maussade, pour les intéresser à la Bible, pour les faire participer activement à la liturgie, bref pour leur faire vivre le christia­nisme.

 

Mais cet intérêt très réel demeurera tou­jours sur un autre plan que celui du monde hu­main et n'enlèvera pas à la religion son caractère d'austérité. Le catéchisme, même adapté à l'enfant, restera sévère et n'aura pas pour lui le même agré­ment que ses journaux illustrés.

 

La Bible, saint Jérôme en faisait déjà l'expérience, n'aura pas la séduction de certains chefs-d'œuvre littéraires. Et le drame liturgique, même compris par les fidèles, ne pourra soutenir la concurrence, pour l'imagina­tion et la sensibilité, de certains films ou de cer­taines pièces de théâtre.

 

Certes, Dieu se fait parfois sensible au cœur ; mais cette grâce ne nous est pas garantie et peut être rare dans une vie chrétienne. Il faut donc ac­cepter courageusement l'ennui, l'impression de mo­notonie qu'à certains moments nous inspirent les choses divines. C'est le poids de la chaleur et du jour que doivent supporter les bons serviteurs.

 

Dans cette souffrance il y a une valeur de purifica­tion : « Quelle affliction, dit le P. Faber, de trou­ver tant de dégoût dans le service de Dieu ! Plus nous l'aimons et le craignons profondément, plus nous nous sentons misérables d'une telle infir­mité ! »

 

Ne méritons pas que le Christ nous adresse le reproche qu'il fait aux disciples : « Vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » (Mt., 26, 40). Mais songeons que le Christ lui-même, sans avoir les concupiscences et les faiblesses de « l'homme psy­chique », a voulu librement supporter en ses heures d'agonie le poids de l'ennui et nous a ainsi mérité la grâce de le dominer.

 

Et par sa Passion le Sauveur nous a mérité de recevoir le Saint-Esprit, l'Esprit qui nous console parce qu'il fait pénétrer les profondeurs de Dieu et nous rend plus réel le monde invisible.

 

De même que l'homme découvre qu'au delà du plaisir, il y a le bonheur, de même le chrétien découvre qu'au-delà du plaisant, de l'agréable et dans l'aus­térité inévitable du christianisme, il peut y avoir et il y a la joie profonde.

 

Que l'Esprit-Saint nous fasse réaliser cette découverte qui transformera notre vie !

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume VI, du Père Gaston Salet S.J.

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 19:44

 

« A mourir, je gagne! » Comment un homme, un mortel, a-t-il pu écrire de sang-froid une parole aussi provocante et humainement folle ?

 

Pro­vocation, folie, c'est bien ainsi qu'ont dû la juger les païens contemporains de l'Apôtre Paul, c'est ainsi que doivent la juger les païens de tous les siècles.

 

Déjà les anciens poètes grecs gémissaient : « La vie des hommes est orpheline et impuissante, incapable de résister à la vieillesse et d'échapper à la mort. Pourquoi en vain faire effort, puisque tout aboutit à mourir dépouillé ? »

 

Et un poète du XXe siècle, un païen lui aussi, reprend le même gémissement : « Derrière moi il ne reste plus qu'un sillage stérile, oblique, léger : j'ai vécu en vain. Devant moi, dans l'ombre, est la mort sans flam­beau : je mourrai en vain. »

 

La mort est une voleuse qui nous enlève tout : biens matériels, ami­tiés, famille ; et qui nous enlève notre être même en nous déchirant. En présence de cette ruine totale et de cette brutalité, parler de gain semble une plaisanterie macabre.

 

Et au défi que lui lance encore saint Paul : « O mort, où est ta victoire? » La mort aurait beau jeu de répondre : « Ma victoire, elle est partout : car pas un être humain ne m'échappe; et ma victoire est absolue, aboutissant à la désagrégation même de cet être humain. »

 

Mais avec toutes ces considérations développées indéfiniment par les littératures et les philosophies, nous restons au niveau du paganisme. Or saint Paul se mettait dans la perspective et la lumière de la foi chrétienne. Dès lors tout change.

 

Cette mort, qui se présentait comme une spoliation brutale et une extermination révoltante, doit nous apparaître comme le sommet de notre existence ici-bas, comme l'heure privilégiée de cette existence et sa consommation, l'acte le plus solennel, le plus beau et le plus méritoire de notre vie.

 

D'où vient ce changement radical, cette transfor­mation inattendue? C'est que le Dieu fait homme, venant ici-bas comme volontaire de la vie hu­maine, a voulu être aussi volontaire de la mort. Et tout ce que touche le Christ, il le transforme et le transfigure, même si en apparence il le laisse inchangé.

 

En vivant une existence de travail obscur et d'occupations quotidiennes, il a transformé l'obscurité et le quotidien. En mourant d'une mort humaine, il a transformé cette mort et lui a donné un sens et une valeur : elle est un accomplisse­ment.

 

Reconnaissons que le Christ n'a pas triché avec la condition humaine : il a accepté et choisi la mort avec tout ce qu'elle peut comporter d'humiliation et de souffrance jusqu'au paroxysme.

 

Rien de glo­rieux dans ce drame, rien de grand, aucun pana­che, aucune auréole : la banalité d'une exécution capitale, apparemment, un fait divers de la chronique judiciaire, un mélange de barbarie et de vul­garité. Or c'est par cette croix brutale et déshono­rante que le Christ a sauvé le monde.

 

Car sur le Calvaire occupé par les ennemis et les badauds, la mort de Jésus, qui n'a rien d'une solennité liturgique et qui semble une boucherie ignoble, est en réalité le sommet de l'histoire religieuse, le sacrifice dans lequel le Prêtre souverain expie par sa charité le péché du monde et ouvre au genre humain les portes de la vie.

 

«Il n'y a rien de plus grand dans l'univers que Jésus-Christ, dit Bossuet, il n'y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son sacrifice; il n'y a rien de plus grand dans son sacrifice que son dernier soupir.»

 

Et pour Jésus lui-même cette neuvième heure sur le Calvaire, cette heure de lourdes ténèbres, qui semblait la fin de tout, annonce déjà l'aube pascale et la Résurrection.

 

Mais la foi ne nous révèle pas seulement la valeur infiniment méritoire et la beauté réelle de la mort de l'Homme Dieu; elle nous enseigne aussi que notre mort à nous a été sanctifiée par le Christ et que nous pouvons unir cette mort à son sacrifice.

 

Car qu'est-ce que la vie chrétienne tout entière sinon l'union avec le Christ mort et ressuscité? Cette union s'inaugure et s'opère réellement au baptême, qui est dans notre existence le seuil déci­sif, la péripétie essentielle, la rupture véritable, puisque c'est là que nous mourons au mal et nais­sons à la vie divine.

 

Cette union avec le Christ doit se continuer à travers toute notre vie : nous devons toujours davantage nous libérer de ce mal du péché et nous laisser envahir par la vie divine ; nous devons toujours davantage nous unir par nos souffrances offertes et notre amour au sacrifice du Sauveur, en mettant à profit les grâces qu'il nous a méritées par sa mort.

 

Mais c'est notre dernier jour qui doit être le plus beau, qui doit être la suprême montée. Car c'est en acceptant généreusement la mort qui représente pour nous le plus dur sacrifice que nous sommes unis le plus étroitement au sacrifice du Christ ; c'est alors que nous pénétrons au suprême degré cette vie divine, qui doit à la fin s'épanouir dans notre résur­rection dont la Résurrection du Christ est le modèle et l'assurance indubitable.

 

Ce doit être l'acte décisif de notre vie, celui où se consommera enfin cette union avec le Christ mort et ressuscité qu'a inau­gurée notre baptême et qui doit se réaliser de mieux en mieux tout le long de notre existence.

 

Sur la Croix du Vendredi Saint le Sauveur nous a mérité cette grâce. Sur cette Croix où il pensait à nous, le Christ, Prêtre de toute l'humanité, a souf­fert, pour ainsi dire, d'avance notre agonie person­nelle; d'avance il l'a offerte avec la sienne au Père. Et au dernier moment, nous n'aurons qu'à accep­ter et à ratifier cette offrande faite jadis en notre nom.

 

Dès lors tout est changé : « A mourir, je gagne. » Peu importent les circonstances mêmes de cette mort, que nous devons abandonner à la Providence et sur lesquelles nous devons avoir le courage de bannir toute anxiété et même toute interrogation.

 

Que nous mourions dans la banalité d'une chambre de malade ou tragiquement dans ce qu'on appelle un accident absurde, que notre mort soit entourée de soins attentifs et d'affection fidèle ou qu'elle soit tragiquement solitaire, en réalité elle ne sera ni solitaire, ni stupide, ni banale, puisqu'elle sera consolée par la présence du Christ, transfigurée par la grandeur du sacrifice, radieuse de l'espérance toute proche du ciel et de la perspective de la résurrection.

 

Oui, elle sera tout cela, mais à une condition. La formule de l'Apôtre : « A mourir, je gagne », n'est que la seconde partie de sa phrase, comme elle n'est qu'un aspect de sa pensée. Car il a écrit : « Pour moi, la vie, c'est le Christ, et à mourir je gagne ».

 

Il ne doit pas y avoir discontinuité et brisure entre la vie et la mort du chrétien comme si la mort était un coup de théâtre, un brusque renversement de situation. La mort n'est un gain pour l'homme que si le Christ est pour lui la vie, c'est-à-dire s'il a vécu dans sa lumière, dans sa vérité, dans l'observation de ses volontés, si son existence a été profondément une amitié avec le Christ.

 

C'est la grâce qu'il faut demander par l'interces­sion de Marie : car elle est Notre-Dame des agonies, celle qui a souffert en son cœur tous les déchire­ments de la mort de son Fils, celle qui près de la Croix de son premier-né a appris à veiller l'ago­nie de ses autres enfants ; et elle est Notre-Dame de l'Assomption, celle dont la mort fut une extase, parce qu'un élan irrésistible l'attirait vers ce Jésus qui était toute sa vie.

 

O Vierge, priez pour nous maintenant et à notre heure suprême.

 

PLUS PRÈS DE DIEU.  Gaston  Salet S. J.

Volume 3

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 19:36

 

La fête de l'Immaculée Conception nous apporte un grand enseignement en nous dévoilant les pensées du Christ, ses préférences, son cœur.

 

Quand, pour nous sauver, le Fils de Dieu veut entrer dans notre race humaine, se faire homme comme nous et avoir une maman comme nous, il choisit une femme toute belle, c'est-à-dire toute pure, dont l'âme n'a jamais voulu ni subi le péché.

 

Nous le savons par l'Évangile, le Christ, tout au long de son ministère public, se montrera extraordinairement accueillant pour tous ceux qui viendront à lui, il faut même dire scandaleusement accueillant pour les pécheurs : oui, ses manières de faire éton­neront jusqu'au scandale ceux qui avaient de la respectabilité, de la considération, de la tenue.

 

« Comment ! Diront les Pharisiens aux disciples de Jésus, votre Maître mange avec les pécheurs pu­blics, avec ceux qui violent la Loi ostensiblement, les collecteurs d'impôts, les nouveaux riches gorgés de profits illicites ! Comment ! Diront-ils, lorsque, pendant une réception, une femme viendra verser des parfums sur les pieds du Christ, il se laisse approcher par cette dévergondée dont la mauvaise conduite est notoire!... On voit bien qu'il n'est pas un prophète et qu'il ne devine guère les âmes. »

 

Il faudra que le Christ justifie cet accueil qu'on estime trop facile, il faudra qu'il raconte les para­boles immortelles : Cette pièce de monnaie perdue et retrouvée par la pauvre ménagère, cette brebis éga­rée, ramenée par le berger tendrement sur ses épau­les, cet enfant ingrat qui, revenant après sa fugue, ruiné, famélique, déshonoré, est reçu par son père avec des embrassements ; il faudra que le Christ fasse la théorie de sa pratique et qu'il déclare : « C'est pour les malades que je suis venu, pour ceux qui ont besoin de médecin. Que ceux qui pensent être en bonne santé me laissent à mes malades. »

 

 Et de fait, jamais en présence des pécheurs il ne prend d'attitude hautaine qui les humilierait, jamais il n'affecte de grands airs de dignité, jamais il ne trahit le moindre dégoût. Après tout, le médecin qui, devant la déchéance physique, la plaie infectée ou le cancer, ferait le dégoûté et éprouverait des haut-le-cœur, montrerait seulement qu'il s'est trom­pé de métier, qu'il n'était pas fait pour être médecin.

 

Le Christ, lui, ne s'est pas trompé de métier, il était fait pour être le Sauveur, c'est-à-dire le médecin des âmes gangrenées et lamentables.

« C'est l'ami des pécheurs », disaient de Jésus les pharisiens. Ils avaient raison. Mais il faut immédia­tement ajouter : « C'est l'ennemi irréductible du péché. »

 

Il a fait éclater sa sainteté, il a pro­clamé ses préférences profondes quand, pour entrer dans le monde, il a voulu une Mère immaculée, c'est-à-dire exempte de tout péché. En nous la pré­sentant, il nous dit solennellement :

 

« Celle qui doit être ma Mère sera pure jusqu'à en être éblouissante. Non seulement son âme ne sera jamais entamée par le péché grave, dût-il être réparé par le plus émou­vant des repentirs. Non seulement je ne veux voir en elle aucun péché véniel, aucune déviation même légère de l'amour de Dieu, aucune ombre d'égoïsme. Mais je ne veux même pas qu'ayant à prendre vie dans une race souillée par le mal héréditaire, elle soit touchée par ce mal, dont vous n'êtes pas per­sonnellement responsables, mais dont vous êtes pourtant atteints réellement et qui constitue pour vous une tare déshonorante. Je suis le Sauveur, je suis donc l'architecte patient, le reconstructeur obs­tiné qui, après le cataclysme du péché, relève les ruines et recommence. Mais quand il s'agit de celle qui doit être le temple vivant où je reposerai, je ne trouve pas assez belle la beauté émouvante de ces églises qui, après les profanations des barbares et les pillages, ont été restaurées avec amour ; je veux la beauté toute jeune de la basilique intacte qui jaillit d'un seul élan, sans une reprise, sans un repentir, depuis la pierre fondamentale jusqu'à la dentelle des clochers. Je veux une Mère immaculée. »

 

Et c'est dans ce contraste entre la bonté du Christ s'inclinant vers les pécheurs et ses préfé­rences intimes pour la beauté parfaite que se trouve pour nous la leçon. Oui, c'est bien la misère à guérir et le criminel à sauver qui attirent le Sauveur sur la terre. Mais il n'aime que la pureté; en elle seule il se complaît; et c'est vers elle qu'il veut que nous montions. Leçon anticipée à l'heure de l'Immaculée Conception ; leçon de toute la vie de Jésus ; leçon répétée à ses derniers instants. Il est Celui qui, au Calvaire, admettra près de la Croix rédemptrice Madeleine la pécheresse convertie et qui dira à son compagnon de supplice, un bandit revenu au mo­ment suprême, les paroles stupéfiantes de miséri­corde : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis. » Mais Il est Celui qui, de cette Croix, jettera un dernier regard de tendresse sur sa Mère Immaculée, cherchant en elle la grande consolation de son agonie.

 

Ainsi le Christ, d'un bout à l'autre de sa vie, apparaît comme la Miséricorde sans limite et la Sainteté intransigeante. Ah ! Nous pouvons toujours le rencontrer, au creux même de notre misère et même si nous piétinons encore dans des habitudes fangeuses ; mais à condition que nous ayons un désir sincère du mieux et une nostalgie de la pureté, à condition aussi que nous ayons une confiance totale en son pouvoir de nous relever. D'ailleurs, l'Imma­culée Conception est elle-même un motif puissant de cette confiance.

 

Car elle nous montre bien que, si notre nature humaine est capable de tant de mal, elle est capable aussi — nous le voyons en Marie — de sainteté radieuse, quand la grâce du Christ vient l'illuminer.

 

Et c'est avec la conscience profonde de notre misère, avec un désir ardent de la sainteté et une grande espérance que, pendant les semaines qui préparent Noël, nous devons dire au Sauveur: « Ve­nez ! » en confiant notre prière à celle qui, étant l'Immaculée, est à la fois si proche de Dieu et si pitoyable aux pécheurs. 

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume 1 du Père Gaston Salet S.J.

 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 18:42

 

La fête de l'Immaculée Conception glorifie le privilège en vertu duquel la Sainte Vierge est en­trée dans la vie, non point victime du péché originel, mais toute pure et l'âme resplendissante de la grâce de Dieu.

 

Si nous réfléchissons à ce mystère et à toute la destinée de Marie, ce qui nous frappe, c'est qu'elle a été extraordinairement prévenue de Dieu, extraordinairement enrichie avant tout mérite de sa part. Elle n'a pas mérité d'être immaculée, puis­qu'elle n'existait pas encore; elle n'a pas mérité d'être Mère de Dieu, car même la plus parfaite des créatures ne peut mériter de devenir Mère de Dieu ; or, toutes les autres faveurs qu'elle a reçues et jus­qu'à l'Assomption sont les conséquences de cette faveur unique.

 

La seule explication de toutes ces grâces, c'est que Dieu l'aime, c'est que Dieu, qui est l'Éternel, se voit déjà devenu son Fils, c'est, dit Bossuet, qu'elle bénéficie de cette situation pri­vilégiée « d'avoir un Fils qui existe avant elle ».

 

Et ainsi, dans le cas de la Sainte Vierge, Dieu appa­raît splendidement comme Celui qui devance tou­jours et qu'on ne peut devancer, Celui qui, selon la parole de saint Jean, « nous a aimés le premier ».

 

Seulement nous ne devons pas l'oublier, ce Dieu qui donne est celui qui demande ; ce Dieu, qui tou­jours parle le premier, parle toujours en posant une question et en attendant une réponse ; et la Sainte Vierge, sans mériter ses privilèges, est celle qui a répondu totalement aux prévenances de Dieu, celle qui, d'un bout à l'autre de sa vie, a dit à Dieu le seul mot qui l'intéresse et qu'il espère : « Oui. » « Oui, Seigneur, comme vous voulez. »

 

C'est la parole de Marie le jour de l'Annonciation, au mo­ment capital de son existence. Mais c'est le mot qu'elle a répété inlassablement. Elle a dit oui quand Siméon lui prédisait qu'un glaive percerait son cœur, et un glaive qui menace est déjà un glaive enfoncé ; elle a dit oui tout le long de son existence ; et, dans l'épouvante du Calvaire, elle n'a pas ré­tracté ce oui, à l'heure où la question posée par Dieu devenait une véritable torture ; par là elle montrait bien que ce oui n'était pas une parole en l'air, un de ces mots que nous prodiguons faciles et innom­brables, mais qu'il était l'expression véridique de son âme profonde.

 

Le cas de la Sainte Vierge est exceptionnel ; mais cela ne veut pas dire qu'il soit pour nous dénué d'enseignement. Nous n'avons pas les mêmes privi­lèges, c'est entendu ; reste que nous sommes des privilégiés.

 

Pour elle, sans doute, Dieu a eu des prévenances incomparables; mais n'oublions pas qu'il nous prévient, nous aussi. Un converti qui avait expérimenté ces avances de Dieu disait: « J'ap­pelle Dieu Celui qui vient sans qu'on l'appelle. » Et le Seigneur lui-même ne déclare-t-il pas dans le prophète Isaïe : « J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas » ?

 

D'ailleurs un dogme essentiel de notre foi affirme que c'est toujours Dieu qui com­mence et prévient ; et voilà une vérité sur laquelle nous devons réfléchir et qui doit commander notre attitude spirituelle.

 

Dieu est Celui qui se tient à la porte de notre vie, à la porte de notre âme. N'est-il pas vrai qu'avec nous, en particulier, il a commencé par une extraordinaire prévenance, puisque nous avons été baptisés avant l'éveil de notre intelligence, que nous avons reçu la richesse de la vie divine lit­téralement en dormant, que le salut a été mis entre nos mains inconscientes, alors que tant d'autres ont dû le chercher au prix de quels épuisements?

 

Et cette grâce précoce et hâtive du baptême, si incon­testablement gratuite, n'a été encore qu'un point de départ ; car c'est à chaque instant que Dieu nous aime, c'est-à-dire nous prévient pour nous aider et nous enrichir. Oui, en vérité, nous devons croire que Dieu n'est jamais loin ni en retard.

 

Lorsque nous imaginons que nous-mêmes prenons l'initia­tive de la prière, mais que Dieu ne répond pas ; ou que nous voulons bien résister à une tentation, mais que, malheureusement, lui oublie de nous se­courir, ces pensées sont des illusions risibles et des sottises.

En réalité nos clameurs poussées vers Dieu, ne sont jamais que des échos de sa voix qui nous appelle ; et nos désirs les plus spontanés ne sont que des réponses — généralement languissantes et tar­dives — aux grâces qui nous ont prévenus.

 

Quand nous avons l'impression que nous l'attendons, c'est lui que nous faisons attendre. Quand nous lui disons : « Venez, Seigneur », c'est qu'il nous a dit et répété : « Venez à moi. »

 

Quel réconfort et quelle consolation dans la pen­sée de ce Dieu attentif et prévenant ! Mais aussi quel rappel de nos responsabilités.

 

Car l'amour de Dieu pour nous est toujours interrogateur ; nous sommes convoqués à chaque instant par convocation person­nelle ; nous sommes responsables, c'est-à-dire que nous devons répondre de nous et lui répondre.

 

Hélas ! Seigneur, que je réponds mal ! Vous m'ap­pelez sans cesse ; Vous m'appelez à la prière, à cet effort contre mon égoïsme, à cet acte de dévoue­ment ; et je reste sourd, pareil à ces enfants amu­seurs là-bas dans le jardin, qui font semblant de ne pas entendre leur mère quand elle les appelle au travail.

 

Ou bien vous me demandez un sacrifice; et je me mets à discuter et à rédiger laborieusement des notes diplomatiques pour éluder vos requêtes, au lieu de vous dire tout simplement « oui ».

 

A la Vierge Immaculée, à celle qui fut si admi­rablement prévenue par la grâce et si admirablement généreuse à répondre, demandons de savoir recon­naître nos privilèges en répondant oui à Dieu qui nous appelle.

 

En préparation de la belle fête de l’Immaculée Conception.

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume 1 du Père Gaston Salet S.J.

 

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