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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 19:09

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Peu d'hommes ont comme le cardinal Montini mis en pratique les sept Œuvres de Miséricorde corporelle et spiri­tuelle qui ne sont rien d'autre, au fond, que le christianisme pratique et vécu, le code, plus simple et sage que celui d'Ammourabi, selon lequel nous serons un jour jugés. « J'avais faim et tu m'as donné à manger... j'avais soif et tu m'as donné à boire... entre dans le Royaume de mon Père... »

 

Un Christianisme seulement spéculatif n'est souvent que subtil orgueil intellectuel et que trouble égoïsme moral. Mgr Montini avait le christianisme spéculatif et sublime d'un saint Jean, mais il vivait et pratiquait le christianisme agis­sant et bienfaisant d'un François d'Assise.

 

Voici, pour nous éclairer sur son cœur et sa charité, un magnifique passage de sa lettre pastorale du carême 1963 sur « Le chrétien et le bien-être temporel ».

 

« II faut que nous ayons pour le Pauvre, écrit-il, un respect particulier, une grande sollicitude. Il est le miroir du Christ, il en est presque le vivant sacrement. Il stimule l'exercice de la charité, il en est l'objet. Il est le frère dont les besoins, s'ils ne lui confèrent pas de droits, sont pour nous des devoirs. Il est notre tourment si nous le fuyons; il est notre joie si nous nous en préoccupons. Il est notre maître à bien vivre, si nous écoutons sa muette leçon. Il est le compagnon de voyage qui, en définitive, est toujours à nos côtés : « Les pauvres, a dit Jésus, vous les aurez toujours avec vous. »

 

« Cette prophétie évangélique se réalise encore parmi nous, en ces temps de bien-être. Considérons la réalité du monde contemporain : il semble enfin capable de se procurer tout le pain nécessaire. Mais l’est-il vraiment ? Non, il ne l'est pas encore. Il ne l'est pas chez nous car d'innombrables hommes n'ont pas encore assez de pain pour satisfaire aux besoins normaux de la vie et à son développement naturel. La pros­périté croissante ne doit pas nous faire illusion, elle n'est pas encore équitablement distribuée, elle n'est pas sûre, elle n'est pas suffisante pour tous les besoins. C'est pourquoi, lorsque nous faisons l'apologie du bien-être, nous devrions encore encourager l'effort qui l'engendre et le garantit.

 

 

« Nous devrions aussi, dès que nos disponibilités aug­mentent, penser immédiatement à l'aumône. L'aumône : mot antique et sacré. La Bible en célèbre l'obligation et les vertus rédemptrices pour celui qui l'offre, consolatrices pour celui qui la reçoit. Toute la tradition chrétienne resplendit de cette fleur de bonté personnelle et de providence sociale. Elle fait partie de l'ascétique, de la pédagogie, de la conception sociale chrétienne et elle répond si bien à l'esprit évangélique qu'elle se confond avec ses expressions les plus essentielles et les plus authentiques : la providence, la miséricorde, la charité.

 

« Aujourd'hui nous l'appellerons bienfaisance, assistance, secours, assurance ou de tout autre nom; mais le concept devrait rester ce qu'il était à l'origine, c'est-à-dire, le don d'un bien économique, offert spontanément au frère indigent (non pour qu'il reste tel mais pour qu'il renaisse de cette indigence et, enfin, se suffise à lui-même); un don gratuit, offert par amour, pour l'amour de Dieu.

 

« Ainsi l'œuvre de miséricorde est parfaite; elle ne tire pas son principe et sa vigueur de la peur, de la contrition ou de quelque intérêt secret; elle les puise dans le cœur même de celui qui l'accomplit; et celui-ci ne cherche chez l'obligé ni sympathie ni titre de mérite, il n'attend pour lui-même ni gratitude ni louange; il lui suffit que l'œil de Dieu ait vu l'intérieur de son cœur et son geste secret. Si nous cherchons des expressions vraies et réformatrices de notre christianisme, nous devons encore, et toujours davantage, cultiver l'exercice de cette bienfaisante charité »

 

Si ces paroles sont si justes et si belles, c'est parce qu'elles sont vécues.

 

Le Pauvre est le miroir du Christ... Mgr Montini savait que ne sont pas pauvres seulement ceux qui manquent de pain, d'abri ou de vêtements ; est pauvre celui qui manque de travail, mais l'est encore plus celui qui manque de vérité, qui manque de Dieu.

 

Voilà le secret de toute son œuvre pastorale : il cherchait le pauvre, le sacrement du Christ. Lors de la première nuit de Noël qu'il passa à Milan, il ne célébra pas sa messe parmi l'éclat des cierges de la cathédrale, les chœurs des Pueri Cantores et les hermines des chanoines. Vêtu en simple prêtre, il rejoignit le port de mer, le dernier bidonville de la zone milanaise et, tandis qu'au dehors, dans la désolation de la misérable campagne, brûlaient des feux de joie, il célébra le sacrifice divin dans une baraque en bois, sous un toit en tôle rouillée, au centre d'un groupe de masures sans électricité, où quelques jours auparavant une petite fille, tombée dans une marmite où cuisait une misérable soupe, était morte ébouillantée.

 

Puis il parla aux missionnaires de la banlieue et leur dit l'urgente nécessité d'inventer de nouvelles formes d'apostolat et de liturgie en face de cette masse douloureuse de déracinés ; il incita ses prêtres à évangéliser les pauvres et à célébrer, si nécessaire, la messe en plein air, sur des tables de cuisine.

 

« Seul un cœur qui aime peut comprendre. Un cœur qui n'aime pas est porté à juger avec froideur. » Souvent quand la nuit était déjà tombée sur Milan, le cardinal sortait pour visiter un malade, porter secours à un malheureux, donner une parole d'espérance à qui était dans le désespoir ou aider quelque vieillard ruiné, trop digne pour montrer sa misère.

 

« II faut aider quiconque le demande, dit-il un jour à un dirigeant de l'A.C.L.I, si nous n'y arrivons pas nous vendrons tout ce que nous avons. »

 

Personne n'a jamais frappé en vain à sa porte; toute demande d'aide a été satisfaite, avec discrétion.

 

Les mineurs de la Candoglia lui avaient écrit pour lui parler de leur solitude et des soirées qu'ils étaient obligés de passer dans les carrières loin de leurs familles. Le cardinal leur envoya aussitôt un accordéon pour égayer leurs veillées.

 

Pendant la visite qu'il faisait chaque année à l'Hospice de la Sainte-Famille, il ne manquait jamais de s'arrêter devant les plus malheureux. Et les immigrés de la banlieue désolée se souviennent encore avec émotion des visites qu'il leur rendait, sans aucun caractère officiel, presque en cachette, s'intéressant à leurs problèmes, leur apportant le réconfort et l'espérance chrétienne matérialisés par des secours concrets.

 

Mgr Colombo a écrit, à propos de sa charité, faite de petites attentions délicates : « Il n'était jamais assez fatigué pour ne pas s'apercevoir que, près ou loin de lui, quelqu'un cachait un désir ou une peine secrète. Il y parvenait grâce à une admirable intuition, avec une geste opportun : une lettre inattendue, une louange cordiale, un don à une famille en pleurs, une bouteille de vin à un vieux prêtre malade, une boîte de gâteaux à un enfant, une invitation pour la fête de Noël à qui était seul au monde... »

 

A suivre…

 

elgofioupiou.com

 

 

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