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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:18

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Sur ce sujet, les pages de la mission pastorale du cardi­nal Montini à Milan sont toutes pleines d'une délicatesse généreuse et compréhensive et d'une constante recherche de la collaboration.

« Merci mon cher », disait-il en guise d'adieu, après chaque rencontre avec l'un des prêtres. Même s'il avait dû rappeler à l'ordre, corriger ou manifester ses préoccupations ou son insatisfaction, le cardinal remerciait le prêtre qui fait de son mieux et emploie sa vie à aider l'évêque dans la cons­truction du royaume de Dieu.

 

Il a consacré, à ses prêtres une grande partie de son temps, de ce temps qui ne suffisait jamais à la brûlante impatience de son zèle.

 

Il a fait pour ses prêtres de nombreux sacrifices et souffert de ne pouvoir les accueillir tous, comme il l'aurait souhaité.

Chaque année pendant la Semaine Sainte, il leur adressait ponctuellement une lettre pour le Jeudi Saint, la journée sacerdotale qu'il voulait passer avec eux, en union de prière et de méditation.

Chaque semaine il réservait le jeudi matin à ses prêtres et chacun pouvait venir le voir sans préavis. Le cardinal se montrait attentif et prévenant, mettait son visiteur parfaite­ment à l'aise et ne perdait pas un détail des problèmes qui lui étaient présentés. Il prenait ensuite la parole et insérait les petits problèmes de chacun dans un contexte plus vaste et universel, enseignant ainsi à être toujours catholiques et à ne

pas s'enfermer dans ses limites personnelles, ou dans celles de la paroisse.

Même si son visage restait sérieux et digne, ce n'était pas par froideur ou détachement, encore moins par incompré­hension; c'était un style de fermeté et de dignité sacerdotale, qui voulait communiquer virilité et courage.

En fait, que de gestes cordiaux et affectueux envers ses prêtres !

Lettres de sa main, reçues à des moments particuliers, pleines de bonté et de douceur, de compréhension et de confiance, gestes cachés d'aide matérielle aux prêtres les plus nécessiteux, visites inattendues aux prêtres malades; ren­contres qui semblaient dues au hasard et qui étaient au contraire délicatement et patiemment recherchées pour sou­tenir des âmes en lutte... Ce sont tous ces éléments qui composent la figure d'un Pasteur, d'un merveilleux Episcopus qui, dans la noblesse et la dignité de sa personne, nourrit une exquise charité, humble et paternelle, un respeét délicat de la vocation d'autrui.

If II ne craignait pas chez ses prêtres les idées ou les méthodes \      nouvelles : mais il examinait, choisissait, encourageait avec toujours cette profonde compréhension envers  toute atti­tude née d'un engagement sérieux.

Le cardinal Montini n'oubliait jamais qu'il était le père et le maître de son clergé; il ne négligeait aucune occasion de parler, de persuader et d'imposer, de façon à ce que le clergé soit toujours à la hauteur des temps et de son devoir.

Et si parfois l'ordre n'était pas péremptoire et que les choses semblaient « aller comme avant » c'était parce que le cardinal avait du respedl pour la dignité de chaque prêtre et se fiait à la bonne volonté, au bon sens, à la maturation plus lente, mais plus profonde, d'une décision personnelle.

Il accordait confiance, responsabilité, initiative.

« II faut évoquer, écrit Georges Basadonna, les trois jours célèbres de la Mission au Clergé, prêchée par lui juste avant la Grande Mission de Milan; il faut réentendre les discours au Synode annuel, à la messe matinale du Jeudi Saint, réservée au clergé, aux ordinations sacerdotales : et nous pourrons

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mieux comprendre quel profond tissu d'amour liait le car­dinal à ses prêtres, et quel désir de sainteté il visait à déve­lopper dans le clergé milanais, dont il était toujours l'exemple. »

Le cardinal Montini voulait aussi que ses prêtres soient chaque jour mieux préparés et plus efficaces dans les diffi­ciles situations sociales et morales des temps modernes. C'esT: pourquoi il décida que les séminaristes qui sortaient du lycée, devraient suivre une année supplémentaire de prépa­ration avant d'entrer en théologie; il offrit aux prêtres les plus pauvres et en particulier à ceux des villages de montagne une « Fiat 600 » et leur fit installer le téléphone; mais surtout il s'efforçait de combattre en eux l'empirisme, lui qui aimait le travail ordonné et méthodique, qui ne connaissait pas la hâte et qui, une fois un problème affronté, aimait le résoudre à fond.

« Notre erreur commune, disait-il, que le Seigneur nous pardonnera parce que nous avons peu de temps, peu de forces, peu de talents, mais qui est objectivement une erreur, c'est l'empirisme. On dit à tort : travaillons « à l'apostolique! » comme si les apôtres travaillaient au petit bonheur. L'art de l'apôtre est celui du pêcheur; il consiste à adapter les moyens à des fins particulières. C'est pourquoi nous devons être éminemment expérimentaux, nous devons savoir présenter toujours les mêmes choses, les mêmes buts, avec un langage et des formes différentes, ou au moins, avec une intensité de ton différente. »

On peut affirmer que son amour du clergé était tissé de charité, mais aussi et surtout de dignité et de force morale; en somme le véritable amour formateur.

Le cardinal Montini, dans sa brûlante recherche de col­loque personnel, de perfectionnement et de modernisation, n'a pas non plus négligé ce très vaste monde religieux polyé­drique et polychrome que forment les sœurs.

Il suffira pour le prouver de citer quelques passages du magnifique discours qu'il tint le n février 1961 aux milliers de sœurs qui emplissaient littéralement la cathédrale de Milan avec une variété de couleurs et de robes digne de

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1' « hortus conclusus » biblique, la serre où se pressent mille qualités de fleurs.

Le cardinal leur rappelle en des termes élevés et tout de douceur paternelle leur vocation et leur mission dans l'Église et dans le Monde : « L'Église vous considère encore aujourd'hui comme saint Ambroise considéraient les pre­mières vierges consacrées : « Piae HoHiae Caritatis. » Vous êtes l'image de la pureté dans un monde corrompu et cor­rupteur, vous êtes les filles sans tache; saint Ambroise vous appelait aussi des « anges sur cette terre »; puis il découvre à leurs yeux un horizon immense d'apostolat moderne :

« Quelle est maintenant votre place dans le monde ? J'ai eu la chance de me trouver aux côtés de Pie XII et je me souviens de tous les grands mots qu'il eut pour vous et qu'il faut que vous connaissiez et ayez toujours présents à l'esprit : « II faut appeler les sœurs, il faut que toutes soient « capables de collaborer, même celles qui sont cloîtrées ? « Mais oui, même celles-là! » « Mais ne doivent-elles pas rester derrière les grilles ? » « Derrière les grilles tant qu'elles voudront, mais elles doivent, elles aussi, travailler et colla­borer. » C'est-à-dire : l'Église de Dieu, en la personne de son chef suprême, de son expression la plus autorisée, appelle les religieuses, dont elle a besoin pour un engagement apos-|tolique plus proche de la vie pastorale et du sacerdoce, là |où est la responsabilité et la mission de sauver les âmes. | Vous en étiez à l'éducation, au service des infirmes, à l'école, | à l'hôpital. L'Église vous demande encore plus, mes filles : I vous êtes capables de faire et de donner encore plus, je vous îveux encore plus proches. Je mettrai un peu de désordre P dans vos rangs, je vous placerai par petits groupes ici et là, je vous disséminerai parmi le peuple chrétien, qui a tant besoin de voir ses vierges consacrées dans ce monde profane. Je vous mettrai face à la Société et à la jeunesse, qui n'a plus  l'exemple  des  vertus  intégrales  et des immolations totales. Je vous placerai près de mes paroisses, je vous appel-k lerai près de mes autels, vous peinerez avec moi pour sauver !et sanétifier le monde. C'est là la vocation moderne de la ! religieuse : devenir collaboratrice de l'action pastorale. Vous P êtes appelées vous aussi à sauver les âmes et plus seulement à soigner les corps ou à éduquer les enfants...

« Vous êtes appelées à devenir aujourd'hui les colla­boratrices de cette charité supérieure, vous êtes appelées à perdre tous les privilèges qui peuvent sembler séquestra­tions, égoïsmes et incapacités, pour devenir, tout en conser­vant les prérogatives de votre état religieux, les collabora­trices les plus humbles peut-être, mais les plus dévotes, les plus nécessaires et les plus fécondes dans l'apostolat pastoral de l'Église... Une paroisse moderne ne peut pas se passer des sœurs. Vous devenez encore plus nécessaires aujour­d'hui qu'hier, parce que, dans le passé, il suffisait que vous soyiez disséminées dans les monastères, dans vos couvents; aujourd'hui, vous devez perdre aussi cette commodité et cette tranquillité. Vous serez dispersées au milieu des foules d'ouvriers, de travailleurs, d'employés de ces villes si pro­fanes, et vous deviendrez dans vos petits cloîtres, dans vos petits groupes, le sel de la terre, la lumière du monde, comme le sont les prêtres... Ne refusez pas cette vocation. Je vous parle avec sincérité : la mission indiquée vous causera des soucis infinis car l'apostolat, le service des âmes est sacrifice; il n'est pas commodité; il vous rendra encore plus pauvres qu'avant; il vous rendra capables d'une pauvreté vécue et non plus seulement professée. Il vous mettra en face et à côté de cette humanité si corrompue et qui a tant besoin d'être purifiée et sauvée. Vous vous étiez éloignées du monde du péché et maintenant au contraire vous devez vous en approcher; et vous verrez de près ce qu'est le péché et ce qu'est la malice du monde et quelle est l'œuvre du démon sur les âmes. Vous aurez vous aussi à lutter corps à corps contre cette mystérieuse présence du mal dans le monde. »

Et plus loin : « Comprenez-moi! Comprenez cette moderne vocation de l'état religieux. Et surtout, une recommandation : préparez-vous. Vous l'êtes? Vous ne l'êtes pas! J'exagère peut-être, je le sais, mais songez bien que vous devez vous préparer davantage. Aujourd'hui on définit la préparation par un terme à la mode : la qualification. Il faut se qualifier. Vous devez vous qualifier... Vous devez devenir les meil­leures infirmières, les meilleures institutrices, les meilleures éducatrices; vous devez tenir les oratoires comme vous l'enseignent l'art pastoral de saint Charles et de notre tradi­tion; vous devez vraiment apprendre à vivre avec la jeunesse,

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la diriger, à la divertir, à l'enthousiasmer. Vous devez devenir les préférées de vos filles et non les sœurs tolérées ou à peine respectées. Non! Vous devez être capables de toute cette vivacité, de cette compréhension, de cette pédagogie nouvelle qui doit vous mettre en état d'influencer, d'éduquer, de christianiser le monde. Préparez-vous et sachez bien que tout cela troublera un peu votre programme, vos habitudes... N'ayez pas peur : l'Église de Dieu vous appelle; elle vous aidera, elle sera indulgente, elle vous exaltera; du moment que vous avez tout donné au Seigneur, vous devenez capables de valoriser votre don et votre sacrifice... ».

 

A suivre

 

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