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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 21:58

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Noël 1960 fut un Noël « chaud » sur le plan syndical. Depuis plusieurs semaines, les travailleurs du secteur électro-ménager étaient en grève pour des questions de salaires et de normes. Une grande manifestation avait été décidée pour le matin de Noël, à l'heure même où Montini, devenu cardi­nal, s'apprêtait à adresser son homélie aux fidèles. Il dit, entre autres choses : « le Christ en venant au monde mani­feste des préférences pour certaines catégories d'hommes : ceux qui sont dans le besoin, qui souffrent, qui sont persé­cutés; et Noël nous fait penser à la douleur humaine. Nous ne pouvons oublier en ce jour béni, la souffrance qui existe encore en ce monde. Souffrance à cause du péché humain. Souffrance à cause de l'injustice, de l'égoïsme, de l'hypocri­sie, de la corruption, de l'oppression; souffrances dues à la pauvreté, au manque de pain et de logement, de travail et de sécurité sociale et à la criante injustice de la répartition économique dont tant de gens souffrent encore. Aujour­d'hui même cette célébration nous pousse à nous demander s'il n'y a pas, à côté de nous, des frères chargés de maux, qui souffrent... »

 

Paroles d'humaine compréhension, de participation à des problèmes d'actualité brûlante, qui nous montrent le pasteur Montini sensible aux souffrances de ses fils. Mgr dell'Acqua ne lui avait-il pas dit en prenant congé dans les bureaux de la Secrétairerie d'État, au moment de sa nomination : « les milanais salueront certainement en vous l'archevêque des travailleurs. »

 

Et Montini lui-même au lendemain de son arrivée pro­mettait aux ouvriers de Sesto San Giovanni : « Avec la grâce de Dieu, je ferai tout mon possible pour être l'archevêque des travailleurs. »

 

A Varese, célébrant le dixième anniversaire de la fonda­tion des A. C. L. I., il donna cette consigne : « le pain, le toit, les vêtements, le travail, ne doivent manquer à aucun homme. Faites vôtre cette thèse et que ceux qui ont la possibilité de guider la politique et l'économie consacrent tous leurs efforts à ce qu'il en soit ainsi. »

 

Du reste, dans son discours de présentation à la cathé­drale, il s'était tracé ce programme pour son œuvre pasto­rale : « J'adresse dès maintenant ma bénédiction aux travail­leurs, sachant que mon souci devra être d'inviter ces fronts courbés sur le travail terrestre à se relever au vent de l'esprit; à élever le travail, quel qu'il soit, matériel ou spirituel, aux fins supérieures qui doivent l'informer pour qu'il soit vrai­ment chrétien; mon souci sera donc de coopérer pour qu'au lieu d'un champ de lutte, le travail devienne le terrain de sincères et pacifiques rencontres humaines, conçues comme une véritable collaboration des classes au bien commun; il sera aussi de prêter, là où existent encore souffrance, injus­tice et légitime aspiration à des améliorations sociales, mon soutien franc et solidaire de pasteur et de père. »

 

On évalue à plusieurs centaines le nombre des visites qu'il rendit aux ouvriers et à leurs dirigeants, sur leur lieu de tra­vail. Ces échanges, toujours cordiaux et ouverts contri­buèrent à faire mieux connaître aux travailleurs l'Église dans sa véritable nature, à dissiper les équivoques et à faire renaître un sentiment religieux qui pouvait être depuis longtemps caché ou opprimé par le dur labeur de chaque jour.

 

« Sachez tous que l'Église est avec vous, disait l'archevêque, qu'elle est à côté de ceux qui souffrent et que ce n'est qu'en suivant ses traces que nous pouvons espérer en une civili­sation vraiment nouvelle : un monde qui ne pourra venir de l'incompréhension, mais seulement de la soif de justice qui est à la base du christianisme. »

 

II ne faut pas s'étonner de ce que ces paroles brûlantes et pleines d'une fascination nouvelle pour le monde du travail, aient commencé à préoccuper ceux qui n'avaient aucun intérêt à voir s'écrouler les barrières séculaires qui ont séparé les travailleurs de la compréhension maternelle de l'Église et du salut chrétien; surtout si l'on considérait que ce pâle et sec archevêque prenait les choses au sérieux et qu'il ne se contentait pas de grands mots et de belles phrases, mais menait à fond la lutte pour l'élévation spirituelle et sociale des ouvriers. En 1956, dans la nuit de l'Epiphanie et pour le premier anniversaire de son arrivée à Milan, un groupe de terroristes faisait exploser un puissant engin sur la façade de l'archevêché, du côté où il logeait. Ce geste insensé ne le troubla pas : le lendemain il célébra la messe de l'Epiphanie, pendant laquelle il annonça la Grande Mission dans les cent vingt-cinq paroisses de la ville et partit, aussitôt après, visiter les sans-abri de Senavra, dans la banlieue milanaise.

Cet intérêt de l'archevêque Montini pour le monde du travail, n'est pas dicté seulement par l'évolution historique et par des situations sociales contingentes. Il l'est aussi par une préparation doctrinaire claire et précise et cela est important pour qui veut évaluer son action pastorale au milieu de ces travailleurs qui lui étaient si chers.

 

Devenu pape, il dira aux curés de Rome, en un témoignage ému, qu'il remerciait Dieu de l'avoir ainsi « entraîné au dialogue avec la puissante multitude, presque indéfinissable, presque inaccessible, des protagonistes du monde moderne... les industriels, les cadres de l'économie et ce géant, parfois encore myope et inquiet, l'homme de travail. »

 

« Le travail n'est pas profane disait-il dès 1955 aux membres de l'A. C. L. I. de Milan; il est, à sa manière, une prière et une collaboration à l'œuvre de Dieu; le travail humain est sacré. »

 

II prit entre autres initiatives celle de célébrer une messe pour les exposants de la Foire de Milan afin de montrer que l'Église ne demeure pas étrangère à ce qui est la plus grande manifestation annuelle du travail milanais. En 1956, il disait à ces exposants : « gens du travail, de l'industrie, du com­merce, ouvriers et patrons, citoyens et magistrats, vous accomplissez un grand cycle et vous le couronnez d'une sublime valeur spirituelle. Comme des mineurs qui ont épuisé leur corps et aveuglé leurs yeux pour arracher au sein de la terre ses richesses cachées, vous sortez dans le soleil, le vent et la liberté de l'horizon chrétien. »

 

Et encore : « le travail est grand mais il n'est pas une fin en soi. S'il restait une fin, il serait un joug, un esclavage et un châtiment. Plus haut sera le but proposé, plus fécond, plus joyeux, plus libre et plus sacré sera le travail humain. Ce but doit être le service et l'amour du Père Céleste et la prière filiale à sa paternelle Providence. »

 

Combler le fossé qui s'est créé à l'époque moderne entre le travail et l'Église a été la préoccupation constante, presque obsessionnelle de Mgr Montini. « Je me sens votre ami, je comprends nombre de vos sentiments, disait-il aux travail­leurs de Pirelli en visitant l'usine, je comprends aussi que vous me regardiez avec une question muette; maintenant, je n'ai rien à vous donner, j'ai les mains vides. Mais je sais que, parce que vous travaillez, vous aspirez à quelque chose qui se trouve au delà de la peine, au delà du salaire, au delà de la matière. Vous aspirez à un peu de vie vraie, à un peu de bonheur. Et dans ce domaine, j'ai d'immenses trésors à vous donner : l'espérance, le sentiment de la dignité humaine, d'immenses horizons de lumière; vous avez une âme et moi j'ai des trésors pour cette âme. »

 

Avec ces prémices et dans cet esprit, l'encyclique Mater et Magitra sur « les récents développements de la question sociale, à la lumière de la doctrine chrétienne », ne pouvait qu'être l'objet d'une extraordinaire attention de la part de Mgr Montini; il convoqua le Synode Mineur de 1961 à l'Uni­versité catholique pour en étudier, avec ses prêtres, l'appli­cation pratique.

 

« II faut que nous devenions tous au moins sommairement compétents, disait-il à cette occasion. Comme nous savons expliquer, par exemple, la doctrine des sacrements et de la prière, nous devons aussi expliquer ce chapitre qui vient s'insérer dans la doctrine chrétienne... Il ne suffit pas de faire la charité de l'aumône et des mots, il faut aussi que nous nous occupions de cette charité sociale. Il développait ensuite avec une adhésion précise à la réalité que nous vivons tous les actions à accomplir.

 

C'est justement pour étudier et coordonner cette action qu'il avait déjà institué l'Office Social Pastoral à la Curie, confié à Don César Pagani, car, comme il l'avait dit dès 1955 aux membres de l'A. C. L. I. de Busto Garolfo : « Le temps d'aller au peuple avec de grands mots et des promesses est passé. Il faut lui apporter des faits, avec des lois et des réa­lisations : c'est la méthode que nous devons instaurer. »

 

L'Office Social Pastoral devait se montrer aussi un conseiller vigilant au cours des moments les plus critiques des diffé­rentes grèves qui ont secoué le diocèse milanais.

 

A suivre …

 

Elogofioupiou.com

 

 

 

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