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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 09:02

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

II fut très vite possible de se faire une idée précise de la direction qu'il s'apprêtait à donner à son épiscopat milanais. Le lendemain même de son arrivée, après la messe célébrée dans la basilique patriarcale de Saint Ambroise, il alla visiter les malades pauvres de la policlinique.

 

Le jour suivant, il se rendit à l'hôpital des rachitiques et quarante-huit heures après son entrée dans Milan, il était déjà parmi les ouvriers de la Stalingrad d'Italie, à Sestos San Giovanni, la zone la plus rouge de tout le diocèse.

 

A deux cancéreux qui n'avaient pu assister à son arrivée, il dit, en franchissant le seuil de leur pauvre maison : « je suis venu ici pour vous connaître et vous promettre de parler de vous au Seigneur. » Une photo le montre dans le jardin d'enfants d'une usine, un bébé sur les genoux; il regarde en souriant les autres petits qui jouent, essayant vainement de construire un château avec des cubes de bois colorés. Deux ouvriers observent la scène dans un coin. La personnalité de l'archevêque est toute entière résumée dans ces anecdotes significatives.

 

Écoutons encore don Jean Rossi : « Il a toujours ressenti et largement mis en pratique l'impérieux désir d'approcher les familles les plus nécessiteuses, de visiter les infirmes et de s'agenouiller devant leurs lits, de s'intéresser aux cas les plus pitoyables pour répandre sur tous cet amour du prochain qui est le plus puissant témoignage de l'amour de Dieu. »

 

En même temps, il procédait avec tact et délicatesse, à la réorganisation de sa curie milanaise. On lui a attribué à ce propos, le qualificatif de technocrate. Le vocable pourra déplaire, mais il nous semble magnifiquement approprié. Le nouvel archevêque décida qu'on ne pouvait travailler parmi des meubles vénérables, précieux du point de vue de l'anti­quaire mais aussi peu commodes que fonctionnels. Il fit envoyer au musée les vieux fauteuils et les étagères pleines de vers et se rendit lui-même à la fabrique de meubles de Cantù pour commander des fauteuils de Style suédois avec accoudoirs en métal et des tables de travail en teck. De même, quand il fera construire de nouvelles églises dans tous les quartiers de Milan, il ne se laissera jamais séduire par la tentation, si chère au clergé, du monumental au détriment du fonctionnel.

 

La première année, 1955, fut pratiquement absorbée par la prise de conscience des problèmes spirituels, sociaux et humains de son immense troupeau. Après les hôpitaux, il commença à visiter les grandes usines de la métropole lombarde, puis les paroisses (le diocèse qui s'étend sur quatre provinces en compte plus de mille et la ville à elle seule, cent vingt cinq). Il poursuivit avec la visite de toutes les œuvres d'apostolat catholique d'éducation et d'assistance, éparses dans la ville et le diocèse. Il brûlait d'impatience de prendre un contact, humain avec ce troupeau de plus de trois millions et demi d'âmes : tâche immense, écrasante, doulou­reuse surtout. Souvent on l'entendra dire : « Combien de fois, en traversant cette ville absorbée et tendue dans son travail incessant, nous sommes-nous demandé avec angoisse comment faire parvenir une parole amie à tous ces gens qui nous semblent si éloignés du trésor vital de notre vérité et, en même temps, si unis par des liens de sympathie civile et de fraternité chrétienne! »

 

Ainsi commença à germer en son cœur, dès 1955, le grand projet de la Mission Milanaise qui prendra forme en 1956 (avec le programme de rénovation de la vie spirituelle dans la capitale lombarde) et sera annoncée en 1957.

 

En même temps il eut à faire face au problème aigu du développement religieux de la métropole, entouré d'une banlieue à la croissance vertigineuse, avec de graves questions humaines et spirituelles à affronter sans délai. Il avait déjà expérimenté les responsabilités du gouvernement central, il lui  fallait  maintenant  se  mesurer  avec  les  gigantesques difficultés pastorales d'une ville dans laquelle chaque jour naissent cent enfants,  s'installent   cinquante  immigrés  et s'agite  une  masse  ouvrière  de  centaines  de  milliers  des personnes; masse constituée essentiellement de déracinés que les trains ramassent le matin dans l'hinterland et ramènent le soir à la maison. L'archevêque Montini comprit que les visites pastorales, inventées quatre siècles auparavant par Saint Charles Borromée, n'étaient peut-être plus suffisantes et que leur ancien schéma trahissait un formalisme qu'il fallait vivifier.

Il s'engagea alors dans la lourde tâche de constructeur d'églises neuves et de fondateur d'œuvres d'assistance sociale et de nouveaux centres paroissiaux.

 

Aucune grande ville chrétienne moderne n'a construit autant d'églises neuves que Milan en ces années-là sous l'impulsion de Mgr Montini : 12 en 1955; 10 en 1956; 7 en 1957; 12 en 1958; 14 en 1959; 12 en 1960; 10 en 1961 et enfin de 1962 à aujourd'hui les 20 églises du Concile pour rappeler les vingt Conciles Œcuméniques de l'Église catholique.

 

Depuis le dramatique message de 1955 sur les nouveaux temples de la banlieue jusqu'à l'annonce de la construction des églises du Concile en passant par les appels continuels adressés aux fidèles pour leur rappeler leur responsabilité chrétienne, on assista à toute une série d'initiatives visant à donner à la banlieue les édifices sacrés capables de permettre à la popu­lation milanaise de conserver inaltéré le dépôt de la foi.

 

Environ cent paroisses furent ainsi érigées canoniquement : chiffre énorme qui rapproche l'archevêque Montini, de Saint Charles Borromée. Il fut pour les nouvelles églises le crieur public le plus persuadé et le plus persuasif, allant jusqu'à offrir son anneau pastoral et sa croix; il en suivit les dossiers dans leurs pérégrinations bureaucratiques et s'em­ploya à faire ériger des baraques ou des chapelles domestiques partout où il n'était pas possible de construire une église.

 

Un jour qu'il revenait de la zone de Giambellino, il fut frappé par la construction continuelle de nouveaux bâtiments d'habitation, sans aucune présence du sacré. « Est-il possible — se demanda-t-il — que les hommes d'aujourd'hui ne se préoccupent plus de Dieu ? » Rentré à l'Évêché avec ce lourd souci, il convoqua les responsables du Comité des Nouveaux Temples et, en leur compagnie, examina le problème. C'eSt ainsi que fut bâtie l'église du Saint Curé d'Ars, grâce à des dons provenant exclusivement des prêtres diocésains, à commencer par le pape Jean XXIII, qui offrit cinq millions, et par Montini lui-même qui donna le cœur du temple : l'autel.

 

Les milanais de toutes catégories sociales répondirent avec la plus grande générosité au pressant appel de leur arche­vêque et l'on assista à une spectaculaire floraison d'églises et d'œuvres paroissiales.

Mais la construction matérielle d'églises, même fonction­nelles et modernes, ne pouvait à elle seule opérer la péné­tration et la transformation des cœurs et des consciences auxquelles tendait le Pasteur de Milan.

 

C'est pourquoi son zèle apostolique l'amena à créer les organismes modernes et bien équipés, indispensables à une action efficace et opportune. Citons la création d'un Bureau d'Études de l'Archidiocèse destiné à préparer une évangélisation moderne et efficace au moyen d'éditions de catéchèse et de liturgie; l'institution d'un Office Social Pastoral pour l'étude et la résolution des problèmes de l'immigration croissante; l'Office d'Assistance Sociale, très moderne, dans les locaux mêmes de l'Archevêché;  L'Association pour l'assistance immédiate aux libérés de prison, regroupés dans des instituts spéciaux jusqu'au jour de leur réinsertion dans la société grâce à une situation stable et digne; les contacts avec le monde du travail à tous les échelons (dont nous parlerons plus avant); le renforcement de la presse diocésaine à laquelle s'ajouta, sur l'initiative personnelle de l'archevêque, la nouvelle revue Diocèse de Milan ; la collaboration et l'assistance aux œuvres culturelles les plus variées, avec la fondation récente de l'Académie Saint Charles que le pape Jean XXIII loua sur son lit de mort, la considérant comme la réalisation d'un rêve qu'il avait longuement caressé; l'extension des œuvres mission­naires et en particulier la réalisation originale de la mission de Kariba (Rhodésie du Sud), instituée avec des prêtres, des religieuses et des moyens financiers provenant exclusivement des diocèses de Milan et de Lodi; partie pour assister les corporations italiennes engagées dans la construction du grand barrage local, la mission resta sur place pour y pour­suivre une œuvre permanente d'évangélisation; soutenue par l'archevêché, elle obtint des résultats tels que l'initiative fut renouvelée : la seconde mission installée à Chirundu, toujours en Rhodésie du Sud, reçut la visite de Mgr Montini lors d'un mémorable voyage dont nous reparlerons.

 

A suivre

 

Elogofioupiou.com

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