Malheur à l'homme qui ne sait pas abriter sa vie dans le Cœur de son Dieu, et s'affermir dans la si douce espérance de se reposer un jour au milieu de ses enfants !
Cependant, la vie est si courte !... et l'heure qui la termine peut sonner au moment le moins prévu !... Un ciel pour héritage et une éternité de bonheur !... et tout cela peut être jugé sans appel dans quelques jours, peut-être demain, peut-être avant que nous reprenions le sommeil de la nuit ou durant le calme même de ce sommeil...
Et malgré ces vérités qui ne sauraient passer comme les futiles frivolités de la vie, toujours le bandeau sur les yeux, nous n'en laissons pas moins notre regard s'attacher sur les changeantes folies de ce terrestre horizon, et nous oublions la seule et unique chose nécessaire en ce monde.
Si vos miséricordes, ô mon Dieu, sont si patientes, si multipliées, si infatigables dans cette vie, que vos jugements sont donc épouvantables dans l'autre ! Que vos justices y sont terribles à qui veut y penser sérieusement !
Mais, Seigneur, dans ces jours de colère vous ne brisez point ceux qui auront observé vos commandements et vécu dans votre amour. Ceux-là ne chercheront point à se cacher dans les entrailles de la terre pour se soustraire à votre regard. Ils espéreront dans vos promesses, ils se confieront amoureusement dans vos bontés. Bannis tandis qu'ils étaient sur la terre, n'ayant toujours soupiré que pour la patrie, ils feront éclater leurs transports en abordant à ses rivages ; athlètes courageux, après s'être fatigués dans l'arène, ils tressailliront en voyant luire le grand jour du repos.
Oui, l'éternité est à vous, ô mon Dieu ! Mais vous l'avez promise à vos élus, pour vous y aimer encore et vous y aimer sans crainte de vous y perdre. Ce sera pour vos enfants le jour de la grande Pâque, le grand passage de l'esclavage à la liberté. Alors, les mépris du méchant, les dédains du voluptueux, les mille séductions du monde, et les poignantes tribulations de l'exil, tout sera fini, tout aura passé... il n'y aura plus que paix et amour...
O Jérusalem Céleste, ô cité magnifique, terre promise des élus, quand verrai-je sur les collines des cieux se déployer tes murailles ! Quand m'apparaîtront tes remparts de jaspe et d'or renfermant toute une création de chefs-d'œuvre et de merveilles, tout ce que le Dieu du ciel a pu réunir de plus digne de sa majesté glorifiée, tout ce qu'aura pu inventer sa toute-puissance inspirée par son amour pour compléter le bonheur de ses élus !
Oh ! Qu'il fera bon alors avoir souffert, avoir combattu, avoir travaillé ! Alors, plus de crainte, la cité de Dieu est une cité inexpugnable. Plus d'inquiétudes pour l'avenir. L'avenir des élus, c'est l'immuable éternité, c'est l'éternité de Dieu même, l'éternité de sa joie, l'éternité de sa paix.
Oh ! Chante maintenant, ô Peuple prédestiné, chante les cantiques de Sion, chante avec les anges la gloire de ton Dieu ! Fais éclater avec eux tes hymnes éternels d'actions de grâces et d'amour. Il n'y aura plus désormais qu'une union sans nuages entre ton cœur et celui que tu appelles ton Jésus, ton bien-aimé et ton tout.
Oui, Seigneur, les hommes reconnaîtront bien alors que vous ne les aurez pas trompés, lorsque vous leur aviez dit dans le temps : Bienheureux les persécutés, les affligés et les pauvres, car dans l'éternité votre propre héritage sera devenu le leur ; ils partageront votre royaume, et toutes ses splendeurs seront devenues la récompense de l'homme résigné aux souffrances de cette vie. Oh ! Que Dieu sera riche alors, qu'il sera libéral et magnifique pour payer à ses élus leur faim de justice et leur soif d'amour divin, leurs persécutions, leurs épreuves et leurs combats !
Qu'heureux, mille fois heureux, ceux qui s'endormiront dans la paix de Dieu pour se réveiller les convives du banquet des félicités éternelles !
0 mon Dieu, faites-moi donc marcher dans cette vie à travers le feu des épreuves, mais soutenez-moi, soutenez-moi jusqu'à l'éternité, parce que je veux vous voir dans votre gloire ; tout mon désir est que vous soyez éternellement mon allégresse, ma possession, mon unique richesse et toute ma récompense.
O éternité bienheureuse, aujourd'hui, demain peut-être encore, la souffrance, les privations et les peines, mais ensuite, plus rien que ton repos, que ton bonheur, que tes inexprimables félicités...
H. lebon.
Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)
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