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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 11:00

Prenons nos croix, portons-les sans rougir puisque la Croix nous procurera un jour le bonheur de voir Dieu;

Le comprendre et de L'aimer.

Portons la Croix!

Il y a des croix partout.

Le bonheur d'aimer la Croix nous procure, dès cette vie, une délicieuse attente de bonheur de voir et de posséder Dieu. »

Paroles de Saint Grégoire -19 août 1878

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 20:34

D'après le témoignage de saint Augustin, de saint Thomas et de toute la théologie catholique, il ne pouvait y avoir, pour guérir notre misère, de moyen plus convenable que la passion et la mort de Jésus-Christ. De là il est permis de conclure qu'entre toutes les dévo­tions, la plus rationnelle et la plus auto­risée est celle qui se rapporte à cette passion et à cette mort de notre Sauveur.

Nous nous permettrons ici de donner quelques conseils aux âmes pieuses en leur rappelant des pratiques, hélas trop oubliées dans notre vie chrétienne. Les unes regardent le culte du crucifix en particulier ; les autres embrassent le culte de toutes les souffrances de Jésus-Christ.

***

1. Le chrétien doit avoir jour et nuit sur sa poitrine un petit crucifix. Il ne manque pas de personnes pieuses qui portent plusieurs scapulaires et plusieurs médailles. Évidemment nous ne sau­rions les en blâmer ; mais il serait pour le moins étrange qu'elles eussent tout cela, excepté le premier des objets de la piété chrétienne.

2. Il faut placer dans la chambre que l'on occupe plus particulièrement un grand crucifix bien visible pour les yeux, même aux heures d'une demi obscurité. La négligence à cet égard serait, à elle seule, la preuve que l'on ne comprend pas tout ce qu'il y a de fécond dans cette pratique. On ressemblerait alors à ceux qui possèdent dans leur bibliothèque tous les livres de piété excepté l'Évan­gile. Ce grand Christ prête à l'âme un secours efficace. Il ramène le souvenir de la présence de Dieu : il facilite admi­rablement nos oraisons jaculatoires. On fait monter vers lui les soupirs que pro­voque la disposition du moment ; on lui demande, par un regard, par un mot, de retremper le courage, de redresser l'in­tention et de bénir le travail…

3. Le chrétien trouvera un avantage signalé à préparer ses confessions sacra­mentelles au pied d'un crucifix. Où pour­rait-il être mieux pour sonder les plaies de son âme, et pour conserver à la con­trition son double caractère, celui de la douleur, et celui du ferme propos? Nous devrons peut-être à cette pieuse pratique, fréquentant toujours le saint Tribunal, de n'en abuser jamais.

4. Ce qui n'est pas moins salutaire, c'est de faire à genoux, devant le crucifix, la revue des paroles et des actes de la journée. Cet exercice doit affecter la forme d'une préparation à la mort. On le termine en récitant, les bras étendus, l'acte de contrition et en baisant les pieds de la sainte image. Heureux ceux qui font ainsi : ils ne seront point surpris par la mort.

5. Il importe encore de recourir au crucifix, au moment de la tentation, dans les heures de tristesse et de décou­ragement, et quand il s'agit de prendre une détermination grave...

Les âmes ferventes pourront donner à ce culte des proportions plus larges ; car, à leurs tendresses, le crucifix répondra toujours par des tendresses surabon­dantes. Qu'il nous suffise à nous, dont la piété est moins ardente, de mettre en pratique les conseils qui précèdent. Nous avons à éviter l'exaltation aussi bien que l'exagération qui en serait la suite. L'une et l'autre ruineraient notre culte pieux en usant notre crucifix. Si nous versons trop rarement au pied de notre Christ les larmes d'un saint amour, n'employons pas la contrainte pour les tirer de nos yeux. Tournons-nous vers lui simple­ment et non d'un regard qui force sa flamme. « Beaucoup de personnes met­tent toute leur dévotion, qui dans les livres, qui dans les images, qui dans les signes extérieurs » (Imitation de J.-C., 1. III, ch. IV). Ne soyons pas de ce nombre.

Dans les pratiques de piété, cherchons le principe qui seul peut nous rendre meilleurs ; et, sous les figures, sachons trouver l'esprit et la vie.

***

Le crucifix est cette image sensible qui d'abord reproduit pour nous la der­nière heure de Jésus-Christ au Calvaire, et qui nous ramène ensuite à toute sa Passion. Aussi notre dévotion, partant de la croix, doit embrasser dans son mouvement l'universalité des souffrances du Sauveur. Tout exercice religieux fai­sant mémoire de Jésus souffrant ré­clame sa place dans nos habitudes chré­tiennes. Voici donc ce que nous nous permettons d'indiquer succinctement et de recommander aux fidèles.

1. Le signe de la croix. Nos pères dans le christianisme, ainsi que l'his­toire le témoigne, le traçaient sur eux plus souvent et plus religieusement que nous. Il rappelle le mystère de notre rédemption dans sa nature et dans sa forme ; il nous est un Credo, une pro­fession de foi, un gage de victoire dans les tentations, un moyen de sanctifica­tion pour nos œuvres, quand nos œuvres commencent et finissent par lui...

2. Le Chemin de la Croix. Saint exer­cice, hélas trop méconnu du plus grand nombre. Les hommes l'abandonnent à quelques femmes pieuses, et ils ont bien tort. En s'y livrant eux-mêmes, ils trou­veraient le secret d'une plus grande viri­lité dans leurs œuvres. Suivant Jésus-Christ pas à pas du prétoire au sépulcre, nous reconnaissons notre propre vie, dans les circonstances douloureuses qui la composent, et dans le principe qui la sanctifie. A chaque station on renouvelle sa science chrétienne, et le courage pour porter la croix. On recueille des indul­gences précieuses pour soi, et pour les chers absents. Nous conseillons donc à tout bon chrétien de faire l'exercice du Chemin de la Croix, chaque semaine, le vendredi, jour mémorable, qui parle si bien à notre reconnaissance.

3. L'heure sainte. On appelle ainsi l'instant que des personnes pieuses pas­sent en prière, dans la nuit du jeudi au vendredi. Elles font mémoire de ces heures douloureuses, pendant lesquelles Jésus fut livré à toutes les insultes de la cohorte ; elles l'adorent couvert du man­teau de dérision, portant le roseau dans ses mains et le bandeau sur ses yeux, gardant le silence. Heure vraiment sainte, à cause de l'amende honorable dont on la remplit, à cause des grâces qu'on en re­tire.

4. La méditation, empruntant son sujet aux souffrances diverses de Jésus-Christ. La prière mentale, si elle est bien inspirée, sortira rarement de la Passion. Elle doit en faire son élément habituel. Saint Jean Chrysostome a dit que « en chaque syllabe de l'Évangile on pourrait décou­vrir des abîmes » ; il en est de même de chaque circonstance de la Passion ; elle livre à toute âme qui s'y applique des révélations inattendues, et renouvelle sans cesse la bienfaisante chaleur de la prière. Plusieurs se découragent au bout d'un temps, et quittent l'oraison, sous prétexte qu'ils n'y ont pas d'aptitude et que leur esprit ne sait se plier à aucune méthode. Qu'ils interrogent la Passion, qu'ils re­gardent toujours la croix ; là se trouve le sujet d'une méditation qui ne lasse jamais ; là est la méthode qui convient à tous les esprits et à tous les cœurs.

5. La lecture de la Passion, dans le récit des quatre évangélistes. Cette pra­tique est importante. Il ne manque pas de chrétiens, à qui la lecture de l'Évangile est étrangère. Aussi, chose lamenta­ble, ils n'ont qu'une connaissance vague de ce qui a rempli les deux derniers jours de la vie du Sauveur. Ils seraient incapables de donner à l'histoire de ses douleurs la suite et l'enchaînement qui résultent d'une étude réfléchie. A cette lecture, il faut joindre celle des bons livres, qui expliquent le texte de l'Évan­gile, y ajoutent des considérations ins­tructives et suggèrent les applications pratiques.

6. La sanctification du Carême. L'étude religieuse dont nous parlons est pour tous les temps ; mais elle s'impose plus particulièrement à l'époque quadragésimale. Autrefois les chrétiens se renou­velaient chaque année dans le culte de Jésus-Christ crucifié, par des prières plus nombreuses et plus ferventes, ac­compagnées de jeûnes et de veilles. Hélas ! Nous ne jeûnons presque plus ; et si nous veillons, c'est plus pour le plaisir que pour la pénitence. Que le Carême au moins nous remette sur la trace du sang de Jésus. Tout ne sera pas perdu pour la mortification, si nous sommes fidèles au culte de ses souffrances. Ce que nous aurons négligé à cet égard pendant le cours de l'année, reprenons-le dans ces quarante jours, que l'Église recommande avec tant de sollicitude à notre piété.

Surtout que la Semaine sainte triomphe de nos négligences et captive nos cœurs. Ayons ce livre, qui nous en donne les admirables offices ; ce livre, familier à nos pères, et qui, malheureusement, tend aussi à disparaître parmi nous. On y retrouve les Psaumes de David, si bien choisis pour la circonstance ; les Lamen­tations de Jérémie, qui toujours nous émeuvent ; les Leçons des saints Pères qui ravivent notre foi.

7. Le saint sacrifice de la Messe. Le crucifix n'est qu'une image, qui résume la passion et la mort de Jésus-Christ ; mais le saint Sacrifice est une réalité qui les reproduit tout entières, quoique d'une façon non sanglante. Les maîtres de la vie spirituelle ont donc raison d'avancer que la sainte Messe est à la religion ce que le soleil est à la nature : elle nous donne tout Jésus-Christ, Victime, Pon­tife et Rédempteur.

Les personnes pieuses, qui ont l'habi­tude du Sacrifice de la Messe ne doivent-elles pas étudier et réformer peut-être leur méthode? Qu'on lise ou qu'on prie, il n'y a de réelle et féconde participation aux « redoutables mystères »; qu'en s'unis­sant au prêtre et par lui à Jésus-Christ, et en s'appliquant les mérites infinis de son sang répandu.

A cette fin, il est utile que les fidèles aient quelques notions sur les parties dont se compose le saint Sacrifice, sur la signification de ses cérémonies, sur les prières liturgiques.

Chrétien, notre frère, pour l'amour de Jésus et de votre âme, nous vous conju­rons de ne pas négliger ces conseils.

Imitez le pieux saint Bernard : « Du jour, dit-il, où j'ai renoncé au monde, connaissant que je n'avais pas de mérites personnels pour les offrir à Dieu, j'ai parcouru tous les mystères de la Passion du Sauveur, ses douleurs, ses opprobres, ses amertumes ; j'en ai fait un bouquet sacré que je porte sur mon cœur : j'y trouve le parfum et la leçon de ma vie. » Hoc fac et vives.

Extrait de : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925)

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 19:21

On entend par véritable point de vue la limite conve­nable, nécessaire, sur laquelle on doit se placer pour apercevoir les objets tels qu'ils sont et pour bien les juger.

Cette règle ne s'applique pas seulement à tous les objets de la nature, à la science et aux arts ; elle convient aussi, dans le plan religieux, à tout ce qui concerne les vérités de la foi. Un mot d'abord sur les objets naturels. Vous prenez en main un télescope ; la première opération que vous faites, c'est d'étudier avec soin ce qu'on appelle le véritable point de vue, c'est-à-dire le point le plus propre à découvrir et à observer attentivement l'astre qui vous occupe.

Vous regardez, à l'œil nu, une tour qui se montre dans le lointain, et vous ]a jugez ronde. Vous vous trompez, c'est que vous êtes trop loin ; votre œil n'a pas assez de puissance pour saisir la dimension et les angles de cette tour. Mais rapprochez-vous jusqu'à ce que vous ayez atteint le vérita­ble point de vue, alors la tour vous apparaîtra ce qu'elle est en effet, une tour carrée.

Tous les objets d'art, en peinture, en sculpture, en archi­tecture, exigent également le point de vue dont nous parlons, pour être justement appréciés. Ainsi en est-il de ce qui a rapport à la religion, mais en se conformant néanmoins à l'or­dre établi par la Providence. Cet ordre, le voici :

Le monde matériel a été donné en spectacle à vos re­gards.

Le monde purement intellectuel est du domaine de notre esprit.

Et c'est au cœur qu'il appartient de connaître et d'ex­plorer le monde surnaturel et divin.

Avec cette différence que l'œil de l'homme n'aperçoit les objets extérieurs qu'à l'aide de la clarté du jour.

L'esprit de l'homme a besoin, pour pénétrer dans les sciences, d'être guidé par les lumières de la raison.

Et le cœur de l'homme ne peut connaître les choses supé­rieures, s'il n'est éclairé des lumières de la foi.

Nous disons le cœur et non pas l'esprit, car c'est par le cœur qu'on croit véritablement, dit l'apôtre saint Paul dans son épître aux Romains.

Et de même que les beautés de la création échappent à l'organe de notre vue, si cet organe est vicié ou malade ; de même qu'il est impossible de sonder les profondeurs de la science, si l'on n'a qu'une intelligence bornée et rétrécie; ainsi est-il impossible que le cœur puisse s'élever à la connais­sance des objets divins, si ce cœur n'est pas sain, pur, libre, dégagé de tout ce qui pourrait détruire ou diminuer en lui l'influence de la lumière divine.

La pureté du cœur, voilà donc le véritable point de vue pour étudier le monde surnaturel. Voilà la condition essen­tielle, indispensable, pour entrer en communication avec Dieu.

Chose admirable et touchante tout à la fois ! Il n'est pas nécessaire d'avoir de la science, des talents pour connaître et pour aimer Dieu ; combien de gens qui auraient été privés de cette connaissance et de cet amour s'il avait fallu cela ! Il suffit d'avoir un cœur, et plus ce cœur se purifie, plus il connaît les perfections de Dieu et plus il l'aime.

Qu'on soit sur la terre ou dans le ciel, c'est toujours la pureté du cœur qui nous met en possession de la science divine.

La pureté du cœur est le vrai thermomètre spirituel. On se rapproche ou l'on s'éloigne de Dieu, à proportion que cette pureté augmente ou diminue en nous.

Sur la terre la pureté commencée, et par conséquent encore bien imparfaite, ne voit Dieu qu'à travers un voile et comme dans un miroir. Dans le ciel, la pureté consommée voit Dieu face à face, tel qu'il est. Ce sont les divers degrés de pureté qui établissent les divers degrés de hiérarchie dans la cité céleste.

Ainsi s'accomplit la sublime parole de Jésus-Christ sur la montagne : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu !

On s'étonne quelquefois de rencontrer des hommes éclai­rés, instruits, des hommes qui jouissent d'une certaine ré­putation dans le monde, et qui cependant demeurent étran­gers aux croyances et aux pratiques religieuses.

La raison en est toute simple, et se déduit naturellement des principes que nous venons d'établir : c'est que ces mêmes hommes ne remplissent pas les conditions voulues ; ils n'entrent pas dans la voie que la sagesse divine elle-même nous a tracée. Au lieu de baisser la tête et d'accepter hum­blement les révélations de la foi, ils se renferment dans leurs propres idées, et ne consultent que la raison humaine qu'ils regardent comme un oracle.

Mais il ne s'agit pas ici de raisonnement ni de science humaine. La foi de l'humble charbonnier qui croit sans raisonner, est mille fois préférable à la science de l'orgueilleux penseur qui raisonne pour ne pas croire. Dieu n'a pas voulu soumet­tre les vérités de la foi à notre esprit ; il ne nous demande pas des explications, il nous commande de croire.

Vous voudriez arriver à la foi à force de raisonnements, vous vous trompez.

Que penseriez-vous d'un homme qui, en plein midi, à l'heure où l'astre du jour inonde la création des flots de sa lumière, entrerait dans sa chambre dont il fermerait avec soin la porte et les fenêtres, et là, à la lueur d'une petite lampe s'occuperait à calculer la grandeur du soleil, sa hauteur, son éloignement de la terre: cet homme, à force de calculs et de raisonnements, parviendrait-il à jouir de la lumière du soleil ?...

Philosophes, savants du siècle, vous êtes cet homme dont nous parlons. La petite lampe, c'est la raison humaine ; le grand soleil qui éclaire le monde, c'est la foi. Cette lumière \divine luit dans les ténèbres; et les ténèbres ne l'ont point comprise. Voulez-vous en jouir ? Ce ne sont pas des raisonne-ments que Dieu vous demande, mais des sacrifices. Éteignez (votre petite lampe qui vous est inutile en ce moment ; laissez-là toutes les subtilités de l'esprit qui ne vous servent de rien ; ouvrez, ouvrez largement la porte de votre cœur au rayon divin en écartant soigneusement tout ce qui pourrait mettre obstacle à son influence, nous voulons dire les mauvaises passions et l'habitude du vice. Alors la foi vous illuminera, elle vous consolera, elle vous fortifiera, et tant que votre cœur restera pur, vous goûterez et vous verrez combien le Seigneur \est bon de vous avoir fait chrétien.

L'abbé layet.

Extrait de Lectures Méditées (1933)

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 04:48

Saint Paul me dit encore que Dieu sauve « ceux qui sont conformes à l'image de son Fils » (Épitre aux Rom., VIII, 29.). Or, c'est ce Fils ado­rable et bon qui entreprend ce grand travail de la conformité ; et, dans ce but, il emploie deux moyens : ma douleur et la sienne. A chaque souffrance qui me visite, à chaque goutte du calice amer, je m'étonne et je dis : Pourquoi ? Et faut-il que je sois ignorant à ce point ! La souffrance m'est envoyée, pour que je Lui devienne conforme; et la souf­france continue à m'être envoyée, pour que je lui sois conforme jusqu'à mon dernier jour. Si jésus imprime en moi ses stigmates, il a bien son but : c'est pour préparer un jugement qui se pro­nonce en raison de la conformité avec le modèle, cette grande loi des âmes chrétiennes. Ici, deux choses sont né­cessaires : la souffrance envoyée de Dieu ; la patience, fruit de mon amour et de ma bonne volonté.

Parce que je souffre, je me rapproche de jésus-christ : parce que je souffre patiemment, je m'iden­tifie avec lui.

Cette doctrine, l'Apôtre l'établit en deux mots qui se passent de commentaire : « La tribulation pro­duit la patience et la patience produit l'épreuve » (Épître aux Rom., V, 3 et 4), cette bonne épreuve qui permet d'aller sans crainte au jugement.

Je commence donc à découvrir l'in­dustrie de l'amour du Sauveur, pour nos morts et pour nos jugements. Partons sans peur, car, au terrible tribunal, nous l'entendrons, disant : les voici, ô Père ; comme moi ils ont souffert ; à mon exem­ple et par la vertu de ma croix, ils ont été patients ; sauvez-les, « parce qu'ils me sont conformes ».

Quelles que soient les craintes que je confie au crucifix, il y répond par un mot d'espoir qui me pénètre : « Aujour­d'hui tu seras avec moi en paradis. »

Suis-je présomptueux, en disputant au bon larron le jugement favorable que prononce pour lui jésus du haut de sa croix ? Non, car ce jugement, le coupable le dut à son repentir. Or, un repentir qui mérite le ciel ne peut venir que de jésus. Et pourquoi penser qu'il me le refusera ? Ce que je puis dire de plus pratique touchant le crucifix, le voici : Je le regarderais cent fois pieusement que cent fois il me donnerait de produire cet acte d'amour, qui a sauvé le larron sur la croix.

Le crucifix me rappelle encore cette parole du Calvaire : « Mon Père, par­donnez-leur... » jésus-christ a donc prié pour mon âme et pour mon salut. La veille de sa mort, il avait déjà répandu toute la charité de son cœur dans la plus sublime de toutes les prières : « Père saint, conservez en mon nom ceux que vous m'avez donnés, pour qu'ils soient un, comme nous le sommes... Préservez-les du mal... Sanctifiez-les dans la vérité... Je vous prie non seulement pour eux, mais pour tous ceux qui, à leur parole, croiront en moi...

Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux qu'ils soient avec moi, là où je suis moi-même » (S. Jean, XVII). Or, quand jésus-christ prie, « il est toujours exaucé à cause de sa dignité ». O saintes prières du Sauveur, prières de sa vie cachée et de sa vie publique, prières de la Cène et du Calvaire, prières du tabernacle et du ciel, elles sont toutes efficaces et toutes pour moi : en fixant en elles mon espoir, je ne serai pas con­fondu.

Je ne puis omettre une dernière assu­rance que me renouvelle le crucifix. « Ecce Mater tua, voici ta mère... » Par ce testament du Calvaire, Marie est éta­blie l'avocate des pécheurs et la porte du ciel. Son culte devient donc, pour ceux qui le pratiquent, un signe de prédesti­nation bienheureuse. Qui m'empêche de jeter dans son cœur maternel toutes mes anxiétés, et de traiter avec elle la ques­tion du jugement ? Comme l'Église a bien compris ce port du salut ouvert à tous ses enfants, puisqu'elle leur fait ré­péter dans une supplication universelle :

« ... Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ! » Plus je médite sur mon jugement, au pied de la croix, plus la croix fait luire jusqu'en mon cœur le rayon d'espoir, et affermit mon courage pour l'heure qui s'avance. Un jour que mes regards al­laient du crucifix à l'autel, le tabernacle me donna aussi sa parole de garantie, pour le succès du dernier voyage. Je la savais déjà ; mais il plut au Seigneur de me la faire goûter dans les apaisements qu'elle apporte aux heureux habitués de la table eucharistique. « Je suis le pain vivant, descendu du ciel ; celui qui mange ce pain vivra éternellement... Il ne mourra pas... Je le ressusciterai au dernier jour. »

Et maintenant, ô mon frère, êtes-vous satisfait du crucifix et craindrez-vous toujours ? Oui, craignons comme avant, mais espérons mille fois plus qu'avant.

Craignons, car la crainte chrétienne, par les œuvres qu'elle nous fait accomplir, augmente les motifs que nous aurons un jour de tout espérer. Le ciel est une assez belle conquête pour que nous puissions l'acheter au prix de quelque effroi.

En terminant ces réflexions, jetons-nous ensemble au pied du crucifix et disons : Seigneur, mort en croix pour nos âmes, accordez-nous la plus grande grâce de repentir que vous ayez jamais donnée à un pécheur avant de mourir. Amen!

Extrait de : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925)

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:49

Chapitre III

La maladie, la mort, le jugement ! Trois termes auxquels on ne saurait échap­per : le premier est douloureux, le second est effrayant, le troisième est formidable. Post hoc autem judicium.

On peut, à la suite des années, et grâce à l'expérience acquise, concevoir des dégoûts salutaires de la vie. Tout ce qui nous a souri sur la route n'avait-il pas le caractère de la fragilité et souvent de l'erreur? Ne sommes-nous pas déjà les survivants de tout ce qui nous a aimés? Le bien désiré n'est pas venu ; le mal redouté a dépassé nos prévisions. La vie qui se prolonge n'améliore pas toujours la vie. Mourons donc ; car « nous ne sommes pas meilleurs que nos pères » (IIIe L. des Rois, XIX 4). Mais, par un mouvement contraire, si avec les années et l'expérience l'amour de la vie diminue, la crainte du jugement augmente. C'est excusable à la jeunesse de ne rien craindre, pas même un juge, c'est-à-dire de n'y point penser. Quand on arrive à cet âge où le chrétien se prend à peser dans sa main l'emploi qu'il a fait du temps ; quand il accumule d'une part les grâces reçues, les pardons cent fois répétés, des communions assez nom­breuses pour composer plusieurs ciboires pleins d'hosties ; et d'autre part, les réso­lutions négligées, les habitudes toujours vivaces, les chutes et les rechutes, quelles raisons fondées n'a-t-il pas d'appréhender ce qui suit la mort ? Qu'en adviendra-t-il de moi? Pour résoudre la question, je me jette dans l'Évangile, et l'Évangile me reçoit d'abord avec un faisceau de paraboles et de menaces qui rendent ma crainte aussi profonde que surnaturelle. Les menaces ! « Malheur à toi, Corozaïn, et à toi, Bethsaïde ; car si les pro­diges opérés chez vous eussent été opérés dans Tyr et Sidon, Tyr et Sidon au­raient fait pénitence dans la cendre et le cilice : Aussi je vous le dis, ces deux villes, au jour du jugement, seront trai­tées plus favorablement que vous » (Saint Matthieu, XI, 21 et 22) Même parallèle entre Capharnaùm et la terre de Sodome, et même déclaration.

Dirai-je que ceci regarde tel publicain et non pas moi ?...

« Malheur à vous, riches, qui avez votre consolation en ce monde !» — « On redemandera beaucoup à celui à qui on aura beaucoup donné. » — « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » (Saint Luc, XII et XIII.). Voilà qui me regarde ; j'ai beaucoup reçu, j'ai peu fait de pénitence. Impossible de taxer l'Évangile de trop de sévérité.

Les paraboles ! Elles se dressent aussi devant moi et chacune me donne le mot qui me convient. Ai-je oublié ce qui arrive au serviteur qui a veillé pendant la nuit, attendant le retour de son maître, et ce qui arrive à celui qui n'a pas veillé ? (Saint Luc, XII ).

— N'y a-t-il donc rien pour moi dans cette distribution de talents divers, ren­dus féconds par les uns, enfouis par les autres, et dans le jugement équitable qui termine la parabole ? (Saint Luc, XX).

— Le père de famille appelle son éco­nome infidèle et lui dit : Rends compte de ton administration. Mon Dieu, le père de famille, c'est vous ; l'économe trop infidèle, c'est moi ; et entre vous et moi, le jugement un jour !...

— Ainsi se par­lait un mauvais riche : « Tu as des biens en réserve pour de longues années : re­pose-toi, mange, bois, fais bonne chère. » Et Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit-là même on te redemandera ton âme » (Saint Luc, XII.). Et l'insensé, c'est moi, me fixant en cette terre, comme si je ne devais jamais la quitter. Dieu s'apprête à m'en faire sor­tir, et me redemande mon âme et la vie.

— Voici que la salle du festin s'est rem­plie de convives, quoique à grande peine ; le roi apparaît au milieu, et, remarquant un homme, il lui dit : « Mon ami, com­ment êtes-vous entré ici, non revêtu de la robe nuptiale ? » Et l'homme se prit à trembler. Et le roi dit à ses ministres : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres extérieures ; là il y aura pleurs et grincements de dents » (Saint Matthieu, XXII, 13.10).

Encore ma personne dans la parabole ! Il me semble que je suis cet homme qui, inter­rogé, se prend à trembler sous le regard du grand Roi. Jetez-le !... Mais non, pitié, mon Dieu, selon l'étendue de votre mi­séricorde ! La salle de l'éternel festin n'est pas encore ouverte pour moi ; si je le veux, j'ai le temps de revêtir la robe nuptiale.

— Et les vierges, allant au-devant de l'époux, et la voix criant, de la maison fermée, aux imprudentes qui vont chercher l'huile pour leurs lampes, quand il est trop tard : Nescio vos, je ne vous connais pas ! Si j'étais de cette foule des tièdes et des indifférents ; si la sentence était pour moi : Je ne vous con­nais pas !...

Faut-il fermer le livre, parce que ma crainte augmente à toutes les pages ? Non ; ces pages me captivent et m'instruisent.

Quand j'ai lu longtemps, et que j'ai accumulé les avertissements, les menaces, les paraboles, j'ai encore deux mots pour tout terminer, deux mots qui me préci­pitent à genoux, le front dans la pous­sière : lie maledidi!... — Venite, benedicti Patris mei!... Me voilà au point culminant de mes terreurs ; mais c'est là aussi que le crucifix m'apparaît. Il n'y a pas de parole si terrible de l'Évangile, que la croix ne couvre de son onction, remplissant le cœur d'une con­fiance égale à la crainte. Petit nombre des élus ! Me disent les uns. Grand nom­bre des élus ! Me disent les autres. Et qu'importe qu'ils me parlent ainsi? Le nombre des élus serait encore plus petit que je pourrais en être ; il serait encore plus grand que je pourrais n'en être pas. Le crucifix ne me dit pas des généralités ; il me parle du jugement dans la mesure qui me convient : la crainte qu'il m'ins­pire est sans désespoir ; la confiance qu'il met en mon âme est sans présomption. Par lui, je touche du doigt, ce qui, dans ma vie coupable, est le sujet précis qui doit me faire craindre, et j'apprends à le corriger ; et par lui je reconnais les mo­tifs propres que j'ai d'espérer, et com­ment je puis les amplifier.

Quand j'ai l'image de mon Rédempteur devant les yeux, il m'appartient de dire comme saint. Paul : « Il m'a aimé et il s'est livré à la mort pour moi. » Que manque-t-il à cette parole pour rassurer mon âme ? Elle m'atteint directement ; elle ne me confond pas dans la foule. L'amour qu'elle exprime est indiscu­table, efficace ; il est pour moi! Il m'a aimé, et voilà pourquoi il s'est livré ; il m'aime toujours, et voilà pourquoi il me sauvera.

Sans doute la rédemption ne peut me conduire au ciel, sans l'application que je dois m'en faire à moi-même. Mais jesus-christ y travaille le premier. Il est Rédempteur en versant son sang ; il l'est en m'en appliquant les mérites. Sa miséricorde poursuit mon salut à outrance. Des occasions que j'ignore de­vaient me conduire à ma perte ; il les a écartées. D'autres ont réussi à me saisir ; il en a amoindri l'effet ; il m'a relevé de la chute. Je combine des projets pour le mal ; il les entrave. Je reste libre, et ce­pendant sa miséricorde me contraint à combattre avec lui et pour moi. Je ren­verse et il restaure ; je me ruine et il re­compose ma fortune. Non, il n'y a rien de si instantané dans la nature qui le soit autant que ce sang de jésus pour m'apporter, dès que je le veux, le par­don, la lumière et la force.

O mon maître, je crois fermement, là, dans les révélations du crucifix, que vous aurez le dernier mot de ce combat singulier, entre un homme qui agit comme s'il voulait se perdre, et vous qui faites tout pour le sauver. A chacun selon ses œuvres; mais la miséricorde prend le devant pour que les œuvres soient bonnes. Bientôt je serai face à face avec la justice, et la miséricorde me précédera une dernière fois, en m'assurant la mort d'un prédestiné : « Cette espérance re­pose en mon cœur. » (A suivre)

Extrait de : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925)

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 19:58

Le frère est mort, et quittant sa froide dépouille, n'emporte-t-on rien avec soi ? On emporte une grâce de réserve, pré­cieuse récompense de la charité accom­plie. Cette grâce ajourne son principal effet jusqu'à l'heure suprême ; mais elle exerce déjà sa sanctifiante influence sur nos heures d'inquiétude et d'effroi. Tout l'enseignement du douloureux spectacle nous suit, et nous reste longtemps. Il est toujours marqué par quelque circons­tance qui nous le rend plus vivant et plus salutaire. Mon Dieu, ce mort, en paraissant devant vous, n'avait-il pas encore devant les yeux le crucifix que je lui ai montré, et dans l'oreille la parole que j'ai fait retentir ? N'avait-il pas l'un et l'autre dans son cœur? Je l'accom­pagne donc pour le défendre à votre tri­bunal. Pensée consolante ! Non pas que je veuille exagérer l'importance de mon rôle ; mais nous pouvons être quelque chose dans la sainte mort d'un chrétien, et Dieu ne laisse rien sans récompense. De plus, la leçon de la fragilité des choses humaines, je viens de l'apprendre à ce trépas, mieux qu'à la suite de longues et profondes réflexions. J'ai touché du doigt le néant d'une prospérité d'homme, il ne m'est pas difficile alors de songer à mon propre néant. De là surgit souvent une résolution importante. Je brise ces liens du cœur qui donnait à la crainte que j'ai de la mort son caractère le plus alarmant ; je simplifie ma vie, pour que rien ne vienne entraver ou compromettre ma dernière heure.

Cependant, si le trépas d'un frère sus­cite en moi un ordre de pensées qui me disposent à ma fin, il ne laisse pas de remuer à nouveau ces impressions de la nature, dont on n'est pas maître. J'ai été témoin de sa lutte suprême, j'en ai sur­pris l'effort désespéré; j'ai touché la sueur froide de son front et j'ai entendu le râle déchirant. Tout cela me reste et me pour­suit. Non, la parfaite école de nos agonies et de nos morts n'est pas là : elle est dans le crucifix, qui me présente aussi un frère expirant et trépassé, et quel frère !

Parce que le crucifix est une image, il ménage admirablement la délicatesse de mes sens. C'est vrai, il porte des plaies et s'efforce de me traduire la sainte an­goisse de jésus-christ ; mais l'effort de ma piété, pour animer la divine effigie, ne va pas jusqu'à réveiller, comme un trépas ordinaire, les impressions qui gla­cent le cœur. Je vois moins la blessure que l'amour qui en découle; moins l'horreur de la mort que la gloire de la Rédemption. Cette destruction me sai­sit, non par les commotions vulgaires de la nature, mais par son côté extraordi­naire et libérateur. Je ne touche pas un crucifix comme je toucherais un cadavre, et cependant en l'un et l'autre c'est la mort.

Comme il est une admirable transition offerte à ma tremblante nature, et con­duisant ma pensée sans violence des jours prospères au cercueil ! Aussi je passerais de longues heures à méditer la mort dans mon crucifix que je n'aurais pas peur. Rien ne trouble le disciple qui vient apprendre là, de son Maître, comment il doit mourir. La croix me montre des souffrances endurées par amour ; elle me rappelle les lois de la justice et de l'expiation, le mal du péché, et le tra­vail auquel il faut se livrer pour l'effacer et le détruire. Elle me prouve que, si la plus grande partie de ma vie s'est dis­sipée dans les vanités, ce qui m'en reste doit être marqué par le courage à subir la dernière peine, qui rachètera le temps perdu. La mort est comme l'acte de con­trition pour toute une existence où l'on a tant évité de mourir. Ainsi que l'hos­tie, le crucifix est un viatique, exerçant son action mystérieuse, même sur le corps.

L'habitude de voir les membres de jésus sur la croix me prête un secours qui peut échapper à mon observation, mais qui n'en est pas moins réel. Ses membres sacrés ont tous l'habitude de la soumission, de l'humilité et de la péni­tence. Ils restent où ils ont été placés, à l'endroit de la croix qui les retient par les clous, et semblent dire, dans leur sainte inertie, la parole de l'agonie : Père, que votre volonté se fasse !

Or, les mains soumises de jésus cru­cifié disposent mes mains à se soumettre, elles aussi, et à accepter d'avance sans se débattre la position qu'elles devront gar­der sur le lit de mort. Ses pieds, dociles à leur humble place, fixent mes pieds et les empêchent de frémir en leur incul­quant la théorie de l'immobilité. Sa tête et son visage, qui traduisent tout son amour de Dieu et des hommes, font pas­ser dans ma tête et sur mon visage quelque chose de cette résignation calme et pieuse qu'on aime à retrouver dans un chrétien mourant. Et surtout la plaie de son cœur fait l'éducation de mon cœur pour la mort. C'est bien dans mon sanc­tuaire intime, et quand la peur le rem­plit, que jésus porte l'onction de son gé­néreux trépas. Telles sont les victoires de la bonté divine, dit saint Augustin, elles atteignent le cœur, et par lui l'homme tout entier.

Quand ma méditation se prolonge sur ce sujet, au pied de la croix, je sens mon corps s'apaiser dans son attachement à la vie, à tel point qu'il semble arranger de lui-même et d'avance tous ses mem­bres pour trépasser. Et pourquoi ne le dirais-je pas? Il lui arrive de se glisser à terre et de prendre sur le sol la position dernière. Il joint les pieds, il croise les mains sur la poitrine, les doigts tenant le crucifix, et il semble attendre un ins­tant l'appel du Maître de la vie et de la mort. Les lèvres et le cœur disent : Mon Père, je remets l'esprit entre vos mains ! Un tel acte n'est pas sans influence ; on se relève calme et résigné.

Qu'on ne dise pas qu'il y ait là une fic­tion uniquement pieuse. La croix com­munique à celui qui, habituellement, la contemple, une grâce presque sacramen­telle. Cette grâce est tirée des entrailles mêmes du mystère offert à nos médita­tions. Elle agit sur tout l'être humain pour le revêtir de force en modérant ses craintes ; par elle, l'âme et le corps savent se faire à la mort. Celle-ci peut devenir pour nous presque belle à force de nous apparaître à travers le crucifix.

Et, du reste, il est impossible, que, dans ces heures de sainte prière, ne des­cendent pas jusqu'à nous quelques pa­roles de l'Évangile, qui, passant par la croix, ont une merveilleuse puissance de consolation et d'apaisement. Je m'in­quiète pour mon dernier jour ; l'Évan­gile et la croix me disent : « Noli timere, n'aie point de peur. » — « Non turbetur cor vestrum, que votre cœur ne se trouble pas. » — « Ego sum, c'est moi. » — « Ego vici mundum, j'ai vaincu le monde » et la mort. — « Je suis avec vous jusqu'à la consommation... » Sous le charme puissant d'un tel langage, on se sent capable de tout affronter.

(A suivre)

Extrait du : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925) CHAPITRE VIII

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 23:52

Chapitre II

Même si je crains la mort en elle-même. Est-ce faiblesse de caractère et manque de virilité ? Est-ce attachement désordonné pour ma personne, créant une délica­tesse excessive ? Est-ce insuffisance de christianisme ? Nul doute que ma frayeur ne tienne de tout cela à la fois.

Il ne manque pas d'hommes qui, sur ce sujet, ont de fières paroles. Mourir, disent-ils, cela ne me fera rien. Parlent-ils bien de l'abondance du cœur? Car il semble que la mort nous est imposée, pour que cela nous fasse quelque chose. — Mourir ? Le plus tôt sera le mieux... Cette parole rappelle celle du Sauveur à Judas : « Fais au plus vite ; » mais il est permis de douter qu'on la dise dans le même esprit ; et je vois qu'elle n'em­pêche pas ceux qui la prononcent d'em­ployer avec conscience tout ce qui peut retarder la mort.

Mais je m'incline avec respect, et avec une piété jalouse, devant les paroles des saints. Eux peuvent me parler de la mort, parce que le désir qu'ils en ont est réel, aussi réel que leur soif de la vision intuitive. Ils m'apparaissent comme des soldats au pied des remparts, atten­dant avec impatience le signal du der­nier assaut. «Je désire mourir pour être avec le christ ; » tout l'âme de saint Paul est dans cette sublime parole: on sent qu'il dit vrai. Le mot de saint Jérôme me bouleverse, comme la plu­part de ceux qui jaillissent de sa rude éloquence : « O mort, tu es noire, mais tu es belle. » C'était vrai pour lui, à la suite des macérations dont il avait rem­pli son désert de Chalcide, après ses vastes travaux dans l'interprétation des Écritures. Pour moi je trouve, la mort noire; je ne sais pas la trouver belle. Oui, c'est une vie passée dans la prière et dans un saint labeur qui peut seule transfigurer la mort. Et si l'on tremble, il est permis de se raffermir par cette parole d'un autre saint : « Voilà si long­temps que tu sers le christ ; et tu as peur? »

N'importe, la mort reste ce qu'elle est, une séparation, une destruction à la­quelle je répugne de toute la force de mes instincts : elle reste la grande peine du péché.

Il est dans la nature que j'éprouve des terreurs, et il est dans l'ordre de la grâce que je les discipline : la crainte dans le calme et dans la confiance, tel est l'idéal à réaliser. Or, comment y parvenir?

Je viens déjà de l'indiquer. Si je rem­plis ma vie de Dieu et de son amour ; si je la consacre au service du prochain et de la vertu, toutes mes puissances, pre­nant une direction ferme et bien accen­tuée de ce côté, se laisseront difficile­ment intimider. Je serai dans la condi­tion de l'athlète qui, se sentant fort et exercé, ne frémit plus à la pensée du combat qui l'attend.

Il arrive pour l'âme un moment où elle remplace une disposition pénible, et jusque-là dominante, par une disposi­tion meilleure, qui restera souveraine jusqu'à la fin. Ce moment est celui où aimant Dieu par-dessus toutes choses, elle ne laisse rien d'obscur et d'indécis dans la conscience et dans la volonté. Alors, « l'amour chasse la crainte. »

Un fossé seulement la sépare de Dieu et de la fin du combat ; elle ne redoute plus de le franchir. Le sentiment qui lui fait désirer Dieu l'emporte sur le sentiment qui lui fait appréhender le trépas. L'im­pression pénible restera peut-être, mais moins invincible que je le suppose. — N'y a-t-il pas encore quelques moyens pour l'atténuer ?

Quand un enfant tremble de peur à cause du bruit qu'il croit entendre dans le lieu voisin, on le guérit en le prenant par la main et en le faisant juge sur place de son erreur. Ainsi, il m'est utile de voir mourir, et surtout d'aider à mourir.

C'est une des plus saintes choses de la charité que d'apparaître et de se tenir au milieu de l'agonie d'un frère et de l'assister jusqu'au dernier souffle. On lui présente le crucifix, on lui montre le ciel en disant : Courage ! On mur­mure à son oreille ces trois termes, qui ont Dieu pour objet : Je crois, j'espère, j'aime ! Tous les trois, s'ils n'ont pas rempli le cours de la vie, doivent en remplir la fin. Et maintenant, « partez, âme chrétienne !... » (A suivre)

Extrait du : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925) CHAPITRE VIII

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