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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 03:57

Je vous salue, Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

 

Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère :

--Hâtez le retour d’exil du pape Paul VI.

--Submergez l’humanité en péril, de l’action pleine grâce de votre flamme d’amour.

--Priez pour nous, pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort.

 

Ainsi soit-il.

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:48

 

«Dieu n'intéresse plus », cette petite phrase du cardinal Suhard, lourde de tristesse et char­gée de reproche, est la constatation d'un fait que nous pouvons vérifier quotidiennement.

 

Ce qui inté­resse et parfois passionne l'homme d'aujourd'hui c'est la science et la technique, ce sont les affaires et le travail, c'est aussi ce que Pascal appelait le diver­tissement : cinéma, nouvelles, sport. Ne disons pas que le monde actuel est sans religion : il pratique la religion de l'argent, la religion du progrès, la religion du stade, les formes variées de la religion du monde humain.

 

Mais la religion du Dieu vivant ne l'intéresse guère. Même dans des pays qui ne font pas profession d'athéisme, souvent la grande niasse est pratiquement athée, pratiquement, tran­quillement et avec bonne conscience. Et parmi ceux qui sont restés fidèles à Dieu, beaucoup regar­dent la religion comme ennuyeuse, un ennui qu'il faut accepter à certaines heures, après quoi on se hâte de revenir à ce qui présente un intérêt réel.

 

Ainsi l'homme, en général, n'aime pas prier. « Il éprouve facilement, a-t-on dit, à l'égard de la prière de l'ennui, de l'embarras, de la répugnance et, à proprement parler, une véritable hostilité. Tout le reste lui semble alors plus attirant et plus important. Il dit qu'il n'a pas le temps... Il vaudrait bien mieux dire franchement : « Je ne veux pas prier. »

 

« Dieu n'intéresse plus », nous dit-on, ce qui im­plique qu'en d'autres temps Dieu intéressait. Il pa­raît en effet incontestable que l'épaisseur, la den­sité de l'atmosphère matérialiste dans le monde actuel favorise et développe le dégoût des choses de Dieu.

 

Mais ce dégoût a toujours existé et a des raisons profondes dans l'homme. Il est à la fois, pourrait-on dire, anormal et naturel. Anormal, puisque tous les êtres créés sont orientés vers Dieu par leur être même et leur désir essentiel. Comme le chantait un poète de l'Eglise ancienne : « Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui sont muets, ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hom­mage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. Tout ce qui est te prie; et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence... »

 

L'homme, plus que toute autre créature, est fait pour Dieu ; il se définit comme une faim et une soif de Dieu ; dans tout ce qu'il recherche et poursuit, plaisir sensible, joie ar­tistique, ivresse de la connaissance et de la décou­verte, satisfaction profonde de l'amour, c'est tou­jours Dieu qu'il cherche consciemment ou sans le savoir. Il semble donc normal que tous nos désirs soient tendus vers ce qui nous conduit à Dieu et que toute notre activité ait pour objet de nous préparer à ce royaume seul capable de nous béatifier.

 

Mais tout cela étant dit, ce dégoût des choses divi­nes, qui semble aberrant et monstrueux, peut, à un autre point de vue, paraître normal. Newman a fait un sermon intitulé : « La religion, un ennui pour l'homme naturel. »

 

Cette formule même nous éclaire sur la question. On peut constater sans irrévérence aucune que Dieu n'intéresse pas l'homme : Cela n'insinue absolument rien contre la perfection divine et son amabilité suprême ; par là on ne fait que souligner l'imperfection de l'homme et sa misère.

 

On peut souvent constater que la vérité n'attire pas l'homme; non point, comme le préten­dait Renan, que la vérité soit triste, mais c'est l'homme qui est encore ténèbres et n'est pas plei­nement accordé à la lumière.

 

On peut constater, par expérience, que la vie de piété semble souvent en­nuyeuse. Ce n'est pas dire que la piété manque d'intérêt en elle-même, mais seulement, comme le dit saint Paul, que « l'homme charnel (c'est-à-dire l'homme psy­chique, l'homme humain) ne perçoit pas la réalité divine » (1Cor., 2, 14).

 

D'une manière plus précise, d'où vient que l'homme s'intéresse peu aux choses de Dieu ?  C'est d'abord que toute la religion repose sur la foi, laquelle demande une abnégation continuelle aux êtres avides de voir, de toucher, de sentir, aux êtres que nous sommes. Dès lors, les vérités les plus éblouissantes nous paraissent des abstrac­tions. Sans doute nous trouvons bien naïve la ré­flexion de cette femme qu'on essayait de consoler de la mort de son fils en la faisant penser au bonheur qu'il avait de voir Dieu : « Voir Dieu, est-ce une occupation pour un jeune de vingt ans? » Mais n'avons-nous pas les mêmes naïvetés? Dési­rons-nous réellement la vision de Dieu ?

 

De plus, toute religion sérieuse exige des efforts qui répugnent singulièrement à « l'homme naturel ». Elle demande une vie intérieure et silencieuse. Or, même à des époques moins bruyantes que la nôtre, mieux garanties du brouhaha où nous vivons, si­lence et recueillement ont toujours été difficiles à l'homme.

 

« Tout le malheur des hommes, remarque Pascal, vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre... De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le re­muement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. »

 

Enfin le service de Dieu demande un contrôle continuel de soi, car il n'y a pas de repos hebdo­madaire ni de congés payés par rapport aux de­voirs et aux commandements essentiels.

 

Cet ef­fort soutenu requiert un genre d'activité qui n'a pas le stimulant ni la récompense d'une activité na­turelle humaine, car les résultats sont acquis lente­ment, en général ne sont pas contrôlables et ne peuvent être chiffrés dans des statistiques encoura­geantes.

 

En face de ce monde surnaturel, le seul vraiment solide, mais qui est impalpable et semble irréel, le monde visible exerce sa séduction ; et nous sommes toujours attirés à lui par les concupiscences qui de­meurent vivaces en nous.

 

Voilà pourquoi il faut, sans doute, approuver hautement toutes les tentatives faites pour persua­der les chrétiens que la religion n'est pas en elle-même ennuyeuse et maussade, pour les intéresser à la Bible, pour les faire participer activement à la liturgie, bref pour leur faire vivre le christia­nisme.

 

Mais cet intérêt très réel demeurera tou­jours sur un autre plan que celui du monde hu­main et n'enlèvera pas à la religion son caractère d'austérité. Le catéchisme, même adapté à l'enfant, restera sévère et n'aura pas pour lui le même agré­ment que ses journaux illustrés.

 

La Bible, saint Jérôme en faisait déjà l'expérience, n'aura pas la séduction de certains chefs-d'œuvre littéraires. Et le drame liturgique, même compris par les fidèles, ne pourra soutenir la concurrence, pour l'imagina­tion et la sensibilité, de certains films ou de cer­taines pièces de théâtre.

 

Certes, Dieu se fait parfois sensible au cœur ; mais cette grâce ne nous est pas garantie et peut être rare dans une vie chrétienne. Il faut donc ac­cepter courageusement l'ennui, l'impression de mo­notonie qu'à certains moments nous inspirent les choses divines. C'est le poids de la chaleur et du jour que doivent supporter les bons serviteurs.

 

Dans cette souffrance il y a une valeur de purifica­tion : « Quelle affliction, dit le P. Faber, de trou­ver tant de dégoût dans le service de Dieu ! Plus nous l'aimons et le craignons profondément, plus nous nous sentons misérables d'une telle infir­mité ! »

 

Ne méritons pas que le Christ nous adresse le reproche qu'il fait aux disciples : « Vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » (Mt., 26, 40). Mais songeons que le Christ lui-même, sans avoir les concupiscences et les faiblesses de « l'homme psy­chique », a voulu librement supporter en ses heures d'agonie le poids de l'ennui et nous a ainsi mérité la grâce de le dominer.

 

Et par sa Passion le Sauveur nous a mérité de recevoir le Saint-Esprit, l'Esprit qui nous console parce qu'il fait pénétrer les profondeurs de Dieu et nous rend plus réel le monde invisible.

 

De même que l'homme découvre qu'au delà du plaisir, il y a le bonheur, de même le chrétien découvre qu'au-delà du plaisant, de l'agréable et dans l'aus­térité inévitable du christianisme, il peut y avoir et il y a la joie profonde.

 

Que l'Esprit-Saint nous fasse réaliser cette découverte qui transformera notre vie !

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume VI, du Père Gaston Salet S.J.

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 19:44

 

« A mourir, je gagne! » Comment un homme, un mortel, a-t-il pu écrire de sang-froid une parole aussi provocante et humainement folle ?

 

Pro­vocation, folie, c'est bien ainsi qu'ont dû la juger les païens contemporains de l'Apôtre Paul, c'est ainsi que doivent la juger les païens de tous les siècles.

 

Déjà les anciens poètes grecs gémissaient : « La vie des hommes est orpheline et impuissante, incapable de résister à la vieillesse et d'échapper à la mort. Pourquoi en vain faire effort, puisque tout aboutit à mourir dépouillé ? »

 

Et un poète du XXe siècle, un païen lui aussi, reprend le même gémissement : « Derrière moi il ne reste plus qu'un sillage stérile, oblique, léger : j'ai vécu en vain. Devant moi, dans l'ombre, est la mort sans flam­beau : je mourrai en vain. »

 

La mort est une voleuse qui nous enlève tout : biens matériels, ami­tiés, famille ; et qui nous enlève notre être même en nous déchirant. En présence de cette ruine totale et de cette brutalité, parler de gain semble une plaisanterie macabre.

 

Et au défi que lui lance encore saint Paul : « O mort, où est ta victoire? » La mort aurait beau jeu de répondre : « Ma victoire, elle est partout : car pas un être humain ne m'échappe; et ma victoire est absolue, aboutissant à la désagrégation même de cet être humain. »

 

Mais avec toutes ces considérations développées indéfiniment par les littératures et les philosophies, nous restons au niveau du paganisme. Or saint Paul se mettait dans la perspective et la lumière de la foi chrétienne. Dès lors tout change.

 

Cette mort, qui se présentait comme une spoliation brutale et une extermination révoltante, doit nous apparaître comme le sommet de notre existence ici-bas, comme l'heure privilégiée de cette existence et sa consommation, l'acte le plus solennel, le plus beau et le plus méritoire de notre vie.

 

D'où vient ce changement radical, cette transfor­mation inattendue? C'est que le Dieu fait homme, venant ici-bas comme volontaire de la vie hu­maine, a voulu être aussi volontaire de la mort. Et tout ce que touche le Christ, il le transforme et le transfigure, même si en apparence il le laisse inchangé.

 

En vivant une existence de travail obscur et d'occupations quotidiennes, il a transformé l'obscurité et le quotidien. En mourant d'une mort humaine, il a transformé cette mort et lui a donné un sens et une valeur : elle est un accomplisse­ment.

 

Reconnaissons que le Christ n'a pas triché avec la condition humaine : il a accepté et choisi la mort avec tout ce qu'elle peut comporter d'humiliation et de souffrance jusqu'au paroxysme.

 

Rien de glo­rieux dans ce drame, rien de grand, aucun pana­che, aucune auréole : la banalité d'une exécution capitale, apparemment, un fait divers de la chronique judiciaire, un mélange de barbarie et de vul­garité. Or c'est par cette croix brutale et déshono­rante que le Christ a sauvé le monde.

 

Car sur le Calvaire occupé par les ennemis et les badauds, la mort de Jésus, qui n'a rien d'une solennité liturgique et qui semble une boucherie ignoble, est en réalité le sommet de l'histoire religieuse, le sacrifice dans lequel le Prêtre souverain expie par sa charité le péché du monde et ouvre au genre humain les portes de la vie.

 

«Il n'y a rien de plus grand dans l'univers que Jésus-Christ, dit Bossuet, il n'y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son sacrifice; il n'y a rien de plus grand dans son sacrifice que son dernier soupir.»

 

Et pour Jésus lui-même cette neuvième heure sur le Calvaire, cette heure de lourdes ténèbres, qui semblait la fin de tout, annonce déjà l'aube pascale et la Résurrection.

 

Mais la foi ne nous révèle pas seulement la valeur infiniment méritoire et la beauté réelle de la mort de l'Homme Dieu; elle nous enseigne aussi que notre mort à nous a été sanctifiée par le Christ et que nous pouvons unir cette mort à son sacrifice.

 

Car qu'est-ce que la vie chrétienne tout entière sinon l'union avec le Christ mort et ressuscité? Cette union s'inaugure et s'opère réellement au baptême, qui est dans notre existence le seuil déci­sif, la péripétie essentielle, la rupture véritable, puisque c'est là que nous mourons au mal et nais­sons à la vie divine.

 

Cette union avec le Christ doit se continuer à travers toute notre vie : nous devons toujours davantage nous libérer de ce mal du péché et nous laisser envahir par la vie divine ; nous devons toujours davantage nous unir par nos souffrances offertes et notre amour au sacrifice du Sauveur, en mettant à profit les grâces qu'il nous a méritées par sa mort.

 

Mais c'est notre dernier jour qui doit être le plus beau, qui doit être la suprême montée. Car c'est en acceptant généreusement la mort qui représente pour nous le plus dur sacrifice que nous sommes unis le plus étroitement au sacrifice du Christ ; c'est alors que nous pénétrons au suprême degré cette vie divine, qui doit à la fin s'épanouir dans notre résur­rection dont la Résurrection du Christ est le modèle et l'assurance indubitable.

 

Ce doit être l'acte décisif de notre vie, celui où se consommera enfin cette union avec le Christ mort et ressuscité qu'a inau­gurée notre baptême et qui doit se réaliser de mieux en mieux tout le long de notre existence.

 

Sur la Croix du Vendredi Saint le Sauveur nous a mérité cette grâce. Sur cette Croix où il pensait à nous, le Christ, Prêtre de toute l'humanité, a souf­fert, pour ainsi dire, d'avance notre agonie person­nelle; d'avance il l'a offerte avec la sienne au Père. Et au dernier moment, nous n'aurons qu'à accep­ter et à ratifier cette offrande faite jadis en notre nom.

 

Dès lors tout est changé : « A mourir, je gagne. » Peu importent les circonstances mêmes de cette mort, que nous devons abandonner à la Providence et sur lesquelles nous devons avoir le courage de bannir toute anxiété et même toute interrogation.

 

Que nous mourions dans la banalité d'une chambre de malade ou tragiquement dans ce qu'on appelle un accident absurde, que notre mort soit entourée de soins attentifs et d'affection fidèle ou qu'elle soit tragiquement solitaire, en réalité elle ne sera ni solitaire, ni stupide, ni banale, puisqu'elle sera consolée par la présence du Christ, transfigurée par la grandeur du sacrifice, radieuse de l'espérance toute proche du ciel et de la perspective de la résurrection.

 

Oui, elle sera tout cela, mais à une condition. La formule de l'Apôtre : « A mourir, je gagne », n'est que la seconde partie de sa phrase, comme elle n'est qu'un aspect de sa pensée. Car il a écrit : « Pour moi, la vie, c'est le Christ, et à mourir je gagne ».

 

Il ne doit pas y avoir discontinuité et brisure entre la vie et la mort du chrétien comme si la mort était un coup de théâtre, un brusque renversement de situation. La mort n'est un gain pour l'homme que si le Christ est pour lui la vie, c'est-à-dire s'il a vécu dans sa lumière, dans sa vérité, dans l'observation de ses volontés, si son existence a été profondément une amitié avec le Christ.

 

C'est la grâce qu'il faut demander par l'interces­sion de Marie : car elle est Notre-Dame des agonies, celle qui a souffert en son cœur tous les déchire­ments de la mort de son Fils, celle qui près de la Croix de son premier-né a appris à veiller l'ago­nie de ses autres enfants ; et elle est Notre-Dame de l'Assomption, celle dont la mort fut une extase, parce qu'un élan irrésistible l'attirait vers ce Jésus qui était toute sa vie.

 

O Vierge, priez pour nous maintenant et à notre heure suprême.

 

PLUS PRÈS DE DIEU.  Gaston  Salet S. J.

Volume 3

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 19:36

 

La fête de l'Immaculée Conception nous apporte un grand enseignement en nous dévoilant les pensées du Christ, ses préférences, son cœur.

 

Quand, pour nous sauver, le Fils de Dieu veut entrer dans notre race humaine, se faire homme comme nous et avoir une maman comme nous, il choisit une femme toute belle, c'est-à-dire toute pure, dont l'âme n'a jamais voulu ni subi le péché.

 

Nous le savons par l'Évangile, le Christ, tout au long de son ministère public, se montrera extraordinairement accueillant pour tous ceux qui viendront à lui, il faut même dire scandaleusement accueillant pour les pécheurs : oui, ses manières de faire éton­neront jusqu'au scandale ceux qui avaient de la respectabilité, de la considération, de la tenue.

 

« Comment ! Diront les Pharisiens aux disciples de Jésus, votre Maître mange avec les pécheurs pu­blics, avec ceux qui violent la Loi ostensiblement, les collecteurs d'impôts, les nouveaux riches gorgés de profits illicites ! Comment ! Diront-ils, lorsque, pendant une réception, une femme viendra verser des parfums sur les pieds du Christ, il se laisse approcher par cette dévergondée dont la mauvaise conduite est notoire!... On voit bien qu'il n'est pas un prophète et qu'il ne devine guère les âmes. »

 

Il faudra que le Christ justifie cet accueil qu'on estime trop facile, il faudra qu'il raconte les para­boles immortelles : Cette pièce de monnaie perdue et retrouvée par la pauvre ménagère, cette brebis éga­rée, ramenée par le berger tendrement sur ses épau­les, cet enfant ingrat qui, revenant après sa fugue, ruiné, famélique, déshonoré, est reçu par son père avec des embrassements ; il faudra que le Christ fasse la théorie de sa pratique et qu'il déclare : « C'est pour les malades que je suis venu, pour ceux qui ont besoin de médecin. Que ceux qui pensent être en bonne santé me laissent à mes malades. »

 

 Et de fait, jamais en présence des pécheurs il ne prend d'attitude hautaine qui les humilierait, jamais il n'affecte de grands airs de dignité, jamais il ne trahit le moindre dégoût. Après tout, le médecin qui, devant la déchéance physique, la plaie infectée ou le cancer, ferait le dégoûté et éprouverait des haut-le-cœur, montrerait seulement qu'il s'est trom­pé de métier, qu'il n'était pas fait pour être médecin.

 

Le Christ, lui, ne s'est pas trompé de métier, il était fait pour être le Sauveur, c'est-à-dire le médecin des âmes gangrenées et lamentables.

« C'est l'ami des pécheurs », disaient de Jésus les pharisiens. Ils avaient raison. Mais il faut immédia­tement ajouter : « C'est l'ennemi irréductible du péché. »

 

Il a fait éclater sa sainteté, il a pro­clamé ses préférences profondes quand, pour entrer dans le monde, il a voulu une Mère immaculée, c'est-à-dire exempte de tout péché. En nous la pré­sentant, il nous dit solennellement :

 

« Celle qui doit être ma Mère sera pure jusqu'à en être éblouissante. Non seulement son âme ne sera jamais entamée par le péché grave, dût-il être réparé par le plus émou­vant des repentirs. Non seulement je ne veux voir en elle aucun péché véniel, aucune déviation même légère de l'amour de Dieu, aucune ombre d'égoïsme. Mais je ne veux même pas qu'ayant à prendre vie dans une race souillée par le mal héréditaire, elle soit touchée par ce mal, dont vous n'êtes pas per­sonnellement responsables, mais dont vous êtes pourtant atteints réellement et qui constitue pour vous une tare déshonorante. Je suis le Sauveur, je suis donc l'architecte patient, le reconstructeur obs­tiné qui, après le cataclysme du péché, relève les ruines et recommence. Mais quand il s'agit de celle qui doit être le temple vivant où je reposerai, je ne trouve pas assez belle la beauté émouvante de ces églises qui, après les profanations des barbares et les pillages, ont été restaurées avec amour ; je veux la beauté toute jeune de la basilique intacte qui jaillit d'un seul élan, sans une reprise, sans un repentir, depuis la pierre fondamentale jusqu'à la dentelle des clochers. Je veux une Mère immaculée. »

 

Et c'est dans ce contraste entre la bonté du Christ s'inclinant vers les pécheurs et ses préfé­rences intimes pour la beauté parfaite que se trouve pour nous la leçon. Oui, c'est bien la misère à guérir et le criminel à sauver qui attirent le Sauveur sur la terre. Mais il n'aime que la pureté; en elle seule il se complaît; et c'est vers elle qu'il veut que nous montions. Leçon anticipée à l'heure de l'Immaculée Conception ; leçon de toute la vie de Jésus ; leçon répétée à ses derniers instants. Il est Celui qui, au Calvaire, admettra près de la Croix rédemptrice Madeleine la pécheresse convertie et qui dira à son compagnon de supplice, un bandit revenu au mo­ment suprême, les paroles stupéfiantes de miséri­corde : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis. » Mais Il est Celui qui, de cette Croix, jettera un dernier regard de tendresse sur sa Mère Immaculée, cherchant en elle la grande consolation de son agonie.

 

Ainsi le Christ, d'un bout à l'autre de sa vie, apparaît comme la Miséricorde sans limite et la Sainteté intransigeante. Ah ! Nous pouvons toujours le rencontrer, au creux même de notre misère et même si nous piétinons encore dans des habitudes fangeuses ; mais à condition que nous ayons un désir sincère du mieux et une nostalgie de la pureté, à condition aussi que nous ayons une confiance totale en son pouvoir de nous relever. D'ailleurs, l'Imma­culée Conception est elle-même un motif puissant de cette confiance.

 

Car elle nous montre bien que, si notre nature humaine est capable de tant de mal, elle est capable aussi — nous le voyons en Marie — de sainteté radieuse, quand la grâce du Christ vient l'illuminer.

 

Et c'est avec la conscience profonde de notre misère, avec un désir ardent de la sainteté et une grande espérance que, pendant les semaines qui préparent Noël, nous devons dire au Sauveur: « Ve­nez ! » en confiant notre prière à celle qui, étant l'Immaculée, est à la fois si proche de Dieu et si pitoyable aux pécheurs. 

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume 1 du Père Gaston Salet S.J.

 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 18:42

 

La fête de l'Immaculée Conception glorifie le privilège en vertu duquel la Sainte Vierge est en­trée dans la vie, non point victime du péché originel, mais toute pure et l'âme resplendissante de la grâce de Dieu.

 

Si nous réfléchissons à ce mystère et à toute la destinée de Marie, ce qui nous frappe, c'est qu'elle a été extraordinairement prévenue de Dieu, extraordinairement enrichie avant tout mérite de sa part. Elle n'a pas mérité d'être immaculée, puis­qu'elle n'existait pas encore; elle n'a pas mérité d'être Mère de Dieu, car même la plus parfaite des créatures ne peut mériter de devenir Mère de Dieu ; or, toutes les autres faveurs qu'elle a reçues et jus­qu'à l'Assomption sont les conséquences de cette faveur unique.

 

La seule explication de toutes ces grâces, c'est que Dieu l'aime, c'est que Dieu, qui est l'Éternel, se voit déjà devenu son Fils, c'est, dit Bossuet, qu'elle bénéficie de cette situation pri­vilégiée « d'avoir un Fils qui existe avant elle ».

 

Et ainsi, dans le cas de la Sainte Vierge, Dieu appa­raît splendidement comme Celui qui devance tou­jours et qu'on ne peut devancer, Celui qui, selon la parole de saint Jean, « nous a aimés le premier ».

 

Seulement nous ne devons pas l'oublier, ce Dieu qui donne est celui qui demande ; ce Dieu, qui tou­jours parle le premier, parle toujours en posant une question et en attendant une réponse ; et la Sainte Vierge, sans mériter ses privilèges, est celle qui a répondu totalement aux prévenances de Dieu, celle qui, d'un bout à l'autre de sa vie, a dit à Dieu le seul mot qui l'intéresse et qu'il espère : « Oui. » « Oui, Seigneur, comme vous voulez. »

 

C'est la parole de Marie le jour de l'Annonciation, au mo­ment capital de son existence. Mais c'est le mot qu'elle a répété inlassablement. Elle a dit oui quand Siméon lui prédisait qu'un glaive percerait son cœur, et un glaive qui menace est déjà un glaive enfoncé ; elle a dit oui tout le long de son existence ; et, dans l'épouvante du Calvaire, elle n'a pas ré­tracté ce oui, à l'heure où la question posée par Dieu devenait une véritable torture ; par là elle montrait bien que ce oui n'était pas une parole en l'air, un de ces mots que nous prodiguons faciles et innom­brables, mais qu'il était l'expression véridique de son âme profonde.

 

Le cas de la Sainte Vierge est exceptionnel ; mais cela ne veut pas dire qu'il soit pour nous dénué d'enseignement. Nous n'avons pas les mêmes privi­lèges, c'est entendu ; reste que nous sommes des privilégiés.

 

Pour elle, sans doute, Dieu a eu des prévenances incomparables; mais n'oublions pas qu'il nous prévient, nous aussi. Un converti qui avait expérimenté ces avances de Dieu disait: « J'ap­pelle Dieu Celui qui vient sans qu'on l'appelle. » Et le Seigneur lui-même ne déclare-t-il pas dans le prophète Isaïe : « J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas » ?

 

D'ailleurs un dogme essentiel de notre foi affirme que c'est toujours Dieu qui com­mence et prévient ; et voilà une vérité sur laquelle nous devons réfléchir et qui doit commander notre attitude spirituelle.

 

Dieu est Celui qui se tient à la porte de notre vie, à la porte de notre âme. N'est-il pas vrai qu'avec nous, en particulier, il a commencé par une extraordinaire prévenance, puisque nous avons été baptisés avant l'éveil de notre intelligence, que nous avons reçu la richesse de la vie divine lit­téralement en dormant, que le salut a été mis entre nos mains inconscientes, alors que tant d'autres ont dû le chercher au prix de quels épuisements?

 

Et cette grâce précoce et hâtive du baptême, si incon­testablement gratuite, n'a été encore qu'un point de départ ; car c'est à chaque instant que Dieu nous aime, c'est-à-dire nous prévient pour nous aider et nous enrichir. Oui, en vérité, nous devons croire que Dieu n'est jamais loin ni en retard.

 

Lorsque nous imaginons que nous-mêmes prenons l'initia­tive de la prière, mais que Dieu ne répond pas ; ou que nous voulons bien résister à une tentation, mais que, malheureusement, lui oublie de nous se­courir, ces pensées sont des illusions risibles et des sottises.

En réalité nos clameurs poussées vers Dieu, ne sont jamais que des échos de sa voix qui nous appelle ; et nos désirs les plus spontanés ne sont que des réponses — généralement languissantes et tar­dives — aux grâces qui nous ont prévenus.

 

Quand nous avons l'impression que nous l'attendons, c'est lui que nous faisons attendre. Quand nous lui disons : « Venez, Seigneur », c'est qu'il nous a dit et répété : « Venez à moi. »

 

Quel réconfort et quelle consolation dans la pen­sée de ce Dieu attentif et prévenant ! Mais aussi quel rappel de nos responsabilités.

 

Car l'amour de Dieu pour nous est toujours interrogateur ; nous sommes convoqués à chaque instant par convocation person­nelle ; nous sommes responsables, c'est-à-dire que nous devons répondre de nous et lui répondre.

 

Hélas ! Seigneur, que je réponds mal ! Vous m'ap­pelez sans cesse ; Vous m'appelez à la prière, à cet effort contre mon égoïsme, à cet acte de dévoue­ment ; et je reste sourd, pareil à ces enfants amu­seurs là-bas dans le jardin, qui font semblant de ne pas entendre leur mère quand elle les appelle au travail.

 

Ou bien vous me demandez un sacrifice; et je me mets à discuter et à rédiger laborieusement des notes diplomatiques pour éluder vos requêtes, au lieu de vous dire tout simplement « oui ».

 

A la Vierge Immaculée, à celle qui fut si admi­rablement prévenue par la grâce et si admirablement généreuse à répondre, demandons de savoir recon­naître nos privilèges en répondant oui à Dieu qui nous appelle.

 

En préparation de la belle fête de l’Immaculée Conception.

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume 1 du Père Gaston Salet S.J.

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 20:17

 

Enseignez-moi Seigneur, à être doux et aimable

dans tous les événe­ments de la vie ;

dans les déceptions ;

dans l'oubli où me tient le prochain ;

dans l’insincérité de ceux en qui j'ai eu con­fiance ;

dans l'infidélité de ceux sur qui j'ai compté.

 

Apprenez-moi à me renoncer pour ne penser qu’au bonheur des autres ;

pour cacher mes petites douleurs  et mes peines morales, si bien que je sois seul à en souffrir.

 

Enseignez-moi   à  tirer  profit  des  souf­frances que je rencontrerai sur ma route ;

faites que j'en use de telle sorte, qu'elles me rendent doux, et non amer, aigre et dur ;

qu'elles m'apprennent à être patient, non irritable ;

généreux dans le pardon, non étroit, hautain et arrogant.

 

Que nul ne soit, moins vertueux pour avoir subi mon influence ;

moins pur, moins vrai, moins bon, moins noble pour avoir été mon compagnon de route vers l'éternelle Vie.

 

En accomplissant mes humbles devoirs quotidiens, et tout en passant de distraction en distraction, permettez-moi de vous mur­murer, de temps à autre, un mot d'amour et de remerciement.

 

Et que ma vie ainsi vécue dans le surna­turel, soit puissante pour le bien et forte dans ses désirs de sainteté.

 

Apprenez moi, Seigneur à aimer d’un amour véritable mes souffrances et mes croix journalières.

 

Je veux que mes souffrances soient unies aux mérites de Votre très Sainte Croix et à toutes les Douleurs que vous avez endurées lors de votre Sainte Passion.

 

Ainsi  soit-t-il.

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 21:10

 

Entré à la Secrétairerie d'État en 1924 en qualité d'adjoint, Mgr Montini y fut successivement rapporteur et secrétaire doyen; à partir de 1931 il enseigna l'Histoire de la Diplo­matie pontificale à l'Académie Ecclésiastique et en 1937 il fut nommé substitut de la Secrétairerie d'État : sa prépara­tion était complète.

 

Écoutons le jugement de l'un de ses amis et confidents : « II était déjà à cette époque ce qu'il est aujourd'hui. Son Style fait de mesure, de pudeur, de discrétion et de respect sacré pour les idées et les hommes, était formé. L'anxiété de comprendre avait rendu plus lente sa diction, dans laquelle ne perce jamais une ombre d'ironie subtile ou piquante. Son respect pour tous est parfaitement exempt de la moindre recherche mesquine de popularité, il n'est que le symbole de son sens religieux. »

 

A partir de 1934, Mgr Montini fut pratiquement absorbé par l'action diplomatique au service du Saint-Siège, sous Pie XI d'abord, puis sous Pie XII.

 

Lorsque le docteur Righetti exprima au Pape l'amertume des organisations catholiques devant l’éloignement de leur assistant, Pie XI lui répondit textuellement : « Mgr Montini possède de tels dons qu'il est appelé à rendre à l'Église des services de plus en plus hauts. »

 

En décembre 1937, Pie XI ayant élevé au cardinalat Mgr Pizzardo, secrétaire de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, Mgr Tardini, alors substitut à la Secrétairerie d'État, lui succéda dans sa charge et fut lui-même remplacé par Mgr Montini. Le secrétaire d'État était, depuis huit ans, le cardinal Eugène Pacelli qui devait, après son élévation au trône pontifical, continuer à recourir à cette intime et précieuse collaboration. Dans son nouvel office, Mgr Montini eut la fortune de servir la personne de Pie XI et de rester en charge pendant le Conclave.

 

Quand le 2 mars 1939, les cardinaux Pacelli et Maglione furent élevés, le premier au trône pontifical et le second à la dignité de Secrétaire d'État, Mgr Montini fut confirmé dans sa charge par le nouveau pontife et la garda même après la mort du cardinal Maglione survenue le 22 août 1944. Le Pape n'ayant pas cru opportun de nommer un successeur, la Secrétairerie d'État resta ainsi confiée à Mgr Tardini et à Mgr Montini et en 1952 ils furent tous deux nommés Pro Secrétaires d'État : Tardini aux affaires ecclésiastiques extra­ordinaires et Montini aux affaires ecclésiastiques ordinaires.

 

Mgr Montini devint ainsi le plus proche collaborateur de Pie XII, celui par qui passaient toutes les nouvelles du monde, catholique ou non, grâce aux rapports qu'il avait avec les ambassadeurs ou les chargés d'affaires des pays en relation avec le Vatican et à ceux qu'il entretenait avec les délégués apostoliques dans les autres pays.

 

On a écrit, de source autorisée, qu'après la conciliation, les compétences de la section des affaires ordinaires se sont notoirement accrues jusqu'à embrasser des matières d'im­portance très diverse, mais toutes devaient être résolues avec le même soin et la même promptitude. Devant Mgr Montini défilaient donc prélats et diplomates, hommes d'étude et hommes d'action, personnalités de grand renom et simples fidèles, qu'il écoutait avec la même attention, sans jamais montrer de précipitation.

 

« II laissait les gens parler longuement, les écoutait atten­tivement et, même si la question était humble au départ, il l'orientait toujours vers des sphères plus élevées. La com­pétence de Montini, formée sous la direction de maîtres augustes et dans l'étude livresque, s'affirma au cours de ces longs entretiens et reçut au contact des hommes un irrem­plaçable complément. »

 

Gageons qu'il ne lui fut pas facile, surtout les premiers temps, de vivre aux prises avec l'étiquette diplomatique et de tenir tête à de rigides ambassadeurs en chapeau de feutré, après avoir défié ses jeunes amis à la course sur le ponton d'Ostie et mis en scène de frondeuses revues estudiantines pour la fête des bizuths. Mais Mgr Montini accepta le chan­gement sans sourciller; et lui qui était habitué à l'action et au mouvement alla s'enfermer dans les sévères palais apos­toliques et en fit même un lieu de claustration volontaire. Pendant de longues années, jusqu'à son départ pour Milan, son existence se déroula presque entièrement dans quelques dizaines de mètres carrés : du bureau de la Terza Loggia à son appartement privé de l'étage inférieur et au bureau du Pape de l'autre côté du corridor. A l'exception d'un séjour dans la région de Brescia et à Chianciano, Montini ne s'ac­corda jamais de vacances, ni même quelques minutes de repos pendant ses journées de travail intense.

 

Aux yeux experts des journalistes spécialistes du Vatican, il s'affirma de plus en plus comme « l'homme clef », 1' « ins­pirateur », « l'animateur n° 1 » de l'activité diplomatique du Saint-Siège, surtout à l'époque dramatique et bouleversée de la seconde guerre mondiale.

Sous Pie XII, dont il avait l'estime inconditionnée et toute la confiance, il travaillait régulièrement dix-huit heures par jour, jour après jour, année après année. « Les deux der­nières fenêtres à s'éteindre la nuit — disait-on alors au Vati­can — sont celles du Pape et de Mgr Montini et c'eSt quel­quefois la clarté de l'aube qui l'emporte sur la lumière de leurs lampes. »

 

Mgr Dell'Acqua (qu'on a plaisamment défini comme étant l'architrave du Vatican alors que Montini en serait la clef de voûte, en raison de la différence de corpulence) nous parle de la journée du Substitut : « Elle semblait n'avoir pas de fin ; après les audiences de la matinée qui se prolongeaient parfois jusqu'à quatorze ou quinze heures et les entrevues avec ses collaborateurs pour l'étude des questions les plus difficiles, il se retirait chez lui pour accomplir ses devoirs sacerdotaux, puis revenait au bureau vers minuit et y restait jusqu'à deux heures du matin. Cet emploi du temps met en lumière l'abnégation, le dévouement et l'exceptionnelle bonté pour lesquels il avait toute notre admiration et notre affection. Si je voulais manier le paradoxe, je pourrais dire que la diplomatie de Mgr Montini fut la non diplomatie; il parlait ouvertement, son regard limpide fixé sur son inter­locuteur, écoutait, notait dans son esprit et répondait sans réticence mais avec ce sens inné de la mesure que sa charité sacerdotale lui inspirait. Il connaissait ainsi les hommes et les choses; les secondes en fonction du jugement des pre­miers plutôt que de leur apparence. »

 

Mais on ne peut dire qu'au Vatican tout le monde fut d'accord sur la personnalité de Montini.

 

Prenons un exemple : les trente années passées par Paul VI dans les bureaux de la Secrétairerie d'État ont contri­bué, sinon à lui créer une nouvelle personnalité, tout au moins à mettre en évidence certains éléments de son carac­tère et à en émousser d'autres : la diplomatie vaticane en somme a été une longue et subtile école de prudence, une prudence qui, si l'on écoute les critiques, confine parfois, nécessairement à l'irrésolution. Montini aurait les qualités et la sûre vision d'un pasteur, mais il lui manquerait la vigueur de la décision immédiate.

 

Ces critiques n'ont probablement pas considéré les éton­nantes réalisations de Montini pendant la guerre ni sa remarquable œuvre pastorale dans le diocèse de Milan, le plus grand d'Italie.

 

D'autre part, on ne peut nier que les années passées par Mgr Montini à la Secrétairerie d'État aient été les plus difficiles de l'histoire de l'Église et du monde, et que par conséquent la prudence était de rigueur. Cette prudence ne l'empêcha d'ailleurs pas d'être respecté de ses adversaires comme de ses amis.

 

Silvio Negro, subtil observateur des affaires vaticanes, a décrit la finesse de son trait, sa précision, dans l'énoncé des problèmes et la clarté avec laquelle il les résolvait. Nous savons, de très bonne source, que ses collaborateurs ou les exécuteurs de ses directives, qui n'avaient ni sa netteté ni sa précision, causèrent bien des amertumes à Mgr Montini par leur travail trop impulsif et quelquefois bâclé.

 

« Les visiteurs qu'il accueille si simplement, écrit Negro, ignorent qu'il a commencé sa journée à sept heures et qu'à quatorze son repas l'attend toujours. Face à ses interlocuteurs il ne s'enferme pas, comme nous le faisons tous, dans le domaine pourtant très vaste de ses compétences; il s'aven­ture volontiers au dehors et s'intéresse sans discrimination à tout ce qui est du domaine de l'information et de la culture; ses jugements sont toujours personnels et motivés, même quand ils ont trait à une matière étrangère à son énorme activité quotidienne. »

 

Pie XII connaissait bien Montini pour l'avoir eu comme collaborateur quand il était le secrétaire d'État Pacelli et chargé avec Mgr Tardini de tout le poids de la Secrétairerie; quand, peu après son élection, il reçut ses parents en audience particulière, il ouvrit la conversation par ces mots : « Vous avez donné à l'Église un homme qui possède toutes les qualités à un degré éminent. »

 

Le « royaume » de Mgr Montini à la Secrétairerie d'État tenait en quelques mètres carrés, mais c'était un tillac sur un navire en pleine tempête ou bien encore une tour de contrôle d'où le fidèle collaborateur de Pie XII pouvait suivre le cours de la chrétienté et de l'humanité tout entière. Il se composait d'un salon d'attente, d'une pièce pour les hôtes, tapissé de rouge, et d'un bureau dont les fenêtres s'ouvraient sur une magnifique perspective de la place Saint-Pierre, que Mgr Montini n'avait guère le temps d'admirer!

 

Tel était son petit monde, le champ de ses batailles paci­fiques. Et dans ce petit monde il accomplit un gigantesque travail, nouant des rapports avec de nouveaux pays, orga­nisant des aides internationales, installant un bureau pour la rédaction du courrier du Pape dans toutes les langues vivantes, établissant l'écoute de toutes les radios étrangères et accordant de surcroît un nombre impressionnant d'entre­vues aux hommes d'État, diplomates, cardinaux, prélats et artistes qui remplissaient continuellement son salon d'at­tente.

Diplomate raffiné, un génie, selon le jugement unanime des passionnés de cette science, il parlait à tous sans diplo­matie, sans jamais la moindre réticence, parce que, disait-il, « les réticences sont déplacées chez un prêtre ».

 

Dans cette activité méthodique mais sans repos, sans solu­tion de continuité, réglée comme un mécanisme de précision et que seuls interrompaient de temps en temps quelque appel imprévu du Pape ou une cérémonie à laquelle il ne pouvait absolument pas se soustraire, Montini était aidé par une extraordinaire réceptivité et par une mémoire formidable. Il se souvenait avec une grande précision dans les détails d'événements de tout genre, pouvait citer des auteurs ita­liens et étrangers et même donner des renseignements sur l'activité et les écrits de nombreux journalistes. Car, mysté­rieusement, il trouvait le temps de lire, et beaucoup! Les employés de la bibliothèque vaticane qui s'occupèrent du transport de ses objets personnels de Rome à Milan purent le constater : plus de quatre-vingt-dix caisses furent néces­saires pour les livres!

 

Une montagne de papiers, tous importants et urgents, s'accumulait sur son bureau, c'était sa croix, mais il plaisantait : « Il me faut jouer aux cartes (papiers, documents) toute la journée !... ».

 

Le téléphone était aussi de la partie et sonnait à chaque instant. L'un des trois appareils était relié à la ligne privée du Pape et sa sonnerie se reconnaissait immédiatement car elle avait un son particulier.

 

Sa modestie était pourtant devenue proverbiale. Lui qui, quotidiennement, parlait avec Pie XII, autour de qui gra­vitaient des centaines de hauts prélats et grâce à qui s'arti­culait l'exécution des directives pontificales, ne haussait jamais la voix.

 

On remarquait partout et sans équivoque son action, son impulsion pressante et discrète, mais sans jamais entendre sa voix. Et l'on disait au Vatican qu'il était la pré­sence de Dieu. Son affabilité avec toute, sa finesse, sa noblesse native est si spontanée que l'on ne tarde pas à en découvrir la source dans une profonde spiritualité évangélique.

 

Un prélat de la Curie des années 30, bon connaisseur d'hommes n'a-t-il pas dit de Montini : « D'autres pourront le surpasser en intelligence ou en habileté, mais personne n'est comme lui habité de l'esprit évangélique. »

 

Un humble balayeur du Vatican nous en donne la confir­mation : « Il traite chacun de nous comme le premier des diplomates. »

 

(A suivre, afin de mieux connaître notre Saint Père en exil.)

 

Extrait du livre Paul VI de G. Scantamburlo   MAME  1964

 

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