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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 15:58

Une bible au péril de l'oecuménisme?

Le désordre actuel de la pensée religieuse ne peut que s'aggraver par la diffusion d'une bible « oecuménique ».

A supposer que les non catholiques admettent l'authenticité et l'inspiration de tous les « livres » de la sainte Écriture contenus dans nos bibles, le problème ne sera pas résolu. Ce n'est pas seulement l'Église du IVe siècle qui a imposé, à tous, son autorité en fixant le « canon » biblique. Cette autorité demeura la même au XVIe siècle, mais le protestantisme la contesta. Elle n'a pas changé, elle n'a pas abdiqué: elle ne le peut pas. Mais vient-elle aujourd'hui à remplir, selon les besoins de l'heure, son élémentaire devoir en rappelant la doctrine solennellement définie ou tradition nullement immuable, on voit alors le modernisme — ce carrefour de toutes les hérésies: protestantisme, libéralisme, rationalisme — la combattre avec cent fois plus de violence qu'au temps de saint Pie X. Exemple, le « cas » Hans Kung (déc. 1979).

2. Même s'il arrivait qu'en matière biblique, l'autorité de l'Église reconnût la justesse de telle opinion ou interprétation, d'abord répandue par des non catholiques et conciliable avec les dogmes définis et la pensée millénaire de Rome, le poids de notre certitude catholique ne reposerait pas sur cette « découverte » parallèle, mais sur la caution de notre foi en l'unique compétence de l'Église.

3. Il est utopique de pronostiquer une conversion massive de l'hétérodoxie protestante à l'orthodoxie catholique. L'histoire des tractations entreprises au temps de Léon XIII devrait nous avoir suffisamment avertis. Nous constatons aujourd'hui le même échec, doublé, cette fois, chez les catholiques, du risque (et si ce n'était que risque) de céder à des compromis que doit répudier une Église sûre de détenir seule le privilège de l'infaillibilité. (Cf. Michael Davies, « Demolishing the Church », dans Christian Order, 65 Belgrave Road, Londres, S.W. IV, 2BG, oct. 1982, p. 472.)

4. Or, la TOB, par une propagande qui bénéficie de puissants moyens et vu le prestige naïvement conféré à ses quelque 120 « spécialistes » (moitié « catholiques », moitié non), sème la confusion dans le monde entier (voir Itinéraires, n. 243, mai 1980). Au sujet des notes ajoutées à la traduction de l'Ancien Testament, on affirme que jamais les divergences d'ordre confessionnel n'ont séparé les éditeurs et les traducteurs. Pour apprécier le mérite d'un tel « oecuménisme », il suffit de lire les notes qui accompagnent la traduction de Gn 1: 2 et d'Is 7: 14, dont nous allons parler. Le N.T. jouit (!) d'une « bonne entente » analogue. Parcourez les élucubrations au moyen desquelles nos météores bibliques éclairent (!), par exemple, Rm 3: 28, Ph 2: 6 et 1 Thess 4:4, passages commentés plus loin.

5. Dans ces conditions, accepter une bible « oecuménique » équivaut à rabaisser l'intelligence de la Parole inspirée au niveau d'un consensus émotif ou rationaliste, synonyme de forfaiture ou de reniement.

a. Le « libre examen » protestant favorise le oui et le non simultanés dans la lecture individuelle de la Bible. Mais le Verbe incarné, Maître absolu de toute vérité, interdit de prêter l'oreille au père du mensonge (Jn 8:44) et d'amalgamer les contradictions. Que votre oui soit oui, que votre non soit non; le surplus vient du Malin (cf. Jac 5: 12; Mt 5: 37).

b. La bible est plus qu'un texte, elle est un sens, écrivait, en 1967, M. l'abbé Pierre Mamie, devenu plus tard évêque de Lausanne-Genève-Fribourg. Laissera-t-on à la TOB ou à Rome le soin d'établir ce sens? La TOB ou bien juxtaposer des interprétations divergentes, ou bien renoncer à privilégier le sens traditionnel (par exemple, dans la note ajoutée à la traduction de Mt 16: 18, spécimen d'imprécision calculée à propos du sens du mot « Église » et de la promesse faite à Pierre).

c. Or, Épouse du Christ-Roi, unique héritière de la vérité qu'il incarne, telle est l'Église catholique. Ses représentants la trahi­raient s'ils n'exigeaient pas en son nom et pour elle — contre les hargnes des récalcitrants et les fourberies du Malin — l'acceptation de son titre, de son devoir de « Mère et Maîtresse » souveraine, seule habilitée à bien traduire la Parole de Dieu et à en communiquer le vrai sens.

d. Qu'il puisse y avoir dans la TOB des « trouvailles » innocentes (sans risque pour la foi), le contraire étonnerait: n'a-t-elle pas eu à son service les « recherches » d'une soixantaine de « savants » réputés « catholiques » ? Mais, en l'occurrence, comme il s'agit d'un tout relatif à la Révélation, on doit appliquer avec rigueur le vieil axiome scolastique: le bien exige la perfection, le mal apparaît au moindre défaut.

« La détestable TOB »

Ouvrez maintenant « la détestable TOB » et relevez les passages propices à l'équivoque et à ses traquenards perni­cieux. Il y en a sur lesquels une exégèse « scientifique » peut ergoter indéfiniment. Le catholique instruit par l'Église n'a aucun mépris pour aucune « science ». Mais, d'une part, — et c'est capital dans le cas des 120 « experts » qui ont mariné la TOB, — il lui répugne le plus raisonnablement du monde de figer en certitudes les simples (et parfois simplistes) hypo­thèses des « savants »; d'autre part, ce n'est pas sur des conclusions purement naturelles (historiques, sociologiques, linguistiques ou autres) qu'il fonde son adhésion d'esprit et de coeur, mais sur la cohérence des vérités (naturelles et surna­turelles) dont l'Église hiérarchique (celle des Apôtres et de leurs successeurs fidèles) a reçu, elle seule, la révélation et la garde « en nom Dieu », dirait Jeanne d'Arc.

1. La création (cf. Gn 1:1-2).—Dans la note d) de la page 43, la TOB nous fait lire que l'auteur sacré « évoque l'état du monde avant la création ». Énormité, que les ambiguïtés « savantes » et le « patinage de fantaisie » des deux notes précé­dentes n'atténuent ni pour les « simples fidèles » (assurés, par un catéchisme honnête, du seul sens propre au verbe créer), ni pour les « experts » (privés d'un renvoi aux explications « savantes » de Création et Séparation, thèse du Père Paul Beauchamp, Paris, Desclée de Brouwer, 1969).

2. La virginité de Marie (cf. Is 7:14; Mt 1: 23, 25; Le 1:26-37). — La TOB emberlificote si bien (ou si mal) sa version que a) l’ almah du prophète devient une « jeune femme » ordinaire en attente d'un fils à naître comme les autres; b) dans les versets évangéliques, on ne lit plus ce que la Tradition y a toujours compris: la volonté de perpétuelle virginité chez Marie, le miracle de sa maternité, l'effec­tive perpétuité de son état virginal.

3. La justification par la foi (cf. Rm 3: 28). — On a dans la TOB la version habituelle: « l'homme est justifié par la foi, indépendam­ment des oeuvres de la Loi ». Mais, en note, après avoir rappelé l'ajout par Luther du mot seulement (par la foi seulement), nos « savants » s'évertuent à montrer (!) que, loin de frelater la pensée de l'Apôtre, cette addition est linguistiquement nécessaire !!! Pour­quoi? Saint Paul, qui écrit en grec, pense en Sémite; or, « l'araméen omet le mot seulement là où l'usage occidental le considère comme indispensable ». Luther sait donc mieux que Paul ce que celui-ci aurait dû écrire, en grec, langue mère de la culture occidentale, pour se faire comprendre des Allemands du XVIe siècle! — Signalons, en outre, la parenté qui rapproche la seule foi et la seule Écriture, chères au protestantisme depuis Luther, et la tortueuse application qu'on en fait, malgré saint Jacques (2: 14-26), malgré saint Paul (Gai 5: 6) et contre l'autorité de Rome dans les questions morales.

Par : Antoine Derome (Pseudonyme du Père Marie-Joseph D’Anjou S.J.)

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