Un de nos savants a disait : « On ne fait pas éclore une rose en tirant sur le bouton. » Pour faire éclore notre vie, la rendre utile à nous et aux autres, le moyen n'est pas de nous livrer à l'extérieur en négligeant nos sources cachées, nos racines et la sève. Si la bouche parle de l'abondance du cœur, l'action aussi parle et dit la richesse ou la pauvreté de notre âme, son orientation, ses volontés profondes et ses fins. C'est là surtout ce qu'il faut assainir, quand il en est besoin ; c'est là, en tout cas, ce qu'il faut faire croître.
Katherine Mansfield souhaitait que sa vie fût « la fleur de la plante qui a été semée », formule bien belle, chrétienne essentiellement, bien que Katherine elle-même crût ne l'être pas. La graine qui a été semée, c'est l'être que nous avons reçu de Dieu, avec ses caractères au complet, y compris son milieu avec toutes ses circonstances. La fleur doit en sortir, homogène, correspondant à l'espèce, à la variété, à l'individualité essentielle.
Une individualité est une création de la nature et de Dieu. Son progrès et sa fleur sont œuvre commune; Dieu y collabore avec nous et avec tout; car « tout est pour les élus », y compris Dieu, pour autant qu'il est mêlé à son ouvrage. Nous avons en nous-mêmes une vie créée; mais nous avons en Dieu une vie incréée qui est Dieu même. Plus la première ressemble à la seconde, plus nous sommes nous-mêmes, plus nous sommes assimilés à Dieu.
Notre Maître ne nous a-t-il pas dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait? » Cela s'entend humainement : soyez comme hommes ce que votre Dieu est comme Dieu; c'est une proportion, non un rapport direct, non la recherche d'une égalité impossible.
Mais on peut aller plus avant dans la profondeur de cette formule. Etre un homme parfait, c'est réaliser la pensée qui nous crée, la graine avant qu'elle soit semée, dirait Katherine Mansfield. Or toute pensée, en Dieu, est Dieu même; tout, en Dieu, est conforme à Dieu. De sorte que, 1 devenir parfait au sens plein du mot, ce serait | bien, en quelque façon, nous diviniser.
Qu'on est loin, de ces pensées ! On se croit toujours au stade définitif. Quand on en change, on ne change pas de persuasion, on change 0 seulement de misère.
L'obsession de notre état nous le fait considérer comme une règle à laquelle ses fluctuations n'enlèvent rien de son prétendu droit devant Dieu et devant les hommes.
J'agis selon moi : mais moi, où en suis-je? Sainte-Beuve écrivait : « Mûrir, mûrir! on durcit à certaines places, on pourrit à d'autres, on ne mûrit pas. »
La sagesse orientale nous avertit, quand elle dit avec le Zend-Avesta : « Nous honorons le meilleur bien, celui de la pureté parfaite, et le séjour parfait des justes, et la route excellente de ce bien parfait. »
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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