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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 11:03

Un de nos savants a disait : « On ne fait pas éclore une rose en tirant sur le bouton. » Pour faire éclore notre vie, la rendre utile à nous et aux autres, le moyen n'est pas de nous livrer à l'ex­térieur en négligeant nos sources cachées, nos ra­cines et la sève. Si la bouche parle de l'abondance du cœur, l'action aussi parle et dit la richesse ou la pauvreté de notre âme, son orientation, ses volontés profondes et ses fins. C'est là surtout ce qu'il faut assainir, quand il en est besoin ; c'est là, en tout cas, ce qu'il faut faire croître.

 

Katherine Mansfield souhaitait que sa vie fût « la fleur de la plante qui a été semée », formule bien belle, chrétienne essentiellement, bien que Katherine elle-même crût ne l'être pas. La graine qui a été semée, c'est l'être que nous avons reçu de Dieu, avec ses caractères au complet, y com­pris son milieu avec toutes ses circonstances. La fleur doit en sortir, homogène, correspondant à l'espèce, à la variété, à l'individualité essentielle.

 

Une individualité est une création de la na­ture et de Dieu. Son progrès et sa fleur sont œuvre commune; Dieu y collabore avec nous et avec tout; car  « tout est pour les élus », y compris Dieu, pour autant qu'il est mêlé à son ouvrage. Nous avons en nous-mêmes une   vie   créée; mais nous avons en Dieu une vie incréée qui est Dieu même. Plus la première ressemble à la se­conde, plus nous sommes nous-mêmes, plus nous sommes assimilés à Dieu.

 

Notre Maître ne nous a-t-il pas dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait? » Cela s'entend humainement : soyez comme hommes ce que votre Dieu est comme Dieu; c'est une proportion, non un rapport direct, non la recherche d'une égalité impossible.

 

Mais on peut aller plus avant dans la profon­deur de cette formule. Etre un homme parfait, c'est réaliser la pensée qui nous crée, la graine avant qu'elle soit semée, dirait Katherine Mans­field. Or toute pensée, en Dieu, est Dieu même; tout, en Dieu, est conforme à Dieu. De sorte que, 1 devenir parfait au sens plein du mot, ce serait | bien, en quelque façon, nous diviniser.

 

Qu'on est loin, de ces pensées ! On se croit toujours au stade définitif. Quand on en change, on ne change pas de persuasion, on change 0 seulement de misère.

 

L'obsession de notre état nous le fait  considérer  comme  une règle à laquelle ses   fluctuations   n'enlèvent   rien   de son prétendu droit devant Dieu et devant les hommes.

 

J'agis selon moi : mais moi, où en suis-je? Sainte-Beuve écrivait : « Mû­rir, mûrir!  on durcit à certaines places,  on   pourrit   à   d'autres, on ne mûrit pas. »

 

La sagesse orientale nous avertit,  quand   elle dit avec le Zend-Avesta : « Nous honorons le meilleur bien, celui de la pureté   parfaite, et   le séjour   parfait   des justes, et la route excellente de ce bien parfait. »

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 09:30

Il n'est pas besoin de souhaiter ce que les humains appellent une mort glorieuse; la mort de tout homme, dans le Christ, est une glorieuse mort. Toute autre gloire, puisqu'elle est destinée à mourir après son héros, déçoit la pensée; celle-ci l'éblouit et la stimule.

 

Être en gloire, c'est affirmer un nom destiné à durer plus que soi. Cela suppose donc la mort. Ce ne serait pas la peine d'attacher notre nom à quelque chose qui dure, si nous-mêmes nous étions immortels. On peut même se demander s'il y aurait lieu alors de nous multiplier dans la chair. On désire des enfants pour vivre davan­tage peut-être; mais n'est-ce pas surtout pour vi­vre plus longtemps, pour essayer de ne pas mou­rir, grâce à une postérité par qui le nom puisse survive?

 

C'est une noble illusion. Mais si de cette façon, ou d'une autre, les noms vivent un peu plus longtemps que les hommes, sur eux, une fois éteints, l'ombre est plus épaisse. L'avenir fera plus de nuit sur Louis le Grand que n'en firent sur Ver­sailles les tours de Saint-Denis, au temps où elles effrayaient, dit-on, le Roi Soleil.

 

En revanche, écoutez comme prélude aux pen­sées chrétiennes le Zend-Avesta : « Nous hono­rons tout homme pur, présent, passé ou futur, pour le temps du bonheur infini ». Telle est la vraie gloire.

 

L'Évangile nous la précise mieux. Il nous présente la mort comme une naissance à l'immortalité, une entrée en Dieu même, une in­troduction en ces retraites intimes de la Trinité d'où rayonne la création et où se rejoignent, pour une reconnaissance et une proximité quasi infi­nies, tous les êtres. La gloire de l'un est alors mul­tipliée par l'être de tous, et  toutes  ces  gloires, dans l'Un au fond seul glorieux, n'en font qu'une. C'est un soleil aux multiples rayons; c'est une auréole semée de grains de lumière.

 

La mort, en dégageant ce qui de nous n'est pas de ce monde, nous rend ce monde en son pur foyer, nous rend tout ce qui de nous se séparait, nous rend à nous-mêmes; et en tout cela désor­mais, en la lumière de Dieu, notre nom luit; notre présence est partout assurée; notre bonheur est une commune richesse; notre puissance, éga­lée à celle de Dieu, n'a pas plus de supérieurs que d'envieux; notre gloire est pleine.

 

Ici-bas, nous suivions un chemin qui tout à coup sort de l'univers pour tomber dans l'abîme divin, où tout se perd et où tout se retrouve. Saints, on nous disait des héros, et l'on célébrait après la mort notre apothéose. Mais ceux qu'on appelle saints n'ont pas en cela de vocation exclu­sive. Leur vocation n'est particulière qu'au titre de supériorité et de certitude pour les survivants. Au fond, la sainteté est la vocation de l'homme,

 

La vérité de la vie, c'est l'héroïsme, et par cet héroïsme modeste ou puissant, pour finir, à tra­vers la mort, a l'apothéose du ciel.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 09:25

La vérité est l'évidence du sage; l'erreur est l'évidence du passionné. Ce temps de passion a des erreurs si obsédantes, qu'il s'en fait gloire et jeu au moment où elles le perdent. On croit voir ces prisonniers, de Don Quichotte, qui sautent à la corde avec leur chaîne.

 

D'où viennent ces illusions? D'un sentiment qu'elles sont destinées à nourrir. Chez l'homme moderne règne une exaltation du moi humain, un orgueil radical, une indiscipline de fond qui est la cause secrète de l'égarement tout à l'heure dé­noncé. Une horreur satanique de ce qui le dimi­nue, fût-ce au regard de l'infini et de l'éternel, a rejeté l'homme loin de ces valeurs d'où tout prend sa règle. On ne les reconnaît plus, parce qu'elles limitent nos prétentions et paraissent entraver nos actes. On veut le champ libre devant soi. On veut s'approuver, s'admirer, non pas toujours per­sonnellement, mais plus orgueilleusement en­core, s'il se peut, par le détour de l'espèce. « Voyez comme nous sommes grands! »

 

De là au « Non Serviam! » et à l'évidence de son droit; de là à l'affolement des prétentions et à la certitude de leur bien-fondé, il n'y a pas un abîme. On détourne les yeux de ce qui nous rap­pelle notre néant : le mystère, la mort, l'éternité, l'idéal de perfection morale et, plus que de tout, de la Divinité qui nous voit, parce que ce regard d'en haut nous mesure et nous juge. Après quoi il paraît clair que les lois de la vie nous appar­tiennent, que nous pouvons en disposer comme nous tentons de disposer de la nature.

 

C'est clair en effet, une fois convenu que nous sommes, nous, myrmidons, insectes pensants nés dans une moisissure de la planète, le sommet de l'Etre et son seul Seigneur.

 

Mais c'est cette prétention qui est folle. Les puissants esprits de meeting et de cabaret s'en gaudissent. On tente, ici et là, d'établir sur ce fondement de « nouvelles civilisations ».

 

Que Dieu protège les égarés ! On leur souhaite de réussir à se retrouver eux-mêmes, à leur place, sous le grand dôme et sous le ciel vivant dont la contem­plation soumise fait notre grandeur.

 

L'homme, seul, est un arbre qui pousse à bois, buissonne, pourrit et ne porte ni fleur ni graine. La sève féconde vient de plus haut.

 

L'humanité, saoule de ses évidences terriennes, devra en revenir. Le chrétien s'en défend; il a pour évidences, lui, celles qu'on a prêtées à Jeanne d'Arc quand on a dit, pour exprimer ses doubles certitudes accordées: Elle marchait dans le ciel sur la terre.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 10:14

Le mot terrible de Pascal prête à des ré­flexions un peu lugubres et il en appelle aussi des consolantes, auxquelles l'auteur ne contredirait pas. On meurt seul ; car la coupure est totale, en­tre celui qui part, abandonnant, disais-je, même son nom, et ceux qui demeurent liés à une exis­tence aussi avare et exigeante qu'elle est éphé­mère.

 

Entre l'oiseau envolé et la cage, il y a le chaos de la parabole, « immense » et « affermi ». Le mort tombe hors du temps, dans un néant de durée temporelle qui est une sorte d'éloignement infini, autrement absolu que l'éloignement d'Adam ou de la nébuleuse primitive, si on ne les mesurait qu'à leurs traces dans la mémoire ou dans nos fantasmes. Dans ce loin­tain, qui peut joindre ou qui peut seconder le tragique partant? Les survivants sont au bord du gouffre; ils tendent les bras, et ils n'étreignent plus rien.

 

Pourtant! Dieu n'est-il pas là? Pascal décrit la mort sans Dieu ou contre Dieu, et il a bien raison d'y voir un total naufrage, ou bien un seul à seul effrayant. Mais quand on est en Dieu et ami de Dieu, le naufrage n'est plus que le saut un peu vertigineux du bateau sur la grève. Il n'y a plus de « chaos », car Dieu remplit tout. Il n'y a pas de durée vide, car Dieu supplée au temps avec son être éternel. Il n'y a pas de solitude, d'aban­don ou de coupure, car tout ce qui est en Dieu tient ensemble,   comme un   seul   être   épanoui, comme une famille heureuse avec tous ses biens.

 

Tout l'univers est au mort mieux qu'il n'était au vivant, qui pourtant était associé déjà, au nom de l'amour, à la possession  souveraine   appelée providence. A plus forte raison le défunt est-il associé aux personnes, vivantes ou mortes comme lui, qui forment en Dieu la communion des saints. Vaste communion, n'excluant que les maudits, ap­pelant les pécheurs et les méchants mêmes, con­fiés aux bras de l'espérance.

 

Le témoignage de  cette  présence  universelle autour du mourant ce sont les rites de l'Église, figuration et intervention active de l'amour qui nous joint, de l'organisation spirituelle qui nous porte. Là, nos proches, réalité très chère, sont aussi un symbole; ils représentent le groupe en­tier; ils sont l'Église intime, au sein de l'Église universelle et éternelle.

 

En partant, nous ne les quitterons pas. Comment se quitter, où fuir, quand on est en ce qui contient tout? Ne peut-on pas dire au contraire, songeant à tout ce qui nous sépare, nous, esprits incarnés, que « la mort est le seul moyen que possède l'esprit de réaliser la perfection de la présence par la perfection de l'absence. » (Louis Lavelle.)

 

La mort ne cesse d'être une épouvantable soli­tude que si elle est peuplée de Dieu; mais avec Dieu, elle est remplie de toute la gloire des êtres, de toute leur intimité, de toute leur hiérarchie établie en harmonie avec leur valeur propre et avec le vœu de nos cœurs.

 

Méditons ces vers de Jocelyn, qui expriment nos premiers et plus chers espoirs. «Renaître sans se voir et sans se reconnaître, Ce serait mourir de nouveau, Seigneur, et non renaître.»

 

Pour l'espoir élargi du chré­tien, du vivant et de l'esprit sans frontières, il y a que tout est en Dieu, que tout est au Christ, que tout fait corps en l'Église que le temps, comme une mer, ballotte et que l'éternité reçoit comme un port tranquille.

 

De l'Église voyageuse, vaisseau porte-avion, nous partons l'un après l'autre, sur la croix qui nous a tendu ses ailes, pour le commun atterris­sage du ciel.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 10:09

Il est d'autant plus nécessaire de se remémo­rer les lois de la vie que notre temps paraît les ignorer tragiquement ou en faire litière. Notre temps est un égaré, un perdu…

 

Le premier besoin de l'homme moderne, après un seul moment de méditation profonde, serait de se crier lui-même de très loin. Quelle distance, entre la vraie vie et ce que nous avons fait d'elle!  Ceux que nous appelons sauvages paraissent mériter ce nom nullement parce qu'ils ignorent nos sciences ou nos arts, mais parce qu'ils vivent plus que nous en accord avec la nature.

 

Tout l'effort de la civilisation actuelle consiste à développer la vie humaine par le dehors : ou­tillage, décor, confort, instruments de plaisir; la vie même, qui est une activité intérieure, s'ou­blie. Autant dire qu'on s'empresse à l'entasse­ment des laissés pour compte, à la fabrication des déchets, et le produit : l'homme, demeure en souffrance.

 

Notre culte de la jouissance et de la sensation quotidienne, du bien-être, du bruit, de la nouveauté, de la vitesse, est devenu un culte de Moloch; l'humanité y périt et se passionne pour sa perte.

 

 L'inconscience est devenue endé­mique. Se demander ce qu'il y a au fond de son cœur, on n'en a pas le temps. La réflexion soli­taire, le silence, la pensée désintéressée n'ont plus de fidèles. On produit; mais à quoi sert le travail s'il ne nous fait pas vivre? Tous nos tra­vaux ne nous seront d'aucun prix, s'ils n'alimentent en nous la vraie vie, celle qui demeure et dès maintenant nous éternise.

 

Il y a la science, l'admirable science, et la lit­térature essoufflée, et nos arts. Comme on aime­rait les louer! Dans la mesure où eux-mêmes ne sont pas contaminés, on les loue. Mais peut-on s'empêcher de dire que ce qui importe avant tout à la vie humaine, ce n'est ni la science, ni la littérature, ni l'art, mais le sentiment de notre place en ce monde et du sens vrai de la vie?

 

En cela, l'homme du désert nous est très supérieur, et de­vant sa calme dignité l'agitation prétentieuse du « civilisé » est bien petite.

 

« La civilisation tend à pourrir les hommes comme les grandes villes à vicier l'air », écrit Amiel. Il faudra que cela change. Le cours des faits nous y contraindra avant longtemps. Nous serons ce torrent dont parlait Léonard de Vinci, qui charrie lui-même les pierres et la terre qui l'obligent à changer son cours.

 

En attendant, l'ef­froyable « divertissement » moderne doit être combattu par chacun en soi. C'est le moyen à notre portée pour que l'humanité en revienne. C'est, en tout cas, notre devoir envers nous-mêmes qui formons à nous seuls une humanité.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:11

A la condition de bien vivre, on n'a pas besoin de penser à la mort. Oui, il est vrai que cette pen­sée peut nous aide à bien vivre cette courte vie.

 

Quand elle viendra, oui on recevra la mort avec grâce; on vivra cet ins­tant comme on a vécu les autres; on en fera son dernier don au ciel, sa dernière soumission, son ultime sacrifice. Ce chant du cygne viendra par­faire la musique continue de la vie.

 

Parfaire la vie, c'est l'oeuvre de tout le temps que le Seigneur nous accorde ; il ne nous l'a donné que pour cela. Le dernier instant n'a pas à cet égard de privilège exclusif. Ce jeune saint le sa­vait qui, jouant et interrogé sur ce qu'il ferait à l'annonce de sa mort sur l'heure, répondait : « Je continuerais ma récréation. » Celui-là avait compris qu'on meurt tout le temps, même quand on folâtre; qu'on vit tout le temps, même en l'acte appelé mort, et que l'unique question est de bien mourir dans les deux cas, et dans les deux cas de bien vivre.

 

C'est ce qui a lieu non point quand on s'attarde et s'hypnotise à l'idée de la mort, mais quand on se tient attaché aux choses éternelles. On meurt alors perpétuellement dans le Christ,  comme le veut l'Apôtre, c'est-à-dire qu'on vit avec le Christ là où il est, détaché de la terre. Et là où vous avez perpétuellement vécu, la mort vous trouve. Elle n'y change rien, sauf qu'elle fait voir ce qu'on avait cru, et qu'elle fait posséder ce qu'on avait aimé dans l'attente.

 

C'est immense pour la joie; pour l'état spirituel, ce n'est rien; au cours de la destinée, c'est une suite; il n'y avait pas à s'en inquiéter; ce n'est pas là notre affaire, mais bien l'affaire de Dieu.

 

Pourquoi attendre la mort, pour entrer dans la vie éternelle? Écoutons la définition par Celui qui l'annonce : « La vie éternelle, ô mon Père, c'est qu'ils te connaissent, toi, seul Dieu vrai, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Le Sau­veur ne nous dit point de passer pour cela par la tombe. C'est, qu'il nous invite au Royaume des cieux. Reconnaître le vrai Dieu, le vrai Christ, à la place des idoles de la terre, et leur donner son culte : puisque c'est la vie éter­nelle, cela nous donne le droit d'oublier la mort, comme le fervent des plaines d'Italie oublie le Simplon, le Gothard et leur nuit sous terre, alors que sa ferveur anticipe et que l'espoir  tient.

 

La consigne du chrétien est donc de faire son choix entre ce monde voulu pour lui-même, et l’autre; de tout quitter sans cesse en esprit, ce qui ne survit pas; après cela, de s'en remettre à Dieu, sachant que la bonne façon de préparer la mort, et, par elle, notre vie ultérieure, c'est, dans la vie présente, d'être toujours prêt à partir.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:00

Amiel avait proposé ce programme : « Enfermer son temps dans son éternité, ses amours partiels dans son amour suprême, sa variété humaine dans son unité divine. »

 

Oui, unifier la vie dans ce qu'elle a de souverain, procurer ainsi à cette, vie un centre régulateur et régénérateur, c'est lui donner une cohérence et une énergie qu'elle ne saurait avoir par elle-même. Nous sommes tirés en tous sens ; nous aimons ou non au gré des ren­contres ; notre temps est une chaîne aux anneaux disjoints. Petites volontés, petites activités, gestes automatiques ou spontanéités sans logique in­terne, nulle suite définie, nulle destinée cons­ciente, n'est-ce pas l'ordinaire des humains?

 

« La plupart des jeunes sont vieux et presque tous les vieux sont morts », écrit André Suarès. Il veut dire que l'intensité manque. Et d'où vient l'intensité de l'action, sinon d'une plénitude uni­fiante qui jette tout l'être en ce qu'il fait? Si elle venait d'ailleurs, elle ne serait que passion arbi­traire et funeste. La vieillesse d'âme est un aveu; elle témoigne qu'on ne tient pas le fil de l'exis­tence, que les grandes valeurs humaines n'ont pas conquis le cœur, qu'on vit  un   temps   sans éternité, des jours émiettés, et partant vides. Sans cela, le temps ne vous abandonnerait point, et on ne serait pas plus vieux à soixante-dix ans qu'à quinze. La jeunesse n'est pas une question d'âge; c'est un climat du cœur.

 

So­phocle disait : Le temps « qui voit toutes choses », demande à les voir d'un regard haut, et par la pensée, l'amour, les propos et les initia­tives, il les assemble.

 

Un vrai vivant, si on lui frappe sur l'épaule pour lui demander : que fais-tu, doit pouvoir répondre : je fais ceci, en considération de cela, en vue de telle autre chose,avec, pour dernier secret plus ou moins sous-entendu de sa conduite: je marche vers l'éternel.

 

Vous êtes content de votre vie? Pourquoi? Mé­content? Pourquoi encore? La connaissez-vous seulement? Êtes-vous entré en elle plus qu'en vous-même? Et, avant d'y entrer, pour y aller d'un pas sûr, l'avez-vous établie avec Dieu, rêvée en lui, conformément au rêve divin qui crée tous les êtres?

 

Bhagavad-Gîtâ disait : « L'homme qui ne pratique pas l'union divine n'a pas de raison ». Où trouver la raison, là où manque le principe uni­fiant, le lien des intentions et des résolutions, des résolutions et des faits, des faits d'hier, d'aujour­d'hui et de demain, du tout avec la fin souve­raine?

 

La raison est l'instrument du Sou­verain guide. La vie avec ce Guide  Divin est la seule digne de l'homme et porteuse d'espoir.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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