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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 08:01

La sixième parole à la Croix vint des soldats qui se moquaient de Lui, et s'approchant, ils Lui présentèrent du vinaigre, en disant : « Si Tu es le Roi des Juifs, sauve-Toi! (Luc 23. 36 et 37) Ces gens n'étaient pas juifs, ni citoyens du pays conquis d'Israël; c'étaient de fiers légionnaires de Rome. Pourquoi donc se moquaient-ils de Lui en L'appelant le Roi des Juifs?

Parce que, en accord avec l'esprit du paganisme, ils pensaient que tous les dieux étaient des dieux nationaux. Babylone avait eu ses dieux, les Mèdes et les Perses avaient eu les leurs, les Grecs aussi, et les Romains avaient également les leurs. L'allusion était que, de tous les dieux nationaux, aucun ne semblait plus pauvre et plus faible que le Dieu d'Israël qui ne pouvait Se sauver Lui-même de l'arbre de la Croix.

Il est vraisemblable aussi que la raillerie des soldats était inspirée par l'inscription qu'ils pouvaient lire, écrite en trois langues, sur la Croix: « Le Roi des Juifs. » (Jean 19, 19.)

D'autres avaient demandé à Jésus de descendre de la Croix, ou de Se sauver Lui-même, mais les soldats, comme le larron de gauche, Le mettaient au défi de Se sauver Lui-même. Eux aussi, ils trouvaient de l'intérêt au salut, mais entendu seulement au sois matériel, et non au sens spirituel. Il se cachait d'ailleurs dans cette parole une certaine gloriole, parce qu'ils pensaient avoir tellement bien fait leur travail de bourreaux, (ils avaient rivés les clous) que le Supplicié ne pourrait pas arriver à Se déta­cher Lui-même de la Croix.

Les soldats avaient déjà jeté les dés pour la tunique sans couture de Jésus. Caïphe avait déchiré ses vêtements sacer­dotaux, mais les vêtements du Grand Prêtre cloué sur la Croix ne furent pas déchirés. Il laissa aux militaires qui L'injuriaient, Sa tunique sans couture et leur idée qu'il ne pouvait pas Se sauver Lui-même. Ils devaient être de faction au sépulcre le matin de Pâques, pour voir à quel point ils s'étaient trompés et pourquoi Il n'avait pas voulu Se sauver Lui-même.

Ces soldats appartenaient à un empire dans lequel un général qui sacrifiait des milliers de soldats pour une gloire passagère était tenu en grande estime, mais ils méprisèrent le Chef de la Rédemption qui mourait Lui-même afin que les autres puissent vivre. C'est un des rares passages du Nou­veau Testament où il soit parlé des soldats d'une manière défavorable. Ils ne virent guère que Son refus de Se sauver Lui-même n'était pas dû à la faiblesse, mais à l'obéissance à la loi du sacrifice.

Leur vie leur faisait un devoir de mourir, si c'était nécessaire, pour sauver leur pays. Mais ce sacrifice-là, bien au-dessus du plan militaire, ils ne pouvaient pas en saisir le sens. Ils ne pouvaient voir les événements qu'à la suite les uns des autres, tandis que le Christ avait tout réglé dès les origines. Il était venu pour « donner Sa vie en rançon pour une multitude ».

Si, pour leur obéir, Il S'était sauvé Lui-même, les hommes seraient restés sans Sauveur.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 09:29

La cinquième parole à la Croix, arrive au moment où l'obscurité enveloppait la terre, Nôtre-Seigneur cria: « Élôï, Élôï, lama sabachthani? » (Marc 15 35) ce qui signifiait : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné? »

Lorsqu'ils entendirent cela, ceux qui se trouvaient à proxi­mité dirent : « Voici qu'il appelle Élie...

Voyons si Élie viendra Le détacher! (Marc 15, 35-36.)

Il n'est pas certain que la fausse interprétation qui leur faisait prendre Élôï pour Élie ait été volontaire. Mais il y avait certainement une intention de moquerie, car c'était une croyance des Juifs qu'Élie devait revenir avant la venue du Seigneur, en raison de la prophétie de Malachie.

Leur défi signifiait que Jésus ne pouvait pas à coup sûr être le Christ, puisque Élie n'était pas encore revenu.

Ainsi ils faisaient apparaître le soi-disant Messie comme appelant un homme qui devait précéder Sa venue.

En réalité, Élie était venu en esprit dans la personne de Jean-Baptiste.

Avant la naissance de Jean, l'ange était apparu à son père Zacharie, disant que le fils qui devait naître de lui convertirait un grand nombre des enfants d'Israël au Sei­gneur leur Dieu, et marcherait devant Lui dans l'esprit et la puissance d'Élie. (Luc 1, 16.)

Il était évident que l'esprit d'Élie reposait sur Jean, car la première prédication du Baptiste s'appliquait au « Repentir ».

Malachie avait prophétisé que c'était de cette manière que le Précurseur annoncerait le Seigneur.

En outre, le genre de vie et le vêtement de Jean manifestaient sa ressemblance spi­rituelle avec le grand Élie.

Le Seigneur était sur la Croix; Élie était venu en esprit.

Les railleurs rappelaient certaine­ment des allusions que Nôtre-Seigneur avait faites à Élie pendant Sa vie publique.

N'avait-Il pas dit aux messagers du Baptiste que l'acceptation de toute vérité qu'il enseignait dépendait de l'état de la volonté de chacun? Ainsi, accepter Jean comme Élie signifiait qu'on acceptait la pénitence que Jean avait eu mission d'apporter aux âmes.

« En vérité, Je vous le dis, si vous voulez comprendre, c'est lui Élie dont le retour a été annoncé. » (Matthieu 11, 14.)

Si leurs consciences avaient été droites, leur avait dit Jésus, ils auraient accepté Jean dans l'esprit d'Élie.

Deux ans avaient passé et les dispositions de leurs consciences se révélaient, alors que Jésus était suspendu à la Croix.

Ils avaient reproché à Jean son ascétisme et son renoncement; maintenant, ils reprochaient à Jésus d'être attaché à la Croix.

De même que ces gens avaient attendu un Élie différent du Précurseur, ils avaient espéré un Messie tout différent de ce qu'il était.

Ceux qui adressaient ce mot à la Croix, parce qu'ils avaient mal compris une parole, sont le type de beau­coup de ceux qui pensent que la religion signifie toujours autre chose que ce qu'elle signifie réellement.

A propos du Crucifiement, la seule remarque qui mettait tout le monde d'accord était celle-ci: « Descends de la Croix. »

Satan n'au­rait pas voulu qu'il y monte; Pierre s'était scandalisé de la simple allusion qui y avait été faite.

Même ceux qui croient que le Christ était une personne humaine ne veulent pas de Sa Croix.

Le monde reste en attente d'Élie pour L'en des­cendre.

Le Christ sans Sa Croix est le désir des mondains.

Le reproche d'avoir refusé de descendre de la Croix sera toujours fait par ceux qui veulent un Christ doucereux, avec des mains bien blanches et sans stigmates.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 09:43

Cette quatrième parole vint de la gent intellectuelle de l'époque, les grands prêtres, les scribes et les pharisiens.

Il en a sauvé d'autres. Il ne peut Se sauver Lui-même!

S'il est le Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en Lui. Il a mis Sa confiance en Dieu: que Dieu Le délivre maintenant, s'il L'aime; car Il a dit : « Je suis le Fils de Dieu. » (Matthieu 27, 42-43.)

La gent intellectuelle en sait toujours assez sur la religion pour la dénaturer. C'est ainsi qu'ils prirent chacun des trois titres revendiqués par le Christ, « Sauveur », « Roi d'Is­raël », et « Fils de Dieu », pour les tourner en ridicule.

« Sauveur » : Il avait été appelé ainsi par les Samaritains. Les scribes reconnaissaient maintenant qu'il avait sauvé des gens, probablement la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm et Lazare. Ils pouvaient se permettre de le reconnaître en ce moment où le Sauveur Lui-même avait besoin d'être sauvé.

Il en a sauvé d'autres, Il ne peut pas «Se sauver Lui-même. » Le miracle, concluant pour eux, manquait encore.

Bien sûr, Il ne pouvait pas Se sauver Lui-même! La pluie ne peut pas se sauver elle-même, si elle est destinée à faire pousser la végétation. Le soleil ne peut pas se sauver lui-même, s'il doit éclairer le monde; le soldat ne peut pas se sauver lui-même, si son devoir est de sauver sa patrie. Et le Christ ne peut pas Se sauver Lui-même, s'il doit sauver Ses créatures !

« Roi d'Israël » : ce titre Lui avait été donné par la foule après qu'il eut nourri une grande quantité de gens, mais Il s'était retiré seul dans la montagne. Ils avaient repris ce titre dans leurs acclamations du jour des Rameaux, alors qu'ils jetaient des jonchées de branchages sous Ses pas. Maintenant, ce titre était une occasion de sarcasmes et ils ricanaient : « S'il est le Roi d'Israël, qu'il descende donc de la Croix. »

Est-ce que tous les rois de la terre sont obligés de siéger sur un trône d'or? Ne peut-on supposer que le Roi d'Israël ait décidé de gouverner du haut d'une Croix, pour être roi des cœurs par amour, au lieu d'être roi des corps par l'exer­cice du pouvoir? La littérature même des Juifs suggérait l'idée d'un Roi qui arriverait à la gloire en passant par l'hu­miliation. Il était donc bien ridicule de se moquer d'un Roi parce qu'il refusait de descendre de Son trône. Et s'il en était descendu, ils auraient été les premiers à dire, comme ils l'avaient déjà fait, qu'il agissait ainsi par la puissance de Beelzéboul. Les forces d'irréligion ont leurs beaux jours dans les moments de grandes catastrophes. En temps de guerre elles demandent : « Où donc est Dieu à présent? » Comment se fait-il qu'en temps de trouble on accuse toujours Dieu, et non l'homme? Faudrait-il qu'en temps de guerre le juge prenne la place du coupable lorsque l'homme demande : « Pourquoi Dieu n'arrête-t-Il pas la guerre? »

Ainsi donc le Christ entendit les moqueries qu'on Lui adressait! Ceux qui les faisaient ne se doutaient pas qu'ils étaient déjà perdus. Ils pensaient que c'était Jésus qui était perdu. C'est pourquoi eux, les vrais condamnés, se moquaient de Celui qu'ils croyaient perdu. L'enfer triomphait sur ce qui était humain en Lui ! C'était vraiment l'heure de la puissance des démons de l'enfer.

Les insulteurs prétendaient qu'ils croiraient en Jésus s'il descendait de la Croix. Mais ils n'avaient pas cru quand ils L'avaient vu ressusciter Lazare. Ils ne croiraient pas non plus quand Il ressusciterait d'entre les morts. Ils interdi­raient alors aux Apôtres de prêcher la Résurrection, qu'ils savaient pourtant être un fait. Aucune descente de la Croix n'aurait gagné les hommes. C'eût été humain de descendre : c'était divin de rester suspendu à la Croix !

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 08:32

La troisième parole à la Croix vint du larron de gauche : «Sauve-Toi Toi-même, et nous avec Toi, si Tu es le Christ.» (Luc 23, 39.)

L'égoïste type, qui n'a jamais conscience d'avoir mal agi, demande : « Pourquoi Dieu m'a-t-Il fait cela? » Il juge le pouvoir de salut de Dieu d'après la suppression des épreuves. C'est en quelque sorte comme si le mauvais larron avait dit, bien avant Karl Marx : « La religion est l'opium du peuple. A quoi sert-elle, si elle ne peut délivrer de l'épreuve? »

Une religion qui pense aux âmes lorsque meurent les hommes, qui les invite à regarder vers Dieu lorsque des tribunaux leur infligent l'injustice, qui parle du Paradis ou du bonheur futur lorsque les estomacs crient la faim ou lorsque les corps sont torturés par la douleur, qui discourt sur le pardon alors que des hommes rejetés par la société, deux voleurs et un charpentier de village, sont en train de mourir sur le gibet, une telle religion est bien « l'opium du peuple ».

Le seul salut que pouvait comprendre le larron de gauche, n'était ni d'ordre spirituel, ni d'ordre moral, il était d'ordre physique : « Sauve-Toi, et nous avec Toi! »

Sauver quoi? Les âmes? Non! L'homme n'a pas d'âme! Sauve nos corps! Quel bien apporte la religion, si elle ne peut pas arrêter la souffrance? Descends du gibet! Le christianisme, s'il n'est pas un évangile social, n'est qu'une drogue. Voilà ce que signifiait le cri du mauvais larron.

Des hommes peuvent se trouver dans des circonstances semblables et réagir de manières totalement différentes. Les deux larrons étaient semblables par la dépravation de leurs cœurs, et cependant ils eurent des réactions différentes par rapport à l'Homme qui était entre eux deux.

Il n'y a pas de moyens extérieurs, pas de bons exemples qui, d'eux-mêmes, soient suffisants pour amener une conversion, tant que le cœur lui-même n'est pas changé. Ce larron était certainement juif, puisqu'il fondait son acceptation du Messie ou Christ uniquement sur le pouvoir qu'il aurait de le faire descendre de la Croix.

Mais, supposé que le Christ ait arraché les clous, qu'il eût arrêté le sang qui coulait de ses mains et de ses pieds, qu'il lui eût rendu une fraîcheur et un renou­veau de vie, est-ce que le reste de la vie terrestre de cet homme eût été un témoignage de foi dans le Christ, ou simplement la continuation de sa vie de voleur? Si Nôtre-Seigneur n'avait été qu'un homme ordinaire, tenu de main­tenir sa réputation, Il aurait dû montrer sa puissance sur le champ ; mais parce qu'il était Dieu, connaissant les secrets de tous les cœurs, Il garda le silence.

Dieu ne répond pas à la prière de l'homme uniquement pour manifester Son pouvoir.

Extrait de: LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 09:32

Le monde a toujours de la place pour les médiocres, jamais pour les très bons ou les très mauvais. Les bons sont un reproche pour les médiocres et les mauvais sont une gêne. C'est pourquoi, au Calvaire, la Bonté est crucifiée entre deux voleurs. C'est Sa vraie position : au milieu du rebut et des vauriens. Jésus est l'homme qu'il convient, à la place qui convient. Lui qui a dit qu'il viendrait comme un voleur pendant la nuit, II Se trouve entre deux voleurs ; le Médecin est au milieu des lépreux; le Rédempteur est au milieu de ceux qui ne sont pas encore rachetés.

Le bon larron, touché par le Sauveur en Croix, Lui dit : « Seigneur, souviens-Toi de moi quand Tu seras dans Ton Royaume. » (Luc 23, 42.)

C'est la seule parole adressée à la Croix, qui ne fut pas un reproche. Tandis que les passants ne voulaient apprécier la Divinité de Nôtre-Seigneur que d'après la délivrance de la douleur, le bon larron demandait la délivrance du péché. Celui qui croit ne demande aucune preuve, et il n'y avait point la condition : « Si Tu es le Fils de Dieu ». Les paroles du larron impliquaient que certainement Celui qui pouvait le faire entrer dans un royaume pouvait alléger sa douleur et détacher les clous, s'il le voulait.

L'attitude de chacun autour de la Croix, était à l'opposé de la foi vraie que manifestait le bon larron ; celui-ci croyait en effet alors que les autres refusaient de croire. Le mal­faiteur pénitent appela Jésus « Seigneur », c'était reconnaître en Lui quelqu'un qui possédait le droit de régir; il Lui assi­gna un royaume qui n'était certainement pas de ce monde, car Il ne portait aucune marque extérieure de la royauté. Victime et Seigneur n'étaient pas pour le bon larron des termes incompatibles.

Un voleur sur le point de mourir com­prit cela avant les Apôtres. C'est la seule conversion à l'ar­ticle de la mort qui soit mentionnée par les Évangiles, mais elle avait été précédée par la Croix de souffrance. Ce que le bon larron demanda méritait d'être retenu. Mais pourquoi fallait-il le retenir, si ce n'est parce que le pardon, offert par le Christ à Ses bourreaux, pouvait aussi bien être offert au voleur? Il n'y eut pas un mot de blâme ou de reproche il l'endroit du bon larron, car son cœur était déjà meurtri et brisé. Cette parole à la Croix est la seule qui reçut une réponse, et cette réponse était la promesse du Paradis que le larron recevrait le jour même.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 08:17

Nôtre-Seigneur a dit sept paroles du haut de la Croix; mais il y eut aussi sept paroles adressées à Nôtre-Seigneur en Croix.

LA PREMIÈRE PAROLE A LA CROIX

Il est des gens qui ne restent jamais assez longtemps auprès de la Croix pour s'imprégner des flots de grâces qui coulent du Crucifié. Ce sont des « passants ».

Les passants L'injuriaient en branlant la tête et en disant : « Toi qui détruis le Temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-Toi Toi-même; si Tu es le Fils de Dieu, des­cends de la Croix.» (Matthieu 27, 39-40.)

Le Seigneur était à peine sur la Croix, qu'ils Lui deman­daient d'en descendre. « Descends de la Croix » est la demande la plus typique d'un monde non régénéré, en face du renon­cement et de l'abnégation. Ils voudraient une religion sans la Croix. Tandis que Jésus priait pour Ses bourreaux, « Père, pardonne-leur », ils disaient d'un ton sarcastique : « Si tu es le Fils de Dieu ». S'il avait obéi à leur invitation outra­geante : «Descends», en qui auraient-ils cru? Comment l'Amour pourrait-il être l'Amour s'il ne coûtait pas Celui qui aime? Si le Christ était descendu de la Croix, il y aurait eu une Croix, mais pas de crucifix. La Croix est une contra­diction; le Crucifiement est la solution de la contradiction entre la vie et la mort, parce qu'elle montre que la mort est la condition d'une vie plus haute.

Les passants renouvelaient effrontément l'accusation déjà portée au tribunal, que Jésus voulait détruire le Temple de Jérusalem et, ensuite, en reconstruire un autre en trois jours, alors qu'ils savaient qu'il avait parlé du Temple de Son Corps. Cela excitait tellement leurs esprits qu'ils devaient renouveler encore la même accusation lorsqu’Étienne, le pre­mier martyr, fut lapidé.

Mais la raillerie est un des compo­sants de la coupe de tristesse et, si le Christ ne l'avait pas supportée patiemment, d'où Ses disciples auraient-ils pu tirer la force dans des procès identiques?

La cruauté des lèvres qui raillent fait partie de l'héritage du péché, aussi bien que la cruauté des mains qui clouent. Sur la montagne de la tentation, Satan usa du même argument lorsqu'il demanda au Seigneur affamé de changer les pierres en pain. C'était si inattendu que le Fils de Dieu eut faim! C'était si inattendu pour le Fils de Dieu qu'il souffrit!

Pourquoi les passants n'ont-ils pas eu la patience d'at­tendre les « trois jours » dont il était question dans leurs sarcasmes? Les sceptiques demandent toujours des miracles, comme de descendre de la Croix, mais jamais le miracle, pourtant plus grand, du pardon. (A SUIVRE)

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 08:44

LA SEPTIÈME PAROLE

Un des châtiments imposés à l'homme à la suite du péché originel, c'est qu'il mourrait en son corps. Après le renvoi du paradis, Adam buta sur le corps inanimé de son fils Abel. Il lui parla, mais Abel ne répondit pas. Il lui souleva la tête, mais elle retomba en arrière, les yeux étaient sans vie et le regard éteint. C'est alors qu'Adam se rappela que la mort était le châtiment du péché. C'était le premier cas de mort dans le monde. A présent, le nouvel Abel, le Christ, immolé par la race de Caïn, Se préparait à retourner vers Son Père.

Sa sixième Parole s'adressait à la terre, la dernière allait s'adresser à Dieu. La sixième était un adieu au temps, la septième marquerait le commencement de la gloire du Christ. Trente-trois ans auparavant, Il avait quitté la maison de Son Père pour aller dans le pays étranger qu'était pour Lui notre monde. Après y avoir donné Sa Chair et Son Sang pour les pécheurs, après avoir reçu les sarcasmes et le vinaigre de l'ingratitude humaine, Jésus Se préparait à retourner vers la maison de Son Père. C'est alors qu'il laissa tomber de Ses lèvres la prière parfaite

« Père, Je remets Mon esprit entre Tes mains. » (Luc 23, 46.)

Ces mots ne furent pas prononcés dans un murmure d'épui­sement, comme font les hommes qui arrivent à leur dernier soupir. Il avait déjà dit que personne ne Lui enlèverait Sa vie, mais qu'il la donnerait Lui-même. La mort ne posa pas la main sur Son épaule pour Lui donner le signal du départ. C'est Lui qui alla à sa rencontre. Pour montrer qu'il ne mou­rait pas d'épuisement, mais par un acte de Sa volonté, Ses dernières paroles furent dites en poussant un grand cri. (Matthieu 27, 50.)

C'est le seul exemple qu'on trouve dans l'histoire d'un Mou­rant qui était un Vivant.

Ses paroles d'adieu étaient une citation des Psaumes :

« Entre Tes mains Je remets Mon esprit; Dieu toujours fidèle, Tu Me réclames pour Toi. Je laisse les insensés Te provoquer par le culte des faux dieux; pour Moi, c'est dans le Seigneur que Je mets Ma confiance. J'exulterai et Je Me réjouirai de Ta grâce, parce que Tu as eu pitié de Ma faiblesse, et Tu M'as sauvé quand J'étais dans l'an­goisse. » (Psaume 30, 6-9.)

Le Christ ne Se chantait pas à Lui-même le chant de la mort; Il proclamait plutôt la marche en avant de la Vie divine. Il ne se réfugiait pas en Dieu parce qu'il devait mourir, mais Sa mort était un service pour l'homme et l'accomplissement de la volonté du Père. Pour un homme qui estime que la mort est la plus terrible épreuve de sa vie, il est difficile de comprendre la joie qui inspira ces paroles du Christ mourant. L'homme pense que c'est sa mort qui décide de son état futur; c'est plutôt sa vie qui en décide. Certains des choix qu'il a faits, les occasions qu'il a eues entre ses mains, les grâces qu'il a acceptées ou rejetées, c'est cela qui décide de son sort futur.

Le péril de la vie est plus grand que le péril de la mort. Dans le cas du Christ, c'est la manière dont Il avait vécu, c'est-à-dire pour racheter les hommes, qui provoqua la joie de Sa mort et Sa réunion avec le Père des Cieux. Ce n'est qu'après une longue période de temps que cer­taines planètes achèvent de décrire leur orbite, comme si elles venaient à leur point de départ pour saluer Celui qui les a lancées sur le chemin qu'elles parcourent, ainsi le Verbe Incarné, ayant achevé Sa mission terrestre, retournait vers le Père des Cieux, qui L'avait envoyé pour accomplir l'œuvre de la Rédemption.

Lorsque ces paroles furent dites, on entendait en face, sur la colline de Jérusalem, les gémissements des milliers d'agneaux qu'on immolait dans la cour extérieure du Temple, afin que leur sang puisse être offert sur l'autel, devant le Seigneur Dieu, et que leur chair puisse être mangée par le peuple. Nous ne savons pas s'il y a quelque vérité dans l'en­seignement des rabbis, qui prétend que ce serait ce même jour que Caïn aurait tué Abel, que Dieu aurait fait l'Alliance avec Abraham, qu'Isaac aurait été conduit sur la montagne pour être sanctifié, que Melchisédech aurait offert le pain et le vin à Abraham, et qu'Ésaü aurait vendu son droit d'aî­nesse à Jacob ; mais en ce jour, l'Agneau de Dieu fut immolé et toutes les prophéties furent accomplies.

L'œuvre de la Rédemption était achevée. Il y avait la rupture d'un cœur dans un ravissement d'amour; le Fils de l'homme inclina Sa tête et accepta de mourir.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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