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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:53

Et parce que nos croix diffèrent, nos âmes aussi connaîtront une gloire différente. Trop souvent nous pensons qu'au Ciel il y aura une sorte d'équivalence avec nos positions sociales d'ici-bas ; que par exemple les domestiques sur terre, seront domestiques au ciel ; que les personnalités sur terre seront des personnalités au ciel. Ce n'est pas vrai.

Dieu tiendra compte de nos croix. Il sembla le suggérer dans la parabole de l'homme riche et de Lazare : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et pareil­lement Lazare ses maux. Maintenant il est consolé ici, et toi tu souffres. » (S. Luc XVI, 25.)

Il y aura une brillante récompense pour ceux qui souffrent ici-bas. Du fait que nous vivons dans un monde où la position sociale est basée sur la richesse, nous oublions trop que dans le royaume de Dieu, les notables sont ceux qui font sa volonté. Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, car Dieu ne tient pas compte des personnes.

Une dame riche et haut placée dans la société arriva au ciel. Saint Pierre lui montra une belle demeure et lui dit : « Voici la maison de votre chauffeur ». « Eh bien ! dit-elle, si c'est là sa maison, quelle va être la mienne ! » Désignant une minuscule chaumière, saint Pierre lui dit alors : « Voilà la vôtre ». « Impos­sible, je ne puis vivre là-dedans ! » s'exclama-t-elle. Et saint Pierre de répondre : « Je regrette beaucoup, mais c'est tout ce que j'ai pu faire avec les matériaux que vous m'avez envoyés ! » Ceux qui ont souffert, comme le bon larron, ont envoyé à l'avance des matériaux de bonne qualité.

Qu'importe ce que vous faites ici-bas ; ce qui importe, c'est l'amour que vous y mettez. Le balayeur de rues qui, au nom de Dieu, accepte une croix due à sa position dans la vie, par exem­ple le mépris de ses concitoyens ; une mère de famille qui dit son fiât à la volonté de Dieu et élève ses enfants pour le royaume de Dieu ; les malades dans les hôpitaux qui disent leur fiât à la dou­leur qui les crucifie, sont des saints non canonisés, car qu'est-ce que la sainteté sinon une fixité dans le bien, acquise en s'aban­donnant à la volonté suprême de Dieu.

Il est typiquement américain de croire, qu'à moins de faire quelque chose de grand, on ne fait rien. Mais du point de vue chrétien, une chose n'est pas plus grande qu'une autre. L'impor­tance provient de la façon dont notre volonté utilise les choses. C'est pourquoi balayer un bureau pour l'amour de Dieu est plus important que diriger ce même bureau pour l'amour de l'argent.

La plupart de nos misères et de nos malheurs proviennent de notre révolte contre notre condition présente, augmentée de fausse ambition. Nous en arrivons à critiquer toute personne plus haut placée, comme si son manteau d'honneur avait été volé sur nos épaules. Soyez assurés que si la volonté de Dieu est que nous accomplissions une certaine tâche, elle sera accomplie, même si le monde entier s'insurgeait pour dire « non ». Mais si nous obte­nons cet honneur en abandonnant la vérité et l'humilité, il sera amer comme l'absinthe et le fiel.

Chacun d'entre nous doit louer et aimer Dieu à sa propre manière. L'oiseau loue Dieu en chantant, la fleur en s'épanouis­sant, les nuages par leurs ondées, le soleil par son éclat, la lune par sa clarté, et chacun d'entre nous par sa patience et sa résigna­tion aux épreuves de sa condition.

Au fond, votre vie ne comprend que deux choses : 1° des devoirs actifs, 2° des circonstances passives. Les premiers dépen­dent de vous ; faites-les au nom de Dieu. Les secondes échappent à votre contrôle ; il faut vous y soumettre au nom de Dieu. Ne considérez que le présent ; abandonnez le passé à la justice de Dieu et l'avenir à sa providence. La perfection de la personnalité ne consiste pas à connaître les desseins de Dieu, mais à s'y sou­mettre à mesure que les circonstances de la vie nous les révèlent.

En réalité, il n'y a qu'un raccourci dans la voie de la sain­teté, c'est celui que Marie choisit dans la Visitation, celui que Nôtre-Seigneur choisit à Gethsémani, celui que le voleur choisit sur la croix — c'est l'abandon à la volonté de Dieu.

Si l'or, dans les entrailles de la terre, ne disait pas son fiât au mineur puis à l'orfèvre, jamais il ne deviendrait le calice de l'autel. Si le crayon ne disait pas son fiât entre les doigts de l'écrivain, jamais nous n'aurions le poème ; si Notre-Dame n'avait pas dit son fiât à l'ange, jamais elle ne serait devenue la Maison d'Or ; si Nôtre-Seigneur n'avait pas dit fiât à la volonté du Père à Gethsémani, jamais nous n'aurions été rachetés ; si le voleur n'avait pas dit fiât dans le fond de son cœur, jamais il n'aurait escorté le Maître pour entrer au Paradis.

Ce n'est qu'à cause de notre refus de laisser Dieu agir en nous que nous sommes ce que nous sommes, des chrétiens mé­diocres, débordants d'enthousiasme un jour, et abattus le lende­main. Comme du marbre rebelle, nous nous révoltons contre la main du sculpteur ; comme une toile sans vernis, nous redoutons les touches de couleurs du Divin Artiste. Nous craignons telle­ment qu' « en Le recevant, nous n'ayons à renoncer à tout » et nous oublions qu'il n'y a plus à se soucier des étincelles lorsqu'on possède tout le feu de l'amour, ni de l'arc quand on a le cercle parfait.

Nous commettons toujours l'erreur fatale de croire que ce qui compte c'est ce que nous faisons, alors que ce qui compte en réalité, c'est ce que nous laissons Dieu faire en nous. Dieu envoya l'ange à Marie, pour lui demander, non pas de faire quel­que chose, mais d'accepter que quelque chose fût fait.

Puisque Dieu est un meilleur ouvrier que vous, plus vous vous abandonnez à lui, plus il peut vous rendre heureux. S'il est bien d'être arrivé par ses propres moyens, il est mieux encore d'être arrivé par l'aide de Dieu.

Il est certain que Dieu vous aimera, même si vous ne l'aimez pas, mais rappelez-vous que si vous ne lui donnez que la moitié de votre cœur, il ne pourra vous rendre heureux qu'à moitié. Vous objectez qu'alors vous ne jouissez de la liberté que pour la sacrifier ? A qui la sacrifiez-vous ? Vous la sacrifiez aux inspira­tions du moment, à votre égoïsme, aux créatures, ou à Dieu ?

Savez-vous bien que si vous sacrifiez votre liberté à Dieu, au ciel vous ne serez plus libre de choisir, parce que possédant ce qui est parfait, il n'y a plus à choisir. Et pourtant vous serez par­faitement libre, car vous ne ferez qu'un avec celui dont le Cœur est liberté et amour !

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 08:43

De même, chacun de nous a sa croix. Nôtre-Seigneur a dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite. » (S. Marc viii, 34.) Il n'a pas dit : « Prenez ma Croix. » Ma croix n'est pas la même que la vôtre, et la vôtre n'est pas la même que la mienne. Chaque croix est faite sur mesure, façonnée pour convenir à un être, mais à nul autre.

C'est pourquoi nous disons : « Ma croix est dure. » Nous pensons que les croix des autres sont plus légères, en oubliant que notre croix est dure pour la seule et simple raison que c'est la nôtre. Nôtre-Seigneur ne fit pas sa Croix ; elle fut faite pour lui. Ainsi la vôtre est faite par les circonstances de votre vie, et par la routine de vos devoirs. C'est pourquoi elle vous pèse tant. Les croix ne sont pas faites en série.

Nôtre-Seigneur s'occupe de chaque âme séparément. Il se peut que, sous la couronne d'or que nous désirons, se trouve la couronne d'épines, mais les héros qui choisissent la couronne d'épines trouvent souvent par-dessous la couronne d'or. Même ceux qui semblent en être exempts, ont cependant leur croix.

Nul n'aurait jamais soupçonné qu'en se soumettant à la volonté de Dieu par son acceptation de devenir la Mère de Dieu, Marie aurait à porter sa croix. Il semblerait aussi, qu'étant préservée du péché originel, elle serait dispensée des peines de ce péché, de la douleur par exemple. Pourtant cet honneur lui valut sept croix, et finit par faire d'elle la Reine des martyrs.

Donc il y a autant de sortes de croix que de personnes : croix du chagrin et du malheur, croix de la misère, croix de l'insulte, croix de l'amour déçu et croix de l'échec.

Il y a la croix des veuves. Souvent Nôtre-Seigneur parle d'elles, par exemple dans la parabole du juge et de la veuve (S. Luc XVIII, 1-8.), quand il blâma les Pharisiens qui « dévorent les maisons des veuves » (S. Marc XII, 40.) ; quand il parla à la veuve de Naïm (S. Luc VII, 12.), et quand il loua la veuve qui mit deux leptes dans le trésor du Temple. (S. Marc XII, 42.) Il leur accorda une attention spéciale peut-être parce que sa Mère était veuve, car Joseph, son père nourricier, était sans doute déjà mort.

Lorsque Dieu enlève un être à nos affections, c'est toujours pour une bonne raison. Quand les moutons ont brouté jusqu'à éclaircir l'herbe sur le flanc du coteau, le berger prend un agneau dans ses bras, l'emporte sur la montagne où l'herbe est verte, et le dépose là ; et bientôt tous les autres moutons viennent à sa suite. De temps à autre, Nôtre-Seigneur retire un agneau dans le champ aride d'une famille pour l'emmener vers ces verts pâturages célestes, afin que le reste de la famille puisse fixer les yeux sur la vraie patrie, et suivre le même chemin.

Il y a aussi la croix de la maladie qui toujours a un but divin. Nôtre-Seigneur a dit : « Cette maladie n'est pas mortelle, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. » (S. Jean XI, 4.) La résignation à cette sorte de croix particulière est une des plus hautes formes de prière. Malheu­reusement, les malades désirent généralement faire tout autre chose que ce que Dieu leur demande.

La tragédie de ce monde n'est pas tant l'existence de la souffrance que son gaspillage. Ce n'est que lorsqu'une bûche est jetée dans le feu qu'elle commence à crépiter. De même le voleur ne commença à trouver Dieu que lorsqu'il fut jeté dans le brasier de la croix. Ce n'est que dans la souffrance que certains commen­cent à découvrir l'amour. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 09:05

La volonté, est la seule chose au monde, qui nous appartienne de façon définitive et absolue. Santé, pouvoir, richesse et honneur peuvent nous être arrachés, mais notre volonté nous appartient irrévocablement, même en enfer. D'où il découle que rien n'importe vraiment dans la vie, sinon ce que nous faisons de notre volonté. C'est ce qu'illustre l'histoire des deux voleurs crucifiés de chaque côté de Nôtre-Seigneur, car c'est le drame des volontés.

Au début, les deux voleurs blasphémaient. Il n'y avait pas de bon larron au commencement de la Crucifixion. Mais quand le voleur de droite entendit l'Homme sur la Croix centrale pardonner à ses bourreaux, son âme connut un revirement,

II commença à accepter son malheur. Il considéra sa croix plutôt comme un joug que comme un gibet, il s'abandonna à la volonté de Dieu, et, s'adressant au voleur révolté de gauche, lui dit : « Tu n'as pas même la crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation ! Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce que méritent les choses que nous avons faites ; mais lui n'a rien fait de mal. » (S. Luc XXIII, 40-41.)

Alors, de son cœur déjà si soumis à son Sauveur, jaillit cette supplique : « Jésus, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. » (S. Luc XXIII, 42.) Et il lui fut immédia­tement répondu : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (S. Luc XXIII. 43.)

« Tu. » Dieu considère chacun de nous individuellement. Il appela sa brebis par son nom. Ce fut le fondement de la démocratie chrétienne. Au regard de Dieu, toute âme est précieuse, même celles que l'État rejette et tue.

Au pied de la Croix, Marie fut témoin de la conversion du bon larron, et son âme se réjouit de le voir accepter la volonté de Dieu. La seconde parole de son divin Fils, promettant le paradis en récompense de cette soumission, lui rappela la seconde parole qu'elle avait prononcée trente ans auparavant, quand l'ange lui était apparu pour lui dire qu'elle serait la Mère de celui qui maintenant se mourait sur la Croix.

Dans sa première parole, elle demandait comment cela se ferait puisqu'elle ne connaissait point l'homme. Mais quand l'ange lui eût dit qu'elle concevrait du Saint-Esprit, Marie répondit immédiatement : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc 1, 38.)

Ce fut l'un des grands Fiat du monde. Le premier fut au moment de la Création quand Dieu dit : « Fiat Lux ; que la lumière soit ; » il y en eut un autre à Gethsémani, quand le Sauveur s'écria, en approchant de ses lèvres le calice de la rédemption : Fiat voluntas tua : « Que votre volonté soit faite. » (S. Matt., xxvi, 42.) Le troisième fut celui que Marie prononça dans une humble maison de Nazareth, et qui se révéla comme une déclaration de guerre contre l'empire du mal : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc I, 38.)

La seconde parole de Jésus sur le Golgotha et la seconde parole de Marie à Nazareth nous enseignent la même leçon: Sur terre, chacun a sa croix, mais il n'y a pas deux croix iden­tiques. La croix du voleur n'était pas la croix de Marie, car à l'égard de chacun d'eux la volonté de Dieu était différente. Le voleur devait donner sa vie ; et Marie accepter la vie. Le voleur devait être pendu à sa croix, et Marie se tenir debout sous la sienne. Le voleur devait aller de l'avant, et Marie rester en arrière. Le voleur recevait son congé, et Marie une mission. Le

voleur devait être reçu en paradis, mais c'est le paradis qui allait être reçu en Marie. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 08:42

Il existe une université où l'on pourrait désapprendre…

Dédiée à Marie, Reine du Saint Rosaire, Gracieuse Patronne des États-Unis. Pour lui demander humblement, que par son Cœur Immaculé, le monde puisse retrouver le chemin du Cœur sacré de son divin Fils.

Un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur vivait un des plus grands parmi tous les poètes : l'illustre poète grec Homère. Deux grands poèmes épiques lui sont attribués : l'Iliade et l'Odyssée. Le héros de l'Iliade ne fut pas Achille, mais Hector, le chef des Troyens ennemis, qu'Achille vainquit et tua. Le poème se termine par le panégyrique non pas d'Achille, mais d'Hector le vaincu.

L'autre poème, l'Odyssée, a pour héros non pas Ulysse, mais Pénélope, sa femme, qui lui fut fidèle durant les années de ses voyages. Comme les prétendants lui faisaient une cour pressante, elle leur promit de les écouter lorsqu'elle aurait fini de tisser le vê­tement qu'ils voyaient sur son métier. Mais chaque nuit, elle défai­sait ce qu'elle avait tissé durant le jour, et ainsi resta fidèle jus­qu'au retour de son époux. « De toutes les femmes, disait-elle, je suis la plus affligée. » Comme on pourrait bien lui appliquer cette citation de Shakespeare : « Le malheur siège dans mon âme comme sur un trône. Ordonnez aux rois de venir s'incliner devant lui ».

Durant un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur, l'antiquité païenne retentit de ces deux récits du poète qui jette en pâture à l'histoire ce défi étrange d'exalter un homme vaincu, et de s'incliner devant une femme malheureuse. Et au cours des siècles ultérieurs, on se demanda comment il était possible d'être victorieux dans la défaite, et glorieux dans le malheur. Et jamais il n'y eut de réponse, jusqu'au jour où vint celui qui fut glorieux dans sa défaite : le Christ sur la Croix ; et celle qui fut sublime dans le malheur : Sa sainte Mère au pied de la Croix.

Il est intéressant de remarquer que Nôtre-Seigneur parla sept fois sur le Calvaire, et que sept fois dans les Saintes Écritures on rapporte les paroles de sa Mère. Sa dernière parole notée fut dite aux noces de Cana, lorsque son divin Fils commença sa vie publique. Maintenant que le soleil s'était levé, la lune pouvait disparaître. Maintenant que la Parole s'était exprimée, point n'était besoin d'autres paroles.

Sur les sept paroles de Marie, saint Luc nous en rapporte cinq qu'il n'a pu tenir que d'elle-même. Saint Jean rapporte les deux autres. On peut se demander si, alors que Nôtre-Seigneur prononçait chacune de ses sept paroles, notre sainte Mère au pied de la Croix ne pensait pas à chacune de ses propres paroles qui y correspondaient. Tel sera le sujet de notre méditation: les sept paroles de Nôtre-Seigneur sur la Croix, et les sept paroles de la vie de Marie.

Les hommes ne peuvent supporter la faiblesse. Dans un cer­tain sens, les hommes sont le sexe faible. Il n'est rien qui déso­riente un homme autant que les larmes d'une femme. C'est pour­quoi les hommes ont besoin de la force et de l'inspiration de femmes qui ne s'affaissent pas en cas de crise. Il leur faut quel­qu'un non pas écroulé au pied de la Croix, mais debout comme le fut Marie. Jean s'y trouvait aussi ; il la vit debout, et il le nota dans son Évangile.

D'ordinaire, lorsque des innocents ont à souffrir entre les mains de juges impies, leurs dernières paroles sont soit « Je suis innocent », soit « La justice est corrompue ». Mais ici, pour la première fois dans l'histoire du monde, voici un condamné qui ne demande pas plus le pardon de ses péchés, car il est Dieu, qu'il ne proclame son innocence, car les hommes ne peuvent être les juges de Dieu. Il intercède plutôt en faveur de ceux qui le tuent: «Père, pardonnez-leur, car ils ne connaissent pas ce qu'ils font ». (S. Luc XXIII, 34.)

Marie, sous le gibet, entendit son divin Fils prononcer cette première parole. Lorsqu'elle l'entendit dire « ne connaissent pas » je me demande si elle se souvint de sa première parole, qui, elle aussi, comprenait ces mots : « ne connais pas ».

C'était lors de l'Annonciation, la première bonne nouvelle qui parvenait à la terre depuis des siècles. L'ange lui annonça qu'elle allait devenir la Mère de Dieu. « Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin.» Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (S. Luc 1, 31-34.)

Ces paroles de Jésus et Marie semblent suggérer qu'il y a parfois de la sagesse à ne pas savoir. L'ignorance ici, est repré­sentée non comme un remède, mais comme une bénédiction. Cela choque plutôt notre sensibilité moderne qui prône tant l'instruction, mais c'est parce que nous ne faisons pas de distinction entre la vraie et la fausse sagesse. Saint Paul appelle « sottise » la sagesse du monde, et Nôtre-Seigneur remercia Son Père céleste de n'avoir pas révélé la sagesse céleste aux sages de ce monde. (S. Luc. X, 21.)

L'ignorance qui est ici vantée n'est pas l'ignorance de la vérité, mais l'ignorance du mal. Remarquez-le tout d'abord dans la parole de notre Sauveur envers ses bourreaux : il entendait par là qu'il pouvait leur être pardonné parce qu'ils ne comprenaient pas leur crime terrible. Ce n'était pas leur savoir qui les sauverait, mais leur ignorance. S'ils savaient ce qu'ils faisaient en flagellant les mains de celui qui est la miséricorde éternelle, en perçant les pieds du bon Pasteur, en couronnant d'épines la tête de la sagesse incarnée, et s'ils continuaient à le faire, jamais ils n'au­raient été sauvés. Ils auraient été damnés ! Seule leur ignorance rendit possible pour eux la rédemption et le pardon. Comme le leur dit saint Pierre à la Pentecôte : « Je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats ». (Actes III, 17.)

Comment se fait-il que vous et moi, par exemple, puissions pécher un millier de fois et être pardonnes et que les anges qui n'ont péché qu'une seule fois, soient éternellement damnés ? La raison en est que les anges savaient ce qu'ils faisaient. Les anges voient les conséquences de chacun de leurs actes aussi nettement que vous voyez qu'une partie ne peut jamais être plus grande que le tout. Ce jugement établi, vous ne pouvez plus le reprendre. Il est irrévocable ; il est éternel.

Or les anges virent les conséquences de leur choix avec une netteté plus grande encore. C'est pourquoi quand ils prirent une décision, ils la prirent en toute connaissance de cause, et il n'y eut plus moyen de la reprendre. Ils étaient damnés à jamais. Comme les responsabilités de la connaissance sont effrayantes ! Ceux qui connaissent la vérité sont jugés plus sévèrement que ceux qui ne la connaissent pas. Comme Nôtre-Seigneur l'a dit : « Si je n'étais pas venu... ils n'auraient pas de péché ». (S. Jean XV, 22.)

La première parole que notre sainte Mère prononça à l'Annonciation révèle la même leçon. Elle dit: «Je ne connais pas d'homme ». Pourquoi le fait de ne pas connaître l'homme avait-il une certaine valeur ? Parce qu'elle avait consacré sa virginité à Dieu. Au moment où chaque femme aspirait au privilège d'être la Mère du Messie, Marie renonça à cet espoir, et c'est à elle qu'il fut donné ! Elle refusa de discuter avec un ange toute espèce de compromis de sa grande décision.

Si pour devenir la Mère de Dieu, il lui fallait renoncer à son vœu, elle ne pouvait admettre un tel abandon, connaître l'homme serait un péché pour elle, quoiqu'en d'autres circonstances cela n'en eût pas été un. Ne pas connaître l'homme est une forme de l'ignorance, mais cela devient ici une telle bénédiction, qu'en un instant le Saint-Esprit la couvre de son ombre, faisant d'elle un ciboire vivant, et lui accordant le privilège de porter en elle durant neuf mois l'Invité qui est l'Hôte du monde.

Ces premières paroles de Jésus et de Marie suggèrent qu'il y a du mérite à ne pas connaître le mal. Vous vivez dans un monde où ceux qui passent pour les sages de ce monde disent : « Vous ne connaissez pas la vie ; vous n'avez jamais vécu ». Ils prétendent qu'on ne peut connaître que par l'expérience — expé­rience non seulement du bien, mais aussi du mal.

Ce fut avec un mensonge de cette sorte que Satan tenta nos premiers parents. Il leur dit que Dieu leur défendait de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal parce que Dieu ne voulait pas qu'ils fussent aussi sages qu'il l'était lui-même. Satan ne leur dit pas que s'ils acquéraient une certaine connaissance du bien et du mal, elle serait très différente de la connaissance de Dieu.

Dieu ne connaît le mal que de façon abstraite, c'est-à-dire par la négation de sa bonté et de son amour. Mais l'homme le con­naîtrait de façon concrète et expérimentale, et ainsi, deviendrait esclave, dans une certaine mesure, de ce mal dont il ferait l'expé­rience. Par exemple, Dieu désirait que nos premiers parents con­nussent la fièvre typhoïde, comme la connaît un docteur en bonne santé. Il ne voulait pas qu'ils la connussent comme le malade qui en est frappé. Et depuis le jour du grand mensonge jusqu'à nos jours, personne n'a gagné à connaître le mal par expérience.

Examinez votre propre vie. Si vous connaissez le mal par expérience, êtes-vous plus savant pour cela ? N'avez-vous pas méprisé ce mal, et n'êtes-vous pas plus malheureux d'en avoir fait l'expérience ? Il se peut même que vous soyez devenu l'esclave de ce mal. Combien de fois les blasés ne disent-ils pas : « Si seule­ment je n'avais jamais goûté à l'alcool » ou « comme je déplore le jour où j'ai volé mon premier dollar » et « si seulement je n'avais jamais connu cette personne ». Comme vous auriez été plus raisonnable si vous aviez été ignorant !

Que de fois vous n'avez découvert le principe qui inspira une loi que vous jugiez arbitraire et dépourvue de sens qu'après avoir violé cette loi. Étant enfant, vous ne pouviez comprendre pour­quoi vos parents vous défendaient de jouer avec des allumettes, et ce n'est qu'en vous brûlant que vous étiez convaincu du bien-fondé de cette défense. Ainsi le monde, pour avoir violé la loi morale de Dieu, apprend par la guerre, les dissensions et la mi­sère, la sagesse de la loi. Et alors, comme le monde aimerait désapprendre cette fausse connaissance !

Donc, ne croyez pas que pour « connaître la vie » il faille « faire l'expérience du mal ».

Un docteur est-il plus savant parce qu'il est terrassé par la maladie ? Apprenez-vous la propreté en vivant dans des égouts ? Savons-nous ce qu'est l'instruction en faisant l'expérience de la stupidité ? Connaissons-nous la paix en combattant ? Connaissons-nous les joies de la vue en étant aveu­glés ? Devenez-vous meilleur pianiste en faisant des fausses notes ? Point n'est besoin d'être ivre pour savoir ce qu'est l'ivresse.

Ne croyez pas trouver une excuse en disant que « les tenta­tions sont trop fortes » ou que « les vertueux ne savent pas ce qu'est la tentation ». Les gens de bien en savent plus sur la force des tentations que ceux qui y succombent. Comment connaissez-vous la force du courant d'une rivière ? En nageant avec le cou­rant, ou contre lui ? Dans une bataille, comment pouvez-vous esti­mer la force de l'ennemi ? En étant fait prisonnier ou en combat­tant ? Comment pouvez-vous connaître la force d'une tentation à moins de la vaincre ? Nôtre-Seigneur comprend vraiment mieux que quiconque la puissance de la tentation, parce qu'il triompha des tentations de Satan.

La grande erreur de l'éducation moderne c'est de croire que l'ignorance est la cause de l'existence du mal dans le monde, et que par conséquent si nous entassons plus de faits dans l'esprit des jeunes, nous les rendrons meilleurs. Si c'était vrai, nous serions le peuple le plus vertueux de l'histoire du monde, parce que nous sommes le mieux instruit.

Les faits, pourtant, indiquent le contraire : jamais aupara­vant l'éducation ne fut autant poussée, jamais auparavant on n'arriva si peu à connaître la vérité. Nous oublions que l'igno­rance vaut mieux que l'erreur, en confondant scientia et sapientia. Une grande partie de l'éducation moderne rend l'esprit sceptique quant à la sagesse de Dieu. Les jeunes ne sont pas nés sceptiques, mais ils peuvent le devenir par une éducation faussée. Le monde moderne se meurt, empoisonné par le scepticisme.

L'erreur de l'éducation sexuelle est de croire que si les enfants connaissent les effets nuisibles de certains actes, ils s'abstiendront de ces mêmes actes. On prend comme exemple que si vous saviez qu'il y a un cas de fièvre typhoïde dans une maison, vous n'y entreriez pas. Mais ce que ces éducateurs oublient, c'est que l'instinct sexuel n'est pas du tout comme l'attrait de la fièvre typhoïde. Personne ne sent le besoin de forcer la porte d'un malade atteint de cette fièvre, mais on ne peut en dire autant de la sexualité. Il existe un instinct sexuel, mais il n'y a pas d'instinct typhique.

La connaissance sexuelle ne rend pas nécessairement raison­nable ; elle peut faire désirer le mal, surtout lorsque nous appre­nons que les conséquences nocives peuvent être évitées. L'hygiène sexuelle ne peut pas être confondue avec la moralité, ni le savon avec la vertu. Le mal ne provient pas de l'insuffisance de notre connaissance, mais de la perversité de nos actes.

C'est pourquoi dans nos écoles catholiques, nous exerçons et disciplinons la volonté aussi bien que nous formons l'intelli­gence, car nous savons que le caractère se révèle par ce que nous choisissons, et non par ce que nous savons. Chacun d'entre nous en sait assez pour être vertueux, même avant l'âge scolaire. Ce qu'il nous faut apprendre, c'est à faire mieux.

Si nous oublions le fardeau de notre nature déchue et les nombreuses tendances au mal, dues au fait que nous nous y sou­mettons, nous nous trouvons bientôt enchaînés comme Samson, et toute l'éducation du monde est incapable de briser ces chaînes. L'éducation tend parfois à expliquer ces chaînes et nous les pré­sente comme des sortilèges, mais seul l'effort de la volonté, en plus de la grâce de Dieu, peuvent nous libérer de leurs servitudes. Sans l'aide de ces deux sources d'énergie, jamais nous ne ferons un iota de plus que dans le passé.

Par conséquent, entraînez vos enfants et vous-mêmes dans la vraie sagesse qui est la connaissance de Dieu et dans l'igno­rance de ce qui est mal. On n'est pas attiré par ce qu'on ignore ; être ignorant du mal, c'est ne pas le désirer. Aucune joie n'est comparable à l'innocence.

Sur la Croix et dans son ombre se trouvaient les deux per­sonnages les plus innocents de toute l'histoire : Jésus était totalement innocent, parce qu'il est le Fils de Dieu ; Marie était Imma­culée parce qu'elle fut préservée du péché originel, en vertu des mérites de son divin Fils. Ce fut leur innocence même qui rendit leurs souffrances si poignantes.

Les gens qui vivent dans la crasse, se rendent rarement compte de ce qu'est la crasse. Ceux qui vivent dans le péché comprennent à peine l'horreur du péché. Ce qu'il y a d'effrayant surtout dans le péché, c'est que plus on s'y plonge, moins on le reconnaît. On en arrive à si bien s'identifier à lui, qu'on ne sait plus ni dans quel abîme on a sombré, ni de quelle hauteur on est tombé.

On n'a jamais conscience d'avoir dormi avant de se réveiller ; et l'on n'a jamais conscience de l'horreur du péché avant d'en être sorti. C'est pourquoi, seuls ceux qui sont innocents savent vrai­ment ce qu'est le péché.

Et puisque l'innocence, à son degré suprême, se trouvait sur la Croix et au pied de la Croix, il s'ensuit que la douleur suprême s'y trouvait également. Par cette absence même du péché, on y trouvait la suprême compréhension de son horreur. Ce fut leur innocence, et leur ignorance du mal, qui constituèrent l'agonie de Jésus et de Marie au Calvaire.

A Jésus qui pardonna à ceux qui « ne connaissent pas », à Marie qui gagna Dieu parce qu'elle pouvait dire « Je ne connais pas », demandez la grâce de ne pas connaître le mal et ainsi d'être vertueux.

Sincèrement, si en ce moment même, vous aviez le choix entre en savoir davantage sur le monde, et désapprendre le mal que vous connaissez, ne préféreriez-vous pas désapprendre plutôt qu'apprendre ? Ne seriez-vous pas meilleur, débarrassé de votre perversité que drapé dans les parchemins de vos diplômes ?

N'aimeriez-vous pas être tel qu'aux fonts baptismaux, quand vous sortiez des mains de Dieu, sans cette connaissance du monde accumulée dans votre esprit, afin que pareil à un calice vide, vous puissiez passer votre vie à le remplir du vin de son amour ? Le monde vous dirait ignorant, et ne sachant rien de la vie. Ne le croyez pas — vous auriez la vie ! Donc vous seriez un des êtres les plus savants du monde.

L'erreur est tellement répandue dans le monde, de nos jours, les domaines où le mal est expérimenté et vécu sont si vastes, que ce serait vraiment une bénédiction si quelque âme généreuse fondait une université où l'on pourrait désapprendre. Son but serait de traiter l'erreur et le mal exactement comme les docteurs traitent les maladies.

Seriez-vous surpris d'apprendre que Nôtre-Seigneur institua réellement une telle université, et que tout catholique sincère s'y rend environ une fois par mois ? On l'appelle le confes­sionnal ! On ne vous donnera pas de diplôme quand vous en sortirez, mais vous vous sentirez tel un agneau parce que le Christ est votre berger. Vous serez stupéfié de tout ce que vous apprendrez en désapprenant. Car il est plus facile pour Dieu d'écrire sur une page blanche que sur une page couverte de griffonnage.

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 08:57

La contrition est l'acte par lequel l'âme se détourne du péché et se retourne vers Dieu pour lui demander pardon et pour implorer en même temps le secours de sa grâce afin de ne plus pécher à l'avenir.

Il y en a deux sortes : la contrition imparfaite et la contrition parfaite.

La contrition est imparfaite lorsque le motif de notre regret du péché est le mal que le péché nous cause à nous-mêmes : par exemple, la perte du droit au ciel et le châtiment de l'enfer auquel nous aurions été condamnés si la mort nous avait surpris en état de péché.

La contrition imparfaite suffit pour obtenir le pardon des péchés lorsqu'elle est accompagnée de la réception d'un des trois sacrements que Notre -Seigneur a institués pour la rémission des péchés : le Baptême, la Péni­tence et l'Extrême-Onction.

La contrition est parfaite lorsque le motif de notre regret est le mal que le péché fait à Dieu : offense à sa majesté, à sa sainteté, révolte contre son autorité sou­veraine, mépris de son amour, souffrances de Notre -Seigneur, etc. Autrement dit, la contrition parfaite consiste à regretter le péché par un motif d'amour.

Et c'est précisément parce que la contrition est une des variétés de l'amour de Dieu, qu'elle obtient le par­don du péché sur-le-champ et avant même la réception du sacrement de Pénitence. Il faut cependant que cet acte contienne la résolution au moins implicite d'accuser ses péchés à sa prochaine confession.

Il est donc d'une souveraine importance de faire souvent des actes de contrition ou de charité parfaite, puisque ces actes ont la vertu d'assurer en nous l'état de grâce. En agissant de la sorte, on se conforme à l'esprit de l'Eglise qui tâche par tous les moyens d'in­culquer dans l'âme des fidèles l'esprit de contrition. A cette fin elle consacre deux périodes de l'année — l'Avent et le Carême — à l'acquisition de cette vertu. En effet, la pénitence dont elle nous recommande la pratique au cours de ces deux périodes, c'est d'abord et surtout la pénitence intérieure, c'est-à-dire la con­trition. On peut, pour des raisons valables, être exempté de la pénitence extérieure et du jeûne; mais personne n'est exempté de la pénitence intérieure, parce que nous sommes tous des pécheurs; et c'est l'intention de l'Eglise que nous répétions souvent des actes de contri­tion pendant ces temps consacrés à la pénitence afin d'en acquérir l'habitude pour le reste de l'année.

Quant aux formules, elles sont nombreuses et nous pouvons les varier à l'infini.

Nous possédons d'abord celle que nous avons ap­prise dès notre enfance et que notre langue a consacrée sous le titre d'Acte de contrition. C'est un acte de contrition parfaite, car tous les motifs de regret qu'il contient sont tirés de l'offense que le péché fait aux attributs de Dieu.

« Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît; pardonnez-moi par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, je me propose - moyennant votre sainte grâce - de ne plus vous offenser et de faire pénitence.»

Il y a aussi le Confiteor, qui est la formule de contri­tion officielle de l'Eglise. Dans un chapitre précédent, nous avons montré que cette prière est un petit chef-d'oeuvre de contrition parfaite.

On peut encore se servir de formules plus courtes, sous la forme d'oraisons jaculatoires, afin de pouvoir les répéter plusieurs fois au cours de nos journées : « Mon Jésus, miséricorde!», c'est-à-dire: «pardonnez-moi mes péchés ! », ou mieux encore : « pardonnez-nous nos péchés ! » Il suffit, en effet, de faire l'acte de contrition au pluriel pour lui acquérir la valeur d'un acte de con­trition parfaite, puisqu'il contient alors un acte de charité parfaite à l'égard du prochain. C'est ainsi d'ail­leurs que Nôtre-Seigneur nous a enseigné à implorer la miséricorde de Dieu dans le bel acte de contrition qu'il a inclus dans le Pater : « Pardonnez-nous nos of­fenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Nous avons d'excellentes raisons de nous attacher à cette dernière formule.

D'abord, à cause de sa brièveté, nous pouvons très bien l'employer à la façon d'une oraison jaculatoire qui peut se répéter plusieurs fois chaque jour, même au mi­lieu des occupations les plus absorbantes.

De plus, le fait qu'elle a été composée par le Fils de Dieu lui-même lui confère une valeur exceptionnelle bien propre à nous inspirer une confiance absolue en son efficacité pour nous-mêmes et pour les autres.

N'oublions pas enfin que chaque fois que nous im­plorons le pardon divin pour nos péchés personnels et pour ceux des autres, nous procurons à Dieu l'occasion d'exercer l'attribut qui, au dire de l'Eglise, est la carac­téristique de sa divine perfection : Sa Miséricorde in­finie.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

Voir aussi: http://elogofioupiou.over-blog.com/article-l-acte-de-contrition-falsifie-ampute-de-sa-partie-la-plus-importante-124166969.html

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 09:28

La charité est la reine de toutes les vertus

1° Sa valeur. — L'acte par lequel nous aimons Dieu est de beau­coup le plus parfait qu'il soit possible de faire ici-bas et même au ciel. Notre-Seigneur lui-même n'a pas fait d'acte plus élevé que celui par lequel il aime son Père; et la perfection infinie de Dieu consiste dans le fait qu'il est un acte de charité infiniment parfait : Deus caritcs est.

L'acte de charité est aussi l'acte le plus salutaire que nous puissions faire ici bas. L'on sait, en effet, que l'acte de charité parfaite est incompatible avec le péché mortel; les deux ne peuvent exister dans l'âme en même temps : de sorte que le pécheur qui consent à la grâce qui l'incline à produire cet acte obtient sur-le-champ le pardon de Dieu; il lui reste cependant l'obligation de soumettre ses péchés au « pouvoir des clefs » à sa pro­chaine confession; mais ses péchés sont déjà pardonnes et il a été remis en état de grâce dès le moment qu'il a fait son acte de charité.

Il en est de même du mérite : de tous nos actes, c'est la charité qui augmente du plus grand degré notre grâce sanctifiante et, par conséquent, notre bonheur dans l'autre vie. Ce degré reçu est proportionnel à l'in­tensité de notre amour.

Si l'on songe que le moindre degré de bonheur éter­nel vaut plus que tout l'or du monde et tous les bonheurs de la terre réunis, il faut avouer que la charité, si nous savons nous en servir, est pour nous d'une valeur inesti­mable. Tout ce que nous venons de dire s'applique à la

charité parfaite envers le prochain aussi bien qu'à l'acte d'amour de Dieu. Nous n'avons en effet qu'une vertu ou faculté divine de charité; mais celle-ci a deux objets : Dieu aimé directement en lui-même et Dieu aimé dans notre prochain. Que nous aimions Dieu en lui-même ou dans notre prochain, l'acte a la même per­fection, la même efficacité et le même mérite.

Mais entendons-nous bien : il ne s'agit nullement ici de l'acte d'amour naturel du prochain : soit qu'il s'agisse de l'amour de complaisance, cette sympathie naturelle que nous éprouvons envers certaines gens à cause de leurs qualités de coeur ou d'esprit ou des charmes de leurs personnes; ou bien de l'amour de bienveillance, qui nous incline à vouloir ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel pour un motif pure­ment naturel : bonté de coeur, générosité, compassion pour le malheur ou la souffrance d'autrui. Ce sentiment ne s'élève pas au-dessus de la philanthropie et, si enno­blissante que soit la bonté du coeur, — c'est la plus haute des vertus humaines, — elle reste bien au-dessous de la charité qui est une vertu divine méritoire de la vie éternelle. Cette dernière consiste à vouloir à notre pro­chain un bien d'ordre surnaturel : pardon des péchés, mort en état de grâce, bonheur de la vision béatifique; ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel mais pour un motif surnaturel : par amour pour Dieu ou parce que faire du bien au moindre des hommes c'est le faire à Nôtre-Seigneur lui-même.

2° Les formules. — Elles peuvent varier à l'infini. Celle qui se trouve dans notre formulaire français est très belle et elle contient à la fois l'acte d'amour de Dieu et du prochain : « Je vous aime de tout mon coeur et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. » Il y a d'autres prières qui en contiennent sous différentes formes. Nous avons signalé la chose dans les chapitres précédents. C'est le cas, par exemple, du Notre Père, ce chef-d’œuvre de toutes les prières, qui contient au moins trois actes d'amour de Dieu et quatre actes d'amour du prochain. L'Ave Maria contient pour sa part un bel acte de charité parfaite envers tous les hommes qui existent actuellement et qui existeront jusqu'à la fin du monde : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » Plusieurs oraisons jaculatoires sont des actas de charité soit envers Dieu soit envers le prochain. C'est le cas, en particulier, de celles qui se font sous la forme du pluriel : « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous »; « Coeur immaculé de Marie, priez pour nous ».

3° Les difficultés. — Ce que nous avons dit jus­qu'ici de la charité est de nature à démontrer que les actes de cette vertu sont faciles pour tous et spéciale­ment pour nous, catholiques. Dieu, en effet, nous a dotés, dès le baptême, d'une faculté spéciale pour faire ces actes et la grâce est toujours à notre disposition à cet effet. Mais, dans la pratique, plusieurs se heurtent à des difficultés qui les détournent parfois d'un exercice aussi élevé et aussi sanctifiant. Nous nous contenterons d'en signaler trois.

D'abord, plusieurs s'imaginent qu'ils n'aiment pas Dieu véritablement si leurs actes de charité ne sont pas imprégnés d'une affection sensible pour Dieu ou pour le prochain. Après de vains efforts pour essayer de mettre en branle leurs émotions et faire vibrer leur sys­tème nerveux, ils se persuadent de bonne foi qu'ils sont incapables d'aimer Dieu et ils abandonnent la partie.

C'est là une erreur grossière et combien domma­geable à notre bonheur temporel et éternel. En effet, nous ne pouvons aimer d'un amour sensible que les personnes et les choses qui tombent sous nos sens. Or Dieu, esprit pur, ne peut être perçu par nos sens. Il n'est donc pas naturel d'aimer Dieu ici-bas d'un amour sensible. Lorsque la chose nous arrive, c'est une grâce et une faveur spéciale de Dieu que nous devons recevoir avec humilité; mais cette dévotion sensible n'est pas naturelle et elle n'est nullement nécessaire à l'amour de Dieu, qui réside essentiellement dans la volonté.

En second lieu, lorsque nous disons à Dieu : « Je vous aime de tout mon coeur », nous avons souvent l'im­pression que la formule que nous venons de prononcer n'exprime pas la vérité, et qu'en la proférant nous nous mentons à nous-mêmes aussi bien qu'à Dieu. Cette im­pression est toute naturelle et elle s'explique facilement. D'abord, dans la plupart des cas nous ne ressentons aucun amour sensible pour Dieu; de plus nous avons conscience de dépenser tellement de notre coeur à l'amour d'une foule d'êtres créés, — choses ou per­sonnes, en commençant par nous-mêmes, — qu'il nous semble impossible de dire avec vérité que nous aimons Dieu de tout notre coeur. On est alors tenté de se décou­rager et d'abandonner la partie, avec la conviction que l'amour de Dieu dépasse notre capacité et que la pra­tique de cette vertu n'est possible qu'aux saints et aux âmes d'élite.

Eh bien, cette impression est mal fondée. Il ne faut pas s'y arrêter; il faut même la combattre. L'amour de Dieu n'est pas, en effet, incompatible avec l'amour pour certains êtres créés : il y a même plusieurs amours pour des personnes et des choses qui nous sont commandés par Dieu lui-même. Il n'y a rien là de contradictoire, car aimer Dieu de tout son coeur veut dire : aimer Dieu par-dessus toutes choses. Par conséquent, le seul amour qui soit de nature à nous empêcher d'aimer Dieu de tout notre coeur est celui qui comporte un péché mortel, puisqu'un tel acte consiste à aimer une créature plus que Dieu.

Or, est-il possible pour un chrétien ordinaire de faire un acte d'amour de Dieu par-dessus toutes choses ?

A cette question il faut répondre hardiment et sans hésiter : oui, c'est possible; c'est même facile et très fa­cile. Il suffit de vouloir. Tel est, en effet, l'enseignement du grand Docteur de l'Église, saint Augustin : « Vous voulez aimer Dieu, dit-il; mais par le fait même vous l'aimez, car l'amour est un acre de volonté. » Par conséquent, vouloir aimer Dieu de tout son coeur, c'est l'aimer de tout son coeur et par-dessus toutes choses.

Allons plus loin : désirer aimer Dieu; c'est vouloir l'aimer; demander à Dieu de nous accorder la grâce de l'aimer, c'est encore désirer et vouloir aimer Dieu; c'est donc un acte de charité. On peut donc faire l'acte d'amour de Dieu sous la formule suivante, qui ne pré­sente certainement pas l'inconvénient de nous donner l'impression de mentir à Dieu et à nous-mêmes : «Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer de tout mon coeur.»

Allons plus loin et essayons de trouver une formule encore plus belle. Il suffirait de la faire au pluriel, en demandant aussi pour tous les autres hommes la grâce d'aimer Dieu maintenant et à l'heure de la mort et dans les siècles des siècles; la formule nouvelle aurait alors l'avantage d'être à la fois un acte de charité parfaite de Dieu et du prochain : «O mon Dieu, faites que nous vous aimions de tout notre coeur maintenant, à l'heure de notre mort et dans les siècles des siècles.»

Dernière remarque : l'amour s'adresse aux per­sonnes et non à la nature. C'est pourquoi une mère aime son enfant même si celui-ci a un corps mons­trueusement difforme et s'il est privé de l'usage de la raison, car il y a dans cette nature repoussante une personne qui est son fils et qui est fils adoptif de Dieu.

Puisqu'il y a trois personnes en Dieu, nous devrions donc adresser notre formule d'amour soit aux trois per­sonnes de la Sainte Trinité : «O Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, faites que...», soit séparément à chacune des personnes.

Enfin, comme une des trois personnes divines s'est rendue visible eu se faisant homme, il faut conclure qu'aimer le Fils de Marie c'est aimer Dieu; et puisque Notre-Seigneur veut que nous lui manifestions notre amour par la dévotion à son Coeur divin, nous pouvons varier ainsi notre formule : « Coeur Sacré de Jésus, faites que nous vous aimions de tout notre coeur mainte­nant, à l'heure de notre mort et pendant l'éternité. »

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 07:59

Après le Confiteor, les formulaires de prières con­tiennent généralement les actes d'adoration, de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de remer­ciement, d'offrande, d'humilité et de demande.

La plupart de ces actes sont faciles à comprendre et leur texte n'a besoin d'aucune explication.

Nous voudrions cependant attirer l'attention sur trois de ces actes, qui offrent un intérêt particulier et dont les fidèles ignorent généralement la nature et l'impor­tance: je veux parler des actes de foi, d'espérance et de charité

La Foi, l'Espérance et la Charité sont désignées sous le nom de « vertus théologales ».

Mais il faut bien remarquer que le mot « vertu » a ici un sens tout à fait spécial. Il ne s'agit pas d'une habitude que l'on acquiert petit à petit par la répétition des actes, comme c'est le cas, par exemple, pour les vertus de pa­tience, de tempérance ou d'humilité. Les vertus théolo­gales sont trois facultés ou quasi-facultés d'ordre di­vin, qui sont infusées dans l'âme avec la grâce sancti­fiante et par le moyen desquelles nous pouvons faire des actes surnaturels et divins, des actes d'enfant de Dieu. La grâce sanctifiante, en effet, est une surnature qui nous élève à l'ordre divin et nous fait réellement des enfants de Dieu. Or, de même que, dans l'ordre naturel, Dieu nous a donné des facultés d'ordre spiri­tuel, — l'intelligence, la volonté, la mémoire, — qui nous permettent de vivre une vie vraiment humaine, de même, dans l'ordre surnaturel, Dieu nous a dotés de trois facultés d'ordre divin qui nous rendent possible de poser des actes de vie divine.

La théologie enseigne qu'il est impossible de poser des actes surnaturels, de foi, d'espérance ou de cha­rité, sans le secours spécial d'une grâce actuelle de la part de Dieu. Mais nous savons que dans la pratique cette sorte de grâce est toujours à notre disposition, de sorte qu'il nous est toujours loisible de nous servir de nos facultés divines, comme, dans l'ordre naturel, nous faisons usage de nos facultés naturelles selon notre vo­lonté et notre bon plaisir. Il s'ensuit qu'il dépend de nous de vivre une vie divine intense ou de laisser lan­guir cette vie surnaturelle dans un état de léthargie. Nous avons donc grand intérêt à faire souvent des actes de foi, d'espérance et de charité. C'est, en effet, par la répétition des actes que nos facultés se développent et acquièrent de la vigueur et il est clair que si nous pos­sédons une charité surnaturelle intense, nous serons plus forts pour résister aux tentations qui menacent de détruire en nous cette vie divine qui fonde notre droit au ciel et à la vision béatifique.

Au contraire, si nous passons des jours, des semaines et des mois sans faire un acte de vie divine, nous serons facilement la victime du péché.

Il est donc extrêmement important d'initier les petits enfants à l'exercice des vertus théologales, dès l'éveil de leur intelligence et de leur volonté. L'on sera proba­blement surpris de voir la facilité avec laquelle ils feront ces actes. Mais il n'y a là rien d'étonnant, puisque dès leur baptême Dieu les a gratifiés des facultés spéciales qui les disposent d'une façon quasi naturelle à croire en Dieu, à espérer en Lui et à L'aimer de tout leur coeur.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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