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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:22

«Quand les huit jours furent accomplis pour la circoncision de l'Enfant, on Lui donna le nom de Jésus, nom qui avait été indiqué par l'Ange, avant qu'il fût conçu dans le sein de sa Mère, Luc 2, 21.»

La Circoncision était le symbole de l'Alliance de Dieu avec Abraham et sa descendance. On la pratiquait le huitième Jour après la naissance. Elle laissait présumer que celui qui la subissait était un pécheur. L'Enfant Jésus prenait main­tenant la place du pécheur — ce qu'il devait faire par la suite tout au long de Sa vie. La circoncision était un signe et une garantie d'appartenance à la communauté Israélite. La seule naissance ne suffisait pas à introduire un enfant dans la communauté du peuple élu : il fallait un rite spécial, comme il est marqué au livre de la Genèse :

Dieu dit à Abraham : « Et toi, tu observeras mon alliance, toi, et ta race, qui viendra après toi, de génération en génération. Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, toi et ceux de ta race : que tous vos mâles soient circoncis. » Genèse 17, 9-11.

La circoncision de l'Ancien Testament préfigurait le baptême du Nouveau Testament. L'une comme l'autre symboli­sait la renonciation de la chair à ses péchés.

La première se faisait par une mutilation du corps, le second par une puri­fication de l'âme.

La première incorporait l'enfant à la com­munauté Israélite, le second l'incorpore à la communauté du nouvel Israël, qui est l'Église. Le mot «Circoncision» a été utilisé par la suite dans l'Écriture pour signifier le sens spirituel de l'application de la Croix à la chair par la pénitence personnelle. Le Deutéronome parle clairement de la circoncision des cœurs. Jérémie emploie la même expression. Saint Étienne, dans le discours qu'il fit au Sanhédrin avant d'être lapidé, accusa ses auditeurs d'être des incirconcis d'oreille et de cœur. Le Fils de Dieu, en Se soumettant à ce rite dont Il n'avait nul besoin, puisqu'il était sans péché, satisfaisait à une exigence de la nation à laquelle Il appar­tenait comme homme. Il se soumettrait de la même manière à toutes les autres lois hébraïques. Il observa la Pâque et le Sabbat; Il participa aux diverses fêtes et obéit à la Loi mosaïque, jusqu'au jour où Il lui donna son plein accomplis­sement en réalisant d'une manière spirituelle tout ce qu'elle préfigurait des faveurs divines.

Dans la circoncision du divin Enfant on trouve cette obscure insinuation du Calvaire qu'est la première effusion de sang. L'ombre de la Croix s'étendait déjà au-dessus d'un Enfant de huit jours. Sept fois Il devrait verser Son sang, celle-ci était la première. Les autres seraient: l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, la montée au Calvaire, la Crucifixion et le percement de Son Cœur. Mais, chaque fois qu'on trouve une évocation du Calvaire, on trouve aussi une évocation de la gloire : c'est au moment où, déjà, Il verse Son sang, dans une anticipation du Calvaire, qu'il reçoit le nom de Jésus.

Un Enfant de huit jours commençait dès ce moment l'ef­fusion de sang que Son âge mûr devait achever. Prélude du Calvaire: le berceau était teint de sang. Le Précieux Sang commençait son long pèlerinage.

Au huitième jour de Sa naissance, le Christ obéissait à une loi dont Il était Lui-même l'Auteur, une loi qui devait trouver en Lui son ultime application. Le sang humain avait été souillé par le péché, et voici que déjà coulait le sang qui devait effacer le péché. De même que l'Orient reflète au crépuscule les couleurs du couchant, ainsi la Circoncision reflète d'une certaine ma­nière le Calvaire.

Fallait-il donc que Jésus commence tout de suite à nous racheter ? La Croix ne pouvait-elle attendre? Il y aurait un temps aussi pour elle.

Venant directement des bras de Son Père céleste dans les bras de Sa mère terrestre, le Christ est porté par les bras maternels à Son premier Calvaire. Plus tard, Il sera de nouveau enlevé des bras de Sa mère, après le broiement de Sa chair sur la Croix, lorsqu'aura été accomplie toute la volonté de Son Père.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 11:40

La nature divine du Christ existait de toute éternité, mais Sa nature humaine avait, elle, une ascendance juive. Le sang qui coulait dans ses veines provenait de la souche royale de David par Sa mère qui, bien que pauvre, appartenait au lignage du grand roi. Les contemporains de Jésus L'ont appelé le « Fils de David. » Le peuple n'aurait jamais pu accepter de regarder comme Messie un prétendant qui n'au­rait pas rempli cette condition indispensable. Aussi Nôtre-Seigneur n'a-t-Il jamais nié Lui-même Son origine davidique. Il a seulement déclaré que Sa descendance de David ne suffisait pas à expliquer les rapports qu'il avait avec le Père dans Sa Personnalité divine.

Les premiers mots de l'Évangile de saint Matthieu révèlent la «genèse» de Nôtre-Seigneur. L'Ancien Testament com­mence par le livre de la Genèse, récit de la création du ciel et de la terre par Dieu, Créateur de toutes choses.

Le Nou­veau Testament a une nouvelle sorte de genèse, en ce sens qu'il décrit le renouvellement de toutes choses. La généa­logie qui nous est donnée laisse entendre que le Christ est « le Deuxième Homme » et non pas seulement un des innom­brables descendants d'Adam. Saint Luc, qui destinait son Évangile aux Gentils, indique la descendance de Nôtre-Sei­gneur à partir du premier homme, mais Saint Matthieu, qui destinait le sien aux Juifs, présente Jésus comme «Fils de David et Fils d'Abraham». La différence entre les deux évangélistes vient de ce que saint Luc, écrivant pour les Gentils, prend soin de montrer la descendance selon la nature, tandis que saint Matthieu, écrivant pour les Juifs, s'écarte de cette descendance naturelle après l'époque de David pour montrer bien clairement à ses lecteurs que Nôtre-Seigneur est l'Héritier du Royaume de David. Saint Luc s'intéresse au Fils de l'Homme, saint Matthieu au Roi d'Is­raël. C'est pourquoi saint Matthieu ouvre son Évangile sur ces mots : Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Matthieu 1, 1.

Saint Matthieu décrit les générations depuis Abraham jusqu'à Nôtre-Seigneur, comme ayant passé par trois cycles de chacun quatorze, sans prétendre d'ailleurs donner une généalogie complète. Il indique quatorze générations d'Abraham à David, quatorze de David à la captivité de Babylone, et quatorze de celle-ci jusqu'à Nôtre-Seigneur.

La généalogie déborde l'ascendance juive pour inclure quelques ancêtres de race étrangère. Il a dû y avoir de bonnes rai­sons pour cette manière de faire, aussi bien que pour la mention, dans la lignée du Christ, d'ancêtres dont la répu­tation n'était pas sans tache. Dans le nombre on compte Rahab, étrangère et pécheresse, Ruth, étrangère elle aussi, bien que reçue dans la nation juive, et Bethsabée, dont le péché avec David jeta l'opprobre sur la lignée royale. Pour­quoi devait-il y avoir sur l'écusson royal des taches comme celles que provoquèrent Bethsabée, dont la pureté fut cor­rompue, et Ruth qui, malgré sa bonne tenue morale, intro­duisait dans la race un sang étranger? Peut-être pour marquer que le Christ ne rejetait ni les coupables, ni les pécheurs, ni les courtisanes, ni les criminels, ni même les Gentils auxquels s'adressaient, comme aux autres, Son Mes­sage et Sa Rédemption.

Dans certaines traductions de l'Écriture, le mot usité dans la généalogie est : «engendra», par exemple : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob.» Dans d'autres traductions on trouve : «fut le père de», par exemple : «Jechonias fut le père de Salathiel.» Cette différence n'a pas grande importance, mais ce qui ressort, dans cette généalogie, c'est que cette expression monotone revient pour quarante et une générations, alors qu'elle est omise pour la quarante-deuxième. La raison en est qu'on arrive à la nais­sance virginale de Jésus.

«Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. Matthieu 1, 16.»

Saint Matthieu, en traçant la généalogie, savait bien que Nôtre-Seigneur n'était pas le fils de Joseph. Ainsi, dès les premières pages de l'Évangile, le Christ est présenté comme membre d'une famille qui, cependant, n'a pas été seule à intervenir dans Son origine. Il est évident qu'il descend de cette lignée, et pourtant Il s'en distingue.

S'il y a une indication de la naissance virginale dans la généalogie de saint Matthieu, il y en a une également dans celle de saint Luc. En saint Matthieu, Joseph n'est pas signalé comme ayant engendré Nôtre-Seigneur, et en saint Luc Nôtre-Seigneur est appelé : «comme tous le croyaient, fils de Joseph. Luc 3, 23.»

Saint Luc rappelle que Nôtre-Seigneur était considéré par les gens comme le fils de Joseph. Si nous rapprochons les deux généalogies, nous constatons qu'en saint Matthieu Jésus est le fils de David et d'Abraham; en saint Luc, Il est le fils d'Adam et le rejeton de la femme promise par Dieu pour écraser sous son talon la tête du serpent. Des hommes qui ont failli à la morale deviennent, par la Providence de Dieu, les instruments de Sa politique. David, meurtrier d'Urie, est de ceux par qui le sang d'Abraham passera jusqu'à Marie. Il y a eu des pécheurs dans l'arbre généalogique, et Jésus semblera être le plus grand de tous lorsqu'il sera attaché à l'arbre de la Croix, pour faire des hommes les fils adoptifs du Père qui est dans les cieux.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:05

Le nom de « Jésus » était très communément usité parmi les Juifs. Dans l'hébreu primitif, c'était « Josué ». L'ange dit à Joseph : « Marie enfantera un fils et tu Lui donneras le nom de Jésus. » Matthieu 1, 21.

Cette première indication de la mission du Christ sur la terre ne dit rien de Son enseignement, car l'enseignement aurait été inutile s'il n'y avait eu d'abord la Rédemption.

En même temps un autre nom Lui était donné : « Emma­nuel ». « Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils; et on L'appellera du nom d'Emmanuel » c'est-à-dire : Dieu avec nous. Matthieu 1, 23.»

Ce nom, tiré de la prophétie d'Isaïe, donnait la garantie d'une certaine présence divine. Uni au nom de « Jésus », il signifiait une présence de Dieu qui délivre et qui sauve. L'ange n'avait-il pas dit à Marie : « Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfan­terez un fils, et vous Lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut; et le Sei­gneur Dieu Lui donnera le trône de David, son père : et il régnera pour jamais sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Luc 1, 31-33.

Le titre de « Fils du Très-Haut » est le seul qui ait été donné au Rédempteur par l'esprit mauvais qui possédait le jeune homme du pays des Géraséniens. L'ange déchu recon­nut alors que Jésus était bien Celui qu'avait annoncé l'ange fidèle : « Qu'y a-t-il entre Toi et moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? » Marc 5, 7.

Le salut, garanti par le nom de « Jésus », n'est pas d'ordre social, c'est un salut d'ordre spirituel. Le Sauveur ne vient pas délivrer les peuples de leur pauvreté, Il vient les délivrer de leurs péchés. D'ailleurs, détruire le péché n'est-ce pas arracher les racines de la pauvreté ? Le nom de « Jésus » rappelle le souvenir du grand chef qui conduisit les Hébreux dans la terre promise et les y installa. Le fait qu'il ait été préfiguré par Josué indique que le Christ avait les qualités nécessaires pour conduire ses disciples à la victoire finale sur le mal, victoire qui viendrait de la généreuse acceptation de la souffrance, d'un courage résolu, d'une volonté ferme et d'une fidélité inébranlable aux ordres du Père.

Le peuple, courbé sous le joug de Rome, aspirait à sa déli­vrance. Aussi pensait-il que l'accomplissement de toute pro­phétie ayant quelque rapport avec Josué prendrait un cer­tain aspect politique. Plus tard, des gens demanderont à Jésus quand Il les délivrera du joug de César. Mais en ce moment, aux tout premiers jours de Sa vie, le divin Libérateur affirmait par la voix d'un ange qu'il avait à vaincre un ennemi plus grand que César. Les Juifs devaient conti­nuer de rendre à César ce qui était à César; Sa mission à Lui était de les délivrer d'un esclavage bien plus dangereux, l'esclavage du péché. Tout au long de la vie du Christ, le peuple persisterait à matérialiser l'idée de salut et à croire que la délivrance dont il s'agissait ne pouvait être comprise que dans un sens politique. Le nom de « Jésus », ou Sau­veur, ne Lui a pas été donné après qu'il a eu accompli l'œuvre du salut, mais au moment même où Il était conçu dans le sein de Sa mère. Le fondement du salut qu'il venait opérer n'était pas de l'ordre du temps, mais de l'ordre éternel.

premier-në

«Elle mit au monde son Fils premier-né. Luc 2, 7.»

L'expression « Premier-né » ne voulait pas dire que Notre-Dame devait donner le jour à d'autres enfants selon la chair. La loi accordait au premier-né une place d'honneur |dans la famille, même s'il ne naissait aucun autre enfant. Il très bien pu se faire que saint Luc ait employé ce mot, dans le verset cité ci-dessus, en pensant au récit qu'il ferait plus loin de la présentation de l'Enfant au Temple par Sa Sainte Mère comme « son Fils premier-né ». Les « frères du Seigneur », mentionnés ailleurs par saint Luc, n'étaient pas ses fils de Marie; ils étaient des cou­sins. Marie n'a pas eu d'autre enfant selon la chair. Mais « premier-né » pouvait aussi signifier une position par rap­port à d'autres enfants qu'elle aurait sur une nouvelle inter­vention de l'Esprit. C'est en ce sens que son divin Fils lui désigna Jean, debout au pied de la Croix, comme son « fils ». Spirituellement parlant, Jean fut son «second fils ».

Plus tard saint Paul utilisera l'expression « premier-né » dans le temps pour établir un parallèle avec la génération éternelle du Sei­gneur comme Unique Engendré du Père. Ce n'est qu'à Son divin Fils que Dieu a dit : « Tu es mon Fils, c'est moi qui T'ai engendré aujour­d'hui », ou encore : « Je serai pour Lui un Père et Lui sera mon Fils. » Et quand de nouveau il introduira son premier-né dans le monde, il dira : « Que tous les anges de Dieu L'adorent! » Hébreux 1, 5-6.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:42

« Le Verbe s'est fait chair. » La Nature Divine, qui était pure et sainte, entra comme un élément de rénovation dans la lignée corrompue de la race d'Adam, sans être affectée par la corruption. Par Sa naissance d'une Vierge, Jésus-Christ devint un artisan de l'histoire sans être soumis au mal qu'on y trouve.

«Et le Verbe s'est fait chair, et Il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qui est celle que le Fils unique tient du Père, et Il était plein de grâce et de vérité. Jean 1, 14. »

Bethléem devint un lien entre ciel et terre. Dieu et l'homme se rencontrèrent là et se regardèrent face à face. Cette prise de possession d'une chair humaine, le Père la prépara, l'Esprit la forma et le Fils l'assuma. Celui qui était engendré de toute éternité dans le sein du Père connais­sait maintenant une génération dans le temps. Celui qui naissait à Bethléem venait pour naître dans les cœurs des hommes. Car à quoi servirait qu'il naisse des milliers de fois à Bethléem, s'il ne devait pas naître aussi dans l'homme?

«Mais à tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jean 1, 12.»

Dorénavant, l'homme n'aurait pas à se cacher de Dieu comme le fit Adam, puisque Dieu pouvait être vu à travers la nature humaine du Christ. Le Fils de Dieu n'acquérait aucune perfection nouvelle en devenant homme, pas plus qu'il ne perdait quoi que ce soit de Ses prérogatives divines. Dans les mouvements de Son bras, il y avait la Toute-Puis­sance de Dieu; dans les battements de Son cœur humain, il y avait l'Amour infini de Dieu, et dans Ses yeux se reflétait l'incommensurable Miséricorde de Dieu. Dieu est maintenant révélé dans un corps, dans une chair humaine, c'est ce que l'Église appelle l'Incarnation. Tous les attributs divins de puissance, de bonté, de justice, d'amour et de beauté étaient en Lui. Lorsque notre divin Seigneur agissait et parlait, Dieu, parfait en Sa nature, Se manifestait à ceux qui Le voyaient, qui L'entendaient et Le touchaient. Comme Jésus le dit un jour à Philippe: «Celui qui me voit, voit aussi le Père. Jean 14, 9.»

Tout homme désire s'emparer de ce qu'il aime, et le « cos­mos » est trop grand et trop lourd pour se laisser saisir. Mais un jour Dieu Se fit petit Enfant, Se laissa envelopper de langes et coucher dans une crèche, de sorte que les hommes puissent dire : « Voici l'Emmanuel, voici Dieu avec nous. » En s'abaissant jusqu'à la fragile nature humaine pour l’élever jusqu'à l'incomparable privilège de l'union avec Lui, Dieu honorait cette nature et lui rendait sa dignité. Cette union était si réelle que tous les actes du Christ, toutes Ses paroles, Son agonie et Ses larmes, Ses pensées et Ses raisonnements, Ses décisions et Ses émotions étaient, en même temps que véritablement et proprement humains, les actes, les paroles, l'agonie, les larmes, les pen­sées et les raisonnements, les décisions et les émotions du Fils éternel de Dieu.

Ce que nous appelons l'Incarnation n'est pas autre chose que l'union de deux natures, la divine et l'humaine, en une seule Personne qui les dirige toutes les deux. Ceci n'est pas tellement difficile à comprendre, car qu'est-ce que l'homme, sinon un exemple — à un degré infime il est vrai, — de l'union de deux substances entièrement différentes, l'une matérielle, le corps, et l'autre immatérielle, l'âme, toutes les deux régies par une seule personnalité humaine. Qu'y a-t-il de plus éloignés les uns des autres que les pouvoirs et les capacités de la chair et de l'esprit? Avant leur union, comme il eût été difficile de concevoir qu'il viendrait un moment où le corps et l'âme seraient unis en une seule personnalité. Qu'ils soient unis de cette manière, c'est un fait que tout le monde peut constater, et c'est parce qu'on y est habitué que l'on ne s'en étonne plus.

Dieu, qui a lié l'un à l'autre le corps et l'âme en une seule personne humaine, malgré leur différence de nature, pouvait certainement unir un corps et une âme d'homme avec Sa Divinité sous l'autorité de Son éternelle Personne. C'est ce que signifie: Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. Jean 1, 14.

La Personne qui assume la nature humaine n'a pas été créée, comme c'est le cas des autres hommes. Cette Per­sonne est le Logos, le Verbe éternel préexistant. Sa nature humaine, d'autre part, procédait de la conception miraculeuse par Marie, en qui l'ombre divine de l'Esprit-Saint et le Fiat humain, ou consentement de la femme, se confondirent de la plus heureuse manière. Ce fut le commencement d'une nou­velle humanité distincte de la race déchue. Lorsque le Verbe Se fit chair, cela ne signifiait pas qu'il y eut le moindre changement dans le Verbe de Dieu. Le Verbe divin, en s'unissant à la nature humaine, ne quittait pas la droite du Père. Ce qui arriva n'était point le changement de la Divi­nité en une substance humaine, c'était plutôt l'absorption d'une humanité en Dieu.

Il y avait continuité de la race déchue par l'intermédiaire de la nature humaine issue de Marie, mais il y avait aussi une solution de continuité du fait de la Personne du Christ était le Logos éternel. Ainsi le Christ devient littéralement le second Adam, l'Homme grâce auquel la race humaine prend un nouveau départ. Son enseignement s'est concentré sur cette incorporation à Lui-même des natures humaines, suivant le mode d'après lequel fut unie au Verbe éternel la nature humaine qu'il prit de Marie.

Il est difficile pour un être humain de comprendre l'humi­lité que recouvre l'Incarnation du Verbe. Imaginez, si cela était possible, qu'un homme réussisse à se dépouiller de son corps et à envoyer son âme dans le corps d'un serpent. Il y aurait là une double humiliation : la première dans l'accep­tation de se voir limité à l'organisme d'un serpent, alors qu'on sait combien l'esprit lui est supérieur et que cet organisme ne pourra jamais correspondre à des pensées qu'un serpent n'a jamais pu avoir. La seconde humiliation serait d'être obligée, en raison de ce « dépouillement de soi », de vivre dans la compagnie des serpents. Mais tout cela n'est rien en comparaison du dépouillement, ou mieux de l'anéantissement, de Dieu lorsqu'il a pris la forme d'un homme et accepté les limites de la nature humaine, telles que la faim, la soif et la persécution.

N'était-ce pas aussi une déchéance pour la Sagesse de Dieu de se condamner Elle-même à vivre dans la compagnie de pauvres pêcheurs si ignorants ? Cepen­dant cette humiliation qui commença à Nazareth, lorsque Jésus fut conçu dans le sein de la Vierge Marie, n'était que la première parmi beaucoup d'autres, destinées à vaincre l'orgueil de l'homme, jusqu'à l'ultime humiliation de la mort sur la Croix. S'il n'avait pas dû y avoir la Croix, il n'y aurait pas eu la crèche; s'il n'avait pas dû y avoir de clous dans Ses mains et dans Ses pieds, il n'y aurait pas eu la paille de l'étable. Mais Il ne pouvait pas Se contenter de nous donner un enseignement sur la Croix, rançon du péché, Il devait prendre cette Croix. Dieu le Père n'a pas épargné Son Fils, tant Il a aimé le genre humain. Tel était le secret caché dans les langes de Bethléem.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 01:58

La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins…

De tout autre enfant qui vient au monde, des amis peuvent dire qu'il ressemble à sa mère. Pour la première fois dans le temps, on pouvait dire que c'était la mère qui ressemblait à l'Enfant. Quel paradoxe : L'Enfant a créé Sa mère et, en réalité, c'est la mère qui n'est qu'une enfant. C'était aussi la première fois dans l'histoire qu'on pouvait penser que le ciel n'était pas seulement « quelque part là-haut » ; lorsque Marie regardait son Enfant dans ses bras, c'était le ciel qu'elle voyait.

En un des lieux les plus souillés de ce monde, dans une étable, naît Celui qui est la Pureté. Celui qui, plus tard, devait être mis à mort par des hommes agissant comme des animaux sans raison, naissait au milieu des animaux. Celui qui pouvait se dire le « Pain vivant descendu du ciel » était couché dans une mangeoire. Dans les siècles antérieurs, les Hébreux avaient adoré le veau d'or et les Grecs un âne. Les hommes s'étaient prosternés devant ces animaux comme devant Dieu. Maintenant, en manière de réparation, le bœuf et l'âne étaient là pour s'incliner devant leur Dieu.

Il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais il y en avait dans l'étable. L'hôtellerie est un lieu de rassemblement où se fait l'opinion publique, c'est le foyer où s'allument les mouvements révolutionnaires, c'est le rendez-vous des idoles du monde, le point de ralliement des gens populaires et des vedettes. L'étable, au contraire, est le lieu des pros­crits, des petits, des ignorés. Le monde aurait pu concevoir que le Fils de Dieu — s'il devait naître un jour — naîtrait dans une hôtellerie. Une étable était bien le dernier endroit du monde où on L'aurait attendu. La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins.

Aucun esprit mondain n'aurait jamais supposé que Celui qui faisait réchauffer la terre par le soleil aurait un jour besoin d'être réchauffé par l'haleine d'un bœuf et d'un âne: que Celui qui, selon les Écritures, peut arrêter les astres dans leur course, aurait Son lieu de naissance déter­miné par un décret impérial; que Celui qui revêt les champs de plantes et de fleurs, serait lui-même dans la nudité; que Celui qui a façonné les étoiles et les mondes serait un jour un si petit enfant que Ses bras trop courts ne pour­raient atteindre les grosses têtes de l'âne et du bœuf; que les pieds qui parcouraient les collines éternelles, seraient un jour trop faibles pour marcher; que le Verbe éternel serait muet; que la Toute-Puissance serait enveloppée dans des langes; que le Salut serait couché dans une mangeoire; que l'oiseau qui a bâti le nid y pourrait être couvé — personne au monde n'aurait pu supposer que Dieu, venant sur la terre, s'y trouverait dans une telle impuissance et un tel dénuement. Et c'est justement pour cela qu'il y en a tant qui ne Le reconnaissent pas. La Divinité se trouve là où on L'attend le moins.

Un artiste se sent chez lui dans son atelier parce que les peintures sont le fruit de son talent; le sculpteur est à l'aise au milieu de ses statues parce qu'elles sont l'œuvre de ses mains; le viticulteur n'est point dépaysé dans la vigne qu'il a plantée; le père est en famille au milieu de ses propres enfants; de la même manière, on devrait s'attendre à ce que Celui qui a créé le monde y soit reçu et S'y trouve à l'aise comme chez Lui. Il aurait dû y venir comme l'artiste dans son atelier ou comme le père dans sa famille. Mais, que le Créateur vienne parmi Ses créatures et en soit ignoré; que Dieu vienne parmi les siens et n'y soit pas reçu; qu'il soit comme un étranger dans Sa propre demeure, — cela ne pouvait signifier qu'une chose pour un esprit mondain : c'est que cet Enfant n'était pas Dieu du tout et ne pouvait pas l'être. Et c'est bien pourquoi le monde ne L'a pas reconnu. La Divinité se trouve toujours là où on L'attend le moins.

Le Fils de Dieu fait homme fut appelé à entrer dans le monde qui était le Sien par la petite porte. Proscrit de la terre, II naquit sous terre et, dans un certain sens, fut le premier homme des cavernes de l'histoire écrite. Mais là, II ébranla la terre jusque dans ses fondements. Parce qu'il est né dans une caverne, tous ceux qui désirent Le voir doivent s'abaisser. S'abaisser, c'est le propre de l'humilité. Les orgueilleux refusent de s'abaisser et c'est pour cela qu'ils ne trouvent pas la Divinité. Par contre, ceux qui font flé­chir leur « moi » pour entrer découvrent qu'ils ne sont pas du tout dans une sombre caverne, mais dans un nouvel uni­vers où trône, sur les genoux de Sa mère, un Enfant qui tient le monde entre Ses mains.

La crèche et la Croix sont les deux pôles de la vie du Sauveur. Il a accepté la crèche parce qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie. Il a accepté la Croix parce que les hommes ont dit : « Nous ne voulons pas avoir cet Homme pour roi. » Désavoué à Son arrivée, rejeté à Son départ, Il reposa, à Sa naissance, dans une étable qui n'était pas à Lui, et, à Sa mort, dans un tombeau qui n'était pas le Sien.

Un âne et un bœuf L'entouraient dans Sa crèche de Bethléem, deux malfaiteurs L'entouraient au Calvaire, un de chaque côté de Sa croix. Enveloppé de bandelettes dans la man­geoire qui Lui servait de berceau, Il était de nouveau enve­loppé de bandelettes dans Son tombeau: n'était-ce pas le symbole des limites imposées à Sa Divinité par la nature humaine qu'il avait assumée?

Des anges vinrent dire aux bergers qui gardaient leurs troupeaux auprès de la grotte : « Ceci vous servira de signe : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »Luc 2, 12.

Jésus portait déjà Sa Croix, — tout au moins celle que pouvait porter un petit enfant, une croix de pauvreté, d'exil et de faiblesse. Son désir de sacrifice était déjà marqué dans le message chanté par les anges au-dessus des collines de Bethléem : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Luc 2, 11.

La cupidité était désormais mise au défi par Sa pau­vreté, tandis que l'orgueil se heurtait à l'humiliation de l'étable. Les limites imposées à la puissance divine, qui de soi est illimitée, sont souvent considérées comme une exi­gence excessive par les esprits qui ne rêvent que de puis­sance. Ils ne peuvent pas se faire à l'idée d'un abaissement divin, « d'un homme riche qui devient pauvre pour que, grâce à Sa pauvreté, nous devenions riches ». Les hommes ne sauraient avoir une plus grande preuve de divinité que ce renoncement à la puissance telle qu'ils la conçoivent — le spectacle d'un Enfant qui a dit qu'il viendrait sur les nuées du ciel et qui, pour le moment, est enveloppé des oripeaux de la terre.

Celui que les anges appellent le « Fils du Très-Haut » est descendu dans la poussière dont nous avons tous été pétris afin d'être un faible parmi les faibles, un homme déchu en tout, hormis le péché. Et ce sont les bandelettes qui consti­tuent Son « signe ». Lui qui est la Toute-Puissance, s'il était venu au milieu des tonnerres, nous n'aurions pas eu de signe, car il n'y a de signe que lorsqu'une chose arrive en dehors des lois de la nature. L'éclat du soleil n'est pas un signe, mais son obscurcissement en est un. Il a dit qu'au dernier jour Sa venue serait annoncée par des « signes dans le soleil », peut-être par une disparition de la lumière. A Bethléem le Fils de Dieu vint comme dans une éclipse afin que seuls les humbles d'esprit puissent Le reconnaître.

Deux catégories d'hommes seulement ont pu trouver l'En­fant: les bergers et les Mages, les simples et les savants, ceux qui reconnaissent qu'ils ne savaient rien, et ceux qui reconnaissaient qu'ils ne savaient pas tout. Il n'est jamais reconnu par l'homme d'un seul livre, ni par celui qui croit tout savoir. Dieu même ne peut rien dire à l'orgueilleux! Seuls les humbles peuvent L'entendre.

Comme Caryll Houselander l'a décrit: «Bethléem est par l'intérieur une sorte de résumé du Calvaire, tout comme un flocon de neige résume en lui tout l'univers.» La même idée a été exprimée par le poète qui disait que, s'il connais­sait dans tous ses détails la fleur qui pousse dans la fente d'un mur, il connaîtrait également « ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu ». Les scientifiques ne nous disent-ils pas que l'atome reproduit en lui-même le mystère du système solaire ? Ceci ne veut pas dire que le berceau de Jésus jetait une ombre sur Sa vie et le conduisait ainsi à Sa mort; c'est plutôt que la Croix était présente dès le commencement et projetait par avance son ombre sur le berceau. Les simples mortels vont du connu à l'inconnu, ployant sous des forces dont le contrôle leur échappe; c'est pourquoi nous pouvons parler de leurs « tragédies ». Mais Lui, II venait du connu au connu, du motif de Sa venue : être « Jésus » le « Sau­veur », à l'accomplissement de Sa mission : la mort sur la Croix. Il n'y avait donc pas de tragédie dans Sa vie, car la tragédie implique l'imprévu, l'incontrôlable et la fatalité. La vie moderne est tragique tant que règnent l'obscurité inté­rieure et la culpabilité sans remède. Mais, pour le Christ Enfant, il n'y avait pas de forces incontrôlables, ni de sou­mission à des liens fatals auxquels il était impossible d'échapper ; il y avait au contraire une sorte de « vue inté­rieure » — la petite mangeoire représentant en réduction, comme l'atome pour le système solaire, l'immense Croix du Golgotha.

A Son premier avènement, II prit le nom de Jésus, qui veut dire « Sauveur»; ce n'est qu'à Son second, avènement qu'il prendra le nom de «Juge». Ce nom de Jésus n'est pas celui qu'il portait avant d'avoir assumé une nature humaine. Il s'applique à ce qui a été uni à la Divinité, et non à ce qui existait de toute éternité. Certains diront : « Jésus a enseigné », tout comme ils diraient : « Platon a enseigné », sans penser que Son nom signifie « Sauveur du péché ». Dès qu'il eut reçu ce nom, le Calvaire devint réellement quelque chose de Lui-même. L'ombre de la Croix qui couvrait Son berceau couvrait aussi Son nom. « L'affaire de Son Père » c'était cela, et tout le reste était secondaire par rapport à cela.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 16:01

Un signe fut donné à Marie qu'elle concevrait du Saint-Esprit. Sa cousine Élisabeth, malgré son âge avancé, avait déjà conçu un fils et se trouvait au sixième mois de sa conception. Marie, portant maintenant en elle le Divin Secret, se mit en chemin et voyagea pendant quelques jours pour aller de Nazareth à la cité d'Hébron. Celle-ci, selon la tra­dition, était bâtie sur les cendres des fondateurs du peuple de Dieu — Abraham, Isaac et Jacob. Élisabeth avait su, par une voie mystérieuse, que Marie portait en elle le Messie. Aussi lui demanda-t-elle :

« D'où m'est-il donné que la Mère de Mon Seigneur vienne à moi? » Luc 1, 43.

Cette salutation de la mère du précurseur s'adressait à la mère du Roi dont le précurseur devait préparer les voies. Jean le Baptiste, encore dans le sein de sa mère, a tressailli de joie à l'approche de celle qui apportait le Christ jusqu'en la maison de Zacharie, et c'est Élisabeth elle-même qui nous en donne le témoignage.

La réponse de Marie à cette salutation est le Magnificat, un chant de joie célébrant les merveilles que Dieu a faites pour elle. Elle remonte le cours de l'histoire jusqu'à Abra­ham; elle voit l'action de Dieu préparant le moment pré­sent de génération en génération; elle entrevoit enfin les temps futurs où les nations et les générations la procla­meront « bienheureuse ». Le Messie d'Israël va arriver et Dieu est sur le point de Se manifester sur la terre dans une chair humaine. Elle annonce par avance les qualités du Fils qui naîtra d'elle et qui sera plein de justice et de miséri­corde. Son poème proclame enfin la révolution que ce Fils instaurera en renversant les puissants et en exaltant les humbles.

LA PRÉHISTOIRE DU CHRIST

Le Seigneur qui doit naître de Marie est la seule Per­sonne au monde qui ait une préhistoire, une préhistoire que l'on ne doit pas étudier dans les limons primitifs ni dans les jungles, mais dans le cœur de Dieu. Bien qu'il ait apparu comme le troglodyte de la caverne de Bethléem et qu'il soit né dans une étable creusée dans le roc, bien qu'il ait eu Son commencement, comme homme, dans le temps, II était sans commencement dans l'éternité qui ignore la succession du temps. Ce n'est que progressivement qu'il révéla Sa divi­nité, non point parce qu'il n'en prenait conscience que petit à petit, mais parce qu'il voulait procéder lentement dans la révélation du but de Sa venue. Au début de son Évangile, saint Jean décrit cette pré­histoire du Fils de Dieu : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout a été fait par Lui, et sans Lui rien ne s'est fait de ce qui a été fait. (Jean 1-3) »

« Au commencement était le Verbe ». Tout ce qu'il y a dans le monde correspond à la pensée de Dieu, car toute chose exige la pensée. Chaque oiseau, chaque fleur, chaque arbre a été fait d'après une idée préexistante dans l'Intel­ligence divine. Les philosophes grecs affirmaient que la pensée était abstraite. Voici que maintenant la Pensée, ou Verbe de Dieu, s'était révélée comme une personne. La Sagesse a revêtu une Personnalité. Avant que ne com­mence Son existence terrestre, Jésus-Christ est éternelle­ment Dieu, la Sagesse, la Pensée du Père. Pendant Son exis­tence terrestre, Il est cette Pensée ou Verbe de Dieu parlant aux hommes. Les paroles humaines disparaissent après qu'elles ont été conçues et proférées, tandis que le Verbe de Dieu est éternellement proféré et ne peut cesser de l'être. Dans Son Verbe, Dieu exprime tout ce qu'il sait et tout ce qu'il connaît. Comme l'intelligence s'exprime à elle-même par sa propre pensée, voit et connaît le monde à travers cette pensée, ainsi le Père se voit Lui-même, comme en un miroir, Se pense et Se connaît en la Personne de Son Verbe. Une intelligence finie, limitée, a besoin de beaucoup de mots pour exprimer ses idées; Dieu, Lui, parle une fois pour toutes au-dedans de Lui-même — un seul Verbe qui atteint la profondeur insondable de toutes les choses connues ou à connaître. En ce Verbe de Dieu sont cachés tous les trésors de la sagesse, tous les secrets de la science, toutes les esquisses des arts, en un mot toutes les connaissances de l'humanité. Mais ces connaissances, comparées au Verbe, ne sont qu'un infime balbutiement.

Dans l'éternité sans âge, le Verbe était avec Dieu. Mais il y eut un moment dans le temps où le Verbe n'était pas encore sorti de Dieu, comme il est un moment où une pen­sée humaine, formulée dans l'esprit, n'est pas encore exprimée au-dehors. Le soleil est inséparable de son rayon et, de même, le Père est inséparable de Son Fils; le penseur est insépa­rable de sa pensée et, de même mais d'une manière infinie, l'Esprit de Dieu est inséparable de Son Verbe. Dieu n'est pas resté de toute éternité dans une sublime activité soli­taire. Il avait avec Lui un Verbe égal à Lui-même. «Tout a été fait par Lui, et sans Lui rien ne s'est fait de ce qui a été fait. En Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Mais la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas reçue. Jean 1 3-5 »

Toute chose qui existe dans le temps ou dans l'espace n'existe qu'en vertu de la puissance créatrice de Dieu. La ma­tière n'a rien d'éternel; l'univers a derrière lui une Person­nalité intelligente, un Architecte, un Bâtisseur, un Soutien. La création est l'œuvre de Dieu. Un sculpteur travaille sur le marbre, un peintre sur une toile, un constructeur sur des matériaux, mais ni l'un ni l'autre ne peut créer. Ils amènent des choses préexistantes à une nouvelle manière d'être, et rien de plus. La création n'appartient qu'à Dieu.

Dieu imprime Son Nom dans l'âme de tout homme. Dans l'ordre naturel, la raison et la conscience sont Dieu au-dedans de nous. Les Pères de l'Église n'étaient-ils pas accoutumés de dire que la sagesse dont parlaient Platon et Aristote était le Christ présent en l'homme à son insu? Les hommes sont comme tant de livres sortant d'imprimeries religieuses : même si rien, ne l'indique d'une manière pré­cise, le nom de l'Auteur divin est gravé en caractères ineffaçables sur la page de tête. Dieu en l'homme est en quelque sorte comme le filigrane dans une feuille de papier, rien ne le peut effacer.

BETHLÉEM

César Auguste, le chef comptable du monde, considérait, dans son palais proche du Tibre, la carte de l’Empire de Rome. Il songeait à faire un recensement du monde civilisé, tout entier soumis à Rome. Il n'y avait qu'une seule capitale pour tout ce monde : Rome; qu'une seule langue officielle : le latin; qu'un seul maître : César. L'ordre fut envoyé à tous les gouverneurs, à tous les satrapes, et jusqu'aux avant-postes de l'Empire : tout sujet romain sera recensé dans sa propre localité. Dans le loin­tain village de Nazareth, les soldats tracèrent sur les murs l'ordre donné à tous les habitants de se faire inscrire dans la cité d'origine de leur famille.

Joseph, le charpentier, obscur descendant du grand roi David, était obligé par cette prescription d'aller se faire inscrire à Bethléem, cité de ses pères. Conformément à l'ordre impérial, Marie et Joseph quittèrent Nazareth pour se rendre à Bethléem, à neuf kilomètres environ au-delà de Jérusalem. Cinq siècles plus tôt, le prophète Michée avait dit de ce village : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les principales villes de Juda; car de toi sortira le chef qui doit régir Israël mon peuple. » Matthieu 2, 6.

Lorsqu'il arriva à Bethléem, Joseph était plein d'espoir et n'avait aucune inquiétude, pensant trouver facilement où loger dans la cité de sa famille, surtout en raison de l'état dans lequel se trouvait Marie. Il alla de maison en maison, mais toutes étaient surpeuplées. Il chercha en vain un endroit où Celui à qui le ciel et la terre appartiennent pour­rait naître décemment. Serait-il possible que le Créateur ne puisse trouver une demeure dans la création? Tout en haut d'un raidillon, Joseph arriva près d'un lampion qui se balançait au bout d'une corde, en travers d'une porte. Ce devait être l'auberge du village. Là, mieux qu'ailleurs, il trouverait sûrement un abri. Il y avait place dans l'au­berge pour les soldats de cette Rome qui avait brutalement colonisé le peuple juif; il y avait place pour les filles des riches marchands de l'Orient; il y avait place pour les gens somptueusement vêtus qui vivent dans les palais des rois; en fait, il y avait place pour tous ceux qui possédaient de quoi payer, mais il n'y en avait pas pour Celui qui devait être dans le monde le Refuge de tous les cœurs abandonnés. Lorsqu'à la fin des temps les annales de l'histoire auront enregistré les derniers mots, la ligne la plus sombre de toutes sera celle-ci : « II n'y avait pas de place dans l'hôtel­lerie. »

Plus loin, à flanc de coteau, Joseph et Marie finirent par trouver un abri dans une caverne transformée en étable, où des bergers abritaient leurs troupeaux en cas de mau­vais temps. Là, dans la solitude et le dénuement d'une étable ouverte à tous les vents; là, au-dessous des parvis du monde, mais en un lieu de paix, Celui qui était né sans mère dans les cieux est né sans père sur la terre.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:21

«Il fut voulu, lui le Désiré des Nations… » Cette fête tombe le 25 mars.

Le St-Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous »,

L'enfance du Christ

Nous trouvons un quatrième signe distinctif dans le fait que Jésus n'entre pas, comme le font tous les maîtres de la terre, dans la catégorie conventionnelle de l'honnête homme. Les hommes honnêtes ne mentent pas. Or, si le Christ n'était pas ce qu'il prétendait être, à savoir le Fils du Dieu vivant, le Verbe de Dieu fait chair, Il n'était pas précisément un « honnête homme » ; Il était donc un coquin, un menteur, un charlatan et le plus grand imposteur qui ait jamais existé. S'il n'était pas ce qu'il prétendait être, le Christ, le Fils de Dieu, Il devait être l'antéchrist. S'il n'était qu'un homme, alors Il n'était même pas un « honnête » homme.

Mais justement II n'était pas seulement un homme. Il nous offre le choix entre l'adoration ou le mépris — le mépris s'il n'est qu'un homme, et un homme qui trompe, ou l'adoration s'il est vraiment Dieu et homme en même temps. Nous ne pouvons pas rester indifférents, et il est fort possible que des communistes, qui Lui sont en principe si opposés, se trouvent plus proches de Lui que ceux qui ne voient en Lui qu'un sentimal et un moralisateur un peu flou. Les communistes ont au moins cette certitude que, si c'est Lui qui triomphe, ils perdront à coup sûr; les autres ont peur de Le considérer comme gagnant ou perdant, parce qu'ils ne se sentent pas prêts à accepter les exigences que Sa vic­toire Lui permettrait de présenter à leurs âmes.

S'il est ce qu'il prétend être, un Sauveur, un Rédempteur, alors nous avons un Christ fort, un chef digne d'être suivi dans les temps si durs que nous traversons; alors nous avons l'Unique, le Seul qui soit capable de pénétrer dans la brèche pratiquée par la mort et de dominer le péché, la tristesse et le désespoir; alors nous avons un chef pour Lequel nous pouvons tout sacrifier sans crainte de perdre, parce qu'il nous fait gagner la liberté, et que nous pou­vons aimer jusqu'à mourir pour Lui. Nous avons besoin, de nos jours, d'un Christ capable de prendre des cordes pour chasser les acheteurs et les vendeurs de nos temples mo­dernes, capable de dessécher les figuiers stériles, assez auda­cieux aussi pour parler de croix et de sacrifices d'une voix aussi forte que celle de la tempête et des flots en furie. Mais II ne nous laissera pas choisir parmi Ses paroles selon notre goût ou notre humeur, pour écarter ce qui est dur et ne retenir que ce qui plaît à notre fantaisie. Nous avons besoin d'un Christ qui réhabilite la juste indignation, qui nous insuffle la haine du mal jusqu'à la passion et l'amour du bien jusqu'au sacrifice suprême.

L'ANNONCIATION

Toute civilisation a eu sa tradition d'un lointain âge d'or se situant dans les temps révolus. Une tradition juive plus précise parle d'une chute par rapport à un état de bonheur et d'innocence, et cette chute serait due à une femme qui aurait tenté un homme. Si une femme a joué un tel rôle dans la chute de l'humanité, pourquoi une femme ne Joue­rait-elle pas un rôle de premier ordre dans son relèvement? Et s'il y eut un paradis perdu dans lequel furent célébrées les premières noces de l'homme et de la femme, ne pourrait-il y avoir un nouveau paradis dans lequel seraient célébrées les noces de Dieu et de l'homme?

Dans la plénitude des temps un ange de lumière quitta le trône de l'éternelle Lumière et descendit vers une Vierge qui priait. Il lui demanda si elle consentait à donner à Dieu une nature humaine. Elle répondit qu'elle ne « connaissait » point d'homme et qu'elle avait l'intention de garder sa virgi­nité; elle ne pourrait donc pas devenir la mère du « Désiré des Nations ». Il n'y a jamais eu de naissance sans com­merce charnel et, sur ce point, la jeune fille avait raison de répondre comme elle le fit. La procréation d'une nouvelle vie requiert les feux de l'amour. Mais, à côté de la passion humaine qui engendre la vie, il y a « l'impassible passion et le calme puissant » de l'Esprit-Saint.

C'est cet Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous », l'Emmanuel. Au moment où Marie donnait son consentement en prononçant le Fiat (Oui), il se produisit un événement plus grand que la création de la lumière, lors du Fiat lux des origines. Ce qui venait de se faire en Marie était bien plus que le soleil, c'était le Fils de Dieu qui prenait chair. En prononçant son Fiat, Marie achevait d'accomplir le rôle de la femme, qui était de trans­mettre à l'homme les dons de Dieu. Il y a une réceptivité passive par laquelle la femme dit Fiat au cosmos dont elle partage le rythme, Fiat à l'amour de l'homme dont elle est l'objet, et Fiat à Dieu quand elle reçoit l'Esprit divin.

Les enfants ne viennent pas tous au monde en vertu d'une intention bien déterminée de l'amour entre homme et femme. Bien que cet amour entre eux soit voulu, l'enfant qui en est le fruit n'est pas voulu de la même manière que le com­merce charnel. Il y a quelque chose d'indéterminé dans l'amour humain. Les parents ne savent pas si leur enfant sera garçon ou fille, ni le moment exact de sa naissance, car la conception garde quelque chose de secret. Les enfants sont acceptés ensuite et aimés par leurs parents, mais ils n'ont pas été désirés comme êtres en tant que tels. Dans le mys­tère de l'Annonciation, au contraire, l'Enfant ne fut pas accepté d'une manière plus ou moins imprévue, Il fut voulu. Il y eut collaboration entre une femme et l'Esprit du divin Amour. Le consentement volontaire fut exprimé par le Fiat, et la coopération corporelle était librement offerte par le fait même. Les autres mères prennent conscience de leur maternité par les modifications physiques qui se produisent en elles; Marie, elle, prit conscience de son état par le change­ment opéré en elle sous l'action du Saint-Esprit. Elle éprouva vraisemblablement une extase bien supérieure à tout ce qu'homme et femme peuvent ressentir dans l'amour.

La chute de l'homme fut la conséquence d'un acte libre; il convenait que la Rédemption fût conditionnée par un acte libre. Ce que nous appelons l'Annonciation est l'acte par lequel Dieu demandait son libre consentement à une créa­ture dont II avait besoin pour s'incarner et « converser », demeurer parmi les hommes.

Supposez que, dans un orchestre, un musicien joue une fausse note. Le chef d'orchestre a la compétence voulue, les partitions sont exactes et faciles à jouer, mais notre mu­sicien continue à exercer sa liberté en lançant des notes discordantes. De deux choses l'une, ou bien le chef d'or­chestre demandera que l'on recommence le morceau, ou bien il laissera passer, sans se préoccuper de la cacophonie. Si nous allons au fond des choses, l'attitude du chef d'orchestre ne changera rien, quoi qu'il fasse, car la fausse note est partie dans l'espace à la vitesse du son, et elle a déjà pro­duit une discordance dans l'univers.

Existe-t-il un moyen de restaurer l'harmonie dans le monde? Cela ne peut être fait que par quelqu'un qui inter­vienne de l'éternité pour arrêter la fausse note dans sa course folle. Et encore, elle restera une fausse note. L'har­monie ne peut être restaurée qu'à une seule condition : il faut que cette note redevienne la note initiale dans une nouvelle mélodie; alors tout rentrera dans l'ordre. '

C'est précisément ce qui est arrivé lorsque le Christ est né. Une fausse note de désordre moral a été introduite dans l'harmonie initiale par le premier homme, et l'huma­nité entière en a été comme infectée. Dieu aurait pu igno­rer la chose, mais en agissant ainsi II eût violé la justice, ce qui est proprement impensable. Que fit-Il donc? Il demanda i\ une femme qui représentait l'humanité, de Lui donner librement une nature humaine grâce à laquelle Il ferait surgir une nouvelle humanité. Il y avait une vieille humanité en Adam, il y aura une humanité nouvelle dans le Christ, qui est Dieu fait homme grâce à la libre intervention d'une mère humaine. Lorsque l'ange apparut à Marie, Dieu pro­clamait Son amour pour la nouvelle humanité. C'était le commencement d'une nouvelle terre, et Marie devenait un « Paradis incarné que le nouvel Adam devait faire refleurir ». Eve avait apporté la destruction dans le premier jar­din, maintenant, dans le jardin de son sein virginal, Marie porterait le fruit rédempteur.

Pendant les neuf mois où Il fut en elle, toute la nourri­ture, le blé, les raisins, qu'elle consommait agissait comme une sorte d'Eucharistie naturelle, se transformant en Celui qui devait déclarer plus tard qu'il était le Pain et le Vin de Vie. Et lorsque les neuf mois furent révolus, l'endroit qui convenait pour Sa naissance fut Bethléem dont le nom signi­fie : « Maison du Pain ». Il dira un jour :

«Le Pain de Dieu est Celui Qui descend du ciel et donne la vie au monde.» Jean 6, 33.

«Je suis le Pain de vie ; celui qui vient à Moi n'aura jamais faim.» Jean 6, 35.

Lorsqu'il eut été conçu, l'humanité de Marie donna à l'Enfant-Dieu ses mains et ses pieds, ses yeux et ses oreilles, et un corps capable de souffrir. De même qu'après la rosée les pétales d'une rosé se referment sur les gouttelettes d'eau comme pour en absorber l'énergie, ainsi Marie, la Rosé Mystique, se referma sur Celui que l'Ancien Testament dépeint comme une rosée descendant sur la terre. Lorsqu'enfin elle Lui donna le jour, ce fut comme si un grand ciboire s'était ouvert, et elle tenait entre ses mains l'Hôte qui était aussi l'Hostie du monde, semblant dire : « Regar­dez, voici l'Agneau de Dieu; regardez voici Celui Qui efface les péchés du monde. »

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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