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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 14:32

C. —  LE TÉMOIGNAGE DE LA THÉOLOGIE.

Les théologiens ont sans cesse insisté sur le rôle néfaste du démon, dont l'origine remonte au commen­cement du monde, quand Ève introduisit le péché dans le monde.

 

Le Concile de Trente énonce qu'à la suite du péché originel, les hommes furent faits esclaves du démon, prince de ce monde et de la mort et les Pères même du Concile insistent sur l'hostilité permanente qui met aux prises le genre humain tout entier avec Satan. — Celui-ci ne cesse de tenter le monde.

 

Déjà saint Augustin avait brossé un tableau de l'univers où se manifestait l'opposition entre le corps mystique du Christ et le corps mystique du diable (Cf.  R.   P.   Mersch,   S.   J.,  Le  Corps Mystique  du  Christ, t. 11 (Bruxelles, Ed. Universelle,  1936), p. 30, note 2.)

.

 

Saint Grégoire également parlait des païens et des pécheurs comme des membres du corps diabo­lique (id., p. 405.). Il déclare, par exemple : « Certes, le diable est la tête de tous les méchants, et tous les pécheurs sont membres de cette tête. Pilate ne fut-il pas membre du diable ? Pourquoi donc les Juifs persécuteurs et les soldats qui ont crucifié le Christ ne seraient-ils pas membres du diable ? » (Hom. XVI, 25.).

 

Saint Thomas nous montre de son côté, que le démon est à la tête de tous les méchants et qu'il exerce sur le corps de péché un réel gouvernement extérieur analogue à celui qu'un prince terrestre exerce sur la multitude qui lui est soumise. Pour reprendre l'expression de Job (Job XLI, a. 7.)  ; « Satan est le Roi de tous les fils d'orgueil ». On entre dans ce royaume par le péché.

 

1. L'Action  diabolique.

 

Le péché du démon consiste à vouloir imiter Dieu, à vouloir s'attribuer la maîtrise souveraine sur toute chose ;  c'est là le  propre de l'orgueil.

 

Aussi le démon tente-t-il d'organiser le monde afin que les hommes pèchent par envie.

 

Toutefois, le diable n'a pas un pouvoir déterminant sur les hommes ; et il n'est pas, au sens strict, cause de péché. Mais il brûle le cœur des hommes par des désirs, il rôde à 1’extérieur, autour des hommes pour les exciter, les tromper, les persuader, les inviter, les tenter.

 

Il jouit d'une force qui dispose l’homme au péché. Il suffit de relire le récit de la chute d Ève pour voir la tactique suivie par Satan.

 

L'homme garde donc, devant le démon agissant et séduisant, toute sa liberté et par là toute la respon­sabilité de ses actes. Il faut ajouter encore que le démon s'est assuré — depuis le premier péché — la complicité du monde entier, qui est devenu un instrument docile entre ses mains, pour inviter les hommes à le suivre et à s intégrer dans son corps de mort.

 

Voici d ailleurs comment on a pu décrire la genèse de cette action diabolique (Cf. S. thomas, De Malo, 111, a. 3 et 4.) :

 

Au jour de la création, ce ne fut pas seulement un monde visible qui fut appelé à l'existence, mais aussi un monde invisible celui des purs esprits du monde angélique. Comme nos premiers parents, les anges furent aussi créés non pas dans l'état de pure nature, mais dans l'état de surnature. Les anges devaient, comme nos premiers parents, s'approprier par une décision personnelle libre, 1’être et la vie surnaturels. Sous la conduite du premier des anges, que l'Écriture nomme Lucifer, une partie des anges firent défaillance en refusant d'obéir à Dieu. Depuis le moment où le premier péché fut commis, il y a des démons, il y a un enfer.

 

Pas moins qu'Adam, Lucifer ne perdit sa place dans la création de Dieu.

 

D’après la croyance générale, les Anges exercent une souveraineté sur la création placée au-dessous d'eux. Lucifer, comme le premier des purs esprits, possédait une puissance de domination sur tout le reste de la Création.

 

C'est pourquoi le Christ le nomme à bon droit « le prince de ce monde ».

 

Il ressort de l'Évangile selon saint Luc que Lucifer conserva, après la chute, cette position dans l'ordre de la création. Lorsqu'au désert, le démon tenta Nôtre Seigneur, il s'approcha de Lui, en disant : « Je vous donnerai toute cette puissance et toute la gloire de ces royaumes ; car elle m'a été livrée et je la donne à qui je veux » (Luc IV. 6.).

 

Lucifer revendique ici, comme prince de ce monde, son droit à la domination de ce monde et à toutes les richesses de celui-ci. Aussi longtemps que nos premiers parents se trouvaient dans l'état de surnature, ils n'étaient pas soumis au prince de ce monde et pas davantage à la création visible. Ce n'est que si Lucifer réussissait à attirer les premiers parents dans sa chute, que ceux-ci tomberaient sous sa domination. Il ne pouvait cependant pas les faire tomber par une action sur leurs facultés spirituelles. La perception sensible extérieure seule se trouve exposée à son influence. C'est par cette voie qu'il s'attaqua à Adam et Ève. C'est bien ainsi qu'il faut interpréter le récit de la tentation au Para­dis (Gen. III, 1-7).

 

Adam et Ève succombèrent à la tentation. Dans le plein sens du terme, Lucifer devint alors le prince de ce monde.

 

2. La lutte entre le Christ et Satan.

 

Mais dès le début aussi, Satan sentit son empire menacé.

 

Du torrent de la vie humaine, surgit une deuxième Êve qui, par sa conception immaculée, retira au prince de ce monde sa souveraineté. C'était la femme qui, d'après la promesse faite, devait écraser la tête du serpent, du démon. Elle était un mystère pour le démon. Plus mystérieux était l'enfant qu'Elle mit au monde. N'était-il qu'un homme ou était-il plus qu'un homme ? S'il n'était qu'un homme, pure créature, il devait être accessible à la tenta­tion ? La méthode employée auprès des premiers parents devait, ici aussi, mener au but. Il s'attaqua effectivement, pendant la tentation du désert, au même point que, naguère auprès d'Adam : le désir d'égalité avec Dieu. Mais, ici, il fut repoussé. Toute­fois il n’abandonna pas son jeu. Il commença le siège de l'Homme Dieu et ceci représente un aspect tragique dans la vie du Christ. Il attisa lentement l'envie, la jalousie, la haine des Juifs. Finalement, il s'empara de l'un du cercle immédiat du Sauveur, d'un apôtre, de Judas Iscariote. « C'est celui, dit Jésus, à la dernière Cène, auquel je présenterai le pain trempé... Et Il trempa le pain et Il le donna à Judas Iscariote, le fils de Simon. Et après avoir pris ce morceau, Satan entra en lui » (Jean XIII, 26.).

 

Judas livra le Seigneur aux Juifs pour être crucifié. Le prince de ce monde triomphait. L'adversaire haï était supprimé. Et cependant la mort du Christ sur la Croix devint la faillite de Satan.

 

La Préface de la Croix l'exprime de manière telle­ment incomparable : « Vous avez attaché le salut du monde au bois de la Croix afin que de là où surgit la mort ressuscita aussi la Vie et que celui qui triompha par le bois fut aussi vaincu par lui ». Voilà l'accom­plissement : « Le prince de ce monde sera jeté de­hors ».

 

Aussi longtemps, qu'existe le péché originel et ses suites, la domination du prince de ce monde n'est pas interrompue. Le baptême efface toutefois la tâche du péché originel mais n'en détruit pas les suites.

 

Saint Jean ramène celles-ci à une triple cause, quand il écrit : « Tout, ici-bas, est concupiscence des yeux, concupiscence de la chair et orgueil de la vie » 63). Il y a dans la nature humaine une triple manifestation du trouble maladif héréditaire dans la vie spirituelle : le rapport avec le monde extérieur, avec l'être corporel propre, avec le Moi. Ce trouble maladif n'est pas écarté par le baptême. Il ne peut être vaincu que par l'effort moral tenace et avec l'aide de la grâce divine. Aussi longtemps qu'il existe et partout où il subsiste, un point d'accès reste ouvert au démon par lequel il peut exercer, sur les hommes et le monde, son action malfaisante.

 

Les suites du péché originel sont et demeurent les points de pénétration du démon dans les différents domaines de la vie humaine.

 

Qu'il ne s'agisse pas ici de considérations théologiques peu réalistes, la vie des Saints en témoigne de manière irrécusable, surtout de ceux dont nous avons pu pénétrer profondément la vie toute remplie de grâces mystiques. La vie héroïque des saints éloigne de leur être les suites héréditaires du péché jusqu'à produire leur complète innocuité. L’ordre paradisiaque est rétabli jusqu'à un certain degré, ainsi que l'enseigne le Docteur mystique de l'Église : saint Jean de la Croix.

 

Ce stade de la vie des saints ne peut être atteint que par ce que saint Jean de la Croix appelle la purification passive des sens et de l'esprit.

 

Mais à l'heure où le travail héroïque de l'ascèse humaine atteint les dernières racines des suites du péché originel, il se bute à la résistance la plus opi­niâtre du démon qui défend avec la plus extrême ténacité ses dernières frontières d'accès : l'élément diabolique joue ici son dernier rôle décisif dans la vie des saints.

 

La destinée du Christianisme ici-bas est aussi l'histoire du Satanisme dans ce monde.

 

A SUIVRE

 

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-exorcisme-contre-satan-et-ses-anges-edition-1903-leon-xiii-122337872.html

 

Extrait d’une brochure de M. Robert Kothen : L'ACTION SOCIALE DE SATAN

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 18:28

(B). —  LE  TÉMOIGNAGE   DE   LA   LITURGIE.

Les livres liturgiques, notamment certains textes du Rituel, du Missel et du Pontifical viennent nous apporter des lumières nouvelles sur la pensée de l'Église concernant l'action du démon dans le monde.

 

1. Le  baptême.

 

Si, par exemple, on parcourt le Rituel du Baptême, on y découvre toute une doctrine concernant l'action de Satan.

 

L'Église commence, en effet, par considérer le païen comme un membre du Royaume de Satan ; le candidat au baptême est un de « ceux qui sont sous l'empire du diable » (Acte. X, 38.).  Il est effectivement dans un état de servitude, il est captif du démon.

 

Il s'agit donc de le libérer. C'est pourquoi l'Église prie afin que les liens sataniques soient rompus et on oblige le catéchumène à renoncer à Satan ; l'Église ordonne en conséquence à l'esprit impur de quitter cet homme. Une série d'exorcismes ont pour effet d'opérer cette libération. On voit par là que le monde païen est réellement envisagé comme un fief diabolique, et que le bap­tême permet aux hommes de quitter ce royaume, en devenant chrétiens, et ainsi ils entrent dans le royaume de Dieu.

 

Le Cardinal Schuster met en relief ce passage d'un empire à l'autre, quand il écrit :

« Dans l'antiquité, alors que le monde demeurait en grande partie corrompu par l'idolâtrie, le baptême des adultes comportait vraiment une conversion décisive à Dieu, et était le résultat d'une lutte suprême entre l'âme et le démon. L'âme voulait s'affranchir de la servitude honteuse de Satan, qui, par les séductions du vice et la force des passions, faisait tout pour ne pas laisser échapper sa proie. L'instant où le catéchumène descendait dans la pis­cine baptismale était le moment décisif de la lutte ; aussi, à l'imitation de ce qu'avaient coutume de faire les athlètes dans le stade, où, avant de commencer à lutter, ils oignaient d'huile leurs mem­bres, la sainte Mère Église oignait ses athlètes avec l'huile bénite des catéchumènes afin de les fortifier dans le combat.

 

« Le moment était solennel. A la demande du Pon­tife : « Renonces-tu à Satan ? » chacun des aspirants, l'index tendu vers l'occident, région des ombres, du couchant, et des ténèbres nocturnes, disait ; « Je renonce à toi, ô Satan, à ta gloire, à tes oeuvres ». Puis, se tournant vers l'Orient, le candidat prononçait la formule sainte de sa consécration : « Je me dédie à toi, ô Lumière incréée ». (Cardinal   SCHUSTER,   Liber   Sacramentorum,   t. III   (Bru-elles, Ed. Vromant,   1929), pp. 272-273.)

 

2. Le Sacrifice de la Messe.

 

Les cérémonies qui entourent le Sacrifice eucha­ristique font de nombreuses allusions à l'empire satanique.

 

Il faut tout d'abord préparer l'endroit où le Sacri­fice va avoir lieu, écarter de ce lieu toute influence du démon, afin de rendre la place toute sainte.

 

On commencera donc par faire une aspersion avec l'eau et le sel bénits. Mais au préalable, le prêtre exorcise le sel : « Exorcizo te créature salis... » car ici encore, on considère le sel, l'eau et toute matière, comme faisant primitivement partie de l'empire de Satan, il faut donc retirer ces matières de la zone d'influence diabolique et les transférer dans le royaume de la grâce.

 

C’est pourquoi le prêtre demande que le sel de­vienne maintenant, en vertu de la puissance surna­turelle contenue dans la Croix du Christ, un « sacre­ment salutaire destiné à mettre en fuite l'ennemi » que le sel exorcisé procure dès lors le salut des croyants et que partout où on le répandra, soit écartée toute imagination perverse, toute corrup­tion, toute malice diabolique, tout esprit impur.

 

Des paroles analogues sont prononcées sur l'eau ; il y est demandé que tout pouvoir de l'ennemi en soit écarté, et, qu'au contraire, elle serve à déraciner et à arracher sa puissance sur les choses, ainsi que celle de ses mandataires apostats — ... que l'esprit de « pestilence » n'y réside plus. Que partout où cette eau sera aspergée avec l'invocation du saint nom du Seigneur toute infection de l'esprit impur soit écartée et que la crainte du serpent venimeux soit rejetée au loin).

 

Les lieux, qui autrefois étaient dans les ténèbres de la mort, sont maintenant grâce à l'aspersion d’eaux bénites, éclairées et étincelantes comme la neige.

 

C'est encore ce qu'opéré l'Église en bénissant les cierges qui brûlent sur l'autel. Désormais les princes des ténèbres quitteront ces lieux, en tremblant et ils fuiront pleins d'effroi ce lieu avec tous leurs acolytes et désormais ils n'inquiéteront plus, ni le molesteront les serviteurs de Dieu.

 

L'endroit où la messe est célébrée est désormais indemne de toute influence diabolique ; le prêtre peut accéder à l'autel. Lui-même a d'ailleurs demandé que sa cause soit nettement distinguée de celle des peuples non saints et avant d'annoncer l'Évangile, il prie afin que ses lèvres soient purifiées comme par une pierre incandescente.

 

Mais ensuite, au cours du Sacrifice, il n'est plus fait la moindre allusion au diable.

 

Le prêtre et l'assemblée sont, en effet, plongés dans la sainteté même du mystère et à ce moment il n'est plus pos­sible de penser à Satan. On se trouve là dans une zone où toute présence diabolique est exclue.

 

Après la Messe toutefois, dans les prières récitées à genoux au pied de l'autel, l'Église implore encore le secours de Dieu pour repousser les attaques du démon, qui ne manqueront pas de survenir. « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous le demandons en suppliant ; et vous, prince de la milice céleste, repoussez en enfer par la vertu divine, Satan et les autres esprits malins qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

 

3. Les secours aux malades.

 

L Église, en conférant l'extrême-onction, prévoit que le démon se prépare à livrer aux âmes en danger de mort, un combat suprême et décisif. C'est pour­quoi elle prie avec insistance aux chevets des mou­rants : « Que l'accès de ce lieu soit fermé aux dé­mons... » . « Que toutes les puissances adverses s'éloignent ». « Qu'en toi la force du diable s'éteigne par l'imposition de nos mains». Lorsque la fin approche, quand le moribond entre en agonie, l'Église dans l'« Ordo commendationis animae » prie encore afin que le terrible Satan et tous ses satellites quittent les lieux et que toutes les légions de l'enfer soient confondues et s'enfuient de honte et que les ministres de Satan n'osent pas se mettre en travers de son chemin.

 

Après la mort, l'Église supplie une dernière fois afin que l'âme du défunt soit libérée de la gueule du lion et au cours des absoutes, elle demande que cette âme ne soit pas livrée aux mains de l'ennemi.

 

4.  Le monde divisé.

 

Par les quelques citations que nous avons énumérées, par les textes du Pontifical qui figurent au cours de l'ordination des Exorcistes — c'est-à-dire des spécialistes dans la lutte que l'Église mène contre les démons — on voit que la doctrine chrétienne envisage le monde comme un vaste champ de ba­taille. Depuis sa prise de possession par Satan, lors de la première chute, le monde constitue son Empire et néanmoins l'Esprit de Dieu remplit toute la terre (Spiritus Domini replevit orbem terrarum). Il y a donc une double présence, une double domination qui s'exerce sur le monde : celle de Satan, de ses légions infernales et celle de l'Esprit du Christ.

 

Les textes liturgiques nous ont montré que l'Église a le pouvoir de combattre efficacement l'influence des démons ; elle gagne — en appliquant la grâce du Christ, dans les sacrements et dans les sacramentaux — des victoires sur les armées sataniques ; chaque fois qu'elle applique cette grâce, le secteur exorcisé par elle, devient un secteur béni, soustrait à l'Empire du diable.

 

Et nous savons qu'il faudra, à la fin des temps, une purification dernière, afin que l'influence de Satan soit définitivement et totalement réduite à néant sur la terre.

 

Cette purification se fera, selon la tradition, par le feu.

 

A SUIVRE

 

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Extrait d’une brochure de M. Robert Kothen : L'ACTION SOCIALE DE SATAN

 

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 12:30

(A).     LE   TÉMOIGNAGE   DE   L'ÉCRITURE

Dès le troisième chapitre de la Genèse, le démon apparaît sur la scène du monde. L'auteur sacré nous le présente sous la forme d'un serpent ; un serpent trompeur et menteur, qui tente Ève, l'incite à l'envie, à la désobéissance et la fait tomber dans le péché, entraînant, par là même, la malédiction sur 'a terre et tout ce qu'elle contient.

 

En général l'Ancien Testament ne fait que peu allusion à 1’action du démon. C'est ainsi, par exemple, qu'Isaïe interpelle ce dernier par ces mots : « Com­ment es-tu tombé du ciel, astre brillant, Fils de 1’aurore ? Comment es-tu renversé par terre, Toi le destructeur des nations ? »(Isaïe XIV,  12).

 

Ces derniers mots, notons-le en passant, mettent en relief le rôle social de Satan. Et le livre de la Sagesse nous dit : « C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde » précisant donc l'oeuvre de mort opérée par lui.  ( Sap.  II, 24.). Mais le Nouveau Testament nous montre  par contre de très nombreuses indications sur son action.

 

1. La lutte  engagée entre le Christ et Satan.

 

Nous assistons, comme en un film grandiose, à cette lutte, dès la tentation de Jésus-Christ dans le désert. Satan essaye d'obtenir la soumission du Christ : « Je vous donnerai tout cela, si tombant à mes pieds, vous m'adorez » (Matt. IV. 9.). Jésus rencontre par la suite le démon tout au long de sa route ; et saint Matthieu nous rapporte cette parole du Christ : « C'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les dé­mons » (Matt. XII, 28.). Il s'agit vraiment d'une chasse, le Christ va à la poursuite de Satan, Il l'exclut et annihile son action. Saint Pierre affirmait de même : « Jésus de Nazareth allait de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable » (Acte.  X,  38.). Par sa mort, le Christ a définitivement vaincu le démon, saint Paul nous l'affirme catégoriquement :

 

«... Par sa mort, I1 réduisit à l'impuissance celui qui avait le pouvoir de la mort, à savoir le diable » (Hébr. II,  14.). Et saint Jean résume comme suit le rôle du Sauveur : « Voici pourquoi s'est manifesté le Fils de Dieu, pour détruire les œuvres du diable » (I Jean III,  8.).

 

Néanmoins, la victoire acquise par le Christ, ne l'est qu'en principe. De fait, Satan reste « Prince de ce Monde » et son Empire se prolonge dans ce monde par le péché. Le champ du Père reste livré aux attaques de l'ennemi, ainsi qu'il est dit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'Homme, le champ c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, les fils du Malin » (Matt.   XIII,   19.). De telle sorte que les Apôtres se trouvent à leur tour en face des armées diaboliques ; ils doivent livrer le même combat. Tel, saint Paul aux prises avec le mage Elymas, s'écrie : « Homme plein de toutes sortes de ruses et de fourberies, fils du diable, enne­mi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ?» (Acte.  XIII, 10.). Aujourd'hui, comme dans tous les temps, « la lumière (du Christ) luit dans les ténèbres » (Jean 15.), et le monde ignore et rejette la lumière.

 

2. Le règne de Satan.

 

Jésus, aux prises avec les perfidies des Pharisiens, les dénonce en ces termes : « Vous avez le diable pour père et vous voulez accomplir les désirs de votre père ; il est homicide depuis le commencement du monde et n'est point demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a point de vérité en lui. Lorsqu'il pro­fère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et le père du mensonge » (Jean  VIII, 44.).

 

Telle est la manière d'agir du démon qui règne sur le monde. — Notre Seigneur l'appelle le « Prince de ce monde ». — Aussi, à la veille de sa Passion, avertit-il ses apôtres : « Je ne m'entretiendrai plus guère avec vous, car voici venir le Prince de ce monde » (Jean XIV, 30; lire encore Jean XII, 3l et XVI, 11.), indiquant par là que Judas — suppôt de Satan — approche.

 

Ce sont, en effet, les pécheurs qui sont les citoyens de ce Royaume : « Celui qui fait le péché, est du diable... Voici en quoi se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne fait pas la justice n'est pas de Dieu, ni celui qui n'aime pas son frère » (I Jean III, 8-10.).

 

Et l'on se souvient de l'aver­tissement solennel lancé par Pierre aux premiers chrétiens : « Veillez ; votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cher­chant qui dévorer » (I Petr. V, 8.). Saint Paul fait écho à saint Pierre en disant : « Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air », (Ephes. VI, 11-12.).

 

Dès lors, on peut caractériser l'Empire satanique comme suit : Satan poursuit à travers le monde son oeuvre de mort — il est « homicide » — il suscite des obstacles aux prédicateurs de la vérité — car il est « menteur » — il persécute, il fomente l'ido­lâtrie, il répand le doute et souffle la révolte. Cet Empire s'étend sur le monde et son époque est le siècle présent.

 

Il faut bien noter avec le Père Prat que « le grand ennemi s'est ainsi créé un royaume, dans le but de faire échec au royaume de Dieu ».

 

« Saint Paul décrit tantôt Satan comme un seul personnage ou comme un être collectif représentant le pouvoir du mal ; tantôt, il le dissémine en une multitude d'esprits mauvais, habitant les sphères supérieures, les régions supra mondaines, les ténè­bres » (F. PRAT,  Théologie de saint Paul, II, p. 73.).

 

Un commentateur résume cette même idée comme suit : « L'idolâtrie est l'expression sociale de la do­mination de Satan parmi les hommes » (R. P. Durand, Évangile selon saint Jean, p. 350 (Coll. Kerbum Salutis).). En toute occasion, Satan veut tromper les hommes, en se déguisant en Dieu, en idole. « Satan se déguise en Ange de lumière » (II Cor. XI, 14.).

 

3. Les  trois concupiscences  du  monde.

 

Saint Jean nous montre le monde soumis, sous l'action diabolique à une triple concupiscence : « Car tout ce qui est dans le monde : la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du monde » (I  Jean  II, 16.).

 

Si on aime le monde, tel quel, on aime aussi ses vices. La concupiscence de la chair est caractérisée par la soif de l'or et des matières précieuses ; elle fait amasser des fortunes qu on garde avec un soin jaloux. Elle fait « coller » à la terre. On trouvera en particulier dans le « capitalisme » d’aujourd'hui plusieurs mani­festations de cette concupiscence.

 

La concupiscence des yeux, est marquée par la soif des distractions et des amusements. On désire jouir et on se livre à la volupté. On use avec excès des choses charnelles. On découvrira souvent dans la littérature, le théâtre, le cinéma, l'appel de cette concupiscence. L'orgueil de la vie invite l'homme à paraître puissant, dominateur. Il fait vivre dans le faste et fait donner libre cours à toutes les ambitions. La soif de puissance, le désir d'hégémonie, le nationalisme, l'impérialisme, le totalitarisme sont tous des produits authentiques de cet orgueil de la vie.

 

Telles sont les trois armes préférées qu'utilise Satan pour corrompre la vie sociale (Lire  BOSSUET, Traité de la Concupiscence  (1694).). Saint Jean n'hésite pas à dire : « Le monde entier est plongé dans le mal » (1  Jean V, 19.).

 

4. La chute finale.

 

Malgré son astuce, sa ruse, sa force et ses succès provisoires Satan connaîtra au terme de son action terrestre une défaite retentissante. Toute l'armée diabolique et tous ses « suivants » finiront par une culbute gigantesque dans le feu éternel (Matt. XXV, 41.).

 

L'Apocalypse nous montre, en deux raccourcis im­pressionnants, cette venue du démon sur la terre pour tenter les hommes et pervertir le monde et ensuite son départ catastrophique et définitif, pour tomber dans la géhenne.

 

Voici la vision de saint Jean, con­templant l'entrée de Satan dans le champ de bataille terrestre : « Il fut précipité le grand dragon, le serpent ancien, il fut précipité sur la terre et ses anges furent précipités avec lui... et il alla faire la guerre au reste de ses enfants, à ceux qui observent les comman­dements de Dieu et qui gardent le commandement de Jésus » (Apoc. XII, 9.).

 

A la fin des temps, le départ du même Satan sera encore plus précipité. Saint Jean précise : «... et le diable, leur séducteur, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète, et ils seront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles » (Apoc. XX, 9. ).

 

 

A SUIVRE

 

Extrait d’une brochure de M. Robert Kothen : L'ACTION SOCIALE DE SATAN

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 18:15

Nous devons arracher au démon cette première victoire, qui consiste à se faire oublier…

« Nous voyons aujourd'hui ce qui ne se vit jamais dans l'histoire : le drapeau de la guerre satanique contre Dieu et contre la religion effrontément dé­ployé par la rage abominable des impies à travers tous les peuples et dans toutes les parties de l'univers ».  S. S. Pie XI, Caritate Christi Compulsi, 3 mai 1932.

 

La période catastrophique que nous vivons pro­duit nettement sur les hommes l'impression que, pour troubler l'ordre du monde, des forces surhu­maines sont en jeu ; en effet, les efforts humains semblent débordés, l'homme est vaincu par la gran­deur des puissances chaotiques.

 

C'est pourquoi... après quelques siècles d'oubli, on croit à nouveau que les forces diaboliques agitent le monde. Au cours du XIXe siècle, par exemple, le Méphistophélès de Faust n'était plus qu'un sujet de jouissances esthétiques ; en effet, on ne croyait plus en la présence active et actuelle du démon dans la vie sociale.

 

Les événements du XXe siècle ont rappelé à l'hu­manité cette présence de Satan. Et M. le Cha­noine Thils disait très justement : à propos des « tares » qui affectent les sociétés : « ... d'où vien­nent-elles ? On leur assigne généralement une source bien connue : la complexité de la nature humaine, composée de matière et d'esprit, dont l'harmonieuse synergie n'est pas toujours tendue vers le bien, comme on pourrait le désirer. Mais au delà de cette explication qui est intérieure à l'homme, il en est une autre, extérieure bien qu'aussi virulente : ce sont les esprits mauvais, et notamment Satan.

 

Ce serait bien mal comprendre l'ordre surnaturel que de l'oublier : toutes les sources inspirées rappellent son existence, sa malice et sa puissance. Or, Satan n'agit pas seulement par lui-même. Vaincu en principe par l'archange Michel et ses anges il se traîne sur le sable de la mer et suscite en permanence contre le royaume messianique une opposition collective poli­tique et institutionnelle : la « Bête qui surgit de la Mer ».  (Apoc. XII-XIII.)

 

Tout le message de l'Apocalypse en est témoin ». (Gustave THILS, Théologie des Réalités terrestres, I, Pré­ludes, p. 142 (Bruges, Ed. Desclée, 1947).

 

Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux, pour distinguer aujourd'hui dans le monde un sursaut gigantesque de la Bête.

 

Il est donc indispensable, pour tous ceux qui s'attachent à trouver une solution aux difficiles pro­blèmes sociaux qui se posent à l'heure actuelle, de tenir compte de l'élément diabolique comme source de maux ; et donc d'édifier un programme de com­bat contre ce que Saint Paul appelait déjà le « mys­tère d'iniquité ». (II Thess.   II,  7. )

 

Trop souvent encore la sociologie contemporaine demeure dominée par le positivisme et le matéria­lisme. Cette sociologie se montre radicalement in­capable de résoudre les problèmes sociaux. En effet, elle élimine à priori toute norme morale. Le posi­tiviste ne croit qu'aux faits, qu'à l'expérience dans l'ordre naturel ; il nie qu'il y ait des principes ou une règle absolue dominant la vie individuelle ou la vie sociale. (Nous nous inspirons ici de l'ouvrage de l'abbé Paul Hanly Furley, professeur à l'Université Catholique de Washington, The Mystery of Iniquity (Milwaukee, Ed. Bruce, I943).

 

Il ne s'agit donc pas, pour lui, de juger de la bonté ou de la malice d'un acte, en le rapportant à une morale abstraite ou à une volonté divine. Auguste Comte nous a appris que nous avons dépassé l'âge théologique et l'âge métaphysique. Nous vivons dans l'âge positif. Désormais la science des mœurs dé­crira ce qu'est une société saine, comment la vie sociale peut devenir normale. En effet, ce sont les façons de vivre elles-mêmes, communes à tous les hommes, qui constituent la règle de vie s'imposant à tous.  (Cf. J. DE Romanet, La Communauté terrestre et la marche tiers l'Unité selon Auguste Comte, dans Cahiers du Monde Nouveau, décembre 1945 et janvier I946; lire notamment le chapitre intitulé: Élaboration d'une morale positive.)

 

Toute société doit ainsi copier une sorte de société « standard étalon ».

 

Tel est le modèle, la norme suivant laquelle il faut vivre.

 

De fait, l'opinion publique d'aujourd'hui professe, du moins confusément, cette morale positive. Notre peuple fait des « mœurs du jour » sa règle de vie. « Il faut agir comme tout le monde ». C'est le règne du « conformisme ».

 

On rejette ainsi toute morale formelle ; les moeurs des hommes remplacent la loi de Dieu. Cette socio­logie positive basée sur une vue fausse de la vie sociale, se trouve donc incapable de déceler la nature exacte des maux sociaux et par conséquent elle ne peut y apporter les remèdes adéquats.

 

Elle commet, en particulier, trois erreurs fonda­mentales :

 

1) la sociologie positive nie l'existence du surna­turel, invisible et donc non sujet à expérience. Elle nie, par le fait même, la vraie fin de l'homme : la vie éternelle. Or, le sens même de la vie sociale est d’être tout entière orientée vers cette fin ;

 

2) la sociologie positive ignore l'existence de la grâce ; elle prétend n'agir que selon les données de la nature ; or, nous savons qu'il est impossible d'ob­server toujours en toutes choses la loi naturelle, sans le secours de la grâce ;

 

3) la sociologie positive n'admet pas l'existence d'une norme absolue et transcendante de moralité ; elle ignore la voix de la conscience ; elle prétend n'obéir qu'aux usages et aux coutumes de la société. Dès lors, elle ne peut concevoir qu'un seul moyen de créer l'ordre social : la contrainte. La sociologie positive ne trouve finalement de salut aux maux so­ciaux que dans la réglementation étatique et les doctrines totalitaires.

 

Face à cette sociologie positive se dresse la doc­trine sociale catholique. Celle-ci professe, en premier lieu, la foi en la destinée éternelle de l'homme et, en second lieu, elle ordonne toute la vie humaine, privée et publique, individuelle et sociale, vers ce terme éternel.

 

L'Église est chargée de mener directement les hommes à cette fin ; tandis que l'État n'a qu'une mission indirecte à cet égard. L’État doit organiser la vie temporelle ; mais celle-ci doit être orientée vers la vie éternelle.

 

Dans la mesure où ces deux sociétés, l'Église et l'État, organisent la vie des peuples selon les normes énoncées, la vie sociale se déroule dans l'harmonie et la paix. Dans ce cas, il n'y a pas de problème social. Toutefois, cette hypothèse ne se réalise pas. En effet, des maux sociaux torturent en permanence l'humanité.

 

C'est ici que la foi catholique propose une thèse très nette. Il s'agit là d’un mystère, le « mystère d'iniquité » dont parle saint Paul.

 

La sociologie catholique professe, en effet, qu'il y a dans le monde une force intérieure qui, sans cesse, travaille en vue de troubler l'ordre social. Cette force est la manifestation de Faction diabolique dans le monde. Georges BERNANOS, dans Lettres aux Anglais, affirme, sa croyance en une action diabolique. 1l y dit notamment : « Je ne voudrais pas irriter les lecteurs incrédules en leur parlant du Diable, mais enfin ! Les journalistes et les chefs d'État se permettent bien de le désigner fréquemment sous le nom du Mal, de « Force du Mal», pourquoi me montrerais-je plus timide qu'eux?».

 

Il est donc indispensable que la sociologie tienne compte de l'action diabolique sur la société. — On ne peut se contenter de considérer l'action de Satan, dans chaque âme individuellement, il faut en voir également les répercussions sociales.

 

Ainsi que le dit Dom Vonier : « La tâche des historiens serait grandement simplifiée s'ils prenaient à coeur cette révélation du vrai cours des choses, faite par le Fils de Dieu qui voit tout : la vision d'une armée innombrable d'esprits impurs, inca­pables de se reposer en dehors des coeurs des hommes souillés par l'iniquité. L'exécration ou la profanation de vastes étendues de contrées chré­tiennes devient aussi simple, par cette explication, que les marches d'une armée de Napoléon ». (Dom  Anschaire VONIER,  Christianus)

 

Dom Vonier parle aussi de « tentation collec­tive ». Et l'Église elle-même n'échappe pas à celle-ci : « L'Épouse (l'Église) dit-il, suit son Époux (le Christ) sur les collines dénudées au delà du Jour­dain, avec autant de fidélité que sur la cime du Mont Thabor ». Trop de catholiques ignorent encore cette action satanique sur la société ; ils font preuve d'une « in­sensibilité tout à fait incompréhensible pour un catholique à l'égard des dangers du monde invi­sible ».

 

Il y a donc lieu d'être toujours vigilant. C'est ainsi que Baudelaire a pu dire : « La plus belle ruse du Diable est de nous persuader qu'il n'existe pas » et de Rougemont ajoute : « Le premier tour du Diable est son incognito ».

 

Nous devons arracher au démon cette première victoire qui consiste à se faire oublier. Il faut, au contraire, tenter de faire la pleine lumière sur son action sociale. Sans doute, ici comme en tout il faut garder la mesure ; et si nous croyons en l'action diabolique dans le monde, nous croyons aussi que l'homme garde toute sa responsabilité dans les affaires terrestres. Il y a donc deux facteurs qui jouent simul­tanément pour provoquer les maux sociaux : la fai­blesse des hommes et le mystère d'iniquité.

 

En vue de mettre en évidence l'action sociale du démon, nous voudrions successivement faire appel à l'Écriture, à la Liturgie, à la Théologie, à l'Histoire. Nous voudrions enfin mettre en relief la tactique développée par le diable pour conquérir les sociétés.

 

A SUIVRE

 

Extrait d’une brochure de M. Robert Kothen : L'ACTION SOCIALE DE SATAN

 

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 19:42

LES  BÉATITUDES (SUITE 3ième et dernière partie)

« C'est faire injure au Père Céleste que de vivre dans la tristesse »

Il existe encore sur la terre quelques oasis, où les Béatitudes ont laissé leurs traces  en particulier, des lieux où des saints  ont vécues. Je pense surtout à saint François et au lieu qu'il a sanctifié de sa pré­sence, Assise.

 

Vous retrouverez le bonheur de saint François dans l'allure du brave homme marchant à la tête de son âne attelé à une vieille charrette, pour l'aider à gravir la pente ; dans l'attitude de cette vieille au visage parcheminé qui sourit aux anges en ravaudant des bardes, accroupie sur le seuil de sa porte ; dans les yeux du paysan assistant à la messe quotidienne, debout, le chapelet à la main ou humblement agenouillé sur la dalle : quelle paix heureuse dans son recueillement !

 

Vous trouverez le bon­heur de saint François à toutes les fenêtres, exul­tant sur les terrasses sous forme de fleurs : géra­niums, lierres, rosiers, pétunias, oeillets, bégonias ! Tout cela soigné amoureusement : tout ce qui chante la beauté, tout ce qui s'élève vers le ciel d'un peu de terre ou qui retombe en grappe pour bénir la terre ! Ruissellement joyeux de couleurs dans les étalages des mar­chands de céramiques — faites de leurs mains !

 

Si, sortant par la Porta Nuova, vous visitez Saint Damien que François rebâtit de ses mains et où il composa le Cantique des Créatures, vous découvrirez la profondeur du bonheur francis­cain : « Béni sois-tu, Seigneur, avec toutes tes créatures ! » De toutes choses, de toutes parts monte éternellement à Assise le cantique du Poverello.

 

Ici vraiment est arrivé le règne de Dieu. Ce lieu est saint. Le chrétien goûte à Assise la délectation de l'authentique bonheur et décou­vre le secret de la joie parfaite que détient toujours saint François entre ses mains trans­percées !

 

Voilà ce que notre civilisation a ruiné à jamais !

 

Voyons ! Nous sommes en plein Progrès ! Que diable, restons objectifs, ne nous laissons pas abuser par ces évocations du passé !

 

Bon. D'accord... Mais je n'évoque pas le passé ! Cette vision est du présent ; ce n'est pas non plus une spéculation métaphysique dans les nuées ou des « histoires de bonne femme »...

 

Allez-y voir ! Allez voir aussi les visages illuminés de joie des malades, au passage du Saint-Sacrement, à Lour­des ! Allez voir le miracle de la cité de saint Cottolengo à Turin : des estropiés, des mourants, des paralysés, des impotents, vivant heureux ! Les Béatitudes incarnées !

 

Les hommes et les femmes sanctifiés ! Et pourquoi ? Parce que « le premier pain qui se donne ici est le pain de la foi » ! Et c'est pourquoi, sans le moindre soutien, dans la « Maison de la Divine Providence » de Turin, l'autre pain, le pain du corps, n'y manque jamais. Saint Cottolengo ne se lassait pas de répéter : « Ciboires vides, sacs pleins ; ciboires pleins, sacs vides ! » C'est-à-dire : communiez d'abord et le reste vous sera donné de surcroît ; ne communiez pas et tout ira de travers !

Or, que font-ils, les chrétiens actuels ? Ils courent d'abord à leurs affaires ; et s'ils ont un peu de temps, ils vont le Dimanche à la messe ; s'ils ne l'ont pas, eh bien tant pis ! Ils préfèrent s'abreuver aux mêmes sources que leurs ennemis les athées, ces sources qui ne les désaltéreront jamais... Ils recherchent les paradis terrestres, qui seront toujours mena­cés ! Peut-on s'étonner que dans ce monde qui a oublié les Béatitudes, dans ce monde de faux chrétiens, tout aille de travers ?

 

                                                             ***

 

L'amour de Dieu bannit la crainte. C'est le sentiment primordial qui nous empêche d'être heureux. Crainte du lendemain, crainte des hom­mes, des maladies, de la mort... Crainte qui nous désarme en face des vicissitudes de la vie. Crainte qui nous met le feu aux fesses pour cou­rir, comme des enragés, des possédés ! Ah ! C'est qu'il faut avant tout nous assurer une vie douce, de belles vacances, un beau confort ! Si nous en manquions ? C'est affreux ! Nous en serions superlativement, infiniment, malheureux !

 

Voilà à quoi se soumet la volonté des humains ! Ils ont oublié que le seul objectif capable de satisfaire leur volonté, ce rayon divin en eux, c'est Dieu même. Pour que la volonté puisse se déployer en sa plénitude, elle doit poursuivre un but infini : la volonté est faite pour l'Infini. Tout ce qui est en deçà la dégonfle, la déçoit. (La violence des méthodes soviétiques montre bien de quelle puissance infinie la volonté dispose pour résis­ter ; les procédés occidentaux, plus doux mais plus cons­tants, ont eu besoin de trois siècles pour l'annihiler ! Il fallait d'abord que la volonté ne revienne plus à sa Source pour se vivifier. D'où, l'hébétude de l'Occident.)

 

La volonté d'expansion dans l'espace ne résout rien : les fusées élancées à travers le cosmos ma­tériel démontreront que ce cosmos est encore trop petit pour l'homme en qui Dieu a mis l'ap­pétit de l'infini.

 

Il n'y a pas de contorsions à faire pour s'adap­ter au réel, il suffit de s'adapter à Dieu et à notre essence, qui vient de Dieu ; il suffit de revêtir le Christ pour le vivre devant les hommes ; cela suffit pour être heureux.

 

C'est la plus merveilleuse charité que d'aider quelqu'un à mieux réaliser son visage divin. Il nous faut prendre conscience de cette initiale splendeur de chaque humain et essayer de la ranimer.

 

Pour tordue et faussée qu'elle soit, l'homme est toujours à l'image de Dieu ; et elle se fait d'autant plus exigeante qu'elle est faussée et tor­due : elle s'exprime d'autant plus par le « vague à l'âme », le « cafard », les « idées noires »...

 

La soif de sainteté qui peut torturer l'être humain, le torturer en vérité, est immense ; il ressent péniblement, sans savoir que c'est cela, le divorce entre son existence et, en lui, l'image de son Seigneur. Et, ne le sachant pas, il sème, comme à plaisir, la tristesse. Il est capable d'être cruel tranquillement, sans avoir conscience que cette cruauté vient de sa volonté égarée.

 

La volonté attend qu'on exige tout d'elle ; elle n'a de paix que dans la poursuite d'une fin unique qui réclame un effort total. Alors l'intel­ligence se met à son service et accomplit un tra­vail qui l'occupe, à son tour, tout entière. Et cette unification et simplicité de la volonté et de l'intelligence — qui ne sont plus tiraillées à hue et à dia — c'est là aussi un des traits du bonheur (Cette unification et simplicité de l'âme que l'on atteint par le haut, on peut les atteindre aussi par le bas, par l'invasion de la chair : le spasme sexuel, les alcools et toutes les drogues que l'on emploie aujourd'hui).

 

Il faut une passion pour guérir des passions : il faut une grande passion de Dieu pour ne plus être harcelé par les terrestres passions... Et c'est bien cette passion de Dieu qui nous fait vivre, tout naturellement, les Béatitudes : quelle souf­france peut nous résister lorsque nous sommes fortifiés par la puissance de Sa Gloire ?

 

Comment trouver cette Puissance ? Il ne faut pas chercher Dieu comme un «Autre», mais comme soi-même, pour mieux devenir soi-même : « Dieu de Vie et d'Amour plus présent en nous que nous-mêmes » ! (On apprend à être heureux. Il existe des écoles du bonheur. L'une des meilleures : celle des Pères de Chabeuil, d'où l'on sort, à la suite des « Exercices spirituels » de saint Ignace de Loyola, complètement transformé, revi­goré et prêt à accueillir avec le sourire tout ce que la vie peut vous offrir. Certes ces Exercices ne visent pas directement le bonheur, mais la vérité, et ils atteignent le bonheur par surcroît).

 

DIEU EST JOIE : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous... ne vous inquiétez de rien » (Saint  Paul  (Philip. IV, 4-7). ; voilà la vérité oubliée depuis que le jansénisme et le purita­nisme ont endeuillé le monde. Et par nos catho­liques compassés : ils en sont contaminés ! Car s'ils vivaient la doctrine du Bonheur, ils seraient toujours gais : « C'est faire injure au Père Céleste que de vivre dans la tristesse » ; voilà encore des paroles admirables de ce saint Cottolengo qui fut, d'ailleurs comme tous les saints, toujours gai. Et les paroles du Père de Foucauld : « Je jouis à l'infini d'être pauvre ». Jouissance « infinie » que l'on ne peut éprouver qu'en vivant les Béatitudes.   

 

Illuminer la Souffrance par la Joie, la Croix par la Résurrection ! Retourner le monde par l'Hostie, faire de la terre une Hostie ! Voilà l'immense élan radieux qui emporte les « Bien­heureux » !

 

                                                         ***

 

Notre civilisation a fait de son mieux, depuis la Révolution, pour chasser la Doctrine du Bonheur hors du monde. On se croyait enfin débarrassé. Pas du tout ! Les peuples la cher­chent dans la nuit...

 

Quelque chose bouge dans les profondeurs de l'âme du monde ; un jour ou l'autre, elle écla­tera en plein jour. Comment ? Dieu seul le sait ; on ne peut encore le deviner...

 

La doctrine du Bonheur renaît, après une lon­gue éclipse, en Angleterre, en Hollande, en Alle­magne, en Suisse ; elle naît en d'autres pays qui ne furent jamais catholiques : aux États-unis, au Japon, au Sud Vietnam, aux Îles Philippines, en Birmanie et dans les pays qui gémissent sous le joug soviétique...

 

Une vague de fond soulève les peuples qui ont besoin d'être heureux, et qui sentent, plus ou moins consciemment, qu'ils ne le sont et ne le seront jamais sans la doctrine des Béatitudes, sans ce miracle divin qui transfigure la vie en changeant toute souffrance en joie...

 

Que faire ? C'est à désespérer ! Comment ? Ces peuples ne se sont-ils pas habitués au Malheur ? Depuis que l'Europe est déchristia­nisée et divisée, on les a pourtant si bien entraî­nés... Eh bien, on les empêchera à tout prix de revenir à la doctrine du Bonheur...

 

Il y a un bon moyen : Satan, l'Incarnation du Malheur, ne s'attaquera plus aux âmes, en par­ticulier, il jouera à fond son influence sur les grands ensembles ; il régnera par la politique presque sur tout l'univers ! Son action sera écla­tante d'insolence en Orient ; et de perfidie, en Occident.

 

                                                                 ***

La tempête fait rage, les ténèbres sataniques s'épaississent ; gardons les yeux fixés sur le rayon de soleil qui les traverse et qui bientôt les chassera.  Le retour de Paul VI sera la mèche qui allumera, la grande lumière, celle de DIEU.

 

Quand le surnaturel surgira encore dans le monde, et en particulier au sein de la Fille aînée de l'Église dont l'histoire fut ensemencée d'in­terventions divines, alors tous les calculs satani­ques seront balayés...

 

Il en fut ainsi, il en sera de même, — peut-être demain…

 

En notre époque qui marche vers sa fin reten­tit l'appel mystérieux d'une Vie Nouvelle ; si dans le monde actuel tout est corrompu, déna­turé, souillé, il reste néanmoins des âmes illumi­nées par un bonheur qui n'est pas de ce monde ; elles finiront par embraser le monde de leur flamme de joie, fille de la Joie éternelle du Christ !

 

 

FIN

 

Nous espérons que vous avez aimé ce magnifique chef d’œuvre de Paul Scortesco

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

                   Imp. JOUVE, 15, rue Racine, Paris. -Dépôt légal : 1960

 

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 17:51

                    

CHAPITRE II LES BÉATITUDES   (SUITE 2ième  partie)

LA DOCTRINE DU CHRIST, C'EST LA DOC­TRINE DU BONHEUR. Tous nos échecs et nos malheurs proviennent du refus d'accepter les lois du bonheur proposées par Dieu même : les huit Béatitudes. Prodigieux retournement des valeurs humai­nes !

 

Le Christ est venu pour ceux qui souffrent. Il fréquentait, en particulier, les « gens sans importance », qui passent aux yeux du monde pour les plus souffrants, les truands, les pros­tituées, les mendiants ; ils avaient besoin plus que les autres d'être libérés des mirages et appa­rences de ce monde.

 

La souffrance surnaturellement transfigurée : « Bienheureux ceux qui pleurent »... Bonheur qui ne vient pas de la chair ni du monde, mais du dedans. De Dieu en nous. Malheur radical de notre temps : la joie ne peut plus jaillir de la vie intérieure : « Toute la beauté de la fille du roi est au-dedans » (Ps. XLIV, 16). C'est notre âme, la fille du roi ! Qu'en avons-nous fait ? Une mendiante qui attend, au coin des rues, les passants qui pourraient lui offrir une aumône ; nous attendons tout du dehors !

 

« Bienheureux serez-vous lorsque l'on vous in­sultera, lorsque l'on vous persécutera, et lorsque l'on dira toute sorte de mal contre vous à cause de moi, en mentant. Soyez dans la joie et dans l'allégresse »... Si ce n'est pas de la vie inté­rieure illuminée par la grâce, d'où vient ce total renversement des valeurs ? Quelle preuve fla­grante de la victoire de l'Esprit !

 

Art de vivre authentiquement et uniquement chrétien : n'avoir pas peur des adversités. Les offrir à Dieu et en tirer une joie : Imitation de la Croix. Qui n'est pas aimée pour elle-même mais comme instrument de perfection. La dou­leur offrande a perdu sa force de destruction. Elle est joie puisqu'elle est amour. Art de vivre complètement perdu aujourd'hui.

 

Ne pas se prendre au sérieux, garder le sens de l'humour, être gai de se savoir le dernier des derniers ! Exulter quand les pires coups s'abat­tent sur vous ou sur votre œuvre ; vivre tou­jours dans la joie en se crucifiant pour Jésus : « GAUDETE SEMPER » ! Autant de traits qui  appartiennent au vrai chrétien.

 

Le secret du bonheur : être content et joyeux quoiqu'il arrive, car rien n'arrive sans la per­mission de Dieu.

 

Pour être heureux il faudrait que rien ne s'op­pose à notre volonté. Or, il n'existe qu'une seule volonté à laquelle rien ne s'oppose : la divine Volonté. Ayons donc cette volonté et nous serons heureux ; celui-là donc possède le bonheur dont la volonté est conforme à celle de Dieu.

 

On peut éprouver en cette vie même le com­mencement de la béatitude céleste :   elle  prend ici-bas la forme des huit béatitudes terrestres : bienheureux ceux qui ne sont pas riches et com­blés parce qu'ils ne s'endorment pas ; bienheu­reux les pauvres qui portent la croix parce qu'ils se tiennent éveillés et seront ressuscites. Satan veut nous faire croire, comme à Jésus lui-même, que la béatitude du ciel commence sur la terre par la possession  des   richesses  de  ce  monde. Nous   aurons   garde   de   nous   laisser   égarer : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux vous, qui avez faim maintenant,  car   vous  serez  rassasiés. »  (Luc ; VI, 20).

 

Qu'attendons-nous de la terre ? Les moyens d'y être purifiés, d'y devenir ce que nous som­mes, de nous préparer à être reçus au ciel par le Christ qui est déjà au sommet de notre âme et de ressusciter avec Lui. Le reste n'est qu'illu­sion ! Tous les messianismes collectivistes ne sont que des hallucinations, ils veulent nous faire croire que, dans l'avenir, le malheur et la misère seront bannis de la terre !

 

Or, lorsqu'on prêche les Béatitudes on n'annonce pas un avenir prestigieux de la société, on annonce un maintenant divinisé, une union de l'âme à Dieu et à notre prochain, un maintenant vécu dans un amour purifié, tellement amour qu'il en est béatitude. Et c'est alors, par surcroît, une cité plus humai­ne. Le Christ n'est pas venu pour briser les chaînes de la servitude, mais pour nous insuf­fler le pouvoir surnaturel de les rendre plus légères, — tellement légères qu'elles nous sou­lèvent au lieu de nous écraser...

 

« Bienheureux les pauvres en esprit »... Ne plus vivre par soi mais de la vie même du Verbe incarné ; se vider de soi pour être rempli par l'Esprit de Dieu : pauvreté qui mène à la plus sublime des richesses ! Hélas, pour un homme atteint de cécité spirituelle, c'est être réelle­ment pauvre que de vivre et raisonner en s'ap­puyant sur le Sacré. Aveuglement fondamental que de croire à la richesse de la révélation des sens et à la pauvreté de la Révélation de Dieu !

 

Identification d'amour avec Dieu dans les ténèbres... Ton avoir fait écran ! Enlève-le ! Et alors les ténèbres se changent en opulente et éblouissante Lumière !

 

Ta vie, ô homme moderne, est un refuge contre toi-même. Pour ne pas permettre à Dieu de te dépouiller de tout ce qui est en toi et n'est pas toi !

 

« Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu »...

 

Nul n'est malheureux par les événements, mais par sa réaction envers les événements : si cette réaction est une acceptation souriante et paisible, tout est joie ; si elle est haineuse et vio­lente, tout est souffrance.

 

« Enfants de Dieu »... Nous sommes créés pour aimer Dieu et devenir des saints de Dieu, — « en dansant de joie devant l'Arche du « Seigneur » !

 

Que ce terme de saint ne nous effraie pas ! Que l'on ne croie pas que la sainteté soit l'évo­cation d'un idéal inaccessible ! Sans rapport avec le réel ! Ne l'ai-je pas démontré tout au long de ce livre : le « réel » ne s'écroule-t-il pas quand disparaît le sens du Sacré ? Toutes les civilisa­tions ne se sont-elles pas effondrées, chaque fois qu'elles se sont éloignées du Sacré ?

 

Bien au contraire : est irréaliste toute société qui perd de vue le destin de l'homme, qui ne l'aide pas à l'atteindre : devenir un enfant de Dieu, être à l'image de Dieu !... Sans cela, on n'y trouvera dans le monde que de la veulerie, de la lâcheté, de l'anxiété, du malheur !

 

Ah non ! Ce n'est pas un « idéal inaccessi­ble »... Pour devenir un enfant de Dieu, on n'a qu'à dompter le vieil homme, source de tous les écroulements. Et pour y parvenir, se dire comme saint Cottolengo : « Dieu me voit », et voir ensuite Dieu en tout et en tous... Pour s'appro­cher de la sainteté, se répéter aussi souvent que possible les paroles de saint Bosco : « Sainte Ma­rie, mère de Jésus, faites de moi un saint ! » Il faut savoir demander, savoir prier ; car de même que le corps, pour grandir, assimile une nourriture qui appartient au milieu, l'âme, pour s'épanouir, doit recevoir une nourriture qui lui vient d'un autre « Milieu »...

 

Les âmes qui ne prient pas, ne se nourrissent pas. Les hommes qui ont perdu le sens de la prière et qui consi­dèrent que l'action est le seul moyen de parvenir à leurs fins, se surmènent, se vident d'eux-mêmes, victimes d'une hémorragie morale perpé­tuelle.

 

La déperdition de substance spirituelle com­promet l'existence même de l'humanité : elle se meurt d'inanition, — et vogue à pleines voiles comme le radeau de Méduse, cap au malheur total.

 

On se plaint que le bonheur est chose rare…  Mais combien d'hommes désirent-ils devenir des saints ? Or, il n'y a pas de bonheur véritable hors de la sainteté. C'est l'état des « BIENHEU­REUX ». C'est l'état de ceux qui veulent vivre la doctrine de la joie, les Béatitudes : « Bienheu­reux ceux qui »... Et, en effet, ils sont heureux...

 

Le bonheur est l'apanage de ceux qui veulent vivre en Dieu, de ceux qui se rappellent les paroles de Dieu : « Moi en eux, mon Père en moi ». Point d'autre Bonheur !

 

Dieu nous a donné sa vie afin que nous échap­pions à la mort et sa mort afin que nous ayons la vie ; quand on a vécu cela, non compris mais vécu, on ne peut être que dans le ravissement...

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 18:11

CHAPITRE II LES BÉATITUDES (Première partie)

Comme l'oiseau pour l'air, l'homme est fait pour le bonheur éternel.

Mais sa volonté peut mettre l'accent sur tel mode de vie plutôt que sur tel autre. Elle appuie parfois — comme sur une sonnette — sur ceux qui ne peuvent lui donner que l'alarme de la voie « dévoyée ».

 

Et alors l'oiseau, aux ailes brisées, chancelle, pique une tête et se rompt le cou...

 

L'homme, vraiment homme, dépasse son désir de vivre, dans ses œuvres, dans son élan vers l'inconnu, son désir de conquêtes en sacrifiant même souvent sa vie pour elles. L'homme se distingue donc sur la terre en ceci, que son désir dépasse de toutes manières le simple désir de vivre : l'esprit contient la vie. Ainsi, en la dépas­sant et en laissant s'épanouir en lui l'esprit — ce qu'il apporte de nouveau sur la terre — il se déploie dans le sens de la Hiérarchie natu­relle : et ce déploiement lui sera signalé par la joie.

 

Or, nous l'avons vu, cet ordre peut être ren­versé. C'est alors le corps qui domine l'esprit : la partie devient le tout. La vie n'est plus un moyen mais un but, bien suprême. La bête en nous, le « vieil homme » attiré par le bien propre de sa chair trouve que l'assouvissement de ses désirs est non seulement naturel mais légitime. S'ils ne sont pas satisfaits, il lui semble que les lois de la nature et celles de la justice sont blessées dans ce qui lui arrive ! D'où la révolte, la sourde protestation qu'il oppose aux misères, aux souffrances. Misères et souffrances que sa propre inversion a engendrées !

 

Seule la volonté soumise à la chair crée et fausse le problème du mal. Car dans la satis­faction même, elle trouvera la nature mouvante des choses, ingrate et décevante : point de bonheur dans les éphémères, mais une âpre et épuisante peine. La superbe de vivre tombe sur des récifs et recommence, toutes voiles de pas­sions dehors, son éternel naufrage. La satis­faction arrive donc aux mêmes résultats que l'insatisfaction ; mais qu'elle diffère, la souf­france, le feu rouge de la voie fermée, est au bout des deux voies. La vie ne reste pas impu­nément le bien suprême !

 

Or, dès qu'elle cesse de dominer, les souf­frances disparaissent. L'«homme nouveau » com­prend alors que la souffrance n'est que le signal de la route qui descend. On ne peut donc l'éviter qu'en changeant de direction : en montant.

 

L'homme ne retrouve son équilibre et ne devient pleinement naturel que disponible et ouvert au surnaturel.

 

Ainsi le chrétien transforme la souffrance en joie : signal de la bonne route et rachat immé­diat de l'aberration. La réalité est faite pour lui d'une hiérarchie objective, « divine ». Il n'est donc pas seul sur la route. (Voilà encore une aberration douloureuse de ce temps : l'homme moderne se croit seul. Or, sur le chemin de la vie, il est accompagné par un monde invisible qui l'entoure et le protège à chaque instant : il n'a qu'à l'évoquer.) Il est guidé : les signaux qui s'allument dans sa chair et dans son âme, ce n'est pas lui qui les a inventés ! Quel­qu'un lui parle un langage qu'il peut interpréter clairement. (L'univers lui-même, n'est-il pas un foisonnement de signaux à déchiffrer ? Le laïcisme qui le désacralise, en lui étant sa valeur de signe, n'est-il pas une énorme régression ?

 

La souffrance : l'aiguillage qui dirige l'être vers la joie.

 

L'univers s'arrange donc en une série nette­ment orientée et montante. Son orientation est donnée à chaque étage par un double signal aver­tisseur qui bloque les lignes qui s'en éloignent. En vérité, la douleur physique nous avertit d'une dégradation du corps (On peut alléguer que le plaisir et la douleur nous trompent. Eh bien non : ils ne nous trompent point sur le bien et le mal passagers du corps. Si l'on boit beau­coup on éprouve une certaine euphorie due à une vasodi­latation artificielle — mais qui va être chèrement payée. L'animal sait bien s'arrêter sur la pente des plaisirs : il boit et il mange ce qu'il faut et quand il faut. L'homme, étant libre, peut saccager ses instincts ; et alors le plaisir et la douleur le trompent seulement sur le vouloir vivre du corps, et, encore plus, sur le vouloir être de l'âme ! S'il suit la pente du plaisir immédiat, l'homme arrive à ruiner sa propre vitalité et son âme, comme on le voit chez les amateurs de stupéfiants.), de même que la souffrance morale nous avertit d'une dégradation de l'âme. Signaux du même mouvement rétrograde qui traverse des plans différents. Avenue de tocsins. Fanions du Malheur !

 

Le plaisir est le signal de la santé du corps. La joie, le signal de la santé de l'âme. On peut rétorquer que l'effort moral s'accompagne de souffrance. Eh bien sûr ! C'est le signal de ce qui meurt en nous et ne veut point mourir ; la chair ne se laisse pas facilement dominer... Mais rien de plus exaltant que la hiérarchie rétablie ! La lumineuse paix, la joie véritable envahissent l'âme toute entière ! Voilà la musique intérieure et son Exécutant invisible auxquels je faisais allusion dans les premières lignes de ce livre...

 

                                                              ***

Joie de la Vérité « Gaudium de veritate », s'exclame saint Au­gustin. Soumettez à ce critérium les doctrines et les attitudes humaines et vous découvrirez où se trouve la vérité. Exemples : le désespoir cathare, la mélancolie romantique, la triste sévé­rité calviniste, l'amer matérialisme, l'angoisse existentialiste, les cafardeux bigots catholiques qui s'arrêtent à la lettre et ne vont jamais jus­qu'à l'esprit... tout ce monde est, sans conteste, dans l'erreur. La joie étant le signal objectif de la vérité, plus la vérité est parfaite et plus la joie est intense et durable. Dieu est cette force même de notre âme grâce à laquelle les souffrances les plus redoutables — y compris la mort — se changent en joie : signal de la Vérité absolue. Or, comment obtenir cette joie qui fait s'évanouir toute souffrance et fait de l'amertume une dou­ceur, si nous n'adhérons pas à la vérité par amour ?

Saint Augustin : « Seigneur faites que l'amour de la vérité ne me cache pas la vérité de l'amour !»

 

La lumière du soleil s'accompagne de cha­leur. Ainsi la Vérité lumineuse s'accompagne de la chaleur de l'Amour ; cette chaleur sans la­quelle la Vérité se glace, sans pouvoir s'apaiser ni cesser de témoigner son hivernale tristesse.

 

En effet, l'Ennemi de l'homme, la plus haute Intelligence sans amour, se signale par la tris­tesse. Début de la Messe : « Quare tristis incedo dum affligit me inimicus ! »

 

Le beau, le vrai et le bien nous révèlent la direction du Bonheur. On n'a qu'à réfléchir sur les expériences de l'artiste, du sage et du saint. (Il est évident que nous ne parlons pas de l'artiste qui traîne l'art au ras des choses sensibles et qui renverse la hiérarchie, d'où son culte du morbide et de la laideur : signal de son égarement ; ni de l'homme de science qui place au sommet ce qui est secondaire : la science de 1» matière ; d'où son effet destructif : signal de l'erreur.)

 

On trouvera chez eux une connaissance directe de l'essence du monde sous ses trois aspects — signalée par la joie — donc une libération de l'inversion provoquée par l'égoïsme vital — signalé par les peines, les soucis et l'affliction.

 

 

Pour le saint, la contemplation du beau, du vrai et du bien, les trois faces du divin, l'élève jusqu'au ravissement. Soleil de jubilation ! Dans la vallée des larmes, les Alpes de la joie ! « Dieu est la joie même », écrit le R.P. Sertillange. Écou­tez saint Jean de la Croix écrivant en sa pri­son : « Un état de bien-être ineffable, inexpri­mable » (Nuit 11,17). Écoutez saint Paul: « Étant regardés... comme attristés et nous sommes toujours joyeux ! » (Cor. VI, 10). Et le Maître : « Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit par­faite ».

 

Ainsi comprise l'âme assimile la souffrance : « Elle ne souffre plus de souffrir » (Sœur Eli­sabeth de la Trinité). Partant, on ne l'évite pas en la fuyant mais en l'abordant et en lui donnant une signification. Si c'est la bonne, elle se mue en joie, comme une fée Carabosse en fée de Lumière. Alors le pire des sacrifices devient joie, c'est-à-dire qu'il est aboli : le « Sa­crifice » n'est plus qu'une chose vue du dehors. Les privations voulues impliquent une affir­mation, celle du moi éternel : par elles il proclame son autonomie à l'égard du corps. La chair qui souffre est dominée par l'esprit qui se réjouit. Cette joie qui jaillit du plus profond de la douleur, d'une âme détachée de son corps et attachée à son Moi éternel, c'est le flot même de l'ÊTRE qui coule en elle à pleins bords. Flèche d'or de l'archer de Lumière, foudre de la grâce qui pénètre à certains moments dans l'âme du pauvre être amphibie que nous sommes... (La grande Privation et la Victoire sur la souf­france : Dieu souffrant — mourant — ressuscité. Erreur que de faire du Christ un souffre-douleur ! Il a affronté volontairement 1a souffrance pour la vaincre. Le « pourquoi m'as-tu abandonné ? » Eclipse totale de la divinité. Son anéantissement complet. Dieu est allé au maximum de distance de lui-même. Le Malheur absolu, dont aucun être n'approche. Souffrance de l'Innocent qui a payé pour tous les innocents de la création !)

 

Ceux qui voient ces choses du dehors disent : « culte de la souffrance »... Ils se heurtent aux appa­rences, ils ne voient que le spectacle, car à des faits apparemment pénibles, (soigner des lépreux, etc.)  correspond un fait invisible : la plénitude du cœur. Ce n'est donc pas l'amour de la souf­france, MAIS L'AMOUR ENCORE PLUS GRAND DE LA JOIE. Toute souffrance s'évanouit. Un cri de sainte Thérèse de Lisieux : « Je suis heureuse, oui, heureuse de n'avoir aucune consolation ! » — Sœur Elisabeth de la Trinité : « Quand on sait mettre sa joie dans la souffrance, quelle paix délicieuse ! ».

 

On  croit qu'en prenant part à la Croix on enlève toute joie  en  ce monde. Bien  au contraire, l'horreur de la souffrance en est bannie. Joie de souffrir en union avec le Christ, joie d'apporter sa part au salut du monde.

 

Le joug de la souffrance acceptée n'est plus un joug ; il est allégé de toutes manières : « Car Mon joug est léger »...

 

L'esprit transforme la couronne d'épines en­foncées dans la chair en couronne de gloire...

 

La chair nous offre ses signes, mais l'esprit les renverse et lui oppose les siens : notre liberté, notre pouvoir de jongler avec les signes de la chair, de tout changer en joie, voilà ce que le Credo du « vieil homme » a détruit aujourd'hui. Par conséquent la somme des souffrances a aug­menté depuis la déchristianisation du monde, depuis la disparition du Credo de « l'Homme Nouveau ».

 

La plus énorme subversion de l'ordre naturel, le recul de l'humanité, pouvaient-ils ne pas se signaler par l'incertitude et l'inquiétude dont nous souffrons ?

 

Les signaux s'accumulent, puis ils éclatent brusquement : latents durant des siècles, ils peu­vent atteindre à la longue l'humanité entière qui sombre dans l'angoisse et s'effondre enfin dans la catastrophe. Aujourd'hui celle qui nous menace provient des coups jetés contre nos murs par le bélier du Malheur.

 

Le corps et le sang de l'HOMME NOUVEAU dont les peuples n'ont pas voulu, retombent sur eux et ils subissent la Passion. C'est l'une ou l'autre : ou la conformité au Christ consentie dans la joie ; ou la Passion imposée dans la souffrance.

 

Dieu ne veut pas pour l'homme, chef de la création, d'un destin médiocre : pour lui, c'est la grâce ou le sang.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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