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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:14

II —SON   EXCELLENCE

1 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   GÉNÉRAL

 

On prêche beaucoup aux chrétiens d'aujourd'hui la nécessité d'être apô­tres. Voilà une obligation qui ressort directement de leur titre de baptisés. Mais tous ne peuvent exercer tous les genres d'apostolat à la fois et réussir dans toutes les formes du zèle.

 

La diversité des talents, des con­ditions de vie, des circonstances de mi­lieu, des devoirs d'état de chacun: autant d'éléments qui font varier à l'in­fini les formes de zèle et d'apostolat. Certains n'ont ni le temps ni les capa­cités d'adhérer à tel ou tel mouvement apostolique.

 

Mais il y a une forme d'apostolat très simple, facile, et à la portée de tous: c'est le bon exemple. C'est le moyen le plus général et dont personne n'est dispensé. Tous n'ont pas le talent d'écrire des ouvrages ou de simples articles de journaux pour faire rayonner la foi catholique; de prononcer des dis­cours et des conférences sur la religion. Mais tout chrétien peut et doit donner le bon exemple. Il le doit à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Eglise, à son prochain.

 

Par le seul fait de sa vie irrépro­chable, de ses vertus, de sa tendance à la perfection, le vrai chrétien exerce, à son insu, une grande influence autour de lui. Il donne l'exemple de la pureté, de la charité, de la miséricorde, de la patience, de la justice, de la tempérance. Ainsi non seulement il prouve par sa conduite que la pratique de ces vertus est possible, mais il contribue à les faire aimer et désirer par son entourage.

 

On raconte que les soldats romains chargés d'arrêter Sainte Cécile furent si édifiés par l'exemple de la jeune vierge que l'un d'eux ne put s'empêcher de s'écrier: "Vive le Christ qui a une telle servante!" L'exemple de notre vie porte-t-il les ennemis de la religion et tant d'autres témoins de nos actes à s'écrier en nous voyant: "Vive le Christ qui a un tel disciple!"

 

2 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   PERMANENT

 

Le bon exemple a un avantage sur d'autres formes d'apostolat: celui d'être permanent. Nous sommes des êtres limités. Nous ne pouvons guère être en continuelle activité apostolique. Notre bon exemple peut prêcher et, de fait, prêche continuellement. Soit que nous travaillions, soit que nous priions, soit que nous nous reposions, soit que nous soyons malades ou bien portants, nous exerçons constamment cet apostolat du bon exemple. Quelque chose de surna­turel se dégage de notre vie et révèle Dieu. Le bon exemple est un parfum surnaturel, parfois insaisissable, mais qui a une grande force de pénétration, et cela d'une façon permanente. Il est "cette bonne odeur du Christ" dont parle saint Paul.

 

Qu'il est consolant de penser que, souvent même à notre insu, par le seul fait que nous vivons le plus chrétienne­ment possible et que nous cherchons à devenir de plus en plus semblables à Jésus, nous faisons du bien, nous rayon­nons autour de nous et nous exerçons cet apostolat du bon exemple. L'Évan­gile nous dit "qu'une vertu sortait de Jésus-Christ". Il en est ainsi pour le chrétien qui donne l'exemple. Une vertu sort de lui et révèle le Christ. Et cela toujours et partout.

 

3 —C'EST   L'APOSTOLAT LE   PLUS   EFFICACE

Pour nous prouver d'une façon élo­quente l'efficacité de cet apostolat, Nôtre Seigneur ne pouvait mieux faire que de passer la plus grande partie de sa vie, soit trente ans, à donner l'exemple, Il ne s'en est réservé que trois pour les œuvres extérieures. Dans les Actes des Apôtres, il est dit de Lui : "Il a commencé par faire avant d'enseigner".

 

Saint Grégoire nous dit à son tour : "Le moyen le plus sûr de gagner des âmes à Dieu, c'est de les attirer par l'exemple". Et saint Bernard: "Les hommes suivent plus qu'ils n'agissent. Ils ne sont menés ni par la raison, ni par la réflexion, mais par l'exemple".

 

On peut même affirmer que toutes les autres formes d'activité apostolique n'ont d'efficacité que si elles sont sou­tenues par le bon exemple de celui qui les exerce: "L'apôtre n'est pas seule­ment un homme qui enseigne la religion par la parole, disait Lacordaire, c'est un homme qui prêche l'Évangile par tout son être et dont la présence seule est déjà comme une bienfaisante apparition de Jésus-Christ".

 

En lisant les Confessions de Saint Augustin, on voit quelle lutte il eut à soutenir pour changer de vie. Au mi­lieu de toutes ses hésitations, il se disait, en voyant autour de lui tant de belles âmes demeurées vierges et pures : "Ce que sont celles-ci, pourquoi ne le serais-je pas?" Ce fut là le début de sa conversion.

 

Dans un discours aux représentants du 4e Congrès International de la Jeu­nesse catholique, S.S. Pie XI, après avoir énuméré les principales formes d'apostolat: la prière, la parole, la pro­pagande des œuvres, la charité indivi­duelle, domestique, sociale, universelle, termine en insistant sur l'apostolat si efficace que l'on peut exercer par une vie pleinement catholique:

 

"...Le grand apostolat de votre vie, toujours exposée au grand jour, sans ostentation, mais aussi sans crainte, sans timidité, aux yeux de tous ceux qui verront votre vie chrétienne, catho­lique, mais solidement, généreusement et ouvertement telle. Pourrait-il y avoir un autre apostolat qui eût plus d'effica­cité que celui dont le grand Évêque et martyr saint Cyprien parlait aux per­sécuteurs de son temps, quand il disait aux païens: " Nous ne perdons pas notre temps à discourir, mais nous vivons. Et voyez comment nous vivons. Tel est votre apostolat de toutes les heures" (Pie XI, 19-9-25).

 

Pie X insiste sur la même vérité: "Si l'esprit n'est pas réglé d'après une conduite vraiment chrétienne et sainte, il sera difficile de promouvoir les autres au bien". Et il ajoute: "Tous ceux qui sont appelés aux œuvres catholiques, doivent être des hommes d'une vie tellement exempte de tache, qu'ils servent à tous d'exemple efficace".

 

Il nous faut, à l'heure actuelle, des laïcs, des prêtres qui, par l'exemple d'une vie sainte et apostolique, apporte­ront à notre monde un regain de vie, de ferveur, et lui donneront un élan nou­veau. Trop de bons prêtres, trop de bonnes religieuses, trop de bons chré­tiens, pas assez de saints et de saintes. Si la science est nécessaire pour faire du bien aux âmes, la sainteté l'est davantage. "Un homme saint, parfait et vertueux, dit sainte Thérèse, fait en effet plus de bien aux âmes qu'un grand nombre d'autres qui ne sont qu'instruits et mieux doués".

 

Mais à quelle condition surtout ce bon exemple aura-t-il sa pleine effica­cité?

 

A la condition d'émerger, de sortir de l'ordinaire. On fait du bien non pas tant par ce qu'on dit ou par ce qu'on fait que par ce qu'on est. Plus cet exemple sera attirant, captivant, plus il entraînera et influencera l'entourage. Un bon exemple ordinaire ne suffit pas aujourd'hui, il faut un bon exemple extraordinaire, héroïque.

 

D'où vient que Jean-Baptiste s'est attiré tant d'adeptes? C'est qu'il était, selon le mot de l'évangile, "une lampe ardente". Voilà pourquoi "beaucoup ont tressailli à sa clarté".

 

Cela est plus vrai encore pour Nôtre Seigneur: bien plus encore que son enseignement, c'est la sainteté de sa vie, son exemple: 

Un exemple héroïque qui entraînait: sa pauvreté, de la crèche au Calvaire:

Hé­roïque ! Son obéissance jusqu'à la mort de la croix :

Héroïque ! Son humilité de­vant tant d'accusateurs:

Héroïque ! Sa patience dans la formation de ses apô­tres:

Héroïque ! Son audace devant les pharisiens :

Héroïque ! Sa bonté, sa misé­ricorde à l'égard des pauvres pécheurs:

Héroïque ! Sa douceur tout au long de sa passion :

Héroïque ! Son acceptation de la souffrance:

Héroïque ! Son amour pour les hommes, même pour ses ennemis 

Héroïque ! Toute sa vie provoque l'ad­miration, séduit, inspire le désir de l'imiter.

 

Le genre humain se laisse conqué­rir par ce qui dépasse la moyenne. Il nous faut plus qu'une honnête vertu et quelques talents naturels pour séduire et entraîner les masses ; il faut émerger, sortir de l'ordinaire. Saint Ignace de­mandait à ses compagnons d'être "in­signes" dans le service de Dieu. Insigne veut dire remarquable, qui frappe, qui sort des sentiers battus. Tout apôtre doit aussi viser à devenir insigne, à l'exemple du Maître, à l'exemple des saints, ses imitateurs.            (A suivre)

 

Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chryssosome)

 

Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur:  André Bilodeau, o.m.i. 

 

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 13:32

Introduction

Le devoir de l'apostolat s'impose à tout chrétien comme une exigence de son baptême. Mais les formes diverses d'activité apostolique ne sont pas pour tous. Un genre particulier d'apostolat convient à l'un et pas à l'autre.

 

Mais il est un apostolat dont ne peut se dispenser aucun chrétien: c'est l'apostolat du bon exemple. Qu'il le veuille ou non, qu'il y pense ou non, le chrétien, par toute sa vie, est toujours un exemple en bien ou en mal.

 

LE BON EXEMPLE: voilà un apostolat auquel nous pensons rarement peut-être, et pourtant, tous sont tenus de l'exercer.

 

Cette nécessité ressort de l'ensei­gnement de Nôtre Seigneur, de saint Pierre et de saint Paul. C'est la meil­leure des prédications et la plus néces­saire pour l'extension du règne de Dieu dans le monde. C'est de tous les genres d'apostolat, le plus général, le plus permanent, le plus efficace. Il aura d'autant plus d'influence qu'il sera transcendant et héroïque.

 

Enfin, la charité fraternelle sera le point prin­cipal sur lequel devront porter nos efforts de chrétien dans l'exercice de cet apostolat.

 

I — SA   NÉCESSITÉ

Cette nécessité du bon exemple est fondée sur l'enseignement des Saintes Ecritures. Ouvrons l'évangile et les épîtres des Apôtres. Nous y verrons exprimé et formulé presque à chaque page ce grand précepte de l'apostolat par le bon exemple.

 

1 — NOTRE-SEIGNEUR

Dans le Sermon sur la montagne, le divin Maître appelle ses apôtres "le sel de la terre" et "la lumière du mon­de". Et cette recommandation, il la fait à tous ses disciples. "Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée quand elle est située sur une montagne. Et on n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la mai­son. Qu'ainsi donc, ajoute le Maître, luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les deux" (Matt. V, 14-17).

 

Nôtre Seigneur tient tellement à ce que le chrétien donne le bon exemple qu'il a prononcé des paroles terribles contre ceux qui, au lieu d'édifier, scan­dalisent le prochain : "Malheur au mon­de à cause de ses scandales! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales; mais malheur à celui par qui le scandale arrive. Mieux vaudrait pour lui avoir une meule d'âne suspendue au cou et être précipité au fond de la mer" (Matt. XVIII, 6-7). Le divin Maître a rarement fulminé des anathèmes aussi terribles. Si Jésus condamne à ce point le scandale, c'est qu'il veut voir chez tous ses disciples, des âmes qui, par toute leur conduite, soient des sujets d'édification.

 

2 — SAINT   PIERRE

Lorsqu'on accusait les premiers chrétiens de crimes dont ils n'étaient aucunement coupables, le chef des apô­tres leur conseillait de n'opposer à tou­tes ces calomnies qu'une conduite sainte, innocente et irréprochable. Il leur di­sait qu'il n'en fallait pas davantage pour désarmer leurs plus ardents persécu­teurs; que la bonne vie est la meilleure des apologies; et que lorsqu'il plairait à Dieu de visiter par sa miséricorde ces ennemis de la religion, il les attirerait à lui par l'exemple des vertus de ses dis­ciples: "Conduisez-vous parmi les gen­tils d'une manière sainte; afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les por­tent à rendre gloire à Dieu au jour de sa visite" (I Pierre, II, 12).

 

3 —SAINT   PAUL

A la suite de son Maître, saint Paul recommande souvent à ses deux disciples, Tite et Timothée, ce devoir du bon exemple.

 

A Tite, il demande de joindre l'exemple à l'enseignement. "En toutes choses, montre-toi un modèle de bonnes œuvres" (Tite, II, 7).

 

A Timothée, il indique les moyens de gagner la confiance des fidèles et d'assurer ainsi la fécondité de son minis­tère. Ce moyen, c'est le bon exemple: "Sois un modèle des fidèles dans les paroles, dans la conduite, dans la cha­rité, dans la foi, dans la chasteté" (I Tim., IV, 12).

 

Lui-même, le grand Apôtre, s'écrie : "Ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le" (Philipp., IV, 9). Ce n'est qu'en donnant l'exemple d'une vie sainte qu'il deviendra "un ouvrier qui n'a point à rougir" (II Tim., II, 15), c'est-à-dire un prédicateur qui ne contredit pas dans sa conduite ce qu'il enseigne.

 

Paul ne cesse de recommander ce devoir à ses premiers chrétiens.

 

Aux Philippiens: "En tout, agissez sans murmure et sans hésitation, afin, d'être irrépréhensibles et purs, des en­fants de Dieu sans reproche au milieu d'une société perverse et dépravée, au sein de laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde; vous êtes porteurs de la parole de vie" (Philipp., II, 14-15).

 

Aux Romains: "Recherchons ce qui contribue à la paix, et observons les uns à l'égard des autres ce qui peut con­tribuer à notre édification mutuelle" (Rom., XIV, 19).

 

Après avoir conseillé de ne pas rechercher nos intérêts personnels, mais ceux des autres, il nous exhorte à leur procurer les biens spirituels et à con­tribuer ainsi à leur édification: "Que chacun de vous plaise à son prochain en ce qui est bien pour l'édification" (Rom., XV, 2). Faisant écho à la parole de son Maître, il dit: "Ayez soin de faire le bien non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes" (Rom., XII, 17).

 

Il demande à ses Corinthiens d'ap­précier les dons divins et les charismes en vue du bien mutuel de la société: "Que tout se fasse pour l'édification" (I Cor., XIV, 26).

 

Il insiste tellement sur ce devoir que, s'ils n'y sont pas fidèles, saint Paul ne pourra se glorifier de leur sa­lut: "il aura couru et travaillé en vain" (Philipp., II, 14-15).

 

(A suivre)

 

SOMMAIRE

Introduction:   Tout chrétien doit être apôtre. S'il existe une grande variété de formes d'apostolat, il est un genre d'apostolat dont personne ne peut se dispenser, c'est celui du bon exemple.

I — Nécessité du bon exemple

      1 - Enseignement de Nôtre Seigneur

      2 - saint Pierre

      3 - saint Paul

II — Excellence de l'apostolat du bon exemple

      1 - c'est l'apostolat le plus général

      2 - le plus permanent

      3 - le plus efficace

III — En quoi faut-il surtout donner l'exemple?

La charité fraternelle.

 

Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chryssosome)

 

Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur:  André Bilodeau, o.m.i.

 

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 07:44

(3) — Lorsque l'enfant est grand, l'éducateur  s'adresse surtout à sa raison.

 

L'enseignement moral est nécessairement un enseignement religieux.

 

L'enfant, désormais, n'aspire plus seulement à un bien qui réponde à ses besoins, à ses tendances personnelles. En lui s'est formé l'amour du bien pour lui-même, du bien comme étant l'expression de la volonté divine — l'idée d'un bien à réaliser par lui pour se soumettre à cette volonté nécessai­rement bonne. C'est le moment de s'adresser à sa raison, de développer sa bonne volonté, c'est-à-dire sa volonté du bien — le sens de sa personnalité.

 

Tous nos devoirs sont des devoirs envers Dieu.

 

L'enseignement qu'on pourra lui donner, il le comprendra, parce que cet enseignement ne fera que formuler ce qu'il sait déjà, ce qu'il a senti et prati­qué. L'enfant a désormais l'habitude d'agir par de­voir, et l'idée du devoir se confond pour lui avec celle de l'accomplissement de la volonté divine. Il peut savoir maintenant que le sentiment moral, c'est-à-dire le désir et l'amour de la perfection, est comme un reflet de la volonté divine en nous — que tous nos devoirs sont des devoirs envers Dieu.

 

« Connaître, aimer et servir  Dieu ».

 

Connaître Dieu, c'est appliquer notre pensée à l'idée de la perfection suprême, réalité vivante qui nous pousse et qui nous attire. C'est vouloir déve­lopper notre intelligence, et l'orienter dans le sens de la perfection — c'est l'orienter vers Dieu;

 

— 44 —

Aimer Dieu,c'est avoir l'amour de la perfection, c'est aimer ce que Dieu aime, c'est aimer les hom­mes, ses enfants. C'est répandre autour de nous l'a­mour de la perfection en donnant de bons exem­ples, en nous dévouant au bien des autres dans la famille, dans la société, dans toute relation humaine.

 

Servir Dieu, c'est accomplir en toute chose sa volonté — qui ne peut être que la volonté du bien.

 

«Connaître», «aimer» et «servir» Dieu, c'est croi­re au triomphe du bien — même quand on voit ré­gner le mal: c'est travailler à ce triomphe — bien que la participation soit infime, infiniment petite — en se perfectionnant soi-même et en aidant les au­tres à se perfectionner.

 

Un seul enseignement donc: c'est que le sentiment moral et le sentiment religieux ne sont qu'un.

 

Le  sentiment  religieux,  anime,  vivifie le sentiment du devoir.

 

Un seul enseignement donc: c'est que le sentiment essentielle. — Lorsqu'il aura compris ces grandes vérités, l'enfant devenu grand saura qu'il est une personne, douée de raison, de volonté. Que ces qualités sont des reflets de la lumière divine, et qu'à ce titre il doit s'en servir pour se rapprocher de lui. Il aura acquis une conscience morale sûre, solide, car le sentiment religieux — l'amour de Dieu — donne une singulière force au sentiment du devoir.

 

CHAPITRE  IV

 

VALEUR DE LA CONSCIENCE MORALE

 

La conscience est une « image de Dieu en nous ».

 

Tâche difficile, semble-t-il, de travailler à l'épa­nouissement de la conscience morale en un être hu­main; mais combien attachante et glorieuse ! Et qui mérite bien l'effort, quand on réfléchit à la valeur extra­ordinaire de la conscience.

 

N'est-il pas en effet admirable que notre raison et notre volonté nous imposent des règles de conduite, souvent contraires à nos plus chers désirs ! Ne faut-il pas que notre âme «ait découvert intérieurement une beauté bien exquise dans ce qui s'appelle de­voir» et la conscience n'est-elle pas vraiment «une image de Dieu en nous ?»

 

Avec quel soin, avec quel amour les parents ne doivent-ils pas s'attacher à développer chez leurs enfants le germe divin de la conscience morale ?

 

Nous devons élever nos enfants pour eux et non pour nous.

 

Pour les aider, les soutenir et les éclairer, ils pos­sèdent l'amour naturel — c'est-à-dire voulu de Dieu — qu'ils ont pour leurs enfants et que leurs enfants ont pour eux.

 

Ils ont aussi les conseils de la foi qui leur rappel­lent cette grande vérité: Nous ne devons pas élever nos enfants pour nous, mais pour eux — c'est-à-di­re en vue de leur propre vie humaine et de leur destinée éternelle.

 

Il suffît donc, pour bien élever nos enfants, pour travailler à l'épanouissement de leur conscience, il suffit de veiller à ne pas introduire l’égoïsme dans l'amour que nous leur portons — dans cet amour paternel et maternel qui, de sa vraie nature — celle que Dieu lui attribue — est le modèle de l'amour — c'est-à-dire du désintéressement.

 

FIN

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

J’espère que vous avez apprécié cette série d’article ?  Un commentaire S. V. P.

 

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 11:50

L'amour du beau, naturel à l'enfant, offre une occasion  d'embellir sa conscience.

 

L'enfant, comme nous l'avons vu, est naturelle­ment — c'est-à-dire selon sa nature divine, — natu­rellement désireux d'être beau — beau au point de vue physique, beau au point de vue moral.

 

C'est qu'il aime naturellement le beau, et qu'il s'en revêt comme il en revêt ceux qu'il aime: «Ma jolie maman !» C'est un mot de tendre admiration que nous avons tous pu entendre prononcer avec une sorte d'extase, une joie profonde, par des en­fants devant la mère qui s'est parée plus que d'habi­tude, quand ils sont petits; devant la mère accom­plissant pour eux une action qui leur semble pénible, quand ils sont plus grands. Ce mot contient alors plus que de l'admiration: de la reconnais­sance. Mais toujours, la joie de trouver la maman «belle», physiquement ou moralement. Cette joie de la beauté morale de leurs parents se manifeste ensuite devant un acte dont ils ne sont pas bénéficiaires, devant l'expression d'une pensée généreuse: « Comme c'est beau, ce que tu as dit, mon papa!» Le beau est alors aimé pour lui-même, comme une forme du parfait; bien plus: il est pour l'enfant et il reste pour l'artiste l'image sous laquelle se repré­sente tout bien; il est le bien même.

 

Qui ne voit tout le parti que les parents peuvent tirer de ce sentiment pour «embellir» la conscience de leur enfant ? «C'est laid de mentir. Quand tu mens, que tu trompes tes parents, tu es laid, ton âme est salie; elle n'est pas belle». L'enfant est mal­heureux d'être laid; il est par là même détourné de ce qui lui procure cet état désagréable: «Tu es gen­til d'avoir choisi comme ami le petit camarade que tu voyais délaissé; tu as un joli petit cœur; il plaît au bon Dieu». L'enfant est heureux, et le voilà prêt à reproduire ce qui lui procure ce bonheur.

 

Il ne faut pas plus redouter de faire à un enfant l'éloge de sa conduite quand elle est bonne, que de l'en blâmer quand elle est en défaut. L'essentiel est que le blâme ou l'éloge soit juste; que l'un ne soit pas une manifestation d'impatience; l'autre, une flatte­rie pour obtenir quelque chose de l'enfant. Il s'agit de juger ses actions de manière qu'il les juge lui-même mauvaises ou bonnes, et qu'il veuille s'appli­quer à rejeter les unes à adopter les autres.

 

L'appel au sentiment du beau qu'il porte en lui, évite que l'enfant se sente contraint d'agir comme ses parents le veulent, contribue à former en lui la volonté du bien, et l'habitude à agir de lui-même au nom de cette volonté.

 

L'enfant  devient accessibles  aux émotions morales.

 

Nous venons de voir l'enfant aimer, admirer ar­demment le beau. C'est qu'il est maintenant capable d'éprouver des émotions non seulement du cœur, mais de l'intelligence, de l'être tout entier: des émo­tions de l'âme. Dès sept ou huit ans, l'enfant s'indi­gne ou s'enthousiasme suivant qu'on lui présente une vilaine ou une belle pensée; suivant qu'il est té­moin d'une action mauvaise ou bonne.

 

Comme à cet âge, il commence généralement à aller à l'École, les moyens sont nombreux de déve­lopper sa conscience en utilisant cette disposition aux émotions morales.

 

Il faut « supposer »  le bien et d'abord  ne pas

se méfier de  la bonne volonté de l'enfant.

 

Le sens moral, en effet, nous l'avons vu, est un jugement, une manifestation de la raison; mais il est en même temps une disposition du cœur. Chez l'enfant de sept ou huit ans et même de dix ou douze, c'est encore l'élément sensible qu'il faut utiliser, il n'est pas temps de lui donner des préceptes géné­raux, de lui enseigner ce qui est bien, ce qui est mal. Il s'agit encore de lui donner le goût du bien, l'a­mour du bien.

 

Un excellent moyen, pour le maître, à l'école, pour les parents, à la maison dans leur rôle d'édu­cateur, un excellent moyen c'est de supposer le bien de ne jamais douter d'avance des bonnes disposi­tions de l'enfant. Rien ne déconcerte un enfant, ne le trouble dans sa conscience comme de lui suppo­ser une mauvaise intention quand il en a une bonne.

 

Une fillette de dix ou douze ans a été profondé­ment troublée pendant les jours de retraite de sa première communion parce que, alors qu'elle ne croyait pas possible qu'il y eût en elle rien de laid à ce moment béni, on l'a accusée un jour, d'ingrati­tude parce que, n'ayant pas beaucoup d'appétit et ne voulant pas être gourmande, elle avait mangé les pommes de terre et n'avait pu manger des beignets préparés à l'intention des premières communiantes — le lendemain: de gourmandise, parce que, plei­ne de regrets de son «ingratitude» de la veille, elle s'était réservée pour les beignets!... Il était donc im­possible de ne pas faire de sottises la veille de sa première communion! On n'était jamais sûre d'avoir une âme toute blanche comme sa robe, une âme jo­lie pour permettre au bon Dieu d'être content en ve­nant dans votre cœur...

 

Sa peine a été si profonde, son trouble si grand que ce fait lointain oublié depuis longtemps, assu­rément, par la maîtresse qui n'avait péché que par excès de zèle... et par ignorance d'une âme d'enfant, ce fait n'a jamais été oublié de l'enfant d'alors qui l'a rapporté avec émotion vingt ans après.

 

Supposer  le   bien,    c'est   encore   présenter à l'enfant des occasions de s'enthousiasmer ou de s'indigner.

 

Supposer le bien c'est encore présenté à l'enfant des exemples où il peut le proclamer — ou bien, où il le réclamera — exemples empruntés à la vie réelle, particulièrement capables de l'intéresser parce qu'il s'agit de personnes, d'événements qu'il connaît. Dans la famille surtout on peut parler de faits im­médiats qui émeuvent la sensibilité morale de l'en­fant. A l'École, on peut évoquer des événements ac­tuels, des faits empruntés à l'histoire. Certes, tous ne sont pas beaux, tous ne sont pas moraux. Mais l'histoire donne l'occasion d'apprécier des faits réels auxquels l'enfant porte une particulière attention ; elle donne l'occasion de les juger, d'exciter l'indi­gnation généreuse aussi bien que l'enthousiasme de l'enfant. Le choix des textes étudiés met l'enfant non plus seulement en présence d'événements, de faits, mais en face d'idées, de sentiments élevés et bien exprimés, c'est-à-dire exprimés de façon que l'enfant les comprenne et les sente, qu'il en soit pénétré, que ces idées contribuent à lui donner des habitudes de penser et de sentir justes et bonnes, l'invitent à agir suivant un idéal moral qui se forme peu à peu en lui à son insu.

 

Nous trouvons ici un auxiliaire précieux dans l'amour du beau naturel à l'enfant. Le beau, c'est l'objet de l'art: L’art n'est pas autre chose que la réa­lisation du beau. C'est pourquoi tout ce qui est art — musique, peinture, poésie — tout ce qui est beau produit dans l'âme humaine une émotion particu­lière, l'émotion esthétique, que l'enfant éprouve très vivement et qui est d'ordre moral, comme le beau lui-même.

 

Aujourd'hui, l'enfant profite de plus en plus des bienfaits de l'art par l'École. Par la famille aussi car l'art peut régner au plus modeste foyer. L'art se révèle, en effet, dès que l'on sent dans un intérieur le souci de l'ordre et de l'harmonie, le goût du beau.

 

Les  émotions morales sont communicatives.

 

Une condition est nécessaire pour que l'enfant éprouve des émotions morales, c'est que ses éduca­teurs les éprouvent eux-mêmes.

 

Nous avons vu le rôle essentiel que joue dans l'é­ducation de l'enfant l'imitation de ceux qu'il aime, de ceux qu'il admire. L'enfant imite naturellement, puis intentionnellement. Mais il y a une imitation qui se fait non seulement naturellement mais spon­tanément, d'elle-même, c'est celle des émotions. Les émotions se communiquent, se propagent — comme une maladie contagieuse se propage entre personnes voisines — se communiquent entre personnes vivant en commun par l'esprit et par le cœur. C'est pour­quoi le grand moyen de faire éprouver une émotion morale à un enfant, à un élève, c'est de l'éprouver soi-même. Racontez avec émotion une action géné­reuse, lisez avec émotion une belle poésie, l'enfant qui sent l'émotion dans votre voix en est pénétré, l'éprouve à son tour. Et là, rien de calculé de la part des enfants ou du maître; de belles paroles figurant des sentiments qu'on n'éprouve pas ne por­tent aucun fruit. Ce qui touche l'enfant, c'est votre émotion vraie; ce qui l'émeut, c'est votre émotion que lui révèle la sincérité de votre accent.

 

Ici encore nous constatons la grande leçon de l'exemple. Aimons le beau, aimons le bien: que nos enfants le sachent, qu'ils le sentent. Ils l'aimeront à leur tour, et seront prêts à le réaliser, car le sen­timent est un grand mobile d'action.

 

C'est au sein de la famille surtout que fleurissent ces émotions généreuses. Les enfants n'oublient jamais une réunion de famille, une série de réunions familiales, où le papa, la maman ont lu — pour eux — une belle page, une pièce, un ouvrage exal­tant des sentiments et des actes héroïques. L'émo­tion profonde, intime éprouvée en commun se con­serve en eux comme un souvenir toujours vivant, toujours actif, toujours capable  de  les  faire   agir selon  l'idéal  proposé. 

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 17:41

 (2) — Dès  que  l'enfant grandit,   il faut s'adresser  au sentiment chez lui.

 

L'amour qu'il porte à ses parents devient pour l'enfant un grand mobile  d'action.

 

Nous voyons que l'instinct, chez un être humain, disparaît peu à peu pour faire place au sentiment, à l'intelligence, à la raison.

 

L'enfant, en grandissant, sent et pense, prend des habitudes d'esprit et de cœur de plus en plus con­formes à celles de ses parents, à celles de son mi­lieu. Les actes, que l'enfant voit accomplir autour de lui et les sentiments qu'ils provoquent, les juge­ments qu'il entend porter sur les actes d'autrui lui donnent peu à peu l'habitude d'apprécier certains d'entre eux, d'en mépriser d'autres. Surtout l'attitu­de de ses parents envers lui, la satisfaction ou le mécontentement qu'ils lui témoignent suivant ses propres actions, lui apprenne à les juger bonnes ou mauvaises.

 

C'est le moment où l'enfant agit pour ressembler à ses parents; où le bien est pour lui de se confor­mer à leur désir, d'être semblable à eux — de pen­ser, de juger, d'agir comme eux.

 

Combien il est important, alors, pour les parents, d'apprécier, de juger bon ce qui est bien en soi et non ce qui leur procure à eux satisfaction! Combien ils agissent mal — sans le comprendre souvent — mal, car ils travaillent à détruire la conscience de leur enfantquand ils approuvent ou que du moins ils ne condamnent pas des actes contraires à la probité, comme par exemple quand ils deman­dent pour leur enfants, des faveurs contraires à la simple justice. Quand ils les récompensent pour un succès mal acquis, ou les punissent lorsque, malgré leur travail, ils ne triomphent pas de certains ca­marades!

 

La droiture est une condition fondamentale pour le développement de la conscience.

 

Un constant souci des parents, une marque essen­tielle du respect de la conscience de leurs enfants doit être de les habituer à une parfaite droiture d'esprit et de cœur. N'oublions pas que le vrai est une forme du bien; que l'amour du vrai est par suite une des vertus naturelles, fondamentales sans lesquelles toutes celles qu'on prétend édifier ne sont qu"«hypocrisie», suivant la forte parole d'un mora­liste chrétien.

 

Là encore, les parents n'ont qu'à faire appel à la tendance naturelle qui porte l'enfant à imiter ses parents. Ne mentez pas devant un enfant; ne le trompez pas. Ne témoignez pas devant lui d'une par­faite insouciance de la sincérité, comme certains parents qui n'hésitent pas, quelquefois, à donner à leurs enfants le conseil de la dissimulation: «Tu ne diras pas à papa que j'ai fait telle chose... acheté tel objet». «Tu ne diras pas à maman que je t'ai dit telle chose... que je t'ai prêté tel livre». A ce régime, un enfant perd le sens de la loyauté. La dissimula­tion, la tromperie, le mensonge, la fraude, quelque­fois, finissent par lui apparaître comme des fautes vénielles.

 

Cette  manière   d'agir  est  une   erreur  très  grave de la part des parents et, sans doute, elle est très rare. Mais beaucoup pratiquent certaines habitudes qui leur sont commodes sur le moment, et dont ils ne prévoient pas les dangereuses conséquences. C'est l'usage des promesses et des menaces pour obtenir obéissance: « Si tu fais cela, tu auras... ce que tu réclames». ...«Si tu ne fais pas ce que je te dis, je te ferai punir par papa».

 

De deux choses l'une: ou bien les promesses, les menaces ne sont pas tenues. Alors l'enfant, bien vite, ne s'en soucie plus. Il perd le respect de la parole de ses parents; il s'habitue à ne pas les croire. Son sens du vrai, du juste — si vif chez les enfants — est émoussé. Sa conscience est faussée en même temps qu'il perd sa belle confiance naturelle en ses parents.

 

Ou bien, promesses et menaces sont tenues.Alors l'enfant s'habitue à agir ou à ne pas agir pour éviter une punition; le plus souvent pour obtenir ce qu'il désire. Il abuse bien vite du moyen mis à sa portée. Il « fait la mauvaise fête » pour obtenir ce qu'il veut. Cela devient une sorte de « chantage » plus ou moins conscient. L'enfant perd le sens de la droiture, de la loyauté. Sa conscience se pervertit. Son admiration pour ses parents est détruite.

 

Ne trompez jamais un enfant, au contraire; qu'il sente en vous l'amour du vrai, le souci de la vérité, et il conservera la sincérité, la spontanéité qui fait le charme de l'enfance. Sa confiance en ses parents croîtra avec le respect et l'admiration qu'ils lui inspireront, et il saura les trouver et se confier à eux aux heures où sa conscience sera en conflit avec un désir passionné.

 

Le manquement à la charité affecte le cœur et la conscience de l'enfant.

 

Une véritable épreuve pour la conscience d'un enfant qui sait, qui sent que l'on ne doit pas haïr est d'entendre ses parents — sa mère le plus sou­vent — témoigner de la rancune, de la haine con­tre certaines personnes avec lesquelles ils sont au­jourd'hui « fâchés ». Ces personnes, il les connaît, il les aime bien, puisque elles étaient des amis de ses parents. Et maintenant, il ne faut plus leur par­ler, plus penser à elles... « On est fâché». C'est tout bas, comme honteusement, sans nommer, sans accu­ser personne que l'enfant répond quand on lui parle d'elles. Il ne faut plus les connaître. L'enfant n'en demande même pas la permission, il sait qu'«il ne faut pas», puisque ses parents, puisque sa maman ne les connaît plus.

 

Pourtant, c'est mal d'être fâché contre les gens, d'en dire du mal, de les détester... Alors?... Alors, l'enfant ne comprend plus; il souffre dans son cœur; il souffre dans sa conscience.

 

Dans les familles vraiment chrétiennes, lorsque surviennent des « différents » avec des amis, avec des frères ou des sœurs, les parents cessent de se voir, de se considérer comme engagés par des liens d'amitié ou de parenté; mais, d'un commun accord, les enfants continuent à les connaître, à se connaître entre eux, à se considérer comme amis, comme cousins, à se fréquenter s'ils sont voisins.

 

Combien elles ont raison, ces familles, de ne pas troubler la conscience de leurs enfants en les obli­geant à méconnaître la sainte doctrine du Christ, doctrine de pardon et d'amour !

 

Des jugements différents portés sur les mêmes actes selon les personnes qui les accomplissent faussent la  conscience  de   l'enfant.

 

D'une manière générale, il faut s'abstenir devant les enfants, de porter des jugements sévères contre qui que ce soit, comme on en porte trop souvent pour la seule raison que les personnes dont on parle ne vous sont pas sympathiques, qu'elles ne sont pas « des vôtres ». Leurs moindres travers, alors, paraissent des torts impardonnables. On ne fait pas attention que ce n'est pas la sottise en elle-même, le mal qu'on déteste, mais les personnes auxquelles on l'attribue. On ne prend pas garde que, faisant profession de vertu en manifestant la haine du moindre vice, on manque au contraire de la pre­mière vertu: l'amour d'autrui, la charité. Mais l'enfant sent, lui, de façon plus ou moins consciente, qu'il y a là confusion de quelque chose de bien et de quelque chose de mal; et sa conscience en est obscurcie.

 

Inversement, il faut s'abstenir de porter des ju­gements indulgents sur certaines erreurs, indulgents parce que ces erreurs proviennent de personnes avec lesquelles on a des liens d'affection ou d'in­térêt; de personnes qui vous « tiennent de près » pour une raison ou pour une autre.

 

Cette double manière de juger suivant les per­sonnesfausse nécessairement la conscience de l'en­fant, qui s'habitue à ne pas discerner le mal « tou­jours haïssable » de ceux qui le font.

 

Affection pour les parents, imitation des parents: C'est en faisant appel à l'amour naturel des enfants pour leurs parents que ceux-ci peuvent atteindre facilement et développer leur instinct du bien.

 

Mais nous voici à l'âge où la sensibilité, pénétrée d'intelligence et de raison, prend une forme moins restreinte. C'est le moment de faire appel, non plus seulement à un sentiment particulier, mais à des sentiments plus généraux, tels: l'amour du beau, l'enthousiasme, l'émotion morale. 

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 22:34

«B»  L'action directe des parents dépend de l'Age des enfants

 

(1) — Dans le premier âge, c’est à l'instinct seul qu'il faut s'adresser.

 

Les mauvaises   habitudes  étouffent la conscience morale.

 

Comment développer dès la petite enfance le ger­me de la conscience morale chez l'enfant ?

Le premier soin des parents doit être de ne pas laisser étouffer cette semence du bien par les mau­vaises habitudes qui développent et fixent les ins­tincts mauvais, et parallèlement, de développer l'instinct du bien par la formation des bonnes ha­bitudes.

 

L'âme de l'enfant est comme un champ fertile où pousse et croît tout ce qui se trouve, le bon et le mauvais grain. Le cultivateur a soin de favoriser la croissance du bon grain. Les parents doivent «cul­tiver» la conscience de leurs enfants.

 

Les bonnes habitudes précisent  et développent la conscience.

 

Il ne faut pas permettre à l'enfant, même quand il est tout petit, d'être exigeant, volontaire; de crier dès qu'on ne satisfait pas ses désirs capricieux, il suffit pour cela de ne pas céder à ses désirs quand ils commencent à se manifester capricieusement. Il faut avoir la patience de supporter parfois les cris d'un bébé. — Les cris qui ne proviennent pas d'une douleur physique, bien entendu, d'un malaise, d'un mauvais état de santé. Il faut toujours s'assurer de leur cause. Il s'agit des cris que lui fait pousser un mécontentement capricieux. On évite ainsi d'autres cris, et les colères qui ne manquent pas de se manifester chez les enfants «gâtés». On évite de le ren­dre impérieux, tyrannique.

 

Chacun peut expérimenter que le petit enfant, le bébé, peut être heureux et souriant (je parle du bébé bien portant) agréable à tous — aussi bien que mé­content «grincheux», exigeant, insupportable, selon les habitudes qu'on lui a fait prendre. Un bébé ha­bitué à n'être pas toujours porté gazouille, heureux dans son berceau; il y joue avec un hochet... ou avec ses pieds, et tend les bras à sa maman, riant de bonheur, quand elle se penche sur lui pour le pren­dre dans ses bras. Le bébé qu'on a habitué à être porté presque constamment ne songe qu'à crier pour qu'on le prenne dès que sa mère est obligée de le poser dans son berceau; il n'y est pas heureux; il n'y joue pas. Et quand on vient le prendre... pour ne plus l'entendre, c'est avec peine que sa colère s'apaise; il reste mécontent dans des bras lassés de le porter et dont il ne sent pas la douceur.

 

En lui laissant prendre de mauvaises habitudes, c'est-à-dire eu lui permettant de reproduire un ca­price, une exigence, un acte d'entêtement, on n'a pas fait autre chose que de laisser croître en lui ses mauvais instincts, ceux qui le portent vers la satis­faction de ses désirs, de ses passions naissantes, de son amour-propre. En lui faisant prendre des habi­tudes bonnes, au contraire, on a fait appel à son instinct du bien, on a commencé à former sa cons­cience.

 

Le même enfant peut se montrer entêté, « mauvaise tête », ou obéissant et docile suivant les personnes dont il dépend.

 

Chacun peut constater mieux encore: considérons l'enfant un peu plus grand, un enfant déjà «gâté» par certaines personnes. Nous le voyons insuppor­table quand il dépend de celles-là docile et char­mant quand il est sous la dépendance de personnes qui l'aiment sans le gâter.

 

C'est que, vis-à-vis des premières il se sent livré à lui-même. Instinctivement, suivant le penchant qui le porte à se satisfaire lui-même, suivant son amour-propre rapidement développé au régime des «en­fants gâtés», il use et abuse, il profite de la faiblesse de ses parents. Mais il n'en n'est pas plus heureux. Il a besoin des grandes personnes. En lui réside aussi l'instinct qui le porte à aimer ceux qu'il ad­mire; ceux qui lui apparaissent supérieurs à lui, plus grands que lui et un peu redoutables. C'est à ce titre qu'on dit justement: l'enfant n'aime vrai­ment que ceux qu'il craint. Oui, qu'il craint, mais qui lui inspirent confiance absolue, respect, admira­tion. Or l'enfant ne peut plus voir des êtres supé­rieurs en des parents qui loin de manifester une au­torité, de faire connaître leur volonté, provoquent les caprices de l'enfant pour le plaisir de les satis­faire, en lui demandant: «Veux-tu faire ceci ?... Aimes-tu cela?» et se livrent ainsi eux-mêmes à son autorité déraisonnable, bientôt despotique. L'enfant ne les admire plus; il perd confiance en eux; il les aime moins; car, obscurément, il leur en veut de lui «manquer», de l'abandonner à sa faiblesse.

 

C'est pourquoi, il est heureux de se retrouver en présence d'êtres forts qui l'aiment en le dominant, qui lui en imposent, et devant lesquels il renonce d'autant plus à ses entêtements, à ses caprices qu'il s'y livre davantage avec ceux qui le gâtent.

 

Une petite fille de deux ans pousse des cris qui émeuvent les voisins quand sa maman lui fait pren­dre un bain, le matin. La maman absente, le bain est donné par une personne de la famille, plus âgée que la jeune maman inexpérimentée. La petite fille s'y prête avec complaisance, s'amuse dans l'eau, attend patiemment qu'on la retire. Elle ne pousse pas un cri — si bien que les voisins demandent bientôt des nouvelles de la petite fille qui est partie avec sa maman.

 

L'enfant avait retrouvé l'application normale de la tendance qui pousse les êtres jeunes, les «petits» à se conformer aux désirs des grandes personnes quand elles leur apparaissent vraiment «grandes», fortes, supérieures à eux. Elle était contente d'obéir. Une expérience de ce genre, expérience qui nous fait connaître le même enfant si différent de lui-même suivant ses éducateurs, nous montre qu'il ne s'agit pas seulement, dans sa manière d'être, dans son caractère, de sa nature propre, mais bien de l'éducation qu'il reçoit, des habitudes que l'éduca­tion forme en lui. L'enfant est capricieux, facile­ment mécontent, irritable, insupportable aux autres quand on ne lui demande pas de se dominer, de se supporter lui-même. Il n'en est pas plus heureux. C'est donc son bonheur en même temps que son bien que l'on prépare en ne laissant pas se dévelop­per son égoïsme naturel, en s'attachant à lui don­ner de bonnes habitudes.

 

L'enfant doit être suivi dans le développement de son  âme.

 

Les parents doivent suivre le développement de la petite âme de leur enfant comme ils suivent le déve­loppement de son corps. Comme ils connaissent bien vite le genre de maladie auquel il est le plus sujet, ils doivent connaître le penchant où se cana­lisent ses mauvais instincts. S'ils le connaissent, de même qu'ils s'efforcent d'éviter la maladie en la prévenant par des soins appropriés, ils peuvent aus­si retenir la manifestation d'un penchant mauvais, et par suite l'empêcher de se développer.

 

L'enfant, par exemple, comme nous l'avons vu, est facilement enclin à la colère. Il se montre sou­vent, tout jeune, exigeant, volontaire, irritable. Il se roule par terre, parfois, plutôt que d'avancer si cela ne lui plaît pas. Les désirs des autres lui importent peu. Son amour-propre se développe trop aux dépends des sentiments généreux et désintéressés. Plus tard, si l'on n'y veille, il ne supportera pas d'être contrarié, et, pour ne pas l'être, il ne se fera pas faute de contrarier les autres: il deviendra un petit despote. Prévenez sa colère. Si vous la laissez se for­mer, il n'y a plus qu'à la laisser passer. C'est un orage dont vous n'avez plus qu'à éviter, autant que possible, les manifestations dangereuses. Mais une colère naissante est facile à dissiper. Le petite enfant est aisément «détendu» par une distraction opportune, un jeu qui l'amuse. Une gronderie affec­tueuse, tendre, l'émeut et le fait pleurer, c'est la pluie, l'orage est passé. Plus tard, quand l'intelli­gence de l'enfant est déjà développée et qu'il comprend la «laideur» d'un accès de colère, si un re­proche maladroit, un mot dur exaspère une colère naissante et la précipite, une plaisanterie affectueu­se et appropriée fait rire l'enfant de lui-même. La colère qui commençait à bouillonner s'affaisse, «tombe», comme «tombe» sous un souffle léger, le lait qui monte et va déborder.

 

La volonté des enfants doit être orientée non détruite.

 

Les enfants qui s'affirment ainsi seront plus tard des hommes... ou des femmes — d'énergie, de volonté — des «chefs». C'est aux éducateurs de veiller à ce qu'ils soient «des hommes de bonne volonté», de bons «meneurs» — en réprimant les manifesta­tions mauvaises de leur énergie sans entraver les autres.

 

Les favoriser, au contraire, les orienter vers le bien est un moyen de conserver une qualité précieu­se, tout en la détournant de ses applications au mal. Voici un enfant plus grand — six ou sept ans — jeune garçon «forte tête» qui cherche à soustraire à votre obéissance ses frères ou sœurs, à la maison; ses petits camarades, à l'école. Parents ou maîtres, confiez-les vous-mêmes à ses soins pour quelque en­treprise intéressante. Heureux, fier de votre con­fiance, il leur conseillera immédiatement l'obéissan­ce et leur en donnera désormais un constant exem­ple. Votre confiance «l'oblige» par ce qu'il ne veut pas être inférieur à qui la mérite; parce qu'il juge à ce moment qu'il doit être l'enfant raisonnable et de bonne volonté qu'elle suppose; par ce qu'elle lui donne le sentiment de sa responsabilité. Parce qu'elle s'adresse à sa conscience et que, sans y réfléchir encore, mais tout spontanément, il reconnaît la no­blesse de la conscience: «Noblesse oblige».

 

Le sens de la personnalité est une puissante « sauvegarde ». Il doit être développé chez les enfants trop « passifs ».

 

On comprend combien ce sentiment de fierté qui se rapporte non à des avantages physiques ni mê­me intellectuels, mais à sa qualité d'être moral, à sa petite personnalité d'être humain, combien ce sen­timent chez un enfant offre aux parents de ressour­ces pour l'éducation de sa conscience et quelle «sauvegarde» il est dans la vie.

 

Aussi est-il essentiel de le développer chez les en­fants qui, à l'inverse des premiers, n'opposent ja­mais leur petite personnalité à celle des autres, ne leur résistent jamais, acceptent passivement tout ce qu'ils leur imposent; qui sont avec tous d'une ex­trême timidité. Ceux-ci ne sont pas des volontaires. Ce sont généralement des enfants d'une excessive sensibilité qui se replient en eux-mêmes parce qu'ils redoutent par-dessus tout une «bourrade», un re­proche, un contact douloureux avec ceux qui les en­tourent. Aussi sont-ils d'une extrême réserve, d'une particulière timidité avec ceux qu'ils aiment le plus et dont le plus léger «froissement» les meurtrira.

 

Parents, si vous avez un enfant silencieux, par­fois «boudeur», un peu triste, ne vous manifestant pas son affection joyeusement  avec une exubérante confiance, comme ses frères et sœurs, ne pensez pas qu'il est indifférent, qu'il ne vous aime pas. Efforcez-vous de lui donner confiance en lui. Faites-lui dé­couvrir ses qualités en les reconnaissant vous-mê­mes et en les lui affirmant. Faites-lui sentir qu'il est comme les autres, un petit être, une petite per­sonne créée pour développer ses qualités, pour se développer elle-même, pour devenir un homme ou une femme de bien. Efforcez-vous d'accroître en lui le sentiment de sa personnalité.  

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 02:09

FORMATION   DE LA  CONSCIENCE PAR L'EDUCATION

 

«A»  Conditions générales de l'éducation de la conscience

 

Les parents doivent penser à la conscience morale de leurs enfants.

 

Comment les parents peuvent-ils « soigner » la conscience morale de leurs enfants ?  Les moyens sont différents suivant l'âge de l'enfant. Mais tou­jours, pour tout âge, deux conditions sont nécessai­res: il faut d'abord que les parents en aient souci, qu'ils sachent que, en leur enfant, leur est confiée une semence du bien et que c'est à eux de la faire germer, croître et s'épanouir.

 

L'imitation est une loi naturelle qui doit servir à une bonne éducation de la conscience.

 

Il faut aussi que les parents n'oublient jamais cette vérité générale: ils sont pour leurs enfants le premier modèle à imiter. Et l'imitation est une loi naturelle, une loi nécessaire que le créateur a éta­blie pour permettre aux hommes de se comprendre et de s'aider les uns les autres; pour permettre aux enfants de s'instruire et de se former au contact de leurs parents.

 

C'est par imitation que l'enfant apprend à mar­cher, qu'il apprend à parler — à exprimer par des paroles ses sentiments et ses idées — l'enfant qui ne verrait pas marcher autour de lui ne saurait pas plus marcher que le sourd de naissance, qui n'entend pas les mots prononcés autour de lui, ne sait parler.

 

Les sourds-muets, en effet, ne sont muets que parce qu'ils n'ont jamais connu la parole humaine. Si l'on remplace pour eux les sons qu'ils n'enten­dent pas par la vue de l'articulation des lèvres quand on leur parle, ils restent sourds, mais ils ne sont plus muets. Ils sont même en général d'autant plus bavards qu'ils ne s'entendent pas parler.

 

L'enfant aime à répéter ce qu'il a imité une première fois.

 

Lorsque l'enfant a reproduit un mot, un geste, un acte imité de ses parents, il y tient d'autant plus que cet acte lui appartient, désormais; qu'il est de­venu sa propriété — une propriété dont il est tout fier quand elle est récente. Qui n'a remarqué la sa­tisfaction avec laquelle l'enfant répète à satiété un mot, un geste, qu'il n'a pas l'habitude d'entendre et de voir et qui aura échappé à l'impatience de son père ou de sa mère, à quelque personne de son en­tourage. Parents, en ce cas, ne grondez pas votre enfant, ne le punissez d'aucune manière: cela ne manquerait pas de fixer dans sa mémoire ce que précisément vous voudriez en enlever. Il suffit que ce mot, ce geste, cet acte ne se reproduise pas. Peu à peu, il l'oubliera de lui-même, à mesure que sa jeune imagination s'appliquera à reproduire d'autres mots, d'autres gestes, d'autres actes.

 

On imite surtout les personnes  qu'on admire.

 

L'imitation devient plus ou moins intentionnelle et volontaire parce qu'elle donne un plaisir, le plaisir que procure la satisfaction d'une tendance natu­relle; mais elle est avant tout une loi générale, un instinct apporté à la naissance. Elle s'exerce parti­culièrement chez les êtres jeunes qui ont une vive imagination.

 

L'imitation des autres, en effet, exige qu'on se les représente, qu'on les «imagine» pour les reproduire en soi. Elle suppose qu'on a pour eux un attrait, une naturelle inclination. Aussi imite-t-on d'autant plus qu'on aime davantage. On imite surtout les per­sonnes qu'on aime avec respect, avec vénération — les personnes qu'on admire — qui vous apparais­sent comme supérieures à vous — qu'on voit au-dessus de soi.

 

Nous retrouvons là encore une forme de cet ins­tinct divin qui pousse l'être humain à se développer dans le sens du bien, qui lui donne Je désir de se perfectionner.

 

Les enfants voient dans les « grandes personnes» ce qu'ils devront être quand ils seront grands.

 

Combien donc sont essentiels, pour la formation de la conscience des enfants, les exemples que les parents leur donnent à imiter! Les parents, ces «grandes personnes» dont ils dépendent, qui leur apparaissent comme « grandes » à tous points de vue, car ils ne discernent pas d'abord le point de vue physique et le point de vue moral. Ces «gran­des personnes» qu'ils aiment, qu'ils admirent, qui leur apparaissent comme l'achèvement, comme la perfection de leur petit être; en qui ils voient ce qu'ils seront, ce qu'ils devront être quand ils seront grands!

 

Si  les parents agissent et parlent devant eux au nom d'une conscience morale sûre d'elle-même, s'ils ont une conscience qui s'affirme nettement dans leurs actes et dans leurs paroles, la conscience de l'enfant se développera nécessairement au contact de la leur. Si au contraire les parents témoignent de plus ou moins d'insouciance du bien ou du mal, la conscience de l'enfant s'émoussera. Si les parents vont jusqu'à donner à l'enfant l'exemple du mal, sa conscience risque fort d'être pervertie.

 

La conscience de l'enfant est émoussée, troublée ou pervertie par le spectacle du mal accompli par ses parents.

 

Puisque l'enfant imite tout ce qui vient de ses pa­rents, et trouve une action d'autant plus belle qu'il l'a imitée, adoptée, faite sienne, les parents doivent s'abstenir devant lui de tout acte répréhensible. S'il ne réfléchit pas encore, sa conscience est émoussée par le spectacle du mal; voit-il ses parents se que­reller, les entend-il parler durement à des employés, à des domestiques, il s'habitue à trouver normales ces marques d'animosité, ces duretés; et lui-même ne manquera pas, plus tard, d'être querelleur et dur. Dès que l'enfant réfléchit et qu'il se demande s'il faut imiter ses parents qu'il aime, ou se conformer au bien qu'il a appris d'autre part à connaître — à con­naître par eux même et par ceux qui l'ont peu à peu entouré — sa conscience est troublée s'il leur voit accomplir quelque acte mauvais. Il a appris qu'il faut être strictement honnête, que la probité n'a pas de degrés, puisqu'elle n'est que l'observation de la justice — que pensera-t-il s'il voit ses parents consentir à quelque fraude soi-disant «légère» ?  Il sait qu'être honnête c'est observer strictement la justice envers qui que ce soit — Que pensera-t-il s'il voit ses parents se permettre de commettre une injustice sous prétexte qu'elle avantage un des leurs? La conscience de l'enfant est troublée d'a­bord, ensuite, elle se pervertit.

 

Les parents doivent respecter la conscience de leurs enfants.

 

L'exemple, le bon exemple à imiter, telle est donc la grande condition du développement de la conscience de leurs enfants pour tous parents qui ont souci d'en faire des gens de bien.

 

Ces conditions générales concernent la tenue mo­rale des parents; il s'agit là surtout de leur attitude devant leurs enfants.

 

Nous verrons, dans la suite comment les parents peuvent contribuer à la formation de la conscience morale de leurs enfants dans leur action directe envers eux.  

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

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