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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 09:07

Au défi que lui lance saint Paul : « O mort, où est ta victoire? » La mort aurait beau jeu de répondre : « Ma victoire est partout, car pas un être humain ne m'échappe; et ma victoire est absolue, aboutissant à la désagrégation même de cet être humain. »

Or saint Paul se met dans la perspective et la lumière de la foi chrétienne.

Cette mort, qui se présentait comme une spoliation brutale et une extermination révoltante, doit maintenant nous apparaître comme le sommet de notre existence ici-bas, comme l'heure privilégiée de cette existence et sa consommation, l'acte le plus solennel, le plus beau et le plus méritoire de notre vie.

D'où vient ce changement radical, cette transfor­mation inattendue? C'est que le Dieu fait homme, venant ici-bas comme volontaire de la vie hu­maine, a voulu être aussi volontaire de la mort. Et tout ce que touche le Christ, il le transforme et le transfigure, même si en apparence il le laisse inchangé.

Même en vivant une existence de travail obscur et des occupations quotidiennes, Jésus a transformé l'obscurité et le quotidien. En mourant d'une mort humaine, Il a transformé cette mort et lui a donné un sens et une valeur : elle est un accomplisse­ment.

Reconnaissons que le Christ n'a pas triché avec la condition humaine : il a accepté et choisi la mort avec tout ce qu'elle peut comporter d'humiliation et de souffrance jusqu'au paroxysme.

Rien de glo­rieux dans ce drame, rien de grand, aucun pana­che, aucune auréole : la banalité d'une exécution capitale, apparemment, un fait divers de la chronique judiciaire, un mélange de barbarie et de vul­garité. Or c'est par cette croix brutale et déshono­rante que le Christ a sauvé le monde.

Car sur le Calvaire occupé par les ennemis et les badauds, la mort de Jésus, qui n'a rien d'une solennité liturgique et qui semble une boucherie ignoble, est en réalité le sommet de l'histoire religieuse, le sacrifice dans lequel le Prêtre souverain expie par sa charité le péché du monde et ouvre au genre humain les portes de la vie.

«Il n'y a rien de plus grand dans l'univers que Jésus-Christ, dit Bossuet, il n'y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son sacrifice; il n'y a rien de plus grand dans son sacrifice que son dernier soupir.»

Et pour Jésus lui-même cette neuvième heure sur le Calvaire, cette heure de lourdes ténèbres, qui semblait la fin de tout, annonce déjà l'aube pascale et la Résurrection.

Mais la foi ne nous révèle pas seulement la valeur infiniment méritoire et la beauté réelle de la mort de l'Homme Dieu; elle nous enseigne aussi que notre mort à nous a été sanctifiée par le Christ et que nous pouvons unir cette mort à son sacrifice.

Car qu'est-ce que la vie chrétienne tout entière sinon l'union avec le Christ mort et ressuscité? Cette union s'inaugure et s'opère réellement au baptême, qui est dans notre existence le seuil déci­sif, la péripétie essentielle, la rupture véritable, puisque c'est là que nous mourons au mal et nais­sons à la vie divine.

Cette union avec le Christ doit se continuer à travers toute notre vie : nous devons toujours davantage nous libérer de ce mal du péché et nous laisser envahir par la vie divine ; nous devons toujours davantage nous unir par nos souffrances offertes et notre amour au sacrifice du Sauveur, en mettant à profit les grâces qu'il nous a méritées par sa mort.

Mais c'est notre dernier jour, qui doit être le plus beau, qui doit être la suprême montée. Car c'est en acceptant généreusement la mort qui représente pour nous le plus dur sacrifice que nous sommes unis le plus étroitement au sacrifice du Christ ; c'est alors que nous pénétrons au suprême degré cette vie divine, qui doit à la fin s'épanouir dans notre résur­rection dont la Résurrection du Christ est le modèle et l'assurance indubitable.

Ce doit être l'acte décisif de notre vie, celui où se consommera enfin cette union avec le Christ mort et ressuscité qu'a inau­gurée notre baptême et qui doit se réaliser de mieux en mieux tout le long de notre existence.

Sur la Croix du Vendredi Saint le Sauveur nous a mérité cette grâce. Sur cette Croix où il pensait à nous, le Christ, Prêtre de toute l'humanité, a souf­fert, pour ainsi dire, d'avance notre agonie person­nelle; d'avance il l'a offerte avec la sienne au Père. Et au dernier moment, nous n'aurons qu'à accep­ter et à ratifier cette offrande faite jadis en notre nom.

Peu importent les circonstances mêmes de cette mort, que nous devons abandonner à la Providence et sur lesquelles nous devons avoir le courage de bannir toute anxiété et même toute interrogation.

Que nous mourions dans la banalité d'une chambre de malade ou tragiquement dans ce qu'on appelle un accident absurde, que notre mort soit entourée de soins attentifs et d'affection fidèle ou qu'elle soit tragiquement solitaire, en réalité elle ne sera ni solitaire, ni stupide, ni banale, puisqu'elle sera consolée par la présence du Christ, transfigurée par la grandeur du sacrifice, radieuse de l'espérance toute proche du ciel et de la perspective de la résurrection.

Il ne doit pas y avoir discontinuité et brisure entre la vie et la mort du chrétien comme si la mort était un coup de théâtre, un brusque renversement de situation. La mort n'est un gain pour l'homme que si le Christ est pour lui la vie, c'est-à-dire s'il a vécu dans sa lumière, dans sa vérité, dans l'observation de ses volontés, si son existence a été profondément une amitié avec le Christ.

C'est la grâce qu'il faut demander par l'interces­sion de Marie : car elle est Notre-Dame des agonies, celle qui a souffert en son cœur tous les déchire­ments de la mort de son Fils, celle qui près de la Croix de son premier-né a appris à veiller l'ago­nie de ses autres enfants ; et elle est Notre-Dame de l'Assomption, celle dont la mort fut une extase, parce qu'un élan irrésistible l'attirait vers ce Jésus qui était toute sa vie.

O Vierge, priez pour nous maintenant et à notre heure suprême.

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU. Gaston Salet S. J. Volume 3

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 13:15

Huit jours après Pâques, Nôtre Seigneur apparais­sait une fois encore aux Apôtres réunis au Cé­nacle. Et Thomas, qui n'avait pas assisté aux appa­ritions précédentes et avait refusé de croire au té­moignage de ses compagnons. Il avait formulé à Dieu lui-même un ultimatum; était invité par le Christ à mettre le doigt dans les cicatrices et à toucher la plaie du côté. Dans une reddition totale de lui-même, il s'exclamait : « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jn, 20, 28). Nous pouvons croire qu'il se prosterna aux pieds de Jésus. En tout cas, il l'a­dora en silence.

Par là même, l'apôtre nous donne un enseigne­ment essentiel en nous rappelant une attitude reli­gieuse fondamentale : l'adoration. Cette adoration, qui est le premier devoir du chrétien et même plus exactement le premier devoir de l'homme, consiste à dire : « Seigneur, vous êtes mon Dieu, l'Infini, l'Éternel, le Tout-Puissant, le Souverain Parfait; et je suis cendre et poussière. Vous êtes Celui qui est; je suis celui qui n'est pas, car tout ce que je possède et tout ce que je suis, c'est vous qui me l'avez donné : je ne suis que par vous. Je vous fais donc de moi-même une remise totale ; je me sou­mets d'une soumission absolue. Ou plutôt je m'ou­blie moi-même pour ne penser qu'à vous et me te­nir devant vous silencieusement. »

Et comme l'être humain, âme et corps et non pas esprit pur, a tendance à exprimer par des gestes ses sentiments profonds, l'adoration trouve une expres­sion assez naturelle dans l'attitude de l'homme pros­terné à terre : c'est le Christ prosterné au jardin de l'agonie, c'est le prêtre prosterné devant l'autel le Vendredi Saint, c'est le futur prêtre prosterné avant l'ordination, tandis que l'assemblée chrétienne chante les litanies.

Mais il faut comprendre qu'avec ou sans geste, l'adoration est la première et indispensable attitude, religieuse, la prière par excellence, le premier temps de toute prière : elle passe avant le remerciement pour les grâces reçues, avant le regret des fautes, avant la demande des choses nécessaires à la vie. Dieu d'abord, Dieu seul, Dieu considéré dans sa grandeur et sa perfection absolue.

Aujourd'hui beaucoup oublient ce devoir pri­mordial. Ne parlons pas des négateurs de Dieu ni des grands révoltés contre Dieu. Négligeons cette phrase prononcée autrefois à la tribune d'une as­semblée de notre pays : « Si Dieu nous apparais­sait sur les nuées du ciel, notre devoir serait, non pas de nous courber dans un geste d'obéissance, mais de discuter avec lui d'égal à égal. » Négli­geons ce blasphème qui, par son propre poids, sombre dans le ridicule : voyez-vous l'homme, ce rien du tout, se faisant le partenaire de Dieu dans une sorte de conférence au sommet ?

Mais il faut bien constater que, parmi les chré­tiens eux-mêmes, beaucoup ont perdu le sens de l'adoration, parce qu'ils ont perdu le sens de Dieu. Déjà le P. Faber, il y a une centaine d'années, écrivant dans l'Angleterre bien-pensante et commer­ciale de cette époque, le soulignait avec vigueur : « En notre temps Dieu est ignoré, mais passivement et indirectement plutôt qu'activement et directement.

C'est une question dont les hommes ne s'occupent point...

L'idée de Dieu est comme exclue de leur esprit par la matière qui les envahit, sans qu'ils y coopèrent directement et sans qu'ils s'en aperçoivent. Leur esprit est purement et simple­ment athée dans toute la force du terme. Ils se regardent comme les propriétaires du monde et non comme des tenanciers révocables. Le mot créa­ture est un nom, une affaire de classification, mais il n'entraîne aucune conséquence religieuse. Il nous rappelle seulement que nous ne sommes pas éternels et ce souvenir a son utilité, car il nous rend plus ardents à poursuivre la prospérité maté­rielle. »

Et récemment le cardinal Suhard, dans une de ses lettres pastorales, écrivait : « Le sens de l'homme a été substitué au sens de Dieu. Tout se passe comme si Dieu était au service de l'homme, comme s'il avait un rôle à jouer vis-à-vis de lui, dans l'épanouissement de l'individu ou de la société. »

De fait, combien de chrétiens ne considèrent Dieu que comme un pourvoyeur et ne s'occupent de lui que pour lui demander ce qu'ils désirent, souvent des jouets d'enfants; quitte à bouder et à témoigner d'un mécontentement amer quand il ne donne pas ce qu'on veut et suivant l'horaire qu'on lui a fixé d'avance. Comme nous sommes loin de l'adoration et du culte en esprit et en vérité que réclame le vrai Dieu ! Ne tombons pas dans ce travers ; retrou­vons de toute urgence, le sens de Dieu. Et sa­chons nous occuper de lui avant tout ; sachons nous prosterner dans l'obéissance, l'adhésion à sa vo­lonté, l'adoration.

De cette adoration la dignité humaine n'a rien à craindre. Car s'il peut être humiliant pour un homme de s'abaisser devant un autre homme, qui après tout est son égal et au même niveau de néant, ce n'est pas pour lui une humiliation de reconnaî­tre sa situation réelle devant l'Infini. C'est même la condition de créature de Dieu qui fait la gran­deur de l'homme et seule peut fonder ses droits. On l’a dit avec raison : « Notre existence authen­tique, notre personnalité véritable n'existe que dans cette reconnaissance que nous sommes fils de Dieu. Car nous avons été créés et sauvés pour reconnaître ainsi la divinité de Dieu, pour servir à Dieu de vis-à-vis, de face-à-face et pour lui dire : « Vous êtes mon Dieu. » Nous avons été créés et sauvés pour reconnaître ainsi la divinité de Dieu, pour la louer, pour l'adorer, pour lui répondre et nous adresser à elle. Nous ne sommes vivants, nous ne sommes nous-mêmes qu'en prononçant dans la foi ce «Vous êtes mon Dieu ». Notre prière n'est qu'un soliloque de fantôme si elle ne s'incarne pas tout entière dans cette reconnais­sance et cette adoration : « C'est à toi qu'appartiennent dans tous les siècles le règne, la puissance et la gloire ! »

N'allons pas croire, d'ailleurs, que l'adoration s'oppose à cette charité, à cet amour, qui est l'es­sence du christianisme. Bien au contraire. C'est la distance entre l'Infini de Dieu et le rien que nous sommes qui nous permet de mesurer la condescen­dance invraisemblable de ce Dieu qui se met à notre niveau et devient pour nous un homme. C'est parce que nous croyons de toutes nos forces que le Christ est l'Éternel et le Tout-Puissant qu'il nous apparaît dans sa Passion comme un volontaire de la mort rédemptrice, comme une victime qui s'offre librement pour nous sauver : et c'est ce qui rend si émouvantes les plaies du Crucifié.

C'est parce que nous savons que Dieu est l'infiniment heureux, celui qui n'a besoin de personne, que nous sommes bouleversés quand il vient implorer notre amour. Péguy fait dire à Dieu, dans ce langage fami­lier que volontiers il lui prête : « Aime-t-on être aimé par des esclaves? Tous les prosternements du monde ne valent pas le bel agenouillement d'un homme libre. » Mais l'adoration du chrétien, même si elle s'exprime dans un prosternement, n'est pas un geste d'esclave apeuré, elle est un libre témoi­gnage d'amour. Et c'est dans ces sentiments que nous répétons au Christ les paroles de saint Tho­mas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU Volume VI, du Père G. Salet S.J.

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 16:20

«Après avoir, à plusieurs reprises et en diver­ses manières, parlé autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils » (Hebr., 1. 1.). Le Fils est essen­tiellement la Parole du Père, la Parole infinie, égale au Père, où il s'exprime tout entier à lui-même. Mais c'est une parole qui demeure cachée dans le mystère trinitaire, une Parole silencieuse, inaccessi­ble aux hommes et que seul peut entendre celui qu'Origène appelle « le premier auditeur du Verbe », le Saint-Esprit.

Pour que les hommes puissent l'entendre, il faut que le Fils devienne lui-même un homme, que la Parole se fasse chair, suivant l'expression du qua­trième Évangile. Mais, chose étrange et qui décon­certe nos bavardages, ce Dieu, venu pour nous par­ler, commence par ne rien dire. La Parole est sans parole. Jésus, petit enfant sur les genoux de sa mère, gazouille des syllabes incom­préhensibles, il apprend lentement à parler. Il parle, bien sûr, dans sa famille et avec les cama­rades de son village ; il parlera au Temple avec les docteurs. Mais rien de tout cela ne sera parole officielle adressée à l'humanité. Et ces conversa­tions ne seront que quelques îlots sur une immen­sité de silence. Ce n'est qu'au moment du Sermon sur la montagne, saint Matthieu le remarque avec quelque solennité, qu' « il ouvrit la bouche et se mit à enseigner » la foule (Mt., 5, 1).

Il y a, chez la Parole devenue homme, un parti pris de longs silences, même au cours de la vie publique. A supposer qu'on nous ait rapporté inté­gralement les discours de Jésus, rempliraient-ils autant de volumes que les œuvres complètes de certains orateurs?

Cette vie humaine, commencée par le long si­lence des années d'enfance, s'achève par le silence dramatique de la Passion. Et désormais, dans sa vie continuée au milieu de l'humanité : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde » (Mt., 28, 20), le Christ demeurera silencieux, nous allions dire : sombrera dans les abîmes du silence séculaire de l'Eucharistie. Le Sacrement sera une présence sans parole.

Il est vrai qu'avec la présence eucharistique du Christ nous avons aussi l'Esprit du Christ. Mais justement il est le Maître intérieur, c'est-à-dire celui dont l'enseignement est silencieux, le seul ensei­gnement qui puisse vraiment faire comprendre les paroles : « Il vous introduira dans toute vérité... Il vous enseignera et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » Jn., 14, 26).

Pourquoi cette économie de paroles en celui qui est le Révélateur et la Révélation et qui est venu pour fonder une religion qui fût essentiellement un dialogue?

En réalité le Fils de Dieu n'a cessé d'enseigner depuis son apparition parmi nous. Il est dit de lui qu'il commença à agir et à parler (Act., 1, 1) : il y a donc une priorité de l'action sur le discours. Mais comme remarque saint Augustin, « en lui qui est la Parole tous les actes sont des paroles ». Il faut encore souligner qu'il commença à être et à agir : il y a une priorité de l'être sur l'action. Le Maître nous instruit et nous révèle la vérité par son être même et en tout ce qu'il est. Car il est, dit saint Thomas, (lex quaedam animata,) une loi vivante.

Il nous arrive souvent de parler pour cacher aux autres et à nous-mêmes le néant de notre pensée. Il nous arrive de nous agiter pour dis­simuler le néant de notre être. Et cependant même la parole et l'action authentiques ne sont qu'une expression très partielle et imparfaite de ce qu'est l'homme en sa vraie valeur et en son mys­tère. Les philosophes le remarquent : « Si grande et si infranchissable est la distance entre ce que je suis dans mon silence et ce que j'en trahis par mon discours, que la puissance de ce que je suis par ma présence surpasse celle de ce que je dis. Ce que je suis n'est pas momentané comme ma parole. Si les mots volent, alors que les écrits demeurent, les papiers se déchirent, alors que l'être de la per­sonne subsiste avec plus de réalité. » Aussi l'homme agit-il moins par sa parole que par son action ; moins par son action que par son être même.

Le Christ s'est révélé et a agi tout le long de son existence, simplement en étant l'Homme Dieu. C'est ce qui donne une telle densité d'enseignement et une telle efficacité à son silence de Bethléem, à son silence de Nazareth, à son silence de la Pas­sion : ce petit pauvre sur la paille est le Dieu fait homme ; ce travailleur dans l'atelier est le Dieu fait homme; cet accusé devant les tribunaux, ce supplicié de la croix est le Dieu fait homme. Sur quel fond de silence se détachent les paroles suprêmes! Et c'est pourquoi elles me frappent en plein cœur.

Dieu continue à nous parler, en se servant des mêmes méthodes qui souvent nous déconcertent. Nous ne craignons rien tant que le silence. Nous redoutons ce que nous appelons le silence de Dieu : « Seigneur, ne restez pas pour moi dans le si­lence! » (Ps. 27, 1). Mais Dieu peut nous parler au plus intime de nous-mêmes, parce qu'il est. « Ce Dieu qui est en moi plus moi-même que moi »

Parce qu’au delà des paroles, il peut toucher le centre de l'âme, « la fine pointe de l'esprit » dont parlent les mystiques. Et en dehors même des grâ­ces mystiques, Dieu peut nous faire sentir qu'il est présent en nous, d'une présence qui vaut mieux que toute parole. La religion est un cœur à cœur qui n'exige pas un dialogue articulé et qui peut être fait d'un double silence chargé d'amour. Le paysan d'Ars qui passait des heures devant le taber­nacle et qui, à la question de son curé : « Que lui dites-vous? » répondait : « Je ne lui dis rien : je l'avise et il m'avise », connaissait ce cœur à cœur sans paroles.

Saint Ignace fait demander à son retraitant, non point la grâce que Dieu lui parle, mais celle de n'être pas lui-même sourd à la parole de Dieu. Ce que nous appelons le silence de Dieu s'explique, en général, par le fait que nous sommes un bavardage ou un brouhaha intérieur. Nous répugnons à cette abnégation coûteuse qui consiste à nous taire et à ne pas chercher l'évasion facile de la phrase. On ne peut entendre Dieu que dans le désert. Mais le désert est à la portée de tous, même dans notre monde bruyant et encombré : il suffit de le vouloir. Le si­lence, selon un auteur spirituel, est comme un hui­tième sacrement : il est offert à tous ceux qui ont le courage de le recevoir. Notre prière doit être en grande partie un silence, c'est-à-dire un oubli de ce qui n'est pas Dieu et une attitude muette devant Dieu. Et d'ailleurs ne convient-il pas de nous taire humblement après avoir prodigué le flot des paro­les de fidélité et de donation que nous avons si souvent trahies?

Il en est de même de notre témoignage, cet autre aspect essentiel de notre vie chrétienne. Sans doute, puisque nous vivons dans le monde humain et que la parole est le fondement même de toute vie sociale, il faut bien que nous parlions pour être témoins du Christ. Mais notre témoignage doit être semblable à celui que le Christ lui-même rendait à son Père, en étant ce qu'il était : « Philippe, qui me voit, voit mon Père » (Jn, 14, 9). Il était une ostension et comme un ostensoir du Père. C'est ce qu'ont essayé d'imiter tous les vrais apôtres. Ils ont montré le Christ dans leur vie encore plus qu'ils n'ont parlé de lui dans leurs discours. « Lorsque je suis venu chez vous, rappelait saint Paul aux chrétiens de Corinthe, ce n'est pas avec une supé­riorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le témoignage de Dieu. Et ma pa­role et ma prédication n'avaient rien du langage persuasif de la sagesse, mais l'Esprit-Saint et la force de Dieu en démontraient la vérité » (1 Cor., 2, 1-4). Et c'est par ses souffrances personnelles qu'il pouvait dresser devant les fidèles l'image vi­vante du Crucifié (Gal., 2, 19; 6, 17).

C'est par le spectacle silencieux de leur vie que les chrétiens des premières générations ont ébranlé puis conquis le lourd paganisme qui semblait inat­taquable. Des siècles plus tard, le Curé d'Ars a transformé sa paroisse et mis en mouvement l'ex­traordinaire procession des pécheurs, parce que de lui on pouvait dire : « J'ai vu Dieu dans un homme. » Et naguère le pape Pie XII déclarait : « En notre temps — il aurait pu dire : en tous les temps — l'Eglise a moins besoin d'apologistes que de témoins », c'est-à-dire a moins besoin de savants qui démontrent Dieu que de saints qui le montrent.

Daigne le Seigneur, lui-même, nous faire com­prendre le prix et l'efficacité du silence, de ce si­lence qui parle à Dieu, de ce silence qui parle de Dieu !

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU Volume VI, du Père G. Salet S.J.

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 14:30

L'homme charnel (c'est-à-dire l'homme humain) ne perçoit pas la réalité divine…

Ce qui inté­resse et parfois passionne l'homme d'aujourd'hui c'est la science et la technique, ce sont les affaires et le travail, c'est aussi ce que Pascal appelait le diver­tissement : cinéma, nouvelles, sport. Ne disons pas que le monde actuel est sans religion : il pratique la religion de l'argent, la religion du progrès, la religion du stade, les formes variées de la religion du monde humain.

Mais la religion du Dieu vivant ne l'intéresse guère. Même dans des pays qui ne font pas profession d'athéisme, souvent la grande niasse est pratiquement athée, pratiquement, tran­quillement et avec bonne conscience. Et parmi ceux qui sont restés fidèles à Dieu, beaucoup regar­dent la religion comme ennuyeuse, un ennui qu'il faut accepter à certaines heures, après quoi on se hâte de revenir à ce qui présente un intérêt réel.

Ainsi l'homme, éprouve facilement de l'ennui, de l'embarras, de la répugnance et, à proprement parler, une véritable hostilité à l'égard de la prière. Tout le reste lui semble alors plus attirant et plus important. Il dit qu'il n'a pas le temps... Il vaudrait bien mieux dire franchement : « Je ne veux pas prier. »

…Il pa­raît en effet incontestable que l'épaisseur, la den­sité de l'atmosphère matérialiste dans le monde actuel favorise et développe le dégoût des choses de Dieu.

Mais ce dégoût a toujours existé et a des raisons profondes dans l'homme. Il est à la fois, pourrait-on dire, anormal et naturel. Anormal, puisque tous les êtres créés sont orientés vers Dieu par leur être même et leur désir essentiel.

Comme le chantait un poète de l'Église ancienne : « Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui sont muets, ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hom­mage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. Tout ce qui est te prie; et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence... »

L'homme, plus que toute autre créature, est fait pour Dieu ; il se définit comme une faim et une soif de Dieu ; dans tout ce qu'il recherche et poursuit, plaisir sensible, joie ar­tistique, ivresse de la connaissance et de la décou­verte, satisfaction profonde de l'amour, c'est tou­jours Dieu qu'il cherche consciemment ou sans le savoir. Il semble donc normal que tous nos désirs soient tendus vers ce qui nous conduit à Dieu et que toute notre activité ait pour objet de nous préparer à ce royaume seul capable de nous béatifier.

Mais tout cela étant dit, ce dégoût des choses divi­nes, qui semble aberrant et monstrueux, peut, à un autre point de vue, paraître normal. Newman a fait un sermon intitulé : « La religion, un ennui pour l'homme naturel. »

…Cela n'insinue absolument rien contre la perfection divine et son amabilité suprême ; par là on ne fait que souligner l'imperfection de l'homme et sa misère.

On peut souvent constater que la vérité n'attire pas l'homme; non point, comme le préten­dait Renan, que la vérité soit triste, mais c'est l'homme qui est encore ténèbres et n'est pas plei­nement accordé à la lumière.

On peut constater, par expérience, que la vie de piété semble souvent en­nuyeuse. Ce n'est pas dire que la piété manque d'intérêt en elle-même, mais seulement, comme le dit saint Paul, que « l'homme charnel (c'est-à-dire l'homme psy­chique, l'homme humain) ne perçoit pas la réalité divine » (1Cor., 2, 14).

D'une manière plus précise, d'où vient que l'homme s'intéresse peu aux choses de Dieu ? C'est d'abord que toute la religion repose sur la foi, laquelle demande une abnégation continuelle aux êtres avides de voir, de toucher, de sentir, aux êtres que nous sommes. Dès lors, les vérités les plus éblouissantes nous paraissent des abstrac­tions. Sans doute nous trouvons bien naïve la ré­flexion de cette femme qu'on essayait de consoler de la mort de son fils en la faisant penser au bonheur qu'il avait de voir Dieu : « Voir Dieu, est-ce une occupation pour un jeune de vingt ans? » Mais n'avons-nous pas les mêmes naïvetés? Dési­rons-nous réellement la vision de Dieu ?

De plus, toute religion sérieuse exige des efforts qui répugnent singulièrement à « l'homme naturel ». Elle demande une vie intérieure et silencieuse. Or, même à des époques moins bruyantes que la nôtre, mieux garanties du brouhaha où nous vivons, si­lence et recueillement ont toujours été difficiles à l'homme.

« Tout le malheur des hommes, remarque Pascal, vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre... De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le re­muement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. »

Enfin le service de Dieu demande un contrôle continuel de soi, car il n'y a pas de repos hebdo­madaire ni de congés payés par rapport aux de­voirs et aux commandements essentiels.

Cet ef­fort soutenu requiert un genre d'activité qui n'a pas le stimulant ni la récompense d'une activité na­turelle humaine, car les résultats sont acquis lente­ment, en général ne sont pas contrôlables et ne peuvent être chiffrés dans des statistiques encoura­geantes.

En face de ce monde surnaturel, le seul vraiment solide, mais qui est impalpable et semble irréel, le monde visible exerce sa séduction ; et nous sommes toujours attirés à lui par les concupiscences qui de­meurent vivaces en nous.

Voilà pourquoi il faut, sans doute, approuver hautement toutes les tentatives faites pour persua­der les chrétiens que la religion n'est pas en elle-même ennuyeuse et maussade, pour les intéresser à la Bible, pour les faire participer activement à la liturgie, bref pour leur faire vivre le christia­nisme.

Mais cet intérêt très réel demeurera tou­jours sur un autre plan que celui du monde hu­main et n'enlèvera pas à la religion son caractère d'austérité. Le catéchisme, même adapté à l'enfant, restera sévère et n'aura pas pour lui le même agré­ment que ses journaux illustrés.

La Bible, saint Jérôme en faisait déjà l'expérience, n'aura pas la séduction de certains chefs-d'œuvre littéraires. Et le drame liturgique, même compris par les fidèles, ne pourra soutenir la concurrence, pour l'imagina­tion et la sensibilité, de certains films ou de cer­taines pièces de théâtre.

Certes, Dieu se fait parfois sensible au cœur ; mais cette grâce ne nous est pas garantie et peut être rare dans une vie chrétienne. Il faut donc ac­cepter courageusement l'ennui, l'impression de mo­notonie qu'à certains moments nous inspirent les choses divines. C'est le poids de la chaleur et du jour que doivent supporter les bons serviteurs.

Dans cette souffrance il y a une valeur de purifica­tion : « Quelle affliction, dit le P. Faber, de trou­ver tant de dégoût dans le service de Dieu ! Plus nous l'aimons et le craignons profondément, plus nous nous sentons misérables d'une telle infir­mité ! »

Ne méritons pas que le Christ nous adresse le reproche qu'il fait aux disciples : « Vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » (Mt., 26, 40). Mais songeons que le Christ lui-même, sans avoir les concupiscences et les faiblesses de « l'homme psy­chique », a voulu librement supporter en ses heures d'agonie le poids de l'ennui et nous a ainsi mérité la grâce de le dominer.

Et par sa Passion le Sauveur nous a mérité de recevoir le Saint-Esprit, l'Esprit qui nous console parce qu'il fait pénétrer les profondeurs de Dieu et nous rend plus réel le monde invisible.

De même que l'homme découvre qu'au delà du plaisir, il y a le bonheur, de même le chrétien découvre qu'au-delà du plaisant, de l'agréable et dans l'aus­térité inévitable du christianisme, il peut y avoir et il y a la joie profonde.

Que l'Esprit-Saint nous fasse réaliser cette découverte qui transformera notre vie !

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU Volume VI, du Père Gaston Salet S.J.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 09:25

PSYCHOLOGIE DE LA VIE

Dans la psychologie de la vie, le déve­loppement du caractère, prend naturellement et convenablement sa place... « Cherchez, le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. »

Il n'y a pas de meilleure méthode pour cette for­mation du caractère que celle qui commence par expliquer à l'enfant pourquoi Dieu l'a fait : c'est pour être heureux. Heureux en connaissant la Vérité, en aimant la Bonté, en cherchant à vivre la Vie véritable; bref, il deviendra un être équilibré se préparant à partir dans l'existence comme un voyageur prépare ses bagages avec discernement. Plus tard, il apprendra que la raison humaine ne suffit pas, et la Révélation complétera son instruc­tion.

Puis, si le courage lui manque parfois, il recevra la Force qui nous vient d'en haut et que nous trou­vons, entière, dans la personne du Christ.

Le biologique a trouvé sa place. L'enfant grandi sait que Dieu a mis en lui certains instincts vitaux qui demandent leur accomplissement et que, par conséquent, ils ne sont pas mauvais. Pas plus que de boire, de manger. Certes il est loisible d'en abuser — comme du feu qui réchauffe et peut brûler, comme l'eau étanche la soif et peut vous noyer.

Parmi les grandes nécessités qu'exige la bonne marche de l'univers, le maintien de la vie indivi­duelle et celui de la vie sociale sont des plus importants. La vie individuelle est maintenue par l'ins­tinct de la faim et de la soif; l'autre, par le mariage de l'homme et de la femme.

Rien n'a plus déséquilibré la psychologie de la jeunesse que la vulgarisation des principes freu­diens où l'individu est considéré avant tout sous le rapport sexuel au lieu de l'être comme homme, homme total. Le désir qui est à la base de la vie sexuelle n'est pas confiné au seul fait physique; il fait partie de la personnalité dans son ensemble; on ne peut pas plus isoler l'un de l'autre que le fait de se nourrir ne doive être isolé de notre santé. C'est l'harmonie de l'être humain tout entier qui est en jeu. Son harmonie dans l'amour.

* * * *

LE SACRIFICE CHEZ LES JEUNES

Deux choses militent en faveur de la jeunesse.

Il y a d'abord chez elle une puissance de sacrifice presque toujours inutilisée. Éducateurs ou parents négligent trop ce besoin de discipline, de solida­rité dans l'effort qui laisse les jeunes comme des soldats prêts à la bataille... sans capitaine pour les conduire. On a vu à quel point le fascisme et le communisme ont entraîné toute une génération qui avait soif d'absolu. Les faux absolus prennent la place des vrais quand on n'offre rien d'autre. Les protestations de jeunes esprits plus ou moins révolutionnaires ne prouvent pas qu'ils soient anti-sociaux. Ils protestent simplement contre la faillite des générations précédentes qui n'ont pas su résoudre pour eux le problème de l'existence.

Et puis, on juge trop souvent la jeunesse par les pires exemples qu'on en voit ça et là. C'est que le crime s'étale au grand jour, plus que la vertu.

(En 1959) Jugeons-la également sur ses plus belles, ses plus hautes expressions. On parle beaucoup de délinquance. Si nous parlions des âmes héroïques qui donnent leur vie, leur chair et leur sang, pour servir Dieu, chez nous ou dans les pays de missions..., des dizaines de milliers qui, chaque année, quittent le confort, le luxe du monde pour l'ombre de la croix où se font les saints. Ces jeunes-là ont fait le sacrifice d'un foyer, d'une route où l'on marche à deux, pour la compagnie du divin.

Il ne faut pas désespérer d'un monde où tant de jeunes se donnent à la Beauté suprême, consacrent leurs forces vitales à l'apostolat, à la contempla­tion, placent leur volonté libre dans la « liberté glorieuse des enfants de Dieu » et toute leur vie — instinctive, biologique, mentale, sociale — dans l'Amour qui ne finit pas. Et cela, non par dégoût du monde, mais au contraire parce qu'ils aiment le monde au point de se sacrifier pour lui.

Extrait de : NOTRE VIE A UN SENS, il faut le choisir. (1959) Mgr FULTON J. SHEEN

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 12:31

Selon le Gerontology Research Group, qui recense les "super centenaires", Gertrude Weaver était née le 4 juillet 1898 à Texarkana, dans l'Arkansas. Elle s'était mariée en 1915 et avait notamment travaillé comme aide à domicile. Elle a survécu à son mari, mort en 1969, de 45 ans. Son dernier fils encore vivant, Joe, devrait être présent lors de l'enterrement, dimanche. Il a 94 ans.

Le livre Guinness des records, qui accorde le titre de "personne la plus âgée", devrait le décerner à titre posthume à Mme Weaver. Robert Young, un responsable du Gerontology Research Group, note que seulement sept personnes ont atteint l'âge de 117, selon leurs archives. La nouvelle doyenne de l'humanité est désormais l'Américaine Jeralean Talley, 115 ans. La femme la plus âgée de tous les temps reste à ce jour la Française Jeanne Calment, qui est morte à 122 ans et 164 jours.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/04/07/gertrude-weaver-116-ans-meurt-5-jours-apres-etre-devenue-la-femme-la-plus-vielle-du-monde/

Ce message devrait faire réagir les sédévacantistes, qui rient de nous lorsqu’on leur dit que le pape PAUL VI est toujours vivant et il a 117 ans. Il est né en 1897. Il aura118 ans, le 26 septembre 2016.

C’est donc lui le plus âgée pour le moment. Vous devez savoir que celui qui est décédé en 1978, c’était un sosie….

Voir Imposture du Siècle écrit par Théodor Kolberg. http://gloria.tv/?media=627022&language=MnVpcnQGQh7

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 19:13

La résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ, et son apparition à sa très sainte Mère avec les saints Pères des limbes.

L'âme très sainte de notre Rédempteur Jésus-Christ demeura dans les limbes depuis les trois heures et demie du vendredi au soir jusqu'aux trois heures du matin du dimanche suivant.

Alors elle retourna victorieuse au sépulcre, accompagnée des mêmes anges qui l'escortaient dans sa descente aux limbes, et des saints qu'elle tira de ces prisons souter­raines, comme les dépouilles que sa victoire lui avait acquises et les trophées de son glorieux triomphe, laissant ses ennemis rebelles dans l'abattement et l'effroi.

Il y avait au sépulcre beaucoup d'autres anges qui le gardaient pour faire honneur au sa­cré corps uni à la Divinité. Et, quelques-uns d'eux avaient recueilli par l'ordre de leur Reine les reliques du sang que son très saint Fils versa, les lambeaux de chair qu'on lui fit tomber de ses plaies, les cheveux qu'on lui arracha, et tout le reste qui contribuait, à la parfaite intégrité de son humanité sainte, la très prudente Mère songea à tout. Les anges gardaient précieusement ces reliques, chacun d'eux s'estimant fort heureux de la part qui lui était échue.

En pre­mier lieu les saints Pères virent le corps de leur Rédempteur tout blessé, déchiré et défiguré par la cruauté des Juifs. Les patriarches, les prophètes et tous les autres saints le reconnurent dans ce pitoyable état, l'adorèrent et déclarèrent de nouveau que le Verbe incarné s'était véritablement chargé de nos in­firmités et de nos douleurs (Isa., LIII, 4), et qu'il avait surabon­damment payé notre dette et satisfait à la justice du Père éternel pour ce que nous avions mérité, étant lui-même très innocent et sans aucun péché.

C'est là où nos premiers parents, Adam et Ève, apprécièrent les ravages que leur désobéissance avait causés dans le monde, combien en avait coûté la réparation, et l'immense bonté, la miséricorde infinie du Rédempteur.

Les patriarches et les prophètes virent accomplies leurs prédictions et les espérances qu'ils avaient eues dans les promesses du Très-Haut. Et comme ils sentaient en la gloire de leurs âmes l'effet de la rédemp­tion abondante, ils en louèrent de nouveau le Tout Puissant et le Saint des saints, qui l'avait opérée avec un ordre si merveilleux de sa sagesse.

Les anges restituèrent ensuite au corps sacré toutes les reliques qu'ils avaient recueillies, le réta­blissant dans son intégrité naturelle, et cela se fit en présence de tous les saints qui étaient sortis des limbes.

Au même instant; l'âme très sainte du Sei­gneur se réunit à son corps, et lui donna la vie et la gloire immortelle. Et quittant le linceul et les parfums avec lesquels on l'avait enseveli (Jean, XIX, 40), il fut revêtu des quatre dons de gloire, la clarté, l'impassibilité, l'agilité et la subtilité. Ces dons rejaillirent de la gloire immense de l'âme de notre Seigneur Jésus-Christ sur son corps déifié.

Et quoiqu'il eût dû les recevoir au moment même de la conception, comme un apanage et comme une attribution naturelle, puisque dès lors son âme très sainte fut glorifiée, et que toute cette humanité très innocente était unie à la Divinité, il est vrai qu'ils furent alors suspendus et ne rejaillirent point sur le corps sacré, afin que restant passible il pût nous mériter notre gloire en se privant de celle de son corps, ainsi que je l'ai dit ailleurs.

Mais en la résurrection ces dons lui furent rendus avec justice, dans le degré et dans la proportion qui répondait à la gloire de l'âme et à l'union de l'âme avec la Divinité, Et comme la gloire de l'âme très sainte de notre Sauveur Jésus-Christ est incompréhensible et inef­fable, de même il est impossible de bien exprimer par nos faibles paroles et par aucun exemple la gloire et les dons de son corps déifié, car par rapport à sa pureté le cristal est obscur. La clarté dont il resplendissait surpasse celle des autres corps glorieux, comme le jour surpasse la nuit, et plus que l'éclat de mille soleils ne surpasserait celui d'une seule étoile; et parvint-on à réunir en une seule créature les beau­tés de toutes les autres, elle paraîtrait difforme auprès de lui ; aussi n'y a-t-il rien en tout ce qui est créé qui puisse lui être comparé.

L'excellence de ces dons surpassa de beau­coup en la résurrection la gloire qu'ils communiquè­rent en la transfiguration et en d'autres occasions où notre Seigneur Jésus-Christ se transfigura, comme on l'a vu dans le cours de cette histoire ; car alors il la reçut en passant et proportionnellement à la fin pour laquelle il se transfigurait : mais en la résurrec­tion il l'eut avec plénitude pour en jouir éternelle­ment.

Par l'impassibilité le corps sacré devint inal­térable.

Par la subtilité il fut tellement purifié de ce qu'il avait de terrestre, qu'il pouvait pénétrer les autres corps sans aucune résistance, comme s'il eût été un pur esprit ; et c'est ainsi qu'il pénétra la pierre du sépulcre sans la déplacer et sans la briser, de la même manière dont il était sorti du sein virginal de sa très pure Mère.

L'agilité l'affranchit du poids de la matière au point qu'il surpassait la libre activité des anges ; et il pouvait par lui-même se transporter plus rapi­dement qu'eux d'un lieu à un autre, comme il le fit quand il se montra aux apôtres et en d'autres occa­sions. Les plaies sacrées qui le défiguraient aupara­vant parurent aux pieds, aux mains et au côté si brillantes, qu'elles rehaussaient sa beauté ravissante comme du trait caractéristique le plus admirable.

Notre Sauveur sortit du sépulcre revêtu de toute cette beauté et de toute cette gloire. Et en présence des saints et des patriarches qu'il avait tirés des limbes, il promit à tout le genre humain la résurrection universelle, comme un effet de la sienne, en la même chair et dans le même corps de chacun des mortels, et aux justes leur future glorification dans leur chair et dans leur corps.

Pour gage de cette promesse de la résurrection universelle, sa divine Majesté ordonna aux âmes de beaucoup de saints qui se trouvaient présentes, de s'unir à leurs corps et de les ressusciter à une vie immortelle. Cet ordre divin fut aussitôt exé­cuté, et alors eut lieu la résurrection des corps dont saint Matthieu prévenant le mystère fait mention dans son Évangile (XXVII. 52) : entre autres, de ceux de sainte Anne, de saint Joseph, de saint Joachim et de quel­ques anciens Pères et patriarches qui se distinguèrent le plus en la foi et, en l'espérance de l’incarnation, et qui la demandèrent avec le plus d'ardeur au Très-Haut. Et en récompense de leur ferveur et de leurs saints désirs, ils obtinrent par avance la résur­rection et la gloire de leurs corps.

Oh ! Combien ce Lion de Juda, ce Fils de David paraissait, déjà puissant, admirable, victorieux et fort (Ps, III, 6) ! Jamais personne ne sortit du sommeil aussi vivement que Jésus-Christ de la mort. A sa voix im­périeuse, les ossements desséchés et dispersés de ces vieux morts se rapprochèrent aussitôt, et la chair qui était réduite en poussière, se renouvela et s'unit aux os pour reconstituer son être primitif, mais per­fectionné par les dons de gloire que le corps reçut de l'âme glorifiée qui lui donna la vie. Tous ces saints ressuscitèrent dans un instant avec leur Rédempteur, et parurent plus clairs et plus resplendissants que le soleil; beaux, transparents, légers, capables de le suivre partout; et par leur bonheur ils nous ont confirmés dans l'espoir que nous verrions notre Rédempteur dans notre propre chair, et que nous le contemple­rions de nos propres yeux comme Job l'a prédit pour notre consolation (Job, XIX, 26).

La grande Reine du ciel pénétrait tous ces mystères, et y participait par la vision qu'elle avait dans le Cénacle. Au moment même où l'âme très sainte de Jésus-Christ entra dans son corps et lui donna la vie, celui de sa très pure Mère reçut la joie qui était suspendue dans son âme jusqu'à la résurrec­tion de cet adorable Seigneur, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent. Ce bienfait fut si excellent, qu'elle en fut toute transformée, et elle passa instantanément de la désolation où elle était à une céleste con­solation, et de la tristesse à une joie ineffable.

Cela arriva, au moment ou l'évangéliste saint Jean allait voir Marie pour la consoler dans son amère so­litude, comme il l'avait fait le jour précédent; mais il fut agréablement surpris de trouver entou­rée des splendeurs de la gloire, Celle qui naguère était presque méconnaissable à cause de son afflic­tion.

Le saint apôtre l'ayant considérée avec admira­tion et avec un profond respect, crut que le Sei­gneur devait être déjà ressuscité, puisque sa divine Mère recevait tant de consolation qu'elle en était toute renouvelée…

JOYEUSE PÂQUES

Extrait de : LA CITÉ MYSTIQUE DE DIEU. Maria d’Agréda

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