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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 19:22

Les yeux du Seigneur sont ouverts sur la terre, et inspirent de la force à qui se confient en Lui d'un coeur parfait.

L'auteur de ce petit livre est un écrivain reli­gieux bien connu et très autorisé, le Père Jean-Baptiste Saint Juré, de la Compagnie de Jésus. Les pages qu'on va lire ont été, en effet, extrai­tes à peu près textuellement du livre III, cha­pitre VIII de son grand ouvrage intitulé : DE LA CONNAISSANCE ET DE L'AMOUR DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST, qui faisait les délices du saint curé d'Ars et était comme son manuel ascétique.

Voilà, sans doute, un titre de recommanda­tion plus que suffisant aux yeux des âmes pieu­ses, auxquelles cet opuscule est principalement destiné. Qu'elles nous permettent, néanmoins, d'y ajouter quelque chose de plus direct et de plus pressant.

Le 1er février 1851 mourait saintement, à Lyon, le neveu de l'illustre général Marceau et l'unique héritier de son nom. D'abord incrédule, pour ne pas dire impie fieffé, « il était un homme du monde et même passablement libertin ». Auguste Marceau fut l'une des plus belles conquêtes de l'Archiconfrérie de Notre Dame des Victoires.

Or, un jour qu'il avait à parler devant une réunion d'ouvriers, il leur dit avec une tou­chante candeur: « Mes amis, il y a sans doute parmi vous des hommes qui ne sont pas chré­tiens et n'aiment pas la religion. Eh bien ! Sa­chez-le, j'ai été impie comme vous; nul plus que moi n'a détesté le christianisme; mais je dois lui rendre cette justice que, tant que je n'ai pas été chrétien, j'ai été malheureux ...»

Voyons-le maintenant, une fois devenu fer­vent chrétien. Dans une visite qu'il fit au Supé­rieur des Maristes, à Lyon, en octobre 1849, celui-ci fut frappé d'une violente toux qui l'épuisait, en même temps que d'un mal de jambe qui ne pouvait guérir. Il enjoignit Monsieur Mar­ceau de garder la chambre; et, docile comme un enfant, l'intrépide navigateur obéit sans répli­quer.

« Je suis aussi content — dit-il alors — de glorifier Dieu en buvant de la tisane, dans ma chambre qu'en éprouvant des coups de vent sur la mer ».

Il passa la dernière année de sa vie dans une solitude absolue, d'où il écrivait à un ami: « Je puis vous assurer que j'ai rencon­tré le bonheur qu'on peut espérer sur la terre, dans le petit coin ignoré où ma vie s'écoule, loin de ma famille, de mes amis et de mes con­naissances ».

Il disait encore ailleurs: « Là est tout le secret du bonheur sur cette terre: cor­respondre à la volonté de Dieu!...» Mais où donc Auguste Marceau avait-il puisé des sentiments si élevés, et si pleins d'encouragement pour nous ? Découvrons maintenant l'histoire de sa vie:

« C'est lui qui a fait réimprimer à Lyon le livre DE LA DIVINE PROVIDENCE, un si petit de format avec de si grand de choses. Déjà, en 1842, Auguste Marceau avait découvert cet opuscule à Nantes.

Je puis vous assurer, dans toute la sincérité de mon coeur, disait-il au commandant Le Bobinnec, que Dieu ne m'eut-il accordé que la faveur d'avoir connu ces quelques pages, en échanges des ennuis de toutes sortes qui m'ont accablé dans le commandement du yacht (l'Arche d'alliance), je trouverais cette grâce A BON MARCHE. C'est un livre d'une valeur inestimable.

« On ne s'étonnera pas de ces éloges, quand on saura que deux mots résument toute la doctrine de ce livre: Voir Dieu en toutes choses. En toutes choses se soumettre à la volonté de Dieu».

(Note : Auguste Marceau, capitaine com­mandant de la frégate, " Arche d'alliance ", par un Père Mariste; t. l, p. 251, édition définitive. Paris, Haton)

(A suivre)

Extrait de : CONFIANCE en la Divine Providence (1954)

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 13:45

Seigneur, je vous remercie de la grâce que vous m'avez faite en me promettant aujourd'hui d'assister au sacrifice de la sainte Messe, préférablement à tant d'autres qui n'ont pas eu le même bonheur, et je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai commises par dissipation et la langueur où je me suis laissé aller en votre présence. Que ce sacrifice, ô mon Dieu, me purifie pour le passé et me for­tifie pour l'avenir.

Je vais présentement avec confiance aux occupations où votre volonté m'appelle. Je me souviendrai, toute cette journée, de la grâce que vous venez de me faire et je tâche­rai de ne laisser échapper aucune parole, aucune action, de ne former aucun désir, ni aucune pensée qui me fasse per­dre le fruit de la Messe que je viens d'entendre.

C'est ce que je me propose avec le secours de votre grâce. Ainsi soit-il.

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860)

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 07:35

Tu devrais avoir honte d'avoir renié une si belle religion…

« Du fond de l'abîme, je crie vers Vous, Seigneur. Seigneur, exaucez ma prière! »

Le travail, auquel il fut contraint jour après jour avec ses compagnons d'infortune, était réellement à peine supportable. Du grand matin jusqu’à la tombée de la nuit, Vincent dut creuser des fossés d'écoulement d'eau.

Le soir il rassemblait ses dernières forces pour se traîner jusque dans sa cabane.

Il fut bientôt atteint par la malaria. Durant des jours, il demeura étendu sur sa paillasse, torturé par la fièvre et la soif.

Son compatriote le soignait aussi bien qu'il le pouvait. Puis ce fut au tour de Vincent encore malade de s'occuper de son compagnon pris d'un accès de fièvre.

En octobre seulement la terrible chaleur diminua un peu. Comme les fossés étaient terminés, l'effroyable corvée prit fin. Dès les premières chutes de pluie, Vincent manœuvra la noria d'un puits servant à l'irrigation des champs. C'était un travail relativement facile qui laissait beaucoup de temps pour réfléchir.

Il savait que dans sa triste situation il ne pouvait rien faire de mieux que s'abandonner à la volonté de Dieu. Il retrouva ainsi l'équilibre de son âme et souvent pendant son travail il chantait les psaumes qui avaient jadis consolé David dans ses plus pénibles épreuves.

Un jour Fatma, une des trois femmes de son maître, le surprit en train de chanter. Elle l'écouta un moment avec plaisir, puis elle s'approcha et demanda à son esclave de lui expliquer le sens de ces paroles étrangères.

Vincent lui traduisit les versets latins :

« C'est le Seigneur qui me mène et rien ne me manquera. Quand même je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, car vous êtes avec moi.

— Crois-tu ce que tu dis ? demanda la musulmane.

— J'y crois plus fermement qu'à l'existence de ma main et de mon œil.

— Tu as donc une belle et consolante croyance. Parle-moi de ta religion. Pendant que la femme demeurait assise au bord du puits, Vincent lui expliqua les mystères de la foi chrétienne. Il lui parla du Fils de Dieu qui était né dans une crèche pour devenir notre frère et qui était mort sur une croix pour nous racheter.

« Nous aussi, les femmes ?

— Assurément. Le Christ est mort pour tous, afin de nous ouvrir les portes du paradis.

— Le Prophète aussi parle du paradis. Mais il est réservé aux hommes.

— Le ciel est ouvert à tous, aussi aux femmes.

Ta foi est donc plus belle que la nôtre, s'écria la musul­mane en battant des mains avec enthousiasme. Tu m'en reparleras souvent. Mais à présent, chante encore un des beaux cantiques !…

« Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion. Ceux qui nous avaient emmenés captifs nous demandaient de chanter des cantiques : Chantez-nous quelqu'une des hymnes de Sion! Comment chanterions-nous le cantique du Seigneur sur une terre étrangère?... »

Lorsque Vincent lui eut expliqué la signification de ce psaume, les yeux de la femme se remplirent de larmes et elle regagna en silence sa maison.

Le soir elle raconta à son époux ce qu'elle avait entendu.

« Qui t'a parlé de la religion des chrétiens ? demanda Gautier en tremblant de colère. C'est sans doute ce curé français. Je vais lui faire découper la peau en lanières à coups de fouet, pour avoir osé jeter son regard sur toi.

« Tu ne lui feras rien ou bien je t'arrache les yeux, dit Fatma. Du reste, tu devrais avoir honte d'avoir renié une si belle religion. » Sur ces mots, elle sortit de la chambre laissant son mari tout seul.

Comme c'était la femme préférée du renégat, il n'osa pas punir son esclave. Quant à Fatma, chaque jour elle venait voir le prêtre et se faisait enseigner par lui la religion chrétienne. Lorsqu'il en vint à lui parler de la Sainte Vierge et lui décrivit en termes enflammés sa puissance et sa bonté, l'enthousiasme de la musulmane ne connut plus de bornes.

« Il faut que mon mari retourne à cette foi magnifique qu'il a abandonnée », déclara-t-elle d'un ton résolu.

Le même jour, elle lui parla de nouveau et le renégat eut beau s'insurger, il sentit que se réveillait au-dedans de lui quelque chose qu'il croyait définitivement disparu. Et lorsqu'il entendit dans la bouche de son épouse bien-aimée le message de la Reine du ciel, il garda un silence ému.

Cette nuit-là, il ne trouva pas le sommeil. Il se rappelait le temps où il allumait des cierges devant l'image de Notre-Dame et chantait de tout son cœur des cantiques. Il revoyait la statue de la Vierge sur l'autel de l'église paroissiale, il se revoyait à genoux devant elle et demandant la grâce de mourir plutôt que de perdre la foi.

Il y avait bien longtemps de cela et il n'aurait jamais cru que ce souvenir pourrait revenir un jour. Or il était là, s'enfonçant comme une flèche de feu dans son âme et ne le laissant plus en repos.

Au cours de cette nuit, il se rappelait ses vœux de se consacrer au service de Dieu et aussi le jour où, pour sauver sa vie, il avait renié la foi.

Bien des années étaient passées depuis et il s'était efforcé de bannir de ses pensées tout souvenir de cette époque-là. Mais depuis l'heure où ce prêtre Vincent l'avait regardé de ses yeux étrangement perçants, la pensée du temps jadis était revenue et ne le quittait plus.

Le vent du désert hurlait autour de la maison. L'air était comme du plomb fondu et faisait de chaque respiration un supplice. Et dans les gémissements de la tempête, il entendait sans cesse le même cri qui le remplissait de crainte et d'épouvanté : « Judas! Judas! »

II avait le front trempé de sueur. Il se leva en gémissant, serrant les poings sur ses oreilles, il courut comme un fou à travers les corridors et les pièces de sa maison. Il trouverait bien quelque part un coin où il n'entendrait pas ce cri d'épouvante. Mais partout se faisait entendre la voix accusatrice qui surgissait des profondeurs de son âme tourmentée : « Judas! Judas! »

« Je le ferai déchirer sous le fouet, ce prêtre maudit, dit-il, en retombant enfin sur son lit. Oui, je le ferai périr sous le fouet. C'est seulement quand il sera mort que je trouverai le repos. »

Mais, dans les ténèbres, la même voix disait : « Non, tu ne trouveras jamais, jamais plus le repos, même si tu le fais tuer. Judas est allé se pendre. Fais attention, fais attention! A toi aussi, il ne reste que la corde. »

« Je n'y tiens plus, gémit le renégat. Non, je ne le tuerai pas, je lui dirai tout. Oui, je lui dirai tout. Peut-être... peut-être pourra-t-il me venir en aide. Peut-être, peut-être! »

Sur le matin seulement, il sombra dans un sommeil de plomb.

Une fois réveillé, il fit venir Vincent. Assis sur un fauteuil, les mains crispées sur les bras de son siège, il regarda longtemps en silence le prêtre qui venait d'entrer.

« Vous m'avez fait appeler, maître, dit Vincent. Est-ce que vous n'êtes pas bien ?

Je viens de passer une nuit terrible, bégaya Gautier.

— Oui, la nuit a été mauvaise. Mais elle a été aussi une nuit de salut. Le commerçant de Nîmes qui couchait près de moi a été enfin libéré, dit Vincent.

Libéré ? Libéré ? Comment a-t-il été libéré ?

Il est mort sur le matin dans mes bras. Je l'ai réconcilié avec Dieu.

Oui, oui, tu es prêtre. Tu peux réconcilier et sauver, n'est-ce pas? Tu le peux?... Dis-moi donc, y a-t-il un abîme tellement profond que le pouvoir du prêtre ne l'atteint pas ?

— Si bas que puisse tomber un homme, le bras du prêtre peut toujours l'atteindre, dit gravement Vincent.

— Si cet homme était un Judas, s'il était celui dont la Bible dit qu'il vaudrait mieux qu'il ne fût pas né ?

— S'il lève seulement un doigt, le prêtre le retirera de l'abîme.

— Assieds-toi, assieds-toi et écoute-moi! Je t'ai dit que dans ma jeunesse j'ai servi à l'autel. Mais j'étais plus, beaucoup plus qu'un enfant de chœur. Je portais l'habit de saint François. Oui, j'étais religieux. Je m'étais donné à Dieu par les saints vœux de religion. J'étais moine et prêtre, prêtre comme toi

Je le soupçonnais, maître.

— Tu le soupçonnais ? Comment pouvais-tu t'en douter ?

Vous n'auriez pas pu autrement avoir une haine aussi enflammée. Et vous haïssiez, parce que vous ne pouviez pas entièrement étouffer l'amour.

Guillaume Gautier demeura un moment comme pétrifié, puis il se remit à parler d'une voix oppressée.

Je vais tout te raconter. Il y a bien des années, j'ai subi le même sort que toi. Au cours d'un voyage sur mer, pour me rendre dans un couvent d'Espagne où m'avait envoyé la volonté de mes Supérieurs, je suis tombé aux mains des pirates. Ils me vendirent à l'homme qui, avant moi, exploitait ce domaine. J'ai logé dans le même trou que toi. Moi aussi, j'ai creusé des fossés et j'ai été attaché comme une bête à la charrue. Quand je tombais de fatigue, le surveillant me frappait avec son fouet. J'ai supporté cette vie pendant des années. J'ai enduré tout ce qu'un homme peut endurer. Ensuite, je me suis effondré. Je n'en pouvais plus. Je suis allé trouver mon maître et devant lui j'ai renié ma foi, j'ai maudit le Christ et tous les saints pour sauver ma vie. Dès lors, mon maître me regarda comme son propre fils et quand il mourut peu de temps après, il fit de moi son héritier. Et maintenant, juge-moi ! Dis-moi que tu condamnes celui qui est devenu un Judas devant son Sauveur.

Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive, répondit Vincent profondément ému.

— Je suis alors devenu le maître d'un domaine immense et d'innombrables esclaves. J'étais riche, très riche. Je pris trois femmes, croyant pouvoir oublier dans leurs bras ce que j'avais laissé derrière moi. Et je crois que j'y aurais réussi. Mais tu es venu et j'ai reconnu que tout avait été inutile, que ma vie se dressait contre moi et que ce que j'avais été jadis se levait chaque jour devant moi, pour finalement me pousser au désespoir. Oui, je suis un Judas et je reconnais que depuis des semaines je cache chaque corde devant moi.

Comme vous avez dû souffrir, mon frère, mon malheureux frère! dit Vincent tout bouleversé. Mais vous devez savoir que chaque jour j'ai prié pour vous. Et maintenant, le miracle est arrivé. La nuit est passée et s'est changée en lumière.

Aidez-moi à atteindre la lumière, frère! Aidez-moi! Gémit le renégat d'une voix à peine perceptible. Dites-moi ce que je dois faire!

— Retournez en Europe et priez l'Église de recevoir dans ses bras l'enfant prodigue!

— Il me faudrait laisser tout ce que je possède. Mon domaine, ma maison, tout mon avoir, mes femmes. Oui, je ne pourrais pas rester ici. La colère du sultan m'écraserait, s'il apprenait ma conversion.

Que pèse la colère du sultan contre l'amour du Père éternel ?

— Vous avez raison. Je veux me convertir et retourner dans la maison de mon Père. Mais d'abord, je vais vous affranchir. Oui, je vous rends la liberté. Je vous ferai reconduire à Tunis avec une caravane et vous pourrez y trouver un vaisseau pour l'Europe.

Je ne partirai pas sans vous, répliqua Vincent d'un ton résolu.

Bon. J'y réfléchirai, dit Gautier en poussant un grand soupir de soulagement.

Mais il fallut encore plusieurs mois avant qu'il trouvât la force de tout abandonner et de fuir avec son esclave. Un jour de juin de 1607, tous deux montèrent en cachette dans une barque de pêcheurs qui les amena au port d'Aiguës Mortes, près de Nîmes.

Ils se rendirent ensemble à Avignon où le vice-légat du Pape, Mgr Montorio, réintroduisit solennellement le renégat dans la communion des fidèles, au cours d'une cérémonie dans l'église Saint-Pierre.

Pleurant de bonheur, le converti serra son ancien esclave dans ses bras et lui demanda pardon pour tous les maux qu'il lui avait infligés jadis.

Peu de temps après, il entra chez les Frères de saint Jean de Dieu pour servir dorénavant Dieu et les malades et faire pénitence pour sa trahison.

Vincent demeura d'abord au service du vice-légat.

Mgr Montorio ne se lassait pas d'entendre les aventures de son protégé. Il était surtout fasciné par les rares connaissances que Vincent avait acquises dans la maison du médecin turc…

Finalement il ne voulut plus se séparer de lui, et lorsque ses fonctions prirent fin à Avignon, il l'emmena avec lui à Rome vers la fin de l'automne de l'an 1607.

A suivre…

Extrait de : LE PÈRE DES PAUVRES, Saint Vincent de Paul. (Casterman 1959)

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 11:56

Croire à l'existence de Dieu, à l'immortalité de l'âme, aux récompenses et aux châtiments dans l'autre monde et vivre, néanmoins, comme si l'on était persuadé du contraire, est une inconséquence dont le principe ne peut se trouver que dans l'ignorance ou le libertinage.

Aussi la Religion Catholique n'a-t-elle pas d'ennemis plus à craindre que l'aveuglement de l'esprit et la dépravation du cœur. Il y aurait moins d'incrédules si la Religion était mieux con­nue et il n'y en aurait pas un seul si les hommes étaient sans passions. Mais ni la coupable négligence des uns, ni la corruption des autres, ne feront jamais que ce qui est ne soit pas.

Or, le consentement unanime des peuples, le sens intime de chaque homme, l'univers et tout ce qu'il contient, sont autant de témoins qui attestent l'existence de Dieu. La pensée, la volonté, l'intelligence de l'âme sont autant de preuves de sa spiritualité et, par conséquent, de son immortalité.

Cela étant, comment expliquer la stupide indifférence de celui qui, sans précaution et sans crainte, ose s'avancer vers le terme fatal qui doit décider de son .éternité ! Je ne sais, dit-il, ce que je deviendrai un jour : tout ce que je puis dire, c'est que je mourrai et qu'en sor­tant de ce monde, je tomberai ou dans le néant comme la brute, ou entre les mains de Dieu pour être jugé. Je sais que, s'il y a un Dieu, il doit punir ceux qui, comme moi, ne se mettent nullement en peine de le servir ; tout me dit que ce Dieu existe, mais, parce que cette croyance gênerait mes inclinations, je préfère ne rien croire jusqu'à ce que je le voie. Peut-être qu'il ne sera plus temps alors de me repentir ; le témoignage de la foi, celui de l'univers et celui de ma propre conscience me l'assurent même: mais n'im­porte, et malgré l'évidence, j'espère qu'il n'en sera rien.

Peut-on se rendre compte de l'aveuglement de celui qui se joue ainsi de son sort éternel ? Car peut-il croire de bon­ne foi que le sort de l'homme pervers puisse être le même que 'celui de l'homme vertueux ? Le Dieu de toute justice regarde-t-il du même œil le vice et la vertu, l'impie qui le blasphème et le juste qui l'adore dans un saint trem­blement !

De toutes les connaissances, la véritable Religion est donc la plus importante pour l'homme ; c'est elle qui le modère dans la prospérité et le soutient dans l'adversité, lui apprenant que le temps n'est rien, mais que l'éternité est tout ; c'est elle qui assure la tranquillité des États, en apprenant à obéir aux puissances établies de Dieu, non seulement par la crainte du châtiment, mais par une obligation de cons­cience ; c'est elle qui forme le prince clément et le sujet fidèle, le maître juste et le serviteur probe, le magistrat intègre et l'ami véritable. Non seulement elle défend l'u­surpation du bien d'autrui, elle en interdit même le désir ; elle va plus loin encore, elle veut qu'on partage son pain avec celui qui est dans le besoin ; elle condamne non seu­lement le meurtre et la vengeance, mais elle ordonne le pardon des injures et l'amour des ennemis ; elle veut que nous fassions du bien à ceux qui nous font du mal et que nous priions pour ceux qui nous persécutent. "Chose étonnante ! dit Montesquieu, frappé de ces vérités, la Religion qui paraît n'être que pour l'autre vie, fait encore le bonheur de l'homme en ce monde. La société sans religion, dit le trop fameux Voltaire, ne serait qu'un repaire de bêtes féroces."

Concluons donc et disons que rien n'est plus important pour l'homme que l'étude de la Religion ; elle-même lui en fait une obligation : le premier devoir qu'elle impose est l'étude de ses préceptes et si elle demande la croyance de ses mystères, elle veut aussi qu'on reconnaisse les raisons qui en prouvent l'existence. Malheur donc à l'impie qui, blasphémant ce qu'il ignore, ose traiter avec mépris et re­garder comme préjugés populaires les vérités les plus cer­taines et les plus respectables ! Vérités que les plus grands génies ont reconnues après les avoir examinées avec soin, et qui, par suite d'une entière conviction, leur ont sacrifié leurs affections les plus tendres.

Jeunes gens, qui allez entrer dans le monde, n'oubliez jamais les préceptes de l'église ; soyez fidèles à vos devoirs ; ne vous laissez entraîner ni par les railleries ni par les exemples de ceux qui ont lâchement abandonné le sentier de la vertu.

Ne lisez que de bons livres, afin de vous instruire de plus en plus des vérités de la Religion ; plus vous serez instruits, plus vous serez fermes dans la foi ; plus vous étu­dierez la Religion Catholique, plus vous y trouverez des caractères de divinité. Ne vous laissez jamais éblouir par les vaines subtilités de l'irréligion ; ne prenez jamais des blasphèmes pour des raisons, ni des plaisanteries pour des preuves. Fuyez les mauvaises compagnies ; elles corrompent les bon­nes mœurs. Fuyez le vice et vous conserverez la foi.

Si, cependant, vous aviez le malheur de vous égarer, re­venez à Celui qui vous tend les bras et qui ne rejette ja­mais celui qui implore sa clémence : Ne sacrifiez pas votre éternité à un vil et méprisable respect humain.

histoire : Un de ces Chrétiens, qui n'ont du Christianisme que le Baptême, et qui n'avait jamais su son Catéchisme ou qui l'avait entièrement oublié, voulut (sans doute après une conversion sincère et dans les sentiments d'une profonde hu­milité) qu'on gravât sur sa tombe cette épitaphe : " Ci-gît l'insensé qui est sorti de ce monde sans presque se demander à "lui-même pourquoi il y était venu."

Note du rédacteur du blog : Il est évident que l’on parle ici de la véritable Église Catholique et de son enseignement d’avant le fameux concile hérétique de Vatican II.

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860)

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 09:24

L'existence de l'univers et l'ordre qui y règne suppose nécessairement une cause puissante et sage.

Cette cause est Dieu ; c'est lui qui a créé toutes choses et qui règle tout selon les lois éternelles de sa divine sa­gesse. Parmi les créatures que nous voyons, l'homme seul est doué d'intelligence et de liberté ; il est seul capable de connaître, de vouloir et d'aimer ; mais Dieu, étant la sa­gesse même, n'a pu donner ces facultés à l'homme qu'afin qu'il les employât à sa gloire.

Ces vérités, que personne ne peut révoquer en doute, prouvent invinciblement la nécessité d'une religion, c'est-à-dire de ce rapport d'obéissance et d'amour de la créature intelligente envers son Créateur. Vainement dira-t on que Dieu est trop grand, trop élevé au-dessus de nous pour s'intéresser a l'honneur que nous lui rendons. Sans doute, Dieu n'a pas besoin de nos hommages, mais il est juste, et ainsi il doit vouloir ce qui est conforme à la raison et à l'ordre : or, il est dans l'ordre que la créature honore son Créateur et qu'elle lui témoigne son amour et sa reconnaissance

Est-il au pouvoir d'un père de dispenser ses enfants do l'amour et du respect qu'ils lui doivent ?

Dieu est notre père, nous devons l'aimer ; il est infini­ment bon, nous devons nous attacher à lui ; il est juste et tout puissant, nous devons le craindre et le respecter. C'est lui qui nous a créés, c'est lui qui nous conserve l'être et la vie ; tous les avantages dont nous jouissons, nous les te­nons de sa main libérale et il nous prépare des biens infi­niment plus précieux que ceux qu'il nous a déjà donnés : c'est donc avec raison qu'il exige de nous un culte reli­gieux.

Ce culte doit être intérieur et comprendre toutes les fa­cultés de notre âme ; il doit être extérieur, afin que notre corps puisse concourir en sa manière à l'honneur que l'homme rend à Dieu ; il doit aussi être public, parce que les hommes, étant destinés à vivre en société, doivent se réunir pour bénir et adorer ensemble Celui qui les a tous créés.

Sans un culte fixe et invariable, la Religion ne pourrait subsister longtemps parmi les hommes : ils ont besoin de s'édifier mutuellement et de s'exciter les uns les autres à la pratique de leurs devoirs. Aussi, dès l'origine du monde, les hommes se sont-ils réunis pour rendre ensemble leurs hommages au Seigneur ; partout on trouve un culte public rendu à la divinité. La même lumière qui découvre à l'homme l'existence d'un être de qui il dépend, lui fait aus­si l'obligation de l'honorer. Ce culte, alors même qu'il est égaré chez les nations infidèles, a toujours eu la même ori­gine, c'est-à-dire le besoin d'honorer une puissance suprê­me, un Dieu créateur et conservateur, une Providence qui règle tout. Tant il est vrai que l'homme entend sans cesse une voix intérieure qui crie : Hommage au maître de la vie.

Extrait du: NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860)

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 14:09

Tu ne feras pas de moi un renégat

Je serais fou, si je voulais échanger l'or de la pure doctrine de l'Évangile contre le plomb de l'Islam… Expérience de Vincent de Paul comme esclave… Par la barbe du Prophète, affirma le pêcheur, l'aspect est trompeur. En tout cas, mon esclave est extraordinairement robuste, c'est un véritable géant par la force.

— Tu ne saurais me tromper, ce garçon (Vincent) est malade et aura besoin de longs soins avant de pouvoir se rendre utile. Je suis médecin et je m'y connais. Qu'est-ce que c'est que ce chiffon à sa jambe ? Est-ce qu'il est blessé ?

— Une simple écorchure, ce n'est pas la peine d'en parler.

— Je vais m'en rendre compte. Le Hekim défit le pansement, examina la blessure et en pressant fit sortir du pus. Voilà quelque chose qui n'est pas beau. Non, garde ton esclave, je n'en veux pas. »

Le pêcheur leva les bras au ciel, s'arracha la barbe et jura que la blessure serait complètement guérie en peu de jours.

Vincent, qui n'avait appris encore auprès de son maître que quelques mots d'arabe, ne comprenait pas grand-chose à la discussion. Toutefois il remarqua bientôt qu'il ne déplaisait pas au Hekim. Le médecin en effet avait vite reconnu qu'il avait devant lui un homme intelligent et cultivé qui paraissait convenir à ses projets.

Finalement on tomba d'accord, bien que le pêcheur jurât avec force lamentations qu'il avait payé beaucoup plus cher son esclave qu'il ne le vendait à présent et qu'il ne retrouverait jamais un valet aussi adroit. C'était par pure complaisance qu'il s'en débarrassait.

Une bourse changea de mains et Vincent, portant la corbeille de maquereaux, marcha clopin-clopant derrière son nouveau maître.

Il remarqua bientôt qu'il n'avait pas perdu au change. Son nouveau propriétaire était au fond un homme bienveillant et humain. Il lui accordait le repos nécessaire et par une bonne nourriture le remit bientôt sur pied en guérissant sa blessure.

Elle ne lui faisait mal désormais qu'au changement de temps.

Mais comme sans doute un nerf avait été atteint, il boita dès lors toute sa vie.

« C'est bien fait pour moi », soupirait Vincent avec contrition, en se rappelant que jadis il avait eu honte de son père à cause de la même infirmité.

Le Hekim le conduisit dans une cave où il avait installé un laboratoire. Sur une douzaine de foyers cuisaient et bouillaient d'innombrables cornues et creusets. Vincent reconnut vite qu'il se trouvait dans l'officine d'un alchimiste.

Il eut pour tâche d'entretenir constamment le feu dans les foyers et d'attiser sans cesse la flamme avec un soufflet. Le plus pénible était de supporter cette chaleur continuelle et de respirer ces vapeurs sulfureuses et méphitiques.

Comme le médecin parlait couramment latin, il était facile de se comprendre. Bientôt Vincent apprit assez d'arabe pour pouvoir s'entretenir aussi en cette langue avec son maître.

Le Hekim lui expliqua qu'il cherchait depuis cinquante ans la pierre philosophale, à l'aide de laquelle il pourrait aisément transformer en métaux précieux les matières viles. Il montra à son esclave une quantité de livres latins et arabes, d'épais volumes aux titres étranges. Il y avait des ouvrages attribués au roi de l'ancienne Égypte, Hermès Trismégiste. Il y avait également le Liber de Alchimia - Livre sur l'Alchimie, provenant soi-disant d'Albert le Grand.

Bientôt le médecin s'attacha à son esclave devenu son homme de confiance, comme s'il était son propre fils. Mais il était d'autant plus peiné que Vincent appartenait aux infidèles et se refusait opiniâtrement à prier Allah et son Prophète.

Lui-même était un homme pieux et il interrompait immédia­tement son travail, chaque fois que, du haut du minaret de la mosquée voisine, le muezzin faisait entendre son appel à la prière. Alors il se prosternait sur un tapis et récitait les invocations prescrites.

Sur sa demande instante, Vincent lut le Coran, mais il refermait toujours le livre avec un sourire attristé et comme l'Arabe lui demandait s'il ne reconnaissait pas dans les sourates du Prophète la plus pure vérité, i1 répondit :

« Si tu avais de l'or, Effendi, le transformerais-tu en plomb ?

Comment pourrais-je être aussi insensé ? répliqua le Hekim en secouant la tête.

— Eh bien! Je serais aussi fou, si je voulais échanger l'or de la pure doctrine de l'Évangile contre le plomb de l'Islam ; lui répondit Vincent.

C'est avec un tel mépris que tu juges les révélations du Prophète ? demanda l'alchimiste douloureusement ému.

— Je ne méprise aucunement le Coran, je trouve même en lui quelques traces de l'or que Mahomet a tiré d'une connaissance extrêmement superficielle de la Bible. »

Avec zèle, Vincent cherchait de son côté à convertir son bien­faiteur à la vraie foi. Le médecin l'écoutait patiemment, mais hochait la tête en signe d'incompréhension et disait :

« Ne te donne pas cette peine, mon ami. Tu ne feras pas de moi un renégat.

Alors ne demande pas cela de moi non plus », répondit Vincent.

Souvent quand il était auprès de ses cornues et ses creusets, il se disait que Dieu l'avait jeté dans les flammes de la souffrance pour purifier son âme et changer en or fin ses scories.

Il ne cessait jamais de demander au ciel sa liberté et il était fermement persuadé que la Sainte Vierge le délivrerait un jour de son esclavage et le ramènerait dans sa patrie.

Vincent servait son maître depuis presque un an, lorsque celui-ci, par une journée brûlante d'août, lui annonça avec ennui que le sultan Ahmed I, l'appelait à sa cour à cause de ses connais­sances médicales. S'il refusait, on l'emmènerait de force à Constantinople. Toutefois il espérait pouvoir revenir à Tunis dans quelque temps. En attendant, Vincent s'occuperait de sa maison et surveillerait son laboratoire.

Ils se dirent adieu en pleurant. Mais au bout de quelques semaines, un neveu du médecin lui apprit que son oncle était mort pendant le voyage et l'avait institué son héritier. Comme il ne voulait absolument pas s'occuper de son laboratoire, il n'avait plus d'emploi pour un esclave alchimiste.

Quelques jours après, il vendit Vincent à un Savoyard nommé Guillaume Gautier qui avait renié la foi chrétienne et en récom­pense avait obtenu une ferme du Grand Turc quelque part sur les pentes de l'Atlas à la limite du désert.

Son caravanier assura le transport de Vincent qui, après d'effroyables fatigues, arriva, complètement épuisé, chez son nouveau maître.

A suivre

Extrait de : LE PÈRE DES PAUVRES, Saint Vincent de Paul. (Casterman 1959)

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 10:05

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné…

Jésus a-t-il assez souffert ? Couvert d'ignominies, épuisé dans son corps par la perte de son sang qui coule de toutes ses plaies, torturé dans son coeur par tous les déchirements de l'amour, a-t-il atteint le degré suprême de la douleur, et la passion de son âme est-elle complète ? Oh non, loin de là. Il doit vider le calice jusqu'à la lie. Cette lie ne viendra pas des créatures. Elle sera ver­sée par la justice infinie d'un Dieu qui exige le châtiment absolu de Celui qui seul peut l'offrir dans toute sa perfection.

Au moment de mourir dans les affres de la plus cruelle des agonies, Jésus adresse à son Père le cri déchirant de la désolation : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Dans les épreuves les plus douloureuses, alors que l'homme troublé, bouleversé jusque dans le fond de son être, ne voit autour de lui que ténè­bres et tristesses, quand tout le monde le repousse avec dédain et sans pitié, il lui reste quand même la ressource d'une cons­cience qui le console par le calme de sa sécurité, ou le soutient même par la satisfaction du remords. Et surtout il peut, privé de toute consolation humaine, se tourner vers Dieu et jeter en lui une espérance qui ne trompe jamais.

Mais pour le Sauveur sur la croix, il est devenu l'iniquité elle-même, puisqu'il porte tous les péchés, toutes les offenses de l'hu­manité; et devant son Père il disparaît avec sa sainteté et son amour, pour ne laisser voir que le crime et la peine à subir. Il n'a donc rien à attendre que justice implacable et délaissement cruel.

Et pourtant c'est le Père qui jadis mettait ses complaisances dans le Fils bien-aimé, c'est lui dont Jésus a voulu en toute chose faire la volonté, c'est lui dont le Sauveur avait enseigné à tous les bontés prévoyantes, et vers qui il avait ramené la confiance humaine par la prière filiale. C'est à lui que tout à l'heure au cénacle il adressait un chant d'amour, et pour qui il voulait con­quérir l'humanité. A l'instant même, il vient de supplier son Père, et de demander le pardon pour les bourreaux qui le tourmentent. Et maintenant tout est changé; tout semble évanoui des tendres­ses divines.

Le Fils ne voit pas s'ouvrir les bras paternels, il faudra qu'il meure sans avoir senti les douceurs du pardon, ni les joies de la réconciliation, puisque c'est l'acte même de la mort qui la fera s'opérer : Mon Dieu pourquoi m'avez-vous donc abandonné.

Tout est consommé

Cherchons s'il s'est jamais trouvé quelque chose dans l'histoire des douleurs humaines, et jusque dans la passion de Jésus qui les résume toutes, qui puisse être comparée à cet état de l'âme de Jésus, ainsi privée de la seule consolation qui lui apporterait quelque soulagement.

Que sont les peines, les tourments de toute nature qui peuvent lui venir des êtres qui l'entourent, et sur lesquels il lui suffirait d'un regard pour les terrasser et les anéantir.

De ces afflictions extérieures ou même intimes qui sont l'effet de la haine ou de l'amour des hommes, il a pu lui-même fixer librement la mesure. Il est vrai que cette mesure dépasse tout ce qu'une âme humaine n’aurait jamais pu concevoir. Mais pour i'affliction qui lui vient de son Père, exerçant sur lui sa pleine justice pour le châtiment de l'humanité, dont il porte tous les crimes et par conséquent, dont il porte aussi toutes les douleurs qu'elle a méritées, cette affliction l'enveloppe comme un vêtement dont il ne peut se dégager et qui, par le caractère épouvantable de son action sur le cœur de Jésus, a pu être prédite par les prophètes comme une malédiction. Et c'est là le dernier mot de la passion de l'âme de Jésus, qu'il remet ainsi broyée entre les mains de son Père.

Mgr Joseph-Médard Emard, év. (92)

Extrait de : Nourritures Spirituelles, tome 1. Fides 1956

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