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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:48

Audience générale du 18 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Au cours de ces rencontres hebdomadaires que sont ces audiences générales, Nous ne savons parler que de l'Église. Le Concile fournit la matière et fait presque une obligation d'en parler en raison de l'abondance et de l'autorité de la doctrine sur l'Église qu'il nous a présentée. Votre visite Nous offre l'occasion de commenter quelques aspects de cette doctrine, sans prétendre la traiter ou l'exposer adéquatement, mais dans le seul but, pour le plaisir presque, d'en relever rapidement quelques points particulièrement dignes de considération.

Savez-vous quel est, à Notre avis, l'aspect le plus intéressant et en même temps le plus mystérieux de la doctrine sur l'Église ? C'est celui du rapport entre l'Église et l'Esprit-Saint. Dans une admirable et dense page de théologie, le Concile dit: « Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jean XVII, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Éph. II, 18).

Il est l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jean IV, 14; VII, 38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au moment où il rendra la vie dans le Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. VIII, 10-11).

L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un temple (cf. 1 Cor. III, 16; VI, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur adoption filiale (cf. Gai. IV, 6; Rom. VIII, 15-16 et 26).

Cette Église qu'il amène à la vérité tout entière (cf. Jean XVI, 13), qu'il réunit dans la communion et le ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Éph. IV, 11-12; 1 Cor. XII, 4; Gai. V, 22).

Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux. Car l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus: viens ! » (cf. Apoc. XXII, 17). (Lumen Gentium, N. 4.)

Cette longue page, bourrée de références bibliques, nécessi­terait un commentaire. Mais pour définir seulement le rapport entre l'Esprit-Saint et l'Église, Nous Nous contenterons ici de citer une phrase d'un grand penseur catholique allemand du siècle dernier qui, à la première page de son célèbre ouvrage sur l'unité de l'Église écrivait cette vigoureuse synthèse : « Le Père envoie le Fils, et le Fils envoie l'Esprit-Saint. C'est ainsi que Dieu est venu à nous; et en ordre inverse, c'est ainsi que nous parvenons au Père. L'Esprit nous conduit au Fils et le Fils au Père » (Moehler).

Il suffira de nous représenter l'Esprit-Saint comme le principe divin qui anime l'Eglise, comme son âme incréée (cf. Journet 1, 43, 665) qui produit dans le Corps mystique du Seigneur l'animation créée, c'est-à-dire la grâce, les dons du Saint-Esprit, les fruits du Saint-Esprit (Gal. V, 22) que saint Paul énumère ainsi: charité, joie, paix, patience, douceur, bonté, longanimité, mansuétude, confiance, modestie, continence, chasteté.

Et puis, le caractère sacramentel n'est-il pas un effet du Saint-Esprit ? Et ses inspirations qui guident les âmes dans les voies de la sainteté ? Et l'assistance de l'Esprit-Saint qui oriente le ministère de l'Église et lui donne sa sécurité, n'est-ce pas aussi l'œuvre de l'Esprit-Saint ?

Un point particulièrement important de toute cette merveil­leuse doctrine est celui qui concerne la hiérarchie de l'Église. Et quoi, l'Esprit-Saint n'est pas libre d'exercer directement sa mystérieuse action ? Spiritus ubi vult spirat, l'Esprit souffle où il veut (Jean II, 8). Sans aucun doute. Le Concile l'affirme expressément à plusieurs reprises (cf. Lumen Gentium, 12-16; Unitatis redintegratio, 3, 4, 21, etc.).

Et alors, le service que la hiérarchie se propose d'assumer pour enseigner, sanctifier, guider les fidèles, n'est-il pas superflu, n'est-il pas encombrant? Les fidèles ne reçoivent-ils pas le Saint-Esprit directement sans qu'il soit besoin de ce diaphragme humain, de cette institution intermédiaire? C'est là un point essentiel de la doctrine sur l'Église. Il faut recourir à la pensée du Christ. Le Christ a confié la réalisation de son œuvre dans l'humanité à deux facteurs différents: l'Esprit-Saint et les Apôtres. Il a promis d'envoyer l'Esprit-Saint et il a envoyé les Apôtres. Ces deux missions proviennent également du Christ. Le dessein incontestablement voulu par le divin Fondateur de l'Église est que l'Église soit construite par les Apôtres et vivifiée par le Saint-Esprit. Les Apôtres construisent le corps de l'Église dont l'âme est l'Esprit du Christ. Ces deux agents différents sont si bien liés entre eux que saint Augustin, au style incisif bien connu, déclare coextensive l'œuvre de l'un et l'autre: Seul le corps du Christ vit de l'Esprit du Christ... Veux-tu donc, toi aussi, vivre de l'Esprit du Christ ? Sois dans le corps du Christ ». (In Jo. tract. 26, 13: P. L. 35, 1612-1613). Et ailleurs: « Le chrétien ne doit rien tant redouter que d'être séparé du corps du Christ. Si en effet, il est séparé du corps du Christ, il n'est pas un de ses membres; s'il n'est pas un de ses membres, il n'est pas nourri de son Esprit». (Ibid., Tract. 27, 6: P. L. 35, 1618).

Nous ne devrions jamais oublier que l'action de la hiérarchie visible est ordonnée à la diffusion de l'Esprit-Saint dans les membres de l'Église. Son ministère n'est pas indispensable à la miséricorde de Dieu, laquelle peut se répandre comme il plaît à Dieu. Normalement, il est indispensable pour nous qui avons eu l'ordre et le bonheur de recevoir la parole de Dieu, la grâce de Dieu, la direction de Dieu par l'entremise des Apôtres, c'est-à-dire des ministres de la vie religieuse, surnaturelle, qui émane du Christ (cf. Congar, Esquisses du mystère de l'Église, p. 129 et suiv.).

Il Nous fait plaisir de rappeler ces lumineuses vérités la veille de la neuvaine, de la grande neuvaine de la Pentecôte. Nous voudrions que la célébration de cette « métropole des fêtes », comme saint Jean Chrysostome appelle la Pentecôte, soit préparée de la manière établie par le Christ (cf. Actes I, 4, 12; II, 1), dans le recueillement, la prière, la méditation du mystère de l'Église, sa profondeur intime ou ses manifestations extérieures. Méditation sans limite. Nous voudrions que l'on rappelle et qu'on prenne connaissance de la belle encyclique de Léon XIII, Divinum illud munus (1897).

Nous voudrions que le culte et l'amour du Saint-Esprit soient chez tous les chrétiens plus ardents et plus répandus. C'est ce que Nous vous recom­mandons, pour votre bien et celui de la sainte Église, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 19 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 16:44

Audience générale du 11 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,    

Nous savons que Nous parlons à des milliers d'élèves des Salésiens, des fils de Don Bosco, ici présents. Et Nous voudrions qu'ils gardent de leur visite au Pape un souvenir spécial. Qu'ils ne se souviennent pas seulement du spectacle que vous avez actuellement sous les yeux, le spectacle de cette basilique pleine de gens entourant cet autel sous lequel se trouve la tombe de saint Pierre, l'apôtre qui s'appelait Simon, fils de Jean, et que Jésus voulut qu'il fût appelé Pierre, précisément pour signifier qu'il devait être le fondement, la pierre sur laquelle Jésus voulait construire un édifice appelé Église. Voici ce que Nous voudrions: que cette audience grave dans la mémoire de Nos visiteurs d'aujourd'hui, de ces jeunes en particulier, le souvenir de l'Église.

Qu'est-ce que l'Église ? Comment vous la représentez-vous ? Nous avons dit: un édifice. De fait, le mot église sert à désigner l'édifice sacré où l'on va prier, mais il désigne aussi la société, le peuple, les gens qui vont à l'église, autrement dit la communauté de ceux qui croient au Christ et dont l'ensemble forme un groupe, une multitude unie, ordonnée, unanime, bonne, religieuse, heureuse et tout animée de grandes pensées et de grandes espérances. C'est cela l'Église, comme vous le savez tous.

Et maintenant, Nous vous demandons s'il y a une image, autre que celle de l'édifice, qui représente exactement l'Église sous cet aspect d'une multitude rassemblée autour d'un centre. Oui, il y a une image que Jésus lui-même nous a laissée, une image que vous entendrez souvent répéter, celle du troupeau réuni autour de son pasteur, de son pasteur qui le guide, le connaît et le défend. Lui-même l'a dit: Je suis le bon Pasteur (Jean X, 14), c'est-à-dire le véritable pasteur, le seul pasteur qui sache guider, le pasteur qui se sacrifie pour défendre et sauver son troupeau.

Et que signifie le mot troupeau ? Il signifie l'humanité, il signifie le monde, il signifie nous, nous personnellement. Pour nous modernes, cette image est moins parlante qu'elle ne l'était pour les anciens, plus habitués que nous le sommes à regarder le spectacle champêtre du pasteur qui mène son troupeau au pâturage. C'était une image chère au langage des temps passés. Jadis, on appelait les rois pasteurs des peuples (cf. Homère). Les prophètes avaient annoncé le Messie comme le pasteur d'Israël. Mais c'est une image si simple et si belle qu'elle peut nous servir, à nous aussi, pour désigner la réunion de nombreux disciples, rassemblés et conduits par un seul chef, un seul guide, c'est-à-dire les hommes, les fidèles qui ont en Jésus le principe de leur unité et constituent un corps social autour de lui. C'est cela l'Église.

Et maintenant, attention. Jésus qui avait d'abord donné à Simon le nom de Pierre, confie à ce même Pierre, à la fin de l'Évangile, au cours de la célèbre et merveilleuse scène sur la rive du lac de Tibériade, la fonction de pasteur. Trois fois il lui dit: Sois le pasteur de mon troupeau (Jean XXI, 15-17). Ainsi Jésus confie à Simon-Pierre la charge qu'il avait déclaré être la sienne propre. Il le nomme son successeur, son vicaire, son représentant. Si vous êtes capables de lire les belles paroles latines et grecques, écrites en mosaïque sur la bande d'or, au-dessous de la grande corniche de cette basilique, vous y trouverez les paroles par lesquelles Jésus investit Pierre de ses fonctions: « Pais mes agneaux, pais mes brebis ». Vous y verrez, évoquée par les mots mêmes du Christ, l'image de l'Église symbolisée par le pasteur et son troupeau.

Cette figure, cette similitude, ce souvenir, Nous voudrions qu'ils restent dans vos esprits après cette audience qui est pour vous une rencontre caractéristique avec la sainte Église à laquelle vous appartenez tous.

Que nous enseigne l'image du pasteur et du troupeau appli­quée à l'Église ? Elle nous enseigne deux attributs de l'Église qui doivent nous être très chers et qui nous aident à comprendre tant de choses relatives au monde, à l'histoire, à notre vie: l'unité et la catholicité. L'Église est unique et elle est univer­selle: c'est une chose merveilleuse. Si vous étudiez, si vous voyagez, vous comprendrez quelque chose de ce très simple et sublime plan de Dieu pour le salut de l'humanité.

Elle nous enseigne ensuite que cette unité universelle, que le Christ a fondée et dont il poursuit la réalisation dans le temps, est maintenue par deux forces principales: une même pensée et une commune affection, ou pour mieux dire, par la foi identique chez tous et par l'amour — non par la force, non par l'intérêt, non par la paresse — par l'amour du Christ pour nous et par notre amour pour le Christ et pour nos semblables que nous appelons nos frères.

C'est cela l'Église! Vous en souviendrez-vous ? Chercherez-vous toujours à lui être fidèles et affectionnés envers elle? Serez-vous heureux d'être catholiques? Certaine­ment.

Et avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 12 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

 

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 10:56

Audience générale du 4 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

La rencontre, à l'occasion de cette audience générale hebdo­madaire, avec tant de fidèles et de visiteurs, toujours nouveaux et toujours nombreux, Nous incline à parler de l'Église, un grand thème, le plus naturel, le plus vaste, celui qui convient le mieux pour cet instant de conversation familière. Ne vous étonnez donc pas si Nous en parlons encore avec vous. Nous n'aurons jamais fini d'en parler tant il est important et riche d'enseignements. La semaine dernière, Nous avons mentionné les noms divers que la sainte Écriture donne à l'Église. Cette variété montre combien il est difficile d'inclure dans un seul nom l'exubérante richesse de la réalité mystérieuse de l'Église. Elle indique également une manière didactique ^qu'utilisé la sainte Écriture pour nous inculquer la science de l'Église.

Prenons un de ces noms, Maison de Dieu par exemple. C'est saint Paul, écrivant à Timothée, qui l'emploie. On y lit: Je t'écris ... pour que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, colonne et base de la vérité (1 Tim. III, 15). Cette image où l'on compare l'Église à une maison nous fait penser à d'autres images semblables qu'on trouve dans le Livre saint pour représenter l'Église. C'est saint Paul encore qui dira des chrétiens: Dei aedificatio estis, vous êtes l'édifice construit par Dieu (1 Cor. III, 9). Et cela nous rappelle les expressions de Jésus lui-même: J'édifierai mon Église (Matt. XVI, 18), la pierre d'angle (Matt. XXI, 42) qui est le Christ lui-même soutenant toute la construction, Simon dont le Christ change le nom et qu'il appelle Pierre pour l'assimiler d'une certaine manière au Christ, nous disons son vicaire visible, dans la fonction de fondement, de soutien de l'édifice dont le Christ a dit qu'il veut être le constructeur, l'architecte, ^artiste.

A quelles notions doctrinales cette image Église-maison de Dieu nous conduit-elle ?. Il serait difficile de le dire en quelques mots, mais chacun de vous peut de lui-même les découvrir. Par exemple, la maison n'est-elle pas une demeure ? N'indique-t-elle pas quelque chose d'intérieur ? Une habitation où la famille se réunit ? Ne dit-elle pas unité intérieure, intimité vécue et pro­tégée ? Appliquée à un groupe de personnes, l'image de la maison ne nous enseigne-t-elle pas que cette pluralité doit former une communauté? Et que celle-ci doit s'unir dans l'amour, la concorde, l'identité de pensées et de sentiments? Comment pourrait-il en être autrement de l'Église du Christ conçue comme la maison de Dieu ?

Et si cette maison n'est pas uniquement destinée à grouper la société ecclésiale qui l'habite, mais à rendre possible, à provo­quer en un certain sens la rencontre avec Dieu de ses heureux habitants, alors cette maison nous apparaît comme sacrée, elle devient un temple, elle nous montre que l'Église est véritable­ment et nécessairement le lieu pour communiquer avec Dieu, le foyer de sa lumière, le rendez-vous où il nous attend, où il se donne à nous, où nous pouvons lui parler avec confiance, jouir de sa présence, vivre le « mystère » du rapport établi par le Christ entre Dieu et les hommes. Dans l'Église, nous devenons domestici Dei, des membres de la famille de Dieu (Éph. II, 19).

La méditation sur cette pensée Église-maison de Dieu suffirait à elle seule à susciter des réflexions sans fin. Où est le pluralisme dont certains veulent faire un attribut de l'unique Église? Où est l'extériorité que d'autres reprochent à l'Église visible? et combien d'autres considérations dont cette compa­raison avec une construction est le point de départ. L'Église est une construction en train de se faire. Elle n'est pas une construction terminée, elle est en voie d'achèvement. Vue sous cet angle, l'image en question ne nous dit-elle rien de l'histoire de l'Église ? De ce qu'elle deviendra sous l'impulsion du Christ, le vrai constructeur de son Église par l'action de l'Esprit-Saint ? Ne nous apprend-elle pas que l'Église est actuellement inache­vée, qu'elle se développe continuellement, que sa beauté se révèle au fur et à mesure que la construction se poursuit, c'est-à-dire tout au long des siècles ? Cette image n'évoque-t-elle pas la pérennité de l'Église, sa fidélité à ses doctrines et à ses structures fondamentales, sa vérité, la même aujourd'hui qu'hier et demain, et cependant toujours susceptible d'approfondissement et même d'élévation, avec un contenu identique et une prodigieuse fraîcheur d'expression ?

Efforcez-vous, fils très chers, de considérer l'Église comme la demeure de Dieu. Vous trouverez là la réponse à tant d'in­compréhensions qui en déforment le concept. Vous vous sentirez invités à pénétrer plus avant dans cette maison bénie, à la mieux connaître, à y demeurer avec joie et dignité. Vous ferez la découverte d'un grand bonheur: celui d'avoir une maison, une maison où l'amour des frères est le principe de la cohabitation, où l'amour de Dieu pour nous et notre amour pour Dieu se célèbrent de la façon la plus heureuse et la plus riche de promesses.

Et c'est à tout cela que Nous vous exhortons par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Traduction des Actes Pontificaux.

Romano du 5 mai  1966,

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 10:45

Audience générale du 27 avril 1966.          

Chers Fils et chères Filles,

Si, en Nous faisant cette visite, vous venez avec l'âme du pèlerin qui ne se contente pas de regarder, comme un étranger, le spectacle extérieur de cette audience, mais qui veut voir au-dedans quelque chose de la réalité spirituelle présente, qui veut comprendre, qui veut découvrir le sens de ce qui l'entoure et qu'il observe, vous sentirez poindre en vous une pensée claire et une question embarrassante.

La pensée claire: voici l'Église, l'Église catholique. Non pas l'Église catholique entière, ni l'Église seule, bien entendu. Mais l'Église catholique dans son expression la plus caractéristique et la plus autorisée, l'Église catholique représentée par son chef visible, l'Église catholique en son siège central, l'axe de sa foi et de son histoire. La tombe du premier apôtre, saint Pierre, est ici; ici son successeur le Pape; ici sont évidentes l'apostolicité, l'unité, la catholicité, la sainteté constitutionnelles de l'Église, les fameuses «notes» qui la caractérisent authentiquement. C'est ici le point de rencontre de tous les catholiques du monde, et même le centre d'attraction œcuménique de tous les chrétiens qui croient en le Seigneur Jésus, et ainsi de suite. Vous dites avec raison: ici est l'Église à laquelle vous appartenez, c'est son centre, son signe le plus lourd de sens, son fondement le plus sûr. Cela est clair.

Mais ensuite, le pèlerin se pose une question qui semble facile mais qui ne l'est pas. Voici la question, très simple: qu'est-ce que l'Eglise ? Tous certainement vous vous rappelez la réponse du catéchisme dit de Pie X:

« L'Église est la société des vrais chrétiens, c'est-à-dire des baptisés qui professent la foi et la doctrine de Jésus-Christ, participent à ses sacrements et obéis­sent aux pasteurs qu'il a établis. » C'est bien, mais cette défini­tion nous dit-elle tout sur l'Église ? C’est plutôt une description exacte, suffisante pour avoir de l'Église une notion qui la distingue des autres sociétés.

Elle éveille, plutôt qu'elle ne satisfait, le besoin de comprendre dans ses causes, c'est-à-dire dans ses principes constitutifs les raisons intrinsèques de cette association si différente de toutes les autres qui s'appelle l'Église. Tous nous voudrions savoir sur elle quelque chose de plus.

Cela est si vrai que tous ceux qui sont un peu au courant des questions spirituelles de notre temps sentent aujourd'hui le vif besoin de l'« ecclésiologie », la science de l'Église. Savoir ce qu'est l'Église est d'une importance décisive par rapport à beaucoup d'autres questions vitales: la religion tout d'abord, l'œcuménisme, l'humanisme, etc. Et cette connaissance est d'autant plus importante, spécialement pour nous catholiques, que nombre d'erreurs, tant d'idées inexactes, tant d'opinions particulières se propagent aujourd'hui dans les discussions. L’intérêt que portent actuellement à la vraie conception de l'Église ceux qui pensent et qui aspirent au rétablissement de l'unité entre les chrétiens séparés, signale ce problème à l'atten­tion et à la conscience du monde contemporain.

Il importe de bien savoir ce qu'est l'Église, l'Église véritable envers laquelle nous avons des devoirs imprescriptibles et où nous voulons trouver la vérité et le salut, sans pluralismes contraires au principe d'unité qui constitue l'Église, sans incertitudes élasti­ques et équivoques qui nous privent du bonheur de posséder la réponse univoque (même si elle varie dans ses formes accessoires et extérieures) à la grande question.

L'importance de la question grandit pour deux raisons.

Premièrement, parce que le IIe Concile œcuménique du Vatican s'est centré sur elle et qu'elle en a été le point principal le plus étudié et le mieux éclairé par de profondes affirmations doctri­nales de la plus grande valeur.

Deuxièmement, parce qu'on peut dire que le Concile s'est évertué pour donner de l'Église une idée simple, linéaire et facile. Il s'est en effet trouvé devant une réalité si riche de sens, si grande et si complexe, qu'il a dû la qualifier de mystère. L'Église est un mystère non pas seule­ment par suite de la profondeur cachée de sa vie, mais aussi par ce qu'elle est une réalité non pas tant humaine, historique et visible que divine et dépassant notre faculté normale de con­naître.

L'Église telle que nous la voyons aujourd'hui est elle-même un signe, un signe sacré, un sacrement que nous ne pouvons pas ici-bas connaître adéquatement dans sa véritable plénitude intérieure, mais qui dès maintenant nous incite à de merveilleuses études nouvelles.

Comment ferons-nous donc pour comprendre quelque chose ? Voici. S'il y a une étude où l'amour contribue à conquérir la vérité, Nous croyons que c'est bien l'étude de l'Église. Pour bien connaître l'Église, il faut l'aimer. Ensuite, l'étudier. Une des études les plus intéressantes à cet égard est la grande consti­tution dogmatique intitulée Lumen Genlium. Nous y trouvons, entre autres choses remarquables, les noms multiples donnés à l'Église. Elle est désignée par des figures et des symboles, comme c'était la coutume chez les auteurs des Livres saints, peu familiers avec l'emploi des termes abstraits et des définitions spéculatives que nous, les modernes, nous utilisons. Il suffira de dresser la liste de ces noms pour comprendre combien est vaste et complexe la réalité de l'Église. On l'appelle l'Israël de Dieu, le royaume des cieux, la cité de Dieu, la Jérusalem céleste, l'Épouse du Christ, la Mère des fidèles, le champ de Dieu, la vigne du Seigneur, le troupeau du Christ, la maison de Dieu, le Peuple de Dieu, et enfin le Corps mystique du Christ. Cette multiplicité d'appellations nous montre que l'Église peut être considérée sous différents aspects dont chacun est comme le feu d'un dia­mant à multiples facettes.

Très chers fils, laissez-vous attirer par ces feux. L'Église n'est pas un écran qui nous empêche d'arriver au Christ et de nous élever jusqu'à Dieu, comme l'ont dit beaucoup de gens étran­gers à notre communion ineffable, mais elle est le miroir — le signe sacré — dans lequel nous devons voir le Christ, et en lui Dieu.

Que Notre Bénédiction vous obtienne d'être tous des disci­ples de cette merveilleuse école qu'est l'étude de la sainte Église.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 avril 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:03

Audience générale du 30 mars 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Vous vous rendez compte que depuis le Concile la question des rapports entre l'Église et le monde se sont avivée. La grande constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps, discutée et approuvée à la fin du Concile, présente cette question avec ampleur et aborde quantité de problèmes doctrinaux, moraux et pratiques, quelques-uns anciens et permanents, d'autres d'une importance actuelle et passagère. C'est cette formidable discussion, très poussée, qui attire sur le Concile l'attention non seulement des fidèles, mais aussi des profanes, et qui manifeste même à ceux qui ne pratiquent pas la religion combien le catholicisme est vivant, combien il colle à la réalité spirituelle et temporelle de l'expérience humaine.

Sur la science de l'homme, sur la philosophie, l'histoire, la morale, la sociologie, la culture en général, l'économie, les réalités terrestres comme on dit maintenant, le Concile a projeté la lumière de la théologie catholique afin de porter un audacieux jugement nouveau, pour s'efforcer de comprendre et de classifier, pour se livrer à l'étude et à la recherche comme jamais jusqu'ici le magistère de l'Église ne l'avait fait d'une façon aussi directe, aussi systématique, aussi autorisée. Il y aura là matière à réflexion pour tous et pendant de nombreuses années.

Nous Nous bornerons ici, pendant ce bref moment, à vous faire remarquer que le simple fait d'avoir exposé un tel sujet pousse de nombreux esprits, tant chez les intellectuels que dans le commun du peuple, à se demander quelle est l'attitude fondamentale de l'Église à l'égard du monde.

Son attitude est-elle condamnation? Séparation? Indifférence? Acceptation? Sympathie ? Alliance ?

La réalité que l'on étiquette "monde contemporain" est trop complexe pour que l'on puisse répondre simplement et sans équivoque. L'Église porte des jugements positifs et non pas a priori, elle n'est pas superstitieuse, elle n'est pas superficielle. Elle sait que dans le monde, c'est-à-dire dans notre réalité humaine, on trouve beaucoup de défauts, beaucoup de maux.

Elle n'ignore aucune des causes du pessimisme moderne, elle en révèle même la cause fatale qui est à la racine: le péché originel. D'accord avec tous les diagnostics les plus sincères et les plus durs sur l'esprit humain et l'histoire terrestre, elle enseigne elle aussi que les maux de l'homme sont profonds, sans cesse renais­sants et, par eux-mêmes, incurables.

Elle connaît les abîmes de la souffrance, du péché, de la mort; elle sait voir la profondeur des injustices humaines, des misères personnelles et sociales; elle sait dénoncer les pièges redoutables de la "puissance des ténèbres"; elle sait appeler les choses par leur nom, qu'il soit douloureux, ignoble, criminel; elle sait pleurer. La liturgie de la semaine sainte toute proche nous dira à ce propos des paroles émouvantes et terribles.

L'Église ne contredira pas non plus sa doctrine ascétique au sujet du «mépris du monde», laquelle a si largement contribué, dans la formation médiévale, à libérer l'homme de ce que la vie païenne et barbare avait de matériel et d'animal.

Elle continuera à marquer la séparation spirituelle qui doit se produire entre le chrétien qui tend au «royaume des cieux », c'est-à-dire à la vie de l'âme, à la vie eschatologique au-delà des temps, et la conception d'une vie terrestre qui se suffit à elle-même, c'est-à-dire le monde content de soi, entièrement replié sur ses biens terrestres éphémères et trompeurs. Ce n'est pas sans raison que l'habitude s'est prise d'appeler l'Église idéale «Église des pauvres» et d'attribuer à «l'Eglise constantinienne» les contaminations tem­porelles à réprouver (bien que cette expression soit tout à fait impropre et semble méconnaître le grand événement historique qui est à l'origine de la liberté de l'Église).

Tout cela est vrai et demeure. Mais Nous ne pouvons pas oublier l'optimisme — Nous devrions dire l'amour — avec lequel l'Église du Concile regarde le monde dans lequel elle vit, qui l'entoure, la domine, l'écrase sous ses bouleversements gigantesques.

C'est là un des aspects saillants du Concile. Il considère le monde dans toute sa réalité, avec l'attention aimante qui sait découvrir partout les traces de Dieu, la bonté par conséquent, la beauté, la vérité. Ce n'est pas là la philosophie seulement du Concile, mais c'est sa théologie. Voilà à quoi sert la Révélation.

La lumière de l'Évangile éclaire le panorama du monde. Il y a des ombres, terribles et fortes: le péché et la mort surtout. Mais partout où parvient cette lumière apparaît le reflet de Dieu. L'Église le cherche, le reconnaît et s'en réjouit. Elle le trouve dans le cosmos: personne autant qu'un véritable chrétien ne peut être attiré par l'enchantement de l'univers. Son regard croise le regard illuminateur du Dieu créateur qui, dit l'Écriture, vit tout ce qu'il avait fait, et cela était très bon (Gen. I, 31).

Son regard s'arrête sur le visage de l'homme et c'est sur lui surtout qu'elle découvre le reflet de Dieu. Il se porte sur l'histoire de l'humanité et elle y trouve un fil conducteur, un sens qui aboutit au Christ et se concentre en lui, et ainsi de suite. Et le regard de l'Église se pose, oui, sur ce monde moderne, et celle-ci ne craint pas, elle ne fuit pas, mais elle contemple et bénit. Elle contemple et bénit l'œuvre de l'homme: la science, le travail, la société. Comme toujours, elle voit la misère et la grandeur, mais il y a aujourd'hui quelque chose de plus: l'Église voit sa vocation, elle voit sa mission, elle voit le besoin de sa présence. Les hommes ont besoin de sa vérité, de sa charité, de ses services, de sa prière.

Oh, combien de choses il y aurait à dire! Qu'il vous suffise de comprendre dans quel esprit et avec quel cœur l'Église du Concile aborde le monde moderne.

Elle s'ouvre à lui non pas pour être contaminée par ses mœurs, mais pour mettre en lui le ferment de son salut.

Et comprenez que maintenant nous de­vons nous conformer à cette conception de l'Église et du monde. Que Notre Bénédiction apostolique soit un présage de ce renouvellement.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 31 mars 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

NDLR :Les caractères gras sont de l’auteur du blog.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 10:19

Audience générale du 20 juillet 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Votre visite Nous trouve en vacances. Elle Nous trouve en effet dans cette résidence d'été des papes où l'excellent climat et la cessation de certaines obligations courantes qui constituent le travail ordinaire du pape Nous font espérer de refaire Nos faibles forces physiques. (Il Nous semble entendre l'aimable invitation que Jésus fit un jour à ses Apôtres: Venez à l'écart, en un lieu solitaire, et reposez-vous un peu —Marc VI, 31). Votre visite Nous trouve là où il Nous est loisible de vaquer en même temps, avec plus d'attention et de tranquillité, à deux formes d'activité que comporte Notre charge apostolique: l'étude et la prière.

A la prière spécialement. Quand nous méditons les paroles du Maître nous avertissant que le désir du Père est d'avoir des adorateurs en esprit et en vérité (Jean IV, 24) ; quand nous nous rappelons comment, par son exemple, il a enseigné à prier, comment il a toujours encouragé chez les siens cette activité spirituelle primordiale; quand nous évoquons l'école des Apô­tres qui formaient les nouveaux fidèles à prier sans cesse (saint Paul, par exemple, qui dit aux Thessaloniciens: Priez sans jamais vous arrêter — 1 Thess. V, 17) ; quand nous cherchons à nous faire une vue d'ensemble du christianisme, de son essence religieuse, de son dessein surnaturel relatif aux rapports entre Dieu et l'homme, de son message en vue de vivifier les âmes, de la vocation au sacerdoce royal qui autorise chaque fidèle à dialoguer avec Dieu et à l'appeler Père (cf. Rom. VIII, 15; Gai. IV, 6); quand, dans l'histoire, nous étudions la vie chré­tienne telle que l'ont manifestée ses expressions les plus élevées et les plus pures; et quand nous observons les besoins les plus réels, les plus profonds, les plus négligés, des hommes de notre temps, nous ne pouvons pas ne pas conclure à la primauté de la prière dans le domaine de l'activité multiforme de l'Église.

L'Église est la société des hommes qui prient. Son but pre­mier est d'enseigner à prier. Si nous voulons savoir ce que fait l'Église, nous devons remarquer qu'elle est une école d'oraison. Elle rappelle aux fidèles l'obligation de la prière; elle éveille en eux l'aptitude à prier, le besoin de la prière. Elle leur enseigne comment et pourquoi il faut prier; elle fait de la prière le « grand moyen » du salut et la proclame en même temps fin suprême et prochaine de la vraie religion. L'Église fait de la prière l'expres­sion élémentaire et sublime de la foi: croire et prier se fondent en un seul acte. Elle en fait aussi l'expression de l'espérance. Se souvenant de l'enseignement de Jésus, elle ne cesse de nous rappeler que, pour obtenir ce que nous désirons, il faut prier; demandez et vous recevrez (Jean XVI, 24; Math. XXI, 22). L'Église enfin proclame l'identité de la prière et de la charité. Bossuet l'affirme: « Il est certain qu'il n'y a que la seule charité qui prie » (Sermons I, 374). Prier c'est aimer (cf. Bremond, Phil. de la prière, 21).

Chacun sait tout ce qui a été dit, écrit, fait à propos de la prière. C'est un sujet d'une fécondité inépuisable. Ce qu'il importe maintenant de noter, si nous voulons connaître la mission de l'Église, c'est l'importance essentielle et suprême qu'elle attribue à la prière, soit en tant qu'activité personnelle jaillissant de l'intime du cœur humain, soit en tant que culte divin, dans lequel se fait entendre la voix de la communauté chrétienne. Contemplation et liturgie sont deux moments obli­gatoires et complémentaires de l'expression religieuse de l'Église, pénétrée par le souffle de l'Esprit-Saint et vivant du Christ dont la vie se poursuit et agit en elle ( Liturgie et con­templation, Desclée de Br.).

Et vous savez tous également que la première déclaration, la première réforme, le premier renouveau que le Concile œcumé­nique a donnés à l'Église a eu pour objet la liturgie, c'est-à-dire la prière officielle et communautaire de l'Église. Qu'on veuille bien se le rappeler.

Que dire de ceux qui distinguent dans l'activité de l'Église le culte et l'apostolat, séparant l'un de l'autre, donnant la préfé­rence au second au détriment du premier ? Et que dire de ceux qui jugent illusoire, ennuyeuse et inutile la vie intérieure, et qui estiment pratiquement comme une perte de temps sans profit la recherche voulue du silence extérieur pour percevoir la voix intime du colloque intérieur ?

Le christianisme pourra-t-il jamais renseigner sur lui-même le monde qui a besoin de vérité vitale, s'il ne se présente pas comme l'art d'explorer les profondeurs de l'esprit, de converser avec Dieu et de former ses adeptes à la prière ? Un christianisme privé d'une vie de prière profondément ressentie et aimée aura-t-il jamais le souffle prophétique qui lui est nécessaire pour imposer aux mille voix qui résonnent dans le monde sa voix qui crie, qui chante, qui inquiète et qui sauve ? Une activité qui prétend témoigner du Christ et mettre dans l'humanité le ferment de la nouveauté régénératrice aura-t-elle jamais les charismes indispensables de l’Esprit-Saint, si elle ne parvient pas, dans l'humilité et la sublimité de la prière, jusqu'au secret de sa certitude et de sa force ?

Nous vous disons ces choses, très chers fils, pour que vous ayez toujours à l'esprit la notion de la nécessité de la prière et pour que vous sachiez répondre à l'invitation solennelle du Concile œcuménique à revenir tous aux eaux pures et vitales de la prière de l'Eglise. Vous savez l'effort que l'Église déploie pour redonner au peuple chrétien le goût et la capacité de prier avec elle et, avec elle, de célébrer et de vivre ses mystères de grâce et de présence divine.

Et cela, Nous vous le disons pour que, pendant cette période des vacances d'été, chacun de vous s'ingénie à trouver des moments de recueillement intérieur, de ferveur spirituelle, de renouvellement religieux. Au délassement des fatigues ordinaires du métier, qu'on ajoute une veille spirituelle: les loisirs doivent aussi servir à cela.

Et puisque votre visite Nous a amené à cette considération et Nous a suggéré cette recommandation, Nous encourageons votre bon désir d'un réveil spirituel par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL  VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 21 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 10:40

Audience générale du 27 juillet 1966 '.

Chers Fils et chères Filles,

Vous aussi, comme tous ceux qui, membres ou non de l'Église, ont été obligés par le grand événement du Concile œcuménique de réfléchir sur la nature et la mission de l'Église, vous vous êtes certainement demandé: réellement, que fait l'Église? Quelle est sa mission ? Quelle est son activité précise ?

Les réponses à ces questions sont faciles, bien qu'elles ne manquent ni d'importance ni d'intérêt. Il est clair que l'Église vit et œuvre pour continuer et étendre la mission même du Christ. L'idée fondamentale, qui commande toute la doctrine sur l'Église, est celle de la continuation. L'Église est un prolon­gement et un développement de l'Évangile. L'Église apporte le Christ dans le temps, dans les siècles, dans l'histoire; et elle avance vers la rencontre finale, eschatologique, avec le Christ glorieux. Une parole du Seigneur l'assure: Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde (Math. XXVIII, 20). Mais cette continuité n'est pas purement statique, immobile, conser­vatrice. L'Église n'est pas une institution repliée sur elle-même, simplement préoccupée de se défendre et de se conserver. L'Église est faite pour rendre témoignage. Le Seigneur dit aux Apôtres avant de les quitter: Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre (Actes I, 8). L'Église est destinée à couvrir la terre, elle a été instituée pour toute l'humanité; elle est uni­verselle, c'est-à-dire catholique.

Il faut bien réfléchir sur cette vocation propre de l'Église et se rappeler comment le Seigneur a voulu que nous nous la repré­sentions comme une semence qui, de sa nature, doit germer, croître et fructifier; ou comme un levain qui pénètre, soulève, gonfle la pâte et lui donne sa saveur.

Cela signifie que l'Église, de par sa nature, est apostolique, c'est-à-dire missionnaire, entendant par là qu'elle est toujours active et tout entière engagée à répandre^ son message de salut, sa conception de la vie et du monde, son Évangile.

Que fait donc l'Église? Cela saute aux yeux: elle parle, elle prêche, elle propose, elle répand, elle proclame la doctrine du Christ. Elle prêche sur les toits ce qui lui a été murmuré à l'oreille (cf. Math. X, 27). L'Église, là où elle vit, là où elle est comprise, là où elle est fidèle au mandat du Christ, exerce une activité principale irremplaçable: elle annonce la Parole de Dieu. La foi, base de tout le système doctrinal et moral du christianisme, exige cette annonce, exige la prédication: La foi naît de la prédication, dit saint Paul, fides ex auditu (Rom. X, 17). La catéchèse — une catéchèse exacte, fidèle, orthodoxe, pas arbitraire, pas changeante — est son premier devoir. La liturgie de la parole précède la liturgie eucharistique. L'Église est l'écho incessant, exact et autorisé, des enseignements du Seigneur. L'Église est un apostolat, elle est une école, elle est une « propa­gation de la foi », elle est un effort qui va jusqu'à l'obstination (vous rappelez-vous ce que disaient les Apôtres ? Nous ne pouvons pas... ne pas parler—Actes IV, 20), et jusqu'au sacrifice (vous souvenez-vous d'Étienne ? Et que sont les martyrs sinon les prédicateurs, les témoins de l'Évangile, par leur sang?).

Nous ne verrions pas la fin de ces simples considérations si Nous voulions montrer, à l'aide de citations des textes conciliaires, comment et combien l'Église, en ce grand acte de réflexion sur elle-même au cours du Ile Concile du Vatican, a confirmé et exprimé cette mission propre, fondamentale, qui est la sienne: être apostolique, être rnissionnaire, se répandre. « Durant son pèlerinage sur terre, l'Église de sa nature est missionnaire » proclame le décret conciliaire Ad génies (n. 2).

Et, vous le savez, ce qui caractérise le récent Concile c'est la reconnaissance de la vocation de tous les fidèles, plus encore, de l'obligation qu'ils ont tous de « répandre la foi et de la défendre, par la parole et les œuvres, comme de véritables témoins du Christ » (Lumen gentium, 11). Et cette reconnaissance se précise dans l'affirmation qui étend aux laïcs catholiques le droit-devoir à l'apostolat (ibid. 33; Apostolicam actuositatem, 2, 3, etc.).

Cette doctrine merveilleuse, nouvelle en un certain sens, indique ce que fait l'Église: elle appelle les hommes, les instruit, les fortifie, les mobilise, les fait participer à sa mission de salut, éveille en eux la conscience d'un messianisme commun et favorise en chacun d'eux le dévouement à la cause du Christ, non par un rêve de conquête et de puissance, mais par une exigence d'amour envers tous les vivants et pour la gloire du royaume de Dieu.

Nous voudrions ici demander à chacun si vous avez fait attention à cette nouvelle vigueur apostolique qui doit au­jourd'hui s'emparer des âmes de tous ceux qui se disent catho­liques et les rendre tous capables de donner sur le Christ un témoignage nouveau et positif. C'est ce que devrait être « l'après-concile », c'est là le renouveau, 1'aggiornamento souhaité par le Concile œcuménique.

A ce propos, vous observerez deux phénomènes différents et divergents. Celui de ces fils de l'Église qu'on dirait fatigués d'être catholiques et qui profitent de cette période de révision et d'adaptation de la vie pratique de l'Église pour tout mettre en question, pour se lancer dans une critique systématique et négative de la discipline ecclésiastique, pour chercher la voie la plus facile pour le christianisme, un christianisme vidé de l'expérience et du développement de sa tradition, un christia­nisme complaisant à l'esprit des autres opinions et aux mœurs du monde, un christianisme non contraignant, non dogmatique, « non clérical », comme ils disent. Est-il possible que du Concile découle logiquement une telle lassitude d'être catholique ?

L'autre phénomène est, au contraire, la découverte qu'on est catholique et la joie de l'être, et avec la joie une nouvelle ferveur dans l'action qui met en tant de cœurs des désirs, des espérances, des résolutions, des audaces en vue d'une nouvelle activité apostolique. Le Concile a suscité une génération d'esprits vigi­lants qui ont entendu l'appel suppliant de l'Église à un plus grand effort apostolique, qui se sont affranchis de l'esprit grégaire, de la passivité, de la routine qui asservit spirituelle­ment tant de personnes en notre monde actuel. Ils se sont imposé des sacrifices — chez certains, un grand sacrifice — pour se mettre au service de l'Église. Certains n'ont pas craint d'offrir leur vie au Christ (le phénomène des vocations d'adultes est d'une magnifique éloquence) ; d'autres, même des laïcs — par­fois mari et femme — sont partis pour les terres de mission; d'autres, sans quitter le lieu de leur travail, ont opté pour un renouveau spirituel profond et pour une plus généreuse activité ecclésiale; ils ont « choisi la sainteté ». Et la sainteté, vous le savez bien, comporte aujourd'hui la charité de l'apostolat.

Fils et filles qui Nous écoutez, êtes-vous de ceux-là ?

Nous l'espérons, Nous le souhaitons en vous accordant Notre Bénédiction apostolique.

Paul VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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