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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 10:19

Audience générale du 20 juillet 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Votre visite Nous trouve en vacances. Elle Nous trouve en effet dans cette résidence d'été des papes où l'excellent climat et la cessation de certaines obligations courantes qui constituent le travail ordinaire du pape Nous font espérer de refaire Nos faibles forces physiques. (Il Nous semble entendre l'aimable invitation que Jésus fit un jour à ses Apôtres: Venez à l'écart, en un lieu solitaire, et reposez-vous un peuMarc VI, 31). Votre visite Nous trouve là où il Nous est loisible de vaquer en même temps, avec plus d'attention et de tranquillité, à deux formes d'activité que comporte Notre charge apostolique: l'étude et la prière.

A la prière spécialement. Quand nous méditons les paroles du Maître nous avertissant que le désir du Père est d'avoir des adorateurs en esprit et en vérité (Jean IV, 24) ; quand nous nous rappelons comment, par son exemple, il a enseigné à prier, comment il a toujours encouragé chez les siens cette activité spirituelle primordiale; quand nous évoquons l'école des Apô­tres qui formaient les nouveaux fidèles à prier sans cesse (saint Paul, par exemple, qui dit aux Thessaloniciens: Priez sans jamais vous arrêter1 Thess. V, 17) ; quand nous cherchons à nous faire une vue d'ensemble du christianisme, de son essence religieuse, de son dessein surnaturel relatif aux rapports entre Dieu et l'homme, de son message en vue de vivifier les âmes, de la vocation au sacerdoce royal qui autorise chaque fidèle à dialoguer avec Dieu et à l'appeler Père (cf. Rom. VIII, 15; Gai. IV, 6); quand, dans l'histoire, nous étudions la vie chré­tienne telle que l'ont manifestée ses expressions les plus élevées et les plus pures; et quand nous observons les besoins les plus réels, les plus profonds, les plus négligés, des hommes de notre temps, nous ne pouvons pas ne pas conclure à la primauté de la prière dans le domaine de l'activité multiforme de l'Église.

L'Église est la société des hommes qui prient. Son but pre­mier est d'enseigner à prier. Si nous voulons savoir ce que fait l'Église, nous devons remarquer qu'elle est une école d'oraison. Elle rappelle aux fidèles l'obligation de la prière; elle éveille en eux l'aptitude à prier, le besoin de la prière. Elle leur enseigne comment et pourquoi il faut prier; elle fait de la prière le « grand moyen » du salut et la proclame en même temps fin suprême et prochaine de la vraie religion. L'Église fait de la prière l'expres­sion élémentaire et sublime de la foi: croire et prier se fondent en un seul acte. Elle en fait aussi l'expression de l'espérance. Se souvenant de l'enseignement de Jésus, elle ne cesse de nous rappeler que, pour obtenir ce que nous désirons, il faut prier; demandez et vous recevrez (Jean XVI, 24; Math. XXI, 22). L'Église enfin proclame l'identité de la prière et de la charité. Bossuet l'affirme: « Il est certain qu'il n'y a que la seule charité qui prie » (Sermons I, 374). Prier c'est aimer (cf. Bremond, Phil. de la prière, 21).

Chacun sait tout ce qui a été dit, écrit, fait à propos de la prière. C'est un sujet d'une fécondité inépuisable. Ce qu'il importe maintenant de noter, si nous voulons connaître la mission de l'Église, c'est l'importance essentielle et suprême qu'elle attribue à la prière, soit en tant qu'activité personnelle jaillissant de l'intime du cœur humain, soit en tant que culte divin, dans lequel se fait entendre la voix de la communauté chrétienne. Contemplation et liturgie sont deux moments obli­gatoires et complémentaires de l'expression religieuse de l'Église, pénétrée par le souffle de l'Esprit-Saint et vivant du Christ dont la vie se poursuit et agit en elle ( Liturgie et con­templation, Desclée de Br.).

Et vous savez tous également que la première déclaration, la première réforme, le premier renouveau que le Concile œcumé­nique a donnés à l'Église a eu pour objet la liturgie, c'est-à-dire la prière officielle et communautaire de l'Église. Qu'on veuille bien se le rappeler.

Que dire de ceux qui distinguent dans l'activité de l'Église le culte et l'apostolat, séparant l'un de l'autre, donnant la préfé­rence au second au détriment du premier ? Et que dire de ceux qui jugent illusoire, ennuyeuse et inutile la vie intérieure, et qui estiment pratiquement comme une perte de temps sans profit la recherche voulue du silence extérieur pour percevoir la voix intime du colloque intérieur ?

Le christianisme pourra-t-il jamais renseigner sur lui-même le monde qui a besoin de vérité vitale, s'il ne se présente pas comme l'art d'explorer les profondeurs de l'esprit, de converser avec Dieu et de former ses adeptes à la prière ? Un christianisme privé d'une vie de prière profondément ressentie et aimée aura-t-il jamais le souffle prophétique qui lui est nécessaire pour imposer aux mille voix qui résonnent dans le monde sa voix qui crie, qui chante, qui inquiète et qui sauve ? Une activité qui prétend témoigner du Christ et mettre dans l'humanité le ferment de la nouveauté régénératrice aura-t-elle jamais les charismes indispensables de l’Esprit-Saint, si elle ne parvient pas, dans l'humilité et la sublimité de la prière, jusqu'au secret de sa certitude et de sa force ?

Nous vous disons ces choses, très chers fils, pour que vous ayez toujours à l'esprit la notion de la nécessité de la prière et pour que vous sachiez répondre à l'invitation solennelle du Concile œcuménique à revenir tous aux eaux pures et vitales de la prière de l'Eglise. Vous savez l'effort que l'Église déploie pour redonner au peuple chrétien le goût et la capacité de prier avec elle et, avec elle, de célébrer et de vivre ses mystères de grâce et de présence divine.

Et cela, Nous vous le disons pour que, pendant cette période des vacances d'été, chacun de vous s'ingénie à trouver des moments de recueillement intérieur, de ferveur spirituelle, de renouvellement religieux. Au délassement des fatigues ordinaires du métier, qu'on ajoute une veille spirituelle: les loisirs doivent aussi servir à cela.

Et puisque votre visite Nous a amené à cette considération et Nous a suggéré cette recommandation, Nous encourageons votre bon désir d'un réveil spirituel par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL  VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 21 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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