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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 19:04

Il est certain que si le Pape Innocent II n'avait pas purifié le clergé de la Sainte Eglise des infiltrés en dégradant tous les clercs partisans de l'Antipape juif Pierleoni ou consacrés par lui, Évêques et Cardinaux compris, l'Eglise aurait probablement succombé sous la poussée du mouvement révolutionnaire ou devant l'attaque insidieuse des sociétés secrètes hérétiques, dont les faux chrétiens pratiquant en secret le Judaïsme avaient tendu le dangereux réseau à travers toute la Chrétienté.

Si donc, dans ces moments décisifs de la lutte, les infiltrés avaient gardé leurs positions dans le Corps Cardinalice et les Épiscopats, ils auraient pu combiner leur action avec celle des forces révolutionnaires des sectes hérétiques pour désintégrer l'Eglise dans ses plus hautes hiérarchies.

L'épuration réalisée par Innocent II sauva la Chrétienté d'une imminente catastrophe dans les décennies qui suivirent.

Extrait de : 2000 ANS DE COMPLOTS CONTRE L'EGLISE

Lors de son retour d’exil, le Pape Paul VI devra lui aussi purifier le clergé de la Sainte Église.

Prions pour lui, afin que le Saint Esprit l’éclaire dans sa tache.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 12:44

Cet article est reposté depuis Le blog de senex.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 16:15

Rien ne seconde la persévérance com­me la prévision des difficultés jointe à celle des moyens de les surmonter.

Dans ce but, nous allons réfléchir sur les épreuves de l'espérance ; après avoir considéré leur raison d'être, nous les verrons sillonnant la vie de la Sainte Vierge, puis notre propre vie.

MÉDITATION

Prenons pour cuirasse la foi et la charité, et pour casque l'espé­rance ; car Dieu ne nous a pas destinés à éprouver sa colère mais à obtenir le salut par Notre-Seigneur Jésus-Christ. (I Thess 5, 8 et 9.)

Les épreuves de l'espérance : leur raison d'être.

Dieu se plaît à éprouver l'espérance de ceux qui Lui sont chers. La vie d'Abraham, telle qu'elle est retracée dans la Sainte Écriture, nous offre un exemple remarquable de cette conduite de Dieu. Une descendance innombrable est promise à ce patriarche, promise en Ïsaac ; et cependant, il reçoit l'ordre de sacrifier l'héritier des promesses. Au moment où il lève le bras pour frapper, ce père ne semble-t-il pas ruiner de sa propre main l'espérance qu'il garde au cœur?

Que de fois, dans la vie des saints, nous voyons leurs plus chers projets compromis par la contradiction, au point de paraître désespéré ! Eux également sont quelquefois obligés de porter le coup fatal à l'œuvre qu'ils pensaient accomplir à la gloire de Dieu.

Pourquoi de pareilles épreuves? Dieu ne permet rien qui ne puisse Le glorifier et nous être utile. Combien plus belle, plus éclatante, l'espérance de l'homme dont on peut dire : Contra spem in spem credidit : Il espéra contre toute espérance. Le fondement de la véritable espérance est la foi. Or, quand tout semble sourire nos projets et préparer l'événement attendu, savons-nous quels sont nos appuis?

Ces apparences favorables, ou bien Dieu ? Assurément, les créatures et leur action viennent de Dieu, ne subsistent que par Lui. Mais cette dépendance essentielle des créatures échappe souvent, à notre attention, et nous nous reposons sur le néant, alors que nous affirmons ne nous fier qu’a Dieu. Au contraire, quand, humainement parlant, tout croule, alors nous pouvons contrôler la sincérité de notre espérance.

Si celle-ci demeure ferme, quel beau spectacle pour les anges et les hommes ! Sommes-nous ébranlés, nous constatons un défaut de notre espérance. Sans nous décourager, tentons un nouvel essai avec plus de vigueur. La défaite spirituelle ne sera pas définitive!

Les épreuves de l'espérance dans la vie de la Ste Vierge.

Une lecture assidue de la Bible rendait familières à Marie les annonces prophétiques de l'avenir d'Israël. Quelles magni­fiques destinées étaient promises à ce peuple! Mais comme elles contrastaient avec la réalité ! Jusqu'à l'avènement du Messie, le sceptre ne devait pas sortir de Juda ; et ce royaume, déjà tribu­taire des Romains, était sur le point de finir, alors que rien ne préparait une glorieuse revanche. Tout annonçait la ruine et la déchéance, où tout devait être gloire et résurrection.

Son divin Fils naissait comme Sauveur universel. Et voilà qu'il rencontre la contradiction et l'incrédulité jusque dans sa famille ; et sa carrière, à peine éclairée de la lueur de quelques succès momentanés, se termine par la défaite, en apparence définitive, de la croix. N'oublions pas ici de considérer la passion et la croix du Sauveur, non pas telles qu'elles nous apparaissent, illuminées des clartés du triomphe sur la mort ; mais, pour saisir toute la profondeur de l'espérance de Marie, revivons les heures el les jours d'angoisse, pendant lesquels affluaient auprès, de la Mère de Dieu les nouvelles de plus en plus désolantes, avec les appréciations pessimistes que provoquaient la haine des prêtres, lu peur des disciples, et l'oubli du peuple entier.

Ah! Comme ceux qui désespéraient paraissaient avoir raison! Abraham, lui, du moins ne vit pas tomber la tête de son cher fils. Sous les yeux de Marie, le voile de la mort s'étendit pleinement sur le corps et le visage de Jésus, et, semblait-il, sur sa mission elle-même. Ajoutons encore que tout ce que l'affection fait éprouver de peine, augmente la propension au découragement.

Sur la grandeur d'un désastre ainsi compris, mesurons l'espérance de la Vierge. Elle nous apparaîtra magnifique et digne de toute admiration. Nous féliciterons Marie, et nous rendrons grâces à Dieu.

Les épreuves de l'espérance dans notre vie.

Les épreuves sont d'ordre public et d'ordre particulier.

Épreuves d'ordre public. Nous représentons une cause destinée à triompher. Quels sont pourtant les présages d'avenir qui se dégagent des circonstances actuelles? L'atmosphère ambiante est antichrétienne; l'audace et la force sont au service de l'irréligion; l'on dirait que la timidité et l'hésitation carac­térisent trop souvent les partisans du Christ et les défenseurs de l'Église. On parle de défections multiples, jusque dans les rangs du clergé; l'apostasie officielle paraît un fait accompli. Et combien s'imaginent entendre sonner le glas de notre foi ! Notre allure n'est-elle pas celle, non de conquérants, mais de vaincus qui lâchent pied et reculent !

Épreuves particulières. Que de raisons semblent faites pour nous décourager! Tandis que l'espérance porte sur des biens éloignés et invisibles, des voix contraires, s'élèvent en nous, qui nous présentent des jouissances palpables et actuelles.

Et leur puissance d'entraînement se trouve augmentée par l'exemple d'une foule d'hommes qui se laissent séduire. A cette épreuve de la sensualité et de l'exemple d'autrui s'ajoutent de fréquents désastres intérieurs, des infidélités ou même des péchés, qui nous portent à laisser tomber les bras de lassitude et de découragement. La vertu chrétienne nous est-elle possible ? Que dire de la per­fection? Qui sommes-nous pour y tendre, pour y parvenir!

Cependant Dieu nous dit d'espérer, d'espérer la vertu et même la perfection. Et si nous espérons, nous atteindrons le but. Répétons la parole si formelle : Spes non confundit. L'espoir ne confond point. Dieu nous annonce le jour où les justes relèveront la tête ; où les impies seront livrés à une confusion publique et irrémédiable. Comptons sur cet avenir : il y va de nos plus chers intérêts.

Colloque

Supplions Marie, au pied de la croix, de nous communiquer quelque chose de son invincible espérance. Salve, Regina,... Spes nostra, salve. Salut, ô Reine ! O vous, notre espérance, salut !

Extrait de : MEDITATIONS SUR LA SAINTE VIERGE (1921) CASTERMAN

Vermeersch. S. J. Professeur de Théologie

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 06:54

Souffrir toutes sortes de croix.

10° Résolvez-vous, chers Amis de la Croix, à souffrir toutes sortes de Croix sans exception et sans choix: toute pau­vreté, toute injustice, toute perte, toute maladie, toute humiliation, toute contra­diction, toute calomnie, toute sécheresse, tout abandon, toute peine intérieure et extérieure, disant toujours : Mon cœur est préparé, mon Dieu; mon cœur est pré­paré. Préparez-vous donc à être délaissés des hommes et des anges, et comme de Dieu même; à être persécutés, enviés, trahis, calomniés, discrédités et abandon­nés de tous ; à souffrir la faim, la soif, la mendicité, la nudité, l'exil, la prison, la potence et toutes sortes de supplices, quoique vous ne l'ayez pas mérité pour les crimes qu'on vous impose. Enfin ima­ginez-vous qu'après avoir perdu vos biens et votre honneur; qu'après avoir été jetés hors de votre maison comme Job et sainte Elisabeth, reine de Hon­grie..., on vous jette, comme cette sainte, dans la boue ; on vous traîne, comme Job sur un fumier, tout puant et couvert d'ul­cères, sans qu'on vous donne du linge pour mettre sur vos plaies, ni un morceau de pain à manger qu'on ne refuserait pas à un cheval ou à un chien; qu'avec tous ces maux extrêmes Dieu vous laisse com­me en proie à toutes les tentations des dé­mons, sans verser dans votre âme la moindre consolation sensible. Croyez fer­mement que voilà le souverain point de la gloire divine et de la félicité véritable d'un vrai et parfait Ami de la Croix.

Regarder habituellement ces quatre choses:

11° Pour vous aider à bien souffrir, faites-vous une sainte habitude de re­garder quatre choses :

Premièrement, l'œil de Dieu, qui, com­me un grand roi, du haut d'une tour, regarde son soldat dans la mêlée, avec com­plaisance et avec louange de son courage. Qu'est-ce que Dieu regarde sur la terre ? Les rois et les empereurs sur leurs trô­nes ? Il ne les regarde souvent qu'avec mépris. Les grandes victoires des armées de l'État, les pierres précieuses, les cho­ses, en un mot, qui sont grandes aux yeux des hommes? Ce qui est grand aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu. Qu'est-ce donc qu'il regarde avec plaisir et complaisance, et dont il deman­de des nouvelles aux anges et aux dé­mons mêmes? C'est un homme qui se bat pour Dieu avec la fortune, avec le monde, avec l'enfer et avec soi-même, un hom­me qui porte joyeusement sa Croix. N'as-tu pas vu sur la terre une grande mer­veille que tout le Ciel regarde avec admi­ration ? dit le Seigneur à Satan. N'as-tu pas vu mon serviteur Job qui souffre pour moi ?

Secondement, considérez la main de ce tout-puissant Seigneur, qui fait tout le mal de la nature qui nous arrive, depuis le plus grand jusqu'au moindre. (Ce mal de la nature désigne les maux natu­rels qui sont la conséquence de l'activité naturel­le des choses, comme les cataclysmes, les mala­dies, et beaucoup d'infirmités ou d'accidents. Cet­te activité naturelle des éléments peut avoir des effets désastreux, mais en elle-même, elle n'a rien de répréhensible ; et, comme les qualités naturelles proviennent de Dieu, ainsi que leur exercice, on peut dire que Dieu lui-même les fait par les causes naturelles qu'il a créées. Il faut donc toujours savoir s'élever au-dessus des mal­heurs de ce genre, pour adorer la Providence.

Quant au mal moral, les péchés, etc., Dieu ne les fait en aucune façon ; il permet cependant qu'ils arrivent, comme une conséquence de la liberté humaine ici-bas. )

La même main qui a mis une armée de cent mille hommes sur le carreau, a fait tomber la feuille de l'arbre et le cheveu de votre tête ; la main qui avait touché Job rudement, vous touche doucement par le petit mal qu'elle vous fait. De la mê­me main, il forme le jour et la nuit, le soleil et les ténèbres, le bien et le mal ; il a permis les péchés qu'on commet en vous choquant, il n'en a pas fait la ma­lice, mais il en a permis l'action. Ainsi quand vous verrez un Semeï vous dire des injures, vous jeter des pierres comme au Roi David, dites en vous-mêmes : « Ne nous vengeons point, laissons-le fai­re, car le Seigneur lui a ordonné d'en agir ainsi. Je sais que j'ai mérité toutes sortes d'outrages, et que c'est avec jus­tice que Dieu me punit. Arrêtez-vous, mes bras ; vous, ma langue, arrêtez-vous, ne frappez point, ne dites mot. Cet hom­me ou cette femme me disent ou font des injures: ce sont les ambassadeurs de Dieu, qui viennent de la part de sa misé­ricorde pour tirer vengeance à l'amiable. N'irritons pas sa justice en usurpant les droits de sa vengeance; ne méprisons pas sa miséricorde, en résistant à ses coups de fouet tout amoureux, de peur qu'elle ne nous renvoie, pour se venger, à la pure justice de l'éternité. »

Regardez une main de Dieu toute puis­sante et prudente, qui soutient, tandis que son autre vous frappe; il mortifie d'une main, et vivifie de l'autre ; il abaisse et il relève, et de ses deux bras il atteint d'un bout à l'autre de votre vie doucement et fortement : doucement, en ne permettant pas que vous soyez tentés et affligés au-dessus de vos forces ; fortement, en vous secondant d'une grâce puissante, qui cor­respond à la force et à la durée de la ten­tation et de l'affliction ; fortement encore, en devenant lui-même, comme il le dit par l'esprit de sa sainte Église, votre ap­pui sur le bord du précipice auprès duquel vous êtes, votre compagnon dans le chemin où vous vous égarez, votre om­brage dans le chaud qui vous brûle, votre vêtement dans la pluie qui vous mouille et le froid qui vous glace, votre voiture dans la lassitude qui vous accable, votre secours dans l'adversité qui vous arrive, votre bâton dans les pas glissants, et vo­tre port au milieu des tempêtes qui vous menacent de ruine et de naufrage.

Troisièmement, regardez les plaies et les douleurs de Jésus-Christ crucifié. Il vous le dit lui-même : « O vous tous, qui passez par la voie épineuse et crucifiée par laquelle j'ai passé, regardez et voyez; regardez des yeux mêmes de votre corps, et voyez, par les yeux de votre contem­plation, si votre pauvreté, votre nudité, votre mépris, vos douleurs, vos abandons, sont semblables aux miens; regardez-moi, moi qui suis innocent, et plaignez-vous, vous qui êtes coupables.» Le Saint-Esprit nous ordonne, par la bouche des Apôtres, ce même regard de Jésus-Christ crucifié; il nous commande de nous armer de cette pensée plus perçante et plus terrible à tous nos ennemis que toutes les autres armes. Quand vous serez attaqués par la pauvreté, l'abjection, la douleur, la tentation et les autres croix, armez-vous d'un bouclier, d'une cuirasse, d'un casque, d'une épée à deux tranchants : savoir, de la pensée de Jésus-Christ crucifié; voilà la solution de toute difficulté et la victoi­re de tout ennemi.

Quatrièmement, regardez en haut la belle couronne qui vous attend dans le ciel, si vous portez bien votre croix. C'est cette récompense qui a soutenu les Pa­triarches et les Prophètes dans leur foi et leurs persécutions, qui ont animé les Apô­tres et les Martyrs dans leurs travaux et leurs tourments. Nous aimons mieux, di­saient les Patriarches avec Moïse nous aimons mieux être affligés avec le peuple de Dieu, pour être heureux éternellement avec lui, que de jouir pour un moment d'un plaisir criminel. Nous souffrons de grandes persécutions à cause de la récom­pense, disaient les Prophètes avec David. Nous sommes des victimes destinées à la mort, comme un spectacle au monde, aux Anges et aux hommes par nos souffran­ces, et comme la balayure et l'anathème du monde, disaient les Apôtres et les Martyrs avec saint Paul, à cause du poids immense de la gloire éternelle, que ce mo­ment d'une légère souffrance produit en nous. Regardons sur notre tête les Anges qui nous crient : « Prenez garde de per­dre la couronne marquée pour la Croix qui vous est donnée, si vous la portez bien. Si vous ne la portez pas bien, un autre la portera comme il faut et ravira votre couronne. » « Combattez fortement en souffrant patiemment, nous disent tous les saints, et vous recevrez un royaume éternel. » Écoutons enfin Jésus-Christ, qui nous a dit : « Je ne donnerai ma ré­compense qu'à celui qui souffrira et vaincra par la patience. »

Regardons en bas la place que nous méritons, et qui nous attend dans l'enfer avec le mauvais larron et les réprouvés, si nous souffrons comme eux avec mur­mure, avec dépit et avec vengeance. Écrions-nous avec saint Augustin : Brû­lez, Seigneur, coupes, tailles, tranchez en ce monde-ci pour punir mes péchés, pour­vu que vous les pardonniez dans l'éter­nité.

Ne pas se plaindre volontai­rement et avec murmure.

12° Ne vous plaignez jamais volontai­rement et avec murmure des créatures dont Dieu se sert pour vous affliger. Dis­tinguez pour cela trois sortes de plaintes dans les maux. La première est involon­taire et naturelle: c'est celle du corps qui gémit, qui soupire, qui se plaint, qui pleure, qui se lamente: quand l'âme, comme j'ai dit, est résignée à la volonté de Dieu dans sa partie supérieure, il n'y a aucun péché. La seconde est raisonna­ble: c'est quand on se plaint et découvre son mal à ceux qui peuvent y mettre or­dre, comme un supérieur, un médecin ; cette plainte peut être imparfaite quand elle est trop empressée, mais elle n'est pas péché. La troisième est criminelle (C’est-à-dire, péché ; mais péché dont la gra­vité reste proportionnée à la malice de la plainte.) : C’est lorsqu'on se plaint du prochain pour s'exempter du mal qui nous fait souffrir ou pour se venger, ou qu'on se plaint de la douleur que l'on souffre, en consentant à cette plainte et y ajoutant l'impatience et le murmure.

Recevoir les croix avec re­connaissance et remercier Dieu.

13° Ne recevez jamais aucune croix sans la baiser humblement, avec reconnaissance; et, quand Dieu tout bon vous aura favorisé de quelque croix un peu considérable, remerciez-l'en d'une ma­nière spéciale et l'en faites remercier par d'autres, à l'exemple de cette pauvre fem­me qui, ayant perdu tout son bien par un procès injuste qu'on lui suscita, fit aussi­tôt dire une messe, d'une pièce de dix sous qui lui restait, afin de remercier Dieu de la bonne aventure qui lui était arrivée.

Se charger soi-même de croix volontaires.

14° Si vous voulez vous rendre dignes de recevoir les croix qui vous viendront sans votre participation, et qui sont les meilleures, chargez-vous-en de volontai­res, avec l'avis d'un bon directeur. Par exemple, avez-vous chez vous quelque meuble inutile auquel vous avez quelque affection ? donnez-le au pauvre en disant : « Voudrais-tu avoir du superflu, quand Jésus est si pauvre ! » Avez-vous hor­reur de quelque nourriture, de quelque acte de vertu, de quelque mauvaise odeur? Goûtez, pratiquez, sentez, vain­quez-vous. Aimez-vous avec un peu trop de tendresse et empressement quelque personne, quelques objets? Abstenez-vous, privez-vous, éloignez-vous de ce qui vous flatte. Avez-vous quelque saillie de nature pour voir, pour agir, pour paraître, pour aller en quelque endroit? Arrêtez-vous, taisez-vous, cachez-vous, détournez vos yeux. Haïssez-vous naturellement un tel objet, une telle personne? Allez-y fréquemment, surmontez-vous.

En conclusion.

Si vous êtes vraiment Amis de la Croix, l'amour, qui est toujours indus­trieux, vous fera trouver ainsi mille pe­tites croix dont vous vous enrichirez insensiblement, sans crainte de la vanité, qui se mêle souvent dans la patience avec laquelle on endure les croix éclatantes ; et, parce que vous aurez été ainsi fidèles en peu de chose, le Seigneur, comme il l'a promis, vous établira sur beaucoup, c'est-à-dire sur beaucoup de grâces qu'il vous donnera, sur beaucoup de croix qu'il vous enverra, sur beaucoup de gloire qu'il vous préparera. (Fin)

Mon Dieu, je Vous aime, je Vous adore et je Vous remercie.

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 19:29

D. — Porter sa croix comme Jésus-Christ.

Règles pour bien la porter:

Mais il ne suffit pas de souffrir: le dé­mon et le monde ont leurs martyrs, mais il faut souffrir et porter sa croix sur les traces de Jésus-Christ, qu'il me suive, c'est-à-dire de la manière qu'il l'a portée, et voici pour cela les règles que vous devez garder.

Ne point se procurer de croix exprès.

1° Ne vous procurez point exprès et par votre faute des croix: il ne faut pas faire du mal pour qu'il en arrive du bien ; il ne faut pas, sans une inspiration spé­ciale, faire les choses d'une mauvaise ma­nière, pour s'attirer le mépris des hom­mes ; il faut plutôt imiter Jésus-Christ, dont il est dit qu'il a bien fait toutes cho­ses, non par amour-propre ou par vanité, mais pour plaire à Dieu et pour gagner le prochain. Et si vous vous acquittez le mieux que vous pouvez de vos emplois, vous n'y manquerez pas de contradic­tions, de persécutions, ni de mépris que la divine Providence vous enverra, contre votre volonté et sans votre choix.

Éviter le scandale des petits.

2° Si vous faites quelque chose d'indif­férent, dont le prochain se scandalise, quoique mal à propos, abstenez-vous-en par charité, pour faire cesser le scandale des petits ; et l'acte héroïque de la charité que vous faites en cette occasion, vaut infiniment mieux que la chose que vous faisiez ou que vous vouliez faire. Si ce­pendant le bien que vous faites est néces­saire ou utile au prochain, et que quelque pharisien ou mauvais esprit s'en scanda­lise mal à propos, consultez un sage pour savoir si la chose que vous faites est né­cessaire ou beaucoup utile au commun du prochain; et s'il la juge telle, continuez-la et laissez dire, pourvu qu'ils vous lais­sent faire, et répondez en cette occasion et que répondit Nôtre-Seigneur à quel­ques-uns de ses disciples, qui vinrent lui dire que les Scribes et les Pharisiens étaient scandalisés de ses paroles et de ses actions : Laissez-les, ce sont des aveugles.

Ne pas viser aux croix extraordinaires.

3° Quoique quelques saints et grands personnages aient demandé, recherché et même se soient procuré, par des actions ridicules, des croix, des mépris et des humiliations, adorons et admirons seule­ment l'opération extraordinaire du Saint-Esprit dans leur âme, et humilions-nous à la vue d'une si sublime vertu, sans oser voler si haut, n'étant, auprès de ces aigles rapides et de ces lions rugissants, que des poules mouillées et des chiens morts.

Demander la sagesse de la Croix.

4° Vous pouvez cependant, et même vous devez demander la sagesse de la Croix, qui est une science savoureuse et expérimentale de la vérité, qui fait voir dans le jour de la foi les mystères les plus cachés, entre autres celui de la Croix, ce qu'on n'obtient que par de grands tra­vaux, de profondes humiliations et des prières ferventes. Si vous avez besoin de cet esprit principal, qui fait porter les croix les plus lourdes avec courage; de cet esprit bon et doux, qui fait goûter dans la partie supérieure de l'âme les amertumes les plus dégoûtantes; de cet esprit sain et droit, qui ne cherche que Dieu; de cette science de la Croix, qui renferme toutes choses ; en un mot, de ce trésor infini dont le bon usage rend une âme participante de l'amitié de Dieu : demandez-la (cette sagesse de la Croix) incessamment et fortement, sans hésiter, sans crainte de ne la pas obtenir, et vous l'aurez immanquablement, et puis vous verrez clairement, par expérience, com­ment il peut se faire qu'on désire, qu'on recherche et qu'on goûte la Croix. (Par esprit principal, Montfort entend un esprit de bonne volonté, résolu, généreux. Il emprunte le qualificatif, et ceux qui suivent, au Psaume « Miserere ». )

Profiter de ses fautes.

5° Quand vous aurez, par ignorance ou même par votre faute, fait quelque bévue qui vous procure quelque croix, humiliez-vous-en aussitôt en vous-mêmes, sous la main puissante de Dieu, sans vous en troubler volontairement, disant, par exemple, intérieurement: Voilà, Sei­gneur, un tour de mon métier; et s'il y a eu péché dans la faute que vous avez faite, prenez l'humiliation qui vous en revient comme son châtiment; et, s'il n'y a point péché, comme une humiliation de votre orgueil. Souvent, et même très souvent, Dieu permet que ses plus grands serviteurs, qui sont les plus élevés en sa grâce, fassent des fautes des plus humi­liantes, afin de les humilier à leurs yeux et devant les hommes, afin de leur ôter la vue et la pensée orgueilleuse des grâces qu'il leur donne et du bien qu'ils font, afin qu'aucune chair, comme dit le Saint-Esprit, ne se glorifie devant Dieu.

Voir Dieu qui conduit, par la croix, à l'humilité et à la sainteté.

Soyez bien persuadés que tout ce qui est en nous est tout corrompu par le péché d'Adam et par les péchés actuels, et non seulement les sens du corps, mais toutes les puissances de l'âme ; et que, dès lors que notre esprit corrompu regarde quelque don de Dieu en nous avec ré­flexion et complaisance, ce don, cette ac­tion, cette grâce devient toute souillée et corrompue, et Dieu en détourne ses yeux divins. Si les regards et les pensées de l'esprit de l'homme gâtent ainsi les meil­leures actions et les dons les plus divins, que dirons-nous des actes de la volonté propre, qui sont encore plus corrompus que ceux de l'esprit? Après cela il ne faut pas s'étonner si Dieu prend plaisir à cacher les siens dans le secret de sa face, afin qu'ils ne soient point souillés par les regards des hommes et par leur propre connaissance ; et, pour les cacher ainsi, que ne fait point ce Dieu jaloux ! Combien d'humiliations leur procure-t-il? En combien de fautes les laisse-t-il tom­ber ? De quelles tentations permet-il qu'ils soient attaqués, comme saint Paul ? En quelles incertitudes, ténèbres, perplexités, les laisse-t-il ! Oh ! Que Dieu est admira­ble dans ses Saints et dans les voies qu'il tient pour les conduire à l'humilité et à la sainteté !

Veiller aux illusions.

7° Prenez donc bien garde de croire, comme les dévots orgueilleux et pleins d'eux-mêmes, que vos croix sont grandes, qu'elles sont des épreuves de votre fidélité et des témoignages d'un amour singulier de Dieu en votre endroit : ce geste d'or­gueil spirituel est fort fin et délicat, mais plein de venin.

Vous devez croire: que votre orgueil et votre délicatesse vous font prendre pour des poutres, des pailles ; pour des plaies, des piqûres ; pour un éléphant, un rat; pour une injure atroce et un abandon cruel, une petite parole en l'air, un petit rien dans la vérité; que les croix que Dieu vous envoie sont plu­tôt des châtiments amoureux de vos pé­chés, comme il est en effet, que des mar­ques d'une bienveillance spéciale; que, quelque croix et quelque humiliation qu'il vous envoie, il vous épargne infiniment, vu le nombre et l'énormité de vos crimes, que vous ne devez regarder qu'à travers la sainteté de Dieu, qui ne souffre rien d'impur, et que vous avez attaqué; à tra­vers un Dieu mourant et accablé de dou­leurs à cause de l'apparence de votre pé­ché; et à travers un enfer éternel que vous avez mérité mille et peut-être cent mille fois ; que, dans la patience avec laquelle vous souffrez, vous y mêlez plus d'humains et de naturel que vous ne pen­sez: témoins ces petits ménagements, ces secrètes recherches de la consolation, ces ouvertures de cœur si naturelles à vos amis, peut-être à votre directeur; ces ex­cuses si fines et si promptes ; ces plaintes, ou plutôt ces médisances de ceux qui vous ont fait le mal, si bien tournées, si chari­tablement prononcées, ces retours et ces complaisances délicates en vos maux; cette croyance de Lucifer, que vous êtes quelque chose de grand, etc. Je n'aurais jamais fait, s'il fallait ici décrire les tours et les détours de la nature, même dans les souffrances.

Préférer les petites croix aux grandes.

Faites profit, et même davantage, des petites souffrances, que des grandes. Dieu ne regarde pas tant la souffrance que la manière avec laquelle on souffre. Souf­frir beaucoup et souffrir mal, c'est souffrir en damné ; souffrir beaucoup et avec cou­rage, mais pour une mauvaise cause, c'est souffrir en démon ; souffrir peu ou beau­coup, et souffrir pour Dieu, c'est souffrir en saint. S'il est vrai de dire qu'on peut faire choix des croix, c'est particulière­ment des petites et obscures quand elles viennent en parallèle avec les grandes et éclatantes. L'orgueil de la nature peut demander, rechercher, et même choisir et embrasser les croix grandes et éclatantes; mais de choisir, et de bien joyeusement porter les croix petites et obscures, ce ne peut être que l'effet d'une grande grâce et d'une grande fidélité à Dieu. Faites donc comme le marchand au regard de son comptoir : faites profit de tout, ne laissez pas perdre la moindre parcelle de la vraie Croix, quand ce ne serait qu'une piqûre de mouche ou d'épingle, qu'un petit travers d'un voisin, qu'une petite injure par méprise, qu'une petite perte d'un denier, qu'un petit trouble dans l'âme, qu'une petite lassitude dans le corps, qu'une petite douleur dans un de vos membres, etc. Faites profit de tout, comme l'épicier de sa boutique, et vous deviendrez bientôt riches en Dieu, com­me il devient riche en argent, en mettant denier sur denier dans son comptoir.

A la moindre petite traverse qui vous ar­rive, dites : Dieu soit béni! — Mon Dieu, je vous remercie; puis cachez dans la mé­moire de Dieu, qui est comme votre comptoir, la Croix que vous venez de gagner, et puis ne vous en souvenez plus que pour dire : Grand merci, ou : Miséri­corde.

Aimer la croix d'un amour « non pas sensible, mais raisonnable, mais fidèle et suprême. »

Quand on vous dit d'aimer la Croix, on ne parle pas d'un amour sensible, qui est impossible à la nature; distinguez donc bien trois amours : l'amour sensible, l'amour raisonnable, l'amour fidèle et su­prême, ou autrement: l'amour de la par­tie inférieure qui est la chair, l'amour de la partie supérieure qui est la raison, et l'amour de la partie suprême, ou cime de l'âme, qui est l'intelligence éclairée de la foi.

Dieu ne vous demande pas que vous aimiez la Croix de la volonté de la chair: comme elle est toute corrompue et crimi­nelle, tout ce qui en naît est corrompu, et même elle ne peut être soumise par elle-même à la volonté de Dieu et à sa loi crucifiante. C'est pourquoi Nôtre-Sei­gneur, parlant d'elle au jardin des Olives, s'écria : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne! Si la partie infé­rieure de l'homme en Jésus-Christ quoi­qu'elle fût sainte, n'a pu aimer la Croix sans aucune interruption, à plus forte rai­son la nôtre, qui est toute corrompue, la repoussera-t-elle. Nous pouvons, à la vé­rité, éprouver quelquefois une joie même sensible de ce que nous souffrons, comme plusieurs Saints ont ressenti ; mais cette joie ne vient pas de la chair, quoiqu'elle soit dans la chair ; elle ne vient que de la partie supérieure qui est si remplie de cette divine joie du Saint-Esprit, qu'elle la fait rejaillir jusque sur la partie infé­rieure, en sorte qu'en ce moment la per­sonne la plus crucifiée peut dire: Mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse dans le Dieu vivant.

Il y a un autre amour de la Croix que j'appelle raisonnable, et qui est dans la partie supérieure qui est la raison : cet amour est tout spirituel; et comme il naît de la connaissance du bonheur qu'on a de souffrir pour Dieu, il est perceptible et même aperçu par l'âme, il la réjouit inté­rieurement et la fortifie. Mais cet amour raisonnable et aperçu, quoique bon et très bon, n'est pas toujours nécessaire pour souffrir joyeusement et divinement.

C'est pourquoi il y a un autre amour de la cime et de la pointe de l'âme, disent les maîtres de la vie spirituelle, ou de l'intelligence, disent les philosophes, par lequel, sans ressentir aucune joie dans les sens, sans apercevoir aucun plaisir raisonnable dans l'âme, on aime cepen­dant et on goûte, par la vue de la pure foi, la Croix qu'on porte, quoique sou­vent tout soit en guerre et en alarme dans la partie inférieure, qui gémit, qui se plaint, qui pleure et qui cherche à se sou­lager, en sorte qu'on dise avec Jésus-Christ : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne; ou avec la sainte Vierge : Voici l'esclave du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. C'est de l'un de ces deux amours de la partie su­périeure, que nous devons aimer et agréer la Croix.

(A suivre)

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort. Elogofioupiou.over-blog.com

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 07:33

Code de perfection chrétienne (suite)

Parce que disciples et membre de J.-C.

Amis de la Croix, écoliers d'un Dieu crucifié, le mystère de la Croix est un mystère inconnu des Gentils, rejeté des Juifs et méprisé des hérétiques et des mauvais catholiques; mais c'est le grand mystère que vous devez apprendre en pratiquant dans l'école de Jésus-Christ, et que vous ne pouvez apprendre qu'à son école. Vous chercherez en vain dans toutes les académies de l'antiquité un philosophe qui l'ait enseigné; vous consulterez en vain la lumière des sens et de la raison: il n'y a que Jésus-Christ qui puisse vous enseigner et faire goûter ce mystère par sa grâce victorieuse.

Rendez-vous donc habiles en cette science suréminente, sous un si grand maître, et vous aurez toutes les autres sciences, puis qu'elle les renferme toutes éminemment.

C'est notre philosophie naturelle et surnaturelle, notre théologie divine et mystérieuse, et notre pierre philosophale qui change, par la patience, les métaux les plus grossiers en précieux, les douleurs les plus aiguës en délices, les pauvretés en richesses, les humiliations les plus profondes en gloire.

Celui parmi vous qui sait mieux porter sa croix, quand il ne saurait d'ailleurs ni A ni B, est le plus savant de tous.

Écoutez le grand saint Paul qui, à son retour du troisième ciel, où il apprit les mystères cachés aux Anges même, s'écrie qu'il ne sait et qu'il ne veut savoir que Jésus-Christ crucifié.

Réjouissez-vous, pauvre homme, pauvre femme sans esprit et sans science: si vous savez souffrir joyeusement, vous en saurez plus qu'un docteur de Sorbonne, qui ne sait pas si bien souffrir que vous.

Vous êtes membres de Jésus-Christ, quel honneur ! Mais quelle nécessité de souffrir en cette qualité ! Le chef est couronné d'épines, et les membres seraient couronnés de roses?

Le chef est bafoué et couvert de boue dans le chemin du Calvaire, et les membres seraient couverts de parfums sur le trône ?

Le chef n'a pas un oreiller pour se reposer et les membres seraient délicatement couchés sur la plume et le duvet? Ce serait un monstre inouï.

Non, non, mes chers Compagnons de la Croix, ne vous y trompez pas, ces chrétiens que vous voyez de tous côtés, ornés à la mode, délicats à merveille, élevés et graves à l'excès, ne sont pas les vrais disciples ni les vrais membres de Jésus crucifié; vous feriez injure à ce chef couronné d'épines et à la vérité de l'Évangile que de croire le contraire.

O mon Dieu! Que de fantômes de chrétiens qui se croient être les membres du Sauveur, et qui sont ses persécuteurs les plus traîtres, parce que, tandis que de la main ils font le signe de la Croix, ils en sont les ennemis dans leur cœur !

Si vous êtes conduits par le même esprit, si vous vivez de la même vie que Jésus-Christ, votre chef tout épineux, ne vous attendez qu'aux épines, qu'aux coups de fouet, qu'aux clous, en un mot qu'à la croix, parce qu'il est nécessaire que le disciple soit traité comme le maître et le membre comme le chef, et si le ciel vous présente, comme à sainte Catherine de Sienne, une couronne d'épines et une couronne de roses, choisissez avec elle la couronne d'épines, sans balancer, et vous l'enfoncez dans la tête, pour ressembler à Jésus-

Christ.

Parce que temples vivant du Saint-Esprit!

Vous n'ignorez pas que vous êtes les temples vivants du Saint-Esprit, et que vous devez, comme autant de pierres vives, être placées par ce Dieu d'amour au bâtiment de la Jérusalem céleste.

Attendez-vous donc à être taillées, coupées et ciselées par le marteau de la croix; autrement, vous demeureriez comme des pierres brutes qu'on n'emploie à rien, qu'on méprise et qu'on rejette loin de soi.

Prenez garde de faire regimber le marteau qui vous frappe, et prenez garde au ciseau qui vous taille et à la main qui vous tourne! Peut-être que cet habile et amoureux architecte veut faire de vous une des premières pierres de son édifice éternel, et un des plus beaux portraits de son royaume céleste.

Laissez-le donc faire; il vous aime, il sait ce qu'il fait, il a de l'expérience; tous ses coups sont adroits et amoureux, il n'en donne aucun de faux, si vous ne le rendez inutile par votre impatience.

Le Saint-Esprit compare la croix: – tantôt à un van qui purifie le bon grain de la paille et des ordures: laissez-vous donc, sans résistance, comme le grain du van, ballotter et remuer; vous êtes dans le van du Père de famille, et bientôt vous serez dans son grenier; – tantôt à un feu qui ôte la rouille du fer par la vivacité de ses flammes: notre Dieu est un feu consumant qui demeure par la croix dans une âme pour la purifier, sans la consumer, comme autrefois dans le buisson ardent; – tantôt à un creuset d'une forge, où le bon or se raffine, et où le faux or

s'évanouit en fumée: le bon en souffrant patiemment l'épreuve du feu, le faux en s'élevant en fumée contre ses flammes; c'est dans le creuset de la tribulation et de la tentation que les vrais amis de la Croix se purifient par leur patience, tandis que ses ennemis s'en vont en fumée par leur impatience et leurs murmures.

Parce que justes et saints, après le Christ et Marie, ont souffert.

Regardez, mes chers Amis de la Croix, regardez devant vous une grande nuée de témoins, qui prouvent, sans dire mot, ce que je vous dis. Voyez, comme en passant, un Abel juste et tué par son frère; un Abraham juste et étranger sur la terre; un Loth juste et chassé de son pays; un Jacob juste et persécuté par son frère; un Tobie juste et frappé d'aveuglement; un Job juste et appauvri, humilié et frappé d'une plaie depuis les pieds jusqu'à la tête.

Regardez tant d'Apôtres et de Martyrs empourprés de leur sang; tant de Vierges et de Confesseurs appauvris, humiliés, chassés, rebutés, qui tous s'écrient avec saint Paul: Regardez notre bon Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi que nous avons en lui et en sa Croix; il a fallu qu'il ait souffert pour entrer par la Croix dans sa gloire. Voyez, à côté de Jésus-Christ, un glaive perçant qui pénètre jusqu'au fond le cœur tendre et innocent de Marie, qui n'avait jamais eu aucun péché, ni originel ni actuel.

Que ne puis-je m'étendre ici sur la Passion de l'un et de l'autre, pour montrer que ce que nous souffrons n'est rien en comparaison de ce qu'ils ont souffert !

Après cela, qui de nous pourra s'exempter de porter sa croix?

Qui de nous ne volera pas avec rapidité dans les lieux où il sait que la croix l'attend ? Qui ne s'écriera pas avec saint Ignace martyr: Que le feu, que la potence, que les bêtes et tous les tourments du démon viennent fondre sur moi, afin que je jouisse de Jésus-Christ!

Ce qui arrivera si on la porte mal.

Mais enfin, si vous ne voulez pas souffrir patiemment, et porter votre croix avec résignation comme les prédestinés, vous la porterez avec murmure et impatience comme les réprouvés. Vous serez semblables à ces deux animaux qui traînaient l'Arche d'alliance en mugissant, Vous imiterez Simon de Cyrène, qui mit la main à la Croix même de Jésus-Christ malgré lui, et qui ne faisait que murmurer en la portant. Il vous arrivera enfin ce qui est arrivé au mauvais larron qui du haut de sa croix tomba dans le fond des abîmes. Non, non, cette terre maudite où nous vivons ne fait point de bienheureux; on ne voit pas bien clair en ce pays de ténèbres; on n'est point dans une parfaite tranquillité sur cette mer orageuse; on n'est point sans combats dans ce lieu de tentation et ce champ de bataille; on n'est point sans piqûre sur cette terre couverte d'épines. Il faut que les prédestinés et les réprouvés y portent leur croix, bon gré mal gré. Retenez ces quatre vers:

Choisis une des croix que tu vois au Calvaire,

Choisis bien sagement; car il est nécessaire

De souffrir comme un saint, ou comme un pénitent

Ou comme un réprouvé qui n'est jamais content.

C'est-à-dire, que si vous ne voulez pas souffrir avec joie comme Jésus-Christ, ou avec patience comme le bon larron, il faudra que vous souffriez malgré vous comme le mauvais larron; il faudra que vous buviez jusqu'à la lie du calice le plus amer, sans aucune consolation de la grâce, et que vous portiez le poids tout entier de votre croix, sans aucune aide puissante de Jésus-Christ. Il faudra même que vous portiez le poids fatal que le démon ajoutera à votre croix, par l'impatience où elle vous jettera, et qu'après avoir été malheureux avec le mauvais larron sur la terre, vous alliez le trouver dans les flammes.

Ce qui arrivera, si on la porte comme il faut.

Mais si, au contraire, vous souffrez comme il faut, la croix deviendra un joug très doux, que Jésus-Christ portera avec vous. Elle deviendra les deux ailes de l'âme qui s'élève au ciel; elle deviendra un mât de navire qui vous fera heureusement et facilement arriver au port du salut.

Portez votre croix patiemment, et par cette croix bien portée, vous serez éclairés en vos ténèbres spirituelles; car qui ne souffre rien par la tentation, ne sait rien.

Portez votre croix joyeusement, et vous serez embrasés du divin amour; car personne ne vit sans douleur, dans le pur amour du Sauveur. On ne cueille de roses que parmi les épines.

La croix seule est la pâture de l'amour de Dieu, comme le bois est celle du feu. Souvenez-vous donc de cette belle sentence du livre de l'Imitation: Autant que vous vous ferez de violence, en souffrant patiemment, autant vous avancerez dans l'amour divin. N'attendez rien de grand de ces âmes délicates et paresseuses qui refusent la croix, quand elle les aborde, et qui ne s'en procurent aucune avec discrétion: c'est une terre inculte qui ne donnera que des épines, parce qu'elle n'est point coupée, battue ni remuée par un sage laboureur; c'est une eau croupissante qui n'est propre ni à laver ni à boire.

Portez votre croix joyeusement, et vous y trouverez une force victorieuse, à laquelle aucun de vos ennemis ne pourra résister, et vous y goûterez une douceur charmante, à laquelle il n'y a rien de semblable. Oui, mes Frères, sachez que le vrai paradis terrestre est de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ.

Interrogez tous les saints: ils vous diront qu'ils n'ont jamais goûté un festin si délicieux à l'âme que lorsqu'ils ont souffert les plus grands tourments. Que tous les tourments du démon viennent fondre sur moi! disait saint Ignace martyr. Ou souffrir, ou mourir, disait sainte

Thérèse. Non pas mourir, mais souffrir, disait sainte Madeleine de Pazzi. Souffrir et être méprisé pour vous, disait le bienheureux Jean de la Croix; et tant d'autres ont tenu le même langage, comme on lit dans leur vie.

Croyez Dieu, mes chers Frères: Quand on souffre joyeusement pour Dieu, la croix, dit le Saint-Esprit, est le sujet de toutes sortes de joie pour toutes sortes de personnes. La joie de la croix est plus grande que celle d'un pauvre que l'on comble de toutes sortes de richesses, que la joie d'un paysan qu'on élève sur le trône; que la joie des géné­raux d'armée qui remportent des victoi­res; que la joie des captifs qui sont déli­vrés de leurs fers; enfin, qu'on s'imagine toutes les plus grandes joies d'ici-bas: celle d'une personne crucifiée, qui souffre bien, les renferme et les surpasse toutes.

Note : Monfort disait lui-même : Point de croix, quelle croix !

Le grand présent de Dieu, que la croix.

Réjouissez-vous donc et tressaillez d'al­légresse, lorsque Dieu vous fera part de quelque bonne croix ; car ce qu'il y a de plus grand dans le ciel et en Dieu même tombe en vous, sans vous en apercevoir. Le grand présent de Dieu que la Croix ! Si vous le compreniez, vous feriez dire des messes, vous feriez des neuvaines aux tombeaux des Saints, vous entrepren­driez de longs voyages, comme les saints ont fait, pour obtenir du ciel ce divin présent. Le monde l'appelle une folie, une infamie, une sottise, une indiscrétion, une imprudence: laissez dire ces aveugles; leur aveuglement, qui leur fait regarder la Croix en hommes et tout de travers, fait une partie de notre gloire ; toutes les fois qu'ils nous procurent quelques croix par leur mépris et leurs persécutions, ils nous donnent des bijoux, ils nous mettent sur le trône, ils nous couronnent de lau­riers ; que dis-je ? Toutes les richesses, tous les honneurs, tous les sceptres, toutes les couronnes brillantes des potentats et des empereurs, ne sont pas comparables à la gloire de la Croix, dit saint Jean Chrysostome ; elle surpasse la gloire d'apôtre et d'écrivain sacré. Je quitterais volontiers le ciel, s'il était à mon choix, disait ce saint homme éclairé du Saint-Esprit, pour endurer pour le Dieu du ciel. Je préférerais les cachots aux trônes de l'empyrée ; je n'ai pas tant d'envie de la gloire des Séraphins que des plus gran­des croix. J'estime moins le don des mi­racles par lequel on commande aux dé­mons, on ébranle les éléments, on arrête le soleil, on donne la vie aux morts, que l'honneur des souffrances. Saint Pierre et saint Paul sont plus glorieux dans les cachots, les fers aux pieds, que de s'éle­ver au troisième ciel, et de recevoir les clefs du Paradis. En effet, n'est-ce pas la Croix qui a donné à Jésus-Christ un nom au-dessus de tous les noms, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, et sur terre, et dans les enfers? La gloire d'une personne qui souffre bien est si grande, que le ciel, les Anges et les hom­mes, et le Dieu même du ciel la contem­plent avec joie, comme le plus glorieux spectacle, et que si les Saints avaient un désir, ce serait de revenir sur la terre porter quelques croix. Mais si cette gloire est si grande même sur la terre, quelle sera donc celle qu'elle acquiert dans le ciel? Qui expliquera et qui comprendra jamais ce poids éternel de gloire qu'opéré en nous un seul moment d'une croix bien portée? Qui comprendra celle qu'une an­née, quelquefois une vie tout entière de croix et de douleurs opère dans le ciel ! Assurément, mes chers Amis de la Croix, le ciel vous prépare quelque chose de grand, vous dit un grand Saint, puisque le Saint-Esprit vous unit si étroitement dans une chose que tout le monde fuit avec tant de soin. Assurément Dieu veut faire autant de Saints et de Saintes que vous êtes d'Amis de la Croix, si vous êtes fidèles à votre vocation, si vous por­tez votre Croix comme il faut, comme Jésus-Christ l'a portée.

(A suivre)

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 08:17

DEUXIÈME PARTIE

LA CROIX : CODE DE PERFECTION CHRÉTIENNE

Les quatre règles de la per­fection chrétienne:

Méditons bien ces admirables paroles de notre aimable Maître, qui renferment toute la perfection de la vie chrétienne.

Toute la perfection chrétienne, en effet, consiste:

1° à vouloir devenir un saint : Si quelqu'un veut venir après moi;

2° à s'abstenir: qu'il renonce à soi-même;

3° à souffrir: qu'il porte, sa croix;

4° à agir: et qu'il me suive.

A. — Vouloir se conformer à J.-C. crucifié.

Si quelqu'un, quelqu'un et non pas quelques-uns, pour marquer le petit nombre des élus qui veulent se conformer à Jésus-Christ crucifié en portant leur Croix. Il est si petit, si petit, que, si nous le connaissions, nous nous en pâme­rions de douleur. Il est si petit que si Dieu voulait les assembler, il leur crie­rait, comme il fit autrefois par la bouche d'un prophète : Assemblez-vous un à un, un de cette province, un de ce royaume. (Le Saint ne parle ici que des chrétiens qui suivent plus parfaitement Jésus-Christ en por­tant toujours leurs croix avec courage; il n'a pas l'intention de mettre au rang des réprouvés les chrétiens moins parfaits, dont le nombre est bien grand.)

Le vouloir d'une volonté vraie, courageuse.

Si quelqu'un a une vraie volonté, une volonté entière, déterminée non par la nature, la coutume, l'amour-propre, l'intérêt ou le respect humain, mais par une grâce toute victorieuse du Saint-Esprit, qui ne se donne pas à tout le monde: La connaissance du mystère de la Croix dans la pratique n'est donnée qu'à peu de gens ; il faut qu'un homme, pour monter sur le Calvaire et s'y laisser mettre en Croix avec Jésus, au milieu de son propre pays, soit un courageux, un héros, un déterminé, un homme élevé en Dieu, qui fasse litière du monde et de l'enfer, de son corps et de sa propre vo­lonté, un déterminé à tout quitter, à tout entreprendre et tout souffrir pour Jésus-Christ. Sachez, chers Amis de la Croix, que ceux parmi vous qui n'ont pas cette détermination ne marchent que d'un pied, ne volent que d'une aile, et ne sont pas dignes d'être parmi vous, parce qu'ils ne sont pas dignes d'être nommés Amis de la Croix qu'il faut aimer avec Jésus-Christ : Il ne faut qu'une demi-volonté de cette ma­nière pour gâter tout le troupeau, comme une brebis galeuse. S'il y en a déjà quel­qu'une d'entrée par la mauvaise porte du monde dans votre bergerie, au nom de Jésus-Christ crucifié, qu'on la chasse comme une louve entrée parmi les brebis.

Exemple de Jésus-Christ.

Si quel­qu'un veut venir après moi, qui me suis si humilié et si anéanti, que je suis deve­nu plutôt un vermisseau qu'un homme ; après moi qui ne suis venu au monde que pour em­brasser la Croix ; que pour la placer dans le milieu de mon cœur, que pour l'aimer, dès ma jeunesse, que pour soupirer après elle pen­dant ma vie, que pour la porter avec joie en la préférant à toutes les joies et les délices du ciel et de la terre, et enfin qui n'ai été content que lorsque je suis mort dans ses divins embrassements.

B. — Renoncer à soi-même.

Si quelqu'un donc veut venir après moi ainsi anéanti et crucifié, qu'il ne se glorifie comme moi que dans la pauvreté, les humiliations et les douleurs de ma Croix, qu'il renonce à soi-même.

Loin de la compagnie des Amis de la Croix, ces souffrants orgueil­leux, ces sages du siècle, ces grands gé­nies et ces esprits forts qui sont entêtés et bouffis de leurs lumières et de leurs talents ; loin d'ici ces grands babillards, qui font grand bruit et point d'autre fruit que celui de la vanité; loin d'ici ces dévots orgueilleux qui portent partout le quant à moi de l'orgueilleux Lucifer, qui ne peuvent souf­frir qu'on les blâme sans s'excuser, qu'on les attaque sans se défendre, et qu'on les abaisse sans se relever ! Prenez bien gar­de d'admettre en votre compagnie de ces délicats et sensuels qui craignent la moin­dre piqûre, et qui s'écrient et se plai­gnent à la moindre douleur, qui n'ont ja­mais goûté de la haire, du cilice et de la discipline, et des autres instruments de pénitence, et qui, parmi leurs dévotions à la mode, mêlent une délicatesse et une immortification la plus plâtrée et la plus raffinée.

C. — Porter sa croix.

Sa croix.

Qu'il porte sa Croix..., la sienne. Que celui-là, que cet homme, que cette femme rare, que toute la terre d'un bout à l'autre ne saurait payer, prenne avec joie, embrasse avec ardeur, et porte sur ses épaules avec courage sa Croix, et non celle d'un autre; sa Croix, que par ma sagesse je lui ai faite avec nombre, poids et mesure ; sa Croix, à laquelle j'ai de ma propre main mis ses quatre dimensions dans une grande jus­tesse, savoir: son épaisseur, sa longueur, sa largeur et sa profondeur; sa Croix, que je lui ai taillée d'une partie de celle que j'ai portée sur le Calvaire, par un effet de la bonté infinie que je lui porte; sa Croix, qui est le plus grand présent que je puisse faire à mes élus sur la terre; sa Croix, composée en son épais­seur des pertes de biens, des humiliations, des mépris, des douleurs, des maladies et des peines spirituelles, qui doivent, par ma Providence, lui arriver chaque jour jusqu'à sa mort; sa Croix, composée en sa longueur d'une certaine durée de mois ou de jours qu'il doit être accablé de la calomnie, être étendu sur un lit, être ré­duit à l'aumône, et être en proie aux ten­tations, aux sécheresses, abandons et autres peines d'esprit; sa Croix, compo­sée en sa largeur de toutes les circons­tances les plus dures et les plus amères, soit de la part de ses amis, de ses domes­tiques, de ses parents; sa Croix enfin, composée en sa profondeur des peines les plus cachées dont je l'affligerai, sans qu'il puisse trouver de consolation dans les créatures, qui même, par mon ordre, lui tourneront le dos et s’uniront avec moi pour les faire souffrir.

La porter.

Qu'il la porte ! Et non pas qu'il la traîne, et non pas qu'il la secoue, et non pas qu'il la retranche, et non pas qu'il la cache ! C'est-à-dire: qu'il la porte haute à la main, sans impatience ni chagrin, sans plainte ni murmure volontaire, sans partage et ménagement naturel, sans honte et sans respect humain.

Qu'il la place sur son front, en disant avec saint Paul: A Dieu ne plaise que je prenne ma gloire en autre chose que la Croix de Jésus-Christ mon Maître!

Qu'il la porte sur ses épaules à l'exemple de Jésus-Christ, afin que cette croix lui devienne l'arme de ses conquêtes et le sceptre de son empire. Enfin, qu'il la mette dans son cœur par l'amour, pour la rendre un buisson ardent qui brûle jour et nuit du pur amour de Dieu sans se consumer!

Pourquoi la porter :

La croix, qu'il la porte, puisqu'il n'y a rien de si nécessaire, de si utile et de si doux, ni de si glorieux que de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ.

Parce que pécheurs.

En effet, chers Amis de la Croix, vous êtes tous pécheurs; il n'y en a pas un parmi vous qui ne mérite l'enfer, et moi plus que personne. Il faut que nos péchés soient punis en ce monde ou dans l'autre; s'ils le sont en celui-ci, ils ne le seront pas dans l'autre.

Si Dieu les punit en celui-ci de concert avec nous, la punition sera amoureuse: ce sera la miséricorde, qui règne en ce monde, qui châtiera, et non la justice rigoureuse; le châtiment sera léger et passager, accompagné de douceurs et de mérites, suivi de récompenses dans le temps et l'éternité.

Mais si le châtiment nécessaire aux péchés que nous avons commis est réservé dans l'autre monde, ce sera la justice vengeresse de Dieu, qui met tout à feu et à sang, qui fera ce châtiment ! Châtiment épouvantable, ineffable, incompréhensible ? Châtiment sans miséricorde, sans pitié, sans soulagement, sans mérites, sans bornes et sans fin.

Oui, sans fin, ce péché mortel d'un moment que vous avez fait, cette pensée mauvaise et volontaire qui a échappé à votre connaissance, cette parole que le vent a emportée, cette petite action contre la loi de Dieu, qui a si peu duré, sera punie une éternité, tant que Dieu sera Dieu, avec les démons dans les enfers, sans que ce Dieu des vengeances ait pitié de vos effroyables tourments, de vos sanglots et de vos larmes capables de fendre les rochers !

A jamais souffrir, sans mérite, sans miséricorde et sans fin !

Y pensons-nous, mes chers Frères et Sœurs, quand nous souffrons quelque peine en ce monde? Que nous sommes donc heureux de faire un si heureux échange d'une peine éternelle et infructueuse en une passagère et méritoire, en portant cette croix avec patience!

Combien avons-nous de dettes non payées!

Combien avons-nous de péchés commis pour l'expiation desquels, même après une contrition amère et une confession sincère, il faudra que nous souffrions dans le purgatoire des siècles entiers, parce que nous nous sommes contentés en ce monde de quelques pénitences fort légères! Ah! Payons dans ce monde à l'amiable, en portant bien notre croix !

Tout est payé à la rigueur jusqu'au dernier denier, jusqu'à une parole oiseuse dans l'autre. Si nous pouvions seulement ravir au démon le livre de mort, où il a marqué tous nos péchés et la peine qui leur est due, que nous trouverions un grand débit du compte, et que nous serions ravis de souffrir des années entières ici-bas, plutôt que de souffrir une seule journée en l'autre !

Parce qu’amis et enfants de Dieu.

Ne vous flattez-vous pas, mes Amis de la Croix, d'être les amis de Dieu, ou de vouloir le devenir ? Résolvez-vous donc à boire le calice, qu'il faut boire nécessairement pour être fait ami de Dieu. Le bien-aimé Benjamin eut le calice, et ses autres frères n'eurent que le froment. Le grand favori de Jésus-Christ a eu son cœur, a monté au Calvaire et a bu au calice. Il est bon de désirer la gloire de Dieu; mais la désirer et la demander sans se résoudre à tout souffrir, c'est une folle et extravagante demande: il faut, c'est une nécessité, c'est une chose indispensable; il faut que nous entrions dans le royaume des cieux par beaucoup de tribulations et de croix.

Vous vous glorifiez avec raison d'être les enfants de Dieu. Glorifiez-vous donc des coups de fouet que ce bon Père vous a donnés et vous donnera dans la suite, car il fouette tous ses enfants.

Si vous n'êtes pas du nombre de ses fils bien-aimés, vous êtes, oh! Quel malheur ! Oh ! Quel coup de foudre ! Vous êtes, comme dit saint Augustin, du nombre des réprouvés. Celui qui ne gémit pas dans ce monde, comme un pèlerin et un étranger, ne se réjouira pas dans l'autre monde comme un citoyen du ciel, dit le même saint Augustin. Si Dieu le Père ne vous envoie pas de temps en temps quelques bonnes croix, c'est qu'il ne se soucie plus de vous, c'est qu'il est en colère contre vous; il ne vous regarde plus que comme un étranger hors de sa maison et de sa protection, ou comme un enfant bâtard qui ne méritant pas d'avoir sa portion dans l'héritage de son père, n'en mérite pas les soins et la correction.

A suivre

Extrait de : Lettre aux Amis de la Croix. L.M. de Montfort. Éditions Monfortaines. Montréal. (1957)

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