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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 12:41

Audience générale du 28 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Aujourd'hui, Nous pensons à la fête que nous célébrerons demain, celle des saints apôtres Pierre et Paul. Elle intéresse principalement et énormément l'église de Rome qui vénère en ces deux martyrs ses luminaires, ainsi que l'a écrit saint Ambroise: «Pierre est devenu lumière, et de même Paul» (De Virginitate, 19: P. L. 16, 313). Et saint Léon le Grand, dans son commentaire: « La fête d'aujourd'hui, outre la vénération qu'elle a suscitée dans le monde entier, doit dans notre ville être célébrée avec une vénération spéciale appropriée afin qu'ici, en l'anniversaire de leur martyre, la joie domine là où la mort a glorifié les deux principaux Apôtres » (Serm. 82: P. L. 54, 422). Il serait facile de rassembler une anthologie de textes littéraires et liturgiques qui célèbrent à la fois la dignité de ces Apôtres par excellence, l'autorité du témoi­gnage de leur parole et de leur sang, le fait que Rome a été le lieu de leur ministère, de leur martyre, de leur sépulture; et puis, grâce à l'histoire, leur souvenir, l'église qu'ils ont fondée, l'autorité de la succession pontificale ont fait d'eux « les patrons du monde » comme Prudence (an 405) les appelle (P. L. 60, 257).

Très chers fils qui, en rendant visite au Pape, honorez l'apôtre Pierre dont il est l'humble successeur et l'apôtre Paul dont il a imploré la protection en prenant son nom, Nous vous recom­mandons maintenant avec insistance d'avoir toujours en grande vénération ces éminents et très saints disciples et hérauts du Christ, fondements de l'Église non seulement romaine, mais universelle. La dévotion aux apôtres Pierre et Paul a joué un rôle immense dans la formation de l’esprit catholique et le développement de la spiritualité de l'Église, en particulier de celle de Rome évidemment, dans la détermination des grands faits historiques de même que dans la discipline canonique et économique de la chrétienté médiévale. Cette dévotion prend maintenant une nouvelle importance dans l'ecclésiologie moder­ne, soit à cause de la doctrine théologique sur la constitution unitaire et hiérarchique de l'Église (cf. Denz. Schoen. 942), soit à cause du dialogue œcuménique, spécialement en ce qui a trait à Papostolicité de l'Église, aux pouvoirs conférés à Pierre et

leur transmissibilité, soit à cause des recherches et des discus­sions archéologiques de ces dernières années.

Chers fils qui aimez l'Église du Christ, vous devez, dans votre piété personnelle et le culte liturgique, raviver comme il se doit la dévotion aux Apôtres, spécialement aux saints Pierre et Paul. C'est d'eux que nous est venu, sous sa forme la plus auto­risée et la plus vénérable, le message du Christ. C'est à eux que nous devons tant de pages inoubliables du Nouveau Testament, à cause d'eux que la foi est dite romaine, moins par suite du lieu géographique et historique où elle a enfoncé ses racines et d'où elle a rayonné (cf. Rom. I, 8) que de l'autorité qui la professe et du caractère unitaire qu'elle revêt; romaine, non pas pour qu'on la limite à Rome, mais pour qu'elle puisse mieux être qualifiée de catholique. L'amour pour les apôtres Pierre et Paul nous aidera à mieux comprendre que la fidélité ferme et filiale envers ce saint siège de Rome qui est le leur ne restreint pas les dimen­sions universelles de l'Église du Christ, ne porte pas atteinte à la vitalité et à l'originalité des communautés répandues dans le monde, n'impose pas de lourdes entraves juridiques superflues; mais elle pose au contraire la base ferme et sûre de l'édifice de l'Église, présente indiscutablement le centre digne d'honneur de l'unité catholique et alimente la charité de la famille chré­tienne.

Que la fête d'aujourd'hui (28 juin, transférée au 3 juillet) en l'honneur du grand maître, évêque et martyr, que fut saint Irénée, disciple de Polycarpe de Smyrne puis pasteur et gloire de l'église de Lyon en Gaule, nous facilite la remise en mémoire de ces vérités simples et fondamentales. Relisons son texte célèbre (si apprécié de Duchesne, Églises séparées, p. 119): «... vers cette Église — fondée et constituée à Rome par les deux glorieux apôtres Pierre et Paul — doivent converger, en raison de sa position suréminente, les fidèles de tous les pays, parce qu'en elle la tradition catholique s'est toujours conservée » (Adv. haereses 3, 3, 2: P. G. 7, 848).

C'est également ce que pensait un autre saint, un des Pères de l'Église du IVe siècle qui Nous est très cher, saint Gaudence, disciple de saint Ambroise et évêque de Brescia: « Frères, gardons bien vivant le souvenir des saints apôtres, gardons-le vivant par la foi, l'action, la conduite, la parole...» (Serm. XX, p. 238).

Qu'ainsi vous aident ces apôtres et que par Notre Béné­diction ils vous bénissent.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 29 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 09:59

Audience générale du 22 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Dans ces brefs entretiens hebdomadaires, nous cherchons à comprendre quelque chose de la grande et profonde doctrine que le récent Concile œcuménique a proclamée au sujet de la sainte Église, et qui orientera à l'avenir l'étude, la prière, l'activité de l'Église. Nous Nous contentons alors de citer les noms, les titres, les images par lesquels on désigne l'Église. Et il Nous semble que toutes les appellations que la sainte Écriture et le Concile donnent à l'Église sont comme un trait de lumière, une révélation, une ouverture vers une meilleure intelligence de la grande vérité, ou encore de la grande réalité qu'est notre Église de Dieu, sainte et bénie. « Comme le Seigneur, dit saint Jean Chrysostome, l'Église elle aussi est désignée par de nombreux noms » (Hom. de capto Eutropio: P. G. en latin 28, 402).

Veuillez, aujourd'hui, arrêter un instant votre attention sur un titre merveilleux, lumineux mais dont l'éclat même éblouit, que le Concile a attribué à l'Église. Ce titre est: Lumière des nations, c'est-à-dire phare des nations, lumière des peuples. C'est par cette expression « Lumen gentium » que s'ouvre la constitution dogmatique du IIe Concile œcuménique du Vatican sur l'Église, le document sans aucun doute le plus important qu'ait promulgué le Concile. L'Église est appelée la lumière des nations.

D'où vient ce nom? Ce fut le pape Jean XXIII, de vénérée mémoire, qui l'appliqua à l'Église, précisément parce qu'il la convoquait en concile. Dans le radio message que Notre cher prédécesseur adressait au monde, le 11 septembre 1962, un mois avant l'ouverture du Concile, il appliquait à l'Église l'acclama­tion que la liturgie du samedi saint adresse au cierge de nouveau allumé, symbole du Christ ressuscité, source de clarté et d'espé­rance réconfortantes pour la communauté des fidèles enveloppée des ténèbres de la nuit. Le pape Jean XXIII disait alors: « Évoquer le symbolisme du cierge pascal Nous semble ici heureusement à propos. Au signal de la liturgie, voici que son nom résonne: lumen Christi. De tous les points de la terre l'Église de Jésus répond: Deo grattas, comme pour dire: oui, c'est la lumière du Christ, la lumière de l'Église, la lumière des nations » (Discorsi 1962, pp. 521, 527).

A lui seul, le mot lumière appliqué à la révélation de Dieu, au peuple élu, puis au Verbe incarné, c'est-à-dire au Christ, à propos du salut du monde, mériterait une étude sans fin (cf. Is. XLII, 6; XLIX, 6; LX, 1; Actes XIII, 47; Jean I, 5, etc.). Ce qui nous intéresse c'est le double passage de la lumière du monde, qui est le Christ, d'abord à l'Église, puis de l'Église au monde. Nous nous rappelons tous les sublimes paroles de Jésus: Je suis la lumière du monde: quiconque me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie (Jean VIII, 12) et celles-ci: Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde (Jean IX, 5) et Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. (Jean XII, 46).

Le Christ est donc la source de la lumière, il est la lumière.

Mais comment cette lumière parvient-elle jusqu'à nous ?

Le Seigneur a voulu établir un système, constituer un ordre pour que sa lumière nous parvienne par l'intermédiaire d'un dispositif humain, d'un reflet qualifié et autorisé, c'est-à-dire par le magistère et le ministère apostoliques.

Aux Apôtres, en effet, il a dit: Vous êtes la lumière du monde (Matth. V, 14) et ce par une transparence intérieure du Christ, émanant de tout le Corps mystique et visible de l'Église, comme si celle-ci était l'ostensoir du Christ. Si bien qu'on l'appelle « sacrement », c'est-à-dire signe sacré et intermédiaire de l'union de Dieu avec l'humanité (cf. constit. Lumen gentium, 1).

Qui vous écoute, m'écoute, dit Jésus aux disciples promus à des fonctions hiérarchiques, et qui vous méprise, me méprise (Luc X, 16). C'est pourquoi pratiquement nous ne pourrons arriver jusqu'au Christ qu'en le cherchant et en le trouvant dans son Église. Rappelons encore la fameuse ^exhortation de saint Jean Chrysostome: «Ne t'éloigne pas de l'Église! Rien n'est plus fort qu'elle! Ton espérance et ton refuge, c'est 1 Église. Elle est plus haute que le ciel et plus vaste que la terre. Elle ne vieillit jamais, mais elle est toujours pleine de vigueur ». Dans la première moitié du IIle siècle, un autre grand docteur d'Orient, Origène, commentant la Genèse, disait: « Si nous voulons nous aussi être semblables au ciel, nous aurons en nous les luminaires qui peuvent nous éclairer: le Christ et son Église. Le Christ est en effet la lumière du monde qui éclaire aussi l'Église de sa lumière; ... et l'Église, après avoir reçu la lumière du Christ, illumine tous ceux qui se trouvent dans la nuit de l'ignorance » (In Gen. hom. 1, 5: P. G. 12, 150).

D'où cette autre réalité: l'Église reflète la lumière du Christ sur le monde. Le Concile dit que le visage de l'Église est si lumineux que le monde en est éclairé (constit. Lumen gentium, 1). Comment cela se produit-il ? Cela se produit par l'annonce de l'Évangile, on le sait. Mais aussi d'une autre façon, par le rayonnement extérieur de certains caractères, de certaines notes, qui découlent de propriétés essentielles et intrinsèques de l'Église et qui manifestent aux yeux du monde son authenticité. Ce sont les quatre fameuses notes qui sont la caractéristique exclusive de l'Église. Vous les connaissez: l'apostolicité, l'unité, la catho­licité et la sainteté.

Le « Credo » les proclame comme les signes distinctifs de la physionomie de la véritable Église. Celle-ci porte en elle et répand autour d elle sa propre apologie. Celui qui la regarde, celui qui la scrute d'un œil amoureux de la vérité, doit reconnaître que, indépendamment des hommes qui la composent et des modes pratiques sous lesquels elle se présente, elle porte avec elle un message de lumière universelle et unique, libérateur et nécessaire, divin. C'est la découverte laborieuse et victorieuse qu'a faite Newman, pour ne citer qu'un grand exem­ple typique (cf. Denz. Schoenm., 2888).

Sachez, très chers fils, que chacun de nous (fidèles) a le pouvoir et le devoir de mettre en relief ces notes qui font la beauté et l'attrait de l'Église, en montrant par son adhésion et son témoignage que vraiment l'Église du Christ est une, qu'elle est sainte, qu'elle est catholique, qu'elle est apostolique.

Que Notre Bénédiction apostolique vous exhorte et vous rende capables de recevoir et de répandre cette « Lumière des nations ».

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 23 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 09:33

L'ÉGLISE, MÈRE DES CHRÉTIENS

Audience générale du 15 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Désireux d'offrir à ceux qui participent à ces audiences générales une pensée sur l'Église (ainsi jadis  et encore main­tenant peut-être!  ceux qui visitaient des lieux saints célèbres tâchaient d'en emporter un morceau en souvenir de l'endroit et de leur passage), Nous Nous arrêterons une fois de plus aux figures qu'emploie la sainte Écriture pour nous révéler quelque chose de l'Église et nous aider à y penser comme à une réalité chère et connue. Eh bien, aujourd'hui, Nous vous invitons à vous représenter l'Église comme si vous la voyiez à travers le transparent cristal de deux images familières, mais toujours remarquables: l'Église, Épouse mystique du Christ et l'Église, Mère des chrétiens.

Que ces appellations choisies mais mysté­rieuses (surtout la première) vous aident à méditer et à com­prendre quelque chose de la doctrine sur l'Église, si vaste et si profonde, et que Nous ne prétendons certes pas traiter dans ces conversations familières.

Pourquoi l'Église est-elle appelée Épouse?

Épouse du Christ, s'entend. L'usage de cette appellation, appliquée au peuple hébreu, remonte à l'Ancien Testament où le rapport entre Dieu et son peuple est à maintes reprises figuré par l'amour nuptial. Il est bon de rappeler que si, dans l'Ancien Testament, Dieu s'affirme comme créateur transcendant, législateur exi­geant et juge sévère, il se révèle ensuite également amour tou­jours attentif et très tendre, amour prévenant et gratuit, amour fidèle et miséricordieux, amour suave et enivrant, amour qui châtie, qui pardonne et qui sauve. Et ainsi de suite (cf. Cant. ; Jér. II, 2; Osée VI, 6; 1s. XLIX, 15; LIV, 4-10; Ez. XVI, 59-63; etc.).

Dans le Nouveau Testament, le Précurseur applique à Jésus l'image de l'Époux (Jean III, 28-29; et cf. les paraboles: Matth. |XXII, 2-14; Matth. XXV, 1-13).

Jésus se compare lui-même, une fois, à un époux qui rend heureux ses amis (Matth. IX, 14-15). Mais c'est encore saint Paul qui donne à cette image son sens ecclésiologique plus précis dans le célèbre passage de l'Épître aux Éphésiens: . . . Le Christ a aimé l'Église . . . (Éph. V, 21-32), image que l'Apocalypse transporte dans la gloire éternelle, en y faisant entrevoir dans les noces de l'Agneau l'union bienheureuse du Christ avec l'humanité rachetée, décorée du titre et de la dignité de son Épouse mystique (Apoc. XIX, 7-9; cf. Vonier, L'Esprit et l'Épouse, p. 48 — Éd. du Cerf, 1947).

Que nous enseigne cette allégorie qui nous autorise à appeler l'Église Épouse du Christ ?

Elle nous enseigne l'amour au-dessus de tout amour que le Christ a eu pour l'Église, un amour que le mariage humain peut signifier d'une certaine manière bien qu'il ne soit pas si substantiel ni si profond. Les théologiens, les mystiques disent ce qu'est l'union entre le Christ et l'humanité qui dérive de l'Incarnation (union conjugale, écrivait saint Augustin, Verbe et chair: P. L. 36, 495) et du sacrifice de la Rédemption; le Christ s'immola pour l'Église (Éph. V, 25). On a souvent dit que l'Église est un mystère. C'est exact, mais maintenant nous pouvons savoir au moins de quelle nature est ce mystère.

C'est un mystère de charité, mystère de l'amour que Dieu porte, par le Christ, dans l'Esprit-Saint, au monde, à l'humanité, c'est-à-dire à l'Église. L'épigraphe de l'Église peut être: Sic dilexit Deus, c'est ainsi que Dieu a aimé (Jean III, J.6); propter nimiam charitatem, à cause du trop grand amour (Éçh. II, 4), ou bien Christus dilexit nos, le Christ nous a aimés (Eph. V, 2; 2 Thess. II, 15), etc. Cette allégorie nous enseigne donc l'union intime et indissoluble, et en même temps la distinction, entre le Christ et l'Église. Elle nous enseigne que l'Église n'est à elle-même ni son principe ni sa fin. Elle est du Christ. De lui, elle reçoit sa dignité, sa vertu sanctificatrice, son humble et sublime royauté. Elle nous ensei­gne que l'Église n'est pas seulement instrument du salut, mais aussi terme du salut parce qu'en elle s'achèvent le dessein et la charité du Seigneur, en elle se célèbre l'apothéose de l'humanité victorieuse dans le ciel (cf. Hymne de la Dédicace).

Qu'ils pensent à cela ceux qui n'ont pour l'Église que criti­ques et antipathie; qu'ils pensent à cela ceux qui la considèrent comme un diaphragme entre l'homme et Dieu et oublient qu'elle est le point de rencontre de l'amour du Christ pour nous, «la maison des noces, c'est-à-dire la sainte Église». écrivait saint Grégoire le Grand (Hom. 38: P. L. 76, 1287).

Et alors, en pensant au besoin que nous avons de l'Église, la seconde image succède à la première: l'Église est notre Mère et nous lui devons tout. Elle nous a engendrés à la vie nouvelle, celle de la grâce qui fera notre éternel bonheur. Elle nous a donné la foi et, par son magistère, elle nous la conserve identique à elle-même, intacte et féconde. Elle nous a donné la grâce; elle est la dispensatrice des sacrements; elle nous a donné la charité, l'« agapè », la société des frères, elle nous unit, nous éduque à l'amour, au véritable humanisme, à la compréhension et à l'édification d'elle-même; elle nous guide, nous défend, nous met sur le chemin de l'espérance, nous donne le désir eschatologique de la vie future et nous en fait goûter à l'avance la félicité. Par son magistère, par son ministère « chaque fidèle est soutenu d'une manière effective dans le don de soi-même au Christ; ... par le réseau qu'elle tisse, chacun se trouve effectivement relié à ses frères; ... par la voix humaine qui enseigne et qui commande, chacun entend aujourd'hui même la voix de son Seigneur » (cf. de Lubac, Médit., p. 205).

Nous pensons à la phrase de saint Ambroise: « Mater ergo viventium Ecclesia est » (P. L. 15, 1585). La Mère des vivants. Pensons-y, très chers fils. Réjouissons-nous-en. Envions à sainte Catherine mourante les ultimes paroles de sa vie ardente: « En vérité, j'ai consumé et donné ma vie dans l'Église et pour la sainte Église: et ce fut pour moi une grâce toute spéciale » (Joergensen, 518-519).

Qu'il en soit ainsi pour Nous, ainsi pour vous, très chers fils, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 16 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux,

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 10:32

Audience générale du 8 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Nous ne cessons de répéter à Nos visiteurs, surtout depuis le Concile, et à vous aussi, Nous répétons aujourd'hui, la question: savez-vous ce qu'est l'Église? Aussitôt cent réponses montent aux lèvres. Mais Nous insistons: avez-vous bien compris la signification, non seulement du mot « Église » qui veut dire assemblée, réunion, société, mais la réalité qu'indiqué ce mot: en réalité, qu'est-ce que l'Église ? Nous vous posons cette question parce qu'il Nous semble qu'aucun instant, aucun lieu ne sont plus propices que cet instant et ce lieu pour provoquer pareille question dans l'esprit de tous ceux qui sont présents, et surtout pour lui donner sa véritable, sa pleine réponse.

Qu'est-ce que l'Église?

Disons d'abord qu'il n'a guère d'intuition exacte celui qui n'entrevoit pas immédiatement la difficulté de répondre adéquatement à cette question. Et la difficulté s'accroît — remar­quez-le — au fur et à mesure qu'on connaît mieux l'Église parce qu'on s'aperçoit qu'en ce qui la concerne, nous ne sommes pas à même de tout savoir. Il y a, dans sa réalité profonde, quelque chose qui échappe à notre capacité de comprendre. L'Église, parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, parce qu'elle est animée par l'action du Saint-Esprit et parce qu'elle n'est pas une société uniquement composée des hommes de cette terre, mais aussi des âmes des fidèles défunts et des saints du ciel, l'Église est un mystère!

Oui, l'Église est un mystère. Le Concile l'a répété. Mais dans ce cas, pourrons-nous jamais nous en faire une idée, sinon adé­quate, du moins qui corresponde à la réalité vraie, essentielle de l'Église? Si, nous le pourrons, nous le devrons même. Nous savons qu'on donne à l'Église divers noms. Nous en avons déjà rappelé quelques-uns.

Mais quel est le plus employé, celui qui se rapproche le plus de la vérité?

Vous le connaissez déjà sans aucun doute puisqu'on en a tant parlé ces dernières années, après la grande encyclique qu'a publiée le pape Pie XII en 1943. C'est comme un traité sur l’Église et on l'a intitulée l'encyclique sur le Corps mystique. L'Église est le Corps mystique du Christ. Cette définition est de saint Paul qui l'a utilisée plus d'une fois dans ses lettres.

Le corps du Christ, écrit-il, quod est Ecclesia, qui est l'Église (Col. I, 24). Le Christ, disait-il, est caput corporis Ecclesise, est le chef du corps de l'Église (ibid., 18), et il ajoutait: multi unum corpus sumus in Christo, nous qui sommes une multi­tude, nous formons un seul corps dans le Christ (Rom. XII, 5), et ainsi de suite. Nous ne Nous arrêterons pas à commenter cette célèbre et féconde expression, sinon pour poser une autre question. Que voulait dire saint Paul quand il comparait l'Église à un corps, à un être vivant, unique, organisé, ayant le Christ pour chef ?

En scrutant un peu cette question, on arrive à un nouveau titre donné à l'Église, essentiel celui-là et lourd de sens, un titre que nous connaissons et sur lequel, pour le moment, nous nous arrêterons: l'Église est une communion (cf. Hamer).

Que veut dire ici communion ? Nous vous renvoyons au chapitre du catéchisme qui traite de la « sanctorum communionem », de la communion des saints. Église signifie communion des saints. Et communion des saints veut dire une double participation vitale: l'incorporation des chrétiens dans la vie du Christ, et la circula­tion d'une même charité dans tout l'ensemble des fidèles, en ce monde et en l'autre. Union au Christ et dans le Christ, et union entre les chrétiens dans l'Église (cf. Piolanti, II mistero délia com. dei santi, p. 357 ss.).

Doctrine difficile ? Doctrine merveilleuse.

Doctrine spéculative ? Doctrine vivante.

Oui, doctrine vivante, qui devrait être vivante dans le peuple chrétien. Peut-être la compréhension adéquate de cet enseigne­ment capital de l'Église nous fait-elle encore défaut. Y avons-nous jamais vraiment prêté attention ? Nous sommes réellement vivants dans le Christ (c'est pourquoi la participation au mystère eucharistique s'appelle communion) et nous sommes réellement les membres d'un même organisme social et spirituel que nous appelons l'Église. Et peut-être manquons-nous encore d'une pédagogie, d'une formation qui nous habitue à penser et à agir comme des parties, comme des cellules, comme des fils et des frères de cette communion ecclésiale.

Quelle est notre capacité « d'aimer le prochain comme nous-mêmes » ? Quelle est notre aptitude à vivre en paix, à pardonner les offenses, à mettre de côté les jalousies, les litiges, les discri­minations, les égoïsmes de nationalité, de langue, de classe, de race, d'intérêts économiques ? Quel est l'esprit chrétien sinon un esprit de concorde, de paix, de générosité, de charité ? L’Église est un corps; l'Église est une communion.

Fils très chers, que la méditation sur l'Église vous fasse découvrir son exigence intérieure d'unité, de communion. Qu'elle vous donne un avant-goût de l'intime vérité de ce passage bien connu du psaume: Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble (Ps. CXXXII (CXXXIII), 1).

Que Notre Bénédiction apostolique vous l'obtienne.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 9 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 10:54

Audience générale du 1er juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Vous savez sans doute que Nous choisissons volontiers, comme sujet de la brève allocution au cours des audiences générales, l'Église, encore l'Église. En Nous résonnent les paroles fortes et douces du Concile sur ce thème. Et il Nous semble que Nous vous honorons, très chers visiteurs, en faisant écho à chaque syllabe de ces mots qui parlent de l'Église, qui parlent de vous parce que vous êtes l'Église.

Pensez-y bien. Vous êtes l’Église, c'est-à-dire que vous appar­tenez à l'Église, à la sainte Église de Dieu, à la grande assem­blée convoquée par le Christ, à la communauté vivant de sa parole et de sa grâce, à son Corps mystique. Il faut que nous ayons une conscience de plus en plus claire de notre apparte­nance à l'Église, conscience de cette dignité parce que dans l'Église, nous sommes les vrais fils adoptifs de Dieu et frères du Christ, vivant de lui dans l'Esprit-Saint.

Conscience aussi de ce bonheur. Quel bonheur peut nous arriver plus grand que celui d'être admis dans cette société de salut ? Conscience d'un devoir, d'un engagement (selon l'expression du moment). Il suffit de dire que celui qui appartient à l'Église est fidèle, c'est-à-dire adhérent, logique, permanent.

Si donc il est extrêmement beau, extrêmement important d'appartenir à l'Église, une question se pose immédiatement et spontanément à l'esprit: est-ce que moi j'appartiens véritable­ment à l'Église ? Qui en fait partie?

Comment acquiert-on cette appartenance ?

La réponse est facile à première vue, nous la connaissons tous. C'est par le baptême qu'on entre dans la sainte Église. Le Concile (Lumen Gentium, 11), et avant lui toute la tradition chrétienne, dit que les fidèles sont incorporés dans l'Église par le baptême.

Nous devrions ici faire l'apologie de ce sacrement. Mais Nous Nous bornerons à souhaiter que le peuple chrétien accueille avec faveur, comprenne, apprécie le travail que poursuit la réforme liturgique pour que le sacrement de baptême reprenne sa juste place dans l'esprit et les habitudes des fidèles. C'est vraiment une chose d'une extrême importance pour arriver à une conception vraie de la vie chrétienne.

Posons plutôt une autre question. Est-ce que tous ceux qui sont baptisés, même s'ils ont rompu l'unité avec l'Église, appartiennent à l'Église ? à la véritable Église? à l'unique Église? Oui. C'est là une des grandes vérités de la tradition catholique, confirmée à maintes reprises par le Concile (cf. Lumen Gentium, 11, 15; Unitatis redintegratio, 3 etc.). Elle est liée à l'article du Credo que nous chantons à la messe: « Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum ».

Elle se rattache également aux grandes polémiques théologiques des premiers siècles auxquelles mit fin surtout l'autorité de saint Augustin. Dans une discussion avec les donatistes, celui-ci affirme que « l'Église a l'heureuse habitude de corriger ce qu'il y a de faux chez les schismatiques et les hérétiques, mais non pas de répéter ce qui a été donné (par eux, c'est-à-dire le baptême); de guérir ce qui est blessé, non de soigner ce qui est sain » (De Bapt., 2, 7: P. L. 43,133).

C'est ce qu'enseigne un document récent du magistère de l'Église, l'encyclique Mystici Corporis: « Par l'eau purificatrice du baptême, ceux qui sont nés à cette vie mortelle renaissent de la mort du péché (originel) et devien­nent membres de l'Église » (n. 18). Cette doctrine est à la base de notre œcuménisme qui nous fait considérer comme des frères même les chrétiens séparés de nous, à plus forte raison si, avec le baptême, la foi dans le Christ et le mystère de la sainte Trinité, ils conservent beaucoup d'autres trésors du commun patrimoine chrétien (Lumen Gentium, 15).

Mais suffit-il du baptême et d'une certaine foi pour apparte­nir pleinement à l'Église ?

Il faut rappeler que cette plénitude, cette parfaite communion, est une exigence profonde et im­prescriptible de l'ordre religieux établi par le Christ. Si l'appar­tenance à l'Église, au moins initiale ou partielle, est chose extrêmement appréciable, il est également désirable que cette appartenance atteigne sa mesure complète. L'Église est une et unique. Il n'existe pas plusieurs Églises, autonomes et se suf­fisant à elles-mêmes (cf. Denz. 1685).

La loi souveraine de l'unité domine intimement la société religieuse fondée par le Seigneur. N'oublions jamais les énergiques paroles de saint Paul: Efforcez-vous de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Il n'y a qu'un seul corps et un seul Esprit, comme vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu, père de tous (Éph. IV, 3-6). C'est à cette parfaite unité organique et « à surmonter les obstacles qui s'opposent à la pleine communion ecclésiastique que tend précisément notre mouvement œcuménique » (Unitatis redinte­gratio, 3).

Mais ici se posent deux autres questions sérieuses. Et les catéchumènes, ou cour mieux dire, tous ceux qui ne connaissent ni l'Évangile ni l'Église, comment seront-ils sauvés?

Première question, immense. Voici l'autre: les pécheurs qui ne sont pas en grâce avec Dieu appartiennent-ils à l'Église, oui ou non? Ces questions exigeraient tant de précisions longues et pesées que Nous n'y répondrons pas. Au sujet déjà première, Nous dirons seulement qu'on peut appartenir à l'Église en réalité ou virtuellement, « in voto », par le désir (comme les catéchu­mènes) ou encore par une orientation honnête de la vie, man­quant peut-être de toute connaissance explicite du christianisme, mais ouverte, grâce à sa rectitude morale, à une mystérieuse miséricorde de Dieu. Celle-ci peut aussi adjoindre à l'humanité sauvée par le Christ, et par conséquent à l'Église, les immenses multitudes d'hommes assis dans l'ombre de la mort (Ps. CVI (CVII), 10), mais qui sont eux aussi créés et aimés par la divine bonté (cf. Lumen Gentium, 13).

Quant à la seconde question, Nous dirons cette vérité à la fois étrange et merveilleuse: les pécheurs peuvent aussi apparte­nir à l'Église. C'est une doctrine que combattent ceux qui prétendent que l'Église terrestre est uniquement composée de saints (cf. S. Ambroise, De Pœnitentia: « peccamus et seniores », « Nous aussi, les anciens, nous péchons »  11, 8, 74).

Le péché interrompt l'union avec Dieu, mais tant qu'il n'interrompt pas l'adhésion à la communion de salut qu'est l'Église (comme le fait le péché expressément dirigé contre l'appartenance à l'Église tels que l'hérésie, le schisme, l'apostasie, ou qui implique séparation d'avec la communauté, c'est-à-dire l'excommunication), il peut trouver sa rédemption dans cette Église instituée précisément pour sauver les hom­mes. Rappelez-vous la parabole du filet: Le royaume des deux est semblable à un filet qu'on a jeté dans la mer et qui a ramené toutes sortes de poissons (Matth. XIII, 47).

Mais si vous voulez résumer et retenir en entier cette impor­tante doctrine de l'appartenance à l'Église, pensez plutôt à la double image par laquelle Jésus représente l'Église, celle de la bergerie et celle du troupeau (cf. Jean X, 16), et mettez un soin extrême à demeurer dans le bercail du Christ et à être au nombre des heureux qui appartiennent à son troupeau.

Tel est le vœu que Nous voulons confirmer par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 2 juin  1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 10:30

Audience générale du 25 mai 1966.    

Chers Fils et chères Filles,

De nouveau Nous vous parlerons de l'Église. C'est le sujet tout indiqué pour une rencontre du genre de l'audience générale, et c'est aussi le sujet que le récent Concile œcuménique a rendu d'actualité. Ce fut le thème principal des discussions et des délibérations conciliaires, et il revient constamment dans de multiples études et commentaires de la culture contemporaine. Nous tenons à attirer sur ce sujet l'attention de Nos visiteurs, mais Nous ne prétendons aucunement en donner une notion organique et complète. Nous Nous contentons plutôt de noter combien il est difficile de parler et de tout dire à propos de l'Église, tant sa réalité est féconde, et profonde sa vérité. En effet, au cours des audiences précédentes, Nous avons dit que les nombreux noms allégoriques donnés à l'Église, les nombreuses figures par lesquelles on essaie d'en donner une idée, montrent d'abord la difficulté de trouver les mots et les concepts qui la définissent adéquatement, et ensuite l'intéressante variété de ses multiples aspects qui invite à la méditation et à l'admiration.

Parmi tant de figures de l'Église que rapporte la splendide constitution conciliaire sur l'Église, choisissons-en une: celle de la cité. L'Église est comme une cité, une « civitas ». Et qu'est-ce qu'une cité ? Avant d'être un lieu habité, un groupe de maisons, la cité est l'union des individus, des familles, des tribus, des groupes humains rassemblés pour former une société que des lois et une autorité propres rendent homogène et autonome. C'est une communauté unie et gouvernée par un droit social particulier; on peut l'appeler une nation, si l'on considère ses éléments ethniques, historiques et linguistiques; un État, si on la considère sous l'aspect juridique. L'Église est précisément une société juridique, organisée, visible, parfaite. Rappelons encore la définition classique de saint Robert Bellarmin: l'Église, « est l'assemblée des hommes qui professent la même foi chré­tienne, que la communion des mêmes sacrements maintient ensemble sous la conduite des pasteurs légitimes et spécialement du Pontife romain » (Controv., III; De Eccl., II).

« Que l'Église ait la forme d'une société, c'est un fait qui tombe sous les yeux de tous. Tous peuvent en effet constater l'existence d'une multitude de catholiques fidèles, rassemblée (congregata comme dit la Didachè, XI, 5, dès les premiers temps du christianisme) des quatre vents, soumise et obéissant à la direction d'un pasteur suprême et d'autres chefs particuliers, munie des moyens spiri­tuels et temporels destinés au bien de la communauté et tendant à la fin surnaturelle de la vision béatifique » (Ottaviani, Compendium juris eccl., p. 94 ;).

C'est ainsi que le Seigneur a voulu son Église une vraie société organisée, visible, religieuse, ayant les pouvoirs propres à une société parfaite et souveraine, avec ses lois propres, une autorité propre, des moyens et une fin propres. C'est là une vérité fondamentale de la doctrine catholique qui a des racines solides et apparentes dans le Nouveau Testament et dont la réalité est évidente dans l'histoire de l'Église.

Mais c'est peut-être à cause de cette inattaquable manifestation traditionnelle que cette vérité est l'une des plus discutées et des plus combat­tues dans la grande controverse sur la vraie nature de l'Église. Certains la veulent uniquement spirituelle, et par conséquent invisible. Celle-là seule serait d'origine divine. Il n'est pas tenu compte de la conséquence logique qu'une Église qu'on ne voit pas n'est plus en fait une Église (cf. Boyer, cité dans de Lubac, Méd., p. 68).

Déjà, à la fin du premier siècle du christianisme, la sainte voix retentissante du martyr saint Ignace d'Antioche faisait l'apologie de la hiérarchie ecclésiastique primitive — évêques, prêtres, diacres—et s'écriait: « Sans eux, on ne peut parler d'Église » (ad Trall., III, 1).

D'autres opposent l'Église juridique à l'Église de la charité, s'imaginant qu'il est possible et qu'il n'y a là rien de contraire à l'économie de l'Incarnation, de séparer l'un de l'autre ces aspects constitutifs de l'Église, ce contre quoi nous avait déjà mis en garde la fameuse encyclique du pape Pie XII sur le Corps mystique (n. 62).

Évidemment, concevoir l'Église comme une « civitas », comme une société ayant des formes, des droits, des règlements particuliers, c'est-à-dire ayant une configuration humaine, con­crète et historiquement identifiée, pose beaucoup de problèmes, en tout premier lieu celui des défauts que peut présenter une Église ainsi réalisée. Mais nous devons penser qu'une telle conception, c'est-à-dire celle d'une pareille société composée d'hommes qui sont comme nous faibles, pécheurs, ayant besoin de pardon et de rédemption, émane de la bonté de Dieu, de l'amour du Christ pour l'humanité qu'il fait sienne en la rassem­blant et en l'organisant, qu'il éduque, qu’il guide et sanctifie. Autrement dit, il lui communique par l'Église sa rédemption et son salut.

Laissant de côté pour le moment les autres questions relatives au concept juridique de l'Église, essayons de comprendre la grâce que le Seigneur nous a faite d'être citoyens de cette cité bénie où une autorité munie des pouvoirs divins nous donne la preuve de l'inépuisable miséricorde du Seigneur et la certitude de sa constante action sanctificatrice, nous stimule inlassable­ment à l'exercice effectif de la foi et de la charité, et nous promet que cette cité, de terrestre qu'elle est, deviendra céleste, c'est-à-dire qu'elle est et sera la Cité de Dieu. Ici-bas, dans le temps, sur la terre, elle est déjà sainte dans son dessein et ses pouvoirs, mais en voie de purification et de sanctification dans ses actes et ses membres. Mais un jour, elle sera radieuse et glorieuse, comme la Jérusalem sainte que Jean a vue dans l'Apocalypse brillante de la gloire de Dieu (XXI, 11).

Dieu le veuille, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 26 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:48

Audience générale du 18 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Au cours de ces rencontres hebdomadaires que sont ces audiences générales, Nous ne savons parler que de l'Église. Le Concile fournit la matière et fait presque une obligation d'en parler en raison de l'abondance et de l'autorité de la doctrine sur l'Église qu'il nous a présentée. Votre visite Nous offre l'occasion de commenter quelques aspects de cette doctrine, sans prétendre la traiter ou l'exposer adéquatement, mais dans le seul but, pour le plaisir presque, d'en relever rapidement quelques points particulièrement dignes de considération.

Savez-vous quel est, à Notre avis, l'aspect le plus intéressant et en même temps le plus mystérieux de la doctrine sur l'Église ? C'est celui du rapport entre l'Église et l'Esprit-Saint. Dans une admirable et dense page de théologie, le Concile dit: « Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jean XVII, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Éph. II, 18).

Il est l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jean IV, 14; VII, 38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au moment où il rendra la vie dans le Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. VIII, 10-11).

L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un temple (cf. 1 Cor. III, 16; VI, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur adoption filiale (cf. Gai. IV, 6; Rom. VIII, 15-16 et 26).

Cette Église qu'il amène à la vérité tout entière (cf. Jean XVI, 13), qu'il réunit dans la communion et le ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Éph. IV, 11-12; 1 Cor. XII, 4; Gai. V, 22).

Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux. Car l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus: viens ! » (cf. Apoc. XXII, 17). (Lumen Gentium, N. 4.)

Cette longue page, bourrée de références bibliques, nécessi­terait un commentaire. Mais pour définir seulement le rapport entre l'Esprit-Saint et l'Église, Nous Nous contenterons ici de citer une phrase d'un grand penseur catholique allemand du siècle dernier qui, à la première page de son célèbre ouvrage sur l'unité de l'Église écrivait cette vigoureuse synthèse : « Le Père envoie le Fils, et le Fils envoie l'Esprit-Saint. C'est ainsi que Dieu est venu à nous; et en ordre inverse, c'est ainsi que nous parvenons au Père. L'Esprit nous conduit au Fils et le Fils au Père » (Moehler).

Il suffira de nous représenter l'Esprit-Saint comme le principe divin qui anime l'Eglise, comme son âme incréée (cf. Journet 1, 43, 665) qui produit dans le Corps mystique du Seigneur l'animation créée, c'est-à-dire la grâce, les dons du Saint-Esprit, les fruits du Saint-Esprit (Gal. V, 22) que saint Paul énumère ainsi: charité, joie, paix, patience, douceur, bonté, longanimité, mansuétude, confiance, modestie, continence, chasteté.

Et puis, le caractère sacramentel n'est-il pas un effet du Saint-Esprit ? Et ses inspirations qui guident les âmes dans les voies de la sainteté ? Et l'assistance de l'Esprit-Saint qui oriente le ministère de l'Église et lui donne sa sécurité, n'est-ce pas aussi l'œuvre de l'Esprit-Saint ?

Un point particulièrement important de toute cette merveil­leuse doctrine est celui qui concerne la hiérarchie de l'Église. Et quoi, l'Esprit-Saint n'est pas libre d'exercer directement sa mystérieuse action ? Spiritus ubi vult spirat, l'Esprit souffle où il veut (Jean II, 8). Sans aucun doute. Le Concile l'affirme expressément à plusieurs reprises (cf. Lumen Gentium, 12-16; Unitatis redintegratio, 3, 4, 21, etc.).

Et alors, le service que la hiérarchie se propose d'assumer pour enseigner, sanctifier, guider les fidèles, n'est-il pas superflu, n'est-il pas encombrant? Les fidèles ne reçoivent-ils pas le Saint-Esprit directement sans qu'il soit besoin de ce diaphragme humain, de cette institution intermédiaire? C'est là un point essentiel de la doctrine sur l'Église. Il faut recourir à la pensée du Christ. Le Christ a confié la réalisation de son œuvre dans l'humanité à deux facteurs différents: l'Esprit-Saint et les Apôtres. Il a promis d'envoyer l'Esprit-Saint et il a envoyé les Apôtres. Ces deux missions proviennent également du Christ. Le dessein incontestablement voulu par le divin Fondateur de l'Église est que l'Église soit construite par les Apôtres et vivifiée par le Saint-Esprit. Les Apôtres construisent le corps de l'Église dont l'âme est l'Esprit du Christ. Ces deux agents différents sont si bien liés entre eux que saint Augustin, au style incisif bien connu, déclare coextensive l'œuvre de l'un et l'autre: Seul le corps du Christ vit de l'Esprit du Christ... Veux-tu donc, toi aussi, vivre de l'Esprit du Christ ? Sois dans le corps du Christ ». (In Jo. tract. 26, 13: P. L. 35, 1612-1613). Et ailleurs: « Le chrétien ne doit rien tant redouter que d'être séparé du corps du Christ. Si en effet, il est séparé du corps du Christ, il n'est pas un de ses membres; s'il n'est pas un de ses membres, il n'est pas nourri de son Esprit». (Ibid., Tract. 27, 6: P. L. 35, 1618).

Nous ne devrions jamais oublier que l'action de la hiérarchie visible est ordonnée à la diffusion de l'Esprit-Saint dans les membres de l'Église. Son ministère n'est pas indispensable à la miséricorde de Dieu, laquelle peut se répandre comme il plaît à Dieu. Normalement, il est indispensable pour nous qui avons eu l'ordre et le bonheur de recevoir la parole de Dieu, la grâce de Dieu, la direction de Dieu par l'entremise des Apôtres, c'est-à-dire des ministres de la vie religieuse, surnaturelle, qui émane du Christ (cf. Congar, Esquisses du mystère de l'Église, p. 129 et suiv.).

Il Nous fait plaisir de rappeler ces lumineuses vérités la veille de la neuvaine, de la grande neuvaine de la Pentecôte. Nous voudrions que la célébration de cette « métropole des fêtes », comme saint Jean Chrysostome appelle la Pentecôte, soit préparée de la manière établie par le Christ (cf. Actes I, 4, 12; II, 1), dans le recueillement, la prière, la méditation du mystère de l'Église, sa profondeur intime ou ses manifestations extérieures. Méditation sans limite. Nous voudrions que l'on rappelle et qu'on prenne connaissance de la belle encyclique de Léon XIII, Divinum illud munus (1897).

Nous voudrions que le culte et l'amour du Saint-Esprit soient chez tous les chrétiens plus ardents et plus répandus. C'est ce que Nous vous recom­mandons, pour votre bien et celui de la sainte Église, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 19 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux

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