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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:48

Audience générale du 18 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Au cours de ces rencontres hebdomadaires que sont ces audiences générales, Nous ne savons parler que de l'Église. Le Concile fournit la matière et fait presque une obligation d'en parler en raison de l'abondance et de l'autorité de la doctrine sur l'Église qu'il nous a présentée. Votre visite Nous offre l'occasion de commenter quelques aspects de cette doctrine, sans prétendre la traiter ou l'exposer adéquatement, mais dans le seul but, pour le plaisir presque, d'en relever rapidement quelques points particulièrement dignes de considération.

Savez-vous quel est, à Notre avis, l'aspect le plus intéressant et en même temps le plus mystérieux de la doctrine sur l'Église ? C'est celui du rapport entre l'Église et l'Esprit-Saint. Dans une admirable et dense page de théologie, le Concile dit: « Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jean XVII, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Éph. II, 18).

Il est l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jean IV, 14; VII, 38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au moment où il rendra la vie dans le Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. VIII, 10-11).

L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un temple (cf. 1 Cor. III, 16; VI, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur adoption filiale (cf. Gai. IV, 6; Rom. VIII, 15-16 et 26).

Cette Église qu'il amène à la vérité tout entière (cf. Jean XVI, 13), qu'il réunit dans la communion et le ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Éph. IV, 11-12; 1 Cor. XII, 4; Gai. V, 22).

Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux. Car l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus: viens ! » (cf. Apoc. XXII, 17). (Lumen Gentium, N. 4.)

Cette longue page, bourrée de références bibliques, nécessi­terait un commentaire. Mais pour définir seulement le rapport entre l'Esprit-Saint et l'Église, Nous Nous contenterons ici de citer une phrase d'un grand penseur catholique allemand du siècle dernier qui, à la première page de son célèbre ouvrage sur l'unité de l'Église écrivait cette vigoureuse synthèse : « Le Père envoie le Fils, et le Fils envoie l'Esprit-Saint. C'est ainsi que Dieu est venu à nous; et en ordre inverse, c'est ainsi que nous parvenons au Père. L'Esprit nous conduit au Fils et le Fils au Père » (Moehler).

Il suffira de nous représenter l'Esprit-Saint comme le principe divin qui anime l'Eglise, comme son âme incréée (cf. Journet 1, 43, 665) qui produit dans le Corps mystique du Seigneur l'animation créée, c'est-à-dire la grâce, les dons du Saint-Esprit, les fruits du Saint-Esprit (Gal. V, 22) que saint Paul énumère ainsi: charité, joie, paix, patience, douceur, bonté, longanimité, mansuétude, confiance, modestie, continence, chasteté.

Et puis, le caractère sacramentel n'est-il pas un effet du Saint-Esprit ? Et ses inspirations qui guident les âmes dans les voies de la sainteté ? Et l'assistance de l'Esprit-Saint qui oriente le ministère de l'Église et lui donne sa sécurité, n'est-ce pas aussi l'œuvre de l'Esprit-Saint ?

Un point particulièrement important de toute cette merveil­leuse doctrine est celui qui concerne la hiérarchie de l'Église. Et quoi, l'Esprit-Saint n'est pas libre d'exercer directement sa mystérieuse action ? Spiritus ubi vult spirat, l'Esprit souffle où il veut (Jean II, 8). Sans aucun doute. Le Concile l'affirme expressément à plusieurs reprises (cf. Lumen Gentium, 12-16; Unitatis redintegratio, 3, 4, 21, etc.).

Et alors, le service que la hiérarchie se propose d'assumer pour enseigner, sanctifier, guider les fidèles, n'est-il pas superflu, n'est-il pas encombrant? Les fidèles ne reçoivent-ils pas le Saint-Esprit directement sans qu'il soit besoin de ce diaphragme humain, de cette institution intermédiaire? C'est là un point essentiel de la doctrine sur l'Église. Il faut recourir à la pensée du Christ. Le Christ a confié la réalisation de son œuvre dans l'humanité à deux facteurs différents: l'Esprit-Saint et les Apôtres. Il a promis d'envoyer l'Esprit-Saint et il a envoyé les Apôtres. Ces deux missions proviennent également du Christ. Le dessein incontestablement voulu par le divin Fondateur de l'Église est que l'Église soit construite par les Apôtres et vivifiée par le Saint-Esprit. Les Apôtres construisent le corps de l'Église dont l'âme est l'Esprit du Christ. Ces deux agents différents sont si bien liés entre eux que saint Augustin, au style incisif bien connu, déclare coextensive l'œuvre de l'un et l'autre: Seul le corps du Christ vit de l'Esprit du Christ... Veux-tu donc, toi aussi, vivre de l'Esprit du Christ ? Sois dans le corps du Christ ». (In Jo. tract. 26, 13: P. L. 35, 1612-1613). Et ailleurs: « Le chrétien ne doit rien tant redouter que d'être séparé du corps du Christ. Si en effet, il est séparé du corps du Christ, il n'est pas un de ses membres; s'il n'est pas un de ses membres, il n'est pas nourri de son Esprit». (Ibid., Tract. 27, 6: P. L. 35, 1618).

Nous ne devrions jamais oublier que l'action de la hiérarchie visible est ordonnée à la diffusion de l'Esprit-Saint dans les membres de l'Église. Son ministère n'est pas indispensable à la miséricorde de Dieu, laquelle peut se répandre comme il plaît à Dieu. Normalement, il est indispensable pour nous qui avons eu l'ordre et le bonheur de recevoir la parole de Dieu, la grâce de Dieu, la direction de Dieu par l'entremise des Apôtres, c'est-à-dire des ministres de la vie religieuse, surnaturelle, qui émane du Christ (cf. Congar, Esquisses du mystère de l'Église, p. 129 et suiv.).

Il Nous fait plaisir de rappeler ces lumineuses vérités la veille de la neuvaine, de la grande neuvaine de la Pentecôte. Nous voudrions que la célébration de cette « métropole des fêtes », comme saint Jean Chrysostome appelle la Pentecôte, soit préparée de la manière établie par le Christ (cf. Actes I, 4, 12; II, 1), dans le recueillement, la prière, la méditation du mystère de l'Église, sa profondeur intime ou ses manifestations extérieures. Méditation sans limite. Nous voudrions que l'on rappelle et qu'on prenne connaissance de la belle encyclique de Léon XIII, Divinum illud munus (1897).

Nous voudrions que le culte et l'amour du Saint-Esprit soient chez tous les chrétiens plus ardents et plus répandus. C'est ce que Nous vous recom­mandons, pour votre bien et celui de la sainte Église, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 19 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux

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