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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 09:16

NÉCESSITÉ D'UNE RÉVOLUTION

Le philosophe du dix-neuvième siècle, a tenté d'exprimer l'état d'esprit de son époque en affir­mant : « Dieu est mort. » Il voulait dire par là que ses contemporains étaient en train de perdre la foi.

Il a également jeté un regard prophétique sur l'ave­nir et prédit que le vingtième siècle serait un siècle de guerres et de révolutions. Ses deux affirmations étaient liées l'une à l'autre par une logique beaucoup plus profonde que l'inventeur de la philosophie du « surhomme » ne le supposait : l'homme qui a cessé d'aimer Dieu ne continue pas bien longtemps à aimer son prochain, et il considère comme particuliè­rement ardu de tenter d'aimer un prochain d'une catégorie spéciale : son ennemi.

Nous sommes bien, en effet, dans un siècle de révo­lutions. Mais il n'est nullement fatal que ce siècle s'inscrive dans l'histoire comme celui de révolutions strictement économiques et politiques. La possibilité nous demeure toujours ouverte de faire de notre époque celle des révolutions glorieuses, celle des révo­lutions contre nous-mêmes. Il y a révolution chaque fois qu'une âme détrône le moi qui l'opprime et se soumet au principe d'amour. Une révolution se produit chaque fois que l'humilité remplace l'orgueil dans nos cœurs et que nous abandonnons la folle poursuite du « succès » et de la notoriété.

Ce type de révolution domestique trouve son modèle dans l'action de Nôtre-Seigneur lui-même. La nuit qui précéda sa mort pour la rédemption du monde, il s'agenouilla devant ses disciples comme s'il était moins que chacun d'eux. Auparavant, lorsqu'il les enseignait, il leur avait souvent dit de ne pas recher­cher à table les meilleures places ni d'essayer d'être célèbres parmi les hommes. Lorsque les apôtres s'étaient disputés entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il les avait adjurés de procéder à une révolution de leurs valeurs. Il leur avait dit : « Les rois des nations les maîtrisent et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Naguère, Nôtre-Seigneur avait formulé la révolu­tion de l'humilité ; après la Cène, il la mettait en pratique : « Il ôta ses vêtements et prit un linge dont il se ceignit. Ensuite, il versa de l'eau dans un bassin et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » En ce temps-là, seuls des esclaves étaient chargés de besognes aussi serviles. Et c'était un formidable renversement des valeurs que le Maître des Maîtres, le Roi des Rois s'agenouillât devant vingt-quatre pieds calleux et suants pour les laver... exactement comme son abso­lution continue à laver nos cœurs calleux et nos âmes souillées. Toutes les valeurs humaines se trouvaient effondrées pour toujours par cette stupéfiante révo­lution que le Christ formula en ces termes : « Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. »

A compter du jour où ces paroles furent prononcées, César perdit son trône. Le principe de l'exploitation était aboli, l'arrogance et l'orgueil étaient bannis... Depuis lors, tous les chrétiens ont été mis en garde contre la tentation de juger selon les jugements du monde et de rechercher pour eux-mêmes les récom­penses que le monde peut accorder. En même temps que l'eau coulait des mains divines, cette nuit-là, les vieux systèmes de morale se démodaient et les plus nobles conquêtes des anciens cessaient d'être à l'échelle de l'homme. A partir de ce moment-là, les pires désordres possibles de l'âme étaient connus : c'étaient le refus de servir autrui et la prétention de mériter des privilèges spéciaux. Une nouvelle loi était née : elle affir­mait l'égalité de tous les hommes devant Dieu et proclamait ensuite la beauté de l'humilité. Celui qui s'était abaissé en devenant un homme multi­pliait maintenant les bienfaits et soulignait la leçon en réduisant son infini au service de ses serviteurs.

La révolution à l'intérieur de l'âme, c'est l'aventure chrétienne. Elle ne requiert aucune haine, elle ne revendique aucun droit individuel, elle ne réclame aucun titre ambitieux, elle ne dit aucun mensonge. Dans une révolution de cette sorte, c'est l'amour qui opère de l'intérieur, un peu comme une cinquième colonne, fidèle à Dieu, au sein de nos personnes déchi­rées. Pareille révolution détruit l'orgueil et l’égoïsme, l'envie et la jalousie, et ce besoin d'être « le premier » qui nous empêche de respecter les droits d'autrui. L'épée qu'elle brandit ne menace pas le prochain, elle ne menace que la surestimation absurde de nos personnes. Dans les autres révolutions, il est aisé de se battre, car c'est contre un « méchant ennemi » que nous sommes en guerre. La révolution chrétienne, en revanche, est difficile, car l'ennemi auquel il nous faut donner l'assaut est une partie de nous-mêmes. Et pourtant, c'est là la seule révolution qui aboutit à la véritable paix : les autres rébellions ne s'achèvent jamais, car elles manquent toujours leur but : elles laissent de la haine bouillonner dans l'âme des hommes.

La pensée contemporaine se concentre sur les révo­lutions du monde extérieur, des nations et des classes, des races, des partis et des clans. Notre divin Seigneur, lui, n'a pas pris comme premier objectif la révolution sociale. Il a d'abord refait l'individu, grâce à sa Résur­rection ; ensuite, il a envoyé son esprit dans l'homme et régénéré le monde antique.

Saint Augustin a dit : « Ceux qui troublent la paix dans laquelle ils vivent, ne le font pas par haine de cette paix, mais pour montrer qu'ils ont le pouvoir de l'altérer. » Les guerres éclatent lorsque les hommes projettent leurs conflits intérieurs dans le monde extérieur ; la paix viendra lorsque de nombreux hommes auront accompli leur révolution intérieure, brisé leur orgueil et détruit leurs ambitions égoïstes.

La paix qui découle de pareilles hostilités spirituelles peut exercer une heureuse contagion d'âme en âme, et apporter la paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:26

    LES SOUTERRAINS

le monde moderne a un curieux amour des sou­terrains, il aime les caves sombres et profondes des existences humaines, il aime à plonger dans les zones subhumaines de nos vies et à les analyser. Cette attraction est, partiellement, une réaction contre un excès exactement contraire.  Il y a un siècle, les hommes étaient persuadés qu'ils avaient atteint de nouveaux sommets  d'existence.  Ils  parlaient  du  progrès inévitable, du triomphe sur la mort, de la transformation des hommes en dieux et de la terre en paradis.

Aujourd'hui, la présomption de nos grands-parents a cédé la place au désespoir de nos contemporains. Pris de vertige à des altitudes artificielles, l'homme a chu au fond des profondeurs, dans le plus terrible désespoir. Son enthousiasme délirant s'est transformé en dégoût, ses perspectives de plaisirs accrus ont abouti à la satiété, et ses espoirs extravagants de succès temporels ont tourné à la nausée.

Deux catégories de spécialistes des choses souter­raines ont surgi dans les temps modernes : les uns analysent les travailleurs considérés en tant que « masses » ; les autres étudient l'inconscient dans l'âme des individus. Les peuples sont devenus des « masses » qui ne peuvent être manipulées par un dictateur que lorsqu'elles ont perdu le sens de leurs responsabilités et de leur dignité. Lorsqu'elles sont réduites à cette condition, elles offrent une proie facile aux forces étrangères et extérieures ; telles sont les premières conditions de l'établissement de l'état totalitaire. Les communistes et les fascistes le savent bien.

Les spécialistes de la deuxième catégorie sont les gens qui prennent pour terrain de recherches la partie subrationnelle, involontaire, subhumaine de l'intel­ligence de l'homme : son inconscient dans lequel l'esprit refoule des fragments de pensée. Le sub­conscient a, en fait, une influence sur le comportement humain ; mais ce n'est pas là le seul facteur ni celui qui, en définitive, est déterminant. Une éraflure sur le gland dont il est issu peut expliquer, dans une cer­taine mesure, la forme du chêne arrivé à maturité ; mais la lumière, la chaleur et les forces invisibles de la vie sont également responsables de son état présent.

Ces groupes jumeaux de chercheurs « souterrains » nous donnent la clef de notre époque. En effet, comme Virgile, les hommes ont toujours eu tendance à se représenter l'enfer au fond des abîmes, et bien que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la géographie de l'enfer, l'imagination populaire le situe sous la terre. Il en résulte que lorsque l'intérêt public se concentre sur ce qui est « sous » quelque chose, il y a psychologiquement des chances pour que la question de l'enfer soit l'idée de derrière la tête de toute une génération de penseurs et de lecteurs.

Ceux qui braquent leur attention sur l'inconscient, ceux qui en étudiant la libido et les instincts sexuels espèrent résoudre les problèmes de l'existence, ces gens-là cherchent le bonheur dans les «sous-régions» où on ne le rencontre jamais. C'est seulement grâce à la raison et à la volonté (qui sont des phénomènes d'essence divine) que les êtres humains peuvent atteindre à la paix. La tragédie de notre temps, c'est le désespoir de ceux qui ont réussi : leur misère n'a point pour origine la faillite de leurs plans, mais le fait que, les ayant réalisés, ils ne trouvent pas le bonheur.

Ce Tout auquel ils aspirent (profits matériels et triomphes temporels) se métamorphose en Rien dès qu'on en a la possession. Et Rien, c'est le pôle opposé à celui de Dieu et de sa création. L'enfer, c'est le moi gorgé de ses concupiscences satisfaites, contraint de se consumer pour toujours sans espoir de délivrance.

Le monde d'aujourd'hui attend une résurrection. Les masses qui sont submergées par des pouvoirs dictatoriaux attendent qu'on casse les reins du ser­pent afin d'être libres d'agir de leur propre autorité, comme elles le firent lorsque notre constitution fut écrite. Car cette constitution précisait : « Nous, le peuple ordonnons et établissons un gouvernement... »

De même les âmes qui sont individuellement cadenassées dans la misère de leur moi inconscient, qui opèrent au niveau subhumain du comportement animal et instinctif, ces âmes ont besoin d'une résurrection pour les arracher à la tombe où leur satiété les a placées. Elles aussi, elles aspirent à la lumière.

Il y a de la vie dans l'œuf, mais pour que cette vie en jaillisse, il faut briser la coquille. Il y a aussi de la vie dans les masses dépossédées et dans les âmes individuelles ensevelies et frustrées. Mais dans l'un et l'autre cas, la coquille doit être brisée, et brisée de l'extérieur. Il faut pour cela une Puissance qui ne soit pas humaine, qui soit divine.

Ce que chaque âme, doit se demander, est ceci : Est-ce que je veux continuer à vivre dans la coquille ou est-ce que je désire être portée à un point d'incuba­tion spirituelle ? Ceux qui se trouvent à l'intérieur des coquilles peuvent en sortir s'ils permettent à Dieu de les libérer en écrasant la carapace d'égoïsme qui les prive de sa lumière.

C'est là une question grave. Et ceux qui refusent de prendre au sérieux les questions morales ou spiri­tuelles finissent par prendre au sérieux ce néant qui est le domaine de l'éternel souterrain. Par contre, si nous prenons l'âme au sérieux, nous devenons capables de prendre toutes les autres choses plutôt à la légère. C'est là le commencement du bonheur, dans ce monde et dans le suivant.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 08:40

    RETOUR  AU NÉANT

Dieu nous a faits de rien, d'absolument rien, et il est bon, à l'occasion, de se le rappeler. Parce que Dieu nous a créés, nous sommes des êtres précieux, mais parce que nous venons d'un néant total, il nous est impossible de nous vanter de notre indépendance. Et comme nous venons de Dieu, nous avons le désir lancinant d'en revenir à une union avec sa Vie, avec sa Vérité, avec son Amour. Mais comme nous sommes également les enfants du néant, nous dépendons autant de lui que les rayons du soleil dépendent du soleil.

Lorsque saint Jean-Baptiste vit Nôtre-Seigneur pour la première fois, cette conscience du néant l'amena à dire : « Je dois m'abaisser ; il doit gran­dir. » Ceci n'implique nullement que saint Jean manifestait une fausse humilité, qu'il prétendait sans aucun réalisme que lui et son œuvre étaient sans valeur. Il s'agissait de cette simple constatation : même la plus brillante des étoiles perd son lustre devant la gloire du soleil levant.

Saint Jean s'est abaissé en face de Dieu ; nous pourrions faire de même en nous rappelant de temps à autre que notre origine, c'est le néant. Nous le pouvons par la pratique de l'humilité et, ce faisant, nous renouvelons notre création. Il nous est possible de retourner, psychologiquement, dans les entrailles du néant originel, en nous dépouillant de tout ce qui n'est pas Dieu et en retrouvant ainsi l'inexistence nue d'où il nous a tirés.

Lorsque nous regardons en face les faits réels de notre existence, nous ne pouvons que nous rendre compte qu'il est tout et que nous ne possédons rien qui ne vienne de lui. Nous nous apercevons alors que c'est lui qui nous maintient en vie, de minute en minute. Nous comprenons que sans lui, nous ne pouvons rien faire. Notre divin Sauveur a rappelé ;\ ses disciples leur néant relatif lorsqu'il a décrit le comportement que le Chrétien doit adopter à un banquet : il lui faut éviter de prendre la place 'd'hon-lieur, de s'imposer comme une vedette, il lui faut agir comme s'il était un individu sans importance plutôt que d'essayer de passer pour « quelqu'un ». Un peu plus tard, au cours de son ministère, il est retourné à ce thème, il a fait l'éloge du Publicain qui, conscient de son insignifiance, entrait dans le temple par la porte dérobée, alors que le Pharisien se poussait au premier rang. Nôtre-Seigneur a fait connaître le verdict du Ciel : « Celui qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé. »

Cette exhortation à l'humilité ne signifie pas tou­tefois que nous devons traverser la vie avec un « complexe d'infériorité ». Il ne faut pas rechercher la vallée de l'humilité pour y trembler dans les ténèbres, mais bien au contraire pour que, de cette vallée, nous puissions apercevoir les montagnes de Dieu et y trouver notre exaltation. Le bond en alti­tude qu'on fait en partant de la conscience de sa petitesse pour accéder à la joie de la grandeur du Seigneur est magnifiquement exprimé par Marie, la Mère de Jésus : « II a jeté un regard gracieux sur la bassesse de sa servante. » En admettant ainsi qu'elle n'était que néant en dehors de Dieu, Marie s'est placée plus bas qu'aucun être vivant ne l'a jamais fait ; son ascension n'en est ensuite que plus sublime.

Plus nous pensons vraiment à nous-mêmes et plus nous pensons à Dieu ; tous les égotistes sont anti­religieux. Le préalable spirituel indispensable pour voir Dieu exige qu'on ne soit pas aveuglé par son propre moi et par tout ce qu'il contient d'orgueil, de vanité et de déification de l'individu. Seul le récipient vide peut être rempli ; seul le récipient débarrassé de son égotisme peut être divinisé. L'eau du puits ne peut rien ajouter à une coupe déjà emplie de boue jusqu'aux bords ; et c'est seulement l'âme humble et vidée qui peut recevoir les Eaux de la Vie Eternelle. Bien souvent, au cours de notre existence, nous emplissons nos coupes avec la boue et les galets de l’égoïsme. Cette boue, ce faux orgueil, ce prix extravagant qu'on accorde au moi, en dehors de Dieu, voilà ce qui complique la vie et empêche l'âme de s'unir à ce pour quoi elle a été faite. De même que le brouillard empêche les rayons- du soleil de resplendir sur la terre, de même en niant la réalité de son néant, le moi nous sépare de Dieu. Mais de même qu'il arrive que la chaleur du soleil dissipe le brouillard, Dieu, lui aussi, peut chasser notre orgueil et atteindre l'âme.

Dieu lui-même nous a montré le chemin de l'humi­lité. Il est descendu jusqu'au néant lorsqu'il s'est humilié au point de mourir ignominieusement sur la Croix, mais c'était pour ressusciter dans toute sa gloire, poussé par la force irrésistible du Pouvoir divin. Pour nous aussi, la seule avenue qui mène à Dieu passe par la Crucifixion du moi. L'homme qui se fait lui-même bâtit sur son propre moi, et générale­ment il se révèle un piètre architecte. Par contre, l'homme fait par Dieu méprise trop son moi pour on faire une pierre angulaire et laisse Dieu ériger l'édifice de sa vie. Il est comme saint Paul : « Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu », et il est heureux dans sa franche humilité.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 11:04

L'Annonciation.

Le 25 mars, c’est en ce jour que le Ciel annonça à tous les hommes, dans la personne de Marie, la paix et le salut. Dieu, de toute éternité, avait résolu de sauver les hommes en revê­tant leur humanité, et avait désigné, dès le commencement, Marie pour être sa mère.

Lors donc que l'heure de la miséri­corde eut sonné, Dieu envoya son ange Gabriel à l'humble Vierge de Nazareth pour lui donner ce salut élogieux que la terre se plaît à répéter chaque jour : « Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ! »

Puis, à genoux devant la Vierge troublée de ces paroles, l'Archange la pria, au nom du Très-Haut, de consentir à devenir la mère du Rédemp­teur promis, la mère du Fils de Dieu.

Marie hésitait ; elle avait consacré à Dieu sa virginité ; elle la préférait à la digni­té même qui lui était offerte. Mais, assurée que la maternité divine ajouterait à sa virginité un nouvel éclat, bien loin de lui porter préjudice, Marie prononça ce fiât que Gabriel porta dans les Cieux et qui fit descendre du sein de l'Éter­nel le Verbe divin...

Remercions notre Père céleste de tous les biens qui nous ont été prodigués depuis ce jour, heureux et béni entre tous ! Que les femmes surtout comprennent à quelle dignité leur sexe est élevé aujourd'hui.

Depuis qua­tre mille ans la femme était réduite à un état d'abaisse­ment qui à ses yeux était irrémédiable : grâce à la sainte Vierge, la voilà à jamais réhabilitée : Oh ! Combien elles doivent l'aimer et la bénir !

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES, (1933)

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 08:54

LE DÉTACHEMENT

La vie semble plate et assommante à beaucoup de gens : ils se demandent pourquoi ils ne croissent ni ne se développent, pourquoi ils ne s'améliorent ni ne s'instruisent. Ils se rendent compte qu'ils sont dans une ornière. Ils voudraient savoir comment s'en dégager.

La solution de ce problème est simple, encore que son application ne soit jamais facile. C'est de « déta­chement » que ces hommes et ces femmes ont besoin.

Le détachement consiste à couper tous les liens qui nous rivent au sol. On permet ainsi à l'âme de bondir vers Dieu. Nous sommes comme des ballons ; il se peut que nous soyons maintenus à terre par des câbles d'acier ou par des liens aussi minces que des fils de la Vierge, mais tant qu'ils ne sont pas rompus, nous ne sommes pas libérés de nos attaches avec la vie quotidienne qui nous collent à la terre, qui font de nous des esclaves.

Les âmes peuvent être captives d'un grand nombre de petites choses triviales et paralysantes du monde extérieur. Elles peuvent arriver à dépendre d'une cons­tante succession de plaisirs, de circonstances exci­tantes, de bulletins d'information, ou de toutes sortes de sorties, de telle façon que la vie intérieure finit par avoir à peine le temps d'exister. Chaque fois que nous nous rendons esclave du monde extérieur au point de ne pouvoir, sans lui, trouver le bonheur, notre vie intérieure en est réduite : tous les « extras » que le corps exige, c'est l'âme qui en règle l'addition.

Si nous avons « besoin » de choses extérieures, elles nous absorbent littéralement, de sorte que notre personnalité s'en trouve désagrégée. Nous sommes comme un puits qu'on a si obstinément pompé que toute son eau a été absorbée par un sol étranger. Certains individus se sont tellement abandonnés au monde extérieur que, privés de certains de leurs plaisirs ou de certains de leurs biens, ils ont l'im­pression de ne presque plus exister du tout. Ils ont appris à apprécier leur propre valeur en termes de possession plutôt qu'en termes d'existence. Dépouillées de leurs économies et de leurs richesses, de telles âmes arrivent facilement au suicide : leur subordination aux choses est si grande qu'elles ont perdu jusqu'à la connaissance de leurs rapports véritables avec Dieu.

Le remède à ce dangereux et malheureux état de subordination, c'est le relâchement progressif des liens qui nous attachent aux choses extérieures. Il nous faut cesser d'être la proie de l'alcool, du bruit,  du succès, du plaisir. Même dans une circonstance aussi simple que celle qui consiste à allumer une cigarette, il est sage de laisser la volonté humaine décider par oui ou par non, au lieu de céder machina­lement à l'envie chaque fois qu'elle se manifeste. On doit de temps en temps se refuser même les plaisirs licites et inoffensifs, afin de ne pas être leur esclave, ou l'esclave de nos fantaisies égoïstes. Car l'homme qui ne vit que pour satisfaire ses propres impulsions vit en bien mauvaise compagnie.

Certains indigènes d'Australie ne savent pas comp­ter au-delà de trois. Ils disent : « Un, deux, trois, assez. »

Leur philosophie économique limite ainsi les choses extérieures et les rend sans doute plus insouciants que nous qui comptons par milliards.

Les hommes vivent de leurs désirs, mais il nous est possible de choisir si nous voulons désirer les choses de l'esprit ou les choses du monde. L'homme ou la femme qui, en récapitulant sa journée, est assuré d'avoir refusé cinq fois de céder à quelque menue fantaisie, cet être-là est sur la voie de l'enrichisse­ment intérieur : il a pris le dessus et rejeté l'esclavage des choses.

L'attachement nous diminue ; le détachement nous grandit. Le matérialiste a une personnalité confinée, car il vit dans un univers fermé, pas plus vaste que les choses qui sont accessibles à ses sens. L'égotiste se meut dans un univers encore plus étroit : la cellule capitonnée de son propre égoïsme. Le croyant, lui, a brisé ses chaînes, il peut s'élever libre­ment jusqu'à un Paradis terrestre dans lequel sa nature s'épanouira jusqu'à un bonheur sans limites et sans regrets.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 08:20

   LE  MOI ET LA  LOI  MORALE

Les plus grands psychologues de tous les temps ont universellement admis que la racine de tous nos malheurs est l'égoïsme ou l'égotisme. L'égotisme est le rejet des deux commandements qui nous enjoignent d'aimer Dieu et notre prochain, c'est l'affirmation du moi en tant qu'étalon de toute vérité et de toute moralité.

Ceux qui vivent emprisonnés dans leur moi passent par trois stades mentaux dont le premier est la satis­faction égoïste des appétits de l'individu. Dès qu'on a fait du moi un absolu, toutes les autres personnes, tous les événements, toutes les choses deviennent des moyens d'assouvir le moi. Pendant la jeunesse, le moi cherche à se satisfaire dans sa propre chair, sans considération de personnes ; pendant l'âge mur, il aspire à la puissance ; pendant la vieillesse, il se quintessencie souvent dans l'avarice et le besoin de « sécurité ». Ceux qui nient l'immortalité de l'âme lui substituent presque toujours l'immortalité des moyens de subsistance. Lorsqu'on se prive des plaisirs qui viennent de Dieu, on finit toujours par s'abandonner aux plaisirs des sens.

Comme il n'est pas possible de toujours satisfaire ses appétits, non seulement parce qu'on entre ainsi en conflit avec d'autres individus animés des mêmes intentions, mais aussi parce que le plaisir finit par s'émousser par sa répétition même, le moi dégringole finalement au deuxième stade mental qui est celui de la peur. La peur, c'est le narcissisme fossilisé. Celui dont la vie s'est surtout extériorisée, qui s'est obstiné à rechercher des plaisirs hors de sa personne, est plus qu'un autre vulnérable à la peur de tout perdre, car son existence est fondée sur des choses qui sont le moins susceptibles d'être dominées par sa volonté. Plus un homme s'appuie sur un bâton appartenant à un autre égotiste, plus il risque qu'on le lui retire, plus il risque de choir. Le désappointement est le lot de ceux qui vivent entièrement au niveau de leurs sens. Dans chaque pessimiste, il y a un hédoniste frustré.

Les déceptions et la satiété provoquent la peur. Plus l'égotisme est grand, plus la peur est grande ; plus l'individu est égoïste et plus noires sont ses craintes. Il semble que l'univers extérieur fourmille d'ennemis : « Tout le monde est contre moi. » Certains redoutent la vieillesse, d'autres la mort, d'autres le suicide jusqu'à ce qu'en définitive on sombre dans le désespoir qui n'est autre chose que le moi laissé à ses seules ressources dont il admet au bout du compte qu'elles sont nulles.

Le troisième stade est l'ignorance. Parce que l'égotiste a rompu tous les ponts avec Dieu et avec le prochain, il s'est privé, de ce fait, de toute connais­sance issue de ces sources. Le moi devient de moins en moins conscient de son destin et du sens de la vie. Il peut rassembler des faits, mais il est incapable de les coordonner. Cette sorte de connaissance ressemble à celle que l'on acquiert en suivant les cours d'une université moderne : on s'y instruit en vue de passer des examens et non d'accéder à une philosophie de la vie. L'ignorance se multiplie en fonction du nombre des connaissances qu'on accumule sans qu'on établisse entre elles de corrélation. L'homme sage ne sait qu'une seule chose, l'Amour de Dieu, et tout le reste s'y conjugue. Par contre, l'ignorance de l'égotiste le rend amer et fait de lui un cynique : d'abord parce qu'il ne parvient jamais à se débarrasser des aspira­tions au Bien que Dieu a implantées dans son âme ; ensuite parce qu'il sait qu'il n'a plus le pouvoir de le vouloir.

Ces tragiques effets du narcissisme ne sont pas sans remèdes. Assez curieusement, le Christianisme tient pour établi, pour commencer, que la plupart des hommes sont égoïstes. Le commandement de Dieu qui nous ordonne d'aimer Dieu et le prochain comme nous-mêmes découle de ce postulat que chaque homme s'aime soi-même. Ces simples petits mots du commandement « comme toi-même » soulèvent une question : comment l'homme s'aime-t-il ? Il y a toujours quelque chose que l'homme aime en lui-même et quelque chose qu'il n'aime pas. Il s'aime lorsqu'il est assis dans un siège confortable, lorsqu'il porte des vêtements qui lui vont bien, lorsqu'il se nourrit agréablement, etc. Mais il y a quelque chose qu'il n'aime pas en lui. Il ne s'aime pas lorsqu'il fait des bêtises, lorsqu'il insulte un ami. En d'autres termes, il s'aime en tant que créature faite à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il ne s'aime pas lorsqu'il ternit cette image. C'est ainsi que le prochain doit être aimé. Il faut l'aimer en tant que personne, et même en tant que pécheur, car un pécheur est une personne. Mais son péché ne doit pas être aimé, car c'est la souillure de la divine ressemblance.

Il n'y a guère qu'un moyen d'essayer d'esquiver cette loi, c'est d'ergoter sur l'identité du prochain. Nôtre-Seigneur a tranché la question en répondant que le prochain n'est pas nécessairement l'homme qui habite la porte à côté. C'est celui que nous considérons comme un ennemi. Mais le Seigneur n'a pas exclu la possibilité que l'ennemi puisse également habiter la porte à côté !

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 07:56

    L'HOMME MODERNE EST-IL ÉLOIGNÉ DE LA  PAIX ?

Être malheureux ne met en danger que l'individu ignorant le sens du bonheur. La vie n'est intolérable que pour les hommes qui ne savent pas pourquoi nous sommes vivants ; dans cet état d'âme, ils confondent le bonheur et le plaisir (ce qui est pourtant bien diffé­rent) et identifient la joie à un chatouillement des extrémités nerveuses (ce qu'elle n'est pas). Pourtant, les choses qui nous sont extérieures ne nous apportent jamais la paix intérieure. Plus un être s'acharne à rechercher l'assouvissement et à poursuivre un but dans un domaine qui échappe à notre contrôle, plus il est sujet aux déceptions.

Deux démarches nous rapprochent du bonheur. La première consiste à nous effacer du monde extérieur, à éviter de nous laisser exagérément absorber par les soucis et les biens de ce monde. La seconde est autre­ment plus profonde : elle consiste, en partant de ce qui est inférieur en nous, à effectuer une ascension vers ce qui est supérieur, une ascension depuis notre égotisme jusqu'à notre Dieu. L'homme moderne est conscient des bienfaits de la première démarche : les soucis et les biens de ce monde sont devenus pour lui les causes d'innombrables misères. Les guerres, les crises économiques, l'insécurité et la vacuité de l'existence ont tellement épouvanté les hommes qu'ils ont essayé de rompre les ponts avec le monde extérieur, commencé à rechercher des satisfactions en deçà des limites propres de leur moi. C'est la raison de la vogue que connaît aujourd'hui la psychiatrie. L'âme moderne, alarmée par tout ce qu'elle trouve autour d'elle, a baissé les rideaux et entrepris de découvrir la paix dans l'analyse de son propre inconscient, de ses anxiétés et de ses terreurs, de ses idées noires et de ses frustations.

Mais cet auto refoulement peut se transformer en prison, si l'on s'enferme seul avec son moi, car il n'y a pas dans le monde de camisole de force plus rigou­reuse que celle du moi abandonné à lui-même. Le remède ne consiste jamais à recourir au scalpel psychanalytique pour libérer le pus moral intérieur et le regarder couler ; c'est là une action morbide tant pour le patient que pour le praticien. Le remède consiste plutôt à découvrir pourquoi l'individu se sent isolé et effrayé de sa solitude, car la plupart des gens sont terrifiés à l'idée d'être laissés seuls, sans d'ailleurs savoir pourquoi cette perspective les épouvante.

Le problème d'aujourd'hui, c'est la recherche de la paix intérieure, et c'est en ceci que le vingtième siècle se sépare du dix-neuvième. Il y a plus de cent ans, les hommes cherchaient dans le monde extérieur une solution à leurs problèmes : ils adoraient la science ou la nature, ils attendaient le bonheur du progrès, ou de la poli­tique, ou de leurs gains matériels. L'homme du vingtième siècle est préoccupé de lui-même : il est encore plus soucieux du problème de la sexualité que de la sexualité elle-même, il s'intéresse à l'attitude mentale qu'il doit adopter à cet égard plus qu'à la jouissance physique et à la procréation des enfants. Ses propres valeurs morales, ses propres états d'âme, ses propres attitudes l'absorbent entièrement.

Bien qu'on ait écrit énormément de bêtises sur la vie intérieure de l'homme d'aujourd'hui, il n'en est pas moins vrai que le vingtième siècle est plus près de Dieu que ne l'était le dix-neuvième. Nous sommes à la veille d'une des grandes renaissances spirituelles de l'histoire humaine. C'est parfois lorsqu'elles se sentent le plus éloignées de Dieu, au bord du désespoir, que les âmes sont le plus proches du Seigneur. Car une âme vide, le Divin peut la remplir, et une âme tourmentée, l'Infini peut la pacifier. Par contre, une âme orgueilleuse et pleine d'elle-même est inac­cessible à la Grâce.

L'homme moderne a été humilié : ses orgueilleuses anticipations en matière de progrès et de science n'ont guère tourné comme il l'espérait. Néanmoins, il n'en est pas encore arrivé au point de faire contrition. Il reste emprisonné dans son moi, et il est toujours incapable de rien voir au-delà. Pendant quelques années encore, le psychanalyste continuera sans doute à être autorisé à explorer les pensées ; mais le temps n'est pas éloigné où l'homme lancera à Dieu un appel déchirant pour qu'il l'arrache aux citernes vides de son propre moi. Saint Augustin le savait bien lorsqu'il disait : « Nos cœurs restent agités tant qu'ils ne reposent pas en toi. »

C'est pourquoi, même si nous sommes menacés d'une guerre catastrophique, l'époque n'est pas aussi mauvaise qu'elle en a l'air. L'homme moderne n'est pas encore revenu à Dieu ; mais il a fait, du moins, un retour sur lui-même. Plus tard, il se dépassera avec la grâce de Dieu qu'il recherche dès maintenant. Nul n'a jamais recherché quelque chose sans être conscient de son existence ; aujourd'hui, l'âme frustrée recherche Dieu comme la mémoire recherche un nom que l'on avait l'habitude de connaître.

La différence entre ceux qui ont trouvé Dieu et ceux qui continuent à le chercher est comme la diffé­rence entre une épouse heureuse de jouir de la compa­gnie de son mari et une jeune fille qui se demande si elle trouvera jamais un mari et qui s'efforce d'attirer les hommes d'une manière qui n'est peut-être pas la bonne. Ceux qui poursuivent le plaisir, la gloire et la fortune sont tous, en réalité, à la recherche de l'Infini, mais ces chercheurs sont encore dans les faubourgs de la Cité Éternelle. Ceux qui ont la foi ont trouvé leur véritable foyer au sein de l'Infini, ils ont trouvé « cette paix que le monde ne peut pas donner ». De même qu'il est possible d'apercevoir une silhouette lointaine sans distinguer du premier coup qu'il s'agit d'un ami perdu de vue depuis longtemps, de même on peut éprouver un besoin d'Infini, désirer des extases d'amour qui n'auraient pas de fin, sans se rendre encore compte qu'il s'agit de Dieu.

Peu importe le degré d'abjection auquel une âme est parvenue, il n'en est aucune qui se soumette à des plaisirs illicites sans avoir conscience de son asser­vissement, de son esclavage. C'est pour cela sans doute que les alcooliques sont si souvent des menteurs ; leurs lèvres nient un esclavage dont leur existence porte un si visible témoignage. Ces individus qui répugnent à admettre leurs fautes se refusent avec obstination à la Vérité divine ; mais la tristesse et la vacuité de leur existence les mènera, en définitive, au Dieu de Miséricorde.

Notre monde extérieur est aujourd'hui dans un état désespéré, mais le monde intérieur de l'homme est loin d'être sans espoir. Le monde des politiciens et des économistes reste à la traîne, bien en retard sur le développement psychologique des hommes. Le monde est loin de Dieu, mais les cœurs humains ne le sont pas. C'est pourquoi la paix viendra moins

des bouleversements politiques que de l'homme lui-même, qui, contraint de chercher refuge contre les tumultes extérieurs dans son âme même, sera hissé au-dessus de lui-même jusqu'à ce bonheur pour lequel il a été créé.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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