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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 08:53

Trente-trois ans avant le Calvaire, Marie reconnaît que sa mission est d'apporter son Seigneur au genre humain ; et elle est prise d'une telle impatience sainte, qu'elle commence cette mission avant même que son Fils ait vu le jour. Dans ce voyage, j'aime à voir en elle la première infirmière chrétienne qui en plus des soins qu'elle prodigue vient apporter le Christ dans la vie de ses malades : Salut des infirmes, secours des chrétiens, disons-nous dans ses litanies.

Les paroles exactes que Marie prononça ne nous sont pas rapportées. L'évangéliste dit seulement qu'elle salua Élisabeth. Mais remarquez que dès qu'elle eut salué sa cousine, de nouveaux liens sont aussitôt créés. Élisabeth ne s'adresse plus à elle en tant que cousine. Elle dit : « D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (S. Luc 1, 43.)

Marie, maintenant, n'est plus une simple parente, ou la mère d'un autre enfant. Elle est appelée la « Mère de Dieu » ! Mais ce n'est pas tout. L'enfant qu'Élisabeth porte en son sein, et qui plus tard devait être appelé « le plus grand parmi les fils de la femme », par l'enfant que Marie porte en son sein, « se met à tressaillir de joie dans le sein de sa mère » ; nous pourrions aller jusqu'à dire que par cette allégresse, il désirait avancer sa nais­sance en hommage au Roi des rois ! Voici deux enfants qui manifestent une sorte de fraternité avant même d'avoir quitté le sein de leur mère.

Remarquez à quel point Notre-Dame est la médiatrice entre le Christ et les hommes. Tout d'abord, ce fut par elle, comme par une porte du Ciel, qu'il vint en ce monde. Ce fut en elle, ainsi qu'en un miroir de justice que pour la première fois il vit, avec des yeux humains, l'image du monde qu'il avait créé. C'est en elle, sorte de ciboire vivant, qu'il est porté à ce premier banc de com­munion qu'est la maison d'Élisabeth, où un enfant qui n'a pas encore vu le jour, salue en lui l'hôte qui va être l'invité du monde. C'est à sa demande qu'à Cana il met sa puissance divine au ser­vice d'un besoin humain. Et c'est enfin à la Croix que Marie, qui avait donné le Christ au monde, le reçoit une seconde fois en nous, qui sommes indignes du grand nom de chrétiens.

A cause de cette intimité, je me demande s'il n'est pas juste de dire que les hommes cessent d'adorer le Christ par le fait même qu'ils cessent de vénérer la mère du Christ. N'est-il pas vrai, dans les relations humaines, que si un soi-disant ami ignore votre mère lorsqu'il est reçu chez vous, tôt ou tard, il vous igno­rera ? Réciproquement, si les hommes viennent frapper à la porte de Marie, ils s'apercevront que c'est Nôtre-Seigneur lui-même qui répondra.

Si jamais auparavant vous n'avez prié Marie, faites-le main­tenant. Ne comprenez-vous pas que si le Christ lui-même a voulu être formé en elle, physiquement durant neuf mois, puis formé par elle spirituellement durant trente années, c'est auprès d'elle qu'il nous faut aller pour que le Christ puisse se former en nous ? Ayant élevé le Christ, elle seule est capable d'élever un chrétien.

Pour développer cette fraternité spirituelle avec Jésus et Marie, le chapelet est des plus efficace. Le mot chapelet signifie « guirlande de rosés » cueillies dans le jardin de la prière. Cha­que dizaine ne demande que deux ou trois minutes, si bien que le chapelet entier ne prend qu'un peu plus de dix minutes.

Si vous ne le dites pas en entier et à genoux, récitez une dizaine en vous levant le matin, une autre en vous rendant à votre travail ; une autre dizaine en balayant la maison ou à midi, au res­taurant en attendant l'addition ; une autre dizaine juste avant de vous coucher ; et la dernière dizaine, récitez-la au lit, juste avant de vous endormir.

Si vous avez moins de vingt-cinq ans, avant de vous endor­mir vous ne pouvez réciter qu'une dizaine, deux si vous avez qua­rante ans ; mais si vous approchez de soixante ans, vous avez bien le temps d'en réciter douze !

Parce que le « Je vous salue, Marie » est récité si souvent tout au long d'un chapelet, ne croyez pas cette répétition stérile, car chaque fois il évoque un tableau ou un cadre différents, lors­que vous méditez par exemple, sur des mystères tels que la Nativité de Nôtre-Seigneur, la Crucifixion ou la Résurrection. Quand vous étiez enfant et que vous disiez à votre maman que vous l'aimiez, vous ne pensiez pas alors que ces mots pourraient avoir le même sens que lorsque vous les lui avez redits plus tard. Parce que l'affection était sur un autre plan, elle s'exprima d'une façon nouvelle. Chaque jour, c'est le même soleil qui se lève, mais il fait un jour nouveau.

Voici certains des avantages du chapelet :

Si chaque jour de votre vie, vous récitez le chapelet avec dévotion, et tout ce que cela implique, vous ne perdrez jamais votre âme.

Si vous souhaitez la paix dans votre cœur et dans votre famille, et d'abondantes grâces divines pour votre foyer, rassem­blez votre famille chaque soir, et récitez le chapelet.

Si vous désirez convertir une âme à la plénitude de l'amour et de la vie en Dieu, apprenez à cette personne à réciter le chapelet : ou bien elle cessera de le réciter ou elle recevra le don de foi.

Si un nombre suffisant d'entre nous récitait le chapelet chaque jour, la Sainte Vierge obtiendrait de son divin Fils, main­tenant comme dans le passé, le calme après la tempête actuelle, la défaite des ennemis de la civilisation humaine, la véritable paix du cœur pour ceux qui peinent ou qui s'égarent.

Si votre charité s'est refroidie et vous a laissé malheureux et enclin à la médisance, le chapelet, en vous faisant méditer le grand amour de Nôtre-Seigneur pour vous sur la Croix, et l'af­fection de votre Mère pour vous au Calvaire, ranimera votre amour de Dieu et du prochain, et vous rendra cette paix qui dépasse tout entendement.

Ne croyez pas qu'en honorant Notre-Dame par le chapelet vous négligez Nôtre-Seigneur. Avez-vous jamais vu quelqu'un vous ignorer tout en étant bon pour votre mère ? Si Nôtre-Sei­gneur nous a dit : « Voici votre Mère », il convient que nous respections celle qu'il a choisie entre toutes les créatures. De toute manière, que vous le vouliez ou non, sachez qu'il vous faut tou­jours la suivre, car comme l'a dit Francis Thompson :

Il suffit que la céleste Tentatrice se mette à jouer, Pour que tout le genre humain goûte la félicité ; Attirés par vos saintes cajoleries Et la séduction infinie de vos yeux. Faites-nous retrouver le paradis !

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 10:14

Vous est-il parfois arrivé de dire, pour justifier votre égoïsme : « Après tout, il faut bien que je vive ma vie ! »?

La vérité, c'est qu'elle n'est pas réellement votre vie, puisqu'il vous faut la vivre avec tout le monde. Par son étymologie même, la religion n'est pas ce que vous faites dans votre individualité, mais dans vos rapports avec autrui. Vous êtes issu du sein de la société, d'où il découle que l'amour du prochain est inséparable de l'amour de Dieu. « Si quelqu'un dit: « J'aime Dieu », et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » (I S. Jean iv, 20.)

A mesure que les dangers se multiplient, la solidarité humaine devient plus évidente. Les hommes sont plus rapprochés moralement dans un abri antiaérien, ou dans un trou d'obus, que dans le bureau d'un homme d'affaires ou à une table de bridge. A mesure que les chagrins augmentent, un sentiment d'unité s'intensifie. C'est pourquoi on peut conjecturer que c'est sur le Calvaire, cette cime tragique dans la vie de notre divin Maître et de sa Mère, que se révélerait le mieux le caractère universel de la religion.

Il est particulièrement intéressant de noter que dans son évangile, saint Jean relate, avant la parole dite du haut de la Croix par Nôtre-Seigneur à sa Mère, le récit de la tunique sans couture que notre divin Maître avait portée et que les soldats étaient en train de tirer au sort. « Quand les soldats eurent cru­cifié Jésus, ils prirent ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat, et aussi sa tunique. Or la tunique était sans couture, toute d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. » (S. Jean xix, 23.)

Pourquoi, parmi tous les détails de la Passion, celui de cette tunique lui revient-il soudain à l'esprit ? C'est parce qu'elle avait été tissée par Marie. Cette tunique était si belle que ces criminels endurcis refusèrent de la déchirer. Selon la coutume, ils avaient droit aux vêtements de ceux qu'ils crucifiaient. Mais cette fois les criminels refusèrent de se partager la dépouille. Ils la jouèrent aux dés, afin que le gagnant eût la tunique entière.

Après avoir cédé ses vêtements à ceux qui les tirent au sort, Jésus sur le Calvaire va céder maintenant celle qui tissa la tunique sans couture. Notre divin Maître jette un regard sur les deux êtres qu'il a le plus aimés sur terre : Marie et Jean. Il s'adresse d'abord à sa Sainte Mère. Il ne l'appelle pas « Mère », mais « Femme ».

Comme saint Bernard le remarque avec dévotion, s'il l'avait appelée « Mère » elle aurait été uniquement sa Mère. Mais pour indiquer qu'elle devient à ce moment la Mère de tous ceux qu'il rachète, il lui donne ce titre de maternité universelle « Femme ». Puis, désignant d'un signe de tête son disciple bien-aimé qui est présent, il ajoute : « Voici ton fils ». Il ne l'appelle pas Jean, car s'il le faisait, Jean ne serait que le fils de Zébédée ; il ne le désigne pas par son nom, afin qu'il puisse représenter toute l'hu­manité.

C'était comme si Nôtre-Seigneur avait dit à sa Mère : « Vous avez déjà un Fils, et ce Fils c'est moi. Vous ne pouvez en avoir d'autre. Tous les autres seront en moi comme les sarments sont sur la vigne. Jean ne fait qu'un avec moi, et moi avec lui. C'est pourquoi je ne dis pas : « Voici un autre fils ! » mais « Me voici en Jean, et voici Jean en moi ».

C'était une sorte de testament. A la dernière Cène, il avait légué son corps et son sang à l'humanité. « Ceci est mon corps ! Ceci est mon sang ! » Maintenant il léguait sa Mère : « Voici ta Mère ». Notre divin Maître établissait, à ce moment, de nou­veaux liens de parenté ; une parenté par laquelle sa propre Mère devenait la mère de tous les hommes, tandis que nous devenions ses enfants.

Ce nouveau lien n'était pas charnel, mais spirituel, car il est d'autres liens que ceux du sang. Si le sang est plus épais que l'eau, l'esprit est plus important que le sang. Tous les hommes sans distinction de couleur, de race, de sang, ne font qu'un dans l'Esprit : « Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère ». (S. Matthieu xii, 50.)

Dans le Christ, Marie avait vu Dieu ; maintenant son Fils lui demandait de voir ce même Christ dans tous les chrétiens. Il ne lui demandait pas d'aimer un autre que lui, mais il serait désor­mais dans tous ceux qu'il avait rachetés. La veille il avait prié pour que tous ne fassent qu'un en lui, comme il n'y a qu'une même vie pour la vigne et ses sarments. Maintenant il instituait Marie gardienne non seulement de la vigne mais aussi des sar­ments, dans le temps et l'éternité. Elle avait donné le jour au Roi ; et maintenant elle engendrait le royaume.

L'idée même de cette Épouse de l'Esprit devenant la Mère du genre humain nous accable, non pas parce que c'est Dieu qui la pensa, mais bien parce que nous y pensons trop rarement. Nous sommes si accoutumés à voir la Madone avec l'Enfant à Bethléhem, que nous oublions que c'est cette même Madone qui nous soutient, vous et moi, au Calvaire.

A la crèche, le Christ n'était qu'un nouveau-né ; au Calvaire, il est le chef de l'humanité rachetée. A Bethléhem, Marie était la Mère du Christ ; sur le Calvaire elle devient la Mère des chré­tiens. Dans l'étable ce fut sans souffrance qu'elle mit son Fils au monde et devint la Mère de joie ; à la Croix, elle nous enfanta dans la douleur et devint la Reine des martyrs. En aucun cas une femme n'oublie l'enfant de ses entrailles.

Lorsque Marie entendit Nôtre-Seigneur établir cette nouvelle parenté, elle se souvint nettement du début de ces liens spiri­tuels. Comme celle de Jésus, la troisième parole de Marie se rapportait à la parenté. Il y avait bien longtemps de cela.

Quand l'ange lui eut annoncé qu'elle serait la Mère de Dieu, ce qui eut suffi à la lier à tout le genre humain, il ajouta qu'Élisabeth, sa cousine avancée en âge, était alors enceinte : « Et voici qu'Élisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois-ci est le sixième pour elle que l'on appelait stérile, car rien ne sera impossible pour Dieu ». Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole ! » Et l'ange la quitta.

En ces jours-là, Marie partit et s'en alla en hâte vers la montagne, en une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et elle s'écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m'avez saluée, n'a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l'enfant a tres­sailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! Car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! » (S. Luc i, 36-45.)

On admet, à juste titre, que nul mieux qu'une femme qui porte un enfant, ne peut décliner tout service envers autrui. Si l'on ajoute à ceci, noblesse oblige, le fait que cette femme porte en elle le Maître de l'univers, entre toutes les créatures elle aurait le droit de se croire dispensée des obligations sociales et des devoirs envers ses voisins. Les femmes dans cette condition ne vont pas servir, mais se font servir.

Or nous voyons ici la plus grande de toutes les femmes devenir la servante des autres. Sans se targuer de sa dignité en disant : « Je suis la Mère de Dieu », mais comprenant que sa cousine âgée pouvait avoir besoin d'elle, cette Reine enceinte, au lieu d'attendre son heure dans une paisible retraite, comme le font les autres femmes, monte sur un âne, fait un voyage de cinq jours dans la montagne, et a une telle conscience de la fraternité spiri­tuelle que, selon le langage de l'Écriture Sainte, elle le fait « en hâte ». (S. Luc 1, 39.) A suivre.

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:53

Et parce que nos croix diffèrent, nos âmes aussi connaîtront une gloire différente. Trop souvent nous pensons qu'au Ciel il y aura une sorte d'équivalence avec nos positions sociales d'ici-bas ; que par exemple les domestiques sur terre, seront domestiques au ciel ; que les personnalités sur terre seront des personnalités au ciel. Ce n'est pas vrai.

Dieu tiendra compte de nos croix. Il sembla le suggérer dans la parabole de l'homme riche et de Lazare : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et pareil­lement Lazare ses maux. Maintenant il est consolé ici, et toi tu souffres. » (S. Luc XVI, 25.)

Il y aura une brillante récompense pour ceux qui souffrent ici-bas. Du fait que nous vivons dans un monde où la position sociale est basée sur la richesse, nous oublions trop que dans le royaume de Dieu, les notables sont ceux qui font sa volonté. Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, car Dieu ne tient pas compte des personnes.

Une dame riche et haut placée dans la société arriva au ciel. Saint Pierre lui montra une belle demeure et lui dit : « Voici la maison de votre chauffeur ». « Eh bien ! dit-elle, si c'est là sa maison, quelle va être la mienne ! » Désignant une minuscule chaumière, saint Pierre lui dit alors : « Voilà la vôtre ». « Impos­sible, je ne puis vivre là-dedans ! » s'exclama-t-elle. Et saint Pierre de répondre : « Je regrette beaucoup, mais c'est tout ce que j'ai pu faire avec les matériaux que vous m'avez envoyés ! » Ceux qui ont souffert, comme le bon larron, ont envoyé à l'avance des matériaux de bonne qualité.

Qu'importe ce que vous faites ici-bas ; ce qui importe, c'est l'amour que vous y mettez. Le balayeur de rues qui, au nom de Dieu, accepte une croix due à sa position dans la vie, par exem­ple le mépris de ses concitoyens ; une mère de famille qui dit son fiât à la volonté de Dieu et élève ses enfants pour le royaume de Dieu ; les malades dans les hôpitaux qui disent leur fiât à la dou­leur qui les crucifie, sont des saints non canonisés, car qu'est-ce que la sainteté sinon une fixité dans le bien, acquise en s'aban­donnant à la volonté suprême de Dieu.

Il est typiquement américain de croire, qu'à moins de faire quelque chose de grand, on ne fait rien. Mais du point de vue chrétien, une chose n'est pas plus grande qu'une autre. L'impor­tance provient de la façon dont notre volonté utilise les choses. C'est pourquoi balayer un bureau pour l'amour de Dieu est plus important que diriger ce même bureau pour l'amour de l'argent.

La plupart de nos misères et de nos malheurs proviennent de notre révolte contre notre condition présente, augmentée de fausse ambition. Nous en arrivons à critiquer toute personne plus haut placée, comme si son manteau d'honneur avait été volé sur nos épaules. Soyez assurés que si la volonté de Dieu est que nous accomplissions une certaine tâche, elle sera accomplie, même si le monde entier s'insurgeait pour dire « non ». Mais si nous obte­nons cet honneur en abandonnant la vérité et l'humilité, il sera amer comme l'absinthe et le fiel.

Chacun d'entre nous doit louer et aimer Dieu à sa propre manière. L'oiseau loue Dieu en chantant, la fleur en s'épanouis­sant, les nuages par leurs ondées, le soleil par son éclat, la lune par sa clarté, et chacun d'entre nous par sa patience et sa résigna­tion aux épreuves de sa condition.

Au fond, votre vie ne comprend que deux choses : 1° des devoirs actifs, des circonstances passives. Les premiers dépen­dent de vous ; faites-les au nom de Dieu. Les secondes échappent à votre contrôle ; il faut vous y soumettre au nom de Dieu. Ne considérez que le présent ; abandonnez le passé à la justice de Dieu et l'avenir à sa providence. La perfection de la personnalité ne consiste pas à connaître les desseins de Dieu, mais à s'y sou­mettre à mesure que les circonstances de la vie nous les révèlent.

En réalité, il n'y a qu'un raccourci dans la voie de la sain­teté, c'est celui que Marie choisit dans la Visitation, celui que Nôtre-Seigneur choisit à Gethsémani, celui que le voleur choisit sur la croix — c'est l'abandon à la volonté de Dieu.

Si l'or, dans les entrailles de la terre, ne disait pas son fiât au mineur puis à l'orfèvre, jamais il ne deviendrait le calice de l'autel. Si le crayon ne disait pas son fiât entre les doigts de l'écrivain, jamais nous n'aurions le poème ; si Notre-Dame n'avait pas dit son fiât à l'ange, jamais elle ne serait devenue la Maison d'Or ; si Nôtre-Seigneur n'avait pas dit fiât à la volonté du Père à Gethsémani, jamais nous n'aurions été rachetés ; si le voleur n'avait pas dit fiât dans le fond de son cœur, jamais il n'aurait escorté le Maître pour entrer au Paradis.

Ce n'est qu'à cause de notre refus de laisser Dieu agir en nous que nous sommes ce que nous sommes, des chrétiens mé­diocres, débordants d'enthousiasme un jour, et abattus le lende­main. Comme du marbre rebelle, nous nous révoltons contre la main du sculpteur ; comme une toile sans vernis, nous redoutons les touches de couleurs du Divin Artiste. Nous craignons telle­ment qu' « en Le recevant, nous n'ayons à renoncer à tout » et nous oublions qu'il n'y a plus à se soucier des étincelles lorsqu'on possède tout le feu de l'amour, ni de l'arc quand on a le cercle parfait.

Nous commettons toujours l'erreur fatale de croire que ce qui compte c'est ce que nous faisons, alors que ce qui compte en réalité, c'est ce que nous laissons Dieu faire en nous. Dieu envoya l'ange à Marie, pour lui demander, non pas de faire quel­que chose, mais d'accepter que quelque chose fût fait.

Puisque Dieu est un meilleur ouvrier que vous, plus vous vous abandonnez à lui, plus il peut vous rendre heureux. S'il est bien d'être arrivé par ses propres moyens, il est mieux encore d'être arrivé par l'aide de Dieu.

Il est certain que Dieu vous aimera, même si vous ne l'aimez pas, mais rappelez-vous que si vous ne lui donnez que la moitié de votre cœur, il ne pourra vous rendre heureux qu'à moitié. Vous objectez qu'alors vous ne jouissez de la liberté que pour la sacrifier ? A qui la sacrifiez-vous ? Vous la sacrifiez aux inspira­tions du moment, à votre égoïsme, aux créatures, ou à Dieu ?

Savez-vous bien que si vous sacrifiez votre liberté à Dieu, au ciel vous ne serez plus libre de choisir, parce que possédant ce qui est parfait, il n'y a plus à choisir. Et pourtant vous serez par­faitement libre, car vous ne ferez qu'un avec celui dont le Cœur est liberté et amour !

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 08:43

De même, chacun de nous a sa croix. Nôtre-Seigneur a dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite. » (S. Marc viii, 34.) Il n'a pas dit : « Prenez ma Croix. » Ma croix n'est pas la même que la vôtre, et la vôtre n'est pas la même que la mienne. Chaque croix est faite sur mesure, façonnée pour convenir à un être, mais à nul autre.

C'est pourquoi nous disons : « Ma croix est dure. » Nous pensons que les croix des autres sont plus légères, en oubliant que notre croix est dure pour la seule et simple raison que c'est la nôtre. Nôtre-Seigneur ne fit pas sa Croix ; elle fut faite pour lui. Ainsi la vôtre est faite par les circonstances de votre vie, et par la routine de vos devoirs. C'est pourquoi elle vous pèse tant. Les croix ne sont pas faites en série.

Nôtre-Seigneur s'occupe de chaque âme séparément. Il se peut que, sous la couronne d'or que nous désirons, se trouve la couronne d'épines, mais les héros qui choisissent la couronne d'épines trouvent souvent par-dessous la couronne d'or. Même ceux qui semblent en être exempts, ont cependant leur croix.

Nul n'aurait jamais soupçonné qu'en se soumettant à la volonté de Dieu par son acceptation de devenir la Mère de Dieu, Marie aurait à porter sa croix. Il semblerait aussi, qu'étant préservée du péché originel, elle serait dispensée des peines de ce péché, de la douleur par exemple. Pourtant cet honneur lui valut sept croix, et finit par faire d'elle la Reine des martyrs.

Donc il y a autant de sortes de croix que de personnes : croix du chagrin et du malheur, croix de la misère, croix de l'insulte, croix de l'amour déçu et croix de l'échec.

Il y a la croix des veuves. Souvent Nôtre-Seigneur parle d'elles, par exemple dans la parabole du juge et de la veuve (S. Luc XVIII, 1-8.), quand il blâma les Pharisiens qui « dévorent les maisons des veuves » (S. Marc XII, 40.) ; quand il parla à la veuve de Naïm (S. Luc VII, 12.), et quand il loua la veuve qui mit deux leptes dans le trésor du Temple. (S. Marc XII, 42.) Il leur accorda une attention spéciale peut-être parce que sa Mère était veuve, car Joseph, son père nourricier, était sans doute déjà mort.

Lorsque Dieu enlève un être à nos affections, c'est toujours pour une bonne raison. Quand les moutons ont brouté jusqu'à éclaircir l'herbe sur le flanc du coteau, le berger prend un agneau dans ses bras, l'emporte sur la montagne où l'herbe est verte, et le dépose là ; et bientôt tous les autres moutons viennent à sa suite. De temps à autre, Nôtre-Seigneur retire un agneau dans le champ aride d'une famille pour l'emmener vers ces verts pâturages célestes, afin que le reste de la famille puisse fixer les yeux sur la vraie patrie, et suivre le même chemin.

Il y a aussi la croix de la maladie qui toujours a un but divin. Nôtre-Seigneur a dit : « Cette maladie n'est pas mortelle, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. » (S. Jean XI, 4.) La résignation à cette sorte de croix particulière est une des plus hautes formes de prière. Malheu­reusement, les malades désirent généralement faire tout autre chose que ce que Dieu leur demande.

La tragédie de ce monde n'est pas tant l'existence de la souffrance que son gaspillage. Ce n'est que lorsqu'une bûche est jetée dans le feu qu'elle commence à crépiter. De même le voleur ne commença à trouver Dieu que lorsqu'il fut jeté dans le brasier de la croix. Ce n'est que dans la souffrance que certains commen­cent à découvrir l'amour. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 09:05

La volonté, est la seule chose au monde, qui nous appartienne de façon définitive et absolue. Santé, pouvoir, richesse et honneur peuvent nous être arrachés, mais notre volonté nous appartient irrévocablement, même en enfer. D'où il découle que rien n'importe vraiment dans la vie, sinon ce que nous faisons de notre volonté. C'est ce qu'illustre l'histoire des deux voleurs crucifiés de chaque côté de Nôtre-Seigneur, car c'est le drame des volontés.

Au début, les deux voleurs blasphémaient. Il n'y avait pas de bon larron au commencement de la Crucifixion. Mais quand le voleur de droite entendit l'Homme sur la Croix centrale pardonner à ses bourreaux, son âme connut un revirement,

II commença à accepter son malheur. Il considéra sa croix plutôt comme un joug que comme un gibet, il s'abandonna à la volonté de Dieu, et, s'adressant au voleur révolté de gauche, lui dit : « Tu n'as pas même la crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation ! Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce que méritent les choses que nous avons faites ; mais lui n'a rien fait de mal. » (S. Luc XXIII, 40-41.)

Alors, de son cœur déjà si soumis à son Sauveur, jaillit cette supplique : « Jésus, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. » (S. Luc XXIII, 42.) Et il lui fut immédia­tement répondu : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (S. Luc XXIII. 43.)

« Tu. » Dieu considère chacun de nous individuellement. Il appela sa brebis par son nom. Ce fut le fondement de la démocratie chrétienne. Au regard de Dieu, toute âme est précieuse, même celles que l'État rejette et tue.

Au pied de la Croix, Marie fut témoin de la conversion du bon larron, et son âme se réjouit de le voir accepter la volonté de Dieu. La seconde parole de son divin Fils, promettant le paradis en récompense de cette soumission, lui rappela la seconde parole qu'elle avait prononcée trente ans auparavant, quand l'ange lui était apparu pour lui dire qu'elle serait la Mère de celui qui maintenant se mourait sur la Croix.

Dans sa première parole, elle demandait comment cela se ferait puisqu'elle ne connaissait point l'homme. Mais quand l'ange lui eût dit qu'elle concevrait du Saint-Esprit, Marie répondit immédiatement : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc 1, 38.)

Ce fut l'un des grands Fiat du monde. Le premier fut au moment de la Création quand Dieu dit : « Fiat Lux ; que la lumière soit ; » il y en eut un autre à Gethsémani, quand le Sauveur s'écria, en approchant de ses lèvres le calice de la rédemption : Fiat voluntas tua : « Que votre volonté soit faite. » (S. Matt., xxvi, 42.) Le troisième fut celui que Marie prononça dans une humble maison de Nazareth, et qui se révéla comme une déclaration de guerre contre l'empire du mal : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc I, 38.)

La seconde parole de Jésus sur le Golgotha et la seconde parole de Marie à Nazareth nous enseignent la même leçon: Sur terre, chacun a sa croix, mais il n'y a pas deux croix iden­tiques. La croix du voleur n'était pas la croix de Marie, car à l'égard de chacun d'eux la volonté de Dieu était différente. Le voleur devait donner sa vie ; et Marie accepter la vie. Le voleur devait être pendu à sa croix, et Marie se tenir debout sous la sienne. Le voleur devait aller de l'avant, et Marie rester en arrière. Le voleur recevait son congé, et Marie une mission. Le

voleur devait être reçu en paradis, mais c'est le paradis qui allait être reçu en Marie. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 08:42

Il existe une université où l'on pourrait désapprendre…

Dédiée à Marie, Reine du Saint Rosaire, Gracieuse Patronne des États-Unis. Pour lui demander humblement, que par son Cœur Immaculé, le monde puisse retrouver le chemin du Cœur sacré de son divin Fils.

Un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur vivait un des plus grands parmi tous les poètes : l'illustre poète grec Homère. Deux grands poèmes épiques lui sont attribués : l'Iliade et l'Odyssée. Le héros de l'Iliade ne fut pas Achille, mais Hector, le chef des Troyens ennemis, qu'Achille vainquit et tua. Le poème se termine par le panégyrique non pas d'Achille, mais d'Hector le vaincu.

L'autre poème, l'Odyssée, a pour héros non pas Ulysse, mais Pénélope, sa femme, qui lui fut fidèle durant les années de ses voyages. Comme les prétendants lui faisaient une cour pressante, elle leur promit de les écouter lorsqu'elle aurait fini de tisser le vê­tement qu'ils voyaient sur son métier. Mais chaque nuit, elle défai­sait ce qu'elle avait tissé durant le jour, et ainsi resta fidèle jus­qu'au retour de son époux. « De toutes les femmes, disait-elle, je suis la plus affligée. » Comme on pourrait bien lui appliquer cette citation de Shakespeare : « Le malheur siège dans mon âme comme sur un trône. Ordonnez aux rois de venir s'incliner devant lui ».

Durant un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur, l'antiquité païenne retentit de ces deux récits du poète qui jette en pâture à l'histoire ce défi étrange d'exalter un homme vaincu, et de s'incliner devant une femme malheureuse. Et au cours des siècles ultérieurs, on se demanda comment il était possible d'être victorieux dans la défaite, et glorieux dans le malheur. Et jamais il n'y eut de réponse, jusqu'au jour où vint celui qui fut glorieux dans sa défaite : le Christ sur la Croix ; et celle qui fut sublime dans le malheur : Sa sainte Mère au pied de la Croix.

Il est intéressant de remarquer que Nôtre-Seigneur parla sept fois sur le Calvaire, et que sept fois dans les Saintes Écritures on rapporte les paroles de sa Mère. Sa dernière parole notée fut dite aux noces de Cana, lorsque son divin Fils commença sa vie publique. Maintenant que le soleil s'était levé, la lune pouvait disparaître. Maintenant que la Parole s'était exprimée, point n'était besoin d'autres paroles.

Sur les sept paroles de Marie, saint Luc nous en rapporte cinq qu'il n'a pu tenir que d'elle-même. Saint Jean rapporte les deux autres. On peut se demander si, alors que Nôtre-Seigneur prononçait chacune de ses sept paroles, notre sainte Mère au pied de la Croix ne pensait pas à chacune de ses propres paroles qui y correspondaient. Tel sera le sujet de notre méditation: les sept paroles de Nôtre-Seigneur sur la Croix, et les sept paroles de la vie de Marie.

Les hommes ne peuvent supporter la faiblesse. Dans un cer­tain sens, les hommes sont le sexe faible. Il n'est rien qui déso­riente un homme autant que les larmes d'une femme. C'est pour­quoi les hommes ont besoin de la force et de l'inspiration de femmes qui ne s'affaissent pas en cas de crise. Il leur faut quel­qu'un non pas écroulé au pied de la Croix, mais debout comme le fut Marie. Jean s'y trouvait aussi ; il la vit debout, et il le nota dans son Évangile.

D'ordinaire, lorsque des innocents ont à souffrir entre les mains de juges impies, leurs dernières paroles sont soit « Je suis innocent », soit « La justice est corrompue ». Mais ici, pour la première fois dans l'histoire du monde, voici un condamné qui ne demande pas plus le pardon de ses péchés, car il est Dieu, qu'il ne proclame son innocence, car les hommes ne peuvent être les juges de Dieu. Il intercède plutôt en faveur de ceux qui le tuent: «Père, pardonnez-leur, car ils ne connaissent pas ce qu'ils font ». (S. Luc XXIII, 34.)

Marie, sous le gibet, entendit son divin Fils prononcer cette première parole. Lorsqu'elle l'entendit dire « ne connaissent pas » je me demande si elle se souvint de sa première parole, qui, elle aussi, comprenait ces mots : « ne connais pas ».

C'était lors de l'Annonciation, la première bonne nouvelle qui parvenait à la terre depuis des siècles. L'ange lui annonça qu'elle allait devenir la Mère de Dieu. « Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin.» Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (S. Luc 1, 31-34.)

Ces paroles de Jésus et Marie semblent suggérer qu'il y a parfois de la sagesse à ne pas savoir. L'ignorance ici, est repré­sentée non comme un remède, mais comme une bénédiction. Cela choque plutôt notre sensibilité moderne qui prône tant l'instruction, mais c'est parce que nous ne faisons pas de distinction entre la vraie et la fausse sagesse. Saint Paul appelle « sottise » la sagesse du monde, et Nôtre-Seigneur remercia Son Père céleste de n'avoir pas révélé la sagesse céleste aux sages de ce monde. (S. Luc. X, 21.)

L'ignorance qui est ici vantée n'est pas l'ignorance de la vérité, mais l'ignorance du mal. Remarquez-le tout d'abord dans la parole de notre Sauveur envers ses bourreaux : il entendait par là qu'il pouvait leur être pardonné parce qu'ils ne comprenaient pas leur crime terrible. Ce n'était pas leur savoir qui les sauverait, mais leur ignorance. S'ils savaient ce qu'ils faisaient en flagellant les mains de celui qui est la miséricorde éternelle, en perçant les pieds du bon Pasteur, en couronnant d'épines la tête de la sagesse incarnée, et s'ils continuaient à le faire, jamais ils n'au­raient été sauvés. Ils auraient été damnés ! Seule leur ignorance rendit possible pour eux la rédemption et le pardon. Comme le leur dit saint Pierre à la Pentecôte : « Je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats ». (Actes III, 17.)

Comment se fait-il que vous et moi, par exemple, puissions pécher un millier de fois et être pardonnes et que les anges qui n'ont péché qu'une seule fois, soient éternellement damnés ? La raison en est que les anges savaient ce qu'ils faisaient. Les anges voient les conséquences de chacun de leurs actes aussi nettement que vous voyez qu'une partie ne peut jamais être plus grande que le tout. Ce jugement établi, vous ne pouvez plus le reprendre. Il est irrévocable ; il est éternel.

Or les anges virent les conséquences de leur choix avec une netteté plus grande encore. C'est pourquoi quand ils prirent une décision, ils la prirent en toute connaissance de cause, et il n'y eut plus moyen de la reprendre. Ils étaient damnés à jamais. Comme les responsabilités de la connaissance sont effrayantes ! Ceux qui connaissent la vérité sont jugés plus sévèrement que ceux qui ne la connaissent pas. Comme Nôtre-Seigneur l'a dit : « Si je n'étais pas venu... ils n'auraient pas de péché ». (S. Jean XV, 22.)

La première parole que notre sainte Mère prononça à l'Annonciation révèle la même leçon. Elle dit: «Je ne connais pas d'homme ». Pourquoi le fait de ne pas connaître l'homme avait-il une certaine valeur ? Parce qu'elle avait consacré sa virginité à Dieu. Au moment où chaque femme aspirait au privilège d'être la Mère du Messie, Marie renonça à cet espoir, et c'est à elle qu'il fut donné ! Elle refusa de discuter avec un ange toute espèce de compromis de sa grande décision.

Si pour devenir la Mère de Dieu, il lui fallait renoncer à son vœu, elle ne pouvait admettre un tel abandon, connaître l'homme serait un péché pour elle, quoiqu'en d'autres circonstances cela n'en eût pas été un. Ne pas connaître l'homme est une forme de l'ignorance, mais cela devient ici une telle bénédiction, qu'en un instant le Saint-Esprit la couvre de son ombre, faisant d'elle un ciboire vivant, et lui accordant le privilège de porter en elle durant neuf mois l'Invité qui est l'Hôte du monde.

Ces premières paroles de Jésus et de Marie suggèrent qu'il y a du mérite à ne pas connaître le mal. Vous vivez dans un monde où ceux qui passent pour les sages de ce monde disent : « Vous ne connaissez pas la vie ; vous n'avez jamais vécu ». Ils prétendent qu'on ne peut connaître que par l'expérience — expé­rience non seulement du bien, mais aussi du mal.

Ce fut avec un mensonge de cette sorte que Satan tenta nos premiers parents. Il leur dit que Dieu leur défendait de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal parce que Dieu ne voulait pas qu'ils fussent aussi sages qu'il l'était lui-même. Satan ne leur dit pas que s'ils acquéraient une certaine connaissance du bien et du mal, elle serait très différente de la connaissance de Dieu.

Dieu ne connaît le mal que de façon abstraite, c'est-à-dire par la négation de sa bonté et de son amour. Mais l'homme le con­naîtrait de façon concrète et expérimentale, et ainsi, deviendrait esclave, dans une certaine mesure, de ce mal dont il ferait l'expé­rience. Par exemple, Dieu désirait que nos premiers parents con­nussent la fièvre typhoïde, comme la connaît un docteur en bonne santé. Il ne voulait pas qu'ils la connussent comme le malade qui en est frappé. Et depuis le jour du grand mensonge jusqu'à nos jours, personne n'a gagné à connaître le mal par expérience.

Examinez votre propre vie. Si vous connaissez le mal par expérience, êtes-vous plus savant pour cela ? N'avez-vous pas méprisé ce mal, et n'êtes-vous pas plus malheureux d'en avoir fait l'expérience ? Il se peut même que vous soyez devenu l'esclave de ce mal. Combien de fois les blasés ne disent-ils pas : « Si seule­ment je n'avais jamais goûté à l'alcool » ou « comme je déplore le jour où j'ai volé mon premier dollar » et « si seulement je n'avais jamais connu cette personne ». Comme vous auriez été plus raisonnable si vous aviez été ignorant !

Que de fois vous n'avez découvert le principe qui inspira une loi que vous jugiez arbitraire et dépourvue de sens qu'après avoir violé cette loi. Étant enfant, vous ne pouviez comprendre pour­quoi vos parents vous défendaient de jouer avec des allumettes, et ce n'est qu'en vous brûlant que vous étiez convaincu du bien-fondé de cette défense. Ainsi le monde, pour avoir violé la loi morale de Dieu, apprend par la guerre, les dissensions et la mi­sère, la sagesse de la loi. Et alors, comme le monde aimerait désapprendre cette fausse connaissance !

Donc, ne croyez pas que pour « connaître la vie » il faille « faire l'expérience du mal ».

Un docteur est-il plus savant parce qu'il est terrassé par la maladie ? Apprenez-vous la propreté en vivant dans des égouts ? Savons-nous ce qu'est l'instruction en faisant l'expérience de la stupidité ? Connaissons-nous la paix en combattant ? Connaissons-nous les joies de la vue en étant aveu­glés ? Devenez-vous meilleur pianiste en faisant des fausses notes ? Point n'est besoin d'être ivre pour savoir ce qu'est l'ivresse.

Ne croyez pas trouver une excuse en disant que « les tenta­tions sont trop fortes » ou que « les vertueux ne savent pas ce qu'est la tentation ». Les gens de bien en savent plus sur la force des tentations que ceux qui y succombent. Comment connaissez-vous la force du courant d'une rivière ? En nageant avec le cou­rant, ou contre lui ? Dans une bataille, comment pouvez-vous esti­mer la force de l'ennemi ? En étant fait prisonnier ou en combat­tant ? Comment pouvez-vous connaître la force d'une tentation à moins de la vaincre ? Nôtre-Seigneur comprend vraiment mieux que quiconque la puissance de la tentation, parce qu'il triompha des tentations de Satan.

La grande erreur de l'éducation moderne c'est de croire que l'ignorance est la cause de l'existence du mal dans le monde, et que par conséquent si nous entassons plus de faits dans l'esprit des jeunes, nous les rendrons meilleurs. Si c'était vrai, nous serions le peuple le plus vertueux de l'histoire du monde, parce que nous sommes le mieux instruit.

Les faits, pourtant, indiquent le contraire : jamais aupara­vant l'éducation ne fut autant poussée, jamais auparavant on n'arriva si peu à connaître la vérité. Nous oublions que l'igno­rance vaut mieux que l'erreur, en confondant scientia et sapientia. Une grande partie de l'éducation moderne rend l'esprit sceptique quant à la sagesse de Dieu. Les jeunes ne sont pas nés sceptiques, mais ils peuvent le devenir par une éducation faussée. Le monde moderne se meurt, empoisonné par le scepticisme.

L'erreur de l'éducation sexuelle est de croire que si les enfants connaissent les effets nuisibles de certains actes, ils s'abstiendront de ces mêmes actes. On prend comme exemple que si vous saviez qu'il y a un cas de fièvre typhoïde dans une maison, vous n'y entreriez pas. Mais ce que ces éducateurs oublient, c'est que l'instinct sexuel n'est pas du tout comme l'attrait de la fièvre typhoïde. Personne ne sent le besoin de forcer la porte d'un malade atteint de cette fièvre, mais on ne peut en dire autant de la sexualité. Il existe un instinct sexuel, mais il n'y a pas d'instinct typhique.

La connaissance sexuelle ne rend pas nécessairement raison­nable ; elle peut faire désirer le mal, surtout lorsque nous appre­nons que les conséquences nocives peuvent être évitées. L'hygiène sexuelle ne peut pas être confondue avec la moralité, ni le savon avec la vertu. Le mal ne provient pas de l'insuffisance de notre connaissance, mais de la perversité de nos actes.

C'est pourquoi dans nos écoles catholiques, nous exerçons et disciplinons la volonté aussi bien que nous formons l'intelli­gence, car nous savons que le caractère se révèle par ce que nous choisissons, et non par ce que nous savons. Chacun d'entre nous en sait assez pour être vertueux, même avant l'âge scolaire. Ce qu'il nous faut apprendre, c'est à faire mieux.

Si nous oublions le fardeau de notre nature déchue et les nombreuses tendances au mal, dues au fait que nous nous y sou­mettons, nous nous trouvons bientôt enchaînés comme Samson, et toute l'éducation du monde est incapable de briser ces chaînes. L'éducation tend parfois à expliquer ces chaînes et nous les pré­sente comme des sortilèges, mais seul l'effort de la volonté, en plus de la grâce de Dieu, peuvent nous libérer de leurs servitudes. Sans l'aide de ces deux sources d'énergie, jamais nous ne ferons un iota de plus que dans le passé.

Par conséquent, entraînez vos enfants et vous-mêmes dans la vraie sagesse qui est la connaissance de Dieu et dans l'igno­rance de ce qui est mal. On n'est pas attiré par ce qu'on ignore ; être ignorant du mal, c'est ne pas le désirer. Aucune joie n'est comparable à l'innocence.

Sur la Croix et dans son ombre se trouvaient les deux per­sonnages les plus innocents de toute l'histoire : Jésus était totalement innocent, parce qu'il est le Fils de Dieu ; Marie était Imma­culée parce qu'elle fut préservée du péché originel, en vertu des mérites de son divin Fils. Ce fut leur innocence même qui rendit leurs souffrances si poignantes.

Les gens qui vivent dans la crasse, se rendent rarement compte de ce qu'est la crasse. Ceux qui vivent dans le péché comprennent à peine l'horreur du péché. Ce qu'il y a d'effrayant surtout dans le péché, c'est que plus on s'y plonge, moins on le reconnaît. On en arrive à si bien s'identifier à lui, qu'on ne sait plus ni dans quel abîme on a sombré, ni de quelle hauteur on est tombé.

On n'a jamais conscience d'avoir dormi avant de se réveiller ; et l'on n'a jamais conscience de l'horreur du péché avant d'en être sorti. C'est pourquoi, seuls ceux qui sont innocents savent vrai­ment ce qu'est le péché.

Et puisque l'innocence, à son degré suprême, se trouvait sur la Croix et au pied de la Croix, il s'ensuit que la douleur suprême s'y trouvait également. Par cette absence même du péché, on y trouvait la suprême compréhension de son horreur. Ce fut leur innocence, et leur ignorance du mal, qui constituèrent l'agonie de Jésus et de Marie au Calvaire.

A Jésus qui pardonna à ceux qui « ne connaissent pas », à Marie qui gagna Dieu parce qu'elle pouvait dire « Je ne connais pas », demandez la grâce de ne pas connaître le mal et ainsi d'être vertueux.

Sincèrement, si en ce moment même, vous aviez le choix entre en savoir davantage sur le monde, et désapprendre le mal que vous connaissez, ne préféreriez-vous pas désapprendre plutôt qu'apprendre ? Ne seriez-vous pas meilleur, débarrassé de votre perversité que drapé dans les parchemins de vos diplômes ?

N'aimeriez-vous pas être tel qu'aux fonts baptismaux, quand vous sortiez des mains de Dieu, sans cette connaissance du monde accumulée dans votre esprit, afin que pareil à un calice vide, vous puissiez passer votre vie à le remplir du vin de son amour ? Le monde vous dirait ignorant, et ne sachant rien de la vie. Ne le croyez pas — vous auriez la vie ! Donc vous seriez un des êtres les plus savants du monde.

L'erreur est tellement répandue dans le monde, de nos jours, les domaines où le mal est expérimenté et vécu sont si vastes, que ce serait vraiment une bénédiction si quelque âme généreuse fondait une université où l'on pourrait désapprendre. Son but serait de traiter l'erreur et le mal exactement comme les docteurs traitent les maladies.

Seriez-vous surpris d'apprendre que Nôtre-Seigneur institua réellement une telle université, et que tout catholique sincère s'y rend environ une fois par mois ? On l'appelle le confes­sionnal ! On ne vous donnera pas de diplôme quand vous en sortirez, mais vous vous sentirez tel un agneau parce que le Christ est votre berger. Vous serez stupéfié de tout ce que vous apprendrez en désapprenant. Car il est plus facile pour Dieu d'écrire sur une page blanche que sur une page couverte de griffonnage.

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 08:57

La contrition est l'acte par lequel l'âme se détourne du péché et se retourne vers Dieu pour lui demander pardon et pour implorer en même temps le secours de sa grâce afin de ne plus pécher à l'avenir.

Il y en a deux sortes : la contrition imparfaite et la contrition parfaite.

La contrition est imparfaite lorsque le motif de notre regret du péché est le mal que le péché nous cause à nous-mêmes : par exemple, la perte du droit au ciel et le châtiment de l'enfer auquel nous aurions été condamnés si la mort nous avait surpris en état de péché.

La contrition imparfaite suffit pour obtenir le pardon des péchés lorsqu'elle est accompagnée de la réception d'un des trois sacrements que Notre -Seigneur a institués pour la rémission des péchés : le Baptême, la Péni­tence et l'Extrême-Onction.

La contrition est parfaite lorsque le motif de notre regret est le mal que le péché fait à Dieu : offense à sa majesté, à sa sainteté, révolte contre son autorité sou­veraine, mépris de son amour, souffrances de Notre -Seigneur, etc. Autrement dit, la contrition parfaite consiste à regretter le péché par un motif d'amour.

Et c'est précisément parce que la contrition est une des variétés de l'amour de Dieu, qu'elle obtient le par­don du péché sur-le-champ et avant même la réception du sacrement de Pénitence. Il faut cependant que cet acte contienne la résolution au moins implicite d'accuser ses péchés à sa prochaine confession.

Il est donc d'une souveraine importance de faire souvent des actes de contrition ou de charité parfaite, puisque ces actes ont la vertu d'assurer en nous l'état de grâce. En agissant de la sorte, on se conforme à l'esprit de l'Eglise qui tâche par tous les moyens d'in­culquer dans l'âme des fidèles l'esprit de contrition. A cette fin elle consacre deux périodes de l'année — l'Avent et le Carême — à l'acquisition de cette vertu. En effet, la pénitence dont elle nous recommande la pratique au cours de ces deux périodes, c'est d'abord et surtout la pénitence intérieure, c'est-à-dire la con­trition. On peut, pour des raisons valables, être exempté de la pénitence extérieure et du jeûne; mais personne n'est exempté de la pénitence intérieure, parce que nous sommes tous des pécheurs; et c'est l'intention de l'Eglise que nous répétions souvent des actes de contri­tion pendant ces temps consacrés à la pénitence afin d'en acquérir l'habitude pour le reste de l'année.

Quant aux formules, elles sont nombreuses et nous pouvons les varier à l'infini.

Nous possédons d'abord celle que nous avons ap­prise dès notre enfance et que notre langue a consacrée sous le titre d'Acte de contrition. C'est un acte de contrition parfaite, car tous les motifs de regret qu'il contient sont tirés de l'offense que le péché fait aux attributs de Dieu.

« Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît; pardonnez-moi par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, je me propose - moyennant votre sainte grâce - de ne plus vous offenser et de faire pénitence.»

Il y a aussi le Confiteor, qui est la formule de contri­tion officielle de l'Eglise. Dans un chapitre précédent, nous avons montré que cette prière est un petit chef-d'oeuvre de contrition parfaite.

On peut encore se servir de formules plus courtes, sous la forme d'oraisons jaculatoires, afin de pouvoir les répéter plusieurs fois au cours de nos journées : « Mon Jésus, miséricorde!», c'est-à-dire: «pardonnez-moi mes péchés ! », ou mieux encore : « pardonnez-nous nos péchés ! » Il suffit, en effet, de faire l'acte de contrition au pluriel pour lui acquérir la valeur d'un acte de con­trition parfaite, puisqu'il contient alors un acte de charité parfaite à l'égard du prochain. C'est ainsi d'ail­leurs que Nôtre-Seigneur nous a enseigné à implorer la miséricorde de Dieu dans le bel acte de contrition qu'il a inclus dans le Pater : « Pardonnez-nous nos of­fenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Nous avons d'excellentes raisons de nous attacher à cette dernière formule.

D'abord, à cause de sa brièveté, nous pouvons très bien l'employer à la façon d'une oraison jaculatoire qui peut se répéter plusieurs fois chaque jour, même au mi­lieu des occupations les plus absorbantes.

De plus, le fait qu'elle a été composée par le Fils de Dieu lui-même lui confère une valeur exceptionnelle bien propre à nous inspirer une confiance absolue en son efficacité pour nous-mêmes et pour les autres.

N'oublions pas enfin que chaque fois que nous im­plorons le pardon divin pour nos péchés personnels et pour ceux des autres, nous procurons à Dieu l'occasion d'exercer l'attribut qui, au dire de l'Eglise, est la carac­téristique de sa divine perfection : Sa Miséricorde in­finie.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

Voir aussi: http://elogofioupiou.over-blog.com/article-l-acte-de-contrition-falsifie-ampute-de-sa-partie-la-plus-importante-124166969.html

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