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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 12:57

«Je crois que ceux qui prient font plus pour le monde que ceux qui combattent et que le monde va de mal en pis, parce qu'il y a plus de batailles que de prière.»

On ne le prie pas ou presque pas… voici une occasion de le faire.

Office du Saint-Esprit

Cet office, …est tiré des deux plus belles séquences d'Adam de St-Victor, sur les mystères de la Pentecôte et de l’Année Litur­gique de Dom Guéranger, abbé de Solesmes. (Le Temps pascal, Tome III).

"Dans le Fils de Dieu, l'Emmanuel, nous avons notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités; nous avons notre docteur, car il est la sagesse du Père, et il nous initie par ses leçons à toute vérité; nous avons notre médecin, car il guérit nos langueurs et toutes nos infirmités; nous avons notre médiateur, car il ramène, en son humanité sainte, toute l'œuvre créée à son divin auteur; nous avons notre réparateur, et, dans son sang, notre rançon: car le péché de l'hom­me ayant brisé le lien entre Dieu et nous, il nous fallait un rédempteur divin; nous avons un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu'ils soient, un roi qui est couronné à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite." (Psalmiste CIX).

Si l'Esprit-Saint nous gouverne pour toujours, c'est maintenant du haut des cieux qu'il le fait et jusqu'au moment où il apparaîtra de nouveau, pour juger les vivants et les morts, à la fin du monde. En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l'empire de l'Esprit divin.

Quant à l'Esprit-Saint, le Dieu inconnu pour un grand nombre de catholiques, c'est Jésus-Christ lui-même, notre Emmanuel, qui durant sa vie mortelle, s'est fait le hérault de son règne prochain. Ne l'avons-nous pas entendu dire: "Il vous est avantageux que je m'en aille; car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous". Le monde a un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu s'est fait ainsi le précurseur! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châti­ments mérités par ceux qui l'offenseront.

Que dire de cette méconnaissance d'un grand nom­bre de catholiques envers l'Esprit-Saint? Que dire des blasphèmes contre sa personne adorable? Tout .ce qui exprime l'amour du Père et du Fils: le zèle dans la création, la Rédemption, les sacrements, les anges, les saints, la Sainte Ecriture, etc., c'est le Saint-Esprit qui est Dieu comme le Père et le Fils. L'affaiblissement et la perte de la foi d'un grand nombre de catholiques ne proviennent-ils pas de cette ignorance de l'Esprit-Saint? On ne le prie pas ou presque pas. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ dit: "Quiconque aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée; mais celui qui aura dit cette parole contre le Saint-Esprit, il n'en obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en l'autre". ( Ils sont déjà jugés par la perte de la foi).

Cet Esprit divin vient avec une immensité d'amour qui ne saurait être méprisée impunément. Le châti­ment des blasphémateurs, dès ici-bas, est le mépris de Dieu et des choses de Dieu qui fait qu'ils se fabriquent par là leur damnation éternelle.

En novembre 1931, l'intention générale bénie par notre Saint-Père le Pape Pie XI et recommandée à l'apostolat de la prière, fut la dévotion au Saint-Esprit. On ajoutait:

"À un groupe de chrétiens, saint Paul demandait s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. "Est-ce que cela existe?" répondirent-ils. À considérer les pratiques de dévotion de plusieurs catholiques d'aujourd'hui, l'on n'est pas loin de croire que pour eux l'Esprit-Saint n'existe pas. Ils prient saint Joseph, la bonne sainte Anne, la petite Thérèse, très bien. Mais il ne faut pas oublier Dieu: le Père, le Fils et le Saint-Esprit; ses dons, ses lumières, dont les gouvernants, les parents, les éducateurs ont tant besoin. Combien de fidèles comprennent cela: l'état de grâce fait de moi le temple du Saint-Esprit? Ceux qui aiment vraiment le Sacré-Cœur, qui en comprennent la dévotion, devraient avoir un amour profond du Saint-Esprit dont le Cœur de Jésus était rempli.

Demandons à Dieu, au Saint-Esprit spécialement, de faire que nous le connaissions, que nous l'aimions, que nous sachions le prier, et souvent.

Paroles de Sa Sainteté Pie XI, décembre 1933: "Nous n'avons qu'un mot à répéter aussi longtemps qu'on nous posera cette question: Que doivent faire ceux qui désirent le bien-être et la concorde de toute la famille chrétienne, mais qui sont dans les mêmes conditions que nous et, comme nous, astreints à juger de ces questions par ce qui se fait, ou mieux par ce qui ne se fait pas? Que leur reste-t-il à faire? D'abord prier, ensuite prier, et enfin prier toujours!"

PRIÈRE

Ô mon Dieu, suscitez parmi nous des saints; par eux faites triompher l'Eglise dans la lutte qu'elle sou­tient contre l'enfer déchaîné, et, par la vertu du Saint-Esprit, établissez le régné du Christ sur la terre entière, afin que la paix du ciel y demeure à jamais. Ainsi-soit-il.

Ô Marie Immaculée, Reine du ciel et de la terre, nous vous en supplions très humblement, demandez à Dieu qu'il inspire à tous les heureux habitants du ciel et du purgatoire de combattre avec l'Eglise mili­tante et de lui donner la victoire. Ainsi-soit-il.

Venez, Esprit-Saint, renouvelez la face de la terre.

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 09:49

La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes …

A Bethléem, Jésus était un exilé; lors de la Circoncision, il était par avance le Sauveur; maintenant, à la Présen­tation, Il devient un signe de contradiction. Lorsque Jésus a été circoncis, Marie a été purifiée, bien qu'il n'ait pas eu besoin de ce rite, puisqu'il était Dieu, pas plus que Sa mère n'avait besoin de l'autre rite, puisqu'elle était conçue sans péché.

«Et quand les jours de la purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils Le portèrent à Jérusalem pour Le présenter au Seigneur. » (Luc 2, 22.)

L'existence du péché dans la nature humaine est soulignée non seulement par la nécessité de l'expiation dans la souffrance, lors de la Circoncision, mais encore par le besoin Ide purification. Depuis qu'Israël avait été délivré de la servitude des Égyptiens, après le passage de l'ange exterminateur de leurs premiers-nés, les premiers-nés Israélites avaient toujours été considérés comme voués à Dieu. Quarante jours après Sa naissance, soit le temps légal fixé pour les enfants mâles, Jésus fut porté au Temple. L'Exode avait décrété que tout premier-né appartenait à Dieu. Au livre des Nombres on lit que la tribu de Lévi avait été mise à part pour les fonctions sacerdotales, et cette consécration était interprétée comme une substitution au sacrifice des pre­miers-nés, rite qui n'avait jamais été pratiqué. Mais lorsque le divin Enfant fut présenté au Temple par Marie, la loi de consécration des premiers-nés fut observée à la lettre, car l'offrande de l'Enfant à Son Père était absolue et devait Le conduire jusqu'à la Croix.

La Présentation nous offre un nouvel exemple de la ma­nière dont Dieu fait homme partageait la pauvreté des hommes. L'offrande traditionnelle pour cette cérémonie était un agneau et une tourterelle, si les parents étaient riches, et deux tourterelles ou deux pigeons, s'ils étaient pauvres. Or la mère qui portait l'Agneau de Dieu venu en ce monde n'avait pas d'agneau à offrir — en dehors de l'Agneau de Dieu. Dieu était présenté au Temple à l'âge de quarante jours. Environ trente ans plus tard, II revendiquerait le Temple et l'utiliserait comme symbole de Son Corps dans lequel résidait la plénitude de la Divinité. Lors de la Pré­sentation, ce n'était pas seulement le premier-né de Marie " qui était là, c'était le Premier-né du Père éternel. Unique v, engendré du Père, II était présenté maintenant comme le premier-né d'une humanité restaurée. Une race nouvelle commençait avec LUI.

«Le vieillard Siméon, qui accueillit l'Enfant au Temple, est décrit simplement comme un homme juste, plein d'esprit de foi; il vivait dans l'at­tente du Sauveur d'Israël.» (Luc 2, 25.)

Le Saint-Esprit lui avait révélé «qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu l'Envoyé du Seigneur.» Luc 2, 26.

Les paroles de Siméon semblent indiquer qu'aussitôt que quelqu'un a vu le Christ, la crainte de la mort s'évanouit. Le vieillard, prenant l'Enfant dans ses bras, s'exclama de joie : « Maintenant, Seigneur, vous pouvez laisser aller en paix votre serviteur, selon votre parole; car mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé à la face de tous les peuples, lumière qui doit éclairer les nations, et gloire d'Israël votre peuple. » (Luc 2 29-33)

Siméon était comme un éclaireur que Dieu aurait envoyé pour guetter l'apparition de la Lumière. Lorsqu'enfin elle apparut, il était prêt à chanter son Nunc dimittis. En un pauvre petit Enfant, porté par de pauvres gens, qui ne pouvaient donner qu'une bien pauvre offrande, Siméon sut découvrir la suprême richesse du monde. Lorsque ce vieil­lard prit l'Enfant dans ses bras, il n'avait rien de l'homme âgé dont parle Horace. Il ne regarda pas en arrière, mais en | avant, et pas seulement pour s'arrêter à l'avenir de son peuple, mais pour entrevoir l'avenir des Gentils de toutes les l, tribus et de toutes les nations de la terre. Un vieillard au | couchant de sa vie parlait du levant du monde ; proche de son dernier jour, il chantait la promesse d'un jour nouveau. Il avait déjà vu le Messie par la foi, maintenant ses yeux pouvaient se fermer pour toujours, car ils ne pourraient jamais voir un spectacle plus beau. Ce qu'il venait de voir, c'était le «Salut» — non pas le salut qui sauve de la pau­vreté, mais le salut qui sauve du péché.

Le cantique de Siméon était un acte d'adoration. Au cours de l'enfance du Christ on trouve la description de trois actes d'adoration : les bergers ont adoré, Siméon et la prophétesse Anne ont adoré, les Mages païens ont adoré. Le chant de Siméon ressemblait à un coucher de soleil dans lequel une ombre annonce la présence de quelque chose. C'était le premier chant humain dans la vie du Christ. Le vieillard s'adressait A Marie et à Joseph, non à l'Enfant, car il ne convenait pas qu'il bénît le Fils du Très-Haut. Il bénit les parents, mais l'Enfant, il ne le bénit pas parce qu'il n'avait pas à Le bénir.

Après son cantique de louange, Siméon s'adressa parti­culièrement à la mère. Il savait qu'elle seule, et non pas Joseph, avait un lien de parenté avec l'Enfant qu'elle tenait dans ses bras. Il voyait en outre qu'il y aurait abondance de douleurs pour elle et non pour Joseph. Il déclara: « Celui-ci est établi pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme un signe qu'on contre­dira.» Luc 2, 34.

C'était comme si toute l'histoire du divin Enfant passait devant les yeux du vieillard. Chaque détail de sa prophétie devait s'accomplir au cours de la vie de ce Petit. On y trou­vait l'horreur de la Croix annoncée avant que Ses petits bras puissent s'étendre assez largement pour dessiner la forme d'une croix. L'Enfant susciterait une terrible contradiction entre le bien et le mal, arrachant le masque de chacun et provoquant ainsi une haine implacable. Il allait être dès maintenant une pierre d'achoppement, un glaive qui sépa­rerait le bien du mal, une pierre de touche qui révélerait les secrètes dispositions des cœurs. Les hommes ne seraient plus les mêmes dès lors qu'ils auraient entendu Son nom ou appris à connaître Sa vie. Ils seraient contraints ou de L'ac­cepter ou de Le rejeter. Il ne pourrait y avoir de compromis à Son sujet, mais seulement l'acceptation ou le refus, la résurrection ou la mort. Par Sa nature même Il mettrait les hommes dans l'obligation de révéler leur attitude secrète envers Dieu. Sa mission ne serait pas de juger les âmes, mais de les racheter et, malgré cela, beaucoup d'hommes, à cause de leurs péchés, détesteraient Sa venue.

Ainsi donc Son destin serait de rencontrer, de la part du genre humain, une fanatique opposition allant jusqu'à la mort, et cela plongerait Marie dans une profonde détresse. L'ange lui avait dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes », et voici que Siméon lui dit que dans sa félicité elle sera Mater dolorosa. Un des châtiments du péché ori­ginel condamne la femme à enfanter dans la douleur; Siméon déclare à la Sainte Vierge qu'elle vivra toute sa vie dans la douleur à cause de son Enfant. S'il doit être l'Homme des Douleurs, elle sera, elle, la Mère des Douleurs. Une Ma­done qui ne souffrirait pas avec le Christ souffrant serait une Madone sans cœur. Puisque le Christ a tant aimé le monde qu'il a voulu donner Sa vie pour expier son forfait, Il a voulu aussi envelopper Sa mère dans les liens mêmes de Sa propre affliction.

A partir du moment où elle entendit la prédiction de Siméon, Marie comprit que si l'Enfant était consacré pour la souffrance, elle l'était elle aussi. A peine cette jeune vie avait-elle pris son départ que Siméon, tel un vieux marin, parlait de son naufrage. La coupe d'amertume n'avait pas encore été présentée par le Père aux lèvres de l'Enfant, que déjà un glaive était montré à Sa mère.

Plus le Christ S'approche d'un cœur, plus celui-ci prend conscience de sa culpabilité. La conséquence sera, soit une demande de pardon qui fera trouver la paix, soit une révolte contre le Sauveur de la part du cœur qui n'est pas encore prêt à rejeter son iniquité. C'est ainsi qu'il séparera les bons des mauvais, le bon grain de la balle. La réaction de l'homme à la divine Présence portera témoignage : ou bien cette Présence provoquera l'opposition des natures égoïstes, ou bien elle les stimulera pour les engager dans la voie de leur régénération et de leur résurrection.

Pratiquement, Siméon désigne Jésus comme le «divin Perturbateur» qui invitera les cœurs humains à choisir entre le bien et le mal. Une fois mis en Sa présence, ils devront opter pour la lumière ou pour les ténèbres. Devant n'importe quel autre ils peuvent apparaître comme « ayant l'esprit large », mais la présence du Christ suffit à révéler si les cœurs offrent une terre fertile ou s'ils sont durs comme le roc. Il ne peut S'approcher des âmes sans les éclairer et les départager. Une fois en Sa Présence, chacun est obligé de découvrir ses pensées intimes sur la bonté aussi bien que sur Dieu.

Il ne pourrait en être ainsi s'il n'était qu'un docteur humanitaire. Siméon savait bien cela, et c'est pourquoi il dit à la mère de Nôtre-Seigneur que son Fils aurait à souffrir parce que Sa vie s'opposerait avec force aux maximes de facilité d'après lesquelles la plupart des hommes organisent leur vie. Avec telle Âme Il agira d'une manière, avec telle autre d'une manière différente, un peu comme le rayon de soleil qui amollit la cire et qui durcit la boue. Il n'y a aucune modification dans le soleil, c'est dans les objets tou­chés par ses rayons que se produisent des effets différents. Lumière du monde, Jésus sera la joie des bons et de ceux qui aiment la lumière, mais Il sera aussi comme une clarté révélatrice pour les mauvais qui préfèrent vivre dans les ténèbres. La semence est la même, mais les terrains sont différents, et chaque terrain sera apprécié d'après le rende­ment qu'il fournira. La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes pour L'accepter ou Le rejeter. C'est ce que Siméon voulait dire en proclamant : « Et ainsi seront manifestées les pensées cachées dans le cœur d'un grand nombre. » (Luc 2 35)

Un conte oriental parle d'un miroir magique qui était clair lorsque les bons s'y regardaient et qui se ternissait lorsque les impurs cherchaient à s'y contempler. Grâce à cela, le possesseur connaissait toujours le caractère de ceux qui utilisaient son miroir. Siméon découvrait à Marie que son Fils serait en quelque sorte comme ce miroir : selon leurs propres dispositions intimes, les hommes aimeraient ou haï­raient Jésus. Dès que la lumière atteint une plaque photo­graphique, elle provoque une réaction chimique qui ne peut plus s'effacer. Siméon déclarait que la Lumière de cet Enfant, tombant sur les Juifs et les Gentils, imprimerait sur eux des marques ineffaçables de son action.

Siméon dit aussi que l'Enfant révélerait les dispositions secrètes des hommes. Il éprouverait les pensées de tous ceux qui Le rencontreraient : Pilate chercherait à temporiser, puis faiblirait; Hérode se moquerait; Judas pencherait pour une sorte de situation sociale bien nantie; Nicodème se glis­serait furtivement dans la nuit pour trouver la Lumière ; les publicains, collecteurs d'impôts, deviendraient honnêtes; les prostituées, pures; des jeunes gens riches repousseraient Sa pauvreté, tandis que des prodigues retourneraient à la maison paternelle; Pierre se repentirait, tandis que Judas se pendrait. Depuis ce moment jusqu'à nos jours, le Christ continue d'être un signe de contradiction. Il convenait dès lors qu'il dût mourir sur une pièce de bois dont une poutre couperait l'autre. La poutre verticale de la volonté de Dieu est traversée par la poutre horizontale de la volonté humaine de contradiction. Comme la Circoncision préfigurait l'effusion du sang, la Purification annonçait le Crucifiement.

Après avoir dit que Jésus serait un signe de contradiction, Siméon, se tournant vers Marie, ajouta : « Un glaive transpercera votre âme. » Luc 2, 35.

Elle apprenait ainsi que son Fils serait rejeté par le monde et que, lorsqu'il serait crucifié, son cœur à elle serait transpercé. De la même volonté que l'Enfant voudrait la Croix pour Lui, Il voudrait le glaive de douleur pour elle. S'il avait choisi d'être l'Homme des douleurs, Il l'avait aussi choisie pour être la Mère des douleurs. Dieu n'épargne pas toujours les bons. Le Père n'a pas épargné SON Fils, et le Fils n’a pas épargné Sa mère. Avec la Passion de Jésus il fallait compassion de Marie. Un Christ non souffrant, qui n'aurait pas payé volontairement la dette du péché des hommes, n'aurait été qu'un simple moraliste, et une mère qui n'aurait pas participé aux souffrances de son Fils n'aurait pas été à la hauteur de son rôle.

Siméon n'avait pas seulement tiré un glaive. Il avait dit aussi à quoi la Providence le destinait. Un jour l'Enfant dira: «Je suis venu apporter un glaive». Siméon révélait à Marie qu'elle sentirait ce glaive lui transpercer le cœur lorsque son Fils serait suspendu au signe de contradiction, et qu’elle-même se tiendrait debout, au pied de la Croix, dans l’accablement de sa douleur. La lance qui percerait physiquement le cœur de Jésus pénétrerait d'une manière mystique dans son propre cœur.

L'Enfant était venu pour mourir et non pour vivre, car «Sauveur» était Son nom.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:22

«Quand les huit jours furent accomplis pour la circoncision de l'Enfant, on Lui donna le nom de Jésus, nom qui avait été indiqué par l'Ange, avant qu'il fût conçu dans le sein de sa Mère, Luc 2, 21.»

La Circoncision était le symbole de l'Alliance de Dieu avec Abraham et sa descendance. On la pratiquait le huitième Jour après la naissance. Elle laissait présumer que celui qui la subissait était un pécheur. L'Enfant Jésus prenait main­tenant la place du pécheur — ce qu'il devait faire par la suite tout au long de Sa vie. La circoncision était un signe et une garantie d'appartenance à la communauté Israélite. La seule naissance ne suffisait pas à introduire un enfant dans la communauté du peuple élu : il fallait un rite spécial, comme il est marqué au livre de la Genèse :

Dieu dit à Abraham : « Et toi, tu observeras mon alliance, toi, et ta race, qui viendra après toi, de génération en génération. Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, toi et ceux de ta race : que tous vos mâles soient circoncis. » Genèse 17, 9-11.

La circoncision de l'Ancien Testament préfigurait le baptême du Nouveau Testament. L'une comme l'autre symboli­sait la renonciation de la chair à ses péchés.

La première se faisait par une mutilation du corps, le second par une puri­fication de l'âme.

La première incorporait l'enfant à la com­munauté Israélite, le second l'incorpore à la communauté du nouvel Israël, qui est l'Église. Le mot «Circoncision» a été utilisé par la suite dans l'Écriture pour signifier le sens spirituel de l'application de la Croix à la chair par la pénitence personnelle. Le Deutéronome parle clairement de la circoncision des cœurs. Jérémie emploie la même expression. Saint Étienne, dans le discours qu'il fit au Sanhédrin avant d'être lapidé, accusa ses auditeurs d'être des incirconcis d'oreille et de cœur. Le Fils de Dieu, en Se soumettant à ce rite dont Il n'avait nul besoin, puisqu'il était sans péché, satisfaisait à une exigence de la nation à laquelle Il appar­tenait comme homme. Il se soumettrait de la même manière à toutes les autres lois hébraïques. Il observa la Pâque et le Sabbat; Il participa aux diverses fêtes et obéit à la Loi mosaïque, jusqu'au jour où Il lui donna son plein accomplis­sement en réalisant d'une manière spirituelle tout ce qu'elle préfigurait des faveurs divines.

Dans la circoncision du divin Enfant on trouve cette obscure insinuation du Calvaire qu'est la première effusion de sang. L'ombre de la Croix s'étendait déjà au-dessus d'un Enfant de huit jours. Sept fois Il devrait verser Son sang, celle-ci était la première. Les autres seraient: l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, la montée au Calvaire, la Crucifixion et le percement de Son Cœur. Mais, chaque fois qu'on trouve une évocation du Calvaire, on trouve aussi une évocation de la gloire : c'est au moment où, déjà, Il verse Son sang, dans une anticipation du Calvaire, qu'il reçoit le nom de Jésus.

Un Enfant de huit jours commençait dès ce moment l'ef­fusion de sang que Son âge mûr devait achever. Prélude du Calvaire: le berceau était teint de sang. Le Précieux Sang commençait son long pèlerinage.

Au huitième jour de Sa naissance, le Christ obéissait à une loi dont Il était Lui-même l'Auteur, une loi qui devait trouver en Lui son ultime application. Le sang humain avait été souillé par le péché, et voici que déjà coulait le sang qui devait effacer le péché. De même que l'Orient reflète au crépuscule les couleurs du couchant, ainsi la Circoncision reflète d'une certaine ma­nière le Calvaire.

Fallait-il donc que Jésus commence tout de suite à nous racheter ? La Croix ne pouvait-elle attendre? Il y aurait un temps aussi pour elle.

Venant directement des bras de Son Père céleste dans les bras de Sa mère terrestre, le Christ est porté par les bras maternels à Son premier Calvaire. Plus tard, Il sera de nouveau enlevé des bras de Sa mère, après le broiement de Sa chair sur la Croix, lorsqu'aura été accomplie toute la volonté de Son Père.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 11:40

La nature divine du Christ existait de toute éternité, mais Sa nature humaine avait, elle, une ascendance juive. Le sang qui coulait dans ses veines provenait de la souche royale de David par Sa mère qui, bien que pauvre, appartenait au lignage du grand roi. Les contemporains de Jésus L'ont appelé le « Fils de David. » Le peuple n'aurait jamais pu accepter de regarder comme Messie un prétendant qui n'au­rait pas rempli cette condition indispensable. Aussi Nôtre-Seigneur n'a-t-Il jamais nié Lui-même Son origine davidique. Il a seulement déclaré que Sa descendance de David ne suffisait pas à expliquer les rapports qu'il avait avec le Père dans Sa Personnalité divine.

Les premiers mots de l'Évangile de saint Matthieu révèlent la «genèse» de Nôtre-Seigneur. L'Ancien Testament com­mence par le livre de la Genèse, récit de la création du ciel et de la terre par Dieu, Créateur de toutes choses.

Le Nou­veau Testament a une nouvelle sorte de genèse, en ce sens qu'il décrit le renouvellement de toutes choses. La généa­logie qui nous est donnée laisse entendre que le Christ est « le Deuxième Homme » et non pas seulement un des innom­brables descendants d'Adam. Saint Luc, qui destinait son Évangile aux Gentils, indique la descendance de Nôtre-Sei­gneur à partir du premier homme, mais Saint Matthieu, qui destinait le sien aux Juifs, présente Jésus comme «Fils de David et Fils d'Abraham». La différence entre les deux évangélistes vient de ce que saint Luc, écrivant pour les Gentils, prend soin de montrer la descendance selon la nature, tandis que saint Matthieu, écrivant pour les Juifs, s'écarte de cette descendance naturelle après l'époque de David pour montrer bien clairement à ses lecteurs que Nôtre-Seigneur est l'Héritier du Royaume de David. Saint Luc s'intéresse au Fils de l'Homme, saint Matthieu au Roi d'Is­raël. C'est pourquoi saint Matthieu ouvre son Évangile sur ces mots : Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Matthieu 1, 1.

Saint Matthieu décrit les générations depuis Abraham jusqu'à Nôtre-Seigneur, comme ayant passé par trois cycles de chacun quatorze, sans prétendre d'ailleurs donner une généalogie complète. Il indique quatorze générations d'Abraham à David, quatorze de David à la captivité de Babylone, et quatorze de celle-ci jusqu'à Nôtre-Seigneur.

La généalogie déborde l'ascendance juive pour inclure quelques ancêtres de race étrangère. Il a dû y avoir de bonnes rai­sons pour cette manière de faire, aussi bien que pour la mention, dans la lignée du Christ, d'ancêtres dont la répu­tation n'était pas sans tache. Dans le nombre on compte Rahab, étrangère et pécheresse, Ruth, étrangère elle aussi, bien que reçue dans la nation juive, et Bethsabée, dont le péché avec David jeta l'opprobre sur la lignée royale. Pour­quoi devait-il y avoir sur l'écusson royal des taches comme celles que provoquèrent Bethsabée, dont la pureté fut cor­rompue, et Ruth qui, malgré sa bonne tenue morale, intro­duisait dans la race un sang étranger? Peut-être pour marquer que le Christ ne rejetait ni les coupables, ni les pécheurs, ni les courtisanes, ni les criminels, ni même les Gentils auxquels s'adressaient, comme aux autres, Son Mes­sage et Sa Rédemption.

Dans certaines traductions de l'Écriture, le mot usité dans la généalogie est : «engendra», par exemple : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob.» Dans d'autres traductions on trouve : «fut le père de», par exemple : «Jechonias fut le père de Salathiel.» Cette différence n'a pas grande importance, mais ce qui ressort, dans cette généalogie, c'est que cette expression monotone revient pour quarante et une générations, alors qu'elle est omise pour la quarante-deuxième. La raison en est qu'on arrive à la nais­sance virginale de Jésus.

«Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. Matthieu 1, 16.»

Saint Matthieu, en traçant la généalogie, savait bien que Nôtre-Seigneur n'était pas le fils de Joseph. Ainsi, dès les premières pages de l'Évangile, le Christ est présenté comme membre d'une famille qui, cependant, n'a pas été seule à intervenir dans Son origine. Il est évident qu'il descend de cette lignée, et pourtant Il s'en distingue.

S'il y a une indication de la naissance virginale dans la généalogie de saint Matthieu, il y en a une également dans celle de saint Luc. En saint Matthieu, Joseph n'est pas signalé comme ayant engendré Nôtre-Seigneur, et en saint Luc Nôtre-Seigneur est appelé : «comme tous le croyaient, fils de Joseph. Luc 3, 23.»

Saint Luc rappelle que Nôtre-Seigneur était considéré par les gens comme le fils de Joseph. Si nous rapprochons les deux généalogies, nous constatons qu'en saint Matthieu Jésus est le fils de David et d'Abraham; en saint Luc, Il est le fils d'Adam et le rejeton de la femme promise par Dieu pour écraser sous son talon la tête du serpent. Des hommes qui ont failli à la morale deviennent, par la Providence de Dieu, les instruments de Sa politique. David, meurtrier d'Urie, est de ceux par qui le sang d'Abraham passera jusqu'à Marie. Il y a eu des pécheurs dans l'arbre généalogique, et Jésus semblera être le plus grand de tous lorsqu'il sera attaché à l'arbre de la Croix, pour faire des hommes les fils adoptifs du Père qui est dans les cieux.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:05

Le nom de « Jésus » était très communément usité parmi les Juifs. Dans l'hébreu primitif, c'était « Josué ». L'ange dit à Joseph : « Marie enfantera un fils et tu Lui donneras le nom de Jésus. » Matthieu 1, 21.

Cette première indication de la mission du Christ sur la terre ne dit rien de Son enseignement, car l'enseignement aurait été inutile s'il n'y avait eu d'abord la Rédemption.

En même temps un autre nom Lui était donné : « Emma­nuel ». « Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils; et on L'appellera du nom d'Emmanuel » c'est-à-dire : Dieu avec nous. Matthieu 1, 23.»

Ce nom, tiré de la prophétie d'Isaïe, donnait la garantie d'une certaine présence divine. Uni au nom de « Jésus », il signifiait une présence de Dieu qui délivre et qui sauve. L'ange n'avait-il pas dit à Marie : « Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfan­terez un fils, et vous Lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut; et le Sei­gneur Dieu Lui donnera le trône de David, son père : et il régnera pour jamais sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Luc 1, 31-33.

Le titre de « Fils du Très-Haut » est le seul qui ait été donné au Rédempteur par l'esprit mauvais qui possédait le jeune homme du pays des Géraséniens. L'ange déchu recon­nut alors que Jésus était bien Celui qu'avait annoncé l'ange fidèle : « Qu'y a-t-il entre Toi et moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? » Marc 5, 7.

Le salut, garanti par le nom de « Jésus », n'est pas d'ordre social, c'est un salut d'ordre spirituel. Le Sauveur ne vient pas délivrer les peuples de leur pauvreté, Il vient les délivrer de leurs péchés. D'ailleurs, détruire le péché n'est-ce pas arracher les racines de la pauvreté ? Le nom de « Jésus » rappelle le souvenir du grand chef qui conduisit les Hébreux dans la terre promise et les y installa. Le fait qu'il ait été préfiguré par Josué indique que le Christ avait les qualités nécessaires pour conduire ses disciples à la victoire finale sur le mal, victoire qui viendrait de la généreuse acceptation de la souffrance, d'un courage résolu, d'une volonté ferme et d'une fidélité inébranlable aux ordres du Père.

Le peuple, courbé sous le joug de Rome, aspirait à sa déli­vrance. Aussi pensait-il que l'accomplissement de toute pro­phétie ayant quelque rapport avec Josué prendrait un cer­tain aspect politique. Plus tard, des gens demanderont à Jésus quand Il les délivrera du joug de César. Mais en ce moment, aux tout premiers jours de Sa vie, le divin Libérateur affirmait par la voix d'un ange qu'il avait à vaincre un ennemi plus grand que César. Les Juifs devaient conti­nuer de rendre à César ce qui était à César; Sa mission à Lui était de les délivrer d'un esclavage bien plus dangereux, l'esclavage du péché. Tout au long de la vie du Christ, le peuple persisterait à matérialiser l'idée de salut et à croire que la délivrance dont il s'agissait ne pouvait être comprise que dans un sens politique. Le nom de « Jésus », ou Sau­veur, ne Lui a pas été donné après qu'il a eu accompli l'œuvre du salut, mais au moment même où Il était conçu dans le sein de Sa mère. Le fondement du salut qu'il venait opérer n'était pas de l'ordre du temps, mais de l'ordre éternel.

premier-në

«Elle mit au monde son Fils premier-né. Luc 2, 7.»

L'expression « Premier-né » ne voulait pas dire que Notre-Dame devait donner le jour à d'autres enfants selon la chair. La loi accordait au premier-né une place d'honneur |dans la famille, même s'il ne naissait aucun autre enfant. Il très bien pu se faire que saint Luc ait employé ce mot, dans le verset cité ci-dessus, en pensant au récit qu'il ferait plus loin de la présentation de l'Enfant au Temple par Sa Sainte Mère comme « son Fils premier-né ». Les « frères du Seigneur », mentionnés ailleurs par saint Luc, n'étaient pas ses fils de Marie; ils étaient des cou­sins. Marie n'a pas eu d'autre enfant selon la chair. Mais « premier-né » pouvait aussi signifier une position par rap­port à d'autres enfants qu'elle aurait sur une nouvelle inter­vention de l'Esprit. C'est en ce sens que son divin Fils lui désigna Jean, debout au pied de la Croix, comme son « fils ». Spirituellement parlant, Jean fut son «second fils ».

Plus tard saint Paul utilisera l'expression « premier-né » dans le temps pour établir un parallèle avec la génération éternelle du Sei­gneur comme Unique Engendré du Père. Ce n'est qu'à Son divin Fils que Dieu a dit : « Tu es mon Fils, c'est moi qui T'ai engendré aujour­d'hui », ou encore : « Je serai pour Lui un Père et Lui sera mon Fils. » Et quand de nouveau il introduira son premier-né dans le monde, il dira : « Que tous les anges de Dieu L'adorent! » Hébreux 1, 5-6.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:42

« Le Verbe s'est fait chair. » La Nature Divine, qui était pure et sainte, entra comme un élément de rénovation dans la lignée corrompue de la race d'Adam, sans être affectée par la corruption. Par Sa naissance d'une Vierge, Jésus-Christ devint un artisan de l'histoire sans être soumis au mal qu'on y trouve.

«Et le Verbe s'est fait chair, et Il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qui est celle que le Fils unique tient du Père, et Il était plein de grâce et de vérité. Jean 1, 14. »

Bethléem devint un lien entre ciel et terre. Dieu et l'homme se rencontrèrent là et se regardèrent face à face. Cette prise de possession d'une chair humaine, le Père la prépara, l'Esprit la forma et le Fils l'assuma. Celui qui était engendré de toute éternité dans le sein du Père connais­sait maintenant une génération dans le temps. Celui qui naissait à Bethléem venait pour naître dans les cœurs des hommes. Car à quoi servirait qu'il naisse des milliers de fois à Bethléem, s'il ne devait pas naître aussi dans l'homme?

«Mais à tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jean 1, 12.»

Dorénavant, l'homme n'aurait pas à se cacher de Dieu comme le fit Adam, puisque Dieu pouvait être vu à travers la nature humaine du Christ. Le Fils de Dieu n'acquérait aucune perfection nouvelle en devenant homme, pas plus qu'il ne perdait quoi que ce soit de Ses prérogatives divines. Dans les mouvements de Son bras, il y avait la Toute-Puis­sance de Dieu; dans les battements de Son cœur humain, il y avait l'Amour infini de Dieu, et dans Ses yeux se reflétait l'incommensurable Miséricorde de Dieu. Dieu est maintenant révélé dans un corps, dans une chair humaine, c'est ce que l'Église appelle l'Incarnation. Tous les attributs divins de puissance, de bonté, de justice, d'amour et de beauté étaient en Lui. Lorsque notre divin Seigneur agissait et parlait, Dieu, parfait en Sa nature, Se manifestait à ceux qui Le voyaient, qui L'entendaient et Le touchaient. Comme Jésus le dit un jour à Philippe: «Celui qui me voit, voit aussi le Père. Jean 14, 9

Tout homme désire s'emparer de ce qu'il aime, et le « cos­mos » est trop grand et trop lourd pour se laisser saisir. Mais un jour Dieu Se fit petit Enfant, Se laissa envelopper de langes et coucher dans une crèche, de sorte que les hommes puissent dire : « Voici l'Emmanuel, voici Dieu avec nous. » En s'abaissant jusqu'à la fragile nature humaine pour l’élever jusqu'à l'incomparable privilège de l'union avec Lui, Dieu honorait cette nature et lui rendait sa dignité. Cette union était si réelle que tous les actes du Christ, toutes Ses paroles, Son agonie et Ses larmes, Ses pensées et Ses raisonnements, Ses décisions et Ses émotions étaient, en même temps que véritablement et proprement humains, les actes, les paroles, l'agonie, les larmes, les pen­sées et les raisonnements, les décisions et les émotions du Fils éternel de Dieu.

Ce que nous appelons l'Incarnation n'est pas autre chose que l'union de deux natures, la divine et l'humaine, en une seule Personne qui les dirige toutes les deux. Ceci n'est pas tellement difficile à comprendre, car qu'est-ce que l'homme, sinon un exemple — à un degré infime il est vrai, — de l'union de deux substances entièrement différentes, l'une matérielle, le corps, et l'autre immatérielle, l'âme, toutes les deux régies par une seule personnalité humaine. Qu'y a-t-il de plus éloignés les uns des autres que les pouvoirs et les capacités de la chair et de l'esprit? Avant leur union, comme il eût été difficile de concevoir qu'il viendrait un moment où le corps et l'âme seraient unis en une seule personnalité. Qu'ils soient unis de cette manière, c'est un fait que tout le monde peut constater, et c'est parce qu'on y est habitué que l'on ne s'en étonne plus.

Dieu, qui a lié l'un à l'autre le corps et l'âme en une seule personne humaine, malgré leur différence de nature, pouvait certainement unir un corps et une âme d'homme avec Sa Divinité sous l'autorité de Son éternelle Personne. C'est ce que signifie: Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. Jean 1, 14.

La Personne qui assume la nature humaine n'a pas été créée, comme c'est le cas des autres hommes. Cette Per­sonne est le Logos, le Verbe éternel préexistant. Sa nature humaine, d'autre part, procédait de la conception miraculeuse par Marie, en qui l'ombre divine de l'Esprit-Saint et le Fiat humain, ou consentement de la femme, se confondirent de la plus heureuse manière. Ce fut le commencement d'une nou­velle humanité distincte de la race déchue. Lorsque le Verbe Se fit chair, cela ne signifiait pas qu'il y eut le moindre changement dans le Verbe de Dieu. Le Verbe divin, en s'unissant à la nature humaine, ne quittait pas la droite du Père. Ce qui arriva n'était point le changement de la Divi­nité en une substance humaine, c'était plutôt l'absorption d'une humanité en Dieu.

Il y avait continuité de la race déchue par l'intermédiaire de la nature humaine issue de Marie, mais il y avait aussi une solution de continuité du fait de la Personne du Christ était le Logos éternel. Ainsi le Christ devient littéralement le second Adam, l'Homme grâce auquel la race humaine prend un nouveau départ. Son enseignement s'est concentré sur cette incorporation à Lui-même des natures humaines, suivant le mode d'après lequel fut unie au Verbe éternel la nature humaine qu'il prit de Marie.

Il est difficile pour un être humain de comprendre l'humi­lité que recouvre l'Incarnation du Verbe. Imaginez, si cela était possible, qu'un homme réussisse à se dépouiller de son corps et à envoyer son âme dans le corps d'un serpent. Il y aurait là une double humiliation : la première dans l'accep­tation de se voir limité à l'organisme d'un serpent, alors qu'on sait combien l'esprit lui est supérieur et que cet organisme ne pourra jamais correspondre à des pensées qu'un serpent n'a jamais pu avoir. La seconde humiliation serait d'être obligée, en raison de ce « dépouillement de soi », de vivre dans la compagnie des serpents. Mais tout cela n'est rien en comparaison du dépouillement, ou mieux de l'anéantissement, de Dieu lorsqu'il a pris la forme d'un homme et accepté les limites de la nature humaine, telles que la faim, la soif et la persécution.

N'était-ce pas aussi une déchéance pour la Sagesse de Dieu de se condamner Elle-même à vivre dans la compagnie de pauvres pêcheurs si ignorants ? Cepen­dant cette humiliation qui commença à Nazareth, lorsque Jésus fut conçu dans le sein de la Vierge Marie, n'était que la première parmi beaucoup d'autres, destinées à vaincre l'orgueil de l'homme, jusqu'à l'ultime humiliation de la mort sur la Croix. S'il n'avait pas dû y avoir la Croix, il n'y aurait pas eu la crèche; s'il n'avait pas dû y avoir de clous dans Ses mains et dans Ses pieds, il n'y aurait pas eu la paille de l'étable. Mais Il ne pouvait pas Se contenter de nous donner un enseignement sur la Croix, rançon du péché, Il devait prendre cette Croix. Dieu le Père n'a pas épargné Son Fils, tant Il a aimé le genre humain. Tel était le secret caché dans les langes de Bethléem.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 01:58

La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins…

De tout autre enfant qui vient au monde, des amis peuvent dire qu'il ressemble à sa mère. Pour la première fois dans le temps, on pouvait dire que c'était la mère qui ressemblait à l'Enfant. Quel paradoxe : L'Enfant a créé Sa mère et, en réalité, c'est la mère qui n'est qu'une enfant. C'était aussi la première fois dans l'histoire qu'on pouvait penser que le ciel n'était pas seulement « quelque part là-haut » ; lorsque Marie regardait son Enfant dans ses bras, c'était le ciel qu'elle voyait.

En un des lieux les plus souillés de ce monde, dans une étable, naît Celui qui est la Pureté. Celui qui, plus tard, devait être mis à mort par des hommes agissant comme des animaux sans raison, naissait au milieu des animaux. Celui qui pouvait se dire le « Pain vivant descendu du ciel » était couché dans une mangeoire. Dans les siècles antérieurs, les Hébreux avaient adoré le veau d'or et les Grecs un âne. Les hommes s'étaient prosternés devant ces animaux comme devant Dieu. Maintenant, en manière de réparation, le bœuf et l'âne étaient là pour s'incliner devant leur Dieu.

Il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais il y en avait dans l'étable. L'hôtellerie est un lieu de rassemblement où se fait l'opinion publique, c'est le foyer où s'allument les mouvements révolutionnaires, c'est le rendez-vous des idoles du monde, le point de ralliement des gens populaires et des vedettes. L'étable, au contraire, est le lieu des pros­crits, des petits, des ignorés. Le monde aurait pu concevoir que le Fils de Dieu — s'il devait naître un jour — naîtrait dans une hôtellerie. Une étable était bien le dernier endroit du monde où on L'aurait attendu. La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins.

Aucun esprit mondain n'aurait jamais supposé que Celui qui faisait réchauffer la terre par le soleil aurait un jour besoin d'être réchauffé par l'haleine d'un bœuf et d'un âne: que Celui qui, selon les Écritures, peut arrêter les astres dans leur course, aurait Son lieu de naissance déter­miné par un décret impérial; que Celui qui revêt les champs de plantes et de fleurs, serait lui-même dans la nudité; que Celui qui a façonné les étoiles et les mondes serait un jour un si petit enfant que Ses bras trop courts ne pour­raient atteindre les grosses têtes de l'âne et du bœuf; que les pieds qui parcouraient les collines éternelles, seraient un jour trop faibles pour marcher; que le Verbe éternel serait muet; que la Toute-Puissance serait enveloppée dans des langes; que le Salut serait couché dans une mangeoire; que l'oiseau qui a bâti le nid y pourrait être couvé — personne au monde n'aurait pu supposer que Dieu, venant sur la terre, s'y trouverait dans une telle impuissance et un tel dénuement. Et c'est justement pour cela qu'il y en a tant qui ne Le reconnaissent pas. La Divinité se trouve là où on L'attend le moins.

Un artiste se sent chez lui dans son atelier parce que les peintures sont le fruit de son talent; le sculpteur est à l'aise au milieu de ses statues parce qu'elles sont l'œuvre de ses mains; le viticulteur n'est point dépaysé dans la vigne qu'il a plantée; le père est en famille au milieu de ses propres enfants; de la même manière, on devrait s'attendre à ce que Celui qui a créé le monde y soit reçu et S'y trouve à l'aise comme chez Lui. Il aurait dû y venir comme l'artiste dans son atelier ou comme le père dans sa famille. Mais, que le Créateur vienne parmi Ses créatures et en soit ignoré; que Dieu vienne parmi les siens et n'y soit pas reçu; qu'il soit comme un étranger dans Sa propre demeure, — cela ne pouvait signifier qu'une chose pour un esprit mondain : c'est que cet Enfant n'était pas Dieu du tout et ne pouvait pas l'être. Et c'est bien pourquoi le monde ne L'a pas reconnu. La Divinité se trouve toujours là où on L'attend le moins.

Le Fils de Dieu fait homme fut appelé à entrer dans le monde qui était le Sien par la petite porte. Proscrit de la terre, II naquit sous terre et, dans un certain sens, fut le premier homme des cavernes de l'histoire écrite. Mais là, II ébranla la terre jusque dans ses fondements. Parce qu'il est né dans une caverne, tous ceux qui désirent Le voir doivent s'abaisser. S'abaisser, c'est le propre de l'humilité. Les orgueilleux refusent de s'abaisser et c'est pour cela qu'ils ne trouvent pas la Divinité. Par contre, ceux qui font flé­chir leur « moi » pour entrer découvrent qu'ils ne sont pas du tout dans une sombre caverne, mais dans un nouvel uni­vers où trône, sur les genoux de Sa mère, un Enfant qui tient le monde entre Ses mains.

La crèche et la Croix sont les deux pôles de la vie du Sauveur. Il a accepté la crèche parce qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie. Il a accepté la Croix parce que les hommes ont dit : « Nous ne voulons pas avoir cet Homme pour roi. » Désavoué à Son arrivée, rejeté à Son départ, Il reposa, à Sa naissance, dans une étable qui n'était pas à Lui, et, à Sa mort, dans un tombeau qui n'était pas le Sien.

Un âne et un bœuf L'entouraient dans Sa crèche de Bethléem, deux malfaiteurs L'entouraient au Calvaire, un de chaque côté de Sa croix. Enveloppé de bandelettes dans la man­geoire qui Lui servait de berceau, Il était de nouveau enve­loppé de bandelettes dans Son tombeau: n'était-ce pas le symbole des limites imposées à Sa Divinité par la nature humaine qu'il avait assumée?

Des anges vinrent dire aux bergers qui gardaient leurs troupeaux auprès de la grotte : « Ceci vous servira de signe : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »Luc 2, 12.

Jésus portait déjà Sa Croix, — tout au moins celle que pouvait porter un petit enfant, une croix de pauvreté, d'exil et de faiblesse. Son désir de sacrifice était déjà marqué dans le message chanté par les anges au-dessus des collines de Bethléem : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Luc 2, 11.

La cupidité était désormais mise au défi par Sa pau­vreté, tandis que l'orgueil se heurtait à l'humiliation de l'étable. Les limites imposées à la puissance divine, qui de soi est illimitée, sont souvent considérées comme une exi­gence excessive par les esprits qui ne rêvent que de puis­sance. Ils ne peuvent pas se faire à l'idée d'un abaissement divin, « d'un homme riche qui devient pauvre pour que, grâce à Sa pauvreté, nous devenions riches ». Les hommes ne sauraient avoir une plus grande preuve de divinité que ce renoncement à la puissance telle qu'ils la conçoivent — le spectacle d'un Enfant qui a dit qu'il viendrait sur les nuées du ciel et qui, pour le moment, est enveloppé des oripeaux de la terre.

Celui que les anges appellent le « Fils du Très-Haut » est descendu dans la poussière dont nous avons tous été pétris afin d'être un faible parmi les faibles, un homme déchu en tout, hormis le péché. Et ce sont les bandelettes qui consti­tuent Son « signe ». Lui qui est la Toute-Puissance, s'il était venu au milieu des tonnerres, nous n'aurions pas eu de signe, car il n'y a de signe que lorsqu'une chose arrive en dehors des lois de la nature. L'éclat du soleil n'est pas un signe, mais son obscurcissement en est un. Il a dit qu'au dernier jour Sa venue serait annoncée par des « signes dans le soleil », peut-être par une disparition de la lumière. A Bethléem le Fils de Dieu vint comme dans une éclipse afin que seuls les humbles d'esprit puissent Le reconnaître.

Deux catégories d'hommes seulement ont pu trouver l'En­fant: les bergers et les Mages, les simples et les savants, ceux qui reconnaissent qu'ils ne savaient rien, et ceux qui reconnaissaient qu'ils ne savaient pas tout. Il n'est jamais reconnu par l'homme d'un seul livre, ni par celui qui croit tout savoir. Dieu même ne peut rien dire à l'orgueilleux! Seuls les humbles peuvent L'entendre.

Comme Caryll Houselander l'a décrit: «Bethléem est par l'intérieur une sorte de résumé du Calvaire, tout comme un flocon de neige résume en lui tout l'univers.» La même idée a été exprimée par le poète qui disait que, s'il connais­sait dans tous ses détails la fleur qui pousse dans la fente d'un mur, il connaîtrait également « ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu ». Les scientifiques ne nous disent-ils pas que l'atome reproduit en lui-même le mystère du système solaire ? Ceci ne veut pas dire que le berceau de Jésus jetait une ombre sur Sa vie et le conduisait ainsi à Sa mort; c'est plutôt que la Croix était présente dès le commencement et projetait par avance son ombre sur le berceau. Les simples mortels vont du connu à l'inconnu, ployant sous des forces dont le contrôle leur échappe; c'est pourquoi nous pouvons parler de leurs « tragédies ». Mais Lui, II venait du connu au connu, du motif de Sa venue : être « Jésus » le « Sau­veur », à l'accomplissement de Sa mission : la mort sur la Croix. Il n'y avait donc pas de tragédie dans Sa vie, car la tragédie implique l'imprévu, l'incontrôlable et la fatalité. La vie moderne est tragique tant que règnent l'obscurité inté­rieure et la culpabilité sans remède. Mais, pour le Christ Enfant, il n'y avait pas de forces incontrôlables, ni de sou­mission à des liens fatals auxquels il était impossible d'échapper ; il y avait au contraire une sorte de « vue inté­rieure » — la petite mangeoire représentant en réduction, comme l'atome pour le système solaire, l'immense Croix du Golgotha.

A Son premier avènement, II prit le nom de Jésus, qui veut dire « Sauveur»; ce n'est qu'à Son second, avènement qu'il prendra le nom de «Juge». Ce nom de Jésus n'est pas celui qu'il portait avant d'avoir assumé une nature humaine. Il s'applique à ce qui a été uni à la Divinité, et non à ce qui existait de toute éternité. Certains diront : « Jésus a enseigné », tout comme ils diraient : « Platon a enseigné », sans penser que Son nom signifie « Sauveur du péché ». Dès qu'il eut reçu ce nom, le Calvaire devint réellement quelque chose de Lui-même. L'ombre de la Croix qui couvrait Son berceau couvrait aussi Son nom. « L'affaire de Son Père » c'était cela, et tout le reste était secondaire par rapport à cela.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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