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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 09:28

La charité est la reine de toutes les vertus

1° Sa valeur. — L'acte par lequel nous aimons Dieu est de beau­coup le plus parfait qu'il soit possible de faire ici-bas et même au ciel. Notre-Seigneur lui-même n'a pas fait d'acte plus élevé que celui par lequel il aime son Père; et la perfection infinie de Dieu consiste dans le fait qu'il est un acte de charité infiniment parfait : Deus caritcs est.

L'acte de charité est aussi l'acte le plus salutaire que nous puissions faire ici bas. L'on sait, en effet, que l'acte de charité parfaite est incompatible avec le péché mortel; les deux ne peuvent exister dans l'âme en même temps : de sorte que le pécheur qui consent à la grâce qui l'incline à produire cet acte obtient sur-le-champ le pardon de Dieu; il lui reste cependant l'obligation de soumettre ses péchés au « pouvoir des clefs » à sa pro­chaine confession; mais ses péchés sont déjà pardonnes et il a été remis en état de grâce dès le moment qu'il a fait son acte de charité.

Il en est de même du mérite : de tous nos actes, c'est la charité qui augmente du plus grand degré notre grâce sanctifiante et, par conséquent, notre bonheur dans l'autre vie. Ce degré reçu est proportionnel à l'in­tensité de notre amour.

Si l'on songe que le moindre degré de bonheur éter­nel vaut plus que tout l'or du monde et tous les bonheurs de la terre réunis, il faut avouer que la charité, si nous savons nous en servir, est pour nous d'une valeur inesti­mable. Tout ce que nous venons de dire s'applique à la

charité parfaite envers le prochain aussi bien qu'à l'acte d'amour de Dieu. Nous n'avons en effet qu'une vertu ou faculté divine de charité; mais celle-ci a deux objets : Dieu aimé directement en lui-même et Dieu aimé dans notre prochain. Que nous aimions Dieu en lui-même ou dans notre prochain, l'acte a la même per­fection, la même efficacité et le même mérite.

Mais entendons-nous bien : il ne s'agit nullement ici de l'acte d'amour naturel du prochain : soit qu'il s'agisse de l'amour de complaisance, cette sympathie naturelle que nous éprouvons envers certaines gens à cause de leurs qualités de coeur ou d'esprit ou des charmes de leurs personnes; ou bien de l'amour de bienveillance, qui nous incline à vouloir ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel pour un motif pure­ment naturel : bonté de coeur, générosité, compassion pour le malheur ou la souffrance d'autrui. Ce sentiment ne s'élève pas au-dessus de la philanthropie et, si enno­blissante que soit la bonté du coeur, — c'est la plus haute des vertus humaines, — elle reste bien au-dessous de la charité qui est une vertu divine méritoire de la vie éternelle. Cette dernière consiste à vouloir à notre pro­chain un bien d'ordre surnaturel : pardon des péchés, mort en état de grâce, bonheur de la vision béatifique; ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel mais pour un motif surnaturel : par amour pour Dieu ou parce que faire du bien au moindre des hommes c'est le faire à Nôtre-Seigneur lui-même.

2° Les formules. — Elles peuvent varier à l'infini. Celle qui se trouve dans notre formulaire français est très belle et elle contient à la fois l'acte d'amour de Dieu et du prochain : « Je vous aime de tout mon coeur et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. » Il y a d'autres prières qui en contiennent sous différentes formes. Nous avons signalé la chose dans les chapitres précédents. C'est le cas, par exemple, du Notre Père, ce chef-d’œuvre de toutes les prières, qui contient au moins trois actes d'amour de Dieu et quatre actes d'amour du prochain. L'Ave Maria contient pour sa part un bel acte de charité parfaite envers tous les hommes qui existent actuellement et qui existeront jusqu'à la fin du monde : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » Plusieurs oraisons jaculatoires sont des actas de charité soit envers Dieu soit envers le prochain. C'est le cas, en particulier, de celles qui se font sous la forme du pluriel : « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous »; « Coeur immaculé de Marie, priez pour nous ».

3° Les difficultés. — Ce que nous avons dit jus­qu'ici de la charité est de nature à démontrer que les actes de cette vertu sont faciles pour tous et spéciale­ment pour nous, catholiques. Dieu, en effet, nous a dotés, dès le baptême, d'une faculté spéciale pour faire ces actes et la grâce est toujours à notre disposition à cet effet. Mais, dans la pratique, plusieurs se heurtent à des difficultés qui les détournent parfois d'un exercice aussi élevé et aussi sanctifiant. Nous nous contenterons d'en signaler trois.

D'abord, plusieurs s'imaginent qu'ils n'aiment pas Dieu véritablement si leurs actes de charité ne sont pas imprégnés d'une affection sensible pour Dieu ou pour le prochain. Après de vains efforts pour essayer de mettre en branle leurs émotions et faire vibrer leur sys­tème nerveux, ils se persuadent de bonne foi qu'ils sont incapables d'aimer Dieu et ils abandonnent la partie.

C'est là une erreur grossière et combien domma­geable à notre bonheur temporel et éternel. En effet, nous ne pouvons aimer d'un amour sensible que les personnes et les choses qui tombent sous nos sens. Or Dieu, esprit pur, ne peut être perçu par nos sens. Il n'est donc pas naturel d'aimer Dieu ici-bas d'un amour sensible. Lorsque la chose nous arrive, c'est une grâce et une faveur spéciale de Dieu que nous devons recevoir avec humilité; mais cette dévotion sensible n'est pas naturelle et elle n'est nullement nécessaire à l'amour de Dieu, qui réside essentiellement dans la volonté.

En second lieu, lorsque nous disons à Dieu : « Je vous aime de tout mon coeur », nous avons souvent l'im­pression que la formule que nous venons de prononcer n'exprime pas la vérité, et qu'en la proférant nous nous mentons à nous-mêmes aussi bien qu'à Dieu. Cette im­pression est toute naturelle et elle s'explique facilement. D'abord, dans la plupart des cas nous ne ressentons aucun amour sensible pour Dieu; de plus nous avons conscience de dépenser tellement de notre coeur à l'amour d'une foule d'êtres créés, — choses ou per­sonnes, en commençant par nous-mêmes, — qu'il nous semble impossible de dire avec vérité que nous aimons Dieu de tout notre coeur. On est alors tenté de se décou­rager et d'abandonner la partie, avec la conviction que l'amour de Dieu dépasse notre capacité et que la pra­tique de cette vertu n'est possible qu'aux saints et aux âmes d'élite.

Eh bien, cette impression est mal fondée. Il ne faut pas s'y arrêter; il faut même la combattre. L'amour de Dieu n'est pas, en effet, incompatible avec l'amour pour certains êtres créés : il y a même plusieurs amours pour des personnes et des choses qui nous sont commandés par Dieu lui-même. Il n'y a rien là de contradictoire, car aimer Dieu de tout son coeur veut dire : aimer Dieu par-dessus toutes choses. Par conséquent, le seul amour qui soit de nature à nous empêcher d'aimer Dieu de tout notre coeur est celui qui comporte un péché mortel, puisqu'un tel acte consiste à aimer une créature plus que Dieu.

Or, est-il possible pour un chrétien ordinaire de faire un acte d'amour de Dieu par-dessus toutes choses ?

A cette question il faut répondre hardiment et sans hésiter : oui, c'est possible; c'est même facile et très fa­cile. Il suffit de vouloir. Tel est, en effet, l'enseignement du grand Docteur de l'Église, saint Augustin : « Vous voulez aimer Dieu, dit-il; mais par le fait même vous l'aimez, car l'amour est un acre de volonté. » Par conséquent, vouloir aimer Dieu de tout son coeur, c'est l'aimer de tout son coeur et par-dessus toutes choses.

Allons plus loin : désirer aimer Dieu; c'est vouloir l'aimer; demander à Dieu de nous accorder la grâce de l'aimer, c'est encore désirer et vouloir aimer Dieu; c'est donc un acte de charité. On peut donc faire l'acte d'amour de Dieu sous la formule suivante, qui ne pré­sente certainement pas l'inconvénient de nous donner l'impression de mentir à Dieu et à nous-mêmes : «Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer de tout mon coeur.»

Allons plus loin et essayons de trouver une formule encore plus belle. Il suffirait de la faire au pluriel, en demandant aussi pour tous les autres hommes la grâce d'aimer Dieu maintenant et à l'heure de la mort et dans les siècles des siècles; la formule nouvelle aurait alors l'avantage d'être à la fois un acte de charité parfaite de Dieu et du prochain : «O mon Dieu, faites que nous vous aimions de tout notre coeur maintenant, à l'heure de notre mort et dans les siècles des siècles.»

Dernière remarque : l'amour s'adresse aux per­sonnes et non à la nature. C'est pourquoi une mère aime son enfant même si celui-ci a un corps mons­trueusement difforme et s'il est privé de l'usage de la raison, car il y a dans cette nature repoussante une personne qui est son fils et qui est fils adoptif de Dieu.

Puisqu'il y a trois personnes en Dieu, nous devrions donc adresser notre formule d'amour soit aux trois per­sonnes de la Sainte Trinité : «O Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, faites que...», soit séparément à chacune des personnes.

Enfin, comme une des trois personnes divines s'est rendue visible eu se faisant homme, il faut conclure qu'aimer le Fils de Marie c'est aimer Dieu; et puisque Notre-Seigneur veut que nous lui manifestions notre amour par la dévotion à son Coeur divin, nous pouvons varier ainsi notre formule : « Coeur Sacré de Jésus, faites que nous vous aimions de tout notre coeur mainte­nant, à l'heure de notre mort et pendant l'éternité. »

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 07:59

Après le Confiteor, les formulaires de prières con­tiennent généralement les actes d'adoration, de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de remer­ciement, d'offrande, d'humilité et de demande.

La plupart de ces actes sont faciles à comprendre et leur texte n'a besoin d'aucune explication.

Nous voudrions cependant attirer l'attention sur trois de ces actes, qui offrent un intérêt particulier et dont les fidèles ignorent généralement la nature et l'impor­tance: je veux parler des actes de foi, d'espérance et de charité

La Foi, l'Espérance et la Charité sont désignées sous le nom de « vertus théologales ».

Mais il faut bien remarquer que le mot « vertu » a ici un sens tout à fait spécial. Il ne s'agit pas d'une habitude que l'on acquiert petit à petit par la répétition des actes, comme c'est le cas, par exemple, pour les vertus de pa­tience, de tempérance ou d'humilité. Les vertus théolo­gales sont trois facultés ou quasi-facultés d'ordre di­vin, qui sont infusées dans l'âme avec la grâce sancti­fiante et par le moyen desquelles nous pouvons faire des actes surnaturels et divins, des actes d'enfant de Dieu. La grâce sanctifiante, en effet, est une surnature qui nous élève à l'ordre divin et nous fait réellement des enfants de Dieu. Or, de même que, dans l'ordre naturel, Dieu nous a donné des facultés d'ordre spiri­tuel, — l'intelligence, la volonté, la mémoire, — qui nous permettent de vivre une vie vraiment humaine, de même, dans l'ordre surnaturel, Dieu nous a dotés de trois facultés d'ordre divin qui nous rendent possible de poser des actes de vie divine.

La théologie enseigne qu'il est impossible de poser des actes surnaturels, de foi, d'espérance ou de cha­rité, sans le secours spécial d'une grâce actuelle de la part de Dieu. Mais nous savons que dans la pratique cette sorte de grâce est toujours à notre disposition, de sorte qu'il nous est toujours loisible de nous servir de nos facultés divines, comme, dans l'ordre naturel, nous faisons usage de nos facultés naturelles selon notre vo­lonté et notre bon plaisir. Il s'ensuit qu'il dépend de nous de vivre une vie divine intense ou de laisser lan­guir cette vie surnaturelle dans un état de léthargie. Nous avons donc grand intérêt à faire souvent des actes de foi, d'espérance et de charité. C'est, en effet, par la répétition des actes que nos facultés se développent et acquièrent de la vigueur et il est clair que si nous pos­sédons une charité surnaturelle intense, nous serons plus forts pour résister aux tentations qui menacent de détruire en nous cette vie divine qui fonde notre droit au ciel et à la vision béatifique.

Au contraire, si nous passons des jours, des semaines et des mois sans faire un acte de vie divine, nous serons facilement la victime du péché.

Il est donc extrêmement important d'initier les petits enfants à l'exercice des vertus théologales, dès l'éveil de leur intelligence et de leur volonté. L'on sera proba­blement surpris de voir la facilité avec laquelle ils feront ces actes. Mais il n'y a là rien d'étonnant, puisque dès leur baptême Dieu les a gratifiés des facultés spéciales qui les disposent d'une façon quasi naturelle à croire en Dieu, à espérer en Lui et à L'aimer de tout leur coeur.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 10:25

Disons d'abord que le Confiteor est une formule de contrition et c'est un acte qui possède toute l'efficacité de la contrition parfaite.

Cette prière remonte à la plus haute antiquité chré­tienne et l'auteur en est inconnu. Elle nous est familière depuis notre enfance, et la plupart des fidèles la récitent machinalement, sans se douter que c'est un petit chef-d’œuvre d'oraison. Une analyse sommaire suffira pour nous en convaincre.

C'est d'abord un acte de contrition.

La contrition, en effet, est l'acte par lequel le pécheur, conscient de sa culpabilité, se détourne du péché et se retourne vers Dieu, pour lui demander pardon. Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que cette définition s'applique d'une façon parfaite au Confiteor.

C'est aussi un acte qui équivaut en efficacité à l'acte de contrition parfaite, puisqu'il contient un acte de charité parfaite envers le prochain. En effet, nous n'y demandons pas pardon uniquement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres hommes, et nous y prions pour leur salut éternel : « Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde et que, nous ayant pardonné nos pé­chés, il nous conduise à la vie éternelle. »

En second lieu, le Confiteor est la formule de con­trition que l'Église a consacrée officiellement par l'emploi qu'elle en fait dans la liturgie. Elle en prescrit la récitation avant la réception de plusieurs sacrements, et elle l'a introduite dans la liturgie de la messe. Avant de monter à l'autel, le célébrant — simple prêtre, évêque ou Souverain Pontife — doit se prosterner profondément pour réciter cette prière d'humilité. Après quoi, le ser­vant la récite à son tour au nom des assistants; puis, quand vient le temps de la communion, les fidèles qui désirent s'approcher de la sainte table la récitent de nouveau en même temps que le servant.

Si nous faisons maintenant l'analyse du texte, nous trouvons que le Confiteor est composé de quatre par­ties. Les deux premières constituent chacune un bref résumé des grandes litanies, cette prière sublime et grandiose dans laquelle l'Eglise nous fait implorer tour à tour les différentes catégories des habitants du ciel, en commençant par la Sainte Trinité et en passant suc­cessivement par la sainte Vierge, les anges, les saints de l'Ancien Testament et les différents groupes de saints du Nouveau Testament.

La première partie du Confiteor n'est cependant pas une prière de demande : c'est une confession. Le pécheur confesse d'abord à Dieu tout-puissant qu'il a grandement péché en pensée, en parole et en œuvre. Le texte latin porte le mot nimis, ce qui signifie trop. En effet, pour un chrétien et un catholique, que Dieu a traité avec un amour de prédilection, en faisant de lui son enfant et eu se donnant à lui, ce serait encore trop de commettre même un seul péché véniel. Voilà pour­quoi les plus grands saints ont pu réciter le Confiteor avec des sentiments de sincère contrition. Comme les plus grands pécheurs, ils ont pu s'avouer coupables sans invoquer aucune excuse : « Par ma faute, par ma très grande faute ».

La même confession se fait ensuite à la Bienheu­reuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Ar­change et par lui à tous les saints anges, à saint Jean-Baptiste et par lui à tous les saints de l'Ancien Testament, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul et par eux à tous les saints apôtres et disciples du Christ et enfin à tous les saints qui peuplent actuellement le paradis. Parmi ces saints, il y en a plusieurs qui s'intéressent à nous d'une façon particulière : sans oublier Marie, qui est notre mère et la Médiatrice universelle, ainsi que notre Ange gardien, il y a aussi nos ascendants : aïeux et aïeules, grands-pères et grand'mères, peut-être un père ou une mère, des frères ou des sœurs et des amis. Ces milliards de bienheureux qui ont la vision béatifique nous voient en Dieu d'une façon plus claire que nous ne nous connaissons nous-mêmes. La vue de notre culpabilité et de notre repentir est de nature à déter­miner en eux un sentiment de profonde compassion; et, comme ils ont accepté d'être les témoins de notre humi­liation, ils sont, pour ainsi dire, obligés d'intercéder pour nous.

C'est alors que commence la seconde litanie qui est une prière d'imploration par laquelle nous supplions Marie, les anges et toutes les catégories de saints aux­quels nous avons fait l'aveu de nos faiblesses et de notre déchéance de vouloir bien « prier pour nous le Seigneur notre Dieu ».

Peut-on supposer que ces bienheureux qui aiment Dieu de tout leur coeur, de toute leur âme, de toutes leurs forces et de tout leur esprit, qui ont pour leur pro­chain un amour de même degré, pourraient faire la sourde oreille à cette supplication d'un pécheur repen­tant? Et peut-on s'imaginer alors la somme de grâces obtenues par les prières de ces milliards de saints qui sont les amis de Dieu et auxquels Celui-ci ne peut rien refuser, parce qu'il les aime d'un amour infini ?

Voilà pourquoi, fort de cette masse surabondante d'intercessions, le pécheur peut maintenant envisager sans crainte le Dieu tout-puissant et, animé d'une sainte audace, demander pardon, non seulement pour ses propres péchés, mais aussi pour ceux de tous les hommes, et Le prier à son tour de les conduire à la vie éternelle.

Enfin, dans un dernier élan de confiance, le pécheur demande au « Dieu tout-puissant et miséricordieux », pour lui-même et pour tous les hommes, le pardon, l'absolution et la rémission des péchas commis.

Ces simples considérations suffisent à nous montrer que le Confiteor n'est pas une prière banale, et qu'il a été conçu par quelqu'un qui devait être un maître dans la pratique de l'ascétisme.

Il reste cependant une difficulté qui mérite quelques instants d'examen :

Le pardon des péchés est l'œuvre de la Miséricorde divine. On pourrait donc naturellement s'attendre à ce que l'Eglise nous fasse invoquer cet attribut de Dieu au cours de toute cette priera. Or, c'est à la Toute-Puissance surtout que le Confiteor paraît s'adresser : « Je confesse à Dieu tout-puissant»; «Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde... »

C'est dans la dernière partie seulement que le texte fait allusion à la Miséricorde de Dieu après la Toute-Puissance : «Que le Dieu Tout-Puissant et Miséri­cordieux ».

Peut-on attribuer cette anomalie apparente à une distraction de l'auteur ?

Nous croyons au contraire que la phraséologie qu'il a adoptée a été voulue expressément et qu'elle est justi­fiée par une raison théologique bien fondée. En effet, quand Dieu pardonne le péché, il produit toujours dans l'âme un effet d'une valeur incomparable : un degré de grâce sanctifiante. Or la grâce sanctifiante est une réalité d'ordre divin qui dépasse en perfection toutes les natures créées, même celle du plus parfait des anges. Pour produire dans l'âme le moindre degré de cette vie divine. Dieu exerce donc plus de Toute -Puissance qu'il n'en a déployée dans la création de l'univers. Voilà pourquoi, dans une de ses oraisons, l'Eglise nous fait dire : « O Dieu qui manifestez votre Toute-Puissance surtout en pardonnant et en faisant miséricorde... »

Ainsi compris, le Confiteor doit nous apparaître comme une prière grandiose et un petit chef-d’œuvre d'acte de contrition parfaite.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 09:46

Comme le Pater et l'Ave, le Symbole des Apôtres possède une origine toute spéciale qui lui assure à nos yeux l'autorité infaillible de l'Esprit Saint. En effet, une tradition qui remonte aux origines mêmes de l'Eglise rapporte que les Apôtres, avant de se disperser pour se lancer à la conquête du monde, se réunirent pour formuler les principaux articles de foi que le Maître leur avait révélés et dont ils devaient im­poser la croyance aux hommes avant de les incorporer à l'Eglise par le baptême.

Cet événement se passa peu de temps après la Pentecôte, alors que les Apôtres étaient encore tout remplis de la lumière du Saint-Esprit.

Le Symbole des Apôtres ne contient pas explicite­ment toutes les vérités que nous sommes tenus de croire; plusieurs de ces vérités ont été éclaircies et définies par la suite, soit pour mettre fin aux hérésies, soit pour sti­muler la piété des fidèles. On peut cependant affirmer que toutes les vérités de la Révélation sont contenues au moins en germe dans le Credo composé par les Apôtres, parce que cette formule est une profession de foi aux trois grands mystères qui contiennent toute la Révéla­tion : la Sainte Trinité, l'Incarnation et la Rédemption. Le mystère de la Trinité est exprimé par les paroles suivantes : « Je crois en Dieu, le Père... et en Jésus-Christ, son Fils unique... Je crois au Saint-Esprit... »

Cette profession de foi en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, est bien l'expression exacte du grand mystère que Dieu a bien voulu nous révéler et auquel Il nous appelle à participer en nous adoptant comme ses en­fants.

La profsssion de foi aux deux autres mystères est contenue dans la partie de la formule qui est consacrée à la personne du Fils : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie », — c'est le mystère de l'Incarnation — , « a souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts. » Ces mots expriment le mystère de la Ré­demption et quelques dogmes qui s'y rattachent.

La formule se termine par la profession à quelques articles détaillés qui font partie du dépôt de la Révéla­tion: «l'Église sainte et catholique, la communion des Saints, la rémission des péchés, la résurrection, la vie éternelle.»

Si nous voulions expliquer le sens de chacune des paroles du Credo, il faudrait écrire plusieurs volumes. L'espace dont nous disposons ne nous permet que d'ajouter deux remarques.

D'abord, la récitation du Credo est un acte de foi, c'est-à-dire l'adhésion ferme de notre intelligence et de notre volonté à des vérités que Dieu a bien voulu nous révéler; le motif de notre croyance n'est pas l'évidence de la vérité elle-même, mais l'autorité de Dieu, qui est la Vérité infinie et qui, par conséquent, ne peut se tromper ni nous tromper.

Mais pour que cet acte soit possible, il faut que nous ayons la certitude que la vérité dont il s'agit a vraiment été révélée par Dieu. Notre-Seigneur y a pourvu en établissant l'Église, qu'il a constituée l'interprète infaillible de la vérité révélée. L'enseignement de l'Église est donc pour nous une règle absolument sûre que nous devons suivre sans crainte d'errer dans la foi. Cette na­ture de l'acte de foi est admirablement exprimée dans la formule que nous récitons tous les jours : « Je crois tout ce que la sainte Église catholique croit et enseigne, parce que c'est vous qui l'avez dit et que vous êtes la vérité même. »

En second lieu, l'acte de foi est un acte surnaturel. La foi, en effet, est la première des vertus théologales, lesquelles sont des quasi-facultés d'ordre divin, qui sont infusées dans notre âme en même temps que la grâce sanctifiante et qui nous permettent de faire des actes d'enfants de Dieu : la foi inébranlable en sa parole in­faillible, la confiance absolue en sa bonté infinie, l'amour filial envers Dieu et l'amour fraternel envers notre prochain.

Nous devrions nous servir souvent de ces facultés d'ordre divin afin de les entretenir et de les développer et parce que les actes de ces facultés sont les plus par­faits, les plus salutaires et les plus méritoires que nous puissions faire en cette vie.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 08:45

L'Ave Maria se recommande à notre piété non seulement à cause de son origine céleste, mais par le sens profond des mots dont il est composé. Voici quel­ques brèves considérations qui pourront nous aider à nous faire une idée plus exacte de la richesse contenue dans cette formule de prière si chère à tous les catho­liques.

« Je vous salue, Marie, pleine de grâce »

Il s'agit évidemment ici de la grâce par excellence, c'est-à-dire, la grâce sanctifiante, cette participation réelle de la nature divine qui sanctifie l'homme, qui l'élève à l'ordre divin, qui fait de lui un véritable enfant de Dieu. C'est la possession de ce don précieux qui rend possible la vision de l'essence divine et la jouissance du bonheur surnaturel.

La Révélation nous enseigne que le degré de gloire et de bonheur dont jouissent les bienheureux du ciel est précisément le degré de grâce sanctifiante que chacun d'eux possède au terme de sa vie méritoire.

Or, tous les théologiens affirment aujourd'hui d'un commun accord que Marie est parvenue à un degré de grâce qui dépasse incomparablement celui du plus grand des saints et du plus élevé des anges. C'est pour­quoi l'Eglise lui décerne le titre de « Reine des anges », « Reine de tous les saints » et « Reine du ciel ».

Pour nous faire une petite idée du degré de gloire dont jouit Marie au ciel, il suffit de nous rappeler que le degré final auquel parvient un être au terme de son existence méritoire dépend de deux facteurs : d'abord, du degré initial de grâce sanctifiante que Dieu infuse gratuitement dans l'âme, lorsqu'il lui confère pour la première fois le don de la vie divine, et, secondement, de l'augmentation de ce degré initial produite par les actes méritoires et surtout par les actes d'amour parfait de Dieu et du prochain au cours de la vie méritoire.

Or ces deux facteurs ont contribué à produire en Marie un degré de sainteté dont il est difficile de s'imaginer la grandeur.

En effet, à cause du rôle éminent que Dieu lui desti­nait dans le plan de la Rédemption, — celui de mère du Rédempteur, de coopératrice, de médiatrice universelle, etc. — le degré initial de grâce qui lui fut conféré dès l'instant de sa conception a dû dépasser celui des anges et des apôtres, dont la fonction n'a été que celle de servi­teurs et ministres de Nôtre-Seigneur. Les théologiens modernes semblent même se rallier de jour en jour à l'opinion que le degré initial de grâce qui fut accordé à Marie a dépassé le degré final du plus grand des saints et du plus élevé des anges.

Ce qui est certain, c'est que l'ambassadeur de Dieu a salué Marie en lui donnant le tire de pleine de grâce, parce qu'elle a reçu la plénitude de grâce sanctifiante qu'une créature, destinée à devenir la Mère de Dieu, était susceptible de recevoir dès le premier instant de son existence.

Mais ce premier degré, si grand qu'il soit, s'est aug­menté d'une façon incalculable au cours de sa longue vie méritoire. Nous savons, en effet, qu'avec la grâce sanctifiante Dieu infuse dans l'âme une vertu de charité du même degré que la grâce elle-même. Et comme Ma­rie a été le modèle parfait de la fidélité à la grâce, sa vie a été une suite d'actes très intenses de charité par­faite. A partir de l'Incarnation, son amour pour Dieu s'est doublé de l'amour d'une mère pour son fils. Quel accroissement de grâce cette mère a dû recevoir au cours de ses longues années de commerce intime avec un fils infiniment aimant qui était en même temps l'au­teur infiniment puissant de toute grâce et de toute sainteté. Il ne faut donc pas s'étonner que tous les saints se soient révélés impuissants à exprimer sa grandeur et son élévation.

« Le Seigneur est avec vous »

Cette expression peut avoir deux significations.

On peut d'abord l'entendre au sens biblique de l'Ancien Testament et elle signifie alors : « le Seigneur vous est favorable, il est votre ami, il vous protège, il est votre défenseur, il est de votre côté ».

On peut aussi l'entendre dans un sens qui s'accorde avec la doctrine révélée par Nôtre-Seigneur lui-même. Il s'agit de la présence substantielle de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans l'âme qui possède la grâce sancti­fiante. « Si quelqu'un m'aime, Mon Père l'aimera aussi et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre de­meure. » En faisant ainsi de nous sa demeure, Dieu ne nous accorde pas seulement sa présence, il se donne à nous, avec un plein droit de propriété sur les trois per­sonnes divines, droit de propriété qui deviendra un droit de jouissance éternelle, si nous avons le bonheur de mourir en état de grâce.

Nous pouvons donc dire en toute vérité à Marie que le Seigneur est avec elle, puisque Dieu est en elle, qu'elle Le possède et qu'elle jouit aujourd'hui de Lui dans l'union éternelle de la vision béatifique.

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes... »

Ces paroles ont été prononcées par l'archange Ga­briel et aussi par sainte Elisabeth sous l'inspiration du Saint-Esprit. Le mot « bénie », benedicta, signifie : « célébrée, glorifiée ». Marie est « bénie entre toutes les femmes » non seulement parce qu'elle a reçu un de­gré de grâce exceptionnel, mais aussi parce que parmi toutes les femmes elle est la seule qui a été à la fois vierge et mère; elle a été l'épouse du Saint-Esprit et mère de Dieu. C'est ce titre de gloire qui l'élève au-dessus de toutes les autres créatures et qui lui suscitera éternellement les louanges et l'amour de tous les élus.

« Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni »

Il semble bien que le Saint-Esprit ait révélé à sainte Élisabeth l'origine divine de l'enfant que sa jeune cou­sine portait dans son sein; car elle ajouta immédiate­ment après : « Et d'où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne me visiter ? »

« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous »

Cette seconde partie est un acte d'amour parfait du prochain par lequel nous demandons à Marie de prier pour tous les hommes, pendant leur vie et surtout à l'heure de leur mort, afin de leur obtenir à tous le par­don de leurs péchés et le bonheur éternel.

Concluons que la Salutation angélique n'a pas seulement une origine céleste : c'est aussi la plus belle formule de louange que nous puissions adresser à Marie et, comme le Pater, c'est une prière salutaire, qu'on ne peut réciter avec un coeur sincère sans assurer en même temps notre état de grâce et la présence de Dieu en nous.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:47

Les quatre dernières demandes

La seconde partie du Pater est non moins admi­rable ; elle est composée de quatre demandes qui con­tiennent cinq actes d'amour parfait du prochain. Voici le sens de ces quatre demandes :

1. — «Donnez-nous aujourd'hui notre pain quo­tidien»

L'expression « pain quotidien » ne doit pas être prise dans le sens restreint de « nourriture ». De l'avis des meilleurs commentateurs, elle signifie tout ce qui est nécessaire pour notre vie naturelle : nourriture, logis, vêtement, etc., et aussi pour notre vie surnaturelle : grâce sanctifiante, inspirations divines, sacrements et particulièrement le Pain céleste que Nôtre-Seigneur a institué pour la nourriture de nos âmes.

Remarquons que ces moyens nécessaires à la vie temporelle et éternelle, Nôtre-Seigneur nous les fait demander au pluriel, c'est-à-dire pour chacun de nous et pour les deux milliards d'hommes, de femmes et d'enfants qui vivent actuellement dans cette vallée de larmes. Cette première demande contient donc un acte de charité parfaite qui embrasse d'un seul coup toute l'humanité.

2. — «Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés»

Cette demande est évidemment un acte de contrition dont l'efficacité est infaillible. En effet, Nôtre-Seigneur ne nous fait pas demander pardon seulement pour nos péchés personnels; il nous fait demander miséricorde au pluriel, pour les deux milliards d'hommes dont se compose l'humanité actuelle.

Or le pardon des péchés est une grâce incomparable qui comporte non seulement l'effacement de la tache que le péché imprime dans l'âme, mais encore la divi­nisation du pécheur par la production de la grâce sanctifiante et surtout le bienfait incroyable par lequel Dieu se donne Lui-même à son offenseur en lui confé­rant un droit véritable de propriété sur la Trinité tout entière. Il faut en conclure que demander à Dieu de pardonner à tous les hommes, c'est leur vouloir le plus grand des biens, le bien infini. La formule de contrition que Nôtre-Seigneur nous apprend à réciter est en même temps un acte de charité parfaite qui obtient in­failliblement à celui qui le fait le pardon de ses fautes.

« Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Voilà un nouvel acte de charité d'un mérite spécial, puisqu'il nous fait pratiquer le commandement parfait qui nous oblige à aimer même nos ennemis et à rendre le bien pour le mal.

3. — « Ne nous laissez pas succomber à la tentation »

D'après l'interprétation générale, cette demande si­gnifie : «Ne permettez pas que nous succombions à la tentation» ou, en d'autres termes : «Accordez-nous le secours de votre grâce pour nous aider à éviter le péché.»

Il s'agit donc ici d'une formule de ferme propos qui contient encore un acte de charité parfaite, puisque la grâce d'être préservé du péché n'est pas une faveur que nous demandons seulement pour chacun de nous personnellement, mais pour tous les hommes.

4. — « Mais délivrez-nous du mal »

De quel mal s'agit-il dans cette demande ?

Les théologiens distinguent trois catégories de maux : Il y a, d'abord, les maux d'ordre physique : souf­frances de toute sorte, du corps et de l'âme, qu'on désigne sous le nom d'épreuves et qui sont le lot com­mun de tous ceux qui vivent dans cette vallée de larmes.

On peut évidemment demander à Dieu de nous épargner ce genre de maux, mais personne ne peut

raisonnablement espérer être complètement à l'abri dans ce domaine. Il y a des épreuves inévitables aux­quelles toute personne sensée doit se résigner : telles sont, entre autres, les séparations, les deuils, la mort, etc.

Ces souffrances font d'ailleurs partie des maux que les philosophes appellent «accidentels», parce que, s'ils sont un mal sous un rapport, ils peuvent être un très grand bien sous un autre rapport. Il suffit, par exemple, de les accepter de la main de Dieu pour en faire un bien qui dépasse en valeur toutes les richesses d'ordre naturel. C'est précisément cette soumission à l'adorable volonté de Dieu que Notre-Seigneur nous enseigne à faire lorsqu'il nous fait dire : «Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Il y a, en second lieu, le mal moral, c'est-à-dire le péché. Mais il ne peut s'agir de ce genre de mal dans la demanda présente, puisque, dans les deux demandes précédentes, nous avons déjà imploré Dieu d'en être délivrés eu le suppliant de nous pardonner nos pé­chés passés et de nous en préserver à l'avenir par le secours de sa grâce.

Reste enfin le mal suprême : la damnation éternelle, mal que les théologiens qualifient d'«essentiel», car il ne peut être un bien sous aucun rapport.

C'est évidemment de ce mal de la damnation éter­nelle qu'il est surtout question dans la quatrième de­mande et nous supplions « Notre Père qui est aux cieux » d'accorder à tous ses enfants la grâce d'une bonne mort afin de les préserver du sort terrible de l'enfer éternel.

La deuxième partie de l'oraison dominicale se ter­mine donc par un cinquième acte de charité parfaite.

Résumons. Dans le Notre Père, qu'on peut réciter en quelques secondes, Nôtre-Seigneur nous apprend d'abord à nous adresser à Dieu avec la confiance filiale d'un enfant envers son père; il nous fait faire ensuite trois actes d'amour de Dieu, dont deux sont en même temps des actes d'amour du prochain; et la prière se termine enfin par cinq actes de charité parfaite envers le prochain. Le pécheur qui récite cette prière atten­tivement et avec sincérité recouvre infailliblement l'état de grâce et celui qui a le bonheur de posséder déjà la grâce sanctifiante obtient une augmentation de plusieurs degrés de cette même grâce.

L'on est donc en droit de conclure que le Notre Père est une prière vraiment divine, un chef-d’œuvre de simplicité et de concision. Ici, aucune prétention à la littérature, aucun raisonnement savant; l'on va droit au but. Les actes d'amour jaillissent du cœur à coups ré­pétés, comme les explosions d'un feu d'artifice.

Il est à remarquer que Nôtre-Seigneur, dans la se­conde partie du Pater, nous fait prier uniquement au pluriel. Par là, l'oraison dominicale diffère d'un trop grand nombre de prières savantes et éloquentes, où le «moi» et le «je» émaillent toutes les phrases.

Malgré l'extraordinaire perfection de sa formule, la récitation du Notre Père ne produit pas toujours les effets salutaires que nous avons signalés au cours de cet article.

Deux défauts surtout contribuent à en dimi­nuer l'efficacité ou même à la rendre stérile.

° Il y a d'abord le manque d'attention

Le Notre Père est une des premières prières que nous avons apprises par coeur. On nous l'a enseigné à un âge où il nous était impossible d'en saisir le sens; nous l'avons ensuite récité pendant des années d'une façon toute machinale et sans penser au sens des paroles.

L'habitude prise au cours de notre enfance de mar­motter nos prières, sans penser à rien ; cette tendance na­turelle peut durer toute la vie et elle est fort difficile à dé­raciner. Pour la combattre, les maîtres de la vie spiri­tuelle conseillent de réciter de temps en temps quelques-unes de nos prières lentement, en laissant quelques secondes entre les groupes de mots qui forment un sens complet, afin de pouvoir ainsi réfléchir suffisamment au sens de la prière. C'est ce que l'on devrait faire chaque jour pour le Notre Père; et le temps qui semble le plus approprié pour cet exercice, c'est le matin, immédiatement après le réveil. On est sûr ainsi de commencer la journée en état de grâce et le cœur rempli d'amour de Dieu et de charité envers notre prochain.

° Il y a ensuite l'égoïsme

Le second défaut qui vicie notre récitation du Pater, c'est la tendance instinctive que nous avons tous de faire au singulier les demandes que Nôtre-Seigneur nous fait faire au pluriel. En effet, nous sommes tous égoïstes par nature; nous sommes portés à penser d'abord ou uniquement à nous-mêmes; notre salut nous intéresse et le salut des autres nous laisse indifférents. Il arrive donc que quand nous disons : «Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien», dans notre intention et notre pensée, ces mots ont le sens de : «Donnez-moi»; « pardonnez-nous nos offenses » devient : «Pardonnez-moi...»

Il faut réagir contre cette tendance égoïste et se rap­peler que le moyen le plus efficace d'obtenir beaucoup pour soi, c'est de demander beaucoup pour les autres. Nôtre-Seigneur, en effet, nous a avertis expressément qu'on nous traitera avec la même mesure que nous aurons traité les autres.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 12:45

LE « NOTRE PÈRE » est parmi les nombreuses formules de prières que (la vrai) Eglise approuva et qu'elle mit à la disposition des fidèles ; il doit occuper la première place dans notre estime et dans la pratique de notre vie.

L'origine du « Notre Père »

Cette prière est, en effet, d'origine divine : c'est Notre-Seigneur Lui-même qui l'a composée pour ap­prendre à ses apôtres comment prier. Ceux-ci étaient un peu comme nous : négligents à s'acquitter du devoir de la prière. Nôtre-Seigneur avait beau les talonner et leur répéter qu'il faut toujours prier et ne jamais cesser, ceux-ci ou bien faisaient la sourde oreille, ou bien ou­bliaient vite les recommandations de leur Maître.

Un jour que Jésus revenait à la charge en leur di­sant : «Demandez donc: vous ne demandez jamais rien. Priez !», les apôtres tentèrent d'excuser leur négligence en disant: «Seigneur, nous ne savons pas prier; mon­trez-nous comment faire.»

C'est alors qu'il leur enseigna la formule du Pater : prière vraiment divine, chef-d’œuvre incomparable tant par la concision et la simplicité de la formule que par la perfection des actes qu'elle contient.

Le chef-d’œuvre du « Notre Père »

Pour bien comprendre la vérité de cette assertion, il faut se rappeler que l'acte le plus parfait que puisse faire un être doué d'intelligence et de liberté, c'est l'acte de charité par lequel on aime Dieu pour Lui-même ou bien le prochain pour l'amour de Dieu. Cet acte est aussi éminemment salutaire, puisqu'il a la vertu de remettre automatiquement en état de grâce celui qui est coupable de péché mortel.

Il s'agit évidemment ici de la charité parfaite, c'est-à-dire de l'amour de bienveillance par lequel on veut du bien à celui qu'on aime. En ce qui concerne Dieu, nous ne pouvons pas, à proprement parler, lui faire du bien, puisqu'il est infini et que l'infini ne peut ni aug­menter ni diminuer en lui-même. Il n'en est pas de même de sa gloire extérieure qui est susceptible de recevoir des accroissements. Nous pouvons donc aimer Dieu de la charité parfaite en voulant qu'il soit glorifié par l'amour, par la louange, par l'adoration et par la soumission de tous les hommes à son adorable volonté, maintenant et dans l'éternité.

A l'égard des hommes, la charité parfaite nous com­mande de leur vouloir le plus grand de tous les biens : le bonheur éternel et les moyens d'y parvenir, c'est-à-dire le pardon des péchés, la grâce sanctifiante et la préservation du mal de l'enfer.

Ajoutons enfin que l'acte de charité du prochain a la même vertu que l'amour de Dieu; il nous obtient le pardon des péchés avant même l'absolution et, si nous avons le bonheur d'être déjà en état de grâce, il nous mérite un degré nouveau de grâce et de bonheur éternel.

Grâce à ces remarques préliminaires, il nous sera facile d'apprécier à sa juste valeur la prière qu'un Dieu a bien voulu nous composer pour nous enseigner à prier.

• « Notre Père qui êtes aux cieux »

Dans ces premiers mots, Notre-Seigneur nous ap­prend que nous devons nous adresser à Dieu avec la

confiance et l'amour d'un enfant envers un Père infini­ment bon et puissant.

C'est dans cette disposition d'âme que Nôtre-Seigneur nous fait ensuite formuler trois désirs qui seront trois actes d'amour parfait envers Dieu et quatre demandes qui sont autant d'actes de charité parfaite à l'égard du prochain. On peut facilement s'en rendre compte en parcourant le texte de la formule.

Les trois premières demandes

• « Que votre nom soit sanctifié »

Cette expression signifie que nous voulons que Dieu soit glorifié, c'est-à-dire qu'il soit loué, adoré, aimé, obéi, béni par tous les êtres intelligents, maintenant et dans les siècles des siècles. Cette première demande, par laquelle nous désirons la gloire de Dieu et le salut de tous les hommes, est donc un acte d'amour parfait de Dieu et du prochain.

« Que votre règne arrive »

Ces paroles expriment encore le désir de la gloire de Dieu et du salut des âmes. En effet, demander que le règne de Dieu arrive, c'est désirer que Dieu règne sur le monde, d'abord par l'extension et le triomphe de l'Eglise, (par le retour d’exil de SS Paul VI) qui est le royaume de Dieu sur terre; par la grâce sanctifiante dans le cœur de tous les hommes; enfin par le bonheur éternel des élus dans le royaume des cieux.

• « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Notre-Seigneur nous fait exprimer ici le désir que tous les hommes soient soumis sur la terre à la sainte et adorable volonté de Dieu, comme les élus le sont dans le ciel. Cette soumission consiste aussi à accepter de la main de Dieu tout ce qu'il nous réserve dans son plan de Providence jusqu'à la mort inclusivement.

Que ce soit là le sens de cette demande, nous en avons la preuve dans le fait que Nôtre-Seigneur a repris la même formule, pour son propre compte, lorsque à la fin de son agonie il a accepté le genre de mort sanglant et douloureux que le Père avait choisi pour son Fils bien-aimé : «Que votre volonté soit faite et non la mienne.»

Or, saint François de Sales affirme que la soumission de notre volonté à l'adorable volonté de Dieu, surtout en ce qui concerne la mort, est un acte de charité par­faite.

Conclusion

Et ainsi se termine la première partie de cette prière merveilleuse et vraiment divine que Notre-Seigneur a bien voulu composer Lui-même pour nous enseigner à prier. Il nous fait faire en quelques secondes trois actes d'amour parfait de Dieu, dont deux au moins sont en même temps des actes de charité parfaite du prochain.

Si nous nous rappelons ce que nous avons dit de la valeur et de l'efficacité de la vertu de charité, il faut avouer qu'il est difficile de condenser en si peu de mots autant d'actes salutaires. (À suivre)

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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