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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 08:17

Nôtre-Seigneur a dit sept paroles du haut de la Croix; mais il y eut aussi sept paroles adressées à Nôtre-Seigneur en Croix.

LA PREMIÈRE PAROLE A LA CROIX

Il est des gens qui ne restent jamais assez longtemps auprès de la Croix pour s'imprégner des flots de grâces qui coulent du Crucifié. Ce sont des « passants ».

Les passants L'injuriaient en branlant la tête et en disant : « Toi qui détruis le Temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-Toi Toi-même; si Tu es le Fils de Dieu, des­cends de la Croix.» (Matthieu 27, 39-40.)

Le Seigneur était à peine sur la Croix, qu'ils Lui deman­daient d'en descendre. « Descends de la Croix » est la demande la plus typique d'un monde non régénéré, en face du renon­cement et de l'abnégation. Ils voudraient une religion sans la Croix. Tandis que Jésus priait pour Ses bourreaux, « Père, pardonne-leur », ils disaient d'un ton sarcastique : « Si tu es le Fils de Dieu ». S'il avait obéi à leur invitation outra­geante : «Descends», en qui auraient-ils cru? Comment l'Amour pourrait-il être l'Amour s'il ne coûtait pas Celui qui aime? Si le Christ était descendu de la Croix, il y aurait eu une Croix, mais pas de crucifix. La Croix est une contra­diction; le Crucifiement est la solution de la contradiction entre la vie et la mort, parce qu'elle montre que la mort est la condition d'une vie plus haute.

Les passants renouvelaient effrontément l'accusation déjà portée au tribunal, que Jésus voulait détruire le Temple de Jérusalem et, ensuite, en reconstruire un autre en trois jours, alors qu'ils savaient qu'il avait parlé du Temple de Son Corps. Cela excitait tellement leurs esprits qu'ils devaient renouveler encore la même accusation lorsqu’Étienne, le pre­mier martyr, fut lapidé.

Mais la raillerie est un des compo­sants de la coupe de tristesse et, si le Christ ne l'avait pas supportée patiemment, d'où Ses disciples auraient-ils pu tirer la force dans des procès identiques?

La cruauté des lèvres qui raillent fait partie de l'héritage du péché, aussi bien que la cruauté des mains qui clouent. Sur la montagne de la tentation, Satan usa du même argument lorsqu'il demanda au Seigneur affamé de changer les pierres en pain. C'était si inattendu que le Fils de Dieu eut faim! C'était si inattendu pour le Fils de Dieu qu'il souffrit!

Pourquoi les passants n'ont-ils pas eu la patience d'at­tendre les « trois jours » dont il était question dans leurs sarcasmes? Les sceptiques demandent toujours des miracles, comme de descendre de la Croix, mais jamais le miracle, pourtant plus grand, du pardon. (A SUIVRE)

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 08:44

LA SEPTIÈME PAROLE

Un des châtiments imposés à l'homme à la suite du péché originel, c'est qu'il mourrait en son corps. Après le renvoi du paradis, Adam buta sur le corps inanimé de son fils Abel. Il lui parla, mais Abel ne répondit pas. Il lui souleva la tête, mais elle retomba en arrière, les yeux étaient sans vie et le regard éteint. C'est alors qu'Adam se rappela que la mort était le châtiment du péché. C'était le premier cas de mort dans le monde. A présent, le nouvel Abel, le Christ, immolé par la race de Caïn, Se préparait à retourner vers Son Père.

Sa sixième Parole s'adressait à la terre, la dernière allait s'adresser à Dieu. La sixième était un adieu au temps, la septième marquerait le commencement de la gloire du Christ. Trente-trois ans auparavant, Il avait quitté la maison de Son Père pour aller dans le pays étranger qu'était pour Lui notre monde. Après y avoir donné Sa Chair et Son Sang pour les pécheurs, après avoir reçu les sarcasmes et le vinaigre de l'ingratitude humaine, Jésus Se préparait à retourner vers la maison de Son Père. C'est alors qu'il laissa tomber de Ses lèvres la prière parfaite

« Père, Je remets Mon esprit entre Tes mains. » (Luc 23, 46.)

Ces mots ne furent pas prononcés dans un murmure d'épui­sement, comme font les hommes qui arrivent à leur dernier soupir. Il avait déjà dit que personne ne Lui enlèverait Sa vie, mais qu'il la donnerait Lui-même. La mort ne posa pas la main sur Son épaule pour Lui donner le signal du départ. C'est Lui qui alla à sa rencontre. Pour montrer qu'il ne mou­rait pas d'épuisement, mais par un acte de Sa volonté, Ses dernières paroles furent dites en poussant un grand cri. (Matthieu 27, 50.)

C'est le seul exemple qu'on trouve dans l'histoire d'un Mou­rant qui était un Vivant.

Ses paroles d'adieu étaient une citation des Psaumes :

« Entre Tes mains Je remets Mon esprit; Dieu toujours fidèle, Tu Me réclames pour Toi. Je laisse les insensés Te provoquer par le culte des faux dieux; pour Moi, c'est dans le Seigneur que Je mets Ma confiance. J'exulterai et Je Me réjouirai de Ta grâce, parce que Tu as eu pitié de Ma faiblesse, et Tu M'as sauvé quand J'étais dans l'an­goisse. » (Psaume 30, 6-9.)

Le Christ ne Se chantait pas à Lui-même le chant de la mort; Il proclamait plutôt la marche en avant de la Vie divine. Il ne se réfugiait pas en Dieu parce qu'il devait mourir, mais Sa mort était un service pour l'homme et l'accomplissement de la volonté du Père. Pour un homme qui estime que la mort est la plus terrible épreuve de sa vie, il est difficile de comprendre la joie qui inspira ces paroles du Christ mourant. L'homme pense que c'est sa mort qui décide de son état futur; c'est plutôt sa vie qui en décide. Certains des choix qu'il a faits, les occasions qu'il a eues entre ses mains, les grâces qu'il a acceptées ou rejetées, c'est cela qui décide de son sort futur.

Le péril de la vie est plus grand que le péril de la mort. Dans le cas du Christ, c'est la manière dont Il avait vécu, c'est-à-dire pour racheter les hommes, qui provoqua la joie de Sa mort et Sa réunion avec le Père des Cieux. Ce n'est qu'après une longue période de temps que cer­taines planètes achèvent de décrire leur orbite, comme si elles venaient à leur point de départ pour saluer Celui qui les a lancées sur le chemin qu'elles parcourent, ainsi le Verbe Incarné, ayant achevé Sa mission terrestre, retournait vers le Père des Cieux, qui L'avait envoyé pour accomplir l'œuvre de la Rédemption.

Lorsque ces paroles furent dites, on entendait en face, sur la colline de Jérusalem, les gémissements des milliers d'agneaux qu'on immolait dans la cour extérieure du Temple, afin que leur sang puisse être offert sur l'autel, devant le Seigneur Dieu, et que leur chair puisse être mangée par le peuple. Nous ne savons pas s'il y a quelque vérité dans l'en­seignement des rabbis, qui prétend que ce serait ce même jour que Caïn aurait tué Abel, que Dieu aurait fait l'Alliance avec Abraham, qu'Isaac aurait été conduit sur la montagne pour être sanctifié, que Melchisédech aurait offert le pain et le vin à Abraham, et qu'Ésaü aurait vendu son droit d'aî­nesse à Jacob ; mais en ce jour, l'Agneau de Dieu fut immolé et toutes les prophéties furent accomplies.

L'œuvre de la Rédemption était achevée. Il y avait la rupture d'un cœur dans un ravissement d'amour; le Fils de l'homme inclina Sa tête et accepta de mourir.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 01:22

LA SIXIÈME PAROLE

De toute éternité Dieu avait voulu faire l'homme à l'image de Son Fils éternel. Ayant réalisé d'une manière achevée cette ressemblance en Adam, Il plaça Sa créature dans un jardin d'une beauté que Dieu seul sait donner à un beau jardin. Par quelque voie mystérieuse, la révolte de Lucifer eut sa répercussion sur la terre, et l'image de Dieu en l'homme fut défigurée. Dans Sa miséricorde divine, le Père des Cieux voulut alors restaurer l'homme dans sa gloire pre­mière, de manière que, dans sa déchéance, il puisse connaître la belle image à laquelle il aurait dû ressembler. Dieu envoya Son divin Fils sur cette terre, pour satisfaire à la justice par la souffrance, tout autant que pour pardonner le péché.

Dans la magnifique économie divine de la Rédemption, les trois choses mêmes qui contribuaient à la chute eurent leur valeur de rachat. En face d'Adam désobéissant, il y eut le Christ, nouvel Adam obéissant; en face d'Ève l'orgueilleuse, il y eut la Vierge Marie, l'humble nouvelle Ève; à la place de l'arbre du jardin, il y eut l'arbre de la Croix. En consi­dérant le plan divin, et après avoir goûté au vinaigre pour accomplir la prophétie, Jésus dit, d'un seul mot dans la langue originale : « Tout est consommé. » (Jean 19, 30.)

Ce n'était pas une parole d'action de grâces parce que Sa souffrance était achevée, bien que l'humiliation du Fils de l'homme touchât maintenant à sa fin. Cela signifiait que Sa vie, depuis Sa naissance jusqu'à Sa mort, avait fidèlement accompli ce que le Père des Cieux l'avait chargé de faire.

Trois fois Dieu utilisa le même mot dans l'histoire : d'abord dans la Genèse, pour décrire l'achèvement de la création; ensuite dans l'Apocalypse, pour marquer que, toute - la création ayant disparu, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Entre ces deux extrêmes du commencement et de l'achèvement final, il y a le chaînon de la sixième parole tombée du haut de la Croix. Nôtre-Seigneur, dans l'état de Sa plus grande humiliation, constatant que toutes les prophéties étaient accomplies, tous les symboles réalisés, et que tout ce qui était nécessaire à la Rédemption avait été fait, poussa un cri de satisfaction : « Tout est consommé. »

La vie de l'Esprit pouvait désormais commencer l'œuvre de sanctification, car l'œuvre de Rédemption était achevée. Lors de la création, le septième jour, après que les cieux et la terre eurent été achevés, Dieu Se reposa de tout le travail qu'il avait fait. A Son tour le Sauveur en Croix, ayant ensei­gné comme docteur, gouverné comme Roi et sanctifié comme Prêtre, pouvait entrer dans Son repos. Il n'y aurait pas un second Sauveur; il n'y aurait pas une autre voie de salut; il n'y aurait aucun autre nom sous le ciel par qui les hommes puissent être sauvés.

L'homme avait été racheté et payé. Un nouveau David s'était levé pour tuer le Goliath du mal, non pas avec cinq cailloux mais avec cinq blessures, les hideuses plaies des mains, des pieds et du côté. Le combat n'avait pas été livré avec une armure resplendissant au soleil de midi, mais avec une chair déchirée au point qu'on en pouvait comp­ter tous les os. Le divin Artiste avait mis la dernière touche à Son chef-d'œuvre et, avec la joie de l'homme fort, Il enton­nait le chant de triomphe qui annonçait que Son œuvre était achevée.

Il n'y avait pas un seul symbole, depuis la tourterelle jusqu'au Temple, qui n'ait été réalisé en Jésus. Le Christ, un avec le Père éternel dans l'œuvre de la création, avait parachevé la Rédemption. Il n'y avait pas une seule prédiction historique, depuis Abraham, qui avait offert son fils en sacrifice, jusqu'à Jonas qui resta trois jours dans les entrailles du poisson, qui n'ait été accomplie en Lui. La prophétie de Zacharie annonçant qu'il ferait Son entrée à Jérusalem humblement, sur le dos d'un âne; la prophétie de David sur la trahison par un de Ses familiers ; la prophétie de Zacharie disant qu'il serait vendu pour trente pièces d'argent et qu'en­suite cette somme serait employée pour acheter un champ du sang; la prophétie d'Isaïe sur la barbarie avec laquelle Il serait traité, flagellé et mis à mort; la prophétie d'Isaïe prédisant qu'il serait crucifié entre deux malfaiteurs et qu'il prierait pour Ses ennemis; les prophéties de David sur le vinaigre qu'on Lui donnerait à boire et le partage de Ses vêtements, sur ce qu'il serait un prophète comme Moïse, un prêtre comme Melchisédech, un Agneau qu'on immole, un bouc émissaire conduit hors de la ville, un sage plus avisé que Salomon, un roi plus grand que David; enfin qu'il serait Celui qu'Abraham et Moïse avaient vu par avance, tous ces admirables hiéroglyphes seraient restés sans explication, si le Fils de Dieu Incarné n'avait pas regardé du haut de Sa Croix vers toutes les brebis, tous les boucs et tous les jeunes taureaux qui avaient été offerts en sacrifice, pour s'écrier : « Tout est consommé. »

Ce n'est pas après avoir prêché le beau Sermon sur la Montagne que Jésus a dit que Son œuvre était achevée. Ce n'est pas pour enseigner qu'il était venu, c'était, comme Il l'a dit, pour donner Sa vie en rédemption pour beaucoup. En montant à Jérusalem, Il avait dit à Ses Apôtres qu'il serait livré aux Gentils, qu'il serait tourné en dérision et qu'on cra­cherait sur Lui, qu'on Le flagellerait et qu'on Le mettrait à mort. Au jardin des Oliviers, quand Pierre avait tiré son épée, le Christ avait demandé s'il ne devrait pas boire le calice que Son Père céleste Lui avait donné. A l'âge de douze ans, la première fois qu'il parla d'après les Écritures, Il déclara qu'il devait être aux affaires de Son Père. A présent, l'œuvre que Son Père Lui avait donné à faire était achevée. Le Père avait envoyé Son Fils sous la forme d'une chair de péché, et Il avait été conçu par l'Esprit Éternel dans le sein de Marie. Tout ceci était arrivé afin qu'il puisse souffrir sur la Croix. Ainsi toute la Sainte Trinité était engagée dans l'œuvre de réparation. Ce qui était achevé, c'était la Rédemp­tion, ainsi que Pierre lui-même le dirait après qu'il aurait reçu le Saint-Esprit et compris le sens de la Croix.

« Quelle est la rançon qui vous a affranchis des vaines observances héritées de vos pères? Sachez bien qu'elle n'a été payée par rien de corruptible, argent ou or; elle a été payée par le précieux Sang du Christ; aucun agneau n'a jamais été une Victime aussi pure, aussi immaculée.» (I Pierre 1, 18-19.)

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 10:57

Les exorcismes suisses avaient très bien résumé l'ambiguïté de Mgr Lefebvre :

Presque personne n'écoute plus la Vérité

(...) Un antipape siège sur le Trône à Rome et l'on pense que c'est le vrai Pape...! Alors, il y a des milliers d'éclatements de l’Église, des milliers de sectes et de charismatiques, des "catholiques" qui sont en fait des protestants, des luthériens ; et puis des catholiques de Tradition selon Mgr Lefebvre, et puis ceux qui se sont séparés de lui parce qu'ils voulaient garder la fidélité au Pape, à l'antipape dois-je dire, et encore ceux qui désiraient certes aller un peu selon la Tradition, mais qui font un mélange avec les cris et vociférations romaines, les fausses vociférations romaines ; et ceux qui vont certes selon la Tradition, comme les vrais et authentiques prêtres d'Ecône, mais qui sont commandés d'en haut, par leurs supérieurs et par certains qui ne sont pas de bonne inspiration. Mgr Lefebvre a certes sa voie et son grade, mais quand les prêtres d'Ecône reçoivent des ordres de supérieurs mal inspirés, ce n'est pas bon, et ce n'est pas selon le Saint-Esprit.

S.V.P. écoutez ce que Mgr Lefebvre avait dit pour justifier les ordinations en 1988, il avait un mandat de PAUL VI

https://gloria.tv/media/TAXHCoHxRBM

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 09:33

LA CINQUIÈME PAROLE…

Nous arrivons à une des sept Paroles prononcées par le Christ du haut de la Croix qui semble indiquer que Nôtre-Seigneur Se parlait à Lui-même, tandis que, dans les paroles précédentes, Il S'adressait à d'autres. Cependant le fait n'est pas tellement simple. Il est certain que tout ce que Jésus avait supporté de souffrances devait avoir provoqué une soif intense : perte de sang par les blessures, position anormale du corps tirant fortement sur les mains et les pieds, tension extrême des muscles, plaies ouvertes exposées à l'air, dou­leurs de la tête causées par les épines de la couronne, gonfle­ment des vaisseaux sanguins et inflammations croissantes. Il n'est pas surprenant qu'il ait eu soif; ce qui est surpre­nant, c'est qu'il l'ait dit. Lui qui avait lancé les astres à travers l'espace et fixé un point d'arrêt aux eaux de la mer, Lui qui avait fait jaillir l'eau du rocher frappé par Moïse et avait dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l'eau que Je lui donnerai n'aura plus jamais soif », voici qu'il laissait tomber de Ses lèvres la plus courte des paroles prononcées sur la Croix : « J'ai soif.» (Jean 19, 28.)

Au moment où on Le crucifiait, Il avait refusé de boire le breuvage qu'on Lui offrait, et maintenant Il demandait avidement à boire. Mais il y avait une différence considérable entre les deux breuvages. Le premier, composé avec de la myrrhe, était un stupéfiant capable d'endormir la douleur : Jésus le refusa afin que Sa sensibilité n'en soit pas émoussée. Le second breuvage, qu'on allait Lui donner, était du vinaigre ou du mauvais vin sûr destiné aux soldats. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats ayant fixé une éponge imbibée de vinaigre au bout d'une tige d'hysope, l'approchèrent de Sa bouche. Jésus but le vinaigre. (Jean 19, 29.)

Celui qui avait changé l'eau en vin à Cana aurait pu user des mêmes ressources infinies pour apaiser Sa propre soif, s'il n'avait pas pris pour règle de ne jamais faire de miracle à Son avantage. Mais pourquoi demanda-t-il à boire? Ce n'était pas uniquement par besoin, quelque grand qu'ait pu être celui-ci. La vraie raison de cette demande, c'était l'accom­plissement des prophéties : Jésus, sachant que tout était consommé, pour que l'Écri­ture s'accomplisse, dit : « J'ai soif. » (Jean 19 28.)

Tout ce que l'Ancien Testament avait prédit du Messie devait être accompli jusqu'au moindre iota. Deux Psaumes avaient annoncé cette soif pendant la Passion : « Mon palais est sec comme un tesson, et Ma langue est collée à la mâchoire... » (Psaume 21, 16.)

« J'ai cherché de la compassion et il n'y en avait pas, des consolations, et Je n'en ai pas trouvé. Pour nourriture on M'a donné du fiel, et lorsque J'ai eu soif on M'a abreuvé avec du vinaigre. » (Psaume 68, 21-22.)

Ainsi, bien qu'ils aient agi par moquerie en donnant du vinaigre à Jésus, comme cela est explicitement indiqué, les soldats ont tout de même accompli les prophéties des Écri­tures. Le vinaigre fut présenté au Christ sur une touffe d'hysope, plante qui atteint environ cinquante centimètres de haut. C'était de l'hysope aussi qui était trempée dans le sang de l'Agneau pascal; c'était de l'hysope que l'on avait utilisée pour asperger les linteaux et les montants des portes des Hébreux, en Égypte, afin d'écarter l'ange exterminateur; c'était encore de l'hysope que l'on trempait dans le sang d'un oiseau pour purifier les lépreux; enfin, c'est David lui-même qui a dit, après son péché, qu'il devait être aspergé avec l'hysope et rendu pur.

Ce qui tient la dernière place dans la vie des hommes la mort, tenait intentionnellement la première dans celle du Christ, car c'est pour souffrir et mourir qu'il était venu. Mais Il ne renoncerait pas à Sa vie tant qu'il n'aurait pas accompli les Écritures jusque dans le détail, afin que les hommes puissent savoir que c'était Lui, le Christ, le Fils de Dieu, qui mourait sur la Croix. On trouve dans les Écritures l'idée que le Messie promis ne devrait pas subir la mort comme une fatalité, mais l'assumer comme un acte voulu. Ce n'est pas l'épuisement qui devait Le faire mourir, pas plus qu'il n'était cause de Sa soif. Mais, parce qu'il était le Souverain Prêtre et Médiateur, c'étaient les prophéties mes­sianiques qui faisaient jaillir le cri de la soif. En effet, les rabbis juifs Lui avaient déjà appliqué cette prophétie; la Midrash exposait ceci : Viens et imbibe ta morsure avec du vinaigre, ceci est dit du Messie, de Sa Passion et de Ses tourments, tels qu'ils sont écrits dans le prophète Isaïe : « Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos iniquités. »

Puisque les soldats, pour se moquer, ont donné du vinaigre à Nôtre-Seigneur au bout d'une tige d'hysope, il est fort probable qu'ils ont voulu ridiculiser quelqu'un des rites sacrés des Juifs. Le sang de l'agneau était aspergé avec l'hysope; en ce moment la purification par un symbole s'accomplissait, car l'hysope touchait le Sang du Christ. Saint Paul, s'arrê­tant sur cette idée, a écrit : « C'est avec Son propre Sang, et non avec celui des boucs et des jeunes taureaux, qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, la rédemption qu'il nous a acquise étant éternelle. Le sang des taureaux et des boucs et la cendre des génisses, dont on asperge ceux qui sont souillés, peuvent les sanctifier par une purification extérieure; est-ce que le Sang du Christ, qui S'est offert Lui-même par l'Esprit-Saint, comme une Victime sans tache aux yeux de Dieu, ne pourrait pas purifier nos consciences des œuvres de mort, pour que nous puissions servir le Dieu vivant? » (Hébreux 9, 12-14.)

Ceux qui se tenaient auprès de la Croix, et qui connais­saient bien les prophéties de l'Ancien Testament trouvaient là une nouvelle preuve que Jésus était le Messie souffrant. Sa quatrième parole, qui avait traduit les souffrances de Son Ame, et la cinquième qui exprimait les tortures de Son Corps, étaient prédites toutes les deux. La soif symbolisait le carac­tère d'insatisfaction du péché ; les plaisirs de la chair, achetés au prix des joies de l'esprit, font le même effet que de boire de l'eau salée. Dans la parabole, l'homme riche qui est en enfer souffre de la soif, et il supplie Abraham de demander à Lazare d'humecter sa langue avec une simple goutte d'eau. La réparation complète du péché demandait que le Rédemp­teur éprouve maintenant la soif même des damnés, avant leur damnation. Mais c'était aussi une soif pour les justes, une aspiration vers leurs âmes. Il y a des gens qui ont la passion de l'argent, d'autres de la gloire; la passion du Christ était pour les âmes. « Donne-moi à boire » signifiait : « Donne-moi ton cœur. » La tragédie de l'amour de Dieu pour l'humanité c'est que, pour apaiser Sa soif, les hommes Lui donnent du vinaigre et du fiel.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 09:13

LA QUATRIÈME PAROLE

Depuis midi jusqu'à trois heures, une obscurité extraordi­naire s'étendit sur toute la région, car la nature, par sym­pathie pour son Créateur, refusa d'éclairer de sa lumière le crime de déicide. Le genre humain, ayant condamné la Lu­mière du monde, perdait momentanément le symbole cos­mique de cette lumière qu'est le soleil. A Bethléem, où Jésus était né au milieu de la nuit, les cieux avaient brillé soudain d'une grande lumière. Au Calvaire, alors qu'il entrait dans l'ignominie de Son Crucifiement en plein jour, les cieux étaient privés de lumière. Le prophète Amos avait dit, quelques siècles plus tôt : « Jour de jugement, dit le Seigneur Dieu : où le soleil se couchera en plein midi, et la terre se couvrira de ténèbres en plein jour. » (Amos, 8, 9.)

Nôtre-Seigneur entrait dans la seconde phase de Ses souf­frances. Le fait d'être cloué sur la Croix provoquait les dou­leurs particulières à ce genre de supplice. Son Sang se coagu­lait là où il ne pouvait plus couler librement; la fièvre consumait le corps ; les épines, malédiction de la terre, étaient maintenant couvertes du sang versé pour la malédiction du péché. Un calme inaccoutumé, assez normal dans l'obscurité, devenait effrayant dans l'anormale obscurité d'un plein midi. Lorsque Judas était venu avec sa bande pour arrêter Jésus dans le jardin, Nôtre-Seigneur lui avait dit que c'était main­tenant son heure et « le pouvoir des ténèbres ». Cependant, ces ténèbres ne signifiaient pas seulement que les hommes chassaient la Lumière qui éclairait tout homme venant en ce monde, mais aussi que le Christ Se refusait à Lui-même, pour le moment, la lumière et la consolation de Sa Divinité. La souffrance venant du corps atteignait maintenant l'esprit et l'âme, tandis qu'il poussait un grand cri : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi M'as-tu abandonné? » (Matthieu 27, 46.)

A ce moment de Son Crucifiement, Nôtre-Seigneur redisait le Psaume qui s'appliquait à Lui, bien qu'il ait été écrit des siècles plus tôt: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?...

Et Moi, ver et non pas homme, honte du genre humain, rebut du peuple, tous ceux qui Me voient Me bafouent, ils ricanent et hochent la tête : « Il s'est remis au Seigneur, qu'il Le libère ! Qu'il Le délivre, puisqu'il est Son ami. » ... Des taureaux nombreux Me cernent, de fortes bêtes de Basan M'encerclent; contre Moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant. Ces gens Me toisent, Me surveillent. Je suis comme l'eau qui s'écoule, et tous Mes os se disloquent; Mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de Mes entrailles; Mon palais est sec comme un tesson, et Ma langue est collée à la mâchoire. Des chiens nombreux Me cernent, une bande de vauriens M'assaille; ils Me percent les mains et les pieds, et Me couchent dans la poussière de la mort. Je peux compter tous Mes os; ces gens Me toisent, Me surveillent. (Psaume 21, 1, 3, 5-8.)

Le trait remarquable des souffrances de Nôtre-Seigneur, révélé par ce Psaume, c'est Sa désolation et Son abandon. Le divin Fils appelle Son Père « Mon Dieu » en contraste avec la prière qui avait appris aux hommes à dire : « Notre Père qui êtes aux cieux ». Ce n'était point parce que Sa nature humaine était séparée de Sa nature divine, car cela était im­possible. C'était plutôt quelque chose comme ce qui se produit souvent en montagne, où le soleil et sa chaleur sont cachés à la base par des nuages, tandis que le sommet est baigné par une radieuse lumière ; ainsi, en prenant sur Lui les péchés du monde, le Christ avait-Il voulu une sorte de retrait de la face de Son Père et de toute consolation divine. Le péché a des effets d'ordre physique, et Jésus les subissait dans Ses mains et Ses pieds transpercés; le péché a également des consé­quences d'ordre moral, et Il les avait exprimés dans Son Agonie au jardin de Gethsémani; enfin, le péché a des effets d'ordre spirituel comme le sentiment de l'abandon, de la sépa­ration de Dieu, de l'isolement. En ce moment même, ce que Jésus voulait éprouver personnellement, c'était cet effet prin­cipal du péché qu'est le sentiment de l'abandon.

L'homme rejetait Dieu, Jésus voulait à présent éprouver ce rejet. L'homme se séparait de Dieu, alors Celui qui était Dieu uni personnellement avec la nature humaine, voulait éprouver en Sa nature humaine ce terrible arrachement de la séparation, comme s'il était Lui-même coupable. La terre L'avait déjà abandonné en L'élevant au-dessus d'elle sur la Croix. Le ciel L'avait déjà abandonné en se voilant de ténèbres. Et cependant, suspendu comme Il l'était entre les deux, le Christ les unissait l'un à l'autre. Dans ce cri de Jésus se rassemblaient tous les sentiments du cœur humain qui traduisent la nostalgie de Dieu : le délaissement de l'athée, du sceptique, du pessimiste, des pécheurs qui se haïssent eux-mêmes tout en haïssant la vertu, et de tous ceux qui ne savent pas s'élever au-dessus de la chair, car c'est déjà l'enfer que de vivre sans amour. C'était bien le moment de pousser ce cri de détresse alors que, suspendu par les clous, le Sauveur Se tenait au bord de l'enfer à la place de tous les pécheurs. Comme Il entrait dans l'ultime châtiment du péché, qui est la séparation de Dieu, il convenait que Ses yeux s'emplissent d'ombre et que Son âme éprouve le délais­sement.

Dans chacune des autres paroles, Jésus avait agi en Média­teur-Dieu : la première avait été un plaidoyer en faveur des pécheurs en général; la seconde anticipait sur Son rôle final de la fin du monde, lorsqu'il séparerait les bons d'avec les mauvais; la troisième était du Médiateur assignant une maternité spirituelle à l'humanité rachetée. A présent, la quatrième parole était une médiation pour l'humanité péche­resse. Pour le moment, Dieu et Son Fils se trouvaient l'Un contre l'Autre. L'Ancien Testament avait prophétisé que Celui qui pendait à un arbre était maudit; l'obscurité expri­mait cette brûlante malédiction que le Christ écarterait en la supportant, pour en triompher dans Sa glorieuse Résurrec­tion. Un des plus grands dons que Dieu ait faits à l'homme est la lumière, dont Il a dit Lui-même qu'elle doit luire sur les justes et sur les méchants; mais, en qualité de médiateur et d'intercesseur pour le vide et l'obscurité des cœurs pécheurs, le Sauveur Se refusait à Lui-même ce premier don de la lumière.

L'histoire des rapports de Dieu avec l'homme a commencé, dans l'Ancien Testament, lorsque la lumière fut créée, et l'histoire finira, au Jugement dernier, lorsque le soleil et la lune s'obscurciront, lorsque les étoiles cesseront de briller, lorsque les cieux se couvriront du manteau de l'éternelle nuit. En ce midi exceptionnel le Fils de Dieu Se tenait entre la lumière créée et la nuit absolue à laquelle le mal sera condamné. Il ressentait en Lui les tensions de l'histoire : la Lumière est venue dans les ténèbres, et les ténèbres ne L'ont pas comprise. Au moment de la mort, il y a des personnes qui voient le résumé de toute leur vie ; ainsi le Christ voyait-Il, récapitulée en Lui-même, toute l'histoire, tandis que les ténèbres du péché avaient leur instant de triomphe. Le bouc émissaire, sur lequel les prêtres de l'Ancienne Loi imposaient les mains, avant de le chasser dans le désert, était reproduit en Celui qui était descendu aux portes mêmes de l'enfer. Le mal coupe tout fil qui relie l'homme à Dieu, pose des bar­rières en travers de toutes les avenues qui conduisent à Lui, et ferme tous les aqueducs qui pourraient apporter à l'homme un soutien dans sa marche vers Dieu. Le Christ, à présent, ressentait le même déchirement que s'il avait Lui-même délié le lien qui unissait la vie humaine à la Vie divine. L'agonie physique du Crucifiement n'était rien à côté de cette agonie morale qu'il avait prise sur Lui. C'est le péché qui introduit les ténèbres dans les âmes.

Le cri poussé par le Christ était le cri de la détresse qu'il éprouvait à Se trouver à la place d'un pécheur, mais ce n'était pas un cri de désespoir. L'âme qui désespère ne crie jamais vers Dieu. Les souffrances les plus aiguës de la faim ne sont pas celles d'un mourant qui est déjà complètement épuisé, mais celles de l'homme qui lutte pour sauver sa vie avec toute la force qu'il a encore, ainsi la détresse était-elle ressentie avec une acuité unique, non par un athée ou un impie, mais par le plus saint de tous les hommes, le Seigneur en Croix. La plus grande agonie morale du monde et la cause de bien des désordres psychiques, c'est que les esprits, les âmes et les cœurs sont privés de Dieu. Un tel vide ne trou­verait jamais de consolation, si le Sauveur n'avait pas éprouvé tout cela comme sien. A partir de ce moment, aucun athée ne pourra jamais dire, dans son délaissement, qu'il ne sait pas ce que c'est que d'être sans Dieu! Le Christ ressentit comme sien ce vide de l'humanité causé par le péché. S'il le proclama à haute voix, ce n'était point pour traduire le désespoir, mais au contraire pour affirmer l'espérance que le soleil reparaîtrait et dissiperait les ténèbres.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 15:44

LA TROISIÈME PAROLE

Le troisième message de Nôtre-Seigneur en Croix contient exactement le même mot qu'il avait employé pour s'adresser à Sa mère, au repas des noces de Cana. Lorsque Marie, pour tirer l'hôte d'embarras, avait fait la simple remarque qu'il n'y avait plus de vin, Jésus lui avait répondu : « Femme, qu'importé, Mon Heure n'est pas encore venue. » Nôtre-Seigneur employait toujours le mot « Heure » lorsqu'il était question de Sa Passion et de Sa mort.

Parlant à notre manière, Nôtre-Seigneur eût dit à Sa bien­heureuse Mère, à Cana : « Ma chère mère, vous rendez-vous compte que vous Me demandez de manifester Ma Divinité — d'apparaître devant le monde comme le Fils de Dieu, et de prouver Ma Divinité par Mes paroles et Mes miracles? A partir du moment où je ferai cela, Je M'engagerai dans la voie royale de la Croix. Lorsque Je ne serai plus connu parmi les hommes comme le fils du charpentier, mais comme le Fils de Dieu, j'aurai fait mon premier pas vers le Cal­vaire. Mon Heure n'est pas encore venue, mais voudriez-vous que Je l'anticipe? Est-ce votre volonté que J'aille vers la Croix? Si Je le fais, la parenté que vous avez avec Moi va changer. En ce moment, vous êtes Ma Mère ; vous êtes connue partout, dans notre village, comme la mère de Jésus. Mais si J'apparais maintenant comme le Sauveur des hommes, si J'entreprends l'œuvre de la Rédemption, votre rôle va chan­ger. A partir du moment où Je commencerai le salut de l'humanité, vous ne serez plus seulement Ma mère, vous serez aussi la mère de chacun de ceux que Je sauverai. Je suis la Tête de l'humanité ; dès que J'aurai sauvé le corps de cette humanité, vous qui êtes la mère de la Tête, vous deviendrez aussi la mère de Mon Corps Mystique, qui est l'Église. Vous serez alors la mère universelle, la nouvelle Eve, comme Je suis le nouvel Adam.

« Pour indiquer le rôle que vous jouerez dans la Rédemption, Je vous attribue ce titre de maternité universelle ; Je vous appelle : Femme. C'est à vous que Je faisais allusion quand J'ai dit à Satan que Je mettrais une inimitié entre lui et la femme, entre sa race et votre descendance, que Je suis. C'est avec ce grand titre de femme que Je proclame maintenant votre dignité. Et Je la proclamerai encore, cette dignité, lorsque Mon Heure viendra et lorsque J'aurai les bras étendus sur la Croix, comme un aigle blessé. Nous sommes solidaires dans cette œuvre de la Rédemption. Ce qui est à vous est à moi. A partir de cette Heure, nous ne sommes plus exactement Marie et Jésus, nous sommes le nouvel Adam et la nouvelle Eve, renouvelant l'humanité, changeant l'eau du péché en vin de vie. Maintenant que vous savez tout cela, Ma chère mère, est-ce votre volonté que J'anticipe la Croix et que Je marche vers le Calvaire ? »

Nôtre-Seigneur ne présentait pas seulement à Marie le choix entre solliciter ou non un miracle, Il demandait plutôt si elle voulait L'envoyer à Sa mort. Il avait bien mis en évidence que le monde ne tolérerait pas Sa Divinité et que, s'il changeait l'eau en vin, un jour viendrait où le vin serait changé en sang.

Trois ans avaient passé depuis le miracle de Cana. Du haut de Sa Croix, Nôtre-Seigneur regardait maintenant les deux créatures qu'il aimait le plus sur la terre, Sa très sainte Mère et Jean. Il reprit les mêmes mots qu'à Cana et donna à notre Mère le titre qu'il lui avait donné au repas de noces. Il l'appela : « Femme ». C'était comme une seconde Annon­ciation. Tournant Sa tête couronnée d'épines et Ses yeux souillés de poussière et de sang, Il regarda longuement vers Marie qui avait consenti à L'envoyer à la Croix, et qui se tenait là, tout près, en coopératrice de la Rédemption, puis Il dit : «Femme, voici ton fils. » Jésus dit à Son disciple bien-aimé : « Voici ta mère. » Il ne l'appela pas Jean, car c'eût été le désigner seulement comme le fils de Zébédée, alors que, dans l'anonymie, il représentait tous les hommes. Là se trouve la réponse, après bien des années, au mot mystérieux de l'Évangile de l'Incarnation qui indiquait que notre sainte Mère avait déposé son « premier-né» dans une crèche. Cela voulait-il dire que Notre-Dame devait avoir d'autres enfants? Oui, certainement, mais pas selon la chair. Notre divin Sauveur et Seigneur Jésus-Christ était le Fils unique de notre sainte Mère, selon la chair. Mais Notre-Dame devait avoir d'autres enfants, selon l'esprit.

Il y eut deux grandes périodes dans les rapports de Jésus et de Marie, l'une s'étendant de la Crèche à Cana, et l'autre de Cana à la Croix. Pendant la première période, Marie était la mère de Jésus; pendant la seconde, elle commença d'être la mère de tous ceux que Jésus rachetait en d'autres termes, elle devint la mère des hommes. De Bethléem à Cana, Marie avait Jésus comme une mère a son fils; elle L'appela même familièrement « Fils », à l'âge de douze ans, comme si c'était sa manière habituelle de s'adresser à Lui. Pendant ces trente années Il demeura auprès d'elle, dans ses bras lors de la fuite en Égypte, puis soumis à son autorité pendant la vie à Nazareth. Il était à elle et elle était à Lui, et même, au moment où ils s'en furent aux noces de Cana, c'est le nom de la mère qui est mentionné le premier : « Marie, la mère de Jésus, s'y trouvait. »

Mais, à partir de Cana, il y eut un détachement croissant que Marie s'appliqua à pratiquer elle-même. Un an après Cana, comme une pieuse mère, elle suivit Jésus dans Sa pré­dication. Un jour on annonça à Nôtre-Seigneur que Sa mère Le cherchait. Jésus, comme s'il s'en désintéressait, Se tourna vers la foule et lui demanda : « Qui est Ma mère? » (Matthieu 12, 48.)

Puis révélant le grand mystère chrétien, qui veut que la parenté ne relève pas de la chair et du sang, mais de l'union par la grâce avec la Nature divine, Il ajouta : « Quiconque fait la volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère, et Ma sœur, et Ma mère. » (Matthieu 12, 50.)

Le mystère s'acheva au Calvaire. Là, au moment où elle perdait son divin Fils, Marie devint notre mère. Ce qui sem­blait être une perte d'affection, en était, en réalité, l'appro­fondissement. Aucun amour ne s'élève à un plan supérieur sans perdre ce qui était au plan inférieur. Marie perdit l'amour de Jésus à Cana, mais elle Le retrouva au Calvaire, avec le Corps Mystique racheté par Lui. Pour le moment, c'était un pauvre échange que de donner Son divin Fils pour gagner l'humanité, mais en réalité, elle ne gagnait pas l'humanité sans Jésus. En ce jour où elle vint à Son sermon, Il commença à étendre sa maternité divine à une nouvelle maternité, celle de tous les hommes; au Calvaire, II lui fit aimer les hommes comme Il les aimait.

Il s'agissait d'un amour nouveau, ou peut-être du même amour, mais étendu au plan plus vaste de l'humanité. Cepen­dant cela n'allait pas sans quelque tristesse. Cela coûtait à Marie d'avoir les hommes pour fils. Elle avait pu donner naissance à Jésus avec joie, même dans une étable, mais elle ne pouvait donner naissance aux chrétiens que sur le Cal­vaire, et au milieu de douleurs assez intenses pour faire d'elle la Reine des Martyrs. Le Fiat, qu'elle avait prononcée lors­qu'elle était devenue la Mère de Dieu, se changeait en un autre Fiat, comme en une immense extension de ce qu'elle avait déjà donné au monde. C'était en outre un Fiat qui élargissait ses affections au point d'élargir aussi ses peines. L'amertume de la malédiction portée contre Ève, que la femme engendrerait dans la douleur, atteignait maintenant son comble, et ce n'était pas par l'ouverture des entrailles, mais par le transpercement d'un cœur, comme l'avait annoncé le vieillard Siméon. C'était le plus grand de tous les honneurs, que d'être mère du Christ, mais c'était aussi un grand hon­neur d'être la mère des Chrétiens. Il n'y avait pas eu de place dans l'hôtellerie pour sa première maternité, mais Marie avait le monde entier pour la seconde. N'oublions pas qu'en S'adressant au disciple bien-aimé, Nôtre-Seigneur ne l'appela pas Jean, car Il aurait semblé ne s'adresser qu'au fils de Zébédée. Or, en lui, c'était toute l'humanité qui était confiée à Marie; elle devenait la mère des hommes, non point par métaphore, ni par figure de rhétorique, mais par les dou­leurs de l'enfantement. Ce n'était pas non plus en raison d'une sollicitude purement sentimentale que Nôtre-Seigneur remettait Jean à Sa propre mère, puisque la mère de Jean était présente au pied de la Croix. Au point de vue humain, Jean n'avait plus besoin qu'on lui donne une mère. Les paroles de Jésus avaient une portée spirituelle, et elles se vérifièrent le jour de la Pentecôte, lorsque le Corps Mystique du Christ devint effectif et visible. Marie, en sa qualité de mère de l'humanité rachetée et régénérée, était alors au mi­lieu des Apôtres.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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