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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 11:01

JE CROIS EN JÉSUS-CHRIST…                         

Nous voici au cœur même du Credo, à ce qui va lui donner sa plénitude de signification. C'est pourquoi je voudrais vous faire remarquer tout de suite la profondeur de cette double appella­tion, sur laquelle nous passons trop rapidement, en général : Jésus-Christ. Ce n'est pas simplement une manière quelconque de désigner Nôtre-Sei­gneur, ni même de le distinguer des autres Jésus mentionnés par l'Histoire, tel ce Josué (dont on a déformé le nom primitif) qui introduisit les Hébreux dans la Terre Promise.

En disant : Jésus-Christ, nous faisons plus que de nommer le Christ ou Jésus; nous disons de lui quelque chose. C'est un titre plutôt qu'un nom. Je vous disais que c'est le cœur même du Sym­bole, parce qu'en effet c'est toute la substance du message que les Apôtres eurent à transmettre en leur prédication, Ils se mirent à annoncer aux Juifs, leurs frères, que Jésus était le Christ. Et les Juifs savaient ce que cela voulait dire.

Nous ne le savons pas, nous, parce que nous connaissons mal l'Ancien Testament. Que disions-nous la dernière fois ? « Je crois en Dieu le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre. » Avez-vous jamais pensé que Dieu aurait très bien pu en rester là de sa révélation; ne pas en dire plus long et nous laisser aux seules forces de notre rai­son. Est-ce ce qu'il a fait ? Nous savons au con­traire qu'il s'est révélé à nous bien plus complè­tement et c'est ce qui nous oblige à remonter le cours de l'histoire du monde pour en prendre une vue .nouvelle, autrement large et compréhensive que nos simples vues humaines.

Or, dès que l'on entreprend ce survol de l'His­toire, un fait capital s'impose à l'esprit : l'exis­tence d'un peuple absolument unique au monde, le peuple juif. Unique, il l'est à tous égards. Quelle autre race voyons-nous qui, avec un point de départ aussi insignifiant, se soit ainsi répandue à travers le monde entier ? Quelle autre race a jamais conservé au cours des siècles, presque sans altération, ses caractéristiques essentielles ? Quelle autre a su résister, comme elle, à l'in­fluence des nations voisines, et a réussi, avec si peu de conquêtes, à prendre une place de pre­mier plan dans l'Histoire !

Les Juifs, il faut le reconnaître, sous quelque aspect qu'on les considère, ne ressemblent à aucun peuple, et l'un des traits principaux de leur caractère national, c'est d'être toujours tourné vers l'avenir; ils regardent ce que cet avenir va leur apporter de bon, au lieu de gémir inutilement sur le passé.

De nos jours, une telle attitude d'esprit est peut-être moins surprenante, parce que nous som­mes habitués à nous tourner vers l'idole du Progrès qui nous donne l'illusion, d'un monde en perpétuelle amélioration. Mais cette concep­tion est tout à fait moderne; elle ne date guère que du XVIIIe siècle. Jusque-là, la tendance générale était plutôt de regretter le passé, comme si rien de meilleur n'était à espérer de l'avenir, Nous la trouvons déjà au temps d'Homère, où le monde cependant était encore relativement jeune. Toute la littérature classique est pleine d'allusions à un âge d'or, l'âge de Saturne, où les hommes ne connaissaient que l’honneur et où la guerre n'existait pas. Rien de semblable dans la littéra­ture hébraïque, telle que nous la connaissons par l'Ancien Testament. Les Juifs savaient parfaite­ment que l'homme avait perdu le Paradis ter­restre, c'était écrit en toutes lettres au troisième chapitre de la Genèse; mais ils ne s'attardaient pas à se lamenter sans fin sur l'événement, et c'est justement ce qu'il y a de plus typique dans leur cas. « Voici que des jours viennent. » « Des jours vont venir, dit le Seigneur... » C'est un refrain courant dans la littérature juive.

Parcourons rapidement l'histoire de ce peuple extraordinaire. Elle commence avec les patriar­ches : Abraham, Isaac, Jacob; autant de noms qui nous sont familiers. Nous imaginons fort bien ces personnages : Abraham, vieillard respectable, drapé dans sa dignité, mais probablement bien différent du type que nous lui prêtons. Ce devait être un rude chef du désert, qui avait installé ses troupeaux dans les plaines de Chanaan et les fai­sait paître, avec quelque trois cents hommes de son clan en sous-ordres. En apparence, un chef pareil à ceux de son temps et de son milieu. Mais si nous avions abordé Abraham, je gage que quelque chose nous aurait frappés en lui : cet homme vivait dans le futur. Sans doute nous aurait-il fait part de la promesse, reçue de Dieu, que sa race hériterait de toute la terre de Chanaan; mieux encore : il détenait cette autre promesse que de sa postérité naîtrait Celui en qui devaient être bénies toutes les nations de la terre.

Et le rêve s'était transmis d'Abraham à son fils Isaac et de celui-ci à Jacob. Sur la fin de sa vie, Jacob émigra en Égypte avec toute sa famille et y prospéra, parce qu'un lot considérable de bonnes terres lui avait été concédé; ce qui ne l'empêcha pas, en mourant, de faire jurer à ses fils que ses ossements seraient tôt ou tard rapportés en Chanaan. Pour lui, cette bande desséchée de la côte du Levant était une Terre Sainte, et il ne vou­lait pas reposer ailleurs.

Cependant, les descendants de Jacob étaient devenus impopulaires en Égypte et ils y furent bientôt réduits en esclavage. On les employait de force à des travaux pénibles, peut-être à bâtir les pyramides, Il fallut que le héros national, Moïse, les délivrât de cette servitude, en les conduisant à travers le désert d'Arabie. Ils devaient y errer pendant quarante ans, avant de s'établir pour de bon sur cette même terre de Chanaan, définitive­ment conquise, où leurs aïeux avaient fait figure de simples propriétaires de bétail. Mais sur le point de mourir, Moïse avait fait une singulière prédiction : n'avait-il pas annoncé que Dieu sus­citerait un prophète semblable à lui, et qu'à ce prophète-là le peuple ferait bien d'être attentif.

A partir de ce jour, les Juifs n'avaient cessé d'attendre le prophète qui serait un second Moïse. Tous ceux qui s'élevèrent dans la suite  et il y en eut de fameux : Elie et Élisée, pour ne citer que les plus célèbres ne leur firent jamais prendre le change. Jamais ils ne virent en eux le Prophète attendu, celui qui devait sauver Israël et le délivrer de ses ennemis comme l'avait fait Moïse.

Le temps passa. Et les Juifs se mirent en tête d'avoir un roi. Le premier en tête de liste  Saül ne fut pas un grand succès. Le second  David devait au contraire faire figure de héros natio­nal; mais, chose curieuse, tout ce qui fut écrit de lui ou par lui le fait apparaître surtout comme l'ancêtre et l'image d'un autre roi, qui serait beau­coup plus grand que lui et régnerait d'une extré­mité de la terre à l'autre.

A cette époque, on ne couronnait pas un roi sans l'oindre d'huile sainte. C'est pourquoi le grand Roi qui devait venir, le « Messie », fut appelé d'avance ce l'oint », Plus tard, lorsque les Juifs eurent appris le grec, ils traduisirent tout naturellement et littéralement « Oint » en « Christus », terme qui a la même signification. Dès lors ils n'attendirent plus seulement le prophète qui les délivrerait, mais le roi qui régirait le monde entier, un roi qui descendrait de la famille de David et que d'ores et déjà l'on désignait comme «le Christ ».

Le roi David a dû être à peu près contemporain d'Homère. Il vivait mille ans environ avant notre ère. Ces mille ans furent une rude époque pour les Juifs. Ils furent sans cesse envahis par les armées puissantes d'Assyrie ou de Babylone et finalement à peu près tous emmenés en captivité. Ce lamentable exil la captivité de Babylone dura environ cinq cents ans. Mais lorsqu'il leur fut permis de revenir dans leur patrie, les Juifs n'étaient plus qu'une nation insignifiante, en comparaison des années glorieuses qu'ils avaient connues jadis.

C'est surtout au cours de cette période d'épreu­ves que les prophètes avaient été nombreux. Et dites-vous bien que ces prophètes ne passaient pas leur temps assis à répéter : « Quel dommage ! Ce beau temps est fini ! Comme tout était bien aux jours de David et de Salomon ! » Au contraire, ils regardaient, eux aussi, vers l'avenir, ils disaient : « Comme ce sera beau, lorsque le Christ viendra nous délivrer ! »

Et de ces fugitives lueurs projetées sur l'hori­zon, car tout n'était pas clair, vous pouvez le croire, dans ce qu'annonçaient les prophètes, les Juifs apprenaient une foule de choses qu'ils n'avaient jamais réalisées jusque-là. Ils commençaient à comprendre que, s'ils étaient si sou­vent vaincus par leurs ennemis, c'était en punition de leur propre méchanceté : ils n'observaient pas la loi de Dieu, ils opprimaient les pauvres, ils adoraient des faux dieux, etc... Peu à peu ils en vinrent à comprendre aussi que le Christ devait les délivrer, non de leurs ennemis, mais de leurs péchés; que le règne de ce Christ serait un règne de justice et de paix, et pas du tout un temps de grandes vacances qu'ils passeraient à se diver­tir en se vengeant des nations qu'ils avaient opprimée».

Et puis, il y avait cette étrange histoire, parti­culièrement difficile à saisir, du Roi futur, du Christ qui devait souffrir, et réparer pour les péchés de son peuple. En même temps, il devenait de plus en plus clair que ce Roi, ce Christ, ne serait pas un homme comme les autres. Il viendrait du ciel, en quelque sorte, pour juger le monde. Il ressemblerait, au dire des prophètes, à un fils de l'homme, ce qui devait signifier, préci­sément, qu'il ne serait pas tout à fait comme n'im­porte quel fils de l'homme.

En somme, à cette époque, l'espérance d'Israël, passablement confuse encore, n'avait jamais été plus ferme. Si bien que, lorsqu’arriva le temps où devait s'accomplir la promesse, on pouvait voir de ces Juifs pieux dont l'Écriture dit «qu'ils atten­daient la consolation d'Israël ». (Lc, II, 38.) Ils attendaient le Christ qui allait venir, sachant que l'heure prédite pour son avènement par le pro­phète Daniel avait sonné.

Vous savez tous ce que c'est que d'avoir égaré la clé d'un tiroir et d'essayer avec celles que l'on peut avoir sous la main. Tout le trousseau y passe, jusqu'à ce que, chance inespérée, une clé tourne enfin dans la serrure... On la dirait faite exprès ! Et le tiroir s'ouvre sans difficulté.

Eh bien ! C'est ce qui s'est passé dans l'his­toire du peuple juif. Enfin une clé allait tout ouvrir, tout révéler. Un événement était survenu, qui allait exactement coïncider avec ce que l'on attendait. A Bethléem, un petit enfant était né d'une pauvre femme et on l'avait appelé Jésus. Cette mère si pauvre était de la race de David. Et on le savait si bien que, plus tard, les aveugles et les boiteux criaient : « Fils de David, ayez pitié de nous ! » (Mc, x, 47.) Ce n'est pas lui, Jésus, qui se donnait le nom de Fils de David. Lui-même se nommait le Fils de l'Homme (Mc, xvi, 27). Sans doute pour rappeler au peuple celui qui était attendu comme Juge d'Israël. Il parlait aussi de lui comme d'un prophète plus grand que Moïse, lorsqu'il disait aux fouies : « Moïse vous a dit ceci... Moi, je vous dis cela... » Et quand il questionnait ses disciples sur ce qu'ils pensaient de lui, n'est-ce pas le plus intime de ses familiers qui répondait : « Vous êtes le Christ  » Il ne permettait pas alors qu'on lui donnât ce nom couramment, mais plus tard, lors­que les princes des prêtres l'assigneront en juge­ment et lui demanderont : « Êtes-vous le Christ ? » il dira : « Je le suis, et nous nous retrouverons.

face à face quand je viendrai pour juger. » (Mc, XIV, 62.)

Le fils d'Abraham, le fils de David, celui qui s'est appelé le Fils de l'Homme, qui s'était dit plus grand que le prophète, qui s'est donné pour le fondateur d'un royaume, le Christ, ce Juge du monde, c'est Jésus de Nazareth. Et c'est parce que nous croyons à tous ses droits et à tous ses titres que nous disons : « Jésus est le Christ ! »

Le petit enfant de Bethléem, c'est le Christ, l’Oint du Seigneur, que les Juifs ont attendu pen­dant des siècles. On a trouvé la clé qui devait ouvrir la porte et noue révéler sur la vie surnatu­relle, sur le ciel, l'enfer et la rémission des péchés, tout ce qu'il nous importait de savoir.

Extrait de : LE CREDO  Mgr Ronald KNOX. (1959)

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 03:07

CRÉATEUR DU CIEL ET DE LA TERRE…    

En traitant du premier article : « Je crois en Dieu », nous ayons déjà dit incidemment que le monde avait été créé par Dieu et que son exis­tence ne pouvait s'expliquer autrement. Et voilà qu'en retournant la même proposition en sens inverse nous nous trouvons devant un abîme de difficultés, ce Dieu a créé le monde. » Mais pour­quoi ? Quel besoin en avait-il ? De toute éternité il vit dans le ciel, se suffisant pleinement à lui-même, sans que rien ne manque à son bonheur et à sa gloire. Comment, donc, a-t-il pu vouloir autre chose ? Était-ce pour distraire sa solitude ? Comme si Dieu pouvait souffrir d'être seul avec lui-même ! Le dogme de la Sainte Trinité démolit d'un coup de pareils raisonnements en nous appre­nant que, de toute éternité, l'Intelligence infinie produit une pensée qui lui est égale, qui est une même chose avec elle; et c'est cette pensée divine que nous appelons le Verbe, la seconde Personne de la Sainte Trinité. Dans le même temps, entre l'Intelligence infinie et la pensée infinie jaillit un Amour éternel, qui va de l'une à l'autre en un flux et un reflux incessant : une troisième Personne enrichit donc la vie de Dieu et cet Amour éternel est appelé l'Esprit Saint. Il n'est donc pas de soli­tude pour Dieu. En sa propre existence trinitaire, il trouve l'exercice le plus parfait d'une activité débordante et féconde.

Il n'y a pas, en somme, d'explication vraiment satisfaisante du fait de la création. Nous savons qu'elle a eu lieu, puisque nous sommes là, mais c'est à peu près tout. Les théologiens ont beau nous dire qu'il « est de la nature de la Bonté d'être diffusive de soi », de sorte que la création serait une sorte d'immense effusion de la bonté toujours active de Dieu. Nous n'en savons pas beaucoup plus long, finalement, sur le sens du mot: « créer ». Nous savons que ni vous, ni moi, nous ne faisons jamais rien, à proprement parler, sinon « arranger » ce qui existait déjà, « Faire » la moindre chose, au sens rigoureux du mot, est pratiquement impossible. Vous pensez avoir fait une cabane à lapins, parce que vous avez disposé ensemble quelques planches, après avoir probable­ment démoli autre chose, mais rien n'existe de plus que ce qui existait auparavant.

Quand Dieu a fait le ciel et la terre, ce fut bien autre chose ! Rien n'existait auparavant, et il a dû commencer par tout appeler à l'existence ! Peut-être la manière la moins déconcertante d'envisager la question serait-elle de penser à ce qui se passe, lorsque vous écrivez un poème ou un roman. C'est tout différent, n'est-il pas vrai, de composer un poème ou de faire une version anglaise. Vous sentez bien que, votre poème une fois écrit, noir sur blanc, quelque chose de nouveau s'est mis à exister : la littérature s'est enrichie, si peu que ce soit, de ce quelque chose. Eh bien ! Lorsque Dieu crée, ce qui n'avait existé jusque-là dans sa pensée devient réalité. Et la même comparaison nous aidera à comprendre un peu le pourquoi de la création.

Dites-moi, quand vous écriviez votre poème, est-ce bien réellement vous qui vouliez l'écrire, ou n'est-ce pas plutôt votre poème qui voulait être écrit ? Votre imagination en était si remplie qu'elle ne pouvait pas, en quelque sorte, ne pas l'écrire. Peut-être avez-vous eu ensuite un petit mouvement de vanité en le faisant admirer à vos amis et connaissances, mais le fait d'écrire n'était pas vanité; vous cédiez simplement au besoin de vous exprimer.

En Dieu, il ne saurait y avoir de besoins d'au­cune sorte, mais peut-être pouvons-nous, de très loin, comparer cette manifestation de la bonté de Dieu que fut la création à l'irrésistible motion du poète ou de l'écrivain qui se met à écrire.

« Créateur du Ciel et de la Terre. » Le ciel dont il est question serait-il seulement le firmament constellé d'étoiles ? Il ne semble pas. Le Sym­bole de Nicée -— celui de la Messe — appelle Dieu « Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles ». Nous pouvons penser qu'il s'agit ici de tout l'ordre surnaturel, qu'aucun télescope ne nous fera jamais apercevoir, Et re­marquez, en passant, jusqu'à quelles profondeurs nous a déjà entraînés notre première affirmation : « Je crois en Dieu ». Il faut qu'il y ait un Dieu pour expliquer notre propre existence et celle des êtres qui nous entourent. Mais, en même temps qu'il se révèle à nous, Dieu nous apprend que le monde, dont nous sommes les témoins, est loin d'être toute la création. Il n'en est même qu'une toute petite partie, presque insignifiante, au regard de l'ensemble. Avez-vous jamais vu un iceberg au milieu de l'océan Atlantique ? De loin on dirait une montagne de glace, flottant à la surface de l'eau, tandis qu'en réalité la plus grande partie de cette masse est sous l'eau, invisible à vos yeux. Ainsi en est-il de la création. Nous n'en voyons pour ainsi dire qu'un petit bout, celui qui émerge... quelques milliers d'étoiles au milieu desquelles notre planète est un point à peine per­ceptible. Mais, au-dessous de cet ensemble et comme support de tout le reste, existe un monde qui ne se voit pas, un monde surnaturel. La Révé­lation seule peut nous en dire quelque chose et c'est bien peu ! Dieu a pour ainsi dire soulevé un coin du, voile, afin de nous donner un aperçu des merveilles qu'il nous cache; comme l'on fait pour le petit enfant, quand l'arbre de Noël n'est pas tout à fait prêt : on entrouvre la porte, juste pour lui faire entrevoir ce qui l'attend. Nous savons qu'il y a des anges, purs esprits qui servent Dieu jour et nuit et veillent sut nous par surcroît. Nous savons aussi qu'il y a de mau­vais anges, ennemis de Dieu et des hommes, qu'il y a un ciel à mériter, un enfer à éviter, un pur­gatoire à franchir le plus rapidement possible. Dieu nous fait entrevoir tout cela, puis il laisse retomber le rideau, comme s'il nous disait : «Cela suffit pour le moment. Vous aurez tout le temps de voir cela un peu plus tard. »

J'ai dit que la Révélation nous apprenait ces choses de l'au-delà. Mais déjà .notre raison nous les faisait pressentir. Si Dieu, pensons-nous, a pu créer quoi que ce soit, faudrait-il donc que cette création soit uniquement matérielle ? Nous savons, d'ailleurs, qu'il a fait des êtres composés à la fois de matière et d'esprit. Pourquoi, dès lors, n'au­rait-il pu faire une troisième sorte d'êtres, pure­ment spirituels ? Or, nous savons qu'il les a faits, ce sont les anges.

Il n'en est pas moins vrai que le monde invisible reste pour nous assez effarant. Tant qu'il est seu­lement question de notre monde à nous, fait d'es­prit et de matière, nous nous sentons plutôt à l'aise. Le monde de la matière peut être aussi vaste qu'il voudra, dépasser toutes les mesures et toutes les dimensions, cela nous gêne peu après tout; nous avons conscience de lui être par notre âme tellement supérieure ! Mais quand nous appre­nons que des millions d'anges « se tiennent devant Dieu », nous commençons à nous sentir extrême­ment petits; et nous nous demandons comment Dieu pourrait encore avoir besoin de nos services, alors qu'un nombre incalculable de Chérubins et de Séraphins s'emploient constamment à lui ren­dre leurs hommages. La création n'est plus cette petite affaire tout intime entre Dieu et nous, qu'elle nous paraissait être, mais une prodigieuse aventure au milieu de laquelle nous nous sentons perdus, comme balayés par un formidable courant d'air. Et nous en venons presque à regretter que Dieu l'ait réalisée sur un plan si grandiose !

Il faudrait, voyez-vous, que nous sachions re­garder tout cela avec un certain sens des propor­tions. Et la première chose à nous rappeler serait celle-ci : notre âme, chacune de nos âmes, repré­sente de la part de Dieu une création spéciale. Lorsque naît un animal quelconque — prenez un cobaye, par exemple — Dieu n'a pas, à propre­ment parler, à le créer. Son entrée dans l'exis­tence n'est qu'une suite de ce qui est impliqué dans le premier chapitre de la Genèse, où il est dit qu'après avoir créé les oiseaux, les poissons et les autres animaux, Dieu ajouta ce commande­ment : « Croissez et multipliez-vous, » (Gen., 22.) C'était dire équivalemment : « Je ne vais pas créer indéfiniment des oiseaux, des poissons, etc.; c'est fait une fois pour toutes, » C'est d'ailleurs en vertu de cette parole que votre corps — l'élément matériel de votre être — a commencé d'exister. Pour votre âme, c'est bien différent : vous ne l'avez pas reçue de vos parents, Dieu l'a créée exprès pour vous, pour aller avec votre corps; il l'a créée de rien, exactement comme il a créé le monde, ni plus ni moins. Il n'était pas obligé d'agir ainsi, c'est certain; c'est pourtant ce qu'il a fait, par un acte de sa volonté expresse; sa bonté infinie se répandait en vous; il pensait à vous spé­cialement et, maintenant encore, c'est ainsi qu'il pense à vous, à vous personnellement, tout autant que s'il n'avait pas des millions d'anges pour le louer et le servir.

Mais rappelez-vous bien que celui qui crée a droit de propriété sur la chose créée. Le poème que vous avez écrit est vôtre; si je m'en emparais, si je le signais et si je l'envoyais en mon nom à l'éditeur, vous auriez le droit de me poursuivre en justice. De même parce que Dieu vous a créés, vous appartenez absolument à Dieu. S'il vous demande de faire une chose ou vous interdit d'en faire une autre, vous ne pouvez pas dire : « Je ferai comme il me plaira. » Dieu vous possède comme son bien propre; il est votre raison d'être. Faire sa volonté devrait vous sembler beaucoup plus naturel que de faire la vôtre. Et aussi loin que Dieu veuille pénétrer en votre vie, il ne dépasse pas les limites de ses droits. De même que vous corrigez indéfiniment le poème conçu par vous, que vous en changez les rimes à votre convenance, parce qu'il est vôtre, de même Dieu, qui vous a faits ce que vous êtes, qui a construit de ses mains le cadre de votre vie et toutes les circonstances, peut dispo­ser de vous à son gré. Dieu peut permettre qu'une personne riche devienne soudainement pauvre, qu'une autre, très belle, soit défigurée par un accident, il ne fait en cela rien qui outrepasse ses droits.

 « Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris.  Que   le   nom   du  Seigneur soit béni. » (Job., I, 21.)

Maintenant, ne me demandez pas pourquoi Dieu a fait le ciel et la terre, tels qu'ils sont, et non pas autrement. A cela pas de réponse, pour la bonne raison, d'abord, que personne ne peut savoir ce que le monde aurait été sans la chute originelle ou, si vous préférez, ce qu'il aurait été dans le cas où Dieu, en créant Adam et Ève, n'au­rait pas prévu la chute. Le récit de la Genèse semble indiquer que les ronces et les épines, ces fléaux des cultivateurs, n'étaient pas dans le plan primitif de Dieu et que, en tout cas, elles n'avaient pas, au début, la désespérante vitalité que nous leur connaissons.

Mais quoi qu'il en soit des spéculations théolo­giques sur le sujet, il est difficile de dire, au nom de la seule philosophie, quelle sorte de monde Dieu aurait bien pu faire, s'il n'avait pas fait celui qui, de fait existe, et que nous connaissons bien. Tout ce que nous pouvons dire c'est qu'il a créé une variété incroyable d'espèces, dont un cer­tain nombre, comme le mammouth ou le diplo­docus,  devaient disparaître. Tout donne à l'es­prit qui réfléchit tant soit peu l'idée d'une richesse d'imagination comme seuls les grands artistes en connaissent. Il y a, dans toute l'affaire de la création, comme une prodigalité géniale de la part de son auteur, on pourrait presque dire un gaspillage magnifique, et l'on se rappelle les paro­les de Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos façons d'agir ne sont pas les miennes. » (Isaïe, lv, 8.)

Retenez ceci encore : Dieu a fait le ciel et la terre pour vous.

Saint Paul nous en avertit en nous disant que tout est nôtre, les choses présentes comme les choses à venir ». (I Cor., III, 22.)

Nous vivons en ce monde, environnés des créa­tures de Dieu. Elles m'existent que pour nous faire souvenir de lui et nous obliger à penser que le Créateur est bien supérieur à son œuvre !

Elles existent pour que nous en fassions un usage bon et raisonnable, nous en servant au lieu de leur être asservis; ceci exige la discipline et la mortification des appétits égoïstes qui nous rava­leraient au rang des animaux sans raison.

Tout cela est vrai de la création terrestre, maté­rielle. Mais le ciel aussi est nôtre et s'offre à nous réjouir. Dès maintenant déjà, la perfection des saints Anges, les prières de la Sainte Vierge et des saints nous sont assurées, parce que nous sommes les enfants de Dieu. Comme sera splendide le jour où, s'il plaît à Dieu, laissant derrière nous le purgatoire, nous trouverons au ciel la fin pour la­quelle nous avons été créés, l'existence qui, seule, peut satisfaire tous les désirs de notre cœur ! Alors le divin Artiste mettra la dernière main à son œuvre et nous serons en mesure d'admirer pleinement la beauté et la perfection de son ouvrage. Le voile retiré, l'Auteur de toutes choses sera devant nous pour nous accueillir et recevoir notre louange émerveillée !

Extrait de : LE CREDO  Mgr Ronald KNOX. (1959)

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 02:31

SUR LE CHEMIN de DAMAS…

« ... C'était au matin du célèbre Consistoire du 29 novembre 1911 où il remit la barrette cardinalice à deux prélats français NN. SS. Amette et  de  Cabrières.   Pie   X  avait   passé   de   longues   heures  en   prière   dans  son oratoire. En rejoignant, peu après. Monseigneur Bislettî, il lui dit : «Oh ! Que Se Sainte Vierge est bonne ! Elle vient de me consoler grandement en me donnant l'assurance que la France serait sauvée ! »

« Et à la fin de son allocution consistoriale, Pie X prononça ces paroles émouvantes qui resteront pour nous une douceur et fontaine d'espérance ». (René Bazin)

« Que vous dirais-je, maintenant, à vous Fils de France, qui gémissez sous !e poids de la persécution ?

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims, se repentira et retournera à sa première voca­tion. Les mérites de tant de ses fils, qui prêchent la vérité de l'Évangile dans le monde presque entier et dent beaucoup l'ont scellée de leur sang ; tes prières de tant de saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons, dans la gloire céleste, les frères bien-aimés de leur patrie ; la piété généreuse de tant de ses fils, qui sans s'arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique,  appelleront certainement sur cette nation les miséricordes divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra pas, la fille de tant de soupirs et de tant de larmes. Un jour viendra et nous espérons qu'il n'est pas éloigné où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d'une lumière céleste et enten­dra une voix qui lui répétera. « Ma fille, pourquoi rue persécutes-tu ? » Et sur sa réponse : Qui es-tu Seigneur ? La voix répliquera : Je suis Jésus que tu persécutes. Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon, parce que dans ton obstination, tu te ruines toi-même. Et elle, tremblante, étonnée, dira: Sei­gneur, que voulez-vous que je fasse ? Et lui dira: lave-toi de tes souillures qui t'ont défigurée, réveil dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance et va. Fille aînée de l'Eglise nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et les rois de la terre.

Extrait de : «l'Écho de la Garde d'Honneur » (Janvier 1953) (BOC No 8-1992)

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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 01:40

ACTE HÉROÏQUE DE CHARITÉ EN FAVEUR…

Cet acte héroïque de charité, au profit des âmes du purgatoire, consiste en l'offrande spontanée, faite par le fidèle à la divine Majesté en faveur de ces âmes, de tou­tes ses œuvres satisfactoires pendant sa vie et de tous les suffrages qui peuvent lui être appliqués après sa mort. Beaucoup de fidèles ont adopté la louable pratique de dépo­ser ces œuvres et ces suffrages entre les mains de la très sainte Vierge, afin qu'elle les distribue à celle de ces âmes qu'elle veut délivrer plus tôt des peines du purgatoi­re. Par cette offrande, le fidèle ne cède que le fruit spé­cial et personnel de chaque œuvre ; si bien que les prê­tres restent libres d'appliquer la sainte messe à l'inten­tion de ceux qui leur ont donné les honoraires.

Cet acte héroïque de charité a été enrichi de nombreu­ses faveurs par les Souverains Pontifes. Un décret de la Congrégation des Indulgences du 30 septembre 1852, les a déterminées ainsi qu'il suit:

Tous les fidèles qui l'auront faite peuvent gagner :

a) Une indulgence plénière, applicable seulement aux défunts tous les jours où ils font la sainte communion, pourvu qu'ils visitent une église ou un oratoire public, et y prient quelque temps selon l'intention du Saint Père.

b) Une indulgence plénière tous les lundis de l'année, en entendant la messe pour le repos des âmes du purgatoire, et en remplissant les autres conditions ci-dessus mention­nées.

Les gens de la campagne, les infirmes, les prisonniers peuvent remplacer la messe du lundi par celle du dimanche.

Ceux qui font cet acte héroïque peuvent appliquer tou­tes les indulgences, concédées ou à concéder, aux âmes du purgatoire.

OFFRANDE

O Sainte et Adorable Trinité, désirant coopé­rer à la délivrance des âmes du purgatoire, je cè­de au profit de ces âmes souffrantes, la partie satisfâctoire de toutes mes œuvres et de tous les suffrages gui me seront accordés après ma mort (et je les abandonne entre les mains de la très sainte Vierge, afin qu'elle les applique, selon son gré, aux âmes des fidèles défunts qu'elle veut délivrer de leurs, peines.

Daignez, O mon Dieu agréer et bénir cette offrande que je vous fais en ce moment.

Amen.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 02:01

PRIÈRE POUR OBTENIR LE PARADIS…

Mon Jésus crucifié, faites-moi connaître les magnifiques récompenses que vous préparez aux âmes qui vous aiment.

Donnez-moi un tel désir du paradis, qu'oubliant la terre,  j'y fasse ma demeure continuelle, et que le reste de ma vie, je n'aspire plus qu'à sortir de cet exil, pour al­ler vous voir face à face et vous aimer parfaitement dans votre royaume éternel.

Je ne mérite pas ce bonheur, je sais même que mon nom a été autrefois inscrit au livre des condamnés à l'enfer ; mais aujourd'hui  que j'ai la confiance de me trouver en état de grâce, ah ! Je vous en conjure par le sang que vous avez versé pour moi sur la croix, inscri­vez-moi au Livre de vie.

Vous êtes mort pour me donner le droit d’acquérir le para­dis ; je le veux ; je le désire ardemment, et j'espère l'obtenir par vos mérites,

Ô mon sauveur ; j'espère vous y aimer un jour de toutes mes forces et y être tout consumé d'amour pour vous : là m'oubliant moi-même, oubliant tout ce qui n'est pas vous, je ne penserai qu'à vous aimer.

0 mon Jésus, quand viendra cet heureux jour ?...

Vous avez tout fait pour moi, aidez moi a tout faire pour vous faire connaître et aimer. Amen

Je m’engage à réciter le chaque jour, cet acte de contrition :

 

« Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît; pardonnez-moi par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, je me propose - moyennant votre sainte grâce - de ne plus vous offenser et de faire pénitence.» AMEN

 

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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 02:23

Respect au Siège de Pierre…                               

Respect au vraie et saint Père Paul VI, toujours vivant…

(Le Devoir, 26 oct. 73), Un communiqué de presse en marge de l'assemblée générale des évêques du Cana­da, à Ottawa (22-26 oct.) dûment signé par un respon­sable, nous laisse pour le moins songeur !... On y trouve de brèves citations, attribuées à un « professeur de théo­logie de l'Université de Montréal (jésuite), qui jouit du respect et de l'estime de l'épiscopat ».

Il s'agissait d'informer les évêques canadiens sur la manière de préparer le Synode des Évêques à Rome, en octobre 1974. La dite information met en garde les évê­ques contre le « document préparatoire au prochain Sy­node Romain ». L'orateur invitait les évêques à se « li­bérer très largement de ce document », document quali­fié de « très centralisateur. »

Par ailleurs, on sait partinemment qu'un tel docu­ment romain, ayant pour thème « l'évangélisation », est préparé par des équipes de spécialistes très variés, et sous l'œil attentif du Pape (PAUL VI) lui-même.

On n'a pas omis non plus de laisser filtrer un peu de fiel contre « la Curie Romaine ». Ce n'est pas nouveau. -Mais c'est étrange, et dans la logique des faits: un évêque a fait remarquer « qu'au niveau québécois, il faudrait réévaluer le rôle des paroisses, qui sont pour certaines d'entre elles, devenues « de petits diocèses ». Si nous transposons cette remarque, nous pouvons dire: au ni­veau canadien, il faudrait réévaluer le rôle des diocèses, dont quelques-uns sont devenus de « petites Romes ». Il est difficile de blâmer un curé de paroisse de se méfier de la « curie diocésaine », quand dans tel ou tel diocèse, on se « méfie de la Curie Romaine »... C'est la logique des faits. . . C'est brutal; c'est très malheureux, et très malsain pour le peuple de Dieu.

Les gens du peuple appellent cela  «se mettre un doigt dans l'œil ».

Inconsciemment ou non, se rencontrent chez nous, comme dans d'autres pays, des dynamiteurs du Magistère de l'Eglise.

Notre cher Saint-Père Paul VI le disait clairement le 23 juin 1972: « Plusieurs éléments semblent viser la dissolution du Magistère ecclésiastique, entre autres la subsidiarité entendue comme autonomie; l'Égli­se locale (ou diocésaine) voulue presque comme séparée et libre et se suffisant à elle-même. » (Oss. Rom. 7-7-72).

Autre chose ambiguë et inquiétante : le savant pro­fesseur, parlant de « l'évangélisation », dit aux évêques « qu'il y a en réalité deux Églises » : une d'avant Vatican II. ... et l'autre de Vatican III. . : Était-ce une boutade « futuriste » ? Ou une insinuation avant-gardiste ? ... 

Saint Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites, parle avec plus de pondération et de sagesse, quand il énonce la première règle de « penser avec l'Eglise » : « Laissant tout jugement propre, nous devons tenir l'esprit prêt et prompt à obéir en tout à la véritable Épouse du Christ notre Seigneur, qui est notre Sainte Mère l'Eglise hié­rarchique. »

Cette élémentaire vérité catholique est encore bon­ne, non seulement pour tous les fils de saint Ignace, mais pour tous chrétiens, qui ont le « sens catholique ».

Combien sont plus encourageantes et plus rassuran­tes les nobles paroles de l'héroïque Cardinal de Pologne Wyszinski, prononcées aux heures sombres où S. S. Paul VI publia sa courageuse Encyclique HUMANAE VITAE, en 1968: « Quiconque, disait le Cardinal, voudrait défen­dre la discipline, la Foi, l'obéissance au Pape pourrait toujours compter sur l'adhésion unanime des évêques de Pologne. » (Cf. Mgr RUPP, Héros de l'Est, p. 24).

C'est le moment moins que jamais de jeter la mé­fiance, l'inquiétude, le malaise, le doute, la suspicion dans le Peuple de Dieu, sur l'entourage du Pape, sur le « ROC DE PIERRE ». Le Saint-Père vient de le rappeler avec vigueur, le 29 juin 1973:

« Notre humble et faible personne. . . est précisément chargée de transfuser en vous ce don de force, de cons­tance, de certitude, d'impassibilité, d'impavidité qui a son image dans la stabilité du roc que Jésus a choisi comme symbole d'une réalité qu'il a mise à la base de son Eglise. C'est la vertu dont, aujourd'hui, l'Eglise a le plus besoin, alors qu'elle se trouve assaillie par tant de forces visant à l'affaiblir, à la déprimer, à la démolir, l'Eglise a besoin de la fermeté dans la foi, dans l'unité, dans l'effort apostolique, contre les infiltrations de dou­te, contre l'admission de pluralismes équivoques et auto-destructeurs, contre la désagrégation de la charité ecclésiale. La fermeté est le bouclier qui doit nous protéger nous-mêmes contre nos flexions intérieures, contre l'im­pétueuse confusion idéologique de notre monde. . . »

Ces immuables vérités, il faut les «CRIER AVEC CENT MILLE LANGUES », selon la vibrante clameur de sainte Catherine de Sienne.

Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 03:21

Dévotion et fidélité au Siège Apostoli­que…                  

S. S. Paul VI: pour le IVe Centenaire du collège Germanico-Hongrois, à Rome (10 oct. 1973)

Le premier 'enseignement qui résulte d'un regard rétrospectif est la fécondité spirituelle de l'enracinement de votre établissement au coeur même de la catholicité : si l'on a pu, en Allemagne et dans les pays limitrophes, contenir le mouvement centrifuge qui avait été provo­qué par la crise luthérienne et rendre une vitalité nou­velle à l'Eglise qui y existait, cela fut possible, en gran­de partie, grâce à l'action inlassable des Pasteurs issus de votre Collège. Rome développa en eux une mentalité universelle et catholique, indiqua les lignes essentielles de l'action à poursuivre.

De ceci se dégage un deuxième enseignement. Il ne suffit pas d'avoir une bonne connaissance de l'ambian­ce historique dans laquelle on vit : il est bien plus im­portant d'avoir conscience de la continuité d'un patri­moine de sagesse et de vertu, éprouvé par une expérien­ce multiséculaire dont votre Collège est l'heureux héri­tier. Du reste, le culte des saines traditions fait partie de la pédagogie ecclésiastique authentique. C'est pour­quoi, vous insérer dans ce flux continuel signifie, chers élèves, mettre à profit ces richesses d'incomparable va­leur qui sont vôtres et qui sont de l'Eglise, signifie aussi conserver au Collège Germanico-Hongrois sa physiono­mie, sa noblesse, s'a particulière et providentielle fonc­tion dans le contexte ecclésial de notre époque.

L'heure présente — et il n'est pas nécessaire d'en rappeler les ferments — exige une volonté renouvelée de valoriser et d'appliquer les principes fondamentaux qui ont favorisé, tout au long de ces siècles, une florai­son aussi splendide d'âmes, totalement adonnées au bien de l'Eglise, des âmes qui ont laissé des traces indélébiles dans l'histoire religieuse de leurs propres nations. Le quatrième centenaire d'une Institution comme celle-ci donne sérieusement à penser; c'est le signe d'une vitali­té perpétuelle demeurée intacte même au milieu des transformations des temps qui évoluent; il rappelle au premier plan la nature, la fonction, la mission, la respon­sabilité des Séminaires dans la vie de l'Eglise.

Aujour­d'hui comme en ce temps-là: pour les études spécifiques qui doivent être accomplies dans une vision tout ensem­ble christocentrique, ecclésiologique, spéculative et éga­lement ouverte aux instances du rattachement à la cul­ture actuelle; pour la ligne sereinement et fortement formative de la discipline; pour le climat pastoral, orienté, vers les âmes selon les exigences concrètes de chaque diocèse, selon le génie propre de chaque peuple. Il con­vient donc de regarder en arrière afin de puiser de nou­velles énergies pour mieux bondir en avant.

Il est vrai que pour aller au devant des nouvelles exigences du temps, votre Collège ne peut demeurer fixé sur des normes adaptées à la vie d'il y a quelques siècles, mais qui ne feraient que produire un effet con­traire dans le climat présent. Les jeunes qui aujour­d'hui se préparent au sacerdoce ont en eux-mêmes des besoins, des exigences qu'il serait téméraire de ne pas prendre en considération. Déjà le Concile Vatican II, concient de « l'extrême importance de la formation des prêtres », parce que « le renouveau tant désiré de toute l'Eglise dépend en grande partie du ministère sacerdo­tal » (déc. Optatam totius, Préambule), avait tracé les lignes d'une pédagogie ecclésiastique renouvelée; lignes reprises et développées dans le document Ratio funda-mentalis institutions sacerdotalis, publié le 6 janvier 1970 par la S. Congrégation pour l'Education Catholique. Nous n'ignorons pas les difficultés de cette entreprise qui requiert des éducateurs responsables, doués d'un sage discernement et d'un prudent équilibre. Il faut toute­fois' tenir bien compte du fait que, dans la formation sa­cerdotale, il y a des normes qui restent, dans leur subs­tance, immuables au cours des siècles, et qui, demain comme aujourd'hui, conserveront toute leur valeur, car elles jaillissent de la nature même de l'Ordre sacré.

A ce propos permettez-nous, chers jeunes gens, de tirer au clair certains points qui, s'ils sont mal compris, peuvent avoir de funestes conséquences pour l'Eglise.

Dans la formation des candidats au sacerdoce, on demande aujourd'hui une plus grande ouverture aux problèmes de la société et de l'homme modernes. Cela est légitime, pourvu que l'on ne tombe pas dans l'exagération contraire.    Si le prêtre doit vivre dans le monde, il ne doit cependant pas être du monde.   Et si, pour lui, l'ex­cessif détachement est nuisible, n'est pas moins nuisible la tendance à supprimer, comme il arrive trop souvent, toute différence dans la manière de parler, d'agir et ain­si de suite, dans le but de se tenir plus proche du monde. Ne nous faisons pas d'illusion; si le prêtre ne parvient pas à maintenir cette distinction qui est nécessaire pour être l'homme de Dieu, le ministre du Christ, le témoin d'une vie transcendante et spirituelle, il se transforme peu à peu en ce sel insipide dont parle l'Evangile.

On relève aussi qu'aujourd'hui l'on apprécie de plus en plus les valeurs de la liberté, de la personnalité, de la responsabilité. C'est donc à juste titre que l'on de­mande, en vue d'un efficace aggiornamento des méthodes éducatives dans les Séminaires, d'instaurer un climat de plus grande liberté et de majeure responsabilité, qui sont les conditions indispensables du développement de la personne du candidat à la prêtrise. Cela ne justifie toutefois pas l'attitude de ceux qui voudraient supprimer toute structure, abolir toute réglementation, laisser plei­ne liberté aux initiatives personnelles se fiant à une bon­té naturelle qui ignore le péché originel et ses consé­quences. Certainement, la jeunesse doit être entraînée à la liberté; mais la vraie liberté est une conquête, et pour y parvenir, l'homme et plus encore l'aspirant au sacerdoce au cours de la période de sa formation, a besoin d'assistance extérieure. Une excessive passivité chez l'élève est nuisible, mais ne l'est pas moins la pré­tention de celui qui veut s'éduquer tout seul, sans aucu­ne intervention de l'éducateur. Aussi, la discipline dans la vie de séminaire doit-elle, comme l'affirme le Conci­le « être considérée non seulement comme un auxiliaire efficace de la vie commune et de la charité, mais comme un élément nécessaire dans l'ensemble de la formation, pour acquérir la maîtrise de soi et le plein développe­ment de sa personnalité ». (Dec. Optatam totius, numé­ro 11).

Aujourd'hui, on met aussi un fort accent sur la vie du prêtre comme vie de service, à l'exemple du Christ, « homme-pour-autrui », selon une heureuse expression bien connue. Il faut toutefois préciser que le service du prêtre qui veut rester fidèle à soi-même, est un service essentiellement spirituel. Aujourd'hui, il importe de bien se le rappeler devant les multiples tendances à séculari­ser le service sacerdotal et à le réduire à une simple fonc­tion principalement philanthropique et sociale. C'est sur le plan des âmes, dans leurs relations avec Dieu et dans leurs rapports intérieurs avec leurs semblables, que se qualifie la fonction spécifique du sacerdoce ca­tholique.

L'hospitalité romaine qui vous est offerte vous faci­lite d'une certaine manière l'acquisition de cette forma­tion, mais elle donne aussi à votre préparation une spé­cificité et un caractère typique incomparables, grâce à cette forte expérience spirituelle qu'un prêtre ou un as­pirant à la prêtrise peut faire de manière toute particu­lière à Rome, près de la tombe du Prince des Apôtres. Mettez donc ce temps de grâce à profit pour consolider votre foi et en rendre la pratique plus vive, plus sincère et plus fertile à l'exemple de Pierre, précisément. Votre Collège pourra ainsi continuer d'être, comme par le passé, une pépinière d'apôtres, un point de contact de la Rome catholique avec vos pays, un témoignage vivant de leur dévotion et de leur fidélité au Siège Apostoli­que.

Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)

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