Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 11:17

JEAN-BAPTISTE.   Chapitre II

Après s'être occupé de divers soins dans l'intérieur de la maison, Louise prit son rouet et vint se placer près de son père. Celui-ci lui rappela qu'elle n'avait pas dîné. Elle n'osa pas lui répondre que l'inquiétude où elle commençait à être sur le compte de son fils lui otait l'appétit, et retint sur ses genoux le vase que le vieillard y plaça lui-même, et dans lequel il avait su conserver chaudement la soupe, dont il avait mangé lui-même deux heures auparavant avec Jean-Baptiste. Mais il s'aperçut promptement qu'elle ne mangeait pas.

— Tu ne manges pas? lui dit-il, tu es inquiète. Je ne sais même pas t'épargner des ennuis ? Sot et inutile vieillard, que fais-je en ce monde ? Mon Dieu, que fais-je en ce monde !

— Père! je suis là, ma main presse la vôtre, mes regards s'arrêtent, avec bonheur sur vous, et vous demandez ce que vous faites en ce 'monde! Ce n'est pas bien. Si Jean-Baptiste est parti sans vous rien dire, il a cédé à sa nature indisciplinable, vous  n'y pouviez rien.

— Si, ma fille, j'aurais pu lui défendre de sortir, d'aller parler dehors à Joseph; je ne l'ai pas fait, parce que je ne suis bon à rien : je ne sais que gâter l'enfant et te faire de la peine. Mais il ne lui sera point arrivé de malheur, va! Il ne tardera pas à rentrer. 0 mon Dieu, renvoyez-le-nous tout de suite ! Ce n'est pas pour moi que je vous demande cette grâce, c'est pour sa pauvre mère !

— Mais, père, rassurez-vous, je ne suis pas inquiète : ce n'est pas la première fois qu'il déserte ainsi la maison, et il ne lui est jamais rien arrivé. Je ne suis pas inquiète.

Et la tristesse que trahissait sa voix, les larmes qu'elle essuyait da ses paupières, démentaient l'assurance qu'elle donnait à son père.

— Eh bien! si tu n'es pas inquiète, lui dit le vieillard, si tu n'as pas de chagrin,  mange donc. Depuis ce matin, quatre heures, tu n'as rien pris : mange, ma fille, je t'en supplie !

Louise fit un effort pour complaire à son père, mais tout ce qu'elle portait à sa bouche lui paraissait amer, et son cœur oppressé se refusait à toute nourriture. Elle tressaillit tout à coup sur sa chaise.

— Père, avez-vous entendu ? dit-elle en se levant.

— Non, répondit le vieillard, qu'y a-t-il ?

— Jean-Baptiste revient.

— Jean-Baptiste ! tu es sûre ? Je n'ai rien entendu.

— J'ai reconnu sa voix comme il devait passer devant la maison à Jean-Pierre.

Cette maison à Jean-Pierre était assez loin; il fallait que Louise eût presque autant deviné qu'entendu son fils; et pourtant, elle ne s'était pas trompée, car peu après ces dernières paroles, la porte s'ouvrit brusquement, et un grand et beau garçon, à la mine fraîche et éveillée, à la chevelure blonde et bouclée, se précipita plutôt qu'il n'entra dans la maison. Saluant d'un ton résolu :

— Me voilà! dit-il.

Apercevant sa mère, il s'élança vers elle :

— Maman ! s'écria-t-il, maman est arrivée, quel bonheur ! Et il voulut l'embrasser. Elle le repoussa doucement, et succom­bant à son émotion, elle se mit à fondre en larmes.

— Vous pleurez, lui dit-il, ma bonne mère, quel chagrin avez-vous ?

— J'ai un chagrin que personne ne peut m'ôter, dit-elle, quand elle fut devenue maîtresse de ses larmes, et d'une voix qu'elle s'effor­çait de rendre sévère : c'est d'être mère d'un méchant tel que vous.

— Maman, que dites-vous ? Eh! pourquoi me trouvez-vous méchant aujourd'hui ?

— Pourquoi, monsieur, dit le grand-père en affectant d'élever la voix; pouvez-vous le demander !

— Il le faut bien, grand-père, répondit tranquillement l'enfant, puisque je ne le sais pas.

— Vous ne savez pas que votre mère ne vous a pas trouvé ici, quand elle est rentrée, n'est-ce pas ?

Grand-père, je le regrette bien; mais je ne savais pas l'heure où maman devait rentrer.

— Ça, c'est vrai, il ne savait pas, cet enfant...

— Mais, mon Dieu! père, il ne s'agit pas de cela; mais j'avais défendu à monsieur Jean-Baptiste de vous quitter pendant mon absence, et il n'a été retenu auprès de vous, ni par la défense que je lui avais faite, ni par la pensée de ses devoirs envers vous! Eh bien ! je dis que l'enfant qui n'a ni respect pour sa mère, ni tendresse pour son grand-père, mérite d'être appelé un méchant.

— Oh! maman, s'écria le jeune garçon, vous savez bien le con­traire; vous savez que je vous respecte, et que j'aime le cher grand-père et vous de tout mon cœur.

Et grimpant sur le dos de la chaise de l'aveugle, derrière lequel il se trouvait placé, il l'embrassa à plusieurs reprises sur les deux joues.

— Cher enfant! lui disait tout bas le grand-père, en lui rendant ses baisers; va! dit-il à sa fille, pardonne-lui! si sa tête est mauvaise, son cœur est bien bon.

— J'étais sûre, père, que vous retomberiez bien vite dans votre faiblesse ordinaire pour ce méchant garçon.

— Encore, maman !

— Mais, monsieur, puis-je dire autre chose, quand vous laissez votre grand-père seul une partie du jour ? Et s'il lui arrivait quel­que accident, de qui donc réclamerait-il du secours ? Je ne pourrai m'absenter désormais sans inquiétude, car je me représenterais votre grand-père tout seul, et vous, monsieur, qui m'occupez beaucoup plus que vous ne méritez, je vous verrais courant les grands chemins comme un vagabond au risque de toutes les mauvaises rencontres que vous y pouvez faire.

— Oh! maman, je ne quitterai plus jamais mon grand-père, quand vous ne serez pas là. Mais je ne cours pas les grands chemins comme un vagabond. Pourquoi maman s'imagine-t-elle cela ? Quel plaisir trouverais-je sur la grande route ? j'aime bien mieux courir dans les bois : vous voyez, ma bonne mère, que je suis plus près de l'ermite que du vagabond.

— Je sais, monsieur, dit Louise, en réprimant un sourire, qu'à tout ce qu'on peut vous dire, vous avez toujours   réponse à tout, bonne ou mauvaise !

— Dame ! maman, toute attaque provoque une défense.

— Oui, reprit Louise, avec un peu plus de sévérité, de la part d'un petit garçon qui ne fait aucune distinction d'âge ni de rang, et qui serait bien fâché de s'humilier jamais sous la réprimande qu'il a pu s'attirer.

— Oh! maman, qu'avez-vous aujourd'hui contre moi? Si vous ne voulez pas que je vous réponde, je ne vous répondrai pas.

— Louise, tu es bien sévère ! dit le vieillard qui n'y tenait plus.

— Ma chère maman, je vous en conjure, ne soyez plus fâchée ! dit Jean-Baptiste, en jetant ses deux bras autour du cou de sa mère, malgré la feinte résistance de celle-ci à recevoir ses caresses.

— Vilain enfant ! dit-elle enfin, en le retenant sur son cœur, que tu es peu obéissant, et que d'inquiétudes ne nous causes-tu pas par tes absences si prolongées !

— Pardon ! ma bonne mère, pardon ! je ne quitterai plus la maison.

— Ah! je ne t'en demande pas tant, aie seulement soin de ne la point quitter sans permission, et jamais quand tu t'y trouves seul avec ton grand-père.

— Voulez-vous que je vous dise, ma chère maman, où j'ai été aujourd'hui?

— Ah ! je sais bien, dit le grand-père, à la décharge de son petit-fils, que c'est le fils à Jean-Pierre qui t'a entraîné; sans lui, tu ne pensais pas à sortir!

— Entraîné ! répéta le jeune garçon surpris; personne ne m'entraîne, je ne vais jamais que là où j'ai résolu moi-même d'aller. Joseph m'a appris que c'était aujourd'hui que mademoiselle de Saint-Valéry ren­trait au château, et qu'on lui préparait une fête. La curiosité m'a pris, et je suis descendu à Ville-Dieu, sans songer à prévenir grand-père.  — Le prévenir, est ce donc assez ?  lui demanda la mère avec l'accent du reproche.

— Non, maman; j'aurais dû lui demander la permission de sortir, ou plutôt j'aurais dû ne pas le quitter, mais je vous ai promis de ne plus retomber dans cette faute.

— Allons, n'en parlons plus, dit la mère; sois seulement à l'avenir un sage et obéissant garçon.

— Oui, maman, vous verrez.

A cette réconciliation définitive de Louise avec son fils, la figura de l'aveugle se rasséréna complètement. Elle prit une telle expression de tranquille et profonde satisfaction, que l'enfant qui le considérait alors, en fut frappé, et lui dit vivement :

— Grand-père, ne bougez pas ; ne changez rien ni à votre pose, ni à l'air de votre figure, je vais reprendre votre portrait.

— Comment ! tu veux encore ennuyer ton grand-père?

— Laisse-le, fille, laisse-le, puisqu'il croit pouvoir faire mon portrait.

— Mais, père, comment voulez-vous qu'il fasse votre portrait? îî faudrait au moins qu'il sût dessiner.

— Puisque ça l'amuse, cet enfant.

— Vous ne remuez pas, grand-père? cria Jean-Baptiste, qui avait été chercher un vieux carton où il renfermait soigneusement ce qu'il appelait nos dessins.

— Non, non, répondit le vieillard, je suis toujours dans la même position.

L'enfant revint, s'assit sur un escabeau à quelque distance de son grand-père, mit son carton sur ses genoux, après en avoir tiré un carré de papier sur lequel se voyait une grossière esquisse, et dès qu'il fut prêt, il dit gravement :

— Je commence : attention, grand-père!

— Et moi, je vais filler, dit Louise.

Il y eut un long silence, pendant lequel on n'entendit dans la chau­mière que le bruit du rouet de Louise. Jean-Baptiste, absorbé dans son œuvre, n'ouvrait pas la bouche; le grand-père n'osait parler dans !a crainte de déranger sa pose, et Louise, toute recueillie dans le bon­heur que lui donnaient les êtres si chers qu'elle contemplait à quel­ques pas d'elle, n'avait rien à dire. Peu à peu cependant, sa pensée, moins concentrée, rencontra d'autres objets; elle se rappela le retour de mademoiselle de Saint-Valéry au château de Rosenval, après une absence de quatre ans, et fut curieuse de savoir si Jean-Baptiste l'avait vue. Elle ne craignit pas d'interrompre l'artiste pour l'inter­roger à ce sujet. Jean-Baptiste fit un bond sur son escabeau à la pre­mière parole de sa mère ; absorbé dans son œuvra, il avait complétement perdu de vue qu'il n'était pas seul dans la chambre. Il se montra disposé à répondre, mais comme il ne savait pas apparemment faire deux choses à la fois, il déposa son crayon et dit à son grand-père, avec un sérieux comique, qu'il pouvait se reposer.

— Oui, je l'ai vue, chère mère, dit Jean-Baptiste; elle est un peu pâle, mais si belle, si belle, qu'elle m'a rappelé tout de suite la sainte Vierge de notre chapelle. Tout Ville-Dieu, je crois, et notre village aussi, s'étaient portés à sa rencontre; la grande avenue qui mène à Rosenval était couverte de monde; je n'en ai jamais vu autant. Mais tout ce monde m'empêchait de voir; je n'apercevais que le haut de la voiture, et ce n'était pas mon compte. J'avais un moment pensé à grimper sur un arbre, mais je me suis rappelé à temps que vous aie la défendez, parce que cela ose les pantalons. Vous voyez bien, maman, que je n'oublie pas toutes vos détenses. Au milieu de tous mes embarras, voilà un grand mouvement qui se fait; on dételle les chevaux pour fendre plus d'honneur à  mademoiselle. Je veux profiter du moment, je pousse, je pousse, sans m'inquiéter de ce qu'on dit de moi à mes côtés, et, au prix de quelques coups de poings que je reçois de droite et de gauche de la part de ceux que mon passage contrarie, j'arrive jusqu'à la voiture.

— Quel enfant !  Mon Dieu, quel enfant ! dit la mère avec une sorte de tristesse; rien ne lui est obstacle, quand il s'est mis quelque chose en tête !

— Mais, maman, je ne serais pas un homme, si je n'avais pas de volonté. J'escalade une des roues, je penche ma tête vers une des portières, et je me trouve nez à nez avec mademoiselle de Saint-Valéry. Elle avait à ses côtés une jeûne dame qui est aussi très-jolie, mais je ne m'y suis pas trompé, je l'ai reconnue tout de suite, et pourtant j'étais encore si enfant quand elle a quitté Rosenval, que je ne me la rappelais pas du tout ! Je vous dis, mère, qu'elle ressemble à la sainte Vierge de la chapelle. « Vive Valentine de Saint-Valéry? » Criait-on autour de la voiture, pendant que les hommes s'y attelaient; pour moi, je ne disais rien, j'étais trop occupé à l'admirer; tout d'un coup, elle me sourit, comme je crois voir sourire notre sainte Vierge, quand je l'ai priée longtemps, et je me mets à crier plus fort que les autres : « Vive Marie qui nous l'a rendue! » Oh! Mère, je vous donne maintenant à deviner en mille ce qui m'est arrivé?

— Eh! quoi donc de si extraordinaire? demanda la mère un peu intriguée.

— Elle m'a pris la tête entre ses deux mains, et m'a donné un bai­ser sur le front, mais là, un de ces bons baisers comme je croyais n'en recevoir jamais que de vous ! J'ai été à l'instant pris d'éblouissements; je ne sais comment je ne suis pas tombé; il paraît que je m'y tenais bien. « Quel est ton nom ? me demanda-t-elle d'une voix douce comme doit être la voix des anges. — Jean-Baptiste pour vous servir, lui dis-je. — Jean-Baptiste, répéta-t-elle, voilà un nom qui promet. Eh bien ! Jean-Baptiste, il faut venir me voir quelquefois. » Les hommes me crient de descendre, la voiture se met en mouvement, mais de loin Mademoiselle me faisait de petits signes d'amitié.

— Comment! une grande dame a embrassé mon Jean-Baptiste ! là, comme ça, n'est-ce pas?

Et la mère couvrait de baisers le front de son fils.

— Ah! tout de même, dit l'enfant en entourant, sa mère de ses deux bras, mais son baiser ne valait pas ceux-là! Les vôtres, ma bonne mère, sont bien plus doux encore.

— Je le crois bien, va! qui peut t'aimer comme moi pour t'embras­ser de même ? Dis-moi, mon ange, tu iras au château ?

— Oh !  Non.

— Pourquoi !

— Je n'oserai ?

— Puisqu'elle te l'a ordonné.

— Ordonné ? mère, elle n'a rien à m'ordonner.

— N'est-ce pas, père, dit Louise, que son devoir est de se rendre au château ?

— Certainement, ce serait très-bien de sa part, répondit le grand-père, mais cependant s'il n'ose pas aller là, cet enfant...

— Il n'est pas d'un caractère si timide, il a bien osé s'approcher d'elle aujourd'hui.

— C'est bien différent, mère, répondit l'enfant; elle était sur le grand chemin, et le grand chemin appartient à tout le monde. Puis cette foule qui l'entourait, ces cris dont l'air retentissait, tout cela me donnait de la hardiesse, mais chez elle, dans son beau château, seul en sa présence... oh! mère, jamais!

— Elle te recevrait bien cependant,  c'est sûr. Mon petit Jean Baptiste, il faut y aller, tu lui dois bien cette marque d'obéissance.

— Maman, je ne dois obéissance qu'à vous et à mon grand-père, et d'ailleurs, je crois bien qu'elle n'a pas du tout pensé à me donner un ordre.

La bonne Louise respectait trop l'innocence de son fils pour lui livrer le fond de sa pensée. Elle ne se défendait pas d'un peu d'ambition pour lui, et voyait déjà l'avenir de Jean-Baptiste assure, s'il ne laissait point s'effacer l'heureuse impression qu'il avait produite sur la jeune comtesse. Mais elle épuisa vainement toutes ses ressources diplomati­ques, l'enfant ne céda point. Il était bien décidé à ne pas se présenter au château. Louise, en soupirant, cessa d'insister.

— Monsieur le curé doit être chez lui maintenant, dit-elle après un moment de silence; il veut te voir, Jean-Baptiste; sera-t-il plus heu­reux que la comtesse ?

— Oh ! pour celui-là, mère, c'est comme vous ! tout ce qu'il veut, je le veux aussi.

Et l'enfant était sincère. Il savait si peu ce qu'un fils doit de soumis­sion et de respect aux volontés de ses parents, qu'en dépit de ses opiniâtres résistances, il ne pensait pas qu'on pût avoir rien à lui reprocher en fait d'obéissance. Il avait repris son dessin pour y don­ner encore quelques coups de crayon, avant de le replacer dans le carton, et le présentant à sa mère :

— Reconnaissez-vous mon grand-père ? lui dit-il.

Louise poussa un cri de surprise et d'admiration, car la gros­sière esquisse qu'elle avait sous les yeux, reproduisait vraiment les traits et la physionomie de son père. Elle embrassa follement son fils.

— Où a-t-il pris ce talent? répétait-elle à son père en comparant sans cesse la copie avec l'original ; c'est bien vous, je vous reconnais. L'homme qui a passé l'été dernier par ici ne faisait pas mieux!

— Est-ce qu'il t'a donné des leçons, demanda tout radieux le grand-père à son petit-fils, pendant qu'il faisait les portraits de la femme à Jean-Pierre et de celle à Jean-Marie ?

— Non, mais je le regardais faire ; et puis, j'ai copié je ne sais com­bien de fois les deux images qu'il m'a données ; c'est dommage que les crayons que je tiens aussi de lui tirent à leur fin ; après le portrait de grand-père, je ne pourrai plus rien faire?

— Je t'achèterai d'autres crayons, dit Louise qui contemplait encore le dessin de l'enfant, où se voyait une complète ignorance des règles de l'art, mais une révélation merveilleuse de l'art lui-même.

Jean-Baptiste, joyeux d'avoir enfin intéressé sa mère à ses barbouil­lages, se disposait à se rendre chez le bon abbé, quand elle lui pré­senta la tarte aux pommes et la toupie achetées au marché.

— Ton travail mérite bien cette petite récompense, lui dit-elle, avec un ravissant sourire de l'amour maternel.

— Oh ! mère, que vous êtes bonne ! s'écria Jean-Baptiste en sautant de joie; une toupie comme celle de Joseph, le richard du pays ! Une  toupie ! Quel bonheur !

Il mordait dans la tarte, ficelait la toupie, embrassait sa mère, et, absorbé par ces soins divers, il oubliait sa visite à l'abbé. Ce fut bien autre chose, quand la toupie eut été lancée dans la chambre. Sa mère dut bien lui rappeler cinq ou six fois sa visite, avant d'obtenir son départ. Aussi vint-il si tard chez le bon abbé, qu'il ne trouva plus que Geneviève à qui, selon sa coutume, il fit mille espiègleries. L'abbé était allé passer la soirée chez un curé des environs : l'entretien qu'il avait voulu se ménager avec Jean-Baptiste ne pouvait plus avoir lieu que le lendemain. Le jeune garçon promit à Geneviève de venir de bonne heure.

Extrait de : LA CHAUMIÈRE DE HAUT-CASTEL, ou  LA  FOI  VICTORIEUSE  DE  L'ORGUEIL;   par  E. BENOIT(1853)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 09:21

 

Saint Alphonse de Liguori  Docteur de l’Église (III.)

Dans ce traité on y trouve l'ensemble de la doctrine du Saint Docteur sur la nécessité, la primauté, l'infaillibilité, les droits et les prérogatives du suprême Pontificat, et sur son autorité envisagée dans ses rapports avec le Concile œcuménique. On pourrait donc résumer ces traités sous ce titre géné­ral : Du Pape et du Concile, ou doctrine complète de Saint Alphonse sur ce double sujet. Nous les avons en effet édités sous ce titre à une époque mémorable qui leur attribuait une actualité toute spéciale, c'est-à-dire à l'époque de la tenue du Concile du Vatican I …

De plus, pour éviter des redites trop fréquentes ou des citations trop étendues, nous avons placé en tête du volume la Constitution Pastor œternus de ce même Concile.

Constitution qui embrasse la plupart des sujets traités par Saint Alphonse: nous en avons également donné une ana­lyse succincte dans la Préface du 1er traité. Cette Consti­tution est reproduite d'après le texte authentique transmis de Rome et certifié conforme à l'original. Le lecteur pourra sans peine faire l'application de ces infaillibles Décrets aux différents passages de Saint Alphonse et rapprocher les paroles du Saint Auteur de celles du Concile, comme nous l'avons fait nous-mêmes dans différentes occasions. Il pourra constater aussi la parfaite harmonie de la doctrine de l'un et de l'autre, de sorte que, si le Saint Docteur avait à rééditer aujourd'hui son travail, il ne devrait rien y modifier et n'aurait qu'à citer comme autorité nouvelle les paroles du dix neuvième et dernier Concile œcuménique.

Chose frap­pante que, dans des questions si longtemps et si ardemment débattues, mais restées libres jusque-là, un saint auteur ait prévu avec une telle précision et une telle sûreté les défini­tions dogmatiques de l'Eglise infaillible! La merveille de cette parfaite orthodoxie et de cette espèce d'intuition s'est également manifestée dans le Saint Docteur à l'occasion des doctrines controversées sur l'Immaculée Conception de Marie.

Ce précieux volume doit être envisagé, selon nous, comme un des plus beaux fleurons de cette couronne de Docteur qui ceint le front de Saint Alphonse ; c'est par là, du reste, qu'il accomplit une partie de la mission providentielle qui lui était assignée d'en haut.

Quant à notre travail personnel, nous avouerons que nous ne nous sommes point refusés à la peine pour conserver leur caractère propre et distinctif à ces différents traités, que nous avons complétés d'après les décisions récentes de Pie IX et du dernier Concile.

Il ne nous reste plus qu'à rappeler en terminant ces belles paroles de notre Saint :

« En terminant, je conjure tous ceux qui sont animés de zèle pour le bien de l'Eglise, d'adresser pour elle de ferventes et continuelles prières au Seigneur, qui a promis d'assister son Eglise jusqu'à la fin des siècles, et de ne jamais per­mettre que les portes de l'enfer prévalent contre elle ; prions-le d'affermir et d'accroître dans le cœur de tous les fidèles le respect et l'obéissance envers le Souverain Pontife, (Note Du Blogue : Paul VI est toujours vivant) que Nôtre-Seigneur, dans sa bonté, a établi sur la terre pour détruire toutes les erreurs qui s'élèvent contre la foi. »

Oui, prions, et prions comme savait le faire Saint Al­phonse, ce zélé défenseur de l'Eglise et de son Chef suprême ; prions du moins, si nous ne sommes pas disposés comme lui à porter notre zèle jusqu'à l'effusion de notre sang pour défendre les prérogatives de la Chaire de Pierre et du Vicaire de Jésus-Christ. Devenons, nous aussi, les intré­pides zélateurs de l'infaillibilité pontificale, de l'autorité et des droits du Siège Apostolique. Ces dispositions sont d'autant plus essentielles, qu'il n'est peut-être pas, de nos jours, de pierre de touche plus infaillible pour apprécier les sentiments chrétiens, que l'affection et le dévouement envers le successeur et le représentant de Jésus-Christ sur la terre, comme les dispositions contraires seront un jour un des caractères distinctifs des disciples de l'antéchrist.

0 glorieux Alphonse ! Grand amant de l'Eglise et de son Chef, nous voudrions aujourd'hui  vous voir sortir de votre tombeau pour venir faire la leçon à des enfants dénaturés, et leur apprendre comment on doit aimer cette Eglise et ce Chef.

Ah! Si le beau séjour où vous brillez à présent, était compatible avec les larmes, quelle abondance n'en verseriez-vous pas à la vue des amertumes dont on abreuve l'Épouse et le Vicaire du Christ sur la terre ! Mais du moins, eu entendant les accents convaincus de votre voix, qui vous survivent ici-bas, nous apprendrons à compter avec plus de confiance sur les immortelles promesses faites au Père com­mun et à la Mère commune des fidèles; nous apprendrons a les aimer d'un amour à la fois tendre et dévoué;  nous apprendrons à adresser au Ciel les plus ferventes suppli­cations pour leur triomphe et leur prospérité ; nous appren­drons à être de vrais enfants de  l'Eglise militante, dans l'espoir de devenir un jour les immortels enfants de l'Eglise triomphante.   (fin)

Extrait de : ŒUVRES COMPLÈTES de St-Alphonse de Liguori.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 09:42

L’AVEUGLE

Le petit village de Haut-Castel est une dépendance de Ville-Dieu, grande et populeuse commune assise dans une riante vallée, non loin de Renti, et à quelques lieues en deçà de Saint-Omer. L'aspect do groupe assez nombreux de chaumières qui composaient Haut-Castel. à l'époque où nous commençons ce récit, accusait une misère pro­fonde chez les habitants : chétives et menaçant ruines, elles sem­blaient ne se tenir debout que par respect pour une autre ruine, au pied de laquelle le village est placé, l'ancien château, qui n'a conservé de tous ses bâtiments, qu'une haute tour, sa grande salle des chevaliers, et une chapelle dédiée à la sainte Vierge, dont on voit la statue, que le temps et les révolutions ont également res­pectée, s'élever, chef-d'œuvre de l'art, sur le principal autel.

Un prêtre, digne vieillard à cheveux blancs, avait fixé son domicile dans la tour, encore fort habitable. Tous les jours il célébrait le saint sacrifice dans l'antique chapelle, et depuis deux ans, quand venait le dimanche, les habitants de Haut-Castel ne pouvaient plus, comme autrefois, rejeter sur le mauvais état des chemins, ou la rigueur de la saison, leur négligence à entendre l'office divin. En les voyant si pau­vres des biens de la terre, et si peu touchés de ceux du ciel, le bon vieillard pleurait sur eux, et, retiré dans sa tour, il appliquait son esprit à découvrir les moyens propres à émouvoir des cœurs si profondément endurcis. Pendant la semaine, le vénérable prêtre avait la douleur de dire la messe dans la chapelle déserte, et le dimanche de n'y voir réunie autour de lui qu'une très-faible portion des habitants, tandis que la majorité dépensait au cabaret, en libations réitérées, un argent qui manquait bientôt dans chaque famille pour satisfaire aux plus impérieux besoins. Quand il contemplait les masures de Haut-Castel, dont le délabrement ne pouvait être déguisé ni par les arbres séculaires qui les environnaient, ni par le délicieux paysage au milieu duquel elles étaient situées; quand il voyait le dénuement de l'inté­rieur, les enfants couchés pêle-mêle sur un peu de paille, les mères manquant pour leurs nouveau-nés des objets de première nécessité,  les vieillards demi-nus et grelottant l'hiver, il comprenait encore moins l'indifférence religieuse de cette malheureuse population.

— Ah ! disait-il, comment se refuser à consoler sa vie par l'espé­rance d'une éternité réparatrice, quand on ne connaît ici-bas que les difficultés et les souffrances de la misère!

Cependant, il s'était rencontré quelque bon grain, dans ce champ rempli d'ivraie où, depuis deux ans, il semait la parole de Dieu avec un zèle égal à sa charité. Avec quelle sollicitude soignait-il ces quel­ques épis! Quel amour ne leur portait-il pas! avec quelle ardeur ne suppliait-il pas le Seigneur de les féconder chaque jour davantage !

Par un après-dîner du mois de mai, très-belle bien qu'un peu froide, et après un frugal repas, dont le lait de l'unique vache qu'il ait dans son étable, et les œufs des quelques poules dont Geneviève sa chambrière a peuplé la basse-cour, ont fait les principaux frais, le digne prêtre, appuyé sur son bâton, sa chevelure blanche ense­velie sous un vaste chapeau, se dirige vers le village.

— Bonjour, monsieur le curé! lui disent les petits enfants en sa pressant sur son passage.

Il était simple prêtre, mais pour les enfants du peuple, chaque prêtre est curé.

— Bonjour, leur répond-il, tandis que sa main les caresse, et qu'il arrête sur eux un regard paternel.

Il espère que, moins rebelles à la grâce que leurs pères, ces enfants devenus hommes, sauront vivre en chrétiens. '

— Est-ce chez nous que vous venez, monsieur le curé? lui deman­dent les premiers petits garçons qui l'entourent.

— Non, non ! C’est chez nous ! Criaient les autres.

— Ce n'est pas vrai !

— Si! C’est vrai !

— Non !

Et l'on était près d'en venir aux coups.

— Chut! Chut! dit le bon prêtre, chacun aura son tour, mais sur­tout, soyez sages ! Je passerai la maison de ceux qui ne le seront pas

Le calme se rétablit aussitôt. Il distribue des bonbons, des images dont il a toujours ample provision, et quand il est parvenu à sa dégager du cercle qui s'est formé autour de lui, il reprend sa marche, et ne s'arrête que devant une des habitations les moins misérables du village.

Les enfants qui le suivaient à peu de distance, s'écrient :

— Ah ! C’est chez le père Granger qu'il va, monsieur le curé ! Il va être bien content, le père Granger, car il aime joliment monsieur le curé.

Le bon prêtre, après avoir franchi deux marches formées grossièrement de deux pierres placées l'une au-dessus de l'autre, ouvre une porte que tenait formée un simple loquet, et pénètre dans une grande salle dont le grossier ameublement est rendu presque élégant par une extrême propreté. Près d'une grande cheminée, décorée d'une longue serge autrefois verte, se tient assis un vieillard sec et long, les deux mains étendues vers l'âtre où brille une flamme claire et pétillante, qu'une journée de printemps un peu fraîche lui a rendue nécessaire.

— Qui va là demanda-t-il, sans se retourner.

— C'est moi, Granger ; c'est votre vieil ami !

— Ah !... c'est vous, monsieur le curé! Soyez le bienvenu. J'avais l'idée que je vous  verrais aujourd'hui.

— Eh bien! Mon cher Granger, comment allons-nous? demanda le digne prêtre en prenant un siège auprès du vieillard.

— Assez bien, monsieur le curé, assez bien, quant au corps, mais pour le reste, très-mal.

— La résignation vous a donc abandonné?

— La résignation? J'en ai quand vous êtes là, mais je n'en ai plus dès que je me retrouve seul.

— Pauvre Granger! N’avez-vous pas réfléchi à ce qui a fait le sujet de notre entretien, la dernière fois que nous nous sommes vus?

— Non, répondit le vieillard, avec découragement, je n'ai su que me plaindre.

— Est-ce là, mon frère, se montrer chrétien? Est-ce là ce que Dieu attend de vous? Est-ce donc la lâcheté et la révolte de l'âme qu'il doit un jour récompenser ?

— Ah! Monsieur le curé hier, à mon réveil, j'ai voulu comme tous les autres jouir de la clarté renaissante du jour, j'ai ouvert mes yeux grands, oh! bien grands... et la nuit pour moi ne s'est pas dissipée! Si vous me voulez résigné, faites donc que je n'aie pas de réveil ! « Le ciel est magnifique, m'a dit ce matin ma fille, en ouvrant la fenêtre de ma chambre, pour y faire pénétrer l'air frais et pur du matin; la nature prend ses habits de fête, on voit que nous touchons au mois de mai! » Ces paroles, comme un fer aigu, ont pénétré mon cœur. Le ciel, la nature, je ne les verrai plus! Et vous voulez que je sois résigné ? Aveugle... ô mon Dieu! Aveugle... que de fois ce mot sort de mes lèvres dans mes nuits d'insomnie, et dans ces jours qui sont encore des nuits pour moi! Comment puis-je forcer mon âme à considérer comme un bienfait ce qui la remplit de trouble et de douleur ?

— 0 mon frère! Ne serait-il pas plus digne, je ne dis pas même de votre titre de chrétien, mais de votre caractère d'homme, de lutter contre la douleur que de vous y abandonner ainsi !

— Ah! si vous saviez ce que c'est que de vivre dans une nuit pro­fonde, dont on ne peut plus sortir; de sentir le rayon du soleil, sans jouir de sa lumière; de respirer le parfum des fleurs, sans distinguer leurs couleurs; de n'être averti de la présence du ruisseau dont l'eau coule limpide et argentée à travers la campagne, que par le froid qu'elle imprime à vos pieds, ou par le bruit léger de ses ondes ! Si vous le saviez, que vous me trouveriez à plaindre! Et je ne vous ai pas tout dit encore, je ne vous ai point dit ce qu'il y a d'inex­primables souffrances dans l'impossibilité de surprendre un seul regard de ceux qu'on aime, un seul sourire sur leurs lèvres; je ne vous ai pas dit non plus quelle amertume remplit le cœur, quand on se voit, à soixante ans, à charge aux siens qu'on eût pu nourrir longtemps encore ! 0 mon Dieu, ayez pitié de moi !

— Et comment n'aurait-il pas pitié de vous ? Qui peut lui être plus cher que celui qui souffre ? Il a tant souffert lui-même, quand son amour lui eut fait choisir la voie douloureuse de la croix, pour nous fermer l'abîme que le péché avait creusé sous nos pas ! Pensez à ce divin Modèle, ô mon frère, et la plainte expirera sur vos lèvres. Il a souffert sans consolation, haï des uns, méprisé des autres, persécuté de tous; il s'est vu renié de ceux qu'il avait le plus aimés, et il s'est tu : il n'a pas ouvert la bouche, dit le prophète; et vous, que de biens ne vous reste-t-il pas dans cette infortune que vous déplorez si haut! Vos yeux ne voient plus la lumière du jour, mais vous vivez tranquille et respecté; vous avez auprès de vous une fille soumise et dévouée, un petit-fils que vous chérissez : que d'hommes encore à ce prix envieraient votre infirmité ! Ah! Remerciez Dieu, et cessez ces plaintes indignes d'un homme et d'un chrétien.

— Votre parole fait toujours descendre la paix dans mon Âme. Je suis plus résigné en ce moment, mais quand vous ne serez plus là.....

— Dieu n'y sera-t-il pas toujours ? Ne le voyez-vous pas, les regards arrêtés sur vous, et prêt à récompenser, par une félicité sans fin, une épreuve d'un moment ? Si vous l'écoutez parler à votre cœur, vous demeurerez calme et résigné.

La porte de la chaumière s'ouvrit :

— C'est ma fille, dit vivement le vieillard, j'avais reconnu son pas, comme elle passait sous la fenêtre. Elle revient du marché de Renti, où elle va maintenant à la place de l'aveugle qui n'est plus bon à rien.

— Père, ce n'est pas bien ce que vous dites là, dit une paysanne fraîche et jolie en se débarrassant d'énormes paniers. Bonjour, mon­sieur le curé ; comment allez-vous aujourd'hui ? ajouta-t-elle, en saluant le digne prêtre.

— C'est à vous, ma chère Louise, qu'il faut demander cela, à vous qui avez fait vos six lieues aujourd'hui.

— Oui, dit le père, en prenant les mains de sa fille, tu dois être bien fatiguée ?

— Moi? Allons donc, père ! Je ne me suis jamais mieux portée qu'à présent. Mais comme tout est propre ici ! dit-elle avec attendrissement; voyez donc, monsieur le curé. C'est pourtant mon bon père qui prend ce soin-là du ménage, je ne ferais pas si bien assurément...

— J'ai admiré en entrant, dit l'abbé, le bon ordre qui rogne ici. Le front de l'aveugle s'éclaircit, un sourire passa sur ses lèvres :

— Vraiment, dit-il, vous trouvez que c'est assez bien?

— La tenue de ce ménage contenterait les plus difficiles, répondit l'abbé.

— Allons! Tant mieux. Peut-être me flattez-vous, mais je me sens tout joyeux à l'idée de pouvoir être de quelque utilité à ma petite Louise.

— Savez-vous, monsieur le curé, dit Louise, que tous les jours mon père me répète qu'il est inutile ici! Est-ce bien, cela? Et vous voyez comme il est inutile : il ne me laisse rien à faire; non-seu­lement il fait le ménage les jours de marché et trait notre vache, mais c'est encore lui qui bat le beurre, qui pétrit la pâte pour faire le pain, qui chauffe le four; c'est lui qui bêche notre petit enclos de derrière la maison, et l'on est inutile en travaillant comme ça ? Je devrais bien me fâcher contre ce bon père !

Et l'excellente fille embrassait et caressait son père, comme elle eût fait de son enfant.

— Vous avez raison, monsieur le curé, dit l'aveugle d'une voie basse et émue, bien des gens échangeraient volontiers leur sort contre le mien, et je suis bien coupable, quand j'ose me plaindre.

— Père, dit Louise en allant à ses paniers, le marché a été favo­rable aujourd'hui, aussi je vous apporte de l'osier.

— Ah! Tu es une bonne fille, dit le vieillard d'un ton joyeux, je vais pouvoir employer mon temps ; car malgré tout ce qu'elle prétend que je fais dans la maison, monsieur le curé, il y a bien des heures que je ne sais comment utiliser, et cela me fait du tort. A présent, je ferai des corbeilles; mon ouvrage sera bien grossier sans doute, mais c'est égal, on trouvera toujours à le placer. Je suis bien content. Mais dis-moi, ma fille, cela t'a peut-être coûté beaucoup d'argent ! Je ne voudrais pas que pour me satisfaire...

— Moins que rien, père, moins que rien. D'ailleurs vous m'avez permis d'acheter un jour où la vente aurait été favorable, et elle a été excellente aujourd'hui. Ah! J’ai voulu vous régaler d'un peu de pain blanc, j'en ai acheté à Renti, chez ce boulanger, vous savez, qui le fait si bien...

— Je ne veux pas que tu te ruines pour moi, dit le père, en laissant échapper quelques larmes d'attendrissement.

— Taisez-vous, père, vous n'avez pas raison ! Voilà aussi un peu de sucre pour votre rôtie du soir.

— Allons! Du sucre à présent! Mais tout ton gain y aura passé! Est-ce que j'ai besoin d'une rôtie tous les soirs, ici, où le vin est si cher ? C'était bon quand j'étais malade.

— Oui, père, vous en avez besoin. Je sais bien ce que le médecin m'a dit : il faut vous fortifier.

— Je suis bien assez fort pour ce que je fais, et certainement je ne prendrai pas du vin sucré tous les jours. Est-ce que tes moyens te permettent d'avoir un père qui coûte tant ?

— Père, je vois bien que vous voulez me faire de la peine ! Ren­dez-le donc plus raisonnable, monsieur le curé, dit-elle au bon prêtre, que ce touchant débat attendrissait jusqu'aux larmes.

— Monsieur le curé, dit à son tour l'aveugle, vous savez bien qu'il ne nous reste pour vivre que le travail de cet ange-là. Puis-je souffrir que tout ce qu'elle gagne soit dépensé pour un vieil infirme comme moi?

— Rassurez-vous, mon ami, votre bonne Louise est assez raison­nable pour ne pas faire de dépenses au-dessus de ses moyens, et cessez de l'affliger en refusant les soins qu'elle juge nécessaires à votre santé.

— Je n'ai pas oublié Jean-Baptiste, dit Louise; voilà déjà une tarte aux pommes, comme il les aime, et puis voilà une toupie qu'il m'a demandée, il y a bien longtemps, mais je ne me trouvais jamais assez riche pour la lui acheter. Où est-il donc, pore, ce cher enfant, je ne l'ai pas encore embrassé?

Le vieillard garda un moment le silence, et quand il le rompit, ce fut pour dire avec un visible embarra :

— C'est Joseph, tu sais? Le fils à Pierre.... qui a passé par ici.... Jean-Baptiste lui a parlé là, devant la maison. J'entendais leur conversation.

— Eh bien ! Père, est-ce qu'il est parti avec Joseph ?

— Ça se peut bien; à moins que l'enfant n'ait voulu se rendre à Ville-Dieu pour être témoin de l'arrivée de mademoiselle de Saint-Valéry. N'est-ce pas aujourd'hui qu'elle rentre au château après une absence de plusieurs années ? S'empressa-t-il de demander à l'abbé, dans l'espérance de distraire Louise de l'absence de son fils.

— Ainsi, désobéissant comme toujours, monsieur Jean-Baptiste Vous a quitté malgré ma défense ! dit-elle.

— Que veux-tu? Un enfant...

— Et il n'a pas même pris la peine de vous dire où il allait ?

— Il est vif, si étourdi !

— Père, nous le gâtons trop. Nous nous repentirons plus tard do notre faiblesse.

— Il est si jeune !

— Il aura douze ans à la Saint-Jean prochaine, père ! Et il ne sait rien, et il ne fait rien que charbonner (dessiner sur) les murs du matin au soir...

Le grand-père ne répliqua rien. Sa raison lui disait que sa fille ne se plaignait pas sans fondement, si sa grande faiblesse pour l'enfant l'empochait d'en convenir. Louise alla pleurer silencieusement dans un coin de la chambre la nouvelle désobéissance de son fils.

— Mes amis, dit le bon abbé, je crois avec vous que Jean-Baptiste est trop gâté, mais rien n'indique chez lui qu'il faille désespérer de l'avenir, au contraire.

— N'est-ce pas, monsieur le curé! dit le grand-père avec vivacité.

— Je sais bien, dit Louise, que c'est encore un bon garçon, mais pourtant....

— Il faut cesser de le gâter, dit l'abbé, et l'enfant sera ce qu'il doit être, an excellent sujet. Moi-même, je le gâte bien un peu; il a tant de vivacité et d'originalité dans l'esprit, de franchise dans le caractère, que je ne me sens pas toujours le courage de me montrer sévère. Mais je vais me surveiller davantage; faites comme moi, et nous réparerons le mal déjà fait, si mal il y a.

— Oui, si mal il y a, répéta le grand-père en appuyant un peu sur ces mots. Tu vois bien, Louise, que tu as tort de t'affliger comme tu fais, car tu pleurais tout à l'heure; je le savais bien, va, quoique je ne pouvais le voir. Tu m'en veux de ma faiblesse pour l'enfant...

— Vous en vouloir, père, de votre tendresse pour mon enfant !

— Tu aurais bien raison, car, si je l'aime beaucoup, je l'aime mal. Mais que veux-tu ? C'est notre unique enfant, nous n'avons pas à partager notre affection, et puis, comme dit monsieur le curé, il a l'esprit, si ouvert, le cœur si bon, le caractère si franc, qu'on le gâte sans la vouloir. Mais, je me corrigerai, je te le promets! Tu verras, quand il rentrera, de quel air je vais le recevoir !

— Je serai chez moi dans deux heures, dit le bon abbé, en se levant pour partir; envoyez-moi Jean-Baptiste, je lui ferai à mon tour une petite mercuriale.

Il serra affectueusement la main de l'aveugle, échangea encore au sujet de l'enfant quelques mots avec Louise, et quitta la chaumière pour reprendre dans le village sa course apostolique.

Extrait de : CHAUMIÈRE DE HAUT-CASTEL, ou  LA  FOI  VICTORIEUSE  DE  L'ORGUEIL;   par  E. BENOIT(1853)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 09:38

TRAITÉ SUR LE PAPE ET SUR LE CONCILE… (2-3)              

Œuvre de Saint Alphonse de Liguori  Docteur de l’Église

L'infail­libilité du Pontife Romain et de sa supériorité sur le Concile, notre Saint Docteur se prononce d'une manière formelle sur l'une et l'autre de ces deux questions fonda­mentales.

Quant à la première, il présente invariablement la pré­rogative de l'infaillibilité pontificale comme une vérité de foi divine, c'est-à-dire comme manifestement appuyée sur la révélation, nomme réellement contenue dans la parole révélée, soit écrite, soit traditionnelle. Il affirme expressé­ment que son opinion, qui est « le sentiment commun, » comme il l'appelle lui-même, « touche tout au moins à la foi » tandis que l'opinion contraire « paraît tout à, fait erronée et touchant à l'hérésie ».

Et ailleurs il déclare qu'il tient son opinion pour certaine.  Il dit aussi : « Lorsque le Pape parle comme docteur universel définissant ex cathe­dra, c'est-à-dire en vertu du pouvoir suprême transmis à Pierre d'enseigner l'Eglise, nous disons qu'il est absolument infaillible dans la décision des controverses relatives à la foi et aux mœurs; » puis, citant Suarez, il ajoute : « Tel est actuellement l'enseignement de tous les docteurs catho­liques, et je tiens que c'est là un point de foi certain;... le commun consentement de l'Eglise est si constant, et l'opinion des écrivains catholiques si unanime au sujet de cette vérité, qu'il n'est nullement permis de la révoquer en doute. » Et notons ici que le Saint Auteur s'est exprimé dans un langage aussi catégorique, au cœur même du royaume de Naples, à une époque où le gouvernement de ce pays n'était que trop engoué des idées contraires, incar­nées dans le Jansénisme et le Fébronianisme dont il était le complaisant fauteur.

Cette doctrine, si nettement formulée, a été ratifiée par le Concile du Vatican et élevée à la hauteur d'un dogme défini, comme le constate la définition dogmatique de 1870.

Quant à la seconde question, notre Saint n'est ni moins explicite, ni moins précis : Ji L'opinion, dit-il, à laquelle nous adhérons, tient qu'un Pape non douteux est toujours au-dessus du Concile ou de toutes les Eglises, même prises collectivement. « Et ailleurs il représente cette opinion comme étant la plus commune. Enfin, il conclut en affir­mant qu'elle est plutôt celle de toute l'Eglise que la sienne propre.

Ici encore le Concile du Vatican a donné gain de cause à notre Saint Docteur et confirmé sa doctrine par des déci­sions irréfragables. Il est donc réalisé ce vœu que nous avions exprimé de voir le Concile œcuménique imprimer le sceau d'ure définition dogmatique aux glorieuses prérogatives de l'infaillibilité pontificale et en finir avec toutes les arguties de certains néo-chrétiens et les ingénieuses échappatoires du gallicanisme désormais enterré.

Sentiments de Saint Alphonse. — Une chose digne de remarque, c'est que tous les Saints se sont distingués par une obéissance exceptionnelle, une vénération toute spéciale pour le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre ; nous oserons même affirmer que le degré de leur sainteté est en raison du degré de leur dévouement. Aussi le savant pape Benoît XIV, dans son célèbre ouvrage De la Béatification des Serviteurs de Dieu et de la Canonisation des Bienheureux, compte-t-il parmi les signes sur lesquels on peut fonder un jugement solide touchant l'héroïsme de la foi, cette obéissance et cette soumission spéciales envers le Souverain Pontife. Or, on peut dire que Saint Alphonse était animé de ces sentiments portés à leur suprême degré, et que, sous ce rapport, il s'est même distingué parmi les autres Saints. C'est ce que constate le procès de sa Béatification : Tous les Saints, y lisons-nous, ont professé une grande vénération pour le Souverain Pon­tife ; cependant, de même que les astres diffèrent entre eux par leur éclat, ainsi le saint prélat Alphonse-Marie de Liguori brille, sous ce rapport, d'un éclat particulier parmi les autres Saints.

Aussi attachait-il une importance capitale à tout ce qui se rapporte à l'autorité du Pontife Romain. C'est ce qui lui fit entreprendre, en dépit de ses infirmités et de son grand âge, les différents écrits qui composent le volume que nous publions ; et, comme nous l'avons fait remarquer, il s'y pro­nonce d'une manière catégorique, sans assigner de limite à la puissance du Pontife Romain dans sa primauté d'hon­neur et de juridiction. De plus, non content d'avoir traité les plus importantes questions sur l'autorité pontificale dans des écrits spéciaux de polémique religieuse, il ne craint pas de se détourner de sa route dans la marche régulière de sa Théologie Morale, comme il le dit lui-même, en y insérant une dissertation purement dogmatique; et il allègue pour motif, que c'est l'importance de cette question « si célébre et si vivement agitée de nos jours, » qui l'a déterminé à cette combinaison apparemment irrégulière. Et combien de fois ne répète-t-il pas sous différentes formes cette idée fon­damentale et essentiellement vraie, que, sans un juge infailli­ble, il n'y a plus d'unité de foi possible dans l'Eglise, et que par conséquent sans lui l'œuvre du Sauveur serait fatale­ment compromise et même vouée à une ruine inévitable !

Mais, à un point de vue plus large, Saint Alphonse, comme le remarque un de ses biographes, « défendait avec d'autant plus de zèle l'autorité pontificale, qu'il savait qu'elle est la seule qui s'oppose aux erreurs que l'on cherche à répandre sur le dogme, la morale, le droit canonique et civil, l'histoire ecclésiastique et profane, la philosophie, la politique, la médecine, etc. » Or, l'autorité pontificale est la seule qui comprime et arrête sûrement le flot de ces erreurs, comme on peut le voir par tous les décrets qui émanes du Saint-Siège, par l'Index des ouvrages prohibés, par les allocutions consistoriales, en un mot, par tous les docu­ments pontificaux qui donnent au monde les plus solennelles leçons.

Animé de ces sentiments, Saint Alphonse « ne trouvait aucun repos et ne pouvait contenir son indignation, quand il apprenait qu'on attaquait ou qu'on révoquait en douce l'autorité du Pape sur le Concile et son infaillibilité en matière de foi. Au contraire, il ne se possédait point de joie, quand il voyait que d'autres partageaient ses sentiments sur ce point : Otez au Pape, disait-il, sa qualité de juge suprême pour décider les controverses, et la foi est perdue. Ce juge manque chez les hérétiques; aussi ne trouve-t-on parmi eux que confusion et dissentiment, parce que chacun se donne à lui-même la qualité de Juge.

 Après Dieu, disait-il encore, à l'occasion de la mort de Clément XIII, nous n'avons que le Pape ; sans lui, dans quelle confusion ne serions-nous pas ? C'est le Pape qui nous fait connaître la volonté de Dieu, et qui met la paix dans nos con­sciences.  » Dans la Dédicace de sa Théologie Morale, il appelle le Pape « le Prince suprême de la Théologie, le Modérateur de l'Eglise, le Conservateur et le Vengeur de la vérité divine, le seul Juge des controverses ; » et dans son Homo Apostolicus, il le proclame - le Docteur universel de l'Eglise, l'Interprète suprême de la volonté divine; enfin, il le nomme « le Fondement, la Règle, le Docteur et le Défenseur de !a Foi. »

Ces titres magnifiques révèlent toute la pensée et tous les sentiments de Saint Alphonse sur la personne et l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ en ce monde. Ces sentiments, il a voulu les faire partager à tous les membres de sa famille spirituelle, auxquels il ne cessait de les inculquer; et pour les perpétuer en quelque sorte parmi eux, il a établi comme une règle inviolable dans son Institut, qu'un jour de chaque semaine, on appliquerait « toutes les prières, communions, mortifications, travaux et occupations, pour l'exaltation de la Sainte Eglise et pour le Souverain Pontife. 

On conçoit, après cela, que la trop fameuse Déclaration de 1682 dût être pour lui » comme une épine qui lui perçait le cœur, » d'après l'expression des historiens de sa Vie. Aussi prit-il à coeur de la réfuter ex professa, parce qu'il s'était convaincu que la plus forte opposition que l'on fit, de son temps, à l'infaillibilité pontificale, était basée sur les quatre Articles de la Décla­ration. — Et dès qu'il apprit la publication du livre pernicieux de Fébronius, il ne trouva plus de repos, comme nous le lisons dans les Actes de sa Béatification, qu'il n'eût donné la réfutation de cet insidieux ennemi des prérogatives du Pontife Romain.

Au moment de livrer à l'impression son grand ouvrage intitulé : Triomphe de l'Eglise ou Histoire et Réfutation des Hérésies, il reçut quelques observations du réviseur ecclésiastique touchant sa doctrine sur l'infaillibilité pon­tificale. Le Saint lui répondit : Il y a un temps pour parler et un temps pour obéir : Tempus loquendi et teinpus obediendi. On peut, si l'on veut, changer certaines réflexions auxquelles je ne tiens pas; mais s'il s'agit de la puissance suprême du Pape, je suis prêt à donner ma vie pour la défendre : ôtez cette puissance, et je ne crains pas de dire que l'autorité de l'Eglise est anéantie. Cette dernière phrase suffit à caractériser l'esprit de Saint Alphonse au sujet de l'autorité pontificale, qu'il proteste vouloir défendre jusqu'à l'effusion de son sang. Cette sublime parole est également consignée dans les Actes de sa Canonisation.

Notre Saint s'est donc acquis un titre spécial de gloire par son dévouement envers le Siège Apostolique, il est le premier parmi les saints honorés sur les autels, qui ait défendu solidement l'infaillibilité du Sou­verain Pontife dans la définition des questions de foi, indé­pendamment du consentement de l'Eglise, ainsi que sa supériorité sur la Concile œcuménique, et qui ait vengé ces deux vérités des mensonges et des sophismes contemporains. En un mot, nous pouvons dire, en poursuivant cette citation, que Saint Alphonse a été au-delà de cette vénération et de cette soumission héroïque qui sont com­munes aux autres Saints, quand il s'agit des décrets et des ordres du Pontife Romain.

Nous pourrions ajouter ici quelques réflexions touchant l'autorité avec laquelle Saint Alphonse a traité ces matières, autorité basée sur une science vaste et solide, sur une éminente sainteté, sur l'approbation spéciale de l'Eglise et les plus honorables suffrages des Souverains Pontifes.  

Voici en pour résumer les paroles d'un savant canoniste moderne, parlant précisément des écrits qui font l'objet de ce volume : « L'autorité de Saint Alphonse, dit le docteur Bouix, est immense et décisive, à cause des arguments qu'il fait valoir, à cause de la sainteté qui a brillé en lui, à cause du juge­ment porté par le Siège Apostolique sur les écrits dont nous parlons.

 Ces paroles concises mais bien significatives sont confirmées par un témoignage encore plus éclatant, emprunté à la Bulle de Canonisation du Saint, publiée sous Grégoire XVI, le 26 mai 1839 : Saint Alphonse, y lisons-nous, a écrit plu­sieurs ouvrages pour soutenir les droits de ce Saint-Siège Apostolique; on y admire une vigueur extraordinaire, une science étendue et variée, des preuves éclatantes de son zèle sacerdotal et un rare dévouement pour la religion.

D'où l'on est en droit de conclure avec un écrivain moderne et distingué de la Compagnie de Jésus, que le témoignage de Saint Alphonse en ces matières est très-grave et en ren­ferme bien d'autres, parce que c'est celui du plus saint, du plus modéré, du plus savant, du plus autorisé des Docteurs que Dieu ait donnés à son Eglise dans ces derniers siècle.  Ces fortes paroles acquièrent un surcroît de valeur depuis que, par sa sentence solennelle et irrévocable, le Siège Apostolique a élevé notre pieux Auteur au rang sublime et exceptionnel de Docteur de l'Eglise universelle.

NDLR : S.S. PAUL VI est  en 2917, le véritable vicaire du Christ,  les autres ne sont que des imposteurs.  La Vérité restera toujours la Vérité.  Ave Maria.

Extrait de : ŒUVRES COMPLÈTES de St-Alphonse de Liguori.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 11:31

TRAITÉ SUR LE PAPE ET SUR LE CONCILE… (1-3)              

Saint Alphonse de Liguori  Docteur de l’Église

Ce neuvième et dernier volume des Œuvras dogmatiques de Saint Alphonse se rapporte tout entier à une des question les plus vitales du christianisme : le pouvoir pontifical. Cette question est doublement importante depuis les suprêmes décisions du Concile du Vatican et les ardentes polémiques qui les ont précédées. Pour en bien saisir toute la portée, il importe de présenter quelques réflexions sommaires et sur le sujet, et sur l'auteur, et sur l'ouvrage, d'autant plus que ces traités constituent une des gloires les plus saillantes de notre Saint Docteur.

Les questions qui concernent le Pape sont toujours fondamentales, toujours actuelles, parce qu'elles ont une importance intrinsèque dans tous les âges du monde. En effet, l'infaillibilité du Pape, par exemple, n'est pas tant la prérogative d'un homme que celle de l'Eglise, et à l'instar de la fameuse parole d'un potentat : « L'Etat, c'est moi, » on peut dire dans une certaine proportion que « l'Eglise, c'est le Pape, » qui en est tout à la fois la tête et le fondement. Saint François de Sales l'a dit dans ces courtes mais expressives paroles:   «  Le Pape et l'Eglise, c'est tout un.» Et c'est là une vérité manifeste, attendu que sans le Pape, il n'y a point de corps épiscopal ou d'Eglise enseignante, non plus qu'il n'y a de collège apostolique sans Pierre.

Aussi le saint évêque de Genève s'est-il adressé en ces termes au Souverain Pontife : « Vous êtes le cœur et le soleil de tout l'état ecclésiastique. » voilà, certes, deux mots bien significatifs. — Bien plus, on peut même dire que « l'Etat, c'est le Pape ;  car, selon la remarque des éditeurs de De Maistre, on ne considère pas assez « l’influence exercée par le Souverain Pontife sur la formation et le maintien de l'ordre social, comme aussi l'importance de ce même pou­voir pour rétablir  la civilisation sur les  véritables  bases, aujourd'hui qu'un génie malfaisant  les a brisées ou dépla­cées... 

La nécessité de son action est si sensible, que tout esprit droit et religieux se voit entraîné à cette conclusion : «Sans le Pape, il n'y a plus de christianisme, et, par une suite inévitable,  l'ordre social est blessé au cœurEn effet, peut-on contester la nécessité d'un chef suprême et infaillible, non-seulement pour maintenir dans l'Eglise l'unité de croyance, mais encore pour déterminer toutes ces ques­tions modernes qui, même abstraction faite  de  leur côté religieux, ont de si graves conséquences dans la pratique? Et cette réflexion trouva-t-elle jamais plus d'à-propos que de nos jours, où nous subissons les conséquences du ter­rible cataclysme qui a ébranlé l'Europe a la fin du siècle dernier, et qui a légué à la génération présente le triste héritage des idées modernes, en faussant avec elles et par elles les vraies notions sur les relations de l'Eglise et de l'Etat, et sur la liberté envisagée dans ses  applications multiples.

Ajoutons qu'aujourd'hui l'erreur ne consiste plus dans la négation isolée d'un dogme ou d'une vérité chrétienne, mais dans la négation générale de toute certitude en matière de foi, négation assez mal déguisée sous les noms trompeurs de rationalisme, de naturalisme, de matérialisme, de liberté de penser et même de libéralisme.

Or, quelle digue plus puissante peut-on opposer à ce flot envahissant d'idées antirationnelles, antichrétiennes et antisociales, que l'ensei­gnement infaillible du VRAI Vicaire de Jésus-Christ, que l'affir­mation solennelle d'une autorité suprême dont les décisions doctrinales sont irréfragables et sans appel ? C'est le Pape qui, armé de cette autorité, maintiendra désormais avec un surcroît de puissance les vérités politiques et religieuses opposées aux quatre-vingts propositions négatives du fameux Syllabus de 1864 ; c'est lui qui détournera de l'Eglise et de la société les désastres que leur préparent ces théories modernes qui tendent à l'émancipation absolue de la raison et de la science, et, par suite, à l'anarchie politique et religieuse.

Mais écoutons le célèbre Joseph de Maistre, homme du. monde et homme de génie, profond politique et chrétien, convaincu : « Il m'est prouvé, dit-il, et je voudrais de tout mon cœur le prouver aux autres, que sans le Souverain, Pontife, il n'y a point de véritable christianisme, et nul honnête homme chrétien, séparé de lui, ne signera sur son honneur (s'il a quelque science,) une profession de foi claire­ment circonscrite.» — « Sans le Souverain Pontife, tout l'édifice du christianisme est miné ;» car « le christianisme repose entièrement sur le Souverain Pontife. » Et en cela l'illustre défenseur du Pape est d'accord avec Saint Alphonse de Liguori, comme nous le verrons dans la suite de cette Préface et dans le corps même de ce volume; il ne l'est pas moins avec la vénérable cardinal Bellarmin dans ces remarquables paroles : De quoi s'agit-il quand il est question de la primauté du Souverain Pontife? Je réponds en deux mots, qu'il s'agit de tout le christianisme ; car c'est là une question de vie ou de mort pour l'Eglise ; en effet, priver l'édifice de son fondement, le troupeau de son pasteur, l'armée de son général, les astres du soleil, le corps de sa tête, n'est-ce pas renverser l'édifice, disperser le troupeau, mettre l'armée en déroute, obscurcir les astres, tuer le corps ?

De plus, les attaques des ennemis du Saint-Siège donnent au sujet un caractère particulier d'actualité. On peut appli­quer à notre époque ces véridiques paroles du comte de Maistre, que nous citons textuellement en substituant sim­plement le présent au passé : « La rage antireligieuse con­tre toutes les vérités et toutes les institutions chrétiennes s'est tournée surtout contre le Saint-Siège. Les conjurés savent assez, et le savent malheureusement bien mieux que la foule des hommes bien intentionnés, que le christianisme repose entièrement sur le Souverain Pontife. C'est donc de ce côté qu'ils tournent tous leurs efforts... Ils présentent le Saint-Siège comme l'ennemi naturel de tous les trônes; ils l'environnent de calomnies, de défiances de toute espèce; ils tâchent de le brouiller avec la raison d'Etat; ils n'oublient rien pour attacher l'idée de la dignité à celle de l'indépen­dance. »

Tels sont les ennemis actuels du Saint-Siège, ennemis égarés par l'ignorance et l'indifférence, le préjugé et la mauvaise foi, la malice et l'impiété.

Enfin, on sait quelles discussions ont soulevées les ques­tions concernant l'autorité pontificale, à l'occasion du Concile œcuménique du Vatican, en 1870. L'ardeur de la polémique et la gravité des décisions portées par l'auguste assem­blée nous font encore mieux comprendre l'importance des questions traitées par Saint Alphonse. D'ailleurs, les infailli­bles décrets qui ont définitivement sanctionné les droits du Pontife suprême, n'ont pas encore découragé complètement ses ennemis séculaires, ni détruit sans retour leurs opiniâtres préjugés ; et puis, même après ces décrets irréformables et cette avalanche de livres savants qui ont paru au moment de la lutte engagée à l'occasion du Concile, que d'ignorants encore qui connaissent à peine le premier mot de la ques­tion et les définitions les plus élémentaires !

Notre Saint Auteur aurait donc pu placer en tête du présent volume, s'il l'avait publié dans les mêmes conditions que nous, ces paroles d'un autre défenseur du Siège Apos­tolique : «A cette époque mémorable, il m'a paru utile d'exposer, dans toute sa plénitude, une théorie vaste et importante, et de la débarrasser de tous les nuages dont on s'obstine à l'envelopper depuis si longtemps. »(De Maistre)  (A suivre)

Extrait de : ŒUVRES COMPLÈTES de St-Alphonse de Liguori.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 08:49

La profession d'étudiant est décriée. On rit sous cape quand nous affirmons qu'elle est dure. Et beaucoup d'étudiants rient aussi, croyant que l'on se moque d'eux. Ne serait-ce pas, parce qu'ils n'ont jamais pris leur vie au sérieux?

Est-ce pour rire que S. Augustin a dit qu'il fallait aimer virilement l'intelligence, et Pascal qu'il fallait d'abord travailler à bien penser.

Dis-toi souvent que rien n'est plus beau que l'étude puisque c'est l'exercice de la reine des facultés humai­nes, celle par laquelle tu ressembles le plus à Dieu. Et donc, par respect pour elle et pour Lui, de toutes tes forces cultive-la.

Dis-toi souvent que rien n'est plus utile que l'étude. Cas ce sont les doctrines qui conduisent les hommes. Un cerveau qui pense juste est plus utile au monde que cent bras vigoureux. Ne serait-ce pas un crime que de lui refuser les services du tien?

Il ne faut mépriser personne. Mais le travail de l'esprit exige plus de volonté que celui des mains. Il est plus difficile d'être un bon étudiant qu'un bon maçon. Avant de devenir une joie, l'étude est d'abord un martyre. Intelligence sans vertu... fléau, et sans courage... zéro.

Henry de Montherlant prétend, que les deux tiers des Français atteignent au sommet de leur intelligence vers l'âge de treize ans" mais qu'elle, meurt chez la plupart aux alentours de dix-sept ans". A cause de quoi? Sois-en sûr, cette faillite de l'intel­ligence est due uniquement à un krach de l'énergie.

La profession d'étudiant est certainement la plus sabotée. En agissant ainsi beaucoup s'imaginent ne faire tort à personne. Erreur! C'est gaspiller le temps que Dieu nous prête.

C'est frustrer le monde de l'homme de valeur que nous pourrions devenir. Que dirais-tu d'un apprenti de quinze ans qui ferait sa besogne avec le sans-gêne que tu apportes à la tienne. Tu dirais que c'est un voleur. Et toi?

Bossuet était convaincu des possibilités presqu'infinies qui s'ouvrent à l'intelligence de l'homme: L'esprit de l'homme, disait-il, peut trouver jusqu'à l'infini; sa seule paresse met des bornes à sa sagesse et à ses inventions ".

Il n'est point besoin, écrit le P. Sertillanges, de facultés extraordinaires pour réaliser une œuvre; une moyenne supérieure y suffit; le reste est fourni par l'énergie et par ses sages applications".

Il dit encore : La vie d'étude est austère et impose de lourdes obligations. Elle paye, et largement; mais elle exige une mise dont peu sont capables. Les athlètes de l'intelligence comme ceux du sport, ont à prévoir les privations, les longs entraînements et la ténacité parfois surhumaine. Il faut se donner à plein cœur pour que la vérité se donne. La vérité ne sert que ses esclaves ".

Le monde a besoin de ton intelligence. Dieu a besoin de ton esprit pour porter la vérité aux hommes. Tu es indispensable, irremplaçable. Ce que tu omettras de faire, personne ne le fera. Que te faut-il de plus? Travaille! Travaille!

Extrait de : AU LARGE (Méditations pour Étudiants)  Jean Le Presbytre  (Casterman)

Elogofioupiou.over-blog.com

Partager cet article
Repost0
9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:31

TESTAMENT que fit sur la croix, JÉSUS-CHRIST, notre SAUVEUR, priant son PÈRE ÉTERNEL.

Le Seigneur attaché à la croix disposa de ces biens éternels, faisant connaître ceux à qui ils devaient ap­partenir et qui devaient être ses légitimes héritiers, et ceux qu'il déshéritait, ainsi que les causes de la diffé­rence de leur sort. Il s'entretint de tout cela avec son Père éternel, comme souverain Seigneur et très juste juge de toutes les créatures, car les secrets de la prédesti­nation des saints et de la réprobation des impénitents ëtaient renfermés dans ce Testament, qui fut fermé et ca­cheté pour les hommes. Seule, la bienheureuse Marie eut le privilège de l'entendre, parce que non seulement elle pénétrait toutes les opérations de 1'âme très sainte de Jésus-Christ, mais elle était encore son héritière uni­verselle, constituée la maîtresse de tout ce qui est créé. Coadjutrice de la rédemption, elle devait être aussi l'exécutrice testamentaire qui présiderait à l'accomplis­sement des volontés de ce Fils, qui mit toutes choses en­tre les mains de sa Mère, comme le Père éternel les avait mises entres les siennes (Jean: XIII;3), et en cette qua­lité, elle devait être chargée de distribuer les trésors acquis par son Fils et lui appartenant, tant à raison de son titre que de ses mérites infinis. Cette connaissance m'a été donnée comme faisant partie de cette histoire, afin de faire mieux ressortir la dignité de notre auguste Reine, et que les pécheurs recourent à elle comme à la dépositaire des richesses, dont son Fils, notre Rédemp­teur, veut rendre compte à son Père éternel: car tous nos secours doivent être tirés du dépôt de la très pure Marie et c'est elle qui doit les distribuer de ses mains chari­tables et libérales.

Après que la sainte croix eut été dressée sur le Calvaire, le Verbe incarné qui y était attaché, dit inté­rieurement à son Père, avant de prononcer aucune des Sept paroles: "Mon Père, Dieu éternel, je vous glorifie de cette croix où je suis, et je vous honore par le sacrifi­ce de mes douleurs, de ma passion et de ma mort, vous bé­nissant de ce que par l'union hypostatique de la nature  divine, vous avez élevé mon humanité à la suprême dignité de Christ, Dieu et homme, oint par votre Divinité même. Je vous glorifie pour la plénitude de tous les dons pos­sibles de grâce et de gloire que vous avez communiqués à mon humanité des l'instant de mon incarnation; et je re­connais que vous m'avez donné des ce moment l'empire uni­versel sur toutes les créatures dans l'ordre de la grâce et de la nature pour toute l'éternité (Math.: XXVIII;18); que vous m'avez établi Maître des ci eux et des éléments, du soleil, de la lune, des étoiles, du feu, de l'air, des mers, de la terre, et de toutes les créatures sensibles et insensibles qui s'y trouvent; de la révolution des siècles, des jours et des nuits, soumettant tout à mon pouvoir absolu; que vous m'avez fait le Chef, le Roi et le Seigneur des anges et des hommes, pour les gouverner et pour récompenser les bons et punir les méchants (ephés.:I;21-Jean:V;22); qu'à cet effet vous m'avez donné la toute puissance et les clefs de l'abîme (Apoc. : XX;1), depuis les hauteurs du ciel jusque dans les profondeurs des enfers; que vous avez remis entre mes mains la justi­fication éternelle des hommes, leurs empires, leurs roy­aumes et leurs principautés, les grands et les petits, les pauvres et les riches, et tous ceux qui sont capables de votre grâce et de votre gloire; enfin, que vous m'avez établi le Justificateur, le Rédempteur et le Glorificateur universel de tout le genre humain (I Cor.:l;30), le Seigneur de la mort et de la vie, de tous ceux qui sont nés, de la sainte Eglise et de ses trésors, des Écritures, des mystères, des sacrements, des secours, des lois, et des dons de la grâce: vous avez remis, mon Père, toutes choses entre mes mains (Jean: XIII ;3), et les avez subor­données à ma volonté, et c'est pour cela que je vous exalte, que je vous glorifie.

"Maintenant, Père éternel, que je sors de ce monde pour m'en aller à votre droite par la mort que je vais souffrir sur la croix, et que j'ai accompli par elle et par ma passion la rédemption des hommes que vous m'avez confiée, je demande, mon Dieu, que cette croix soit le tribunal de notre justice et de notre miséricorde. Je veux juger, pendant que j'y suis attaché, ceux pour qui je donne la vie. Et justifiant ma cause, je veux disposer des trésors de mon avènement au monde, de ma passion et de ma mort; afin de déterminer dès maintenant ce qui est dû aux justes ou aux réprouvés, à chacun selon les œuvres par lesquelles il m'aura témoigné son amour ou son mépris. J'ai cherché, Seigneur, tous les hommes, je les ai tous appelés a mon amitié et à ma grâce, et j'ai tra­vaillé sans cesse pour eux dès l'instant que j'ai pris chair humaine; j'ai souffert toutes sortes de peines, de fatigues, d'injures, d'opprobres; j'ai subi une flagella­tion ignomineuse, et ai porté la couronne d'épines; enfin je vais mourir de la mort cruelle de la croix; j'ai im­ploré votre miséricorde infinie pour tous; je vous ai sollicité en faveur de tous par mes veilles, par mes jeûnes et par mes travaux; je leur ai enseigné le chemin de la vie éternelle; et autant que cela peut dépendre de ma volonté, je veux l'accorder à tous, comme je l'ai mérité pour tous, sans en excepter ni en exclure aucun; c'est pour tous que j'ai établi la loi de grâce; et l'Eglise, dans le sein de laquelle ils pourront se sauver, durera toujours, sans que personne puisse 1'ébranler.

"Mais nous connaissons, mon Père, par notre prescien­ce, que par leur malice et leur dureté tous les hommes ne veulent pas recevoir notre salut éternel, ni se préva­loir de notre miséricorde, ni marcher dans le chemin que je leur ai frayé par ma vie, par mes œuvres et par ma mort; mais qu'ils veulent arriver, par les voies de l'i­niquité, jusqu'à la damnation. Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont très équitables (Ps. : CXVIII;137) ; il est juste aussi, puisque vous m'avez établi juge des vivants et des morts (Act.: X ;42), des bons et des mé­chants, que je décerne aux justes la récompense qu'ils ont méritée en me servant et m’imitant, et que j'inflige aux pécheurs le châtiment de leur obstination perverse: que ceux-là aient part avec moi a mes biens, et que ceux-ci soient privés de mon héritage, qu'ils n'ont pas voulu ac­cepter. Or, mon Père éternel, en votre nom et au mien, et pour vous rendre gloire, je vais faire les dernières dis­positions de ma volonté humaine, qui est conforme à votre volonté éternelle et divine. Je veux en premier lieu nom­mer ma très pure Mère qui m'a donné 1'être humain, et la constituer mon héritière unique et universelle de tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire qui m'appartiennent, afin qu'elle en soit la maîtresse avec un plein pouvoir; je lui accorde actuellement tous ceux de la grâce, qu'elle peut recevoir dans sa condition de simple créature, et je lui promets ceux de la gloire dans l'avenir. Je veux aussi qu'elle soit maîtresse des anges et des hommes; qu'elle ait sur eux un empire absolu, que tous lui obéissent et la servent, que les démons la crai­gnent et lui soient assujettis, et que toutes les créatu­res privées de raison et de sentiment lui soient soumises, les cieux, les étoiles, les planètes, les éléments et tous les êtres vivants, oiseaux, poissons et animaux que l'univers contient: je la rends maîtresse de tout, et veux que tous la sanctifient et l'exaltent avec moi. Je veux encore qu'elle soit la dépositaire et la dispensa­trice de tous les biens que les cieux et la terre renfer­ment. Ce qu'elle ordonnera et disposera dans l'Eglise, à l'égard des hommes mes enfants, sera confirmé dans le ciel par les trois Personnes divines, et nous accorderons selon sa volonté tout ce qu'elle demandera pour les mor­tels, maintenant et toujours.

"Je déclare que le suprême ciel appartient aux anges, qui ont obéi à votre sainte et juste volonté, afin qu'il soit leur demeure propre et éternelle; et que là leur ap­partiennent également la jouissance et la claire vision de notre Divinité. Je veux qu'ils en jouissent d'une pos­session éternelle, en notre amitié et en notre compagnie. Je leur prescris de reconnaître ma Mère pour leur Reine et leur Maîtresse légitime, de la servir, de l'accompa­gner, de l'assister en tout lieu et en tout temps, et de lui obéir en tout ce qu'elle voudra leur commander. Quant aux démons qui ont été rebelles à notre parfaite et sain­te volonté, je les bannis de notre vue et de notre compa­gnie; je les condamne de nouveau à notre indignation et à la privation éternelle de notre amitié et de notre gloi­re, et de la vue de ma Mère, des saints et des justes mes amis. Je leur assigne pour demeure perpétuelle l'enfer, qui est le centre de la terre, et le lieu le plus éloigné de notre trône céleste, où ils seront privés de la lumiè­re, et dans l'horreur des ténèbres palpables (Jud.:6). Et je déclare que c'est là la part d'héritage qu'ils ont choisie par leur obstination et par leur orgueil, en s'é­levant contre l'Être divin et contre ses ordres: et je les condamne à être tourmentés dans ces antres ténébreux par un feu éternel qui ne s'éteindra jamais.

"Par toute la plénitude de ma volonté, j'appelle, je choisis, et je tire de la nature humaine entière tous les justes et tous les prédestinés qui, par ma grâce et par mon imitation, doivent être sauvés en accomplissant ma volonté et observant ma sainte loi. Ce sont ceux que je nomme en premier lieu (après ma bienheureuse Mère) les héritiers de toutes mes promesses, de mes mystères, de mes bénédictions, des trésors de mes sacrements, des se­crets de mes Écritures, de mon humilité, de ma douceur, des vertus de foi, d'espérance et de charité, de pruden­ce, de justice, de force et de tempérance, de mes dons, de mes faveurs, de ma croix, de mes souffrances, de mes opprobres, de mes humiliations et de ma pauvreté. Ce sera là leur partage en la vie passagère. Et comme ils en doi­vent faire eux-mêmes le choix par leurs bonnes œuvres, afin qu'ils le fassent avec joie, je le leur destine en gage de mon amitié, parce que je l'ai choisi pour moi-mê­me. Je leur promets ma protection, mes aspirations, mes faveurs, mes secours, mes dons, et la justification, se­lon leur disposition et leur amour; car je serai pour eux un père, un frère, un ami (II Cor.: VI; l8), et ils seront mes enfants, mes élus et mes bien-aimées: et comme tels, je les institue légataires de tous mes mérites et de tous mes trésors sans aucune réserve de ma part. Je veux qu'ils obtiennent de ma sainte Eglise et puisent dans mes sacrements tout ce qu'ils se rendront capables de rece­voir; qu'ils puissent recouvrer la grâce s'ils la perdent, et regagner mon amitié en se baignant et se purifiant de plus en plus dans mon sang; que l'intercession de ma Mère et de mes saints leur serve dans tous leurs besoins; qu'elle les adopte pour ses enfants et les protège comme siens; que mes anges les gardent, les conduisent et les défendent; qu'ils les portent dans leurs mains, de peur qu'ils ne trébuchent, et en cas de chute, qu'ils les ai­dent à se relever (Ps.: XC; 11 et 12).

"Je veux que mes justes et mes élus dominent sur les réprouvés et sur les démons, et que mes ennemis les crai­gnent et leur soient assujettis; que toutes les créatures les servent; que les cieux, les planètes, les étoiles et leurs influences les conservent; que la terre, les élé­ments, tous les animaux et toutes les autres créatures, qui sont à moi et qui me servent, les entretiennent comme mes enfants et mes amis, et que leur bénédiction soit dans la rosée du ciel et dans la graisse de la terre (Ichor.: III;22-Sap.: XVI;24;-Gen.: XXVII;39). Je veux moi-même prendre mes délices au milieu d'eux (Prov.: VIII;31), leur communiquer mes secrets, conserver intimement et demeurer avec eux dans l'Eglise militante sous les espèces du pain et du vin, en gage infaillible de la félicite et de la gloire éternelles que je leur promets, et dont je les fais héritiers, afin qu'ils en jouissent 3 jamais avec moi dans le ciel d'une possession inamissible.

"Quant à ceux que notre volonté rejette et réprouve (bien qu'ils fussent créés pour une plus haute fin), je consens à leur attribuer comme leur partage en cette vie passagère, la concupiscence de la chair et des yeux, l'orgueil et tous ses effets (Jean: ll;l6) ; je permets qu'ils se rassasient de la poussière de la terre, c'est-à-dire de ses richesses, des vapeurs et de la corruption de la chair, de ses plaisirs, des vanités et des pompes mondaines. Pour en acquérir la possession, ils n'ont ces­sé d'employer tous les efforts de leur volonté; ils y ont appliqué leurs sens, leurs facultés, les dons et les bienfaits que nous leur avons accordés; et ils ont eux-mêmes choisi volontairement l'erreur et rejeté la vérité que je leur ai enseignée dans ma sainte loi (Rom.: II;8-Ps.: IV;3). Ils ont renoncé à celle que j'ai écrite dans leur propre coeur, et à celle que ma grâce leur a inspi­rée; ils ont méprisé ma doctrine et mes bienfaits; ils se sont associés avec mes ennemis et les leurs; ils ont ac­cueilli leurs mensonges et aimé la vanité; ils se sont plus aux injustices, à la vengeance et aux projets de l'ambition; ils n'ont cessé de persécuter les pauvres, d'humilier les justes, de railler les simples et les in­nocents; ils ont cherché leur propre gloire et aspiré à s'élever au-dessus des cèdres du Liban (Ps.: XXXVI;35) dans la loi de l'iniquité qu'ils ont observée.

"Comme ils ont fait tout cela en dépit de notre bonté divine, qu'ils ont persisté dans leur malice opiniâtre et renoncé au droit d'enfants que je leur ai acquis, je les déshérite de mon amitié et de ma gloire. Et ainsi qu'Abraham éloigna de lui les enfants des esclaves avec quel­ques présents, et réserva tout son bien pour Isaac, fils de Sara, qui était né libre (Gen.: XXV;5), de même j'ex­clus les réprouvés de mon héritage avec les biens passa­gers et terrestres qu'ils ont eux-mêmes choisis. Et en les repoussant de notre compagnie, de celle de ma Mère, des anges et des saints, je les condamne aux abîmes et au feu éternel de l'enfer où ils seront en la compagnie de Lucifer et de ses démons, auxquels ils se sont volontai­rement assujettis, et je les prive pour notre éternité de l'espérance du remède. C'est là, mon Père, la sentence que je prononce comme juge et comme chef (Ephes.: IV;l5-Colos.: II, 10) des hommes et des anges, et le testament que je fais au moment de ma mort pour régler l'effet de la rédemption du genre humain, rendant à chacun ce qui lui est dû en justice selon les œuvres ( II Tim.: IV;8), et conformément au décret de votre sagesse incompréhen­sible et de votre justice très équitable."

Ainsi parla notre Sauveur crucifié à son Père éternel, et ce mystère fut caché et gardé dans le coeur de la bienheureuse Marie, comme un testament secret et scellé, afin qu'il fût exécuté en temps et lieu, et dès lors même dans l'Eglise par son intercession, comme il l'avait été précédemment par la prescience divine, dans laquelle le passé et l'avenir sont également présents.

(Extrait de LA CITE MYSTIQUE DE DIEU par la vénérable Mère Marie de Jésus d'Agréda, tome V, pp. 178 à 188.1857.)

Elogofioupiou.over-blog.com

Partager cet article
Repost0