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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 09:03

JÉSUS, FILS  DU DIEU  VIVANT…    (Deuxième partie)                

S'il est Dieu

S'il est Dieu, Lui rendons-nous le culte, le vrai culte auquel II a droit ? Le traitons-nous réellement en Dieu ? Voyons nos prières si souvent bâclées, notre tenue si négligente parfois dans les églises, et la façon presque irrespectueuse avec laquelle il nous arrive de recevoir les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie... Sommes-nous pratiquement convaincus de la redoutable grandeur qui s'attache à tous nos rapports avec la Divinité ?...

S'il est Dieu, où est notre Foi ? Pas la Foi théo­rique, car au fond nous croyons ; mais cette Foi pratique qui nous fait voir Dieu dans le prêtre, dans le pauvre, dans chacun de nos frères ? Il a dit, Lui : « Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à Moi que vous le faites ! » Le croyons-nous ?

Lui, Il a dit : « Celui qui veut me suivre doit se renoncer et porter sa croix ». Le croyons-nous ? Le suivons-nous ?

Lui, Il a dit : « Bienheureux ceux qui pleurent... ceux qui souffrent... ceux qui sont persécutés pour la jus­tice, etc... » Croyons-nous vraiment à toutes les Béati­tudes ?...

S'il est Dieu, où est notre Espérance ? L'Espé­rance est « fille de la Foi », dit saint Augustin, et la première récompense de celui qui croit est d'espérer. Ne serait-ce pas parce que notre Foi est si faible, que nous n'osons même pas' espérer ? Il est des chrétiens qui donnent à Jésus un cœur dur, qui font de Lui un tyran, ou au moins un juge toujours irrité ! Il en est qui doutent de sa miséricorde et de ses pardons, qui Lui prêtent un cœur tout petit, étroit, mesquin, taillé à la mesure du nôtre ! Est-ce là l'Espérance et la confiance que nous devrions avoir en Lui puisqu'il est Dieu ? S'il a l'infini dans ses armes, II a aussi l'infini dans son Cœur.

S'il est Dieu, où est notre Charité envers le pro­chain ? Il en a fait « le signe particulier auquel on reconnaîtra ses disciples » ; alors que, si souvent, nous manquons à la charité : (dureté de cœur, médisance, rapports, jalousie, calomnie, etc.), ceux qui ne croient pas peuvent-ils Le reconnaître en nous ? N'avait-il pas raison, le vieux Clemenceau, de dire : « Si tous les chrétiens de nom étaient chrétiens de fait, il n'y aurait plus de question sociale ».

S'il est Dieu, où est l'amour que nous Lui prou­vons ? Ah ! Sans doute, deux fois par jour, nous réci­tons l'acte de charité : mais le vivons-nous ? Lui, Il nous a aimés jusqu'à la Crèche, jusqu'à la Croix, jusqu'à l'Hostie ! Et nous ? Nous L'aimons pour rire, le moins possible, au compte-gouttes, jusqu'au sacrifice... exclu­sivement. Lui, Il nous a tout donné ! Et nous, que Lui avons-nous vraiment donné jusqu'ici ?

S'il est Dieu, nous devons Le suivre. N'a-t-Il pas dit : « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fas­siez ce que j'ai fait » ? L'imitons-nous ? Essayons-nous au moins de L'imiter ? Et si nous tombons sur la route, avons-nous le courage de nous redresser et de « sui­vre » ? Notre imitation est-elle autre chose qu'une « triste singerie » ? (Mauriac). Étudions les vertus dont Il est le divin exemplaire ; approchons nos pâles copies du modèle, et rougissons.

Oui, s'il est Dieu, et Il l'est, toutes ces consé­quences, et bien d'autres encore, s'imposent à nous inéluctablement. N'oublions pas que notre vie chré­tienne est une apologie ou une dépréciation de notre religion. On nous regarde ; et, remontant de l'effet à la cause, jugeant de l'arbre par ses fruits, on conclut de nos actes à la valeur de la doctrine que nous pro­fessons.

O mon Jésus, tant de raisons de croire m'étourdissent sans me convaincre davantage, car vous m'avez donné la Foi, et croire est si simple ! Je comprends qu'il est bon de relire ces preuves de votre divinité, ne serait-ce que pour avoir des armes toutes prêtes contre l'impiété; mais, pour moi, je trouve en mon cœur la plus douce des preuves en adorant votre Amour infini. Seul, un Dieu peut aimer comme nous le faites.

Mais il ne suffit pas de croire. Péguy disait : « Il faut devenir ce que nous sommes, par l'approfondisse­ment de nos fidélités » ; autrement dit, raisonner et réa­liser sciemment notre atavisme chrétien. C'est cela, ô mon Jésus, qu'il me faut faire : devenir, réaliser ce que je suis, un croyant, un chrétien.

Un croyant, traitant Dieu en Dieu, me tenant hum­blement devant Lui, à ma place de créature tirée du néant ; un chrétien, scrupuleusement soumis à tous les commandements, aimant Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme Jésus nous a aimés, lui et moi...

Si je n'agis pas ainsi, c'est que ma foi n'est pas assez vivante. Alors, ô mon Jésus, augmentez ma foi pour que grandisse mon amour !

Extrait de : Plus près de Toi mon Christ.   J. Beateman. C.M. (1939)

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 15:01

JÉSUS, FILS  DU DIEU  VIVANT…   (Première partie)                

1° S'il n'est pas Dieu

Qu'elle est touchante et sublime, cette scène de l'Évangile ! Jésus, seul avec ses disciples, cause fami­lièrement avec eux. II les interroge : « Qui dit-on qu'est le Fils de l'homme ? ». Ils lui répondirent : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, d'autres Elie, d'au­tres Jérémie ou quelqu'un des prophètes. » — « Mais vous, leur dit-Il, qui dites-vous que je suis ? »

C'est alors que Pierre, prenant la parole, s'écria, le regard transfiguré : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Jamais pareille parole n'avait retenti sur la terre ! Depuis la venue du Christ, le monde, à son sujet, est divisé en deux camps : ceux qui reconnaissent et ceux qui nient sa divinité. La question est grave. De la solution qu'on lui donne, découlent des conséquences incalculables et qu'on ne peut pas éluder. Étudions-la.

Supposons donc que le Christ ne soit qu'un homme, un philosophe, un mythe, un héros fabuleux enfanté par l'imagination populaire, un « doux rêveur » apparu un jour sur la terre et aujourd'hui totalement disparu. Voyons ce qu'on en devrait conclure.

S'il n'est pas Dieu, comment expliquer la survi­vance de l'ère chrétienne qui date de sa naissance, du nom chrétien estimé en 1939 à 733 millions d'hommes, et de ces fêtes religieuses que les impies eux-mêmes sont heureux d'adopter...

S'il n'est qu'un mythe, comment a-t-il pu se faire annoncer, deux mille ans avant sa naissance, et indi­quer d'avance, par les prophètes, son histoire détaillée : son origine, sa tribu, la ville, l'époque où Il doit naî­tre, le massacre des Innocents, l'adoration des Mages, sa vie à Nazareth, la prédication de l'Évan­gile, sa mort et sa résurrection après trois jours ?

Cette préhistoire, écrite des centaines, des milliers d'années avant son apparition, se trouve encore, non seulement dans nos Livres sacrés, mais dans toutes les synagogues qui conservent leur Bible avec un soin jaloux. Cette preuve est si claire, qu'elle a fait dire à Pascal : « Dieu a suscité des prophètes pendant 1600 ans. Jésus est venu conformément à ces prophéties. Cela est d'une force infinie ! »

S'il n'est pas Dieu, où a-t-il puisé la merveilleuse doctrine dont nos mœurs sont encore imprégnées ? Or cette doctrine s'adresse, non pas à une École, mais à l'univers entier ; elle est si simple, qu'un enfant peut la comprendre, et si profonde qu'on a beau la creuser, on y trouve du nouveau chaque jour ; elle est si accen­tuée, qu'elle saccage sans pitié toutes les exigences de l'orgueil qui se cabre, et toutes les convoitises des pas­sions qui s'insurgent ; elle est pleine de contrastes violents et d'insondables mystères ; mystères dont on sai­sit la cohésion et l'harmonie à mesure qu'on les con­temple, et contrastes qui se résolvent tous en beauté. Et cette doctrine colossale, vaste comme le monde, riche comme le cœur, compliquée comme la vie. Jésus la confie à douze pauvres bateliers incultes, grossiers, sans art, avec l'ordre de la semer à travers le monde. Est-ce humain, cela ?

S'il n'est pas Dieu, comment expliquer cet amour et cette haine qui, aujourd'hui encore, L'accompagnent partout ? Nous sommes ainsi faits : pour nous, l'amour ou la haine s'arrêtent au tombeau. Or Jésus, deux mille ans après sa mort, est encore aimé d'un amour pur, noble, désintéressé, passionnément tendre, qui ne recule pas devant les plus grands sacrifices ni même devant la mort. Il est aimé par tout ce que l'univers a compté de plus pur, de plus beau, de plus grand ! Aimé par des petits enfants, par des faibles femmes, par des arti­sans, par des soldats, par des savants, par des génies !

Corollaire de l'amour, voici la haine. Elle non plus ne Le lâche pas. Pourquoi ces hécatombes de martyrs qui ont fait de l'Eglise naissante comme un lac de sang ? Pourquoi Voltaire répétait-il : « Écrasons l'in­fâme ! » (Lui) ? Pourquoi ce mot de J.-J. Rousseau : « O Dieu, je te remercie de m'avoir créé libre, car, au moins, j'ai la liberté de te haïr ? » Pourquoi le Christ est-Il toujours poursuivi dans l’âme de l'enfant, du pauvre et de la femme, ces faiblesses sacrées ? Pour­quoi, sur certaines figures humaines, ce masque, ce rictus imprimés par la haine ? Or si deux mille ans après sa mort, Jésus est encore aimé, est encore haï, c'est qu'il est encore vivant, c'est donc qu'il est Dieu.

S'il n'est pas Dieu, comment a-t-il pu se ressus­citer Lui-même ? Là, les faits historiques sont trop clairs pour être mis en doute. Jésus était véritablement mort ; si la crucifixion n'avait pas suffi, les cent livres d'aromates L'auraient asphyxié ; mais au matin du troisième jour, son corps avait disparu. Les apôtres n'ont pas pu l'enlever : peureux, découragés, abattus, tous s'étaient enfuis, et des soldats montaient la garde. Si les Juifs l'avaient enlevé, ils n'eussent pas manqué de montrer son cadavre pour l'opposer aux Apôtres clamant sa résurrection. La conclusion s'impose.

S'il n'est pas Dieu, qui donc pourra comprendre qu'il ait réussi à établir sa religion dans le monde entier et malgré d'inimaginables obstacles : la haine farouche des Juifs, l'état du monde païen d'alors, un dogme étourdissant, une morale sévère, sur­tout la pauvreté morale des instruments par Lui choi­sis ? Confier ce formidable programme à douze pauvres pêcheurs ramassés dans la plèbe, leur inculquer sa doctrine, leur mettre une croix à la main, et les lancer ainsi à travers le monde avec la seule assurance de souffrir et de mourir pour Lui... il y a là de quoi ren­verser tous les plans de la sagesse humaine. Et Jésus a réussi. C'est Bayle, l'impie, qui écrit : « La propaga­tion du christianisme, c'est l'ouvrage d'un Dieu ! »

S'il n'est pas Dieu, d'où vient cet enthousiasme avec lequel des millions de martyrs sont morts pour Lui, souvent d'une mort affreuse ? Devant cette légion de héros, on ne peut crier au fanatisme ; ils étaient calmes, réfléchis, sans aucune surexcitation. Et puis, le fanatisme qui les aurait poussés à la mort sanglante, n'est pas une maladie contagieuse que vingt siècles ont pu se transmettre. Et voilà vingt siècles que cela dure... Et le flot de sang chrétien n'est pas encore tari. N'est-ce pas le cas de répéter le mot fameux : « II faut croire des témoins qui se font égorger ! »

S'il n'est pas Dieu, qu'on explique encore la sur­vivance miraculeuse de cette Eglise qu'il a fondée, et contre laquelle tant d'incroyables et de formidables obstacles se sont dressés et se dressent encore aujour­d'hui ? Cent fois, au cours des siècles, l'Eglise a réussi de prodigieux redressements. En face de cette « tourbillonnante aventure », comme disait Chesterton, on comprend l'aveu du prisonnier de Sainte-Hélène : « Les peuples passent, les trônes s'écroulent, l'Église demeu­re ! » Il y a là l'estampille divine.

Enfin, car on ne peut pas tout dire, s'il n'est pas Dieu, pourquoi, depuis vingt siècles, des milliards d'hommes ont-ils pu adorer un petit morceau de pain ? …Pourquoi 45.000 missionnaires sont-ils allés prêcher au loin, au prix de renoncements et de fatigues inouïs, la religion de Jésus ? On peut, à la rigueur, taxer quelques individus d'exaltés, de fanati­ques !... Mais qui donc oserait appliquer de telles épithètes à ces immenses armées du zèle et de l'amour, dont le recrutement ne tarit jamais ?

S'il n'est pas Dieu, une dernière expérience s'impose. Qu'on efface par la pensée toutes les traces que Jésus-Christ a laissées sur la terre : églises, cha­pelles, cathédrales, hôpitaux, hôtel-Dieu, œuvres de bienfaisance, etc... Qu'on supprime les prêtres, les mis­sionnaires, les religieux, les religieuses avec toutes leurs œuvres !... Qu'on abatte toutes les croix, qu'on fasse partout taire les cloches, qu'on abolisse toutes les fêtes qui nous parlent de Lui... Si, alors, on se retourne, on sera épouvanté par les ruines que laisserait ce seul nom manquant soudain dans le monde.  (A suivre)

Extrait de : Plus près de Toi mon Christ.   J. Beateman. C.M. (1939)

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 09:27

 

AUTOUR   DU   CHRIST   ENFANT…  

Les jours qui suivent l'Épiphanie nous invitent à réfléchir sur une idée que nous suggère l'his­toire des Mages, que nous rappellent d'autres mys­tères de l'enfance du Christ et que nous retrouvons vérifiée aussi dans nos existences. Il semble que Dieu, bien souvent, se complaise à désorganiser nos plans les plus raisonnables, à déranger le bel ordre des vies humaines.

Dès que Jésus apparaît sur la terre, on dirait que c'est pour mettre tout sens dessus dessous.

Voici que l'étoile se montre aux Mages; et c'est pour leur dire mystérieusement, mais d'une manière impérative : « Quittez vos palais confortables et votre existence méthodique ; sellez vos chameaux pour les caravanes interminables et les grandes éten­dues de sable : partez sur l'heure pour aller adorer ce Roi lointain et inconnu. »

Mais Dieu, qui venait déranger ces vies jusque-là tranquilles, avait déjà bouleversé la vie de Marie et Joseph, en se servant de l'édit impérial pour leur signifier un ordre sans réplique : « Quittez Nazareth, où vous aviez tout préparé pour recevoir l'enfant. Allez à Bethléem, à ses privations, à ses incertitudes... »

Et bientôt Dieu bouleverse de nouveau cette existence qui commençait à aménager la pauvreté de Bethléem : un ange viendra dire à Joseph : « Vite ! Fuyez en Égypte, cette nuit même ! » Comme plus tard, lorsque la Sainte Famille s'orga­nisait peu à peu dans son exil, Dieu fera dire encore à Joseph : « C'est le moment maintenant de retour­ner en Palestine. »

Il aurait été pourtant si facile à Dieu de disposer autrement les choses : il lui aurait été si facile, à lui, le Maître de l'espace et du temps, de faire vivre les Mages un peu moins loin du Christ Enfant ; il lui aurait été si facile, à lui qui fait la loi même aux empereurs, d'exempter Marie et Joseph des forma­lités du recensement ; il lui aurait été si facile, à lui le Tout-Puissant, de protéger son Fils des persécu­tions d'Hérode autrement que par cette fuite préci­pitée ; il lui aurait été si facile de faire l'économie pour Marie et Joseph de ces allées et venues épui­santes !

Mais non ! Décidément, c'est pour Dieu un parti pris et une méthode. Comme le dit Bossuet en des expressions audacieuses : « Jésus, cet enfant incom­mode, ne leur permet pas le repos, il ne vient au monde que pour les troubler. »

Et nous serions tentés de dire : « Ce Dieu incom­mode, dès qu'il intervient, nous rend impossible la tranquillité. » De fait, Dieu ne respecte guère nos projets les mieux étudiés, même ceux qui nous sem­blent parfaitement judicieux. Dieu n'a qu'un mé­diocre souci, ou même n'a pas le moindre souci de notre quiétude. Sa Toute-Puissance ne fait pas de miracles pour empêcher la folie des hommes de dé­clencher les guerres avec leurs conséquences illimi­tées. Et ses fidèles ne bénéficient alors d'aucune protection merveilleuse : ils fuient comme les autres, sur les routes, dans les convois de réfugiés et, après les bombardements, comme les autres, ils trouvent, à la place de leur maison autrefois heureuse, un tas de pierres désespérant. Et en dehors même de ces grands cataclysmes collectifs, que de fois Dieu, à travers le jeu des circonstances, Dieu anonyme et caché, est venu déranger brusquement, brutalement nos exis­tences : ce revers de fortune qui du jour au lende­main modifie notre situation et nous déclasse ; ce deuil qui anéantit notre bonheur familial; cette maladie qui, pour un jeune homme, vient au plus mauvais moment interrompre la préparation indis­pensable d'une carrière et l'immobilise dans un sana ; ce mariage manqué, qui semble briser un ave­nir... Seigneur, il vous était pourtant si facile de tout arranger ! Comme vous avez une manière étrange d'aimer ceux que vous aimez et qui vous aiment ! Et comme ces procédés nous semblent dé­concertants et rigoureux !

Et pourtant, Marie, Joseph, les Mages ne s'y trom­pèrent point : c'est leur vrai bien, ils le savaient, que Dieu poursuivait paternellement. Les Mages ne regrettèrent pas leurs déplacements et leurs fati­gues ; leur visite à Bethléem, loin de les décevoir, les combla; l'étoile qui paraissait avoir désorienté leur existence l'avait orientée pour toujours vers la joie du Sauveur. De même Joseph et Marie, dans leurs marches et contremarches, trouvèrent Dieu et aimèrent Jésus plus qu'ils ne l'auraient fait dans une vie de tout repos, cette vie que nous appelons heureuse. Et certainement la Vierge, avec son âme méditative et profonde dont nous parle l'Évangile, faisant retour sur les événements, y lisait un plan de Sagesse divine infiniment plus beau que toutes les combinaisons de la prudence humaine.

Avec la grâce nous arriverons aussi à reconnaître dans nos vies, au moins rétrospectivement, que tout est providentiel et par conséquent, comme disait Léon Bloy, que « tout est adorable ». Si Dieu bien souvent désorganise nos arrangements et déroute nos prévoyances, c'est peut-être qu'il veut nous aider à triompher de cette tentation redoutable dont nous parlions, la tentation de nous installer sur terre. En tout cas, il veut certainement nous don­ner une occasion de pratiquer la confiance. Oui, en vérité, c'est la question de confiance qui nous est posée par Dieu lui-même. En tout temps elle est posée à l'homme par la condition de sa vie humaine, qui ne lui est donnée que minute par minute et dont l'avenir le plus immédiat est toujours imprévisible. Mais elle nous est posée à nous, actuellement, d'une manière plus pressante, à notre époque de tumultes, d'alertes et d'inquiétudes.

Accordons largement à Dieu cette confiance qu'il nous demande et qu'il mérite si bien. Et au lieu de chercher fiévreusement ce que renferme l'avenir impénétrable, fixons notre regard sur le Tout-Puis­sant qui, dans cet avenir, par les méthodes même les plus étranges, dirige tout au bonheur de ceux qui l'aiment; et sachons répéter du fond du cœur, avec l'Apôtre, la parole d'abandon total : « Je sais en qui je me suis confié. »

 

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 09:23

NOUS   AVONS   VU   L'ÉTOILE…       

L'histoire des Mages, que nous rappelle la fête de l'Épiphanie, cette histoire exotique qui a enchanté nos enfances avec ses caravanes et ses rois enturbannés, doit être pour nous l'occasion de réflexions utiles à notre vie chrétienne. Aussi sou­vent que nous songeons à l'aventure de ces hom­mes traversant le désert pour adorer le Dieu de Bethléem, ce qui nous étonne le plus, c'est que leur aventure ait abouti, c'est qu'ils soient arrivés au Christ. N'est-il pas vrai que toutes les difficultés se coalisaient pour les faire échouer : la distance, l'in­certitude de la route, les rôdeurs prêts à les atta­quer, leur dépaysement en terre étrangère, les intri­gues des politiques au palais d'Hérode, la fatigue conseillère de découragement ? Cependant, contre toute vraisemblance, ils sont arrivés au but ; et la joie qu'ils ressentirent en trouvant Jésus dans les bras de la Vierge leur fit oublier lassitude et sacri­fices et leur montra à l'évidence combien ils avaient eu raison d'obéir à l'appel secret et de suivre l'étoile mystérieuse.

Car ce qu'il y a de plus magnifique dans cette extraordinaire équipée,  c'est la  raison  même  qui la fit réussir : « Nous avons vu l'étoile et nous som­mes venus. » Ce qui affermissait leur marche, ce qui tendait leurs énergies, ce qui, aux heures mau­vaises, relevait leur courage, c'est la lueur amie, mais en apparence si précaire et si peu efficace de l'étoile. Franchement, il y avait là une belle occa­sion d'ironiser pour ceux qui se croient raisonna­bles : « Une étoile, auraient-ils dit, c'est peut-être très joli pour des poètes, des rêveurs, des roman­tiques, autant dire des hurluberlus. Mais ce n'est pas une étoile qui peut diminuer les distances, amé­liorer la piste, rendre le désert confortable. Une carte exacte et une boussole auraient été autrement précieuses pour les guider ; et quant à nous, en pareil cas, nous préférerions certainement à toutes les étoiles une bonne voiture tous terrains et les moyens de la technique moderne. »

Or, ce langage même suffit à montrer que sou­vent les réalistes ne comprennent rien aux problè­mes réels. Car il est bien vrai que l'étoile n'a dis­pensé les Mages d'aucun effort, qu'elle ne leur a épargné aucune fatigue, que, dans leur marche noc­turne, l'étoile ne les empêchait point de heurter contre les pierres, d'enfoncer dans le sable, de pei­ner durement. Et néanmoins, c'est parce qu'ils voyaient devant eux l'étoile qu'ils persévéraient dans leur entreprise : elle était pour eux un signe, le signe que Dieu les appelait et par conséquent le signe que Dieu était avec eux, compagnon invisible de leur route. C'est l'étoile qui excitait en eux la foi et l'espérance. Or, pour ce voyage, il y avait quel­que chose de plus indispensable que les moyens de transports rapides, les provisions, les tentes iso thermiques et le matériel de campement; ce qui était indispensable, c'était la foi et l'espérance.

Telles sont également les grandes forces indispen­sables pour ce voyage qu'est notre vie. Et il est bienfaisant de nous le redire, en méditant l'histoire des Mages, au début de cette nouvelle année. Car l'étape qui commence peut nous paraître redoutable et le cheminement fort incertain. N'y a-t-il pas bien des dangers, bien des malheurs qui nous guettent dans l'ombre, d'autant plus à craindre qu'ils sont imprévisibles et que contre eux nous n'avons aucune parade ? Même si les grandes catastrophes nous sont épargnées et si la paix du monde peut être maintenue tant bien que mal, nous sommes sûrs que les épreuves viendront nous toucher. Mais en ce début d'année il ne faut pas laisser travailler nos imaginations sur les malheurs possibles; nous devons nous interdire sévèrement les peurs anti­datées et les angoisses préalables : ces paniques, ces affolements prématurés seraient indignes d'un homme, plus encore indignes d'un chrétien. Car nous avons, nous aussi, sur nos chemins les plus difficiles ou les plus hasardeux, une étoile qui rayonne. Nous avons, de par notre foi et notre espé­rance, la certitude que Dieu reste Dieu, qu'il est le Tout-Puissant, qu'il demeure notre Père, que rien n'arrivera, rien absolument, qu'il ne le sache, qu'il ne le veuille ou ne le permette. Nous sommes assu­rés qu'il fait tout servir à notre bonheur, y compris l'épreuve, les tentatives de ceux qui nous en veulent ou la souffrance antipathique. Et nous savons, de par notre foi et notre espérance, que le chemin de notre vie qui se déroulera jour après jour, ce chemin ardu peut-être et sinueux jusqu'à en être incompré­hensible, nous mène par la voie la plus directe à ce bonheur que Dieu nous prépare. Nous avons enfin la certitude que le Christ Jésus n'est pas seulement le but, très assuré sans doute mais lointain, vers lequel avançaient les Mages, mais que ce Jésus est notre compagnon, à côté de nous, toujours fidèle sur la route. A la différence de l'étoile de l'Épiphanie, qui à un moment disparut, il dépend de nous seuls que l'étoile de notre foi et de notre espé­rance ne subisse pas d'éclipsé.

Demandons à Dieu cette grâce capitale d'une confiance absolue ; et que cette étoile, à travers les jours de joie ou d'épreuve, nous accompagne de son rayonnement discret et fidèle.

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 02:51

DIEU   SUR   LA   PAILLE…           

L’enseignement majeur de Bethléem est celui de la pauvreté, la leçon que saint Paul a résumée en cette phrase paradoxale, qui peut sembler un jeu de mots, mais contient une vérité profonde : « De riche qu'il était, il s'est fait pauvre, afin de vous faire riches par sa pauvreté. »

Oui, c'est par sa pauvreté qu'il nous a sauvés.

Cette leçon, il l'a voulue sensationnelle jusqu'à paraître provocante, puisqu'il est né dans une écurie, sur la paille et puisqu'il avait lui-même soi­gneusement tout disposé pour en arriver là. Car il ne faut pas nous y tromper. Lorsque, dans l'Évan­gile, nous lisons le récit sans éclat de voix et la suite des petits phrases calmes, tout paraît s'en­chaîner d'une manière on ne peut plus naturelle : Joseph et Marie vinrent à Bethléem, bien sûr, puis­qu'ils étaient convoqués par le recensement; or il se trouvait que c'était le temps où Marie devait enfan­ter ; puisqu'ils étaient pauvres, naturellement, il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie ; et par conséquent, ils durent se réfugier dans une éta-ble. Tout cela se tient et paraît aller de soi. Mais non, décidément, rien de tout cela ne va de soi, rien de tout cela n'est naturel. Il faut nous rappeler que c'est le Christ lui-même qui, étant Dieu, mène tout silencieusement ; que c'est lui, le Maître du monde et de l'histoire, qui a voulu ce recensement ordonné par l'empereur, ce grand branle-bas administratif et les déplacements inconfortables qui s'ensuivront, afin d'arriver à ce résultat de naître lui-même, non pas dans le berceau modeste et cependant préparé avec amour par sa Mère dans la maison de Nazareth, mais en plein vent, dans la nuit froide, sur la paille, dans le dénuement absolu des réfugiés. Et après cette entrée dans le monde il a voulu con­tinuer sa vie humaine en travaillant comme un ouvrier ; plus tard, à l'époque de ses prédications, il n'avait même pas une pierre où reposer sa tête ; il a voulu enfin terminer sa carrière de pauvre en mourant dans la nudité et le dépouillement absolu de la Croix.

Fallait-il, Seigneur, que cette leçon fût néces­saire et difficile à comprendre, pour que vous ayez tenu à la donner d'une manière si retentissante et si prolongée, pour que votre premier sermon muet de Bethléem ait été continué par le Sermon sur la montagne : « Bienheureux les pauvres... » et tant d'autres enseignements aux formules inoubliables, et pour que vous ayez poursuivi cet enseignement par l'exemple depuis l'aube de la crèche jusqu'au crépuscule du vendredi saint !

Oui, en vérité, leçon d'extrême urgence, car, en tout temps, le grand mal de l'homme a été l'atta­chement forcené à l'argent ; la tentation la plus dangereuse pour l'homme a toujours été de s'ins­taller sur la terre, d'y organiser une sorte de paradis au rabais, dont il se contente ; toujours le grand péril a été, pour l'homme, de se laisser annexer, naturaliser, confisquer par la vie présente. Et qui ne verrait que l'argent décuple et centuple la puissance de cette tentation ? De même que les Hébreux, sortis d'Égypte et en marche vers la Palestine à travers les granits rouges du Sinaï, dès qu'ils apercevaient une touffe de palmiers, ne songeaient qu'à s'arrêter là pour toujours, oublieux de la Terre promise, de même les hommes qui possèdent l'argent et se lais­sent posséder par lui oublient la cité future dont ils sont les citoyens et ne pensent qu'à devenir des sédentaires ici-bas. Sainte Thérèse d'Avila disait que notre vie n'est qu'une nuit à passer dans une mauvaise hôtellerie. Il est clair que, dans la mesure où cette mauvaise hôtellerie espagnole, comme en avait connu la sainte, devient un hôtel tout confort ou un palace, on est moins pressé d'en sortir. Combien de chrétiens seraient disposés, d'un cœur léger, à vendre leur ciel contre une assurance en bonne et due forme de rester sur terre quelques dizaines d'années de plus! Combien de chrétiens sont en réalité des sans-Dieu ou des idolâtres, des adorateurs de l'argent ! Car le Dieu réel, pour un homme, est celui qu'il traite en Dieu, à qui il pense, pour qui il travaille, auquel il consent des sacrifices. Si ce Dieu s'appelle l'argent, les affaires, la for­tune, alors le vrai Dieu, qui réclame le cœur tout entier et veut régner en Maître dans la vie, n'a plus qu'à s'en aller. « Impossible, dit Nôtre-Seigneur, de servir Dieu et l'argent. »

Voilà pourquoi  nous  devons nous pénétrer  des leçons de  la  Crèche et  réfléchir,  à  l'occasion  du mystère de Noël, sur les grandes idées chrétiennes fondamentales : que la terre est dominée par le ciel, que le temps est commandé par l'éternité, que la vie d'aujourd'hui n'est que la préparation de la vraie vie, qu'il existe d'autres valeurs que les valeurs cotées en bourse et l'or, le caoutchouc, le pétrole, que les chrétiens doivent être libres et détachés, étant essentiellement les hommes de l'avenir.

Sans doute Nôtre-Seigneur n'a pas maudit l'ar­gent en lui-même, mais seulement le mauvais usage qu'on en fait. L'argent est une force, comme l'élec­tricité ou l'énergie atomique, capable de beaucoup de bien et de beaucoup de mal. L'argent peut lutter contre les fléaux qui ravagent l'humanité, dépister la tuberculose et traquer le cancer; l'argent peut se mettre au service de la famille et créer du bonheur ; l'argent peut être un auxiliaire du Christ, bâtir des églises, aider les missionnaires, devenir de l'apos­tolat. Nôtre-Seigneur n'a pas interdit aux chrétiens d'en posséder : vous avez une famille, un budget à équilibrer et vous n'avez pas le droit d'être des paresseux ou des écervelés. Le Christ ne demande pas à ses disciples de devenir des va-nu-pieds ou des nomades. Mais à tous, quelle que soit leur situa­tion de fortune, il réclame le détachement. Il nous demande, si nous sommes riches, d'user de l'argent en chrétiens, de ne pas oublier Dieu, de ne pas nous laisser durcir le cœur ; il nous interdit toute collusion avec l'injustice, il nous demande de ne pas prendre notre parti tranquillement de ces inégalités contre nature entre des riches qui mènent une existence super-luxueuse et des miséreux qui litté­ralement meurent de faim et de froid. Et si ce qui est probablement le cas, nous avons une vie modeste, peut-être difficile et resserrée, le Christ nous demande de ne pas jalouser ceux qui gagnent beaucoup et trop et trop vite ; il nous invite à mettre à profit nos privations pour conquérir l'esprit chré­tien, le désintéressement, la liberté du cœur. Fina­lement, c'est de cela qu'il s'agit : avoir le cœur libre pour aimer Dieu.

Car Dieu, qui est la grande richesse et même la seule valeur, ne se prend pas, ne s'achète pas, mais se donne à qui il veut et ne se donne qu'aux déta­chés.

Retournons à cette Crèche et, constatant que nous n'y trouvons que les bergers qui n'ont rien et les Mages qui ne tiennent à rien, essayons de deve­nir les amis du Roi des pauvres en nous faisant des cœurs évangéliques.

O Sauveur sur la paille, donnez-nous le désir et le goût de cette pauvreté qui est une liberté et un amour. Faites que nous vivions plus près de vous ; faites que nous donnions au monde l'exemple de chrétiens vraiment détachés, afin d'amener ce monde au salut qu'il ne peut trouver qu'en vous, le Sauveur de Bethléem!

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 01:31

NOËL   AUJOURD'HUI…           

A la fin des semaines de l'Avent, l'Église, dans la liturgie, semble compter impatiemment les jours qui nous séparent de Noël : « N'ayez pas peur, dans quatre jours le Seigneur viendra. » Un peu plus tard : « Voici que se réalise l'annonce faite à Marie. » Et la veille de la fête : « Aujourd'hui, le Seigneur va venir, demain vous verrez sa gloire. » L'Église voudrait que nous soyons comme suspen­dus dans l'attente du grand événement. Mais, en réalité, de quel événement s'agit-il? Lorsqu'on nous dit : « Noël va recommencer pour vous », quelle est la portée de cette phrase ? Et y a-t-il là autre chose qu'une phrase?

Car il apparaît bien que Noël ne peut pas recom­mencer, qu'il appartient au passé irrémédiablement. Noël a eu lieu une fois à Bethléem, en Palestine, il y a plus de 2.000 ans; le grand événement a eu comme témoins les bergers et les Mages, ces hom­mes qui avaient la chance inestimable de vivre à cette heure unique de l'histoire. Et puisque l'histoire ne peut pas recommencer, dans sa marche irré­versible, puisqu'on n'a pas inventé de machine qui nous permette de remonter le cours des siècles, il semble bien qu'on ne puisse célébrer qu'un anni­versaire, un centenaire de Noël, comme nous le faisons pour les autres événements historiques.

Les crèches les plus belles, qui feront la joie des petits et qui nous rendent à tous des âmes d'enfant, n'y peuvent rien. Faut-il dire alors que cette fête de Noël n'est qu'une mise en scène? Nous demande-t-on cette attitude un peu artificielle qui consiste à nous échauffer l'imagination, à faire « comme si » nous avions été nous-mêmes présents là-bas, à nous suggestionner en nous disant : « Noël va recom­mencer » ?

Eh bien, non ! La vraie piété ne doit jamais reposer sur l'illusion. La religion chrétienne n'est pas un effort laborieux pour reconstituer un passé mort; les fêtes liturgiques ne sont pas des mises en scène ni de simples souvenirs. Et il est très vrai, en un sens profond, que Noël va recommen­cer. Car l'histoire de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas seulement une suite de faits et d'épisodes qui ont passé, mais un mystère de salut qui ne passe pas.

Parlant plusieurs centaines d'années après les événements de Bethléem, saint Léon déclarait aux fidèles de Rome : « Ce n'est pas parce que ce jour est éloigné dans le temps que la vertu du mystère est passée, comme si on nous parlait d'un événement que nous pourrions seulement accueillir par la foi, célébrer par le souvenir. Le don de Dieu se prolonge ; et c'est pourquoi à notre époque, aujour­d'hui encore, nous expérimentons ces merveilles qui furent inaugurées jadis. »

Sans doute, le Christ, qui est un homme véritable, a été l'homme d'un temps, que nous pouvons dater au calendrier de l'histoire, l'homme d'un pays que nous pouvons déterminer sur la carte du monde ; il a été ce Jésus de Nazareth, qui est né au temps d'Hérode et qui est mort sous Ponce Pilate. Mais parce qu'il est le Dieu fait homme, il reste, comme Dieu, Celui qui domine l'univers et l'histoire. Parce qu'il est le Chef de l'humanité, il est Celui qui porte mystérieusement en lui-même cette humanité. Parce qu'il est le Sauveur du monde entier, il est Celui qui est proche de tous les hommes, aussi proche des hommes d'aujourd'hui que des hommes du Ier siècle, aussi proche des habitants de l'Alaska et de l'Afrique du Sud que de ses compatriotes palestiniens. Car s'il est devenu l'un d'entre nous, ici-bas, ce n'était pas seulement pour rencontrer, au hasard des chemins, quelques Juifs de Galilée ou de Judée ; c'était, finalement, pour rencontrer tous les hommes, pour s'unir à toutes les âmes.

Dans cette crèche de Bethléem, le Sauveur uni­versel pensait à l'humanité entière; il nous aimait tous ; il priait pour nous tous ; il souffrait pour nous tous ; il nous méritait alors les grâces dont nous aurions besoin dans notre vie d'aujourd'hui ; de sorte que chacun de nous peut et doit répéter la parole de saint Paul : « Il m'a aimé, moi, et il s'est livré pour moi. » Bethléem était pour moi, comme plus tard Nazareth sera pour moi et la Croix du Calvaire pour moi. J'étais présent là-bas, parce que j'étais présent à son cœur; et il dépend de mon cœur de le rejoindre aujourd'hui.

Car c'est bien la seule rencontre véritable, celle qui s'opère non pas dans un contact matériel, mais dans un cœur à cœur. La rencontre avec le Sauveur ne se fait que par la grâce qu'il nous apporte et la bonne volonté que nous lui offrons. Combien de gens l'ont vu, entendu et touché à Bethléem, à Nazareth, dans le Temple ou sur la voie doulou­reuse et qui en réalité ne l'ont pas rencontré, qui réellement étaient plus loin de lui que nous ne le sommes du pôle nord ou des antipodes ! C'est que leur cœur et leur bonne volonté n'y étaient pas.

En revanche, si éloignés que nous paraissions être de lui par les siècles révolus, nous pouvons le rencontrer dans cette fête de Noël. A la vérité, c'est tous les jours et à toutes les heures qu'il vient à nous ; mais il existe cependant des heures privilé­giées; car, à l'occasion des grandes fêtes et spécia­lement de cette fête touchante de Noël, l'effort de prière que nous faisons plus intense, la confession par laquelle nous nous purifions, la communion plus attentive et plus fervente nous apportent des grâces précieuses et peuvent être une rencontre décisive avec le Sauveur.

En ce moment, préparons-nous à le recevoir. O Sauveur, nous vous désirons et nous appelons par nos misères mêmes et notre besoin de salut cruel­lement ressenti. Notre foi est obscure et trop faible : venez, ô Lumière ! Nous sommes impurs et dégra­dés : venez, ô Pureté ! Nous sommes égoïstes et durs : venez, Amour infini !

Ouvrons nos cœurs pour l'accueillir d'un grand accueil. Alors cette fête de Noël ne sera pas pour nous une occasion de distractions et de joie super­ficielle ; elle ne sera pas seulement une belle fête familiale ; elle sera la fête de nos âmes, la fête qui resserrera notre amitié avec Dieu.

Extrait de : PLUS  PRÈS  DE DIEU.  Gaston Salet S. J.

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 12:25

Mystère de l’Incarnation, deuxième partie…           

Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous racheter de l'esclavage du péché, des peines de l'enfer et pour nous mériter la vie éternelle, à laquelle nous n'avions plus droit, tant à cause de nos propres prévarications qu'à cause du péché originel. Nous avions offensé un Dieu d'une majesté infinie et sa justice ne pouvait être satisfaite que par une réparation proportionnée à l'injure que le péché lui avait faite.    

L'homme ne pouvait donc pas par lui-même offrir à Dieu cette   satisfaction suffisante, ni mériter le pardon.  Il n'y avait que le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme, qui pût offrir cette satisfaction en souffrant comme homme et en donnant comme Dieu un prix infini à ses souffrances.   

Par ce mystère admirable de la sagesse divine, le péché est puni et le pécheur est sauvé ; ainsi en Jésus-Christ la justice et la miséricorde se concilient ; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée et Dieu est honoré comme il doit l'être.

Jésus-Christ s'est donc rendu notre médiateur.   C'est un médiateur parfait, qui tient à Dieu par sa divinité et à nous  par  son  humanité,  qui peut souffrir  comme nous, parce qu'il a une nature semblable à la nôtre et nous  ré­concilier avec Dieu par ses souffrances,  étant Dieu  lui-même ; médiateur qui, par sa parfaite sainteté, est infini­ment agréable à Celui auprès de qui il s'est entremis pour la réconciliation des pécheurs.  Une comparaison fera en­core mieux sentir cette vérité : qu'un roi ait été insulté, outragé par le dernier de ses sujets ; ni le coupable,  ni aucun autre sujet du roi ne peut offrir à la majesté royale une satisfaction égale à l'offense ; tout ce que le coupable pourrait faire serait  toujours beaucoup au-dessous de la grièveté de l'injure ; mais si le fils du  roi lui-même, héritier présomptif de sa couronne et déjà assis sur son trône, quitte ses ornements royaux, se couvre la tête de cendre et le corps d'un sac, et qu'en cet état, prosterné devant son père, il s'offre à subir le supplice dû au coupable pour ob­tenir sa grâce, on conçoit qu'une si profonde  humiliation est une satisfaction proportionnée à la grandeur de la per­sonne offensée, que l'injure est pleinement réparée et que le roi, sans blesser la justice peut faire miséricorde au cri­minel.    Eh bien ! C'est l'image de la grâce que l'homme pécheur a reçue de Dieu par l'Incarnation de son Fils. Que Dieu est admirable dans toutes ses œuvres et surtout dans ce grand ouvrage de son amour ! Quel bienfait que celui de nous avoir donné son Fils unique pour nous  sau­ver !

Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ce  Sau­veur généreux qui s'est dépouillé de la gloire pour se re­vêtir de notre nature, s'assujettir à nos infirmités, paraître et être en tout semblable à nous !

histoire : Nestorius, patriarche de Constantinople, loin d'apaiser le grand scandale d'un prêtre nommé Athanase avait excité en prêchant qu'on ne devait point appeler Marie mère de Dieu, loua publiquement le prédicateur, et soutint qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ aussi bien que deux natures, et que la sainte Vierge ne devait point Être appelée mère de Dieu, mais seulement mère de Jésus-Christ.  

Saint-Cyrille d'Alexandrie combattit et réfuta ces er­reurs.  Le pape  saint-Célestin les condamna dans un concile qu'il tint à Rome en 430. Ce fut l'année suivante qu'on rassem­bla contre Nestorius le concile général d'Éphèse.  Ce fameux hérésiarque, qui était en horreur à tout le peuple à cause de son impiété, fut condamné et déposé de son patriarcat. Les Pères du concile lui firent signifier la sentence de son  excom­munication qui était conçue en ces termes :  

« Le saint concile  assemblé par la grâce de Dieu en la ville d'Éphèse, a Nestorius  nouveau Judas.

—Sache que, pour la doctrine impie que tu as prêchée  et  pour  ton  obstination à la soutenir, tu  as été  déposé de tout grade, de toute dignité ecclésiastique, par le  saint concile et selon les lois et les règles de l'Eglise. »

Nes­torius fut envoyé   en exil    dans   l'Afrique par l'empereur Théodose-le-Jeune.  Il se forma sur la langue de cet hérésiar­que un ulcère affreux, où se mirent bientôt des vers qui la rongèrent jusqu'à la racine.   Après avoir erré de tous coté, il mourut dans une grande misère, dans de vives douleurs et dans l'impénitence

Merault.

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860) 

elogofioupiou.over-blog.com

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