Offrande de votre Heure Sainte.
Ce pieux exercice consiste, à faire mémoire de tous les outrages endurés par Jésus-Christ pendant la nuit qui précéda sa mort. Les réflexions qui suivent, sont courtes et pratiques, afin d’aider les fidèles, à bien méditer les mauvais traitements que le Divin Sauveur a supportés pour notre salut.
Je vous offre, Seigneur Jésus, le temps de cette méditation que je veux passer avec vous, pour bien me souvenir de votre sainte Passion.
Je veux que ce moment de prière et de solitude, au milieu des ombres de la nuit, soit le témoignage de ma reconnaissance pour vos pénibles travaux, et l’amende honorable pour tous les péchés du monde. Je viens pleurer sur vous, sur moi, sur l'impiété des uns, sur l'indifférence des autres, sur les négligences de tous, et vous dire : Seigneur ayez pitié de nous !...
Je vous offre cette heure sainte pour la sainte Église et pour son chef, PAUL VI qui, par votre volonté adorable, ont une si large part au calice de vos douleurs...
Daignez, par votre amour me pénétrer profondément, par les preuves sanglantes qui le recommandent à mon cœur et faite que mon cœur ne mérite pas, dans ce pieux exercice, le reproche que vous adressiez à vos trois apôtres : « Vous n'avez pu veiller une heure avec moi... Veillez et priez ! »
I
La dernière Cène
« En vérité, l'un de vous me trahira. » Ainsi commence la très douloureuse Passion de notre Sauveur. Lors de la première communion des douze, il y a un sacrilège. Et si c'est la proportion parmi les convives de l'Eucharistie, mon Dieu, que de profanations depuis vingt siècles ! A toutes les messes où il y a des communiants, Jésus-Christ ne pourrait-il pas encore dire : « En vérité, l'un de vous me trahira ; ou même plusieurs me trahiront ! ... »
Aussi, dans l'ardeur d'un zèle éploré, j'irai jusqu'au bout du monde, et j'en fouillerai tous les recoins ; je prendrai ces saintes Espèces profanées qui n'ont point encore reçu de réparation : les unes livrées par des Judas ; les autres, reniées par les présomptueux et par les lâches ; celles-ci oubliées par les indifférents ; celles-là délaissées par les tièdes...
O mon âme, ouvrons, le ciboire de notre amende honorable, et recueillons- y, pieusement toutes ces saintes hosties...
Dans cet acte de religieuse réparation, qui doit s'accomplir avec l'effusion des larmes, j'insisterai sur tout ce qui m'est plus personnel. Que d'autels m'ont vu à genoux ! Que de saintes tables m'ont reçu comme convive ! Que de ciboires se sont ouverts pour moi !
Quelle fut ma foi dans ma jeunesse, et quelle est ma foi aujourd'hui pour le très saint Sacrement ? Bientôt j'emporterai toutes mes hosties reçues, devant mon juge.
Ah ! Que pas une, ne m'accuse ; ou tout au moins, que chacune reçoive avant ma mort, la réparation et l'honneur qui lui est due. C'est ce que je me propose de faire en ce moment, avec la sincérité de tous mes regrets pour mes manquements.
II
Au jardin de l'Agonie.
« Jésus tomba en agonie. » Après l'Eucharistie c’est immédiatement le combat qui commence. Au jardin des Oliviers, pieux rendez-vous des contemplatifs, il n'y a ni bourreaux, ni fouets, ni clous, ni lance et cependant voici Jésus, l'âme triste jusqu'à la mort et le corps broyé au point de répandre une suer de sang. Il agonise sous le seul effort de la contrition. Comment ne pas comprendre le mal du péché, le souvenir de nos péchés devrait mettre notre âme en pleurs et en agonie.
O Jésus, pour me guérir, donnez-moi vos larmes et votre sang versés à Gethsémani et pour m'instruire, donnez-moi ces cris du cœur, qui vous ont échappé dans les ténèbres et dans la solitude de votre combat. « Mon âme est triste jusqu'à la mort... Veillez et priez. »
O Jésus, pitié pour tous les tristes de ce monde ; pardon pour ceux qui ne savent pas méditer vos douleurs, ni comment vous soulager par l’offrande de leurs propres douleurs. — « Que ce calice s'éloigne de moi ! Mais que votre volonté se fasse, ô Père, et non la mienne. »
O Jésus, pitié pour ceux qui demandent comme vous, que le calice s'éloigne et le pardon pour ceux qui refusent de dire : « Père, non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez. »
« Vous n'avez pu veiller une heure avec moi... » Mon bon Jésus, pitié pour tous les égarés de ce monde et pardon pour tous ceux qui dorment, alors qu’ils devraient veiller et prier...
Qu'à cette heure, au moins, je sois comme dans une sainte agonie, l'âme et le corps broyés par le repentir, la volonté propre anéantie, heureux de boire le calice pour expier...
III
La trahison.
« Ils se saisirent de lui et le lièrent. »
Voilà Judas avec son hypocrite baiser ! Et Jésus, dans son inaltérable bonté lui dit : « Ami, à quel dessein êtes-vous venu ! Vous trahissez le Fils de l'Homme par un baiser. »
Dans cette arrestation sacrilège, quelle image de la mêlée humaine ! Partout les traîtres, suivis par les dociles instruments qu'ils ont payés pour ce crime. Ils viennent sourdement, traînant des chaînes. O Jésus, ô sainte Église, ces chaînes sont pour vous et aussi pour nous, saints et justes, humbles et petits.
Quelques amis du Maître, souvent plus téméraires que forts, « tirent l'épée » comme Pierre, mais ne persévèrent pas dans le combat pour la cause de Dieu...
Je ne regarderai que Jésus, dans la mêlée ; Lui, le modèle des victimes et des combattants. « Qui cherchez-vous ? — Nous cherchons Jésus de Nazareth. — C'est moi. » Ils furent tous renversés par terre, par ce ferme aveux.
Ah ! Si les chrétiens, étaient aussi sans compromis et sans faiblesse, s’ils savaient et osaient bien dire : « Oui, je suis chrétien » ; voici ma conduite et mes œuvres, que prétendez-vous ? Rien ne me fera changer, ni pactiser avec vous... Devant cette ferme attitude, que de projets pour le mal seraient détruits ou évités !
Pardon, Seigneur Jésus, pour tous ceux qui vous lient et qui dans le monde, « cachent la vérité ». Prenez en pitié tous ces faibles qui se laissent entraîner au mal ; brisez les liens honteux des pécheurs, pour qu'ils passent à « la liberté des enfants de Dieu » ; et bénissez vos disciples qui, comme saint Paul, tiennent au grand honneur d'être enchaînés pour votre cause. « Avec Jésus-Christ nous vaincrons. »
IV
Au milieu des prétoires.
Je suivrai Jésus mon roi et mon divin Guide, qui est traduit devant les tribunaux de Jérusalem. Je ne saurais m'étonner ni de la brutalité du peuple, personnifiée par ce valet qui ose le frapper au visage ; ni par la jalousie haineuse des prêtres d'Israël ; ni par les moqueries d'Hérode ; ni par la froide injustice de Pilate.
Mon expérience me permet de constater que la persécution, contre les justes, continue avec les mêmes tactiques et les mêmes instruments. Que Jésus seul, m'apparaisse et captive toute mon attention.
Le voici, doux et silencieux, devant les juges et les faux témoins, au milieu des ingrats qui demandent sa mort, déjà les amis l'abandonnent. Et Pierre est de ce nombre : le premier à jurer « qu'il le suivra jusqu'à la mort » et fût le premier à jurer « qu'il ne connaît pas cet homme ».
Mon Dieu, que le cœur humain est faible ! Quelle horrible peur de faire rire de soi ! Quelle promptitude à délaisser, à renier l'ami devenu malheureux, quelle bassesse devant l'injustice, surtout quand cette injustice est la force ! Même l'ironie d'une servante, est suffisante pour consommer la ruine d'une conscience.
Au moment où l'apôtre blasphème, et renie son maître pour la troisième fois, voici que son maître, par la rapidité et la tendresse de ses yeux, regarde Pierre, et Pierre est sauvé, « il sort et pleure amèrement ».
O Seigneur, je ne vous demanderai pas pardon pour votre apôtre, car il a tant pleuré son crime que ses larmes ont creusé deux sillons sur ses joues. Mais je vous dirai seulement :
Pardonnez à ceux qui vous renient et qui ne pleurent pas, pardonnez aussi à ces âmes esclaves du respect humain et à ces hommes plus lâches que les femmes ne sont timides.
S. V. P. Seigneur pardonnez-moi car ma vie compte tant d’indignes défections.
V
Les faux témoins.
Il est donc vrai, qu'avec un peu d'argent, on peut facilement tout acheter, même des consciences. Trente deniers pour faire de Judas un traître ! Et un peu moins sans doute, pour transformer quelques hommes en faux témoins contre Jésus !
Ah ! de ces âmes vénales, on en trouvera toujours, jurant devant le crucifix, de dire la vérité et n'affirmant que le mensonge !... Souvenons-nous, que le faux témoignage n'a qu'un but : affirmer avec serment que tel innocent est coupable ou que tel coupable est innocent.
O Jésus, qui êtes la Vérité même, amende honorable pour ceux qui vous outragent ! Que l'infamie des menteurs me préserve de l'être moi-même ; que la vérité soit toujours pour moi « un besoin de première nécessité. »
VI
Les juges.
« Il mérite la mort... Qu'il soit crucifié ! » Hélas ! Ils ont osé le dire ; les uns par haine et par jalousie, les autres par ingratitude et par faiblesse. Aujourd’hui ils osent encore le répéter, tous ces successeurs des Juifs impies et c'est pour moi un sujet d'étonnement, autant que de tristesse.
Que l'on n'ait pas le courage, de se renoncer, de porter notre croix tous les jours et de suivre Jésus-Christ, je peux essayer de le comprendre.
Mais refuser d’admirer sa morale évangélique et oser prétendre que Jésus ne fut ni bon, ni doux.
Comment peut-on refuser de voir le bien qu’il a fait et sa vie exemplaire en tout point. Voilà ce qui ne peut se concevoir et c’est vraiment de la mauvaise foi.
Vive Jésus ! Vive le Roi du Ciel et de la terre !
Puisse ce cri de mon âme, Vous dédommager des cris de mort, que les juges iniques de tous les siècles, font encore retentir contre Vous Seigneur.
VII
Hérode et sa cour.
« Hérode se moqua, de lui, ainsi que toute sa cour. » Quand le supérieur donne le signal de l'insulte, les inférieurs s'empressent d'y répondre.
A partir de ce moment, Jésus-Christ n'a pas cessé d'être traité d'insensé, lui et tous les disciples, qui s'attachent à sa personne. Il est toujours vrai de dire avec saint Paul : Nous ne sommes que les balayures de ce monde.
Il y a donc un rire cruel et permanent dans le monde, jeté à ces imitateurs de Jésus-Christ qui le suivent en ce monde, à tous les amis de la croix et de l'autel. Mon Dieu, comme tout cela tient du juif et de l'enfer !
Le Christ y est sensible, et d'avance il dit aux railleurs : Un jour ce sera moi qui rirai de vous.
O Maître, faites qu'ils cessent de se moquer et pardonnez-moi, s’il y a eu dans ma vie des paroles inutiles, des sarcasmes plus puérils que méchants, sortis de mes lèvres contre les personnes et les choses saintes.
VIII
La dernière nuit.
Et voici maintenant que la grande et suprême nuit commence. Les juges vont dormir et les soldats vont boire, chanter et abuser de Jésus. Ils lui crachent au visage ; ils lui arrachent la barbe ; ils le poussent dans tous les sens et se le renvoient brutalement au milieu d'infernales clameurs...
Mon Dieu, quel tumulte font les méchants en ce monde ! Il semble qu'il n'y ait de place que pour eux, pour leurs orgies et pour leurs insolents triomphes. Quelle preuve frappante qu'ils ne sont pas dans le vrai ! Leur ridicule folie est poussée si loin, qu'ils ne savent plus ce qu'ils font, ni pourquoi ils blasphèment...
J’espère, ô mon Dieu que vous n’entendrez jamais ma voix au milieu de ces fureurs bruyantes !
Accordez-moi de passer ici-bas en faisant le bien sans bruit, donnez-moi d'aimer la solitude, pour penser à vous, jours et nuits, loin des émeutes organisées contre vous.
Ils, lui attachèrent un bandeau sur les yeux. O Vérité Sainte, les méchants vous réservent toujours les mêmes outrages. Ils s'efforcent de couvrir, Votre sainte Vérité de leurs erreurs et de leurs sophismes. Mentons, mentons encore, disent-ils et c'est ainsi que, sans pouvoir vous supprimer, ils réussiront à en détourner un grand nombre et ainsi de les priver des saintes clartés de votre visage...
Jésus, dont les yeux sont bandés par la violence et par le sacrilège, vous serez toujours pour moi, le seul qui rende la vue aux aveugles, la « seule lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ».
Je plains ceux « qui ne vous ont pas reçu », et je m'engage à continuer de crier la vérité, car vous qui êtes « plein de grâce et de vérité ».
Ils le frappaient en criant : Prophétise, dis-nous qui t'a frappé ? Jésus prophétiserait, que ses ennemis n'en continueraient pas moins leurs insultes.
Quand, par une intervention miraculeuse de Dieu, le bûcher se refusait à brûler les martyrs, on les jetait alors dans l'arène ; et si les bêtes féroces se couchaient aux pieds des victimes, au lieu de les dévorer, on avait recours au glaive.
Le cœur qui résiste à la bonté et à la douceur de Jésus ne peut être accessible à la leçon du miracle.
Ô mon Dieu, la Patience de Jésus, au milieu des insultes, l'Évangile, l'Eucharistie et sa Miséricorde qui tous les jours me pardonne, voilà les quatre miracles permanents mis au service de ma foi, faites qu'ils augmentent en moi mes convictions et ma reconnaissance.
« Ils placèrent un roseau dans ses mains, et fléchissant le genou, ils disaient : Nous vous saluons, roi des Juifs ! » C'est ainsi que pas un des attributs du Sauveur n'aura échappé à l'insulte. Ils ont outragé sa bonté, sa puissance, sa science, sa royauté.
Plus j'entendrai le monde blasphémer la royale personne de Jésus, plus je la célébrerai, en lui donnant le tribut de mon respect.
O royauté si digne d’être aimée ! O mon Roi, je vous salue, je vous aime et je vous adore.
Régnez sur moi, et faites-moi comprendre que « bien vous servir, c'est régner avec vous ».
Ils se lassèrent enfin, et enfermèrent jésus dans une étroite prison. Permettez, ô mon Maître, que j'y pénètre avec vous et que, prosterné à vos pieds, j'enlève une à une toutes les traces des opprobres et des coups...
O saint Martyr, épuisé de lutte et succombant sous le poids des injures !
O premier Confesseur de la foi, que vous apportez sur la terre ; recevez de mes mains le Viatique que je vous présente pour votre dernier combat : ma compassion, mes pieuses prières, mes regrets du passé, et surtout mes promesses de fidélité pour toujours.
O saint tabernacle de l'autel, prison eucharistique, pourquoi celui que vous gardez vivant, sous les ombres du mystère, ne peut-il pas attirer mon cœur invinciblement ? Oui, je serai désormais un fidèle ami du sanctuaire, et je m’attacherai à la Sainte Messe, qui est le renouvellement non sanglant du Sacrifice Perpétuel de la Passion de mon Divin Sauveur.
Mon Heure de sainte méditation s'achève. Chaque semaine je veux essayer de renouveler ce pieux exercice, mon horreur pour un monde qui persécute tout ce qui est saint et pur, et mon amour pour le divin Maître, qui souffre toujours, bénit et pardonne.
O Jésus trahi, insulté, flagellé, couronné d'épines et crucifié, je veux souffrir, travailler pour vous. Je désire vivre avec vous et mourir humblement dans vos bras. Ainsi soit-il !
Inspiré de : Le Crucifix. Abbé Chaffanjon (1925)
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