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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 19:32

 


Et cependant, avant de terminer, je suis forcé de découvrir quelque chose de plus horrible encore. Combien de pauvres enfants se mettent à genoux aux pieds de leur père pour en obtenir la permission de se retirer dans un cloître, comme dans un sûr asile, afin de sauver leur âme ?

Et le père, non con­tent de leur opposer un refus net, a recours aux plus étranges procédés, aux plaisanteries, aux railleries, aux reproches, pour traverser leurs desseins et les priver d'un si grand bien. Ah ! Pères cruels, si vous vous trouviez l'un ou l'autre dans une chambre en ruine, envahie par les flammes, avec un de vos enfants à vos côtés, qui vous conjurât en pleurant de le laisser sortir pour échapper à l'incendie, seriez-vous assez inhumain pour l'en empêcher et aimer mieux le voir brûler vif au milieu des flammes ?

Or ce monde n'est-il pas un volcan en éruption ? Ne voyons-nous pas sa lave dévorante envahir les mar­chés, les places publiques, les magasins, les usines, les théâtres, les tribunaux, les villes et les campa­gnes ? Il faudrait être comme la salamandre pour ne pas brûler au milieu des flammes de tant de convoi­tises criminelles. Or que font ces pères qui empê­chent leurs enfants de fuir au fond de quelque cou­vent ? Saint Bernard se charge de vous le dire : « Ils aiment mieux voir leurs enfants périr avec eux que régner sans eux » ; ils préfèrent leur ruine éternelle à leur éternelle sûreté.

 

Que fait, d'autre part, cette mère qui ayant une fille moins avantageusement douée des dons de la nature, l'envoie par force au couvent, et l'y ren­ferme sans craindre ni les excommunications, ni les malédictions de Dieu ?

 

Et si la pauvre enfant résiste, la mère s'impatiente et blasphème. Il faut qu'elle y passe, elle n'a pas le droit de gâter la dot de sa sœur qui est la chérie, pour laquelle on dépense tant d'heures dans la journée, avec le désir impatient, inné, de la produire dans le monde, gracieuse et séduisante, et à qui on n'a pas honte d'enseigner la voie de l'iniquité, en lui disant qu'il faut faire bon accueil à tout le monde, et ne pas se montrer fière ou timide, parce qu'autrement elle ne trouverait per­sonne qui la recherchât. Dira-t-on qu'une mère pareille aime sa fille ?

 

Et si elle en venait jusqu'à trafiquer de l'honneur et de la vertu de sa fille, soit par intérêt dans le but de lui procurer une mise plus éclatante, soit par envie de la placer plus avantageusement ? Ah ! C’est là quelque chose de si révoltant que je n'ai pas le courage d'en parler ici. Je rappel­lerai seulement la sentence formidable que Nôtre Seigneur a fulminée, en déclarant que pour celui qui scandalise une créature innocente, il vaudrait mieux pour lui qu'il fût jeté à la mer avec une meule au cou.

 

Quelle sentence ne mériteront-ils donc pas ces parents qui scandalisent leurs propres enfants, et les arrachent des bras de Dieu pour les précipiter de force en enfer ? Je dis qu'ils méritent d'être jetés à la mer, non avec une meule, mais avec, une monta­gne au cou ; oui, avec une montagne, afin qu'ils apprennent à leurs dépens que la perte des enfants est une cause de damnation éternelle pour les parents, comme je le démontrerai dans la seconde partie. Reposons-nous.

 

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

29 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 19:51


J'ai dit le mal que les parents font à leurs enfants en négligeant leur éducation ; j'ai dit le mal plus grand encore qu'ils font en leur donnant le mauvais exemple ; mais je n'ai pas encore dit ce qui est le comble du mal, je n'ai pas parlé de ceux qui, par leurs conseils pervers, par leurs doctrines perni­cieuses et par leurs commandements injustes, con­somment la ruine de leurs enfants. Que de pères, matin et soir, font la leçon à leurs enfants et s'asseyent, après dîner et après souper, autour d'une table ou au coin du feu, pour leur enseigner la voie de la perdition.

 

Étudiez, mon fils, leurs disent-ils, (ce n'est pas moi qui vous fais ce reproche, c'est le zélé patriarche de Constantinople, saint Jean Chrysostometome), étudiez bien, mon fils, afin d'arriver un jour à ces postes si honorables que tant d'autres ont obtenus par leur éloquence.

 

Regardez un tel : quelle maison magnifique il a fait construire avec son talent ; quelles brillantes alliances il a contractées ; que de trésors il a accumulés dans l'espace de quelques années ! Des hommes pareils sont dignes d'être imités. Aussi voyez comme il passe  ses jours dans l'abon­dance ; quel équipage, quels honneurs, quelle auto­rité, et comme il est respecté, craint et consulté par tout le monde ! Quand saurez-vous en faire autant ?

 

Or, qui pourrait douter que le cœur encore ten­dre de ce jeune homme ne reçoive promptement l'impression de ces sortes d'enseignements ? Certes, il s'enflamme d'un ardent amour pour les richesses, la grandeur, la gloire, et il se fait un évangile tout différent de celui de Jésus-Christ. Qu'est-ce en effet que tout cela, conclut saint Jean Chrysostome, sinon pousser ses enfants de toutes ses forces vers les cho­ses les plus opposées au salut ?

 

Mais il y a plus encore : que de pères qui font à l'égard de leurs enfants ce que n'osent pas même les esprits infer­naux, qui approuvent leurs désordres et leurs rapi­nes, en applaudissant à leur habileté et à leur indus­trie ! Si cet adolescent se vante d'avoir eu une ren­contre avec un de ses compagnons et de lui avoir meurtri le visage : C'est bien, reprend le père, c'est bien : si quelqu'un te menace, ne sois jamais le second à faire jouer les mains. Quand j'étais jeune comme toi, jamais chien ne m'a mordu sans que je lui aie arraché le poil : je n'ai jamais reculé devant qui que ce soit : sois fils de ton père, et prends bien garde à tels d'une telle famille, je n'entends pas que tu aies rien de commun avec eux : n'aie pas l'audace de leur parler ou de les saluer ; sinon, je ne te recon­nais plus pour mon fils.

 

Ah ! Pères inhumains et indignes d'un pareil titre ! C'est là l'amour que vous professez pour vos enfants ? C'est là les élever pour le gibet, c'est leur procurer des misères, des catastro­phes, des humiliations, des calamités de tout genre en cette vie, et la damnation éternelle dans l'autre.

 

Quel amour monstrueux ! s'écrie saint Augustin : ils prétendent aimer leurs enfants, tandis qu'ils les assassinent et leur préparent la potence ! Pauvres enfants ! Ah ! Qu’il eût bien mieux valu pour vous que votre mère, au lieu de vous envelopper de lan­ges, vous eût mis la corde au cou : elle aurait séparé votre âme du corps, mais elle ne l'eût pas séparée de Dieu, tandis que si vous vous damnez par suite de cette mauvaise éducation, c'en est fait de vous pour toute l'éternité.

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 20:29

 


Hélas ! Que dis-je, hériter des vertus et des bons exemples de leurs pères ? Inconsidéré que je suis ! Je me suis épuisé jusqu'ici à faire comprendre aux pères et aux mères la nécessité de ne pas négliger l'éducation de leurs enfants, j'aurais dû bien plutôt leur inculquer qu'au moins ils ne doivent pas procurer leur ruine.

 

Procurer leur ruine ! Oui, messieurs, oui, qu'ils ne doivent pas procurer leur ruine. Un tel excès vous paraît impossible, peut-être ? Ah ! que n'ai-je une voix de tonnerre et une poitrine de bronze pour déplorer la plus grande de toutes les iniquités que puisse commettre un père de famille, à savoir celle de procurer la ruine, et la ruine éternelle de ses propres enfants par les mau­vais exemples et les pernicieux conseils.

 

Ce n'est pas une règle universelle, je le sais, que de mauvais parents aient toujours des enfants aussi méchants qu'eux-mêmes, les histoires sacrées et profanes abondent en exemples du contraire, et prouvent que les parents les meilleurs ont donné quelquefois le jour à des enfants très pervers.

 

D'Abraham naquit Ésaü, du juste Noé Cham le maudit ; du sage Salomon l'insensé Roboam. Comme au contraire Dieu a donné plus d'une fois des enfants excellents à de très mauvais pères : Saül rejeté de Dieu fut père de Jonathas, d'un caractère si doux ; l'incestueux Ammon eut pour fils Josias.

 

Et dans l'histoire pro­fane vous trouverez un César Auguste tellement malheureux dans ses enfants, que Julie la première fut l'opprobre de toute la ville de Rome, et qu'il avait coutume de l'appeler sa plaie ; et les autres étaient tels qu'il les chassa tous de sa maison, et qu'on l'entendait souvent s'écrier avec douleur : Ah ! Plût aux dieux que je fusse resté célibataire et que ma famille se fût éteinte avec moi plutôt que de
voir mon sang aussi indignement avili ! J'avoue donc que les vices ou les vertus des parents ne pas­sent pas infailliblement aux enfants.

 

Cependant écoutez ceci : quand un père donne le mauvais exemple à sa famille, et qu'au lieu de voiler modes­tement ses vices, il en fait étalage, et ne s'en cache point aux yeux de ses enfants, oh ! Alors dites hardi­ment que la ruine de ces pauvres créatures est cer­taine, et que non contents d'imiter la mauvaise con­duite de leur père, ils deviendront encore pires que lui. C'est le malheur que déplorait Jérémie : « Vos pères m'ont abandonné, dit le Seigneur, mais vous avez fait pis que vos pères. » (Jeremy. 16, 12-12).

 

Le mauvais exemple des parents est tellement contagieux qu'il ne manque jamais de communiquer, par une étroite sympathie, son venin aux pauvres enfants. Le pontife Élie fut négligent dans le service de Dieu, ses fils furent tous à la fois et négligents et sacrilèges. David fut une fois adultère par fragilité ; ses fils furent adultères et incestueux, non par fragilité, mais par habitude.

 

Salomon gouverna avec rigueur ; ses fils firent de son sceptre un fléau et poussèrent la rigueur à ses dernières limites. N'en doutez pas ; si le père est avare, le fils sera voleur ; si le père est colère, le fils sera homicide ; si le père est trop libre, le fils sera dissolu ; et presque toujours on voit se vérifier la parole de Jérémie : les péchés des parents ont quel­que chose du péché originel ; il semble que ce soit aussi, pour ainsi dire, des péchés originels qui se transmettent de génération en génération ; et cette funeste propagation des vices des pères aux fils, des fils aux petits-fils, des petits-fils aux arrière petits-fils ne s'observe que trop souvent dans les familles chrétiennes.

 

Banzonius raconte qu'un brigand fameux condamné à la potence pour ses méfaits, marchait à la mort avec un visage gai et d'un pas assuré, comme à un triomphe. Dès qu'il fut en pré­sence du bois infâme, il se jeta à genoux et dit : « Je te salue, monument précieux destiné à couronner mes années, c'est ici que finirent leurs jours mon digne père et mon grand-père d'heureuse mémoire ; voici mon arbre généalogique et je le laisse pour héritage à mes enfants, afin qu'ils ne dégénèrent pas, mais qu'ils se maintiennent en possession de mourir tous sur le gibet de la main du bourreau. »

 

Apprenez par là, pères et mères, oncles, ascendants, tuteurs, maîtres et patrons, et vous tous qui partici­pez en quelque façon à l'office de père ; apprenez combien il vous importe d'être vertueux et craignant Dieu, et de fuir le vice, si vous ne voulez pas voir vos enfants devenir, par vos mauvais exemples, libertins, querelleurs, violents, menteurs, dissimulés, ennemis de toute vertu et de toute moralité, et se précipiter finalement dans un abîme d'iniquités.

 

On entend quelquefois un père ou une mère dire : Dieu me les a donnés tels, mes enfants.  Comment ! Dieu vous les a donnés tels ? Non, c'est vous qui les avez fait tels. Qui est-ce qui a appris à ce jeune homme à outrager dans sa colère le nom de Jésus-Christ ? N'est-ce pas sa mère, qui, à la moindre contrariété, a ce nom sacré sur les lèvres ? Qui est-ce qui lui a appris à blasphémer le corps et le sang du Sauveur ? N'est-ce pas le père qui a coutume de se servir de ce nom si vénérable pour inspirer la terreur ?

 

Qui lui a enseigné ces paroles obscènes avant même d'en comprendre le sens ? Ne sont-ce pas ses parents qui infectent si souvent par ce langage mal­sain l'air de leur chambre ? Si l'ouïe fait des impres­sions si fâcheuses dans l'esprit des enfants, que sera-ce de la vue qui est bien plus capable encore d'émouvoir ?

 

 Ah ! si l'on pouvait tout dire, vous frémiriez d'horreur, pères et mères, en réfléchissant au tort immense que vous causez à vos enfants, qui vous épient avec curiosité, et cherchent à voir et à savoir ce qu'il n'est pas permis de révéler ici publi­quement.

 

S'il en est ainsi, et la chose n'est que trop vraie, comment peut-on dire que vous aimez vos enfants ? Je dis moi que vous les haïssez, et qu'un amour aussi déréglé, aussi insensé, est une véritable haine, une haine cruelle et perfide. Vous êtes du nombre de ces amis maladroits qui, comme dit Sénèque, vous font du mal avec une bonne intention.

 

 (A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:56



   Permettez donc qu'aujourd'hui, un crucifix à la main, je me mette à parcourir les rues en deman­dant à tous ceux que je rencontrerai : Où allez-vous ? Où allez-vous ? Chez un avocat peut-être pour terminer tel procès, chez le notaire pour stipu­ler tel contrat, chez le prince pour obtenir telle faveur, au marché pour faire des emplettes, au ministère pour arranger telle affaire ?

Fort bien ; mais pourquoi tant d'embarras ? — Nous avons des enfants, nous avons des filles à marier, nous avons une nombreuse famille. — Mais ces enfants où les avez-vous laissés ? Si c'est sous la garde d'une per­sonne qui ait soin de les diriger dans les chemins du ciel, allez, je n'ai rien à dire.

Mais si vous les avez laissés dans un rendez-vous de jeunesse où ils apprendront le vice, ou à une table de jeu, occupés à manier les cartes et les dés, ou dans un lieu suspect, se livrant à de dangereuses licences, retournez, pères inhumains, retournez chez vous : pensez d'abord à vos enfants eux-mêmes, et puis vous songerez à la fortune. Quelle est donc votre folie ? Vous vous préoccupez des biens à procurer à vos enfants, et vous oubliez ces enfants auxquels vos biens doivent servir. 

Quand vous paraîtrez devant ce divin Sauveur que vous voyez ici, voyez ce crucifix, il ne vous demandera pas si vous avez laissé à vos enfants des revenus considérables, ou des charges honorables, ou des alliances distin­guées, non ; mais il vous demandera si vous les avez laissés riches de vertus.

C'est sur ce point qu'il vous fau­dra répondre à ce redoutable tribunal. Et qu'aurez-vous à répondre vous qui parfois, pour une miséra­ble somme, ne craignez point de risquer leur salut éternel ?

N'est-il pas vrai que si vous vouliez dépen­ser un peu plus, prendre un peu plus de peine, vous pourriez les pourvoir de bons maîtres, de serviteurs fidèles, de confesseurs zélés, de livres utiles, de sages enseignements, de conseils, d'encouragements, de freins et de tous les secours nécessaires pour vivre chrétiennement ?

Pourquoi ne le faites-vous pas ? Est-ce que l'Esprit Saint ne vous le recommande pas ? « Vous avez des enfants ? Élevez-les bien. » II ne dit pas : enrichissez-les, non, non ; mais, rendez-les vertueux, oui, rendez vos enfants vertueux ; c'est là ce que vous devez avoir à cœur avant tout.

Advienne que pourra des richesses, pourvu que leurs âmes soient sauvées ; que vos champs restent incul­tes, qu'importé ! Mais que les inclinations de vos enfants ne soient pas laissées sans culture ; que vos vignes soient négligées, mais non leur caractère.

Vos enfants auront un riche patrimoine s'ils sont riches de vertus ; et il leur sera bien plus avantageux d'hériter des vertus et des bons exemples de leurs parents, que de toutes les richesses du monde.

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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I 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 20:05
       Mais non ; si l'on emploie la rigueur, c'est quand les intérêts corporels      sont en jeu, nullement quand il s'agit de l'affaire importante du salut.

 Et pour en venir entre nous aux cas pratiques, combien de fois n'est-il pas arrivé, père de famille, qu'un ami s'est approché de vous pendant que vous étiez occupé, soit dans votre atelier, soit dans votre maga­sin, ou assis à une table de jeu, ou faisant anticham­bre en attendant votre tour d'audience, ou conver­sant dans un cercle de désœuvrés, pour vous souf­fler à l'oreille que votre fils faisait de fréquentes sta­tions dans certains endroits suspects, qu'on le voyait souvent à la porte de telle maison, et que sa fré­quentation devenue publique faisait connaître la pas­sion délirante qui l'égarait, , ou bien pour vous avertir qu'ayant attaqué un de ses compagnons pour une bagatelle, il l'avait accablé d'injures et de coups ? Et qu'avez-vous répondu ?

Sans vous émou­voir le moins du monde, vous avez excusé sa jeu­nesse en disant : Que voulez-vous ? Il est encore jeune ; à son âge, moi aussi j'ai brisé une lance. Et peut-être avez-vous été jusqu'à louer son courage et sa bravoure. De retour chez vous, vous l'avez accueilli avec le même air qu'auparavant, si pas mieux ; il s'est assis à votre table comme aupara­vant, il a conservé la même place dans votre affec­tion, en un mot, il n'a rien perdu aux yeux de son père, parce que son père n'avait souffert aucun pré­judice dans ses intérêts temporels.

Peu de temps après, le même ami est venu vous dire, d'une manière vague, que votre fils avait perdu au jeu dans telle maison une somme considérable, et qu'il était assiégé par ses créanciers, lesquels menaçaient de recourir aux tribunaux pour se faire payer. Alors qu'avez-vous dit ? Ah ! Quels emportements ! Quelle fureur ! Quel vacarme ! Quel ressentiment ! Quelle rage ! Qu'il ne paraisse plus devant moi, l'infâme. Non, il ne mérite plus de demeurer chez moi le misé­rable qui veut ruiner son père. — Mais, monsieur, il faut considérer qu'il est jeune. — Quoi jeune ! J’aurai donc dépensé mes années et mes sueurs pour m'élever une modeste fortune, afin que ce malheu­reux me la renversât en quelques heures ? Non, je ne veux plus le voir. Je le châtierai tant que je vivrai en le privant à jamais de ma présence, je le châtierai à la mort en le déshéritant et en lui léguant pour héri­tage la pauvreté. — N'est-ce pas ainsi que les choses se passent ?

 Mais est-ce bien ainsi qu'elles devraient se passer ? Quel étrange aveuglement ! Comment ! Parents insensés, vous vous montrez si sévères quand il s'agit des intérêts du temps, et vous avez si peu de souci des intérêts bien plus importants de l'âme ?

A quoi pensez-vous du matin au soir ? À quoi tendent tous vos efforts, sinon à procurer à vos enfants soit une position plus opulente, soit un état plus lucratif ou un emploi plus convenable ? N'est-il pas vrai que vous n'omettez rien pour qu'ils deviennent habiles dans les écoles, braves dans la milice, ingénieux dans les affaires, afin d'assurer par là leur fortune, et de les mettre à même, comme vous le dites, de figurer plus honorablement dans le monde ?

Mais de mettre leur salut en sûreté, quand y penserez-vous ! Ah !  C'est là ce qui arrachait des larmes à saint Jean Chrysostome : « Les uns pourvoient leurs enfants de grades dans l'armée, les autres d'honneurs, ceux-ci de dignités, ceux-là de richesses ; et personne, chose déplorable ! Ne songe à les pourvoir de l'amitié de Dieu. » Quel amour insensé ! Pourvoir ses enfants de tout excepté de Dieu !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 19:27

   Oh ! Quant à cela, il n'est pas vrai que j'aban­donne mes enfants, je les aime comme la prunelle de mes yeux. — Ne vous échauffez pas tant ; je ne sais que trop que vous faites de vos enfants autant d'ido­les. L'amour insensé, qui le premier enseigna l'idolâ­trie aux païens, apprend encore tous les jours aux chrétiens à idolâtrer leurs propres enfants. Celui-ci semble né sous la constellation de Mercure tant il est enclin aux fraudes, aux vols, aux injustices : il fau­drait déraciner ces inclinations maudites de ce cœur encore tendre, par les menaces, la rigueur et même le fouet ; mais que voulez-vous ? C'est l'idole du père : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Cet autre paraît en public frisé, parfumé, et mis avec un tel luxe, qu'on le prendrait pour un petit Adonis à pla­cer sur les autels de Diane ; déjà on commence à sentir l'infection de ses dérèglements, il faudrait le désinfecter... Mais que voulez-vous, c'est l'idole de la mère : on se tait, on dissimule, on adore. Un troi­sième laisse percer une ardeur toute martiale, il montre un caractère dur, cruel, porté aux querelles, et au carnage : il faudrait lui mettre un frein énergi­que ; mais que voulez-vous : c'est l'idole du père et de la mère tout à la fois : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Et pour ménager ces chères idoles, on fausse le langage ; on donne aux vices le nom de vertus, on appelle l'insolence vivacité, la vanité s'intitule magnanimité, la vengeance est l'effet d'un grand cœur. Si l'un ou l'autre pleure de dépit et refuse d'obéir, on essuie ses larmes avec un sourire ; s'il se permet des paroles indécentes, au lieu de lui fermer la bouche par un soufflet, on le récompense par un baiser.

 

O pères et mères, vous n'êtes pas des parents, s'écrie saint Cyprien, mais des parricides. Fort bien ! Passez tout à vos enfants, riez continuel­lement avec eux, ne tenez aucun compte de leurs égarements : Je vous avertis que vous serez les premiers à vous en repentir, et contraints un jour à haïr contre nature, ceux que vous avez aimés d'abord contre raison. Qui ne frémit en lisant dans saint Augustin, un fait arrivé de son temps dans la famille d'un cer­tain Cyrille, homme de mérite et jouissant d'une grande considération à Hippone ? Celui-ci avait un fils qu'il aimait à l'excès, dit le saint, et plus que Dieu même. Il lui avait consacré toutes les tendres­ses de son cœur, toute l'ardeur de ses affections, en un mot il s'en était fait une idole, et il n'y avait chose qu'il ne fît pour lui plaire, lui laissant la liberté de faire lui-même tout ce qu'il voulait. Il ne lui montrait jamais qu'un visage serein, des lèvres souriantes et des regards flatteurs ; aussi n'aurait-il pas eu la force de le voir pleurer, en le contristant par une réprimande, ou en l'intimidant par une menace, ou en l'affligeant par quelque châtiment. O liberté trompeuse ! s'écrie saint Augustin ; ô perdi­tion des enfants ! Ô amour homicide des parents ! 


Grâce à cette détestable éducation, le jeune homme devint bientôt un dissipateur, un débauché, un effé­miné, et finit par le comble de la scélératesse ; écou­tez comment. Un jour qu'il revint à la maison plus ivre que de coutume, et rendu furieux tout à la fois par le vin, par la débauche et par la colère, il opprima sa mère qui était enceinte, étrangla son propre père, attaqua la pudeur d'une de ses sœurs, en blessa deux autres à mort, laissant incertain qui des deux méritait davantage le nom de parricide, ou du fils meurtrier des siens ou du père qui avait été tué. Voilà, pères et mères, où aboutissent toutes vos folies avec vos enfants.

 

Aussi le philosophe Diogène, témoin un jour des insolences d'un jeune homme très arrogant, au lieu de corriger le fils, donna un soufflet au père qui était présent. C'est qu'en vérité, c'est vous qui êtes coupables des écarts de vos enfants.

 

Ah ! Parents inhumains, c'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Dites plutôt que c'est de la haine, et une haine cruelle et mali­gne ; et si vous voulez absolument l'appeler amour, je dirai que c'est un amour de singe. Ces animaux, dit Pline, aiment beaucoup leurs petits ; ils ne peu­vent s'en passer un instant, ils les portent dans leurs bras, les pressent contre leur sein, les accablent de mille caresses.

 

 Mais hélas ! À force de les embrasser et de les serrer sans précaution, ils les étouffent et les tuent bien souvent en les caressant. Oh ! Que de singes ont voit aujourd'hui dans la personne des parents trop indulgents ! Considérez, je vous prie, le dommage que vous causez à ces pauvres enfants par un amour si déréglé. Ah ! Que de jeunes gens seraient sauvés s'ils avaient eu en partage un père un peu plus sévère, qui aurait su allier avec la bonté cette rigueur modérée que saint Augustin appelle le tempérament de la sévérité !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 21:31
 

   Or, cette vertu précoce qui fait aborder si heureusement les âmes aux rivages de la bienheu­reuse patrie, qui peut la donner aux enfants, si ce n'est vous, pères et mères, avec qui Dieu a partagé, pour ainsi dire, sa toute-puissance, vous associant à ses desseins, afin que par vous le ciel se peuple d'élus ?

Je sais bien que si vos enfants viennent à se perdre, Dieu demandera compte aussi de leurs âmes aux maîtres qui les auront instruits, aux confesseurs qui auront dirigé leur conscience, aux prédicateurs chargés de les exhorter à la piété, aux princes tenus de pourvoir par de sages lois, d'une manière toute spéciale, au bien de la jeunesse, tout comme les jar­diniers doivent leurs soins particuliers aux plantes les plus tendres.

Mais les obligations de ceux-là décou­lent ou de la politique, ou des lois civiles et ecclé­siastiques ; tandis que la vôtre n'est pas seulement une obligation positive, écrite et humaine, mais une obligation naturelle, innée et divine, et partant beau­coup plus rigoureuse.

C'est pour cela que Dieu a mis dans vos enfants ces sentiments de respect, de tendresse, de crainte, qui font que s'ils vous voient le front sévère, ils tremblent et fondent en larmes. C'est pour cela qu'il vous a donné cet air d'autorité si imposant qui inspire le respect à l'impiété elle-même.

Or, si Dieu vous ayant fournis de tant de res­sources pour bien élever vos enfants, qui sont encore plus les siens que les vôtres, vous négligez une affaire d'une telle importance, si vous ne prenez nul souci qu'ils soient élevés pour le ciel plutôt que pour l'enfer, qui pourra suppléer votre négligence ? Qui pourra rendre vertueux ces pauvres enfants que vous avez laissés dans l'abandon ? Sera-ce le confesseur ?

Mais si pendant tant d'années vous n'avez pas même demandé une seule fois à cet enfant depuis combien de temps il vit éloigné des sacrements ? Si vous ne savez même pas à qui il a confié la direction de son âme ? Sera-ce le prédicateur ?

Mais si au lieu de les conduire aux sermons, aux pieuses réunions, vous leur jetez la bride sur le cou et les laissez courir les soirées, les maisons de plaisir, les cafés ? Sera-ce le maître, à qui vous n'avez pas seulement confié votre aîné, pour qu'il le forme à la science et à la vertu, mais que vous avez encore chargé du soin bien plus délicat d'apprendre à lire et à écrire à votre fille déjà nubile ?

Mais s'il trahissait lui-même votre con­fiance ?... Ah ! Ah ! Ah !... Je ne voulais pas le dire, mais voilà que je l'ai dit. Après tout, pourquoi tant de réserve ? N'est-il pas vrai que de nos jours on se donne toutes les peines du monde pour trouver un laboureur qui connaisse à fond l'agriculture, et qui ait le talent de faire valoir les terres et les pro­priétés ; tandis que pour trouver un maître qui à la moralité joigne la crainte de Dieu et forme des élè­ves vertueux, oh ! L’on n'a garde de se mettre en peine ; il n'y a point de village qui n'en fournisse, et les meilleurs sont ceux qui coûtent le moins.

Ah ! C'est ici que je sens mon zèle s'enflammer, et je ne puis m'empêcher de m'écrier avec Salvien : C'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Vous êtes bien malheureux, parents, d'aimer de la sorte, plus malheureux encore, enfants, d'être l'objet d'un si funeste amour !

 

Je ne m'étonne plus que dans ce pays-ci, l'on ren­contre, courant les rues, tant d'enfants vagabonds, sans retenue, sans pudeur, et plus profondément pervertis encore qu'ils ne le paraissent extérieure­ment, qui ne savent que folâtrer, tenir de mauvais discours et se corrompre les uns les autres.

 

 Je demandai d'abord si tous ces enfants là étaient des orphelins, sans père ni mère ; mais lorsque j'ai appris qu'ils ont leurs parents, ah ! J'en ai eu le cœur percé de douleur et je n'ai pu m'empêcher de m'écrier : malheureux parents, vous agissez avec vos enfants comme l'autruche du désert qui aban­donne ses œufs au premier venu, sans avoir l'ins­tinct de les garder, ni l'amour de les couver !

 

Ainsi en est-il de vous : après avoir mis vos enfants au monde, vous les laissez courir la rue, et ce qui est peut-être pis encore, vous les confiez à des personnes que vous ne connaissez point, à des gens vicieux, méchants, qui perdront ces pauvres créatures, tandis que vous vivez sans le moindre souci de leur éduca­tion. Ce n'est pas là de l'amour, c'est une cruauté qui excitait les lamentations de Jérémie (Thren. 4, 3.).

 

 (A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 


 

 

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